Chimie organique • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal

Exercices corrigés : la synthèse organique et l'analyse rétrosynthétique

Toutes les autres pages de chimie organique de ce site posent la même question : quel est le produit de cette réaction ? Celle-ci pose la question inverse, la seule que l'examen appelle SYNTHÈSE. On part de la cible, on cherche dans sa formule une liaison qu'une réaction connue sait former, on écrit les deux morceaux, et on recommence jusqu'à tomber sur des produits de catalogue. Le bagage de réactions est exactement le même, le travail mental est l'inverse.

Le second obstacle ne se voit pas dans ce bagage : l'ORDRE des étapes n'est pas libre. Nitrer puis acyler ne donne pas le même produit qu'acyler puis nitrer, parce que le premier groupe installé oriente le second, et un groupe incompatible avec un réactif ultérieur doit être protégé ou installé plus tard. Le geste à répéter, devant deux étapes, tient en une question : puis-je les intervertir ?

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Ce chapitre fait partie de Chimie organique
Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (6 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1Hybridation et modèle quantique de la liaisonChimie générale 202-SF1-RE (ancien 202-NYA)
  2. 2Nomenclature et isomérie
  3. 3Mésomérie et mécanismes
  4. 4Les hydrocarbures
  5. 5Les dérivés halogénés
  6. 6Les composés aromatiques

Rappel de cours

  • FLÈCHE RÉTROSYNTHÉTIQUE : elle s'écrit à DOUBLE FÛT, se lit « pourrait venir de » et va de la cible vers ses précurseurs. Ce n'est pas une flèche de réaction, et les morceaux qu'elle écrit ne sont pas des réactifs de flacon.
  • CIBLE, COUPURE, SYNTHON, ÉQUIVALENT SYNTHÉTIQUE. La coupure défait une liaison ; les synthons sont les fragments idéaux, avec leur charge ; l'équivalent synthétique est le réactif RÉEL qui joue le rôle du synthon. Le synthon CH3CH_{3}^{-} s'écrit CH3MgBrCH_{3}MgBr au laboratoire, le synthon C6H5CH2+C_{6}H_{5}CH_{2}^{+} s'écrit bromure de benzyle.
  • COUPURES RENTABLES au cégep : la liaison carbone-halogène (substitution), la liaison carbone-oxygène d'un ester ou d'un éther (estérification, Williamson), et la liaison carbone-carbone voisine d'un carbonyle (organomagnésien, aldolisation, synthèse acétoacétique, nitrile, CO2CO_{2}).
  • IGF, interconversion de groupes fonctionnels : un pas rétrosynthétique qui ne coupe rien et change seulement la fonction ou le degré d'oxydation. Échelle d'oxydation du carbone : alcane, alcool, aldéhyde ou cétone, acide, CO2CO_{2}.
  • COMPTE DES CARBONES : le contrôle le plus rapide d'une proposition. Les carbones des deux morceaux doivent redonner EXACTEMENT ceux de la cible. Contrôle jumeau sur les organomagnésiens : sur une cétone ils donnent un alcool tertiaire, sur un aldéhyde un secondaire, sur le méthanal un primaire.
  • ORDRE DES ÉTAPES sur un aromatique : le groupe qui doit ORIENTER s'installe en premier. Donneurs (OH-OH, NH2-NH_{2}, OR-OR, alkyles) : activants, ortho et para. Attracteurs (NO2-NO_{2}, CN-CN, COR-COR, COOH-COOH, SO3H-SO_{3}H) : désactivants, méta. Les halogènes : désactivants FAIBLES, mais orienteurs ortho et para.
  • FRIEDEL-CRAFTS échoue sur tout cycle portant un groupe plus désactivant qu'un halogène, et sur l'aniline, dont l'azote fixe AlCl3AlCl_{3} et devient un ammonium désactivant. Elle se place donc le plus tôt possible dans une séquence.
  • RENDEMENT GLOBAL : c'est le PRODUIT des rendements d'étape, jamais leur moyenne, et il est toujours inférieur au plus petit d'entre eux. Trois étapes à 9090, 8080 et 7070 pour cent donnent 50,450{,}4 pour cent et non 8080.
  • CHIMIOSÉLECTIVITÉ ET PROTECTION : on cherche d'abord un réactif sélectif, NaBH4NaBH_{4} contre LiAlH4LiAlH_{4}, PCC contre dichromate aqueux. On ne protège que si aucun ne l'est, et la protection coûte deux étapes, donc environ dix points de rendement global.

Partie A : les bases (/50)

Exercice 1 : La flèche à double fût : cible, synthon, équivalent synthétique

On ne conçoit pas une synthèse en avançant. On part de la CIBLE, on cherche dans sa formule une liaison qu'une réaction connue sait former, on écrit les deux morceaux, et on recommence jusqu'à tomber sur des produits de catalogue.

La flèche de cette analyse n'est pas une flèche de réaction : elle s'écrit à DOUBLE FÛT et se lit « pourrait venir de ».

La figure porte la cible du jour, le 1-phénylbutan-1-ol, avec trois coupures numérotées.

OH123
  • a) Que dit exactement la flèche à double fût, et pourquoi ne peut-on pas la lire comme une flèche de réaction ?
  • b) Définissez SYNTHON et ÉQUIVALENT SYNTHÉTIQUE, puis donnez un équivalent synthétique usuel pour chacun des synthons CH3CH_{3}^{-}, C6H5CH2+C_{6}H_{5}CH_{2}^{+}, CN^{-}CN et CH3CO+CH_{3}CO^{+}.
  • c) Donnez la formule brute de la cible et son degré d'insaturation.
  • d) Pour les coupures 1 et 2, donnez les deux morceaux, leur équivalent synthétique et la réaction qui referme la liaison. Vérifiez le compte des carbones.
  • e) La coupure 3 n'est refermée par aucune réaction du cours. Expliquez pourquoi, puis énoncez le critère qui rend une coupure recevable.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Elle se lit « pourrait venir de » et va de la cible vers ses précurseurs
  • b) CH3MgBrCH_{3}MgBr, bromure de benzyle, NaCNNaCN, chlorure d'éthanoyle
  • c) C10H14OC_{10}H_{14}O, DI=4DI=4
  • d) Coupure 1 : C6H5MgBrC_{6}H_{5}MgBr et butanal, 6+4=106+4=10 ; coupure 2 : benzaldéhyde et C3H7MgBrC_{3}H_{7}MgBr, 7+3=107+3=10
  • e) La coupure 3 : pas d'équivalent synthétique pour un carbanion en bêta d'un alcool

a) Elle se lit « pourrait venir de » et relie une CIBLE à ses PRÉCURSEURS : elle remonte le temps. Trois différences avec une flèche de réaction. Le sens : elle part de ce qu'on veut, pas de ce qu'on a. Les morceaux : ce sont des SYNTHONS, fragments idéaux porteurs d'une charge, qui n'existent dans aucun flacon. Le statut : elle n'affirme rien, elle propose une hypothèse à valider. D'où les deux fûts. Le geste attendu : on analyse au brouillon avec des doubles fûts, puis on REMONTE l'arbre en sens inverse pour écrire la synthèse, flèches simples, réactifs réels, conditions. Une copie qui rend l'analyse telle quelle donne à lire une suite de réactions impossibles, et l'examinateur la corrige comme telle.

b) Le SYNTHON est le fragment idéal issu de la coupure, avec la charge qu'on lui attribue ; l'ÉQUIVALENT SYNTHÉTIQUE est le réactif RÉEL qui joue son rôle. CH3CH_{3}^{-} : bromure de méthylmagnésium. C6H5CH2+C_{6}H_{5}CH_{2}^{+} : bromure de benzyle, dont le carbone est δ+\delta^{+} et porte un excellent nucléofuge. CN^{-}CN : cyanure de sodium, où l'anion existe vraiment. CH3CO+CH_{3}CO^{+} : chlorure d'éthanoyle avec AlCl3AlCl_{3}, ou anhydride éthanoïque. Le piège est de confondre les deux colonnes : écrire CH3CH_{3}^{-} dans une séquence de synthèse est une faute, on attend CH3MgBrCH_{3}MgBr. Second point, décisif pour la suite : à chaque coupure carbone-carbone il faut CHOISIR quel morceau porte la charge négative, et ce choix décide lequel sera l'organomagnésien.

c) La cible est C6H5CH(OH)CH2CH2CH3C_{6}H_{5}-CH(OH)-CH_{2}-CH_{2}-CH_{3}, soit C10H14OC_{10}H_{14}O. Degré d'insaturation : DI=2×10+2142=4DI=\frac{2\times 10+2-14}{2}=4, c'est-à-dire les trois doubles liaisons du cycle plus le cycle lui-même. L'oxygène n'entre pas dans la formule du degré d'insaturation, donc le groupe hydroxyle n'apporte rien. C'est le contrôle qui permet, devant une formule brute inconnue, d'affirmer la présence d'un cycle benzénique sans avoir vu la structure : DI=4DI=4 avec au moins six carbones en est presque toujours la signature. Retenir surtout que la cible compte DIX carbones, car tout le travail des questions suivantes consiste à les retrouver dans les deux morceaux de chaque coupure.

d) Coupure 1, entre le cycle et le carbone porteur du OHOH : les synthons sont C6H5C_{6}H_{5}^{-} et le cation du carbone fonctionnel, dont l'équivalent synthétique est le BUTANAL, un carbonyle étant l'équivalent universel d'un carbocation porteur d'un futur OHOH. On referme par addition du bromure de phénylmagnésium sur le butanal, puis hydrolyse acide. Compte : 6+4=106+4=10 ✓. Coupure 2 : synthons CH3CH2CH2CH_{3}CH_{2}CH_{2}^{-}, équivalent le bromure de propylmagnésium, et le BENZALDÉHYDE ; même réaction ; 7+3=107+3=10 ✓. Les deux voies se valent et l'on choisira sur le prix des réactifs. Le compte des carbones est le contrôle le plus rapide d'une rétrosynthèse : il se fait de tête, avant tout mécanisme, et il élimine d'un coup les propositions impossibles.

e) La coupure 3 sépare un fragment à huit carbones, C6H5CH(OH)CH2C_{6}H_{5}CH(OH)CH_{2}-, d'un fragment à deux, soit 8+2=108+2=10. La refermer demanderait un carbanion, ou un carbocation, en position BÊTA d'un alcool. Aucune réaction du cours ne le fabrique : un organomagnésien exige un halogène sur le carbone visé, et l'alcool voisin le détruirait par réaction acide-base dès sa formation ; un carbocation n'y serait stabilisé ni par le cycle, trop loin, ni par l'oxygène, qui n'est pas sur le bon carbone. Critère général : une coupure n'est recevable que si CHAQUE morceau possède un équivalent synthétique réel ET qu'une réaction connue recolle les deux. Ne pas le vérifier coûte cher, car on s'en aperçoit parfois trois étapes plus loin.

Exercice 2 : Les trois coupures rentables du cégep

Toutes les liaisons ne se coupent pas. Le répertoire d'un élève de cégep en compte trois familles : la liaison carbone-halogène, la liaison carbone-oxygène d'un ester ou d'un éther, et la liaison carbone-carbone voisine d'un carbonyle.

Pour chaque cible, la question est toujours la même : quelle liaison est la plus facile à DÉFAIRE ?

  • a) Cible : l'éthanoate de butyle. Quelle liaison couper, quels morceaux, quelle réaction referme la coupure ? Vérifiez le compte des carbones.
  • b) Cible : le 1-bromobutane. Même travail. Cette coupure change-t-elle le squelette carboné ?
  • c) Cible : le 2-phénylbutan-2-ol. Dénombrez les coupures carbone-carbone recevables et donnez, pour chacune, le composé carbonylé et l'organomagnésien, avec le compte des carbones.
  • d) Parmi les voies de c), laquelle retenir, et sur quel critère ?
  • e) Énoncez les deux conditions qu'une coupure doit remplir pour être RENTABLE.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Coupure carbone-oxygène acyle : acide éthanoïque et butan-1-ol, 2+4=62+4=6
  • b) Coupure carbone-brome : butan-1-ol et PBr3PBr_{3}, squelette inchangé
  • c) Trois coupures : 8+28+2, 9+19+1 et 4+64+6, toutes égales à 10
  • d) Acétophénone et bromure d'éthylmagnésium, les réactifs les plus disponibles
  • e) Une réaction connue la referme, et elle ramène à des produits de catalogue

a) L'éthanoate de butyle est CH3COOCH2CH2CH2CH3CH_{3}-COO-CH_{2}CH_{2}CH_{2}CH_{3}, soit C6H12O2C_{6}H_{12}O_{2}. On coupe la liaison carbone-oxygène du côté ACYLE, celle que l'estérification sait refermer : les morceaux sont l'acide éthanoïque, deux carbones, et le butan-1-ol, quatre carbones, et 2+4=62+4=6 ✓. On referme par une estérification de Fischer. Attention à l'autre coupure carbone-oxygène, du côté ALKYLE : elle donnerait l'ion éthanoate et un carbocation butyle, et se refermerait par une SN2S_{N}2 entre l'éthanoate de sodium et le 1-bromobutane. Elle existe, mais elle part d'un halogénure au lieu d'un alcool, donc elle coûte une étape de plus en amont. Deux coupures, deux voies réelles, un arbitrage sur ce dont on dispose.

b) Le 1-bromobutane vient du butan-1-ol : on coupe la liaison carbone-brome et l'on referme par PBr3PBr_{3}, ou par HBrHBr concentré à chaud, ou par le tosylate. Compte : 4+0=44+0=4, le squelette n'a pas bougé d'un carbone. C'est le point important : ce n'est pas une vraie coupure mais une INTERCONVERSION de groupes fonctionnels, un pas qui change la fonction sans toucher à la chaîne. On la fait presque toujours pour préparer la suivante, ici pour pouvoir fabriquer un organomagnésien, qui exige un halogène et non un alcool. Compter les carbones à chaque pas distingue immédiatement les deux : une vraie coupure les répartit entre deux morceaux, une interconversion les laisse tous du même côté.

c) Le 2-phénylbutan-2-ol est C6H5C(CH3)(OH)CH2CH3C_{6}H_{5}-C(CH_{3})(OH)-CH_{2}CH_{3}, soit C10H14OC_{10}H_{14}O, DI=4DI=4. C'est un alcool TERTIAIRE dont le carbone fonctionnel porte trois groupes DIFFÉRENTS : TROIS coupures carbone-carbone sont donc recevables. Couper l'éthyle laisse l'acétophénone, à recoller avec le bromure d'éthylmagnésium : 8+2=108+2=10. Couper le méthyle laisse la 1-phénylpropan-1-one, avec le bromure de méthylmagnésium : 9+1=109+1=10. Couper le phényle laisse la butan-2-one, avec le bromure de phénylmagnésium : 4+6=104+6=10. Les trois se referment par la même réaction, addition du magnésien sur la cétone puis hydrolyse acide, et donnent toutes un alcool tertiaire. Le contrôle de classe double celui du compte : magnésien sur cétone donne toujours un tertiaire.

d) La figure porte les deux meilleures branches. On retient l'ACÉTOPHÉNONE et le bromure d'éthylmagnésium. Le critère n'est pas la beauté de la coupure mais la DISPONIBILITÉ des produits de départ : l'acétophénone est un produit industriel de masse, sous-produit du procédé au cumène, donc très bon marché, et le bromoéthane est l'un des halogénoalcanes les moins chers. La branche butan-2-one plus bromure de phénylmagnésium est presque aussi bonne. La branche propiophénone plus bromure de méthylmagnésium est la moins bonne : la propiophénone n'est pas un produit de catalogue courant, il faudrait la préparer par acylation de Friedel-Crafts, ce qui ajoute une étape EN AMONT. Une voie se juge sur l'arbre entier, pas sur sa dernière étape.

e) Première condition : une réaction connue referme la liaison, et chaque morceau possède un équivalent synthétique réel. Seconde condition : la coupure ramène à des composés DISPONIBLES, et si possible elle divise la molécule en deux morceaux de taille comparable. Détacher un seul carbone d'une cible qui en compte dix ne fait presque pas avancer le problème, alors que couper au milieu le divise en deux. On cherche donc la coupure la plus CENTRALE parmi celles qui sont chimiquement recevables, et l'on privilégie les réactions qui créent des liaisons carbone-carbone : ce sont les seules qui construisent le squelette, toutes les autres ne font que changer les fonctions.

2-phénylbutan-2-olacétophénone+bromure d'éthylmagnésium8 + 2 = 10 carbonesbutan-2-one+bromure de phénylmagnésium4 + 6 = 10 carbones

Exercice 3 : L'interconversion de groupes fonctionnels : le pas qui ne coupe rien

Tous les pas rétrosynthétiques ne coupent pas une liaison. Beaucoup se contentent de CHANGER la fonction sans toucher au squelette, pour amener la molécule dans un état où une coupure devient possible. On les appelle interconversions de groupes fonctionnels, en abrégé IGF.

C'est le pas le plus oublié des copies, et pourtant celui qui débloque la plupart des cibles.

  • a) Classez par degré d'oxydation croissant du carbone fonctionnel : acide carboxylique, alcane, aldéhyde, alcool, dioxyde de carbone. Où se place une cétone ?
  • b) Donnez un réactif pour chaque montée d'un barreau à partir d'un alcool primaire, puis un réactif pour chaque descente. Pourquoi le PCC et le dichromate aqueux ne donnent-ils pas le même produit ?
  • c) Cible : l'acide 2-phénylacétique. Deux voies partent du bromure de benzyle. Écrivez-les et vérifiez le compte des carbones.
  • d) Le nitrile est un carrefour. Donnez les trois fonctions accessibles depuis RCNR-C\equiv N, avec le réactif de chacune.
  • e) Combien d'étapes compte la synthèse de l'acide 2-phénylacétique à partir du toluène par la voie du nitrile ? Donnez-les, et dites pourquoi l'oxydation directe du toluène ne convient pas.

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a)
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c)
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Réponses

  • a) Alcane, alcool, aldéhyde, acide, CO2CO_{2} ; la cétone au barreau de l'aldéhyde
  • b) PCC puis dichromate aqueux ; LiAlH4LiAlH_{4}, NaBH4NaBH_{4} ; l'eau explique tout
  • c) NaCNNaCN puis hydrolyse, ou MgMg puis CO2CO_{2} : 7+1=87+1=8 dans les deux cas
  • d) Acide, amine primaire, cétone
  • e) Trois étapes ; l'oxydation directe donne l'acide benzoïque, sept carbones

a) On compte les liaisons du carbone fonctionnel à un oxygène. Alcane : zéro. Alcool : une. Aldéhyde : deux. Acide : trois. Dioxyde de carbone : quatre. L'ordre est donc alcane, alcool, aldéhyde, acide, CO2CO_{2}. Une CÉTONE se place au même barreau que l'aldéhyde, et cette égalité explique deux faits. Premier fait : le même réducteur, NaBH4NaBH_{4}, les descend tous les deux d'un barreau vers l'alcool. Second fait : aucun oxydant ordinaire ne fait monter une cétone, car il faudrait lui arracher un hydrogène qu'elle n'a pas sur le carbone fonctionnel. C'est pourquoi le test à l'oxydation distingue si bien un aldéhyde d'une cétone, et pourquoi un alcool tertiaire ne s'oxyde pas davantage.

b) Montées depuis un alcool primaire : vers l'aldéhyde par le PCC dans le dichlorométhane ; de l'aldéhyde vers l'acide par K2Cr2O7K_{2}Cr_{2}O_{7} en milieu H2SO4H_{2}SO_{4} aqueux ou par KMnO4KMnO_{4}. Descentes : de l'acide vers l'alcool par LiAlH4LiAlH_{4}, le NaBH4NaBH_{4} n'étant pas assez fort ; de l'aldéhyde ou de la cétone vers l'alcool par NaBH4NaBH_{4}. La différence entre le PCC et le dichromate aqueux tient à l'EAU : en milieu aqueux l'aldéhyde s'hydrate en diol géminé, dont l'hydrogène restant sur le carbone se réoxyde aussitôt, et la réaction file jusqu'à l'acide. Le PCC travaille en milieu anhydre, l'hydrate ne peut pas se former, l'oxydation s'arrête. Confondre les deux coûte le produit entier : on visait l'aldéhyde, on isole l'acide.

c) L'acide 2-phénylacétique est C6H5CH2COOHC_{6}H_{5}-CH_{2}-COOH, soit C8H8O2C_{8}H_{8}O_{2}. Voie du NITRILE : bromure de benzyle plus cyanure de sodium, SN2S_{N}2 sur un carbone primaire et benzylique donc très rapide, qui donne le phénylacétonitrile ; puis hydrolyse en milieu acide aqueux à chaud. Voie du MAGNÉSIEN : bromure de benzyle plus magnésium dans l'éther anhydre, puis dioxyde de carbone solide, puis hydrolyse acide. Compte dans les deux cas : 7+1=87+1=8 ✓. Les deux voies allongent la chaîne d'EXACTEMENT un carbone, apporté par le cyanure dans un cas et par le dioxyde de carbone dans l'autre. Différence pratique : le magnésien se détruit à la moindre trace d'eau, la voie du nitrile est plus robuste mais demande une hydrolyse longue.

d) Le nitrile ouvre sur trois fonctions. Vers l'ACIDE CARBOXYLIQUE, par hydrolyse acide à chaud, ou basique puis acidification, l'amide étant l'intermédiaire. Vers l'AMINE PRIMAIRE, par LiAlH4LiAlH_{4}, qui donne RCH2NH2R-CH_{2}-NH_{2} : le carbone du nitrile se retrouve dans la chaîne de l'amine. Vers la CÉTONE, par un organomagnésien puis hydrolyse acide, le magnésien s'additionnant sur le carbone du nitrile pour donner un sel d'imine que l'eau acide hydrolyse. Cette troisième voie est la seule des trois qui allonge ENCORE la chaîne, puisqu'elle apporte le carbone du magnésien en plus. Le nitrile est donc à la fois un moyen d'ajouter un carbone et un déguisement pour trois fonctions.

e) Trois étapes. Un, toluène traité par le N-bromosuccinimide avec un peroxyde, ou par le dibrome à la lumière : bromation RADICALAIRE de la chaîne latérale, qui donne le bromure de benzyle. Deux, cyanure de sodium : phénylacétonitrile. Trois, hydrolyse acide à chaud : acide 2-phénylacétique. L'oxydation directe du toluène par le permanganate à chaud ne convient pas, et le compte des carbones suffit à le dire : elle donne l'acide BENZOÏQUE, sept carbones, alors que la cible en a huit. L'oxydation de chaîne latérale ne s'arrête pas où l'on voudrait, elle rase tout ce qui dépasse du carbone benzylique. Pour obtenir un carboxyle séparé du cycle par un CH2CH_{2}, il faut construire, pas oxyder.

Exercice 4 : Sur un aromatique, l'ordre décide

Sur un cycle aromatique, deux étapes qui emploient exactement les mêmes réactifs ne donnent pas le même produit selon leur ORDRE, parce que le premier groupe installé oriente le second.

Le geste à répéter tient en une question : puis-je intervertir ces deux étapes ?

La figure donne les deux cibles du jour, toutes deux à préparer à partir du benzène.

Masses molaires en g/mol : C 12,01 ; H 1,008 ; N 14,01 ; O 16,00 ; Br 79,90.

COCH₃NO₂cible 1COCH₃Brcible 2
  • a) Pour OCH3-OCH_{3}, CH3-CH_{3}, Cl-Cl, COCH3-COCH_{3}, NO2-NO_{2} et SO3H-SO_{3}H, dites si le groupe active ou désactive le cycle et où il oriente la substitution suivante.
  • b) Cible 1. Deux séquences sont concevables : nitrer puis acyler, ou acyler puis nitrer. Laquelle marche ? Donnez les DEUX raisons, puis la masse molaire de la cible.
  • c) Cible 2. Même travail avec la bromation et l'acylation. Pourquoi le Friedel-Crafts passe-t-il encore sur le bromobenzène alors qu'il échoue sur le nitrobenzène ?
  • d) Comparez b) et c), puis énoncez la règle générale de l'ordre sur un aromatique.
  • e) L'aniline porte pourtant l'un des activants les plus puissants. Expliquez pourquoi une acylation de Friedel-Crafts y échoue quand même.

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Réponses

  • a) Activants ortho-para : OCH3-OCH_{3}, CH3-CH_{3} ; Cl-Cl désactivant mais ortho-para ; COCH3-COCH_{3}, NO2-NO_{2}, SO3H-SO_{3}H désactivants méta
  • b) Acyler puis nitrer ; M=165,15M=165{,}15 g/mol
  • c) Bromer puis acyler ; M=199,04M=199{,}04 g/mol ; un halogène désactive faiblement
  • d) Le groupe qui oriente s'installe en premier, et Friedel-Crafts le plus tôt possible
  • e) AlCl3AlCl_{3} se fixe sur l'azote et le transforme en ammonium désactivant

a) OCH3-OCH_{3} : l'oxygène donne un doublet au cycle par mésomérie, effet qui l'emporte sur son attraction inductive, donc ACTIVANT fort, orienteur ORTHO et PARA. CH3-CH_{3} : donneur inductif seulement, activant faible, ortho et para. Cl-Cl : attracteur inductif puissant mais donneur mésomère, donc désactivant FAIBLE et pourtant orienteur ortho et para. C'est l'exception à connaître, et elle se comprend en séparant les deux questions : l'inductif décide de la VITESSE, la mésomérie décide de la POSITION, car seule la mésomérie stabilise le carbocation intermédiaire de l'attaque ortho ou para. COCH3-COCH_{3}, NO2-NO_{2} et SO3H-SO_{3}H : attracteurs, DÉSACTIVANTS, orienteurs MÉTA. La grille du corrigé range les six groupes.

b) Il faut ACYLER D'ABORD, puis nitrer. Première raison, l'orientation : le groupe acétyle est orienteur méta, donc il envoie le nitro en position 3, qui est la cible. Seconde raison, bien plus impérative : en nitrant d'abord on obtient du nitrobenzène, trop désactivé pour subir la moindre réaction de Friedel-Crafts. La séquence est CH3COClCH_{3}COCl avec AlCl3AlCl_{3}, puis HNO3HNO_{3} et H2SO4H_{2}SO_{4}. Noter la hiérarchie : la seconde raison suffit seule à condamner l'ordre inverse, car même avec la bonne orientation la réaction n'aurait pas lieu. Masse molaire de la cible 1, C8H7NO3C_{8}H_{7}NO_{3} : 8×12,01+7×1,008+14,01+3×16,00=165,158\times 12{,}01+7\times 1{,}008+14{,}01+3\times 16{,}00=165{,}15 g/mol.

c) Il faut BROMER D'ABORD. Le brome oriente ortho et para, donc il envoie l'acyle en para, position 4. L'ordre inverse donnerait la 1-(3-bromophényl)éthanone, isomère méta, puisque l'acétyle oriente méta : on obtiendrait un produit, mais pas celui-là, et en examen c'est une réponse fausse, pas approximative. Si le Friedel-Crafts passe encore sur le bromobenzène, c'est qu'un halogène n'est que FAIBLEMENT désactivant. La limite est nette : l'acylation réussit sur un cycle portant un groupe jusqu'aux halogènes INCLUS et échoue dès que le groupe désactive davantage, nitro, cyano, carbonyle, sulfonique, ammonium. Les ordres de grandeur le disent : bromobenzène dix fois plus lent que le benzène, nitrobenzène un million de fois. Cible 2, C8H7BrOC_{8}H_{7}BrO : 199,04199{,}04 g/mol.

d) Les deux cibles ne diffèrent que par l'orientation du premier groupe, et c'est elle qui impose tout. RÈGLE : le groupe qui doit ORIENTER s'installe EN PREMIER, et une étape de Friedel-Crafts se place le plus tôt possible, avant tout groupe désactivant fort. Le geste, devant deux étapes, est de demander « puis-je les intervertir ? » et d'y répondre sur DEUX plans, l'orientation d'abord, la faisabilité ensuite. Corollaire utile : pour un produit méta on installe d'abord un orienteur méta, pour un para on installe d'abord un orienteur ortho-para. Un ordre inversé coûte toute la question, même si chacune des réactions écrites existe, parce que le produit obtenu n'est pas celui qu'on demandait.

e) L'aniline échoue pour une raison d'une autre nature. Le chlorure d'aluminium est un acide de Lewis et le doublet libre de l'azote une base de Lewis : les deux se combinent immédiatement. L'azote porte alors une charge positive et devient un groupe fortement ATTRACTEUR, donc désactivant et orienteur méta : le cycle le plus activé du répertoire s'est désactivé lui-même au contact du réactif censé l'attaquer. La parade classique est de protéger l'azote sous forme d'amide, en acétylant l'aniline : l'amide est bien moins basique, il ne complexe plus AlCl3AlCl_{3} et reste un activant ortho-para modéré ; on déprotège ensuite par hydrolyse. Ne pas confondre les deux échecs : le nitrobenzène est désactivé AVANT la réaction, l'aniline se désactive PAR le réactif.

groupeeffetorientationOCH₃activant fortortho et paraCH₃activant faibleortho et paraCldésactivant faibleortho et paraCOCH₃désactivant fortmétaNO₂désactivant très fortmétaSO₃Hdésactivant fortméta

Exercice 5 : Deux voies, un rendement global : c'est un produit

Deux voies mènent à la même cible à partir du même produit de départ P, une mole pour une mole. La voie A compte quatre étapes, la voie B en compte deux. La figure porte le rendement de chaque étape.

Masses molaires : produit de départ 106,17 g/mol ; cible 164,20 g/mol.

PA1A2A3C92 %88 %95 %90 %PB1C85 %78 %voie Avoie B
  • a) Calculez le rendement global de chacune des deux voies.
  • b) Laquelle retenir sur ce seul critère ? Commentez le résultat.
  • c) Quelle masse de cible obtient-on par la voie A à partir de 50,0 g de produit de départ ?
  • d) La dernière étape de la voie A tombe de 90 à 72 pour cent. Recalculez le rendement global, puis dites à partir de quel rendement de cette étape la voie A cesse d'être la meilleure.
  • e) Un étudiant annonce pour la voie A le rendement MOYEN de ses quatre étapes. Calculez la masse de départ à engager pour obtenir 100 g de cible, d'abord avec le calcul juste, puis avec sa moyenne. Que récolterait-il ?

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Voie A : 69,269{,}2 pour cent ; voie B : 66,366{,}3 pour cent
  • b) La voie A, plus longue et pourtant meilleure
  • c) 53,553{,}5 g de cible
  • d) 55,455{,}4 pour cent ; seuil à 86,286{,}2 pour cent
  • e) 93,493{,}4 g au lieu de 70,970{,}9 g : il récolterait 75,975{,}9 g au lieu de 100100 g

a) Voie A : 0,92×0,88×0,95×0,90=0,69220{,}92\times 0{,}88\times 0{,}95\times 0{,}90=0{,}6922, soit 69,269{,}2 pour cent. Voie B : 0,85×0,78=0,6630{,}85\times 0{,}78=0{,}663, soit 66,366{,}3 pour cent. Le rendement global est le PRODUIT des rendements, et la raison est physique : chaque étape ne travaille que sur ce que la précédente lui a laissé, et la matière perdue à la première ne revient jamais. On écrit R=RiR=\prod R_{i}. Le contrôle mental à garder : le rendement global est toujours INFÉRIEUR au plus petit des rendements d'étape, ici 69,2<8869{,}2<88 et 66,3<7866{,}3<78. Toute réponse qui viole cette inégalité est fausse sans qu'il soit besoin de refaire le calcul.

b) La voie A l'emporte, 69,269{,}2 contre 66,366{,}3, alors qu'elle compte DEUX FOIS PLUS d'étapes. C'est le résultat qui surprend et qu'il faut retenir : le nombre d'étapes ne décide de rien à lui seul, ce sont les rendements qui décident. Cela dit, la comparaison des seuls rendements n'épuise pas le choix d'une voie : la voie A coûte deux purifications de plus, deux journées de travail de plus, deux fois plus de solvant et deux occasions de plus de se tromper. L'écart de 2,92{,}9 points est mince, et un chimiste peut parfaitement retenir la voie B pour ces raisons-là, à condition de les nommer. Ce qui serait faux, c'est de la retenir en croyant qu'elle rend davantage.

c) n(P)=50,0106,17=0,4709n(P)=\frac{50{,}0}{106{,}17}=0{,}4709 mol. La stoechiométrie étant de une mole pour une mole, n(cible)=0,4709×0,6922=0,3260n(\text{cible})=0{,}4709\times 0{,}6922=0{,}3260 mol, donc m=0,3260×164,20=53,5m=0{,}3260\times 164{,}20=53{,}5 g. Vérification d'ordre de grandeur, à faire systématiquement : la cible est 164,20106,17=1,55\frac{164{,}20}{106{,}17}=1{,}55 fois plus lourde que le départ et l'on en perd environ trente pour cent, donc on attend 50×1,55×0,695350\times 1{,}55\times 0{,}69\approx 53 g ✓. Le piège classique consiste à appliquer le rendement à la MASSE de départ : on trouverait 50,0×0,6922=34,650{,}0\times 0{,}6922=34{,}6 g, ce qui oublie que les deux molécules n'ont pas la même masse molaire. Le rendement porte sur les MOLES.

d) Les trois premières étapes donnent 0,92×0,88×0,95=0,76910{,}92\times 0{,}88\times 0{,}95=0{,}7691. Avec une dernière étape à 0,720{,}72 : 0,7691×0,72=0,55380{,}7691\times 0{,}72=0{,}5538, soit 55,455{,}4 pour cent, et la voie A est alors nettement battue. Le seuil se calcule directement : on cherche xx tel que 0,7691x=0,6630{,}7691\,x=0{,}663, d'où x=0,862x=0{,}862, soit 86,286{,}2 pour cent. Dès que cette dernière étape descend sous 86,286{,}2 pour cent, la voie B reprend l'avantage. Ce seuil est HAUT, et c'est l'information utile : l'avance de la voie A ne tient qu'à un cheveu, et une seule étape qui se dégrade un peu suffit à renverser le classement.

e) Moyenne annoncée : 92+88+95+904=91,25\frac{92+88+95+90}{4}=91{,}25 pour cent. Calcul juste : n(cible)=100164,20=0,6090n(\text{cible})=\frac{100}{164{,}20}=0{,}6090 mol, donc n(P)=0,60900,6922=0,8798n(P)=\frac{0{,}6090}{0{,}6922}=0{,}8798 mol et m=0,8798×106,17=93,4m=0{,}8798\times 106{,}17=93{,}4 g. Avec sa moyenne : 0,60900,9125=0,6674\frac{0{,}6090}{0{,}9125}=0{,}6674 mol, soit 70,970{,}9 g. Il engagerait 70,970{,}9 g au lieu de 93,493{,}4 g et récolterait 70,993,4=75,9\frac{70{,}9}{93{,}4}=75{,}9 pour cent de ce qu'il visait, soit environ 75,975{,}9 g de cible au lieu de 100100 g. À retenir : la moyenne ne se trompe pas toujours de CLASSEMENT, elle se trompe TOUJOURS de valeur, et l'erreur enfle avec le nombre d'étapes. Dix étapes à 9090 pour cent : la moyenne annonce 9090, le produit vaut 0,910=0,3490{,}9^{10}=0{,}349, soit 34,934{,}9 pour cent.

voie A69,2 %moyenne A91,3 %voie B66,3 %moyenne B81,5 %020406080rendement global

Partie B : problèmes et raisonnement (/50)

Exercice 6 : Chimiosélectivité : trier d'abord, protéger ensuite

Une cible porte souvent plusieurs fonctions, et le réactif de l'étape suivante ne sait pas laquelle on vise. Deux réponses, dans cet ordre : chercher d'abord un réactif SÉLECTIF, ne protéger que si aucun ne l'est.

Protéger n'est jamais gratuit : cela coûte deux étapes, une pour poser le groupe et une pour le retirer.

  • a) Le 4-oxopentanoate d'éthyle CH3COCH2CH2COOC2H5CH_{3}CO-CH_{2}CH_{2}-COOC_{2}H_{5} porte une cétone et un ester. Quel réactif réduit la cétone seule ? Que donnerait LiAlH4LiAlH_{4} ?
  • b) On veut passer du pent-4-én-1-ol au pent-4-énal. Quel oxydant ? Écartez le dichromate aqueux et le permanganate à chaud en disant ce que chacun ferait. Nommez enfin les trois sélectivités que le chimiste distingue.
  • c) On veut préparer un organomagnésien à partir du 4-bromobutan-1-ol. Expliquez l'échec, puis donnez les deux parades.
  • d) Quelles sont les trois qualités d'un bon groupe protecteur ? Justifiez, par sa structure, que l'acétal résiste à un organomagnésien.
  • e) La protection coûte deux étapes, à 94 et 96 pour cent. Calculez le facteur appliqué au rendement global, et dites quand on refuse de le payer.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) NaBH4NaBH_{4} ; LiAlH4LiAlH_{4} donnerait le pentane-1,4-diol
  • b) Le PCC ; chimiosélectivité, régiosélectivité, stéréosélectivité
  • c) L'alcool détruit le magnésien et donne du tétrahydrofurane ; protéger, ou inverser les rôles
  • d) Installation, inertie, retrait sélectif ; l'acétal n'offre ni proton ni site électrophile
  • e) Facteur 90,290{,}2 pour cent ; on refuse dès qu'un réactif sélectif existe

a) NaBH4NaBH_{4} dans le méthanol, à froid : il réduit aldéhydes et cétones, il ne touche ni aux esters ni aux acides. On obtient le 4-hydroxypentanoate d'éthyle, qui se referme d'ailleurs volontiers en lactone à cinq chaînons. LiAlH4LiAlH_{4}, lui, ne trie pas : il descendrait aussi l'ester jusqu'à l'alcool primaire et l'on isolerait le pentane-1,4-diol. La raison de cette sélectivité est l'ÉLECTROPHILIE du carbone visé : dans un ester, l'oxygène simplement lié nourrit le carbonyle par mésomérie et l'appauvrit beaucoup moins qu'un carbonyle cétonique. Règle : entre deux fonctions du même type, on classe par électrophilie et l'on choisit le réactif le plus doux qui suffit.

b) Le PCC dans le dichlorométhane. Le dichromate en milieu aqueux acide ne s'arrêterait pas à l'aldéhyde : celui-ci s'hydraterait et la réaction filerait jusqu'à l'acide pent-4-énoïque. Le permanganate à chaud ferait pire, il COUPERAIT la double liaison terminale et laisserait un diacide ou un acide plus du dioxyde de carbone. Le PCC est donc doublement sélectif ici : il s'arrête au bon barreau et il laisse l'alcène. Vocabulaire à tenir ferme. La CHIMIOsélectivité choisit entre deux fonctions DIFFÉRENTES. La RÉGIOsélectivité choisit entre deux POSITIONS d'une même transformation, ainsi Markovnikov. La STÉRÉOsélectivité choisit entre deux stéréoisomères du même produit, ainsi l'addition syn de l'hydroboration.

c) L'organomagnésien est une base extrêmement forte : son carbone porte une charge partielle négative et arrache tout proton un peu acide. Or un alcool est un acide, de pKapK_{a} voisin de 1616. Dès qu'une molécule de magnésien se forme, elle est détruite par l'hydroxyle d'une autre molécule du substrat ; et l'alcoolate obtenu attaque son propre brome par une SN2S_{N}2 intramoléculaire à cinq chaînons, cycle très facile à fermer, ce qui donne du tétrahydrofurane. Deux parades. PROTÉGER l'alcool, en éther silylé ou en éther de tétrahydropyranyle, puis déprotéger : coût, deux étapes. Ou INVERSER les rôles au moment de la coupure et faire porter l'oxygène à l'ÉLECTROPHILE, en offrant l'oxirane à un magnésien simple : cette parade ne coûte AUCUNE étape, car elle se décide sur le papier.

d) Trois qualités. Il s'installe avec un très bon rendement, dans des conditions douces, sur la fonction visée et sur elle seule. Il est INERTE dans toutes les conditions des étapes qu'il doit traverser. Il se retire sélectivement, dans des conditions que le reste de la molécule supporte. L'acétal remplit le contrat face à un magnésien pour une raison de structure : il ne porte AUCUN hydrogène acide, ses deux oxygènes étant engagés avec des carbones, et il n'offre AUCUN site électrophile, son carbone central étant saturé et n'ayant plus de double liaison à l'oxygène. Ni proton à arracher, ni carbone à attaquer. Et il se retire par simple hydrolyse acide aqueuse, conditions qu'un magnésien ne rencontre jamais avant la fin.

e) 0,94×0,96=0,90240{,}94\times 0{,}96=0{,}9024 : la protection applique un facteur de 90,290{,}2 pour cent, soit près de dix points perdus, avant même de compter les deux purifications, les deux journées et les solvants. On refuse de payer ce prix dans deux cas. Quand un réactif sélectif existe, et les questions a) et b) en sont l'illustration : protéger l'ester avant de réduire la cétone serait une faute de méthode, pas seulement une dépense inutile. Et quand la synthèse est déjà longue, car chaque paire d'étapes ajoutée MULTIPLIE encore le rendement global : deux protections dans une voie de six étapes lui font perdre vingt points. La question avant de protéger est toujours la même : ai-je épuisé la liste des réactifs sélectifs ?

Exercice 7 : Cinq voies proposées, cinq fautes

Chacune des cinq propositions qui suivent a été écrite par un étudiant, et chacune est fausse. Pour chaque cas, nommez la faute, dites ce que la voie donnerait réellement, et corrigez.

Pour la question d), on prendra K=4K=4 pour la constante d'équilibre de l'estérification considérée.

  • a) Cible : le pentan-2-ol. « Faire réagir la propanone avec le bromure de propylmagnésium, puis hydrolyser. »
  • b) Cible : la pentan-3-one. « Couper la liaison entre le carbonyle et la chaîne, ce qui donne les synthons CH3CH2COCH_{3}CH_{2}CO^{-} et CH3CH2+CH_{3}CH_{2}^{+}, donc partir d'un anion acyle et de bromoéthane. »
  • c) Cible : l'éthanoate de 2-méthylbutan-2-yle. « Chauffer le 2-méthylbutan-2-ol avec l'acide éthanoïque et l'acide sulfurique concentré. »
  • d) « De toute façon une estérification de Fischer donne 100 pour cent de rendement, puisque l'acide sulfurique est un catalyseur. »
  • e) Cible : l'acide 3-méthylbutanoïque. « Partir de l'acide butanoïque et fixer un méthyle sur son carbone 3. »

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a)
b)
c)
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e)
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Réponses

  • a) Compte faux : 3+3=63+3=6, on obtiendrait le 2-méthylpentan-2-ol
  • b) L'anion acyle n'a pas d'équivalent synthétique : inverser les charges
  • c) Déshydratation : on obtient le 2-méthylbut-2-ène, pas l'ester
  • d) Transformation limitée : 66,766{,}7 pour cent au maximum
  • e) On ne fonctionnalise pas un carbone nu : couper C1C2C_{1}-C_{2}, magnésien plus CO2CO_{2}

a) Faute de COMPTE DES CARBONES. La propanone en apporte trois et le bromure de propylmagnésium trois autres : le produit serait le 2-méthylpentan-2-ol, alcool TERTIAIRE à six carbones, alors que la cible en compte cinq et porte un alcool secondaire. Deux contrôles indépendants auraient suffi. Le compte : 3+3=63+3=6 et non 55. La CLASSE : un organomagnésien sur une cétone donne toujours un alcool tertiaire, sur un aldéhyde un secondaire, sur le méthanal un primaire, donc viser un alcool secondaire impose un aldéhyde. Corrections : éthanal plus bromure de propylmagnésium, 2+3=52+3=5 ; ou butanal plus bromure de méthylmagnésium, 4+1=54+1=5 ; ou, sans aucune coupure, réduction de la pentan-2-one par NaBH4NaBH_{4}, de loin le plus court si la cétone est disponible.

b) Faute de COUPURE, c'est-à-dire de choix de la charge. Le synthon CH3CH2COCH_{3}CH_{2}CO^{-}, l'anion acyle, n'a aucun équivalent synthétique simple au cégep : aucun réactif courant ne porte une charge négative sur un carbone déjà doublement lié à un oxygène, car la polarité naturelle de ce carbone est l'inverse, il est δ+\delta^{+}. La bonne analyse coupe la MÊME liaison en attribuant les charges dans l'autre sens : CH3CH2CH_{3}CH_{2}^{-}, donc le bromure d'éthylmagnésium, et CH3CH2CO+CH_{3}CH_{2}CO^{+}, dont l'équivalent est le propanenitrile, qui donne un sel d'imine hydrolysé en cétone. Variante plus sûre, en deux temps : propanal plus bromure d'éthylmagnésium donne le pentan-3-ol, que l'on oxyde ensuite au PCC. Le mauvais choix de charge ne se rattrape pas.

c) Faute de CONDITIONS INCOMPATIBLES. Un alcool TERTIAIRE chauffé dans l'acide sulfurique concentré ne s'estérifie pas, il se DÉSHYDRATE : le carbocation tertiaire, stabilisé, se forme immédiatement, puis perd un proton et donne l'alcène le plus substitué, ici le 2-méthylbut-2-ène selon Zaitsev. On récolterait un alcène et de l'eau, pas un ester. Correction : éviter le milieu acide fort et employer un acylant puissant dans des conditions douces, chlorure d'éthanoyle ou anhydride éthanoïque en présence de pyridine ; aucun carbocation ne se forme alors et l'ester tertiaire s'obtient proprement. Principe à retenir : avant d'écrire une étape, on vérifie que ses conditions sont compatibles avec TOUTES les fonctions présentes.

d) Faute sur la NATURE de la transformation. Un catalyseur accélère l'atteinte de l'équilibre, il ne le DÉPLACE jamais, et l'estérification de Fischer est une transformation limitée. En partant d'un mélange équimolaire, l'avancement vérifie x2(1x)2=K=4\frac{x^{2}}{(1-x)^{2}}=K=4, donc x1x=2\frac{x}{1-x}=2 et x=23x=\frac{2}{3} : le rendement plafonne à 66,766{,}7 pour cent, quelle que soit la quantité d'acide sulfurique et quelle que soit la durée du chauffage. Pour monter il faut déplacer l'équilibre : large excès d'un réactif, retrait de l'eau au fur et à mesure par un montage de Dean-Stark, ou passage à l'anhydride ou au chlorure d'acyle, dont les réactions sont TOTALES. Confondre cinétique et thermodynamique fait accepter un plan irréalisable.

e) Faute de COUPURE, la plus grave : on ne coupe que des liaisons qu'une réaction sait FORMER, or aucune réaction du cours n'installe un groupe alkyle sur un carbone non fonctionnalisé au milieu d'une chaîne. Il n'existe pas de réactif qui aille poser un méthyle sur le carbone 3 d'un acide butanoïque. La bonne coupure est la liaison C1C2C_{1}-C_{2} : les cinq carbones se répartissent en un fragment de QUATRE carbones et le carbone du carboxyle, apporté par le dioxyde de carbone. On part du 1-bromo-2-méthylpropane, on en fait le magnésien dans l'éther anhydre, on verse sur du dioxyde de carbone solide, on hydrolyse en milieu acide. Compte : 4+1=54+1=5 ✓. Variante : NaCNNaCN puis hydrolyse acide, même compte.

Exercice 8 : Cinq affirmations à corriger

Chaque affirmation est à déclarer vraie ou fausse. Si elle est fausse, la correction attendue est la phrase juste, pas seulement le mot changé.

  • a) « L'ordre des étapes d'une synthèse est indifférent, seuls comptent les réactifs employés. »
  • b) « Le rendement global d'une synthèse est la moyenne des rendements de ses étapes. »
  • c) « La flèche rétrosynthétique est une flèche de réaction écrite de droite à gauche. »
  • d) « La réaction de Friedel-Crafts fonctionne sur tout cycle aromatique. »
  • e) « Entre deux voies qui mènent à la même cible, la plus courte est toujours la meilleure. »

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) FAUX : l'ordre décide de l'orientation et parfois de la faisabilité
  • b) FAUX : c'est le produit ; 9090, 8080 et 7070 donnent 50,450{,}4 pour cent
  • c) FAUX : elle se lit « pourrait venir de » et écrit des synthons, pas des réactifs
  • d) FAUX : elle échoue dès qu'un groupe désactive plus qu'un halogène, et sur l'aniline
  • e) FAUX : quatre étapes à 69,269{,}2 pour cent battent deux étapes à 66,366{,}3

a) FAUX, et le devoir en donne trois contre-exemples. La cible 1 de l'exercice 4 exige d'acyler AVANT de nitrer, faute de quoi la seconde étape n'a pas lieu du tout. La cible 2 exige de bromer avant d'acyler, faute de quoi l'on obtient l'isomère méta au lieu du para : les deux réactions ont bien lieu, mais le produit n'est pas le bon. Et l'exercice 6 montre le troisième cas, celui du groupe incompatible avec un réactif ultérieur, qu'il faut protéger ou installer plus tard. Phrase juste : l'ordre des étapes est une donnée du problème au même titre que les réactifs, et il se décide sur deux critères, l'orientation et la faisabilité.

b) FAUX, c'est le PRODUIT des rendements. Contre-exemple chiffré : trois étapes à 9090, 8080 et 7070 pour cent ont pour moyenne 8080 pour cent et pour rendement global 0,90×0,80×0,70=0,5040{,}90\times 0{,}80\times 0{,}70=0{,}504, soit 50,450{,}4 pour cent, presque trente points plus bas. La raison est physique : chaque étape ne travaille que sur ce que la précédente lui a laissé. L'écart enfle avec le nombre d'étapes, dix étapes à 9090 pour cent donnant 34,934{,}9 pour cent. Phrase juste : le rendement global est le produit des rendements d'étape, et il est toujours inférieur au plus petit d'entre eux. Celui qui calcule une moyenne engage trop peu de matière et manque sa cible.

c) FAUX, et la différence est plus profonde qu'un sens de lecture. La flèche rétrosynthétique relie une cible à ses PRÉCURSEURS et se lit « pourrait venir de » ; les morceaux qu'elle écrit sont des SYNTHONS, espèces fictives porteuses d'une charge, qui ne se trouvent dans aucun flacon. Une flèche de réaction relie des espèces réelles dans des conditions réelles. C'est pour interdire la confusion qu'on lui donne DEUX fûts. Phrase juste : la flèche rétrosynthétique est un outil d'analyse, pas une équation ; une fois l'arbre construit, on le REDESCEND en sens inverse pour écrire la synthèse, avec des flèches simples, des réactifs réels et des conditions.

d) FAUX. Elle échoue sur tout cycle portant un groupe plus désactivant qu'un halogène : nitro, cyano, carbonyle, sulfonique, ammonium. Elle échoue aussi sur l'aniline, pourtant l'un des cycles les plus activés, parce que le chlorure d'aluminium se fixe sur le doublet de l'azote et le transforme en ammonium fortement désactivant. Ce qui est VRAI dans l'affirmation, c'est qu'elle passe encore sur les halogénobenzènes, faiblement désactivés, ce qui rend possible la cible 2 de l'exercice 4. Phrase juste : la réaction de Friedel-Crafts exige un cycle au moins aussi riche qu'un halogénobenzène, et elle se place donc le plus tôt possible dans une séquence.

e) FAUX, et l'exercice 5 en donne le contre-exemple chiffré : quatre étapes à 9292, 8888, 9595 et 9090 pour cent donnent 69,269{,}2 pour cent, contre 66,366{,}3 pour cent pour deux étapes à 8585 et 7878. La voie deux fois plus longue rend davantage. Ce qui est VRAI, c'est qu'à rendements ÉGAUX la plus courte gagne toujours, et qu'une étape de moins signifie une purification, une journée, un volume de solvant et une occasion d'erreur en moins. Phrase juste : le nombre d'étapes est un critère parmi d'autres, avec le rendement global, le prix des produits de départ et le nombre d'occasions de se tromper sur une sélectivité.

Exercice 9 : Problème : la benzocaïne, et l'ordre des deux dernières étapes

La benzocaïne, ou 4-aminobenzoate d'éthyle, est l'anesthésique local des pommades contre les coups de soleil et des gels de dentition. La figure donne sa formule.

On dispose au catalogue de l'acide 4-nitrobenzoïque, produit industriel bon marché.

Masses molaires en g/mol : acide 4-nitrobenzoïque 167,12 ; 4-nitrobenzoate d'éthyle 195,17 ; acide 4-aminobenzoïque 137,14 ; benzocaïne 165,19 ; éthanol 46,07.

COOC₂H₅NH₂benzocaïne
  • a) Faites la rétrosynthèse de la benzocaïne en deux pas. Lequel est une coupure, lequel une interconversion de groupes fonctionnels ? Combien d'ordres de synthèse ces deux pas autorisent-ils ?
  • b) Voie A, estérifier puis réduire. Écrivez les deux étapes avec leurs conditions, et dites où est l'avantage de cet ordre.
  • c) Voie B, réduire puis estérifier. Elle fonctionne aussi, mais elle impose deux précautions : lesquelles ? Expliquez en outre pourquoi il serait FAUX de remplacer l'estérification de Fischer par un passage au chlorure d'acyle.
  • d) Les deux étapes de la voie A ont des rendements de 88 et 91 pour cent. Calculez le rendement global, puis la masse de benzocaïne obtenue à partir de 25,0 g d'acide 4-nitrobenzoïque.
  • e) Un étudiant propose de partir du benzène : nitration, acylation, oxydation. Montrez que NI cet ordre NI l'ordre inverse ne donnent l'isomère para, et dites ce qu'il faut faire à la place.

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c)
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Réponses

  • a) Une coupure, la liaison ester, et une interconversion, nitro vers amine : deux ordres
  • b) Estérification de Fischer puis H2H_{2} sur palladium ; l'amine arrive en dernier
  • c) Excès d'acide et libération au carbonate ; un chlorure d'acyle donnerait un amide
  • d) 80,180{,}1 pour cent ; 19,819{,}8 g de benzocaïne
  • e) Aucun ordre ne donne le para depuis le benzène : il faut partir du toluène

a) Deux pas seulement. Premier pas, une COUPURE : la liaison carbone-oxygène de l'ester, du côté acyle, qui rend un acide carboxylique et l'éthanol, et que l'estérification referme. Second pas, une INTERCONVERSION DE GROUPES FONCTIONNELS : le groupe amino provient du groupe nitro par réduction, et aucune liaison du squelette n'est touchée. Comme les deux pas sont indépendants, ils s'enchaînent dans les DEUX ordres, ce qui donne deux synthèses à partir du même produit de catalogue. Voie A : acide 4-nitrobenzoïque, puis 4-nitrobenzoate d'éthyle, puis benzocaïne. Voie B : acide 4-nitrobenzoïque, puis acide 4-aminobenzoïque, puis benzocaïne. L'arbre ne tranche pas entre eux, ce sont les CONDITIONS de chaque étape qui trancheront.

b) Étape 1 : acide 4-nitrobenzoïque, large excès d'éthanol, quelques gouttes d'acide sulfurique concentré, reflux de plusieurs heures, puis neutralisation et recristallisation ; on isole le 4-nitrobenzoate d'éthyle. Étape 2 : réduction du nitro en amine par H2H_{2} sur palladium sur charbon, ou par l'étain en milieu chlorhydrique suivi d'une neutralisation au carbonate, ou par le chlorure d'étain(II). L'ester ne craint aucun de ces réducteurs, et c'est exactement l'avantage de l'ordre A : l'étape la plus rude, l'estérification en milieu acide chaud, se déroule quand la molécule ne porte PAS encore d'amine. Règle générale : conditions agressives le plus tôt possible, fonctions fragiles ou basiques en dernier.

c) Deux précautions. L'amine aromatique est basique, le pKapK_{a} de l'anilinium valant environ 4,94{,}9 : en milieu sulfurique elle est entièrement protonée, donc elle consomme un équivalent entier d'acide et il faut en engager un EXCÈS pour qu'il reste de quoi catalyser. Et le produit s'isole d'abord sous forme de sel d'ammonium, qu'il faut libérer par une base faible, le carbonate de sodium, sans aller jusqu'à hydrolyser l'ester ; la voie B est d'ailleurs la préparation classique du laboratoire. En revanche, remplacer l'estérification de Fischer par un chlorure d'acyle serait une faute de CHIMIOSÉLECTIVITÉ : l'azote d'une amine est plus nucléophile que l'oxygène d'un alcool, donc l'on récolterait un amide, voire un polyamide.

d) Rendement global : 0,88×0,91=0,80080{,}88\times 0{,}91=0{,}8008, soit 80,180{,}1 pour cent. Quantité engagée : n=25,0167,12=0,1496n=\frac{25{,}0}{167{,}12}=0{,}1496 mol. Quantité de benzocaïne : 0,1496×0,8008=0,11980{,}1496\times 0{,}8008=0{,}1198 mol. Masse : m=0,1198×165,19=19,8m=0{,}1198\times 165{,}19=19{,}8 g. Vérification d'ordre de grandeur : la cible est très légèrement plus légère que le produit de départ, 165,19165{,}19 contre 167,12167{,}12, donc la masse attendue se situe un peu en dessous de 8080 pour cent de 25,025{,}0 g, c'est-à-dire un peu moins de 2020 g ✓. Le piège reste celui de l'exercice 5, appliquer le rendement aux masses au lieu des moles ; ici les deux masses molaires sont si proches que l'erreur passerait inaperçue, ce qui la rend d'autant plus dangereuse.

e) Si l'on NITRE d'abord, l'acylation de Friedel-Crafts devient impossible, le nitrobenzène étant trop désactivé, et la séquence s'arrête là. Si l'on ACYLE d'abord, le groupe acétyle est orienteur MÉTA, donc la nitration placerait le nitro en position 3 et l'oxydation finale conduirait à l'acide 3-nitrobenzoïque, pas au para. Aucun des deux ordres ne convient, et la raison est structurelle : pour que le nitro se fixe en para, il faut qu'un orienteur ORTHO-PARA soit déjà sur le cycle au moment de la nitration. C'est le toluène qui le fournit ; on nitre le toluène, on sépare l'isomère para, et l'on oxyde le méthyle en carboxyle EN DERNIER. On retrouve la règle de l'exercice 4.

Exercice 10 : Problème : le 2-éthylhexan-1-ol, du propène au plastifiant

Le 2-éthylhexan-1-ol est l'un des alcools les plus produits au monde, environ trois millions de tonnes par an : estérifié par l'anhydride phtalique, il donne le plastifiant qui rend souple le PVC.

Le procédé compte trois étapes, que la figure numérote. 1) Le propène, le monoxyde de carbone et le dihydrogène donnent le butanal, sur catalyseur au rhodium. 2) Le butanal, en milieu basique et à chaud, donne le 2-éthylhex-2-énal et de l'eau. 3) Le 2-éthylhex-2-énal, sous dihydrogène et sur nickel, donne le 2-éthylhexan-1-ol.

Masses molaires en g/mol : propène 42,08 ; butanal 72,10 ; 2-éthylhex-2-énal 126,19 ; 2-éthylhexan-1-ol 130,22 ; eau 18,02.

propènebutanal2-éthylhex-2-énal2-éthylhexan-1-ol123
  • a) Donnez la formule brute et le degré d'insaturation de la cible. La ramification portée par le carbone 2 désigne une coupure précise : laquelle, et quels fragments donne-t-elle ?
  • b) L'étape 2 est une aldolisation suivie d'une crotonisation. Pourquoi le fait de n'engager qu'UN SEUL aldéhyde évite-t-il la difficulté des aldolisations croisées ?
  • c) Vérifiez le bilan des atomes de l'étape 2, puis calculez son économie d'atomes.
  • d) L'étape 3 réduit les DEUX insaturations du 2-éthylhex-2-énal. Pourquoi ne cherche-t-on pas ici de réactif sélectif, alors que tout le devoir a insisté sur la sélectivité ?
  • e) Les trois étapes ont des rendements de 96, 90 et 98 pour cent. Calculez le rendement global, puis la masse de 2-éthylhexan-1-ol obtenue à partir d'une tonne de propène.

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Réponses

  • a) C8H18OC_{8}H_{18}O, DI=0DI=0 ; coupure aldolique entre C2C_{2} et C3C_{3}, deux butanal, 4+4=84+4=8
  • b) Un seul aldéhyde, donc une seule combinaison et un seul produit
  • c) Bilan vérifié ; économie d'atomes 87,587{,}5 pour cent, le complément est l'eau
  • d) La cible est saturée : on veut tout réduire, un réactif sélectif serait une nuisance
  • e) 84,784{,}7 pour cent ; 1,311{,}31 tonne de 2-éthylhexan-1-ol

a) Le 2-éthylhexan-1-ol est CH3CH2CH2CH2CH(C2H5)CH2OHCH_{3}CH_{2}CH_{2}CH_{2}-CH(C_{2}H_{5})-CH_{2}OH, soit C8H18OC_{8}H_{18}O, et DI=2×8+2182=0DI=\frac{2\times 8+2-18}{2}=0 : molécule saturée et acyclique. Le carbone 2 porte un groupe ÉTHYLE, et cette ramification en position ALPHA de la fonction est la signature d'une aldolisation, car c'est exactement le carbone que l'énolate engage. On coupe donc la liaison entre les carbones 2 et 3, et l'on obtient deux fragments de QUATRE carbones IDENTIQUES : deux molécules de butanal, l'une jouant l'énolate et l'autre l'électrophile, 4+4=84+4=8 ✓. Le pas complet se fait en deux temps : d'abord une interconversion, l'alcool primaire vient de l'aldéhyde par réduction, puis la coupure aldolique sur cet aldéhyde.

b) Une aldolisation croisée entre deux aldéhydes possédant chacun des hydrogènes en alpha donne QUATRE produits : chacun peut fournir l'énolate et chacun peut jouer l'électrophile, ce qui fait deux fois deux combinaisons, dont les deux condensations de chaque aldéhyde sur lui-même. Ici un seul aldéhyde est engagé : une seule combinaison est possible et un seul produit se forme. La difficulté ne se résout pas, elle DISPARAÎT. C'est pour cette raison que l'industrie construit par aldolisation des molécules symétriques chaque fois qu'elle le peut, et c'est aussi pourquoi, en rétrosynthèse, une cible dont la coupure aldolique donne deux fragments IDENTIQUES est particulièrement favorable.

c) L'équation est 2C4H8OC8H14O+H2O2\,C_{4}H_{8}O\rightarrow C_{8}H_{14}O+H_{2}O. Carbones : 2×4=82\times 4=8 à gauche, 88 à droite ✓. Hydrogènes : 2×8=162\times 8=16 à gauche, 14+2=1614+2=16 à droite ✓. Oxygènes : 22 à gauche, 1+1=21+1=2 à droite ✓. Économie d'atomes : 126,192×72,10=126,19144,20=0,875\frac{126{,}19}{2\times 72{,}10}=\frac{126{,}19}{144{,}20}=0{,}875, soit 87,587{,}5 pour cent. Le contrôle est immédiat : le complément vaut 144,20126,19=18,01144{,}20-126{,}19=18{,}01 g/mol, exactement la masse molaire de l'eau perdue. Ne pas confondre avec le rendement : l'économie d'atomes est une limite théorique fixée par l'équation, le rendement mesure ce que l'on obtient réellement.

d) Parce que la cible est l'alcool SATURÉ : on veut réduire à la fois la double liaison carbone-carbone et le carbonyle. La sélectivité n'est pas une vertu en soi, c'est un moyen de n'obtenir QUE ce que l'on vise, et ici l'on vise tout. Un réactif sélectif serait même une nuisance : NaBH4NaBH_{4} réduirait le carbonyle et laisserait l'alcène, donnant le 2-éthylhex-2-én-1-ol ; un catalyseur trop doux hydrogénerait l'alcène et laisserait l'aldéhyde, donnant le 2-éthylhexanal. On choisit donc le nickel sous pression, qui ne trie pas. Méthode générale : on regarde d'abord CE QUE L'ON VEUT, et l'on ne demande au réactif d'être sélectif que si la cible l'exige.

e) Rendement global : 0,96×0,90×0,98=0,84670{,}96\times 0{,}90\times 0{,}98=0{,}8467, soit 84,784{,}7 pour cent, le facteur 22 de l'étape 2 étant un rapport stoechiométrique et non une perte. Le calcul : n(propeˋne)=1,000×10642,08=2,376×104n(\text{propène})=\frac{1{,}000\times 10^{6}}{42{,}08}=2{,}376\times 10^{4} mol ; n(butanal)=2,376×104×0,96=2,281×104n(\text{butanal})=2{,}376\times 10^{4}\times 0{,}96=2{,}281\times 10^{4} mol ; n(eˊnal)=2,281×1042×0,90=1,027×104n(\text{énal})=\frac{2{,}281\times 10^{4}}{2}\times 0{,}90=1{,}027\times 10^{4} mol ; n(alcool)=1,027×104×0,98=1,006×104n(\text{alcool})=1{,}027\times 10^{4}\times 0{,}98=1{,}006\times 10^{4} mol ; m=1,006×104×130,22=1,310×106m=1{,}006\times 10^{4}\times 130{,}22=1{,}310\times 10^{6} g, soit 1,311{,}31 tonne. Contrôle indépendant : chaque cible consomme deux propènes, donc le rapport massique maximal vaut 130,222×42,08=1,547\frac{130{,}22}{2\times 42{,}08}=1{,}547, et 1,547×0,847=1,3101{,}547\times 0{,}847=1{,}310 tonne ✓.

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