Exercice 1 : La flèche à double fût : cible, synthon, équivalent synthétique
On ne conçoit pas une synthèse en avançant. On part de la CIBLE, on cherche dans sa formule une liaison qu'une réaction connue sait former, on écrit les deux morceaux, et on recommence jusqu'à tomber sur des produits de catalogue.
La flèche de cette analyse n'est pas une flèche de réaction : elle s'écrit à DOUBLE FÛT et se lit « pourrait venir de ».
La figure porte la cible du jour, le 1-phénylbutan-1-ol, avec trois coupures numérotées.
- a) Que dit exactement la flèche à double fût, et pourquoi ne peut-on pas la lire comme une flèche de réaction ?
- b) Définissez SYNTHON et ÉQUIVALENT SYNTHÉTIQUE, puis donnez un équivalent synthétique usuel pour chacun des synthons , , et .
- c) Donnez la formule brute de la cible et son degré d'insaturation.
- d) Pour les coupures 1 et 2, donnez les deux morceaux, leur équivalent synthétique et la réaction qui referme la liaison. Vérifiez le compte des carbones.
- e) La coupure 3 n'est refermée par aucune réaction du cours. Expliquez pourquoi, puis énoncez le critère qui rend une coupure recevable.
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Réponses
- a) Elle se lit « pourrait venir de » et va de la cible vers ses précurseurs
- b) , bromure de benzyle, , chlorure d'éthanoyle
- c) ,
- d) Coupure 1 : et butanal, ; coupure 2 : benzaldéhyde et ,
- e) La coupure 3 : pas d'équivalent synthétique pour un carbanion en bêta d'un alcool
a) Elle se lit « pourrait venir de » et relie une CIBLE à ses PRÉCURSEURS : elle remonte le temps. Trois différences avec une flèche de réaction. Le sens : elle part de ce qu'on veut, pas de ce qu'on a. Les morceaux : ce sont des SYNTHONS, fragments idéaux porteurs d'une charge, qui n'existent dans aucun flacon. Le statut : elle n'affirme rien, elle propose une hypothèse à valider. D'où les deux fûts. Le geste attendu : on analyse au brouillon avec des doubles fûts, puis on REMONTE l'arbre en sens inverse pour écrire la synthèse, flèches simples, réactifs réels, conditions. Une copie qui rend l'analyse telle quelle donne à lire une suite de réactions impossibles, et l'examinateur la corrige comme telle.
b) Le SYNTHON est le fragment idéal issu de la coupure, avec la charge qu'on lui attribue ; l'ÉQUIVALENT SYNTHÉTIQUE est le réactif RÉEL qui joue son rôle. : bromure de méthylmagnésium. : bromure de benzyle, dont le carbone est et porte un excellent nucléofuge. : cyanure de sodium, où l'anion existe vraiment. : chlorure d'éthanoyle avec , ou anhydride éthanoïque. Le piège est de confondre les deux colonnes : écrire dans une séquence de synthèse est une faute, on attend . Second point, décisif pour la suite : à chaque coupure carbone-carbone il faut CHOISIR quel morceau porte la charge négative, et ce choix décide lequel sera l'organomagnésien.
c) La cible est , soit . Degré d'insaturation : , c'est-à-dire les trois doubles liaisons du cycle plus le cycle lui-même. L'oxygène n'entre pas dans la formule du degré d'insaturation, donc le groupe hydroxyle n'apporte rien. C'est le contrôle qui permet, devant une formule brute inconnue, d'affirmer la présence d'un cycle benzénique sans avoir vu la structure : avec au moins six carbones en est presque toujours la signature. Retenir surtout que la cible compte DIX carbones, car tout le travail des questions suivantes consiste à les retrouver dans les deux morceaux de chaque coupure.
d) Coupure 1, entre le cycle et le carbone porteur du : les synthons sont et le cation du carbone fonctionnel, dont l'équivalent synthétique est le BUTANAL, un carbonyle étant l'équivalent universel d'un carbocation porteur d'un futur . On referme par addition du bromure de phénylmagnésium sur le butanal, puis hydrolyse acide. Compte : ✓. Coupure 2 : synthons , équivalent le bromure de propylmagnésium, et le BENZALDÉHYDE ; même réaction ; ✓. Les deux voies se valent et l'on choisira sur le prix des réactifs. Le compte des carbones est le contrôle le plus rapide d'une rétrosynthèse : il se fait de tête, avant tout mécanisme, et il élimine d'un coup les propositions impossibles.
e) La coupure 3 sépare un fragment à huit carbones, , d'un fragment à deux, soit . La refermer demanderait un carbanion, ou un carbocation, en position BÊTA d'un alcool. Aucune réaction du cours ne le fabrique : un organomagnésien exige un halogène sur le carbone visé, et l'alcool voisin le détruirait par réaction acide-base dès sa formation ; un carbocation n'y serait stabilisé ni par le cycle, trop loin, ni par l'oxygène, qui n'est pas sur le bon carbone. Critère général : une coupure n'est recevable que si CHAQUE morceau possède un équivalent synthétique réel ET qu'une réaction connue recolle les deux. Ne pas le vérifier coûte cher, car on s'en aperçoit parfois trois étapes plus loin.