Chimie organique • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal
Fiche de révision : SN1, SN2, E1 et E2, la substitution et l'élimination
À l'examen sur la substitution nucléophile et l'élimination, les points se perdent rarement sur la théorie : ils se perdent sur la copie. Une E1 écrite là où une base forte impose une E2, une flèche qui part du carbone, un NaCl chargé dans le bilan, une amine et un acide déclarés « sans réaction », le stéréoisomère (Z) oublié, une lettre R ou S donnée sans reclasser les groupes.
Elle part de zéro : le vocabulaire, l'endroit où la réaction peut avoir lieu, la grille de ceux qui partent et de ceux qui ne partent pas, lue sur le pKa, les quatre familles de réactifs, puis la vitesse, les carbocations et le solvant.
Cette fiche donne, pour chacune de ces fautes, la phrase à écrire à la place, puis l'arbre qui décide de ce qui se passe et la rédaction complète de la question type : mécanisme du produit majoritaire, tous les produits minoritaires, et leur configuration.
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Le fil du chapitre
Avant la première flèche, quatre questions décident de tout : y a-t-il un bon groupe partant, le réactif est-il une base forte ou un nucléophile, quelle est la classe du carbone, et une réaction acide-base passe-t-elle avant ? Ensuite, chaque flèche part d'un doublet et chaque charge se retrouve dans le bilan.
On lit le substrat, le réactif, le solvant et la température, puis on cherche la colonne où tout concorde. Les mots en gras sont expliqués dans la légende, sous le tableau.
Critère
SN2substitution, une étape
SN1substitution, deux étapes
E2élimination, une étape
E1élimination, deux étapes
Substrat
méthyle >primaire>secondaire ; jamais tertiaire
tertiaire, benzylique, allylique ; jamais primaire
secondaire ou tertiaire ; primaire avec une base encombrée
tertiaire, benzylique, allylique ; alcool secondaire ou tertiaire en acide
Réactif
nucléophile fort, base faible : I−, CN−, N3−, RS−, RCOO− ; ou HO−, RO− sur un primaire
nucléophile faible, neutre : H2O, ROH ; ou HX sur un alcool
base forte et concentrée : HO−, CH3O− ; encombrée : (CH3)3CO−
2-méthylbutan-2-ol +H3PO4 à chaud : 2-méthylbut-2-ène
Légende : les mots du tableau
Polaire protique
Solvant dont la molécule porte un H lié à O ou à N : eau, méthanol, éthanol, acide éthanoïque. Il forme des liaisons hydrogène : il stabilise le carbocation et l'ion qui part, ce qui aide SN1 et E1, mais il enferme les anions nucléophiles, ce qui freine la SN2.
Polaire aprotique
Solvant polaire SANS H lié à O ou à N : DMSO, DMF, propanone, acétonitrile. Il dissout les sels en entourant le cation et laisse l'anion presque nu, donc très réactif : il accélère la SN2.
Nucléophile fort, base faible
Espèce riche en électrons qui attaque un carbone sans arracher facilement un proton : I−, Br−, CN−, N3−, RS−, RCOO−. Elle fait des SN2, presque jamais d'élimination.
Nucléophile faible, neutre
H2O, ROH : ni bon nucléophile ni base forte, il attend qu'un carbocation se forme. Quand il sert aussi de solvant, la réaction s'appelle une solvolyse.
Base forte
Espèce qui arrache un proton, dont l'acide conjugué a un pKa d'environ 15 ou plus : HO−, CH3O−, CH3CH2O−, NH2−. Petite, elle est aussi un bon nucléophile.
Base encombrée
Base forte trop volumineuse pour approcher un carbone : le tert-butanolate (CH3)3CO−. Elle arrache l'hydrogène le plus accessible et donne l'alcène le moins substitué.
Primaire, secondaire, tertiaire
La classe du carbone qui porte le groupe partant : lié à un, deux ou trois autres carbones. Benzylique : lié à un cycle benzénique. Allylique : voisin d'une double liaison.
Carbocation
Carbone à trois liaisons, chargé positivement et plan. Il ne se forme que s'il est stabilisé : tertiaire, benzylique ou allylique. Il peut se réarranger par glissement d'un H ou d'un méthyle voisin.
Chauffage
Une élimination fabrique plus de molécules qu'elle n'en consomme, son entropie de réaction est favorable : la chaleur la favorise toujours face à la substitution.
Inversion, racémisation
Inversion : la SN2 retourne la géométrie du carbone, comme un parapluie. Racémisation : la SN1 donne autant des deux énantiomères, le carbocation plan étant attaqué sur ses deux faces.
Anti-périplanaire
En E2, l'hydrogène arraché et le groupe partant sont dans un même plan, de part et d'autre de la liaison C−C. Sur un cyclohexane, tous deux sont axiaux.
Zaitsev, Hofmann
Zaitsev : l'alcène le plus substitué, le plus stable, domine. Hofmann : le moins substitué domine, avec une base encombrée.
Le cas ambigu est le carbone secondaire : avec une base forte, surtout l'E2 et un peu de SN2 ; avec un bon nucléophile peu basique, la SN2 ; dans l'eau ou un alcool, lentement SN1 et E1. Avant toute colonne, vérifier qu'il y a un bon groupe partant sur un carbone sp3, et qu'aucune réaction acide-base ne passe avant.
L'essentiel
Le vocabulaire, pour partir de zéro
•Le SUBSTRAT est la molécule qui porte le groupe partant ; le GROUPE PARTANT est l'atome ou le groupe qui s'en va en emportant le doublet de sa liaison au carbone.
•Le carbone qui porte le groupe partant est le carbone α ; ses voisins sont les carbones β. Sa CLASSE est primaire, secondaire ou tertiaire selon qu'il est lié à un, deux ou trois carbones.
•Un NUCLÉOPHILE apporte un doublet à un carbone δ+ ; une BASE apporte un doublet à un hydrogène. La même espèce, HO− par exemple, peut jouer les deux rôles : c'est toute la compétition.
•Substitution : la liaison Cα−GP se rompt, une liaison Cα−Nu se forme. Élimination : les liaisons Cα−GP et Cβ−H se rompent, une double liaison Cα=Cβ se forme.
•Le chiffre du nom est l'ordre de la loi de vitesse : 2, une étape où deux espèces se rencontrent ; 1, une étape lente où le substrat se dissocie seul.
Où la réaction a-t-elle lieu ?
•Sur un carbone sp3 qui porte un bon groupe partant, et nulle part ailleurs. Un halogène sur un cycle benzénique ou sur une double liaison ne part pas.
•Sans groupe partant, pas de réaction : un alcane ne réagit pas, H− et CH3− sont des bases bien trop fortes pour partir.
•Un alcool ou un éther ne réagit qu'avec un acide fort (HCl, HBr, HI, H2SO4, TsOH), qui protone l'oxygène. Exception courante : l'époxyde, que la tension de son cycle à trois atomes ouvre sans acide.
•Un groupe partant positif part NEUTRE : R−OH2+ libère H2O, un ion sulfonium libère un thioéther.
•Une molécule qui porte aussi un OH ou un NH2 peut se servir de ce groupe comme nucléophile interne et fermer un cycle.
Exception à connaître : l'amidure de sodium NaNH2, base très forte, fait éliminer un halogénure de vinyle et donne un alcyne.
Les quatre questions, dans l'ordre
•1) Le groupe partant : part-il sous forme de base FAIBLE ? Oui pour I−, Br−, Cl−, et pour H2O quand l'oxygène d'un alcool est protoné. Non pour F−, HO−, RO−, NH2− : ni substitution ni élimination.
•2) Le réactif : base forte et chargée (HO−, RO−, NH2−) ; bon nucléophile peu basique (I−, CN−, N3−, RS−) ; espèce neutre et faible (H2O, ROH).
•3) La classe du carbone : méthyle et primaire ne donnent pas de carbocation ; tertiaire, benzylique et allylique bloquent l'attaque dorsale ; sur un secondaire, tout est possible et le réactif tranche.
•4) L'acide-base : une amine et un acide, un acide carboxylique et une base réagissent d'abord par transfert de proton, plus vite que tout le reste.
Écrire en une ligne le nom du mécanisme et ses trois raisons, substrat, réactif et conditions, rapporte souvent le point de justification à lui seul.
Deux flèches pour substituer, trois pour éliminer
•Une flèche courbe part d'un DOUBLET, non liant ou liaison qui se rompt, et pointe vers l'atome qui le reçoit ou vers l'endroit où se forme la liaison.
•SN2 : une étape, deux flèches. Du doublet du nucléophile vers le carbone, de la liaison C−X vers X. La géométrie s'inverse.
•E2 : une étape, trois flèches. De la base vers un H du carbone voisin, de la liaison C−H vers la liaison C−C, de la liaison C−X vers X. H et X sont anti.
•SN1 et E1 : d'abord une flèche, la liaison C−X qui se rompt et laisse un carbocation plan ; puis une flèche pour substituer, deux pour éliminer. Avec un nucléophile neutre, une déprotonation termine.
Même substrat, même méthanolate : vers le carbone, deux flèches et une SN2 ; vers un H voisin anti au brome, trois flèches et une E2.
La configuration du produit
•SN2 : la géométrie s'inverse toujours ; la lettre se relit en reclassant les quatre groupes du PRODUIT.
•SN1 : le carbocation plan est attaqué sur ses deux faces, le produit est racémique.
•Alcène : sur chaque carbone de la double liaison, on classe les deux groupes ; prioritaires du même côté, (Z) ; de part et d'autre, (E).
La vitesse, le carbocation, le solvant
•Lois de vitesse : SN2, v=k[RX][Nu] ; E2, v=k[RX][B] ; SN1 et E1, v=k[RX], le réactif n'intervenant qu'après l'étape lente.
•Stabilité des carbocations : tertiaire > secondaire > primaire > méthyle. Benzylique et allylique valent un tertiaire, grâce à la résonance.
•Un carbocation se réarrange quand un voisin peut lui céder un H ou un méthyle avec son doublet et le rendre plus stable : glissement 1,2, puis le nucléophile ou la base agit sur le nouveau carbocation.
•Solvant protique (eau, alcools) : il stabilise les ions, favorise SN1 et E1. Polaire aprotique (DMSO, DMF, propanone) : il laisse l'anion nu, favorise la SN2.
•E2 sur un cyclohexane : H et groupe partant doivent être tous deux AXIAUX, de part et d'autre du cycle.
Les règles de calcul en tableau
Chaque ligne se lit de gauche à droite : les hypothèses, puis le résultat. Une case rouge n'est pas une réponse, c'est le constat que la forme ne décide rien et l'ordre de transformer l'écriture. Chaque cas est suivi d'un exemple chiffré.
Qui part, qui ne part pas : le pKa de l'acide conjugué
Plus l'acide conjugué est fort, de pKa bas, plus le groupe part facilement. Les cases rouges ne partent pas : ce n'est pas une réponse, c'est l'ordre de changer de groupe ou de l'activer.
Groupe partant
pKa de l'acide conjugué
Verdict
I−
−10
excellent
Exemple : 1-iodopentane +CN− : SN2 rapide, hexanenitrile à 6 carbones.
Br−
−9
très bon
Exemple : 2-bromo-2-méthylpentane dans l'eau : SN1, 2-méthylpentan-2-ol.
Cl−
−7
bon
Exemple : (R)-2-chloropentane +CN− : (S)-2-méthylpentanenitrile.
TsO−
−2,8
excellent
Exemple : Tosylate du (R)-hexan-2-ol +CN− : (S)-2-méthylhexanenitrile ; la charge se répartit sur 3 oxygènes.
H2O
−1,7
bon
Exemple : 2-méthylpentan-2-ol +HBr : l'alcool protoné perd H2O, 2-bromo-2-méthylpentane.
F−
3,2
ne part pasne part pas
Exemple : 1-fluoropentane +NaCN : aucune réaction, la liaison C−F vaut 485 kJ/mol.
Ce qu'il faut faire : Prendre le bromure ou l'iodure du même squelette.
CN−
9,2
ne part pasne part pas
Exemple : Le pentanenitrile et I− ne donnent jamais le 1-iodobutane : la liaison C−C tient.
Ce qu'il faut faire : Un nitrile se transforme par son groupe CN, jamais par substitution du carbone qui le porte.
HO−, RO−
15,7 à 16
ne part pasne part pas
Exemple : Hexan-1-ol +NaBr seul : rien ; 17,4 unités de pKa séparent HO− de H2O.
Ce qu'il faut faire : Protoner l'oxygène par un acide fort, ou le changer en tosylate par TsCl et la pyridine.
NH2−
38
ne part pasne part pas
Exemple : La pentan-1-amine et Br− ne donnent jamais le 1-bromopentane.
Ce qu'il faut faire : Une amine réagit comme base ou comme nucléophile, pas comme substrat.
H−, CH3−
35 à 50
ne part jamaisne part pas
Exemple : Le pentane, C5H12, ne réagit avec aucun nucléophile ni aucune base de ce chapitre.
Ce qu'il faut faire : Sans groupe partant, chercher ailleurs : pas de substitution ni d'élimination.
F− et CN− sont des bases plus faibles que HO− et ne partent pas pour autant : la liaison au carbone doit aussi pouvoir se rompre.
Le réactif décide : quatre familles
Une fois le groupe partant trouvé, on range le réactif dans sa famille ; la classe du carbone fait le reste.
Famille
Exemples
Ce qu'il fait
base forte, petite
HO−, CH3O−
SN2 sur 1°, E2 sur 2° et 3°
Exemple : (R)-2-bromohexane +CH3O− à chaud : E2, (E)-hex-2-ène.
base forte encombrée
(CH3)3CO−
E2, Hofmann
Exemple : 2-bromo-2,3-diméthylbutane : 2,3-diméthylbut-1-ène.
bon nucléophile, base faible
I−, CN−, N3−, RS−
SN2 sur 1° et 2°
Exemple : Chlorocyclopentane +N3− : azidocyclopentane ; pKa de HN3 : 4,7.
faible et neutre
H2O, ROH
SN1 ou E1 sur 3°
Exemple : 2-bromo-2-méthylpentane dans l'eau : 2-méthylpentan-2-ol ; rien sur un primaire.
La chaleur pousse toujours vers l'élimination ; un solvant polaire aprotique, vers la SN2.
Les pièges qui coûtent des points
Les erreurs ci-dessous sont celles que je corrige le plus souvent en séance. Chacune coûte des points sur une copie, même quand le raisonnement est juste.
1.Faire partir la flèche du carbone
1 point par flèche, souvent tout le mécanisme
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Je trace la flèche du carbone vers CH3O− : le carbone va chercher le nucléophile. »
Ce qu'il faut écrire
« La flèche part d'un doublet de l'oxygène de CH3O− et pointe vers le carbone ; une seconde part de la liaison C−Cl et pointe vers le chlore. »
Pourquoi : Une flèche décrit le mouvement des électrons, pas celui des atomes : un carbone δ+ n'a aucun doublet à donner.
2.Laisser le nucléophile et une charge fausse dans le bilan
1 point
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Produits : l'éther +CH3O−+NaCl+. »
Ce qu'il faut écrire
« RCl+CH3O−+Na+→ROCH3+Na++Cl−, charge totale nulle de chaque côté. »
Pourquoi : Le nucléophile est consommé, il est dans le produit ; Na+ ne fait que regarder, et le chlorure de sodium est un sel neutre.
3.Écrire une E1 parce que le carbone est secondaire
toute la question de mécanisme
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Carbone secondaire, donc E1 : Cl− part, puis CH3O− prend un H. »
Ce qu'il faut écrire
« CH3O− est une base forte et concentrée : l'E2 se fait en une étape, le carbocation n'a pas le temps de se former. »
Pourquoi : C'est la BASE qui choisit entre E1 et E2, pas la classe du carbone : une E1 exige une base faible et un carbocation assez stable pour exister seul.
4.Déclarer « aucune réaction » entre une amine et un acide
toute la question
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Pentan-1-amine +HCl : pas de réaction, NH2 n'est pas un bon groupe partant. »
Ce qu'il faut écrire
« L'amine est une base, HCl un acide fort : transfert de proton, chlorure de pentylammonium C5H11NH3+Cl−. »
Pourquoi : On ne cherche un groupe partant qu'après avoir écarté la réaction acide-base, instantanée et toujours prioritaire.
5.Prendre l'halogène pour le groupe partant d'un alcool
2 points
Ce qu'il ne faut pas écrire
« HCl sur le 4-fluoro-2-méthylbutan-2-ol : le chlore remplace le fluor. »
Ce qu'il faut écrire
« HCl protone le groupe OH et l'eau part ; le fluor reste en place, la liaison C−F est trop solide pour se rompre. »
Pourquoi : Le groupe partant est celui qui part sous forme de base faible, ici l'eau ; un fluor lié à un carbone ne part pratiquement jamais.
6.Inverser la lettre R ou S d'office après une SN2
1 point de stéréochimie
Ce qu'il ne faut pas écrire
« SN2, donc le (S) devient (R). »
Ce qu'il faut écrire
« SN2 : la géométrie s'inverse. Je reclasse les quatre groupes du produit, puis je lis la lettre. »
Le même (S)-2-bromopropan-1-ol, deux SN2 : avec N3−, rang 1, la lettre devient (R) ; avec CN−, que CH2OH devance, elle reste (S).
Pourquoi : La lettre suit les priorités : elle change seulement si le groupe entrant prend le rang du groupe partant.
7.Compter Z et E pour un seul produit, oublier la substitution
1 point par produit oublié
Ce qu'il ne faut pas écrire
« (R)-2-chlorobutane +NaOH à chaud : produit minoritaire, le but-1-ène. »
Ce qu'il faut écrire
« Minoritaires : (Z)-but-2-ène, but-1-ène, et (S)-butan-2-ol par SN2. »
Pourquoi : (E) et (Z) sont deux molécules différentes, et HO− est aussi un nucléophile : la question « de substitution et d'élimination » les attend tous.
8.Écrire le catalyseur acide comme un réactif consommé
1 point
Ce qu'il ne faut pas écrire
« alcool +H2SO4→ alcène +H2O+HSO4− »
Ce qu'il faut écrire
« alcool → alcène +H2O, avec H2SO4 au-dessus de la flèche. »
Pourquoi : L'acide protone l'alcool à la première étape et récupère son proton à la dernière : il sort intact, et le bilan de l'élève n'est même pas équilibré en charges.
9.S'arrêter à l'ion oxonium avec un nucléophile neutre
1 point
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Produit de la SN1 dans l'eau : R−OH2+. »
Ce qu'il faut écrire
« Une base du milieu enlève le H+ de l'ion oxonium : le produit est l'alcool R−OH, et H3O+ se forme. »
Pourquoi : Un nucléophile neutre entre dans le produit avec son hydrogène et une charge positive : une déprotonation finale est toujours nécessaire.
10.Faire dépendre la vitesse d'une SN1 du nucléophile
1 point
Ce qu'il ne faut pas écrire
« On double [N3−] : la SN1 du 2-bromo-2-méthylpentane va deux fois plus vite. »
Ce qu'il faut écrire
« SN1 : v=k[RBr]. Le nucléophile n'intervient qu'après l'étape lente : la vitesse ne change pas, seul le produit change. »
Pourquoi : Seule l'étape lente fixe la vitesse, et dans une SN1 elle ne fait intervenir que le substrat.
Quelle méthode choisir
Que se passe-t-il ? La réponse en quatre questions
On lit la molécule, puis le réactif, puis les conditions, et l'on s'arrête à la première branche qui s'applique.
Si une amine et un acide, ou un acide carboxylique et une base → acide-base seulement : c'est la réponse
Exemple : C5H11NH2+HBr→C5H11NH3+Br−
Si le groupe partant est sur un carbone sp2, cycle benzénique ou double liaison → ni substitution ni élimination
Exemple : bromobenzène +NaOH chaud : aucune réaction
Si groupe partant F, ou OH et OR sans acide → ni substitution ni élimination ; protoner l'oxygène pour débloquer
Exemple : hexan-1-ol +NaBr : rien ; avec H2SO4 en plus : 1-bromohexane
Si base forte et chargée, carbone secondaire ou tertiaire → E2 majoritaire, SN2 minoritaire sur un secondaire
Exemple : (R)-2-bromohexane +CH3O− à chaud : (E)-hex-2-ène
sur un primaire, la base forte fait surtout la SN2, sauf si elle est encombrée
Si bon nucléophile peu basique, carbone méthyle, primaire ou secondaire → SN2, géométrie inversée
Exemple : 1-iodopentane +NaCN dans le DMSO : hexanenitrile, six carbones
Si espèce neutre et faible ou acide concentré, carbone tertiaire, benzylique ou allylique → SN1 à froid, E1 à chaud
Exemple : 2-méthylbutan-2-ol +H3PO4 à chaud : 2-méthylbut-2-ène
Un primaire ne fait jamais de SN1 ni d'E1 ; un tertiaire ne fait jamais de SN2. La chaleur pousse toujours vers l'élimination. Dès qu'un carbocation se forme, regarder ses voisins : un glissement d'hydrure ou de méthyle peut le rendre plus stable avant l'attaque.
Combien d'alcènes, et lequel domine
On regarde les carbones VOISINS du carbone qui porte le groupe partant, puis la taille de la base.
Si deux voisins porteurs de H, non équivalents → deux alcènes de position
Exemple : 2-bromohexane : hex-1-ène et hex-2-ène
Si chaque carbone de la double liaison formée porte deux groupes différents → deux stéréoisomères, (Z) et (E), à compter séparément
Exemple : hex-2-ène : (E) et (Z), soit trois alcènes en tout avec le hex-1-ène
Si base petite (HO−, CH3O−, CH3CH2O−) ou E1 → Zaitsev : l'alcène le plus substitué domine, souvent en (E)
Exemple : (E)-hex-2-ène, disubstitué, devant le hex-1-ène
Si base encombrée ((CH3)3CO−) → Hofmann : l'alcène le moins substitué domine
Exemple : 2-bromohexane +(CH3)3CO−K+ : hex-1-ène
Des voisins équivalents par symétrie donnent un seul alcène : le cyclohexanol ne donne que le cyclohexène.
La rédaction attendue
Le correcteur coche des étapes. Les voici dans l'ordre, avec la phrase de conclusion qu'il attend mot pour mot.
La question complète de l'examen
Quand l'utiliser : « Tracez le mécanisme du produit majoritaire, dessinez tous les produits minoritaires et notez leur configuration. »
1Nommer le mécanisme et ses trois raisons : classe du carbone, nature du réactif, conditions.
2Tracer le mécanisme du majoritaire, chaque flèche partant d'un doublet ; garder les ions spectateurs à part.
3Lister les carbones voisins porteurs de H : un alcène de position par type, puis (Z) et (E) pour chacun s'il y a lieu.
4Ajouter le produit de substitution par le mécanisme concurrent : SN2 avec un réactif chargé, SN1 avec un réactif neutre sur un tertiaire.
5Donner la configuration de chaque produit : (Z) ou (E) par les priorités sur chaque carbone de la double liaison, R ou S après avoir reclassé les quatre groupes.
6Écrire le bilan et vérifier que la charge totale est la même des deux côtés.
Phrase de conclusion
« Le substrat est secondaire et le méthanolate est une base forte : à chaud, l'élimination E2 donne majoritairement l'(E)-hex-2-ène ; minoritaires : (Z)-hex-2-ène, hex-1-ène, et (S)-2-méthoxyhexane par SN2. »
Le piège : Oublier le produit de substitution : l'ion méthanolate est aussi un nucléophile.
Le bilan qui se vérifie
Quand l'utiliser : « Complétez l'équation de la réaction. »
1Écrire le produit organique, puis ce qu'est devenu le groupe partant : ion halogénure, ou eau pour un alcool protoné.
2Garder les ions spectateurs, Na+ ou K+, tels quels, ou les réunir en un sel neutre.
3Placer un catalyseur acide au-dessus de la flèche, jamais dans le bilan.
4Compter la charge de chaque côté : le même total, sinon une espèce est fausse.
Phrase de conclusion
« RBr+CH3O−+Na+→ROCH3+Na++Br− : charge 0 de part et d'autre. »
Le piège : Le nucléophile qui réapparaît à droite : il est entré dans le produit.
Expliquer qu'une réaction n'a pas lieu
Quand l'utiliser : « Si la réaction est impossible, expliquez brièvement ce qui l'empêche. »
1Nommer le groupe qui devrait partir, et le pKa de son acide conjugué.
2Vérifier que le carbone qui le porte est sp3.
3Vérifier qu'aucune réaction acide-base ne passe avant : si oui, c'est elle la réponse.
4Dire ce qu'il faudrait changer : un autre halogène, un acide fort, un tosylate.
Phrase de conclusion
« Impossible : le groupe qui devrait partir est CH3O−, base forte (pKa de CH3OH voisin de 15,5). En milieu acide fort, l'oxygène protoné partirait sous forme de méthanol. »
Le piège : Écrire « pas de bon groupe partant » pour une amine et un acide : la réaction acide-base a lieu.
Vérifier avant de rendre
Cinq minutes de vérification récupèrent plus de points qu'un exercice de plus commencé à la hâte.
Compter les flèches
Hors protonation et déprotonation, une substitution compte deux flèches en tout et une élimination trois, en une ou en deux étapes.
Une E2 dessinée avec deux flèches a oublié la liaison C−H qui devient la double liaison.
Compter les charges
Additionner les charges de chaque côté de l'équation : les deux totaux sont égaux.
« +NaCl+ » à droite donne +1 contre 0 à gauche : le bilan est faux.
Compter les carbones
Le produit de substitution a les carbones du substrat plus ceux du nucléophile ; un alcène, ceux du substrat.
1-iodopentane +CN− : six carbones, l'hexanenitrile, pas le pentanenitrile.
Relire la lettre
Après une SN2, redessiner le produit et reclasser ses groupes ; après une SN1, écrire racémique.
Un (S) resté (S) n'est pas une erreur si le groupe entrant n'a pas pris le rang 1.
L'exercice type décortiqué
La question type : le (R)-2-bromohexane et le méthanolate de sodium, à chaud
On chauffe le (R)-2-bromohexane avec le méthanolate de sodium CH3ONa dans le méthanol. Tracez le mécanisme qui mène au produit majoritaire, dessinez tous les produits minoritaires, de substitution et d'élimination, et donnez la configuration de chacun.
Le substrat, carbones numérotés : le brome est sur le carbone 2, et ses voisins porteurs d'hydrogènes sont les carbones 1 et 3.
Étape 1
Diagnostic : Br est un bon groupe partant ; CH3O− est une base forte et chargée ; carbone secondaire ; aucune réaction acide-base possible. Élimination E2 majoritaire, SN2 en compétition.
Pourquoi
Les quatre questions viennent avant toute flèche : elles donnent le nom du mécanisme et sa justification, souvent notée à part.
Étape 2
Mécanisme E2, une étape : du doublet de CH3O− vers un H du carbone 3, anti au brome ; de la liaison C3−H vers la liaison C2−C3 ; de la liaison C2−Br vers Br.
Pourquoi
Le carbone 3 plutôt que le carbone 1, par Zaitsev : il donne le hex-2-ène, disubstitué, plus stable que le hex-1-ène.
Étape 3
Alcènes : par le carbone 3, le hex-2-ène en (E) et en (Z) ; par le carbone 1, le hex-1-ène, sans stéréoisomérie. Majoritaire : (E)-hex-2-ène.
Pourquoi
On compte les voisins porteurs de H, puis (Z) et (E) pour chacun : c'est ici que tombent les produits oubliés. L'(E) vient de la conformation la moins encombrée, carbones 1 et 4 anti.
Étape 4
Substitution : SN2 du méthanolate sur le carbone 2, géométrie inversée. Avant : Br>C4H9>CH3>H ; après : OCH3>C4H9>CH3>H. Produit : (S)-2-méthoxyhexane.
Pourquoi
On reclasse les groupes du produit : la lettre change ici parce que OCH3 prend le rang 1 du brome, ce qui n'est pas toujours le cas.
Étape 5
Vérification : C6H13Br+CH3O−+Na+→C6H12+CH3OH+Na++Br− ; 7 carbones, 16 hydrogènes et une charge nulle de chaque côté.
Pourquoi
Le bilan contrôle en une ligne l'hydrogène arraché, le méthanol formé et la charge du bromure.
Conclusion rédigée
Mécanisme E2 ; majoritaire : (E)-hex-2-ène ; minoritaires : (Z)-hex-2-ène, hex-1-ène et (S)-2-méthoxyhexane ; sous-produits : méthanol, Na+ et Br−.
L'erreur classique sur cet exercice : Écrire une E1 parce que le carbone est secondaire, puis ne citer que le hex-1-ène comme minoritaire.
À savoir par cœur
•Réaction seulement sur un carbone sp3 qui porte une base faible : I−>Br−>Cl−, TsO−, H2O ; F−, HO−, RO− ne partent pas.
•Acide-base d'abord : une amine et un acide donnent un sel d'ammonium, et rien d'autre.
•Base forte : E2, une étape, trois flèches. Espèce faible et neutre sur un tertiaire : SN1, ou E1 à chaud.
•SN2 : deux flèches, géométrie INVERSÉE ; SN1 : carbocation plan, produit RACÉMIQUE.
•Petite base : Zaitsev ; base encombrée : Hofmann. (Z) et (E) comptent pour deux produits.
•Un catalyseur acide est rendu à la fin : il s'écrit au-dessus de la flèche.
•Même charge totale des deux côtés ; Na+ et K+ sont spectateurs.
Questions fréquentes
Comment savoir si c'est une SN1, une SN2, une E1 ou une E2 ?
On pose quatre questions dans l'ordre. Y a-t-il un bon groupe partant, comme un bromure ou de l'eau après protonation ? Le réactif est-il une base forte, un bon nucléophile peu basique ou une espèce neutre et faible ? Quelle est la classe du carbone ? Une réaction acide-base passe-t-elle avant ? Une base forte donne l'E2, un bon nucléophile la SN2, une espèce faible sur un tertiaire la SN1, ou l'E1 à chaud.
Qu'est-ce qui fait un bon groupe partant en chimie organique ?
Un bon groupe partant est une base faible, stable une fois parti avec le doublet de sa liaison. On le reconnaît à son acide conjugué, qui doit être fort : iodure, bromure, chlorure, eau d'un alcool protoné, tosylate. L'ion hydroxyde, les alcoolates et l'amidure ne partent pas. Le fluorure et le cyanure non plus, parce que leur liaison au carbone est trop solide.
Combien de flèches faut-il dans un mécanisme SN2 et dans une E2 ?
Deux flèches pour une SN2 : du doublet du nucléophile vers le carbone, puis de la liaison carbone-halogène vers l'halogène. Trois pour une E2 : de la base vers un hydrogène voisin, de la liaison carbone-hydrogène vers la liaison carbone-carbone, puis de la liaison carbone-halogène vers l'halogène. La SN1 et l'E1 gardent ces totaux, répartis sur deux étapes.
Pourquoi une amine ne fait-elle pas de substitution avec l'acide chlorhydrique ?
Parce qu'une réaction plus rapide passe avant : l'amine est une base et l'acide chlorhydrique un acide fort. Le doublet de l'azote capte le proton instantanément, et l'on obtient un chlorure d'alkylammonium, un sel. Il ne faut pas écrire « aucune réaction » : il y en a une, acide-base. Pour qu'une amine serve de nucléophile, on lui oppose un halogénoalcane.
Une SN2 transforme-t-elle toujours un R en S ?
Non. Une SN2 inverse toujours la géométrie du carbone, mais la lettre dépend des priorités. Si le groupe entrant prend le rang du groupe partant, la lettre change. S'il prend un autre rang, par exemple quand un groupe CH2OH passe devant un groupe CN, la lettre reste la même. On redessine le produit et on reclasse ses quatre groupes avant de conclure.
Faut-il écrire l'acide sulfurique dans le bilan d'une déshydratation d'alcool ?
Non, on l'écrit au-dessus de la flèche. L'acide protone l'alcool à la première étape, puis récupère un proton quand l'alcène se forme à la dernière : il sort intact, c'est un catalyseur. Le bilan s'écrit alcool donne alcène plus eau. Écrire l'ion hydrogénosulfate à droite déséquilibre les charges et coûte le point du bilan.
Une méthode se prouve sur une copie, pas sur une fiche. La série du même chapitre reprend chacun de ces pièges dans un exercice, avec le corrigé rédigé étape par étape.
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