Chimie organique • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal
Fiche de révision : la synthèse organique et l'analyse rétrosynthétique
Sur ce chapitre, l'examen ne demande pas de réciter des réactions : il demande d'en RANGER. La différence se voit au premier coup d'oeil sur une copie, parce que les fautes ne sont pas des fautes de mécanisme mais des fautes d'organisation. Un ordre inversé sur un cycle aromatique, un rendement global calculé comme une moyenne, une coupure qu'aucune réaction ne sait refermer, deux carbones apparus en chemin : à chaque fois le mécanisme écrit est juste, et la réponse est fausse.
Le geste tient en trois mouvements. On RECULE depuis la cible et, à chaque pas, on cherche une liaison qu'une réaction connue sait former. On COMPTE les carbones, contrôle le plus rapide qui soit. Puis, devant chaque paire d'étapes, on se demande « puis-je les intervertir ? », et l'on répond sur deux plans, l'orientation d'abord, la faisabilité ensuite.
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Une synthèse n'est pas une liste de réactions, c'est un ORDRE : les mêmes réactifs rangés autrement donnent un autre produit ou rien du tout, et leurs rendements ne s'additionnent pas, ils se multiplient.
•La flèche RÉTROSYNTHÉTIQUE s'écrit à DOUBLE FÛT, se lit « pourrait venir de » et va de la cible vers ses précurseurs. Elle n'affirme rien, elle propose.
•Les morceaux qu'elle écrit sont des SYNTHONS : des fragments idéaux porteurs d'une charge, qui n'existent dans aucun flacon. L'ÉQUIVALENT SYNTHÉTIQUE est le réactif réel qui joue ce rôle : CH3− s'écrit CH3MgBr, C6H5CH2+ s'écrit bromure de benzyle, CH3CO+ s'écrit chlorure d'éthanoyle.
•L'ANALYSE descend l'arbre en doubles fûts, au brouillon. La SYNTHÈSE le remonte en flèches simples, avec des réactifs réels, des conditions et des numéros d'étape. Ce sont deux écritures, et la copie ne rend que la seconde.
•À chaque coupure carbone-carbone, il faut CHOISIR lequel des deux morceaux porte la charge négative : c'est ce choix, et lui seul, qui décide lequel sera l'organomagnésien.
En haut, deux doubles fûts descendent vers deux jeux de précurseurs concurrents, et les deux comptes tombent sur 5 carbones. En bas, la même voie en flèche SIMPLE : c'est elle qui va sur la copie.
Écrire « pourrait venir de » au-dessus du premier double fût coûte trois secondes et vaut souvent le demi-point de rigueur, parce que le correcteur sait alors que vous ne confondez pas analyse et séquence.
Les trois coupures qui paient, et celle qui ne coupe rien
•Coupure carbone-halogène : elle rend l'alcool, et se referme par PBr3, par HBr concentré ou par le tosylate.
•Coupure carbone-oxygène : celle d'un ester rend l'acide et l'alcool, refermée par l'estérification ; celle d'un éther rend l'alcoolate et l'halogénoalcane, refermée par Williamson.
•Coupure carbone-carbone VOISINE d'un carbonyle : organomagnésien sur un aldéhyde ou une cétone, magnésien sur CO2 pour un acide, nitrile pour allonger d'un carbone, aldolisation quand les deux morceaux sont identiques.
•L'IGF, interconversion de groupes fonctionnels, est le pas qui ne coupe RIEN : il change la fonction ou le degré d'oxydation et laisse le squelette intact. Échelle d'oxydation : alcane, alcool, aldéhyde ou cétone, acide, CO2, la cétone étant au même barreau que l'aldéhyde.
•Une coupure n'est recevable que si CHAQUE morceau possède un équivalent synthétique réel, et rentable que si elle ramène à des produits de catalogue, si possible en deux morceaux de taille comparable.
Une IGF monte ou descend d'un barreau sans toucher au squelette : le PCC s'arrête à l'aldéhyde, le dichromate file jusqu'à l'acide, et seul LiAlH4 redescend l'acide jusqu'à l'alcool.
Détacher un seul carbone d'une cible qui en compte dix ne fait presque pas avancer le problème ; couper au milieu le divise en deux. À recevabilité égale, on prend la coupure la plus CENTRALE.
Ce que l'ordre décide, et ce qu'il interdit
•Sur un aromatique, le groupe qui doit ORIENTER s'installe EN PREMIER. Donneurs (−OH, −NH2, −OR, alkyles) : ortho et para. Attracteurs (−NO2, −CN, −COR, −COOH, −SO3H) : méta. Les halogènes : désactivants faibles, mais orienteurs ortho et para.
•Une étape de Friedel-Crafts se place le PLUS TÔT possible : elle échoue sur tout cycle portant un groupe plus désactivant qu'un halogène, et sur l'aniline, dont l'azote fixe AlCl3 et devient un ammonium désactivant.
•Les conditions rudes, acide chaud, oxydant fort, hydrogénation sous pression, se placent quand la molécule est encore robuste ; les fonctions fragiles ou basiques arrivent en DERNIER.
•Test à passer sur chaque paire d'étapes consécutives : « puis-je les intervertir ? ». Deux plans de réponse, l'orientation d'abord, la faisabilité ensuite, et il suffit qu'un seul refuse pour que l'ordre soit contraint.
Le même cycle, deux premiers groupes : le donneur envoie le suivant en ortho et para, l'attracteur en méta. C'est pourquoi le groupe qui doit orienter s'installe en premier.
Les effets orienteurs eux-mêmes se révisent sur la fiche des composés aromatiques ; ici ils ne servent qu'à une chose, RANGER les étapes.
Le rendement global, et le prix d'une protection
•Le rendement global est le PRODUIT des rendements d'étape, R=∏Ri, parce que chaque étape ne travaille que sur ce que la précédente lui a laissé.
•Conséquence à garder en tête comme contrôle : le rendement global est toujours INFÉRIEUR au plus petit des rendements d'étape. Trois étapes à 80 pour cent donnent 0,803=0,512, soit 51,2 pour cent.
•Le rendement porte sur les MOLES, jamais sur les masses : on convertit, on applique, on reconvertit.
•Chimiosélectivité : on cherche d'abord un réactif SÉLECTIF, NaBH4 plutôt que LiAlH4, PCC plutôt que dichromate aqueux. On ne protège que si aucun ne l'est, et la protection coûte deux étapes, soit un facteur voisin de 0,90 sur le rendement global.
Trois étapes à 80 pour cent : il reste 80, puis 64, puis 51,2 pour cent, et le global passe sous la ligne rouge du plus petit rendement d'étape.
La question à se poser avant de protéger est toujours la même : ai-je épuisé la liste des réactifs sélectifs ?
Les règles de calcul en tableau
Chaque ligne se lit de gauche à droite : les hypothèses, puis le résultat. Une case rouge n'est pas une réponse, c'est le constat que la forme ne décide rien et l'ordre de transformer l'écriture. Chaque cas est suivi d'un exemple chiffré.
Où couper, et par quelle réaction on referme
On lit la ligne de la liaison qu'on veut défaire. La dernière colonne donne la réaction de SYNTHÈSE qui la refermera : une case rouge signifie qu'aucune ne le fait, et que la coupure doit être abandonnée.
liaison coupée
morceaux réels
réaction qui referme
C−X
alcool
PBr3 (IGF)
Exemple : 1-bromobutane depuis le butan-1-ol : 4+0=4 carbones, le squelette ne bouge pas.
C−O d'ester
acide + alcool
estérification
Exemple : éthanoate de butyle : acide éthanoïque et butan-1-ol, 2+4=6.
C−O d'éther
alcoolate +R−X
Williamson
Exemple : méthoxyéthane : méthanolate et bromoéthane, 1+2=3.
C−C près d'un OH
carbonylé +RMgX
addition puis H3O+
Exemple : pentan-2-ol : éthanal et C3H7MgBr, 2+3=5.
C−C du COOH
RMgX+CO2
carbonatation
Exemple : acide 3-méthylbutanoïque : magnésien à 4 carbones et CO2, 4+1=5.
C−C symétrique
deux fois le même aldéhyde
aldolisation
Exemple : 2-éthylhex-2-énal : deux butanal, 4+4=8.
C−C loin de toute fonction
aucun
aucunecoupure irrecevable
Exemple : poser un méthyle sur le carbone 3 de l'acide butanoïque : 4+1=5 au compte, et pourtant aucun réactif ne le fait.
Même forme, autre résultat : la liaison C2−C3 du même acide est, elle, en alpha du carboxyle : l'énolate existe et la coupure passe, 2+3=5.
Ce qu'il faut faire : Remonter jusqu'à une liaison VOISINE d'une fonction : ici C1−C2, magnésien puis CO2.
acyle R−CO−
aucun
aucunesynthon sans équivalent
Exemple : pentan-3-one : l'anion CH3CH2CO− n'existe pas, alors que 2+3=5 semblait tomber juste.
Même forme, autre résultat : le carbone d'un carbonyle est naturellement δ+ : CH3CO+, lui, a bien un équivalent, le chlorure d'éthanoyle.
Ce qu'il faut faire : Inverser les charges sur la MÊME liaison : CH3CH2−, donc C2H5MgBr, sur le propanenitrile.
Le compte des carbones figure dans chaque exemple à dessein : il se fait de tête, avant tout mécanisme, et il élimine d'un coup les propositions impossibles.
Les pièges qui coûtent des points
Les erreurs ci-dessous sont celles que je corrige le plus souvent en séance. Chacune coûte des points sur une copie, même quand le raisonnement est juste.
1.Croire que l'ordre des étapes est libre
3 points, c'est la question de synthèse de l'examen
Ce qu'il ne faut pas écrire
« On nitre le benzène, puis on acyle avec CH3COCl et AlCl3 : le nitro oriente en méta, donc on obtient bien la cétone voulue. »
Ce qu'il faut écrire
« Le nitrobenzène est trop désactivé pour subir la moindre réaction de Friedel-Crafts : on ACYLE d'abord, puis on nitre, et c'est l'acétyle, orienteur méta, qui place le nitro en position 3. »
Deux colonnes, les mêmes deux réactifs, deux issues : à gauche l'acylation d'abord mène à la cétone nitrée en méta, à droite la nitration d'abord laisse un cycle désactivé sur lequel le Friedel-Crafts ne se fait pas.
Pourquoi : Le premier groupe installé commande à la fois la VITESSE et la POSITION du second. Inverser deux étapes ne donne donc pas le même produit, et parfois n'en donne aucun.
2.Calculer le rendement global comme une moyenne
2 points, et une masse de départ sous-évaluée de plus d'un tiers
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Trois étapes à 80 pour cent : en moyenne, le rendement global est de 80 pour cent. »
Ce qu'il faut écrire
« Les rendements se MULTIPLIENT : 0,803=0,512, soit 51,2 pour cent, et le global est toujours inférieur au plus petit des rendements d'étape. »
À gauche de chaque paire, le produit réel de 2, 4, 6 puis 8 étapes à 90 pour cent ; à droite, la moyenne annoncée, immuable à 90. L'écart ne cesse de croître, et à huit étapes il dépasse 46 points.
Pourquoi : Chaque étape ne travaille que sur ce que la précédente lui a laissé, et la matière perdue ne revient jamais. L'écart avec la moyenne enfle avec le nombre d'étapes.
3.Lire la flèche à double fût comme une flèche de réaction
1 point de rigueur par flèche, et une séquence jugée irréalisable
Ce qu'il ne faut pas écrire
« L'arbre donne C6H5− et le butanal, donc on introduit C6H5− et le butanal dans le ballon. »
Ce qu'il faut écrire
« L'arbre s'écrit en SYNTHONS, qui n'existent dans aucun flacon. On le remonte ensuite en flèches simples : bromure de phénylmagnésium sur le butanal, puis hydrolyse acide. »
Pourquoi : Le double fût dit « pourrait venir de », pas « donne ». Rendre l'analyse telle quelle, c'est donner à lire une suite de réactions impossibles, et le correcteur la corrige comme telle.
4.Faire un Friedel-Crafts sur l'aniline
2 points, et deux étapes de protection oubliées dans le plan
Ce qu'il ne faut pas écrire
« L'aniline porte −NH2, l'activant le plus puissant du répertoire : l'acylation y marchera encore mieux que sur le benzène. »
Ce qu'il faut écrire
« AlCl3 est un acide de Lewis et se fixe sur le doublet de l'azote : le cycle porte alors un ammonium fortement désactivant. On acétyle d'abord l'azote en amide, on acyle le cycle, puis on hydrolyse. »
À gauche, AlCl3 se fixe sur le doublet de l'azote et le cycle porte un ammonium désactivant. À droite, l'azote acétylé ne le fixe plus : on acyle, puis on hydrolyse l'amide.
Pourquoi : Le réactif censé attaquer le cycle commence par le désactiver. C'est le cas où la faisabilité, et non l'orientation, décide de l'ordre, et il tombe à chaque session sur une cible aminée.
5.Croire que la synthèse la plus courte est la meilleure
1 point, et le mauvais plan retenu pour toute la suite du problème
Ce qu'il ne faut pas écrire
« La voie B ne compte que deux étapes contre quatre pour la voie A : elle rend forcément davantage. »
Ce qu'il faut écrire
« 0,92×0,88×0,95×0,90=0,692 contre 0,85×0,78=0,663 : la voie deux fois plus longue rend plus. On compare des PRODUITS, pas des nombres d'étapes. »
La voie deux fois plus longue rend davantage, 69,2 contre 66,3 pour cent : le nombre d'étapes ne décide de rien, le produit des rendements décide.
Pourquoi : Le nombre d'étapes ne décide de rien à lui seul. Il pèse sur le coût, le temps et le nombre d'occasions de se tromper, arguments qu'il faut alors NOMMER au lieu d'invoquer un rendement.
6.Oublier qu'un réactif voit TOUTES les fonctions
toute la question : le produit annoncé n'est pas celui qu'on obtient
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Le 4-oxopentanoate d'éthyle porte une cétone : on la réduit par LiAlH4 et l'on obtient le 4-hydroxypentanoate d'éthyle. »
Ce qu'il faut écrire
« LiAlH4 ne trie pas : il descendrait aussi l'ester et l'on isolerait le pentane-1,4-diol. Avec NaBH4 dans le méthanol à froid, la cétone seule est réduite. »
Même substrat, deux réducteurs : NaBH4 ne touche que la cétone et garde l'ester, LiAlH4 descend aussi l'ester et rend le pentane-1,4-diol.
Pourquoi : Un réactif ne sait pas ce que vous visez. Avant d'écrire une étape, on le confronte à chaque fonction présente, et l'on choisit le réactif le plus doux qui suffise.
7.Proposer une coupure qu'aucune réaction ne referme
3 points, la synthèse proposée est irréalisable de bout en bout
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Pour l'acide 3-méthylbutanoïque, on part de l'acide butanoïque et l'on fixe un méthyle sur son carbone 3. »
Ce qu'il faut écrire
« Aucun réactif ne fonctionnalise un carbone nu. On coupe C1−C2 : magnésien du 1-bromo-2-méthylpropane, versé sur du CO2 solide, puis hydrolyse acide, 4+1=5. »
Pourquoi : On ne coupe que des liaisons qu'une réaction sait FORMER. Le critère se vérifie avant tout calcul : chaque morceau doit avoir un équivalent synthétique réel.
8.Perdre ou gagner des carbones en chemin
2 points, et le produit nommé n'est pas celui du schéma
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Le pentan-2-ol vient de la propanone et du bromure de propylmagnésium, puis hydrolyse. »
Ce qu'il faut écrire
« 3+3=6 et non 5 : on obtiendrait le 2-méthylpentan-2-ol, tertiaire. Un alcool SECONDAIRE à cinq carbones demande un aldéhyde : éthanal et C3H7MgBr, 2+3=5. »
En rouge, 3+3=6 carbones et un magnésien sur une cétone : l'alcool est tertiaire. En vert, l'aldéhyde donne l'alcool secondaire à cinq carbones visé.
Pourquoi : Deux contrôles indépendants attrapent cette faute en une seconde, le COMPTE des carbones et la CLASSE de l'alcool : magnésien sur cétone donne un tertiaire, sur aldéhyde un secondaire, sur le méthanal un primaire.
Quelle méthode choisir
Où couper, devant une cible
On regarde la FORME de la cible, pas son nom : quelle fonction porte-t-elle, et quelle liaison borde cette fonction ?
Trois coupures numérotées sur l'acide 3-méthylbutanoïque : la 1 se referme par magnésien plus CO2, la 2 par un énolate, la 3 ne se referme par rien, car elle tombe sur un carbone que ne borde aucune fonction.
Si un OH ou un C=O, avec une chaîne greffée sur le carbone fonctionnel → couper la liaison C−C voisine : composé carbonylé plus organomagnésien
Exemple : pentan-2-ol : éthanal et C3H7MgBr, 2+3=5
le carbonylé se choisit sur la CLASSE visée, aldéhyde pour un alcool secondaire, cétone pour un tertiaire
Si un acide carboxylique en bout de chaîne → couper C1−C2 : magnésien puis CO2, ou NaCN puis hydrolyse
Exemple : acide 3-méthylbutanoïque : 4+1=5
les deux voies allongent la chaîne d'EXACTEMENT un carbone
Si un ester ou un éther → couper la liaison C−O : estérification, ou synthèse de Williamson
Exemple : éthanoate de butyle : 2+4=6
Si un halogène, ou une fonction au mauvais degré d'oxydation → ce n'est pas une coupure mais une IGF : le squelette ne bouge pas
Exemple : 1-bromobutane depuis le butan-1-ol par PBr3, 4+0=4
Si la coupure donnerait deux morceaux IDENTIQUES → penser aldolisation : la cible vient d'un seul aldéhyde engagé deux fois
Exemple : 2-éthylhex-2-énal : deux butanal, 4+4=8
un seul aldéhyde, donc une seule combinaison possible : la difficulté des aldolisations croisées disparaît
Si la liaison visée ne borde AUCUNE fonction → la coupure est irrecevable : remonter vers la fonction la plus proche
Exemple : un méthyle sur le carbone 3 d'un acide : aucun réactif ne le pose
Si aucune branche ne s'applique, c'est presque toujours qu'il manque une IGF en amont : amener la molécule à une fonction qui ouvre une coupure, puis recommencer.
Dans quel ordre poser les étapes
On prend les étapes DEUX par DEUX et l'on demande chaque fois : puis-je les intervertir ?
Si l'une des deux est un Friedel-Crafts → la placer le plus TÔT possible, avant tout groupe plus désactivant qu'un halogène
Exemple : acyler puis nitrer : l'ordre inverse ne réagit pas du tout
Si la cible est l'isomère PARA ou ORTHO → installer d'abord le groupe orienteur ortho-para
Exemple : bromer puis acyler donne la cétone en position 4
Si la cible est l'isomère MÉTA → installer d'abord le groupe orienteur méta
Exemple : acyler puis nitrer donne le nitro en position 3
Si une étape emploie un réactif qui attaquerait une autre fonction de la cible → la placer AVANT l'apparition de cette fonction, et ne protéger qu'en dernier recours
Exemple : estérifier tant que le groupe est un nitro, réduire en amine ensuite
Si une étape est rude, acide chaud, oxydant fort, hydrogénation sous pression → la placer quand la molécule est encore robuste
Exemple : oxyder le méthyle du toluène en carboxyle EN DERNIER
Si les deux étapes sont indépendantes, sans orientation ni incompatibilité en jeu → l'ordre est libre : on tranche alors sur le rendement et sur le prix
Exemple : benzocaïne : estérifier puis réduire, ou réduire puis estérifier, les deux marchent
Il suffit qu'un seul des deux plans, orientation ou faisabilité, refuse l'interversion pour que l'ordre soit contraint, et il faut alors le JUSTIFIER sur la copie, pas seulement le respecter.
La rédaction attendue
Le correcteur coche des étapes. Les voici dans l'ordre, avec la phrase de conclusion qu'il attend mot pour mot.
Rédiger une analyse rétrosynthétique, puis la synthèse
Quand l'utiliser : l'énoncé dit « proposer une synthèse de X à partir de Y », ou donne une cible et un catalogue de produits de départ
1Écrire la formule développée de la cible, COMPTER ses carbones et calculer son degré d'insaturation, puis faire de même pour le produit de départ imposé. L'écart de carbones dit tout de suite s'il faudra une coupure carbone-carbone ou de simples IGF.
2Repérer les fonctions, et entourer les liaisons qu'une réaction du cours sait former : carbone-halogène, carbone-oxygène d'ester ou d'éther, carbone-carbone voisine d'un carbonyle.
3Écrire le pas rétrosynthétique avec une flèche à DOUBLE FÛT, donner les deux synthons avec leur charge, puis leur équivalent synthétique réel, et vérifier le compte des carbones sous la flèche.
4Recommencer sur chaque précurseur jusqu'à tomber sur le produit de départ imposé ou sur un produit de catalogue. Quand deux branches sont recevables, les garder toutes les deux et trancher à la fin.
5RETOURNER l'arbre : réécrire la séquence de haut en bas, flèches simples, réactifs réels, conditions, étapes numérotées. C'est cette écriture-là, et elle seule, que le correcteur note comme la synthèse.
6Vérifier l'ordre paire par paire, « puis-je intervertir ces deux étapes ? », et justifier en une ligne chaque ordre contraint, sur l'orientation ou sur la faisabilité.
7Conclure par le rendement global, produit des rendements d'étape, et par le choix de voie s'il y en avait plusieurs.
Phrase de conclusion
« La cible compte dix carbones et le produit de départ six : la coupure carbone-carbone en alpha de l'alcool les répartit en 6+4, et l'addition du bromure de phénylmagnésium sur le butanal, suivie d'une hydrolyse acide, referme cette liaison. »
Le piège : rendre l'arbre d'analyse tel quel, doubles fûts et synthons compris, au lieu de la séquence de synthèse : c'est la faute la plus coûteuse du chapitre, parce qu'elle transforme un raisonnement juste en une suite de réactions impossibles.
Barème : en général 1 point par pas rétrosynthétique justifié, 1 point pour les conditions de chaque étape, 1 point pour l'ordre argumenté et 1 point pour le rendement global
Vérifier avant de rendre
Cinq minutes de vérification récupèrent plus de points qu'un exercice de plus commencé à la hâte.
Le compte des carbones, sous chaque flèche
Additionner les carbones des deux morceaux et comparer à la cible. Le contrôle se fait de tête, avant tout mécanisme, et il ne demande aucune donnée supplémentaire.
un 3+3 écrit sous une cible qui compte cinq carbones condamne la coupure sans qu'on ait à regarder le réactif : on obtiendrait une molécule à six carbones.
La classe de l'alcool obtenu
Un organomagnésien donne un alcool TERTIAIRE sur une cétone, SECONDAIRE sur un aldéhyde, PRIMAIRE sur le méthanal. On lit la classe visée sur la cible et l'on remonte au carbonylé.
viser un alcool secondaire en partant d'une cétone est impossible, quel que soit le magnésien : la faute se voit sans calcul.
Le rendement global contre le plus petit rendement
Comparer le global annoncé au plus petit des rendements d'étape : il doit lui être strictement inférieur. Ce contrôle attrape toutes les moyennes déguisées.
annoncer 80 pour cent après trois étapes à 90, 80 et 70 est faux sans même refaire le calcul, puisque 80>70. Le vrai résultat est 50,4 pour cent.
L'interversion, paire par paire
Reprendre la séquence rédigée et intervertir mentalement chaque paire d'étapes consécutives. Si le produit change ou devient impossible, l'ordre est contraint et doit être justifié en une ligne.
si l'interversion ne change rien, on a une liberté : le signaler rapporte souvent le point de discussion, alors que le taire le perd.
Chaque réactif contre toutes les fonctions présentes
Relire la molécule à chaque étape et se demander, fonction par fonction, si le réactif écrit pourrait la toucher. Un alcool, une amine et un ester sont les trois qui piègent le plus souvent.
LiAlH4 écrit sur une molécule qui porte encore un ester : le corrigé attend le diol, pas l'alcool visé, et la question entière tombe.
L'exercice type décortiqué
Synthèse de la 4-bromoaniline à partir du benzène
La 4-bromoaniline, C6H6BrN, est un intermédiaire de colorants azoïques. On ne dispose au catalogue que du benzène, de l'aniline, du dibrome, de l'acide nitrique fumant et des réducteurs usuels.
Proposer une synthèse, justifier l'ordre des étapes, puis calculer la masse de cible obtenue à partir de 40,0 g de benzène, sachant que les trois étapes rendent 85, 72 et 90 pour cent.
Masses molaires en g/mol : C 12,01 ; H 1,008 ; N 14,01 ; Br 79,90.
La situation de l'exemple : on part du benzène, on vise la 4-bromoaniline, brome et amine en para. Tout le travail est de trouver les étapes et leur ORDRE.
Étape 1
Cible C6H6BrN : un cycle benzénique, un brome et une amine en PARA. Départ : le benzène, six carbones. Compte : 6+0=6, aucun carbone à ajouter ni à retirer.
Pourquoi
Le compte des carbones élimine d'entrée toute coupure carbone-carbone. Tout le problème est donc une affaire d'IGF et d'ORDRE, ce qui dit d'emblée sur quoi les points vont se jouer.
Étape 2
Premier pas rétrosynthétique, une IGF : −NH2 pourrait venir de −NO2 par réduction. Précurseur : le 1-bromo-4-nitrobenzène.
Pourquoi
C'est le pas contre-intuitif du problème. L'aniline est au catalogue et semble plus proche de la cible, mais son cycle est si activé que le dibrome y installe TROIS bromes ; remonter l'amine au nitro ramène le travail sur un cycle désactivé, donc maîtrisable.
Étape 3
Deuxième pas : le nitro vient d'une nitration du bromobenzène. Troisième pas : le brome vient d'une bromation du benzène. L'arbre s'arrête, on est sur le produit de départ imposé.
Pourquoi
C'est le brome qui doit ORIENTER, donc il s'installe en premier : désactivant faible mais orienteur ortho et para, il envoie le nitro en position 4.
Étape 4
Test d'interversion sur la paire bromation-nitration : en nitrant d'abord, on obtient le nitrobenzène, orienteur MÉTA, et le brome irait en position 3. L'ordre est donc contraint par l'orientation.
Pourquoi
C'est la ligne que le correcteur cherche. Une synthèse juste dont l'ordre n'est pas justifié perd le point d'argumentation, parce que rien ne prouve qu'il n'a pas été trouvé par hasard.
Étape 5
Test d'interversion sur la paire nitration-réduction : en réduisant d'abord, on tiendrait la 4-bromoaniline avant l'heure, dont l'amine est un activant fort et orienterait la nitration en position 2. L'ordre est contraint là aussi.
Pourquoi
Les deux paires sont contraintes pour la même raison de fond, l'orientation, mais il faut les tester séparément : un ordre n'est établi que lorsque chaque paire consécutive a été examinée.
Étape 6
Séquence de synthèse, arbre retourné. (1) Br2 avec FeBr3. (2) HNO3 et H2SO4, puis séparation de l'isomère para. (3) Sn ou Fe en milieu HCl, puis neutralisation au carbonate.
Pourquoi
On remonte l'arbre en flèches SIMPLES, avec les réactifs réels et les conditions. La séparation ortho-para est une opération à part entière : elle coûte du rendement et la taire fausse la suite du calcul.
Étape 7
Choix du réducteur : Sn/HCl ou Fe/HCl, et non H2 sur palladium, qui couperait aussi la liaison carbone-brome par hydrogénolyse.
Pourquoi
C'est la question de chimiosélectivité du problème. Un réactif sélectif existe, donc on ne protège rien : la protection aurait coûté deux étapes pour un résultat identique.
Étape 8
Rendement global : 0,85×0,72×0,90=0,5508, soit 55,1 pour cent. Puis M(benzeˋne)=78,11 g/mol et M(cible)=6×12,01+6×1,008+79,90+14,01=172,02 g/mol.
Pourquoi
Le rendement porte sur les MOLES : il faut donc les deux masses molaires avant d'appliquer quoi que ce soit, et c'est ici que la copie qui multiplie directement les masses se trompe.
Étape 9
n(benzeˋne)=78,1140,0=0,5121 mol, donc n(cible)=0,5121×0,5508=0,2821 mol et m=0,2821×172,02=48,5 g.
Pourquoi
Trois lignes, une par conversion : moles, rendement, masse. Les écrire séparément vaut le point de démarche même si la valeur finale est ratée.
Étape 10
Vérifications. 55,1<72 : le global est bien inférieur au plus petit rendement. Et la cible est 78,11172,02=2,20 fois plus lourde que le benzène, donc 40,0×2,20×0,551≈48,5 g.
Pourquoi
Deux contrôles indépendants du calcul principal, tous deux exécutables en dix secondes. Le second est le plus utile : il attrape une erreur de masse molaire aussi bien qu'une erreur de rendement.
Conclusion rédigée
« On brome le benzène par Br2/FeBr3, on nitre le bromobenzène par HNO3/H2SO4 et l'on sépare l'isomère para, puis on réduit le nitro par Sn/HCl. L'ordre est imposé deux fois par l'orientation : le brome, orienteur ortho-para, doit précéder la nitration, et l'amine, activante, doit apparaître en dernier. Le rendement global vaut 0,85×0,72×0,90=55,1 pour cent, et 40,0 g de benzène donnent 48,5 g de 4-bromoaniline. »
L'erreur classique sur cet exercice : partir de l'aniline parce qu'elle est au catalogue et qu'elle ressemble davantage à la cible : le dibrome y installe trois bromes en une seule étape, et la voie est morte avant d'avoir commencé.
À savoir par cœur
•La flèche à DOUBLE FÛT se lit « pourrait venir de ». Elle vit au brouillon ; la copie ne porte que des flèches simples.
•Un synthon n'est pas un réactif : CH3− s'écrit CH3MgBr, C6H5CH2+ s'écrit bromure de benzyle.
•Trois coupures rentables au cégep : C−X, C−O d'ester ou d'éther, C−C voisine d'un carbonyle.
•Le rendement global est le PRODUIT des rendements, et il est toujours INFÉRIEUR au plus petit d'entre eux.
•Le groupe qui doit ORIENTER s'installe en premier ; une étape de Friedel-Crafts se place le plus TÔT possible.
•Friedel-Crafts échoue dès qu'un groupe désactive plus qu'un halogène, et sur l'ANILINE, dont l'azote fixe AlCl3.
•Magnésien sur cétone : alcool TERTIAIRE. Sur aldéhyde : SECONDAIRE. Sur méthanal : PRIMAIRE.
•Protéger coûte DEUX étapes, environ dix points de rendement global : on cherche d'abord un réactif sélectif.
Questions fréquentes
Comment faire une rétrosynthèse étape par étape ?
On part de la cible et on recule. À chaque pas, on cherche dans sa formule une liaison qu'une réaction connue sait former, on écrit les deux morceaux avec une flèche à double fût, et on vérifie que la somme de leurs carbones redonne celle de la cible. On recommence sur chaque morceau jusqu'à tomber sur des produits de catalogue, puis on retourne l'arbre pour écrire la synthèse avec des flèches simples et des conditions.
Pourquoi ne peut-on pas nitrer avant d'acyler un cycle aromatique ?
Parce que le groupe nitro appauvrit tellement le cycle qu'aucune réaction de Friedel-Crafts ne s'y fait ensuite : la deuxième étape n'a tout simplement pas lieu. En acylant d'abord, on garde un cycle assez riche, et le groupe acétyle installé oriente la nitration en méta. La règle générale est de placer toute étape de Friedel-Crafts le plus tôt possible dans la séquence.
Comment calcule-t-on le rendement global d'une synthèse ?
On multiplie les rendements de toutes les étapes, on ne fait jamais leur moyenne. Trois étapes à quatre-vingts pour cent donnent zéro virgule huit au cube, soit cinquante et un virgule deux pour cent, et non quatre-vingts. Le contrôle à retenir est que le rendement global est toujours inférieur au plus petit des rendements d'étape : toute réponse qui viole cette inégalité est fausse.
Quelle différence y a-t-il entre un synthon et un équivalent synthétique ?
Le synthon est le fragment idéal issu de la coupure, avec la charge qu'on lui attribue : il n'existe dans aucun flacon. L'équivalent synthétique est le réactif réel qui joue ce rôle au laboratoire. Le carbanion méthyle a pour équivalent le bromure de méthylmagnésium, le cation acétyle a pour équivalent le chlorure d'éthanoyle. Écrire un synthon dans une séquence de synthèse est une faute.
Quand faut-il protéger un groupe fonctionnel ?
Seulement quand aucun réactif sélectif ne fait le travail. On cherche d'abord le réactif le plus doux qui suffise, par exemple le borohydrure de sodium plutôt que l'hydrure de lithium et d'aluminium quand un ester doit survivre. La protection coûte deux étapes, celle qui pose le groupe et celle qui le retire, soit environ dix points de rendement global : on n'y recourt qu'en dernier recours.
Pourquoi la réaction de Friedel-Crafts échoue-t-elle sur l'aniline ?
Parce que le chlorure d'aluminium est un acide de Lewis et que le doublet libre de l'azote est une base de Lewis : les deux se combinent aussitôt. L'azote porte alors une charge positive et devient un groupe fortement attracteur, donc le cycle le plus activé du répertoire se désactive lui-même. La parade est d'acétyler d'abord l'azote en amide, beaucoup moins basique.
Exercices corrigés : La synthèse et l'analyse rétrosynthétique
Une méthode se prouve sur une copie, pas sur une fiche. La série du même chapitre reprend chacun de ces pièges dans un exercice, avec le corrigé rédigé étape par étape.
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