Calcul différentiel 201-NYA • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal

Exercices corrigés : Rolle et le théorème des accroissements finis (201-NYA)

Voici la série d'exercices corrigés de calcul différentiel 201-NYA sur le théorème de Rolle et le théorème des accroissements finis, aussi appelé théorème de Lagrange. C'est le premier chapitre du cours où l'on ne calcule pas une dérivée mais où l'on s'en sert pour DÉMONTRER.

Le fil de la série tient en une phrase : un théorème d'existence garantit qu'un point existe, il ne le fabrique pas, et ses hypothèses ne sont jamais décoratives. Les deux erreurs qui coûtent le plus cher en découlent, croire que le théorème donne la valeur de cc, et oublier de vérifier une hypothèse avant de conclure.

La partie A construit les deux énoncés, leurs contre-exemples et le lien de démonstration qui les unit. La partie B les met au travail : encadrer un nombre avec une garantie d'erreur, prouver qu'une équation a exactement une solution, justifier une contravention de radar tronçon, et démontrer quatre inégalités classiques. Tous les corrigés sont sur la page.

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Ce chapitre fait partie de Calcul différentiel, 201-NYA
Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (7 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1Calculs algébriquesSecondaire 5 SN5
  2. 2Les fonctions définies par partiesSecondaire 5 SN5
  3. 3La fonction rationnelle, dite homographiqueSecondaire 5 SN5
  4. 4Les opérations sur les fonctionsSecondaire 5 SN5
  5. 5Fonctions et domaine
  6. 6Limites et continuité
  7. 7La dérivée et ses règles

Rappel de cours

  • ROLLE : si ff est CONTINUE sur [a ; b][a\ ;\ b], DÉRIVABLE sur ]a ; b[\left]a\ ;\ b\right[ et si f(a)=f(b)f(a)=f(b), alors il existe au moins un cc dans ]a ; b[\left]a\ ;\ b\right[ tel que f(c)=0f'(c)=0. L'asymétrie entre intervalle fermé et intervalle ouvert est voulue : elle permet d'appliquer le théorème à des fonctions dont la dérivée explose aux bornes.
  • ACCROISSEMENTS FINIS : mêmes hypothèses sans l'égalité aux bornes, conclusion f(c)=f(b)f(a)baf'(c)=\frac{f(b)-f(a)}{b-a}. Géométriquement, une tangente est parallèle à la corde ; cinématiquement, la vitesse instantanée égale au moins une fois la vitesse moyenne.
  • DÉMONSTRATION : on applique Rolle à g(x)=f(x)[f(a)+f(b)f(a)ba(xa)]g(x)=f(x)-\left[f(a)+\frac{f(b)-f(a)}{b-a}(x-a)\right], l'écart vertical entre la courbe et sa corde, qui s'annule aux deux bornes.
  • INÉGALITÉ DES ACCROISSEMENTS FINIS : si mfMm\leq f'\leq M sur [a ; b][a\ ;\ b], alors m(ba)f(b)f(a)M(ba)m(b-a)\leq f(b)-f(a)\leq M(b-a). Si fM\left|f'\right|\leq M, alors f(b)f(a)Mba\left|f(b)-f(a)\right|\leq M\left|b-a\right|, ce qui donne par exemple sinasinbab\left|\sin a-\sin b\right|\leq\left|a-b\right|.
  • CONSÉQUENCES : sur un INTERVALLE, f=0f'=0 équivaut à ff constante, et f=gf'=g' équivaut à fgf-g constante. L'hypothèse d'intervalle est indispensable : sur un domaine en deux morceaux, les deux constantes peuvent différer.
  • EXISTENCE ET UNICITÉ : le théorème des valeurs intermédiaires donne l'existence d'une racine par un changement de signe, la stricte monotonie ou Rolle donne l'unicité. Les deux arguments sont de natures différentes et une rédaction complète les traite séparément.

Partie A : les bases (/50)

Exercice 1 : Le théorème de Rolle et ses trois hypothèses

Voici le premier théorème du cours qui ne CALCULE rien. Il affirme qu'un point existe, sans dire lequel ni comment le trouver. Le fil de la série est là : un théorème d'existence garantit, il ne fabrique pas, et ses hypothèses ne sont jamais décoratives.

-2.5-2-1.5-1-0.50.511.522.5-4-3-2-11234f(a) = f(b) = 0c = -1c = 1deux points conviennent
  • a) Énoncez le théorème de Rolle en séparant clairement les TROIS hypothèses et la conclusion.
  • b) La figure montre f(x)=x33xf(x)=x^{3}-3x sur [3 ; 3]\left[-\sqrt{3}\ ;\ \sqrt{3}\right]. Vérifiez les hypothèses, puis trouvez tous les cc que le théorème promet.
  • c) Le théorème annonce « il existe au moins un cc ». Combien en trouve-t-on ici, et que cela dit-il sur la formulation du théorème ?
  • d) Appliquez Rolle à g(x)=x24x+3g(x)=x^{2}-4x+3 sur [1 ; 3][1\ ;\ 3] et trouvez cc sans dériver deux fois : quelle propriété de la parabole donne la réponse immédiatement ?
  • e) Sur h(x)=sinxh(x)=\sin x et l'intervalle [0 ; 2π][0\ ;\ 2\pi], combien de valeurs de cc le théorème produit-il ?

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Réponses

  • a) Continue sur [a,b][a,b], dérivable sur ]a,b[]a,b[, f(a)=f(b)f(a)=f(b) : f(c)=0f'(c)=0
  • b) c=1c=-1 et c=1c=1
  • c) Deux : « au moins un »
  • d) c=2c=2, sommet de la parabole
  • e) Deux : π2\frac{\pi}{2} et 3π2\frac{3\pi}{2}

a) Si ff est CONTINUE sur l'intervalle fermé [a ; b][a\ ;\ b], DÉRIVABLE sur l'intervalle ouvert ]a ; b[\left]a\ ;\ b\right[, et si f(a)=f(b)f(a)=f(b), alors il existe au moins un cc dans ]a ; b[\left]a\ ;\ b\right[ tel que f(c)=0f'(c)=0. Notez l'asymétrie voulue entre les deux intervalles : la continuité est exigée jusqu'aux bornes incluses, la dérivabilité seulement à l'intérieur. C'est ce qui permet d'appliquer le théorème à 1x2\sqrt{1-x^{2}} sur [1 ; 1][-1\ ;\ 1], dont la dérivée explose aux deux bornes.

b) ff est un polynôme, donc continue et dérivable partout : les deux premières hypothèses sont acquises sans discussion. Reste f(3)=33+33=0f\left(-\sqrt{3}\right)=-3\sqrt{3}+3\sqrt{3}=0 et f(3)=3333=0f\left(\sqrt{3}\right)=3\sqrt{3}-3\sqrt{3}=0 : elles sont égales ✓. On résout f(c)=3c23=0f'(c)=3c^{2}-3=0, donc c=±1c=\pm 1, et les deux valeurs sont bien à l'intérieur de l'intervalle puisque 31,732\sqrt{3}\approx 1{,}732. Les deux points sont marqués sur la figure, avec leurs tangentes horizontales.

c) On en trouve DEUX, alors que le théorème n'en promettait qu'un. C'est exactement ce que signifie « il existe au moins un » : le théorème donne une borne inférieure sur le nombre de solutions, jamais leur nombre exact, et encore moins leur valeur. Un énoncé d'existence est délibérément faible, et c'est ce qui le rend applicable dans une immense variété de situations. Vouloir lui faire dire « il existe exactement un » est l'erreur la plus fréquente du chapitre.

d) g(1)=14+3=0g(1)=1-4+3=0 et g(3)=912+3=0g(3)=9-12+3=0 ✓. Le théorème donne un cc dans ]1 ; 3[\left]1\ ;\ 3\right[ avec g(c)=0g'(c)=0. Une parabole est symétrique par rapport à son sommet, et son sommet est le seul point à tangente horizontale : cc est donc le milieu des deux racines, c=1+32=2c=\frac{1+3}{2}=2. Contrôle : g(x)=2x4g'(x)=2x-4 s'annule bien en x=2x=2. Sur une fonction du second degré, Rolle donne toujours le milieu, ce qui en fait le cas le plus simple pour vérifier qu'on a compris l'énoncé.

e) sin0=sin(2π)=0\sin 0=\sin(2\pi)=0 ✓, et cosc=0\cos c=0 a deux solutions dans ]0 ; 2π[\left]0\ ;\ 2\pi\right[ : c=π21,571c=\frac{\pi}{2}\approx 1{,}571 et c=3π24,712c=\frac{3\pi}{2}\approx 4{,}712. On peut fabriquer autant de solutions qu'on veut en allongeant l'intervalle : sur [0 ; 2kπ][0\ ;\ 2k\pi] il y en a 2k2k. Le théorème reste vrai et reste tout aussi peu bavard, ce qui illustre encore la question c.

Exercice 2 : Les hypothèses ne sont pas décoratives : trois contre-exemples

Chacune des trois hypothèses de Rolle peut être supprimée, et à chaque fois la conclusion tombe. Savoir CONSTRUIRE le contre-exemple est ce qui distingue un énoncé appris d'un énoncé compris.

-2-1.5-1-0.50.511.52-0.50.511.5f(−1) = f(1) = 1coin en x = 0
  • a) Sur la figure, f(x)=xf(x)=|x| sur [1 ; 1][-1\ ;\ 1]. Quelles hypothèses sont vérifiées, laquelle ne l'est pas, et la conclusion est-elle vraie ?
  • b) Construisez un contre-exemple où la CONTINUITÉ manque sur [a ; b][a\ ;\ b] alors que tout le reste tient.
  • c) Construisez un contre-exemple où la seule hypothèse manquante est f(a)=f(b)f(a)=f(b).
  • d) La fonction k(x)=1xk(x)=\frac{1}{x} vérifie k(1)=1k(-1)=-1 et k(1)=1k(1)=1, donc k(1)k(1)k(-1)\neq k(1). Modifiez l'énoncé pour obtenir un vrai piège avec cette fonction, en prenant m(x)=1x2m(x)=\frac{1}{x^{2}} sur [1 ; 1][-1\ ;\ 1].
  • e) Une fonction peut-elle satisfaire la CONCLUSION de Rolle sans satisfaire ses hypothèses ? Donnez un exemple et dites ce que cela prouve sur la nature de l'implication.

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Réponses

  • a) Dérivabilité en 00 manquante : pas de cc
  • b) g(x)=xg(x)=x sur [0,1[[0,1[, g(1)=0g(1)=0
  • c) h(x)=xh(x)=x : h(0)h(1)h(0)\neq h(1)
  • d) mm non définie en 00 ; mm' jamais nulle
  • e) Oui : x2x^{2} sur [2,1][-2,1]

a) f(x)=xf(x)=|x| est continue sur [1 ; 1][-1\ ;\ 1] ✓ et f(1)=f(1)=1f(-1)=f(1)=1 ✓. En revanche elle n'est PAS dérivable en 0, qui est à l'intérieur de l'intervalle : la deuxième hypothèse tombe. Et la conclusion tombe avec elle, car f(x)f'(x) vaut 1-1 à gauche de 0 et +1+1 à droite, sans jamais valoir 0. Le coin visible sur la figure est exactement l'endroit où la tangente horizontale aurait dû se trouver : la fonction change de sens sans passer par une pente nulle.

b) Prenons gg définie sur [0 ; 1][0\ ;\ 1] par g(x)=xg(x)=x si x<1x<1 et g(1)=0g(1)=0. Alors g(0)=g(1)=0g(0)=g(1)=0 ✓, gg est dérivable sur ]0 ; 1[\left]0\ ;\ 1\right[ ✓ avec g=1g'=1, mais elle n'est pas continue en 1. La conclusion échoue puisque gg' vaut 1 partout où elle existe. La fonction remonte à 0 par un SAUT, et un saut ne coûte aucune pente nulle.

c) La fonction h(x)=xh(x)=x sur [0 ; 1][0\ ;\ 1] suffit : continue ✓, dérivable ✓, mais h(0)=01=h(1)h(0)=0\neq 1=h(1). Sa dérivée vaut 1 partout et ne s'annule jamais. C'est le contre-exemple le plus économique du chapitre, et il montre que la troisième hypothèse est celle qui porte toute la force du théorème : sans elle, il ne reste rien.

d) m(x)=1x2m(x)=\frac{1}{x^{2}} vérifie bien m(1)=m(1)=1m(-1)=m(1)=1, l'hypothèse d'égalité aux bornes est donc satisfaite, ce qui rend le piège crédible. Mais mm n'est pas définie en 0, donc ni continue ni dérivable sur l'intervalle. Et m(x)=2x3m'(x)=-\frac{2}{x^{3}} ne s'annule jamais : la conclusion est fausse. C'est le contre-exemple le plus instructif des trois, parce qu'il satisfait l'hypothèse la plus visible et échoue sur celle qu'on oublie de vérifier.

e) Oui, et c'est instructif. La fonction p(x)=x2p(x)=x^{2} sur [2 ; 1][-2\ ;\ 1] n'a pas p(2)=p(1)p(-2)=p(1), puisque 414\neq 1 : les hypothèses ne sont pas réunies. Pourtant p(0)=0p'(0)=0 avec 0 à l'intérieur de l'intervalle : la conclusion est vraie. Cela prouve que l'implication de Rolle va dans UN SEUL SENS. Les hypothèses sont suffisantes, elles ne sont pas nécessaires, et l'on ne peut donc jamais conclure « la conclusion est fausse, donc les hypothèses le sont » à partir d'un seul exemple.

Exercice 3 : Le théorème des accroissements finis : la moyenne devient instantanée

Rolle est le cas particulier où la corde est horizontale. Le théorème des accroissements finis, ou théorème de Lagrange, dit la même chose pour une corde quelconque : la pente moyenne est atteinte au moins une fois comme pente instantanée.

0.511.522.533.544.550.511.522.53c = 2,25corde : pente 1/3tangente parallèle en c
  • a) Énoncez le théorème des accroissements finis et donnez son interprétation géométrique en une phrase.
  • b) La figure montre f(x)=xf(x)=\sqrt{x} sur [1 ; 4][1\ ;\ 4]. Calculez la pente de la corde, puis trouvez le cc annoncé par le théorème.
  • c) Appliquez le théorème à g(x)=x33xg(x)=x^{3}-3x sur [0 ; 3][0\ ;\ 3] et trouvez toutes les valeurs de cc.
  • d) Donnez l'interprétation CINÉMATIQUE du théorème, en remplaçant ff par une position et xx par le temps.
  • e) Sur h(x)=x3h(x)=x^{3} et l'intervalle [1 ; 1][-1\ ;\ 1], la corde a pour pente 1. Trouvez cc, et expliquez pourquoi il y en a deux alors que la fonction est strictement croissante.

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Réponses

  • a) f(c)=f(b)f(a)baf'(c)=\frac{f(b)-f(a)}{b-a} : tangente parallèle à la corde
  • b) Pente 13\frac{1}{3} ; c=2,25c=2{,}25
  • c) c=3c=\sqrt{3}
  • d) Vitesse instantanée égale à la vitesse moyenne
  • e) c=±13c=\pm\frac{1}{\sqrt{3}}

a) Si ff est continue sur [a ; b][a\ ;\ b] et dérivable sur ]a ; b[\left]a\ ;\ b\right[, alors il existe au moins un cc dans ]a ; b[\left]a\ ;\ b\right[ tel que f(c)=f(b)f(a)baf'(c)=\frac{f(b)-f(a)}{b-a}. Géométriquement : il existe au moins un point de la courbe où la TANGENTE est parallèle à la CORDE joignant les deux extrémités. Quand f(a)=f(b)f(a)=f(b), la corde est horizontale et l'on retrouve exactement Rolle.

b) Pente de la corde : f(4)f(1)41=213=13\frac{f(4)-f(1)}{4-1}=\frac{2-1}{3}=\frac{1}{3}. On résout f(c)=12c=13f'(c)=\frac{1}{2\sqrt{c}}=\frac{1}{3}, donc 2c=32\sqrt{c}=3, c=1,5\sqrt{c}=1{,}5 et c=2,25c=2{,}25. Ce point est marqué sur la figure, avec sa tangente en pointillés, visiblement parallèle à la corde. Remarquez que c=2,25c=2{,}25 n'est pas le milieu de [1 ; 4][1\ ;\ 4], qui vaut 2,5 : le point promis n'a aucune raison d'être au centre, sauf pour une parabole.

c) g(3)g(0)30=(279)03=6\frac{g(3)-g(0)}{3-0}=\frac{(27-9)-0}{3}=6. On résout 3c23=63c^{2}-3=6, donc c2=3c^{2}=3 et c=±3c=\pm\sqrt{3}. Seul c=31,732c=\sqrt{3}\approx 1{,}732 appartient à ]0 ; 3[\left]0\ ;\ 3\right[ ; la valeur 3-\sqrt{3} est rejetée. C'est la vérification qu'on oublie le plus souvent : le théorème promet un point DANS l'intervalle ouvert, et une solution de l'équation qui tombe en dehors ne compte pas.

d) Si f(t)f(t) est la position d'un mobile et tt le temps, alors f(b)f(a)ba\frac{f(b)-f(a)}{b-a} est sa VITESSE MOYENNE sur le trajet, et f(c)f'(c) sa vitesse INSTANTANÉE à l'instant cc. Le théorème dit donc : sur tout trajet, il existe au moins un instant où la vitesse instantanée est exactement égale à la vitesse moyenne. C'est le fondement du radar tronçon, qu'on exploitera à l'exercice 9.

e) h(1)h(1)1(1)=1(1)2=1\frac{h(1)-h(-1)}{1-(-1)}=\frac{1-(-1)}{2}=1. On résout 3c2=13c^{2}=1, donc c=±13±0,577c=\pm\frac{1}{\sqrt{3}}\approx\pm 0{,}577, et les deux valeurs sont dans ]1 ; 1[\left]-1\ ;\ 1\right[. Il n'y a aucune contradiction avec la stricte croissance : celle-ci impose h0h'\geq 0, pas que hh' prenne chaque valeur une seule fois. Ici h(x)=3x2h'(x)=3x^{2} est une parabole, donc elle atteint la valeur 1 deux fois, une fois de chaque côté de son minimum. Le théorème compte les points où la PENTE vaut une valeur donnée, pas les points où la fonction la vaut.

Exercice 4 : De Rolle à Lagrange : la fonction auxiliaire

Les deux théorèmes n'en font qu'un. Pour passer du premier au second, on soustrait la corde et l'on se ramène au cas horizontal. C'est un geste de démonstration qui resservira toute l'année.

  • a) On pose g(x)=f(x)[f(a)+f(b)f(a)ba(xa)]g(x)=f(x)-\left[f(a)+\frac{f(b)-f(a)}{b-a}(x-a)\right]. Interprétez géométriquement la quantité g(x)g(x).
  • b) Vérifiez que gg satisfait les trois hypothèses de Rolle sur [a ; b][a\ ;\ b].
  • c) Appliquez Rolle à gg et concluez la démonstration du théorème des accroissements finis.
  • d) Illustrez la construction sur f(x)=x2f(x)=x^{2}, a=1a=1, b=3b=3 : écrivez gg, trouvez son maximum ou son minimum, et vérifiez que le cc obtenu est bien celui du théorème.
  • e) Pourquoi cette démonstration ne donne-t-elle AUCUN moyen de calculer cc ?

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Réponses

  • a) Écart vertical entre la courbe et la corde
  • b) g(a)=g(b)=0g(a)=g(b)=0
  • c) g(c)=0g'(c)=0 donne f(c)=f(b)f(a)baf'(c)=\frac{f(b)-f(a)}{b-a}
  • d) g(x)=x24x+3g(x)=x^{2}-4x+3 ; c=2c=2
  • e) Arguments d'existence seulement

a) Le crochet est l'équation de la CORDE joignant les points d'abscisses aa et bb. Donc g(x)g(x) est l'écart vertical, compté algébriquement, entre la courbe et sa corde. On a fabriqué une nouvelle fonction qui mesure « de combien la courbe s'écarte de la ligne droite », et c'est cet écart qu'on va soumettre à Rolle.

b) gg est continue sur [a ; b][a\ ;\ b] et dérivable sur ]a ; b[\left]a\ ;\ b\right[ comme différence de ff, qui l'est par hypothèse, et d'une fonction affine, qui l'est toujours. Aux bornes : g(a)=f(a)f(a)=0g(a)=f(a)-f(a)=0, et g(b)=f(b)[f(a)+f(b)f(a)ba(ba)]=f(b)f(b)=0g(b)=f(b)-\left[f(a)+\frac{f(b)-f(a)}{b-a}(b-a)\right]=f(b)-f(b)=0. Donc g(a)=g(b)=0g(a)=g(b)=0 ✓. Les trois hypothèses sont réunies, et c'est bien parce qu'on a soustrait exactement la corde que les deux valeurs sont devenues égales.

c) Rolle donne un cc dans ]a ; b[\left]a\ ;\ b\right[ avec g(c)=0g'(c)=0. Or g(x)=f(x)f(b)f(a)bag'(x)=f'(x)-\frac{f(b)-f(a)}{b-a}, la dérivée de la partie affine étant sa pente, constante. Donc g(c)=0g'(c)=0 s'écrit f(c)=f(b)f(a)baf'(c)=\frac{f(b)-f(a)}{b-a}, ce qui est exactement la conclusion cherchée. Le théorème des accroissements finis n'est donc pas un théorème de plus : c'est Rolle vu dans un repère incliné.

d) f(3)=9f(3)=9, f(1)=1f(1)=1, la pente de la corde vaut 912=4\frac{9-1}{2}=4, et la corde est y=1+4(x1)=4x3y=1+4(x-1)=4x-3. Donc g(x)=x24x+3g(x)=x^{2}-4x+3, qui est la parabole de l'exercice 1 question d. Elle s'annule en 1 et en 3 ✓, et son extremum est en c=2c=2, où g(2)=1g(2)=-1 : l'écart maximal entre la courbe et sa corde vaut 1, atteint au milieu. Contrôle final : f(2)=4f'(2)=4, qui est bien la pente de la corde ✓.

e) Parce que Rolle lui-même ne donne aucun moyen de calculer son point : sa démonstration repose sur le théorème des bornes atteintes, qui affirme qu'une fonction continue sur un fermé borné atteint son maximum, sans dire où. Toute la chaîne est donc constituée d'arguments d'EXISTENCE. Dans les exercices on trouve cc en résolvant une équation, mais c'est un travail supplémentaire, propre à la fonction choisie, et il échoue dès que l'équation f(c)=kf'(c)=k n'est pas résoluble à la main. Le théorème reste vrai dans ce cas, et c'est précisément ce qui fait sa valeur.

Exercice 5 : Les deux conséquences qui servent toute l'année

Le théorème des accroissements finis est surtout un outil de DÉMONSTRATION. Deux de ses conséquences reviendront à chaque chapitre : une dérivée nulle caractérise les constantes, et deux fonctions de même dérivée ne diffèrent que d'une constante.

  • a) Démontrez que si f(x)=0f'(x)=0 sur tout un INTERVALLE, alors ff y est constante.
  • b) Déduisez-en que si f=gf'=g' sur un intervalle, alors fgf-g est constante. Quel chapitre à venir repose entièrement sur cet énoncé ?
  • c) L'hypothèse « sur un intervalle » est-elle indispensable ? Donnez un contre-exemple sur un domaine formé de deux morceaux.
  • d) Démontrez que arctanx+arctan(1x)\arctan x+\arctan\left(\frac{1}{x}\right) est constante sur ]0 ; +[\left]0\ ;\ +\infty\right[, puis identifiez la constante.
  • e) Cette expression vaut-elle la même constante sur ] ; 0[\left]-\infty\ ;\ 0\right[ ? Reliez votre réponse à la question c.

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a)
b)
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d)
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Réponses

  • a) Lagrange : f(x2)=f(x1)f(x_{2})=f(x_{1})
  • b) fgf-g constante : les primitives
  • c) xx\frac{|x|}{x} sur R\mathbb{R}^{*}
  • d) π2\frac{\pi}{2}
  • e) π2-\frac{\pi}{2} sur ],0[]-\infty,0[

a) Soient x1<x2x_{1}<x_{2} deux points de l'intervalle. Sur [x1 ; x2][x_{1}\ ;\ x_{2}], ff est continue et dérivable, donc le théorème des accroissements finis donne un cc tel que f(x2)f(x1)=f(c)(x2x1)f(x_{2})-f(x_{1})=f'(c)(x_{2}-x_{1}). Comme f(c)=0f'(c)=0 par hypothèse, on obtient f(x2)=f(x1)f(x_{2})=f(x_{1}). Les deux points étant quelconques, ff prend la même valeur partout : elle est constante. Remarquez que ce résultat, qui a l'air évident, n'a AUCUNE démonstration élémentaire sans le théorème.

b) On applique a à la fonction h=fgh=f-g, dont la dérivée h=fgh'=f'-g' est nulle sur l'intervalle : hh est donc constante, c'est-à-dire f=g+kf=g+k. C'est le fondement du chapitre des PRIMITIVES : deux primitives d'une même fonction sur un intervalle diffèrent d'une constante, et c'est pourquoi on écrit toujours « plus CC ». Sans ce théorème, rien ne garantirait qu'on les a toutes trouvées.

c) Elle est indispensable. Prenons f(x)=xxf(x)=\frac{|x|}{x} sur R\mathbb{R}^{*}, qui vaut 1-1 pour x<0x<0 et +1+1 pour x>0x>0. Sa dérivée est nulle en tout point de son domaine, et pourtant ff n'est pas constante. La raison est que R\mathbb{R}^{*} n'est pas un intervalle : entre un point négatif et un point positif, on ne peut pas appliquer le théorème des accroissements finis, puisque la fonction n'est pas définie en 0. C'est aussi pourquoi la primitive de 1x\frac{1}{x} s'écrit lnx+C\ln|x|+C avec une constante qui peut DIFFÉRER sur les deux demi-droites.

d) Posons F(x)=arctanx+arctan(1x)F(x)=\arctan x+\arctan\left(\frac{1}{x}\right). Alors F(x)=11+x2+1x21+1x2=11+x21x2+1=0F'(x)=\frac{1}{1+x^{2}}+\frac{-\frac{1}{x^{2}}}{1+\frac{1}{x^{2}}}=\frac{1}{1+x^{2}}-\frac{1}{x^{2}+1}=0 pour tout x>0x>0, après avoir multiplié haut et bas par x2x^{2} dans le second terme. Comme ]0 ; +[\left]0\ ;\ +\infty\right[ est un intervalle, FF y est constante, et l'on identifie la constante en un point commode : F(1)=π4+π4=π2F(1)=\frac{\pi}{4}+\frac{\pi}{4}=\frac{\pi}{2}. Donc F(x)=π2F(x)=\frac{\pi}{2} pour tout x>0x>0. Contrôle en x=3x=3 : arctan31,2490\arctan 3\approx 1{,}2490 et arctan(13)0,3217\arctan\left(\frac{1}{3}\right)\approx 0{,}3217, de somme 1,5708π21{,}5708\approx\frac{\pi}{2} ✓.

e) Non : sur ] ; 0[\left]-\infty\ ;\ 0\right[ le calcul de FF' est identique et donne encore 0, donc FF y est constante aussi, mais rien n'oblige les deux constantes à coïncider. On l'évalue en x=1x=-1 : F(1)=π4π4=π2F(-1)=-\frac{\pi}{4}-\frac{\pi}{4}=-\frac{\pi}{2}. Les deux constantes sont opposées. C'est exactement la situation de la question c : le domaine R\mathbb{R}^{*} est fait de DEUX intervalles, et le théorème ne se transporte pas de l'un à l'autre. Conclure « FF est constante sur son domaine » serait faux, et c'est l'erreur que l'énoncé cherchait à provoquer.

Partie B : problèmes et raisonnement (/50)

Exercice 6 : L'inégalité des accroissements finis et les encadrements numériques

En remplaçant l'égalité du théorème par un encadrement de la dérivée, on obtient un outil de calcul : une valeur numérique encadrée sans machine, avec une garantie sur l'erreur.

  • a) Démontrez que si mf(x)Mm\leq f'(x)\leq M sur [a ; b][a\ ;\ b], alors m(ba)f(b)f(a)M(ba)m(b-a)\leq f(b)-f(a)\leq M(b-a).
  • b) Encadrez 101\sqrt{101} en appliquant l'inégalité à f(x)=xf(x)=\sqrt{x} sur [100 ; 101][100\ ;\ 101]. Comparez à la valeur exacte.
  • c) Encadrez ln(1,1)\ln(1{,}1) par la même méthode sur [1 ; 1,1][1\ ;\ 1{,}1].
  • d) Démontrez que sinasinbab\left|\sin a-\sin b\right|\leq\left|a-b\right| pour tous réels aa et bb, puis majorez sin(2,01)sin2\left|\sin(2{,}01)-\sin 2\right|.
  • e) Pourquoi cette méthode donne-t-elle une garantie que trois décimales lues sur une calculatrice ne donnent pas ?

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c)
d)
e)
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Réponses

  • a) m(ba)f(b)f(a)M(ba)m(b-a)\le f(b)-f(a)\le M(b-a)
  • b) 10,04975110110,0510{,}049751\le\sqrt{101}\le 10{,}05
  • c) 0,090909ln(1,1)0,10{,}090909\le\ln(1{,}1)\le 0{,}1
  • d) sin(2,01)sin20,01|\sin(2{,}01)-\sin 2|\le 0{,}01
  • e) Un encadrement démontré

a) Le théorème des accroissements finis donne un cc dans ]a ; b[\left]a\ ;\ b\right[ avec f(b)f(a)=f(c)(ba)f(b)-f(a)=f'(c)(b-a). Comme ba>0b-a>0 et que mf(c)Mm\leq f'(c)\leq M, on multiplie l'encadrement par le nombre positif bab-a sans changer le sens : m(ba)f(c)(ba)M(ba)m(b-a)\leq f'(c)(b-a)\leq M(b-a), c'est-à-dire l'encadrement voulu. Le point cc, dont on ignore tout, a disparu du résultat final : c'est là toute l'astuce.

b) f(x)=12xf'(x)=\frac{1}{2\sqrt{x}} est DÉCROISSANTE, donc sur [100 ; 101][100\ ;\ 101] elle est comprise entre 12101\frac{1}{2\sqrt{101}} et 12100=0,05\frac{1}{2\sqrt{100}}=0{,}05. On peut minorer grossièrement par 12101>12×10,050,049751\frac{1}{2\sqrt{101}}>\frac{1}{2\times 10{,}05}\approx 0{,}049751. Avec ba=1b-a=1 : 0,049751101100,050{,}049751\leq\sqrt{101}-10\leq 0{,}05, donc 10,04975110110,0510{,}049751\leq\sqrt{101}\leq 10{,}05. La valeur exacte est 10,049875610{,}0498756, bien dans l'encadrement, dont l'amplitude vaut seulement 2,5×1042{,}5\times 10^{-4}.

c) f(x)=lnxf(x)=\ln x, f(x)=1xf'(x)=\frac{1}{x}, décroissante, donc sur [1 ; 1,1][1\ ;\ 1{,}1] elle est entre 11,10,90909\frac{1}{1{,}1}\approx 0{,}90909 et 1. Avec ba=0,1b-a=0{,}1 : 0,090909ln(1,1)ln10,10{,}090909\leq\ln(1{,}1)-\ln 1\leq 0{,}1, et comme ln1=0\ln 1=0, on obtient 0,090909ln(1,1)0,10{,}090909\leq\ln(1{,}1)\leq 0{,}1. La valeur exacte est 0,09531020{,}0953102 ✓. On remarque qu'elle est presque au milieu de l'encadrement, ce qui suggère la meilleure estimation 0,09540{,}0954, à moins de deux dix-millièmes du vrai.

d) (sin)(x)=cosx1\left|(\sin)'(x)\right|=\left|\cos x\right|\leq 1 pour tout xx, donc l'inégalité des accroissements finis avec M=1M=1 donne sinasinb1×ab\left|\sin a-\sin b\right|\leq 1\times\left|a-b\right|. Le sinus est ce qu'on appelle 1-lipschitzien : il ne peut jamais amplifier un écart. Application : sin(2,01)sin20,01\left|\sin(2{,}01)-\sin 2\right|\leq 0{,}01. La valeur réelle vaut environ 0,004160{,}00416, l'inégalité est donc vraie mais généreuse, ce qui est le prix d'une majoration valable pour TOUS les couples de points.

e) Parce qu'une calculatrice affiche un nombre sans dire à quelle distance de la vérité il se trouve, alors que la méthode produit deux nombres entre lesquels la vraie valeur est DÉMONTRÉE se trouver. La différence compte dès qu'on doit certifier un résultat : en analyse numérique, en physique expérimentale, ou simplement quand on veut prouver une inégalité stricte. Un encadrement de largeur 2,5×1042{,}5\times 10^{-4} prouve par exemple que 101<10,05\sqrt{101}<10{,}05, ce qu'aucun affichage arrondi ne prouve à lui seul.

Exercice 7 : Existence puis unicité : deux théorèmes pour une seule racine

Prouver qu'une équation a exactement une solution demande deux arguments différents, et beaucoup de copies n'en donnent qu'un. Le théorème des valeurs intermédiaires fournit l'existence, Rolle fournit l'unicité.

-1-0.50.511.522.5-10-8-6-4-224681012f′ = 3x² + 3 ≥ 3racine unique entre 1 et 2
  • a) Soit f(x)=x3+3x5f(x)=x^{3}+3x-5. Montrez que l'équation f(x)=0f(x)=0 admet au moins une solution dans ]1 ; 2[\left]1\ ;\ 2\right[.
  • b) Montrez qu'elle en admet au plus une, en raisonnant par l'absurde avec le théorème de Rolle.
  • c) Concluez, puis localisez la racine à 10210^{-2} près.
  • d) Reprenez le raisonnement avec g(x)=x33x+1g(x)=x^{3}-3x+1 sur R\mathbb{R} : combien de racines, et pourquoi l'argument d'unicité tombe-t-il ?
  • e) Quelle est la différence de nature entre l'argument d'existence et l'argument d'unicité ?

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Réponses

  • a) f(1)=1f(1)=-1, f(2)=9f(2)=9 : au moins une racine
  • b) f(x)=3x2+33f'(x)=3x^{2}+3\ge 3 : au plus une
  • c) Une seule racine, r1,15r\approx 1{,}15
  • d) Trois racines ; gg' s'annule en ±1\pm 1
  • e) Existence : continuité ; unicité : dérivée

a) ff est un polynôme, donc continue sur [1 ; 2][1\ ;\ 2]. On calcule f(1)=1+35=1f(1)=1+3-5=-1 et f(2)=8+65=9f(2)=8+6-5=9. Les deux valeurs sont de SIGNES CONTRAIRES, donc le théorème des valeurs intermédiaires garantit l'existence d'au moins un xx dans ]1 ; 2[\left]1\ ;\ 2\right[ tel que f(x)=0f(x)=0. Les deux points sont marqués sur la figure, de part et d'autre de l'axe.

b) Supposons qu'il existe deux racines distinctes r1<r2r_{1}<r_{2}. Alors f(r1)=f(r2)=0f(r_{1})=f(r_{2})=0, et ff étant continue sur [r1 ; r2][r_{1}\ ;\ r_{2}] et dérivable sur l'ouvert, le théorème de Rolle donne un cc entre les deux avec f(c)=0f'(c)=0. Or f(x)=3x2+33f'(x)=3x^{2}+3\geq 3 pour tout xx : elle ne s'annule JAMAIS. Contradiction. Il ne peut donc pas y avoir deux racines.

c) Existence plus unicité : l'équation admet exactement une solution. Pour la localiser, on évalue : f(1,15)=1,520875+3,455=0,029125f(1{,}15)=1{,}520875+3{,}45-5=-0{,}029125 et f(1,16)=1,560896+3,485=0,040896f(1{,}16)=1{,}560896+3{,}48-5=0{,}040896. Le changement de signe place la racine dans ]1,15 ; 1,16[\left]1{,}15\ ;\ 1{,}16\right[, donc r1,15r\approx 1{,}15 à 10210^{-2} près ; un pas de plus donnerait r1,154r\approx 1{,}154. Notez la séparation des rôles : les théorèmes ont prouvé qu'un unique nombre existe, le calcul numérique dit où il est. Aucun des deux ne remplace l'autre.

d) g(2)=8+6+1=1g(-2)=-8+6+1=-1, g(0)=1g(0)=1, g(1)=1g(1)=-1 et g(2)=3g(2)=3 : trois changements de signe, donc au moins trois racines par le théorème des valeurs intermédiaires. L'argument d'unicité tombe parce que g(x)=3x23g'(x)=3x^{2}-3 s'annule en x=±1x=\pm 1 : Rolle ne fournit plus de contradiction. Un polynôme de degré 3 ayant au plus trois racines, il en a donc exactement trois. C'est le contraste qui rend la méthode claire : c'est la stricte monotonie, lue sur le signe de la dérivée, qui interdit une seconde racine, pas la forme de l'équation.

e) L'argument d'existence est de nature TOPOLOGIQUE : il repose sur la continuité, sur le fait qu'une courbe ne peut pas passer d'un côté à l'autre de l'axe sans le toucher. L'argument d'unicité est de nature DIFFÉRENTIELLE : il repose sur le signe de la dérivée, donc sur la monotonie. Une fonction peut être continue sans être dérivable, et l'on obtient alors l'existence sans pouvoir rien dire de l'unicité. Les deux propriétés sont indépendantes, et c'est pourquoi une rédaction complète doit les traiter séparément.

Exercice 8 : Cinq affirmations à corriger

Chacune des cinq affirmations suivantes est FAUSSE. Dites pourquoi et donnez l'énoncé correct.

  • 1) « Le théorème de Rolle donne le point cc où la tangente est horizontale. »
  • 2) « Si ff est continue sur [a ; b][a\ ;\ b] et si f(a)=f(b)f(a)=f(b), alors il existe cc avec f(c)=0f'(c)=0. »
  • 3) « Le cc du théorème des accroissements finis est le milieu de l'intervalle. »
  • 4) « Si f(x)=0f'(x)=0 sur tout le domaine de ff, alors ff est constante. »
  • 5) « Le théorème des accroissements finis ne s'applique pas à f(x)=1x2f(x)=\sqrt{1-x^{2}} sur [1 ; 1][-1\ ;\ 1], puisque ff' n'existe pas aux bornes. »

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1)
2)
3)
4)
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Réponses

  • 1) Existence, pas la valeur
  • 2) Il manque la dérivabilité
  • 3) c=2,25c=2{,}25, pas le milieu
  • 4) Il faut un intervalle
  • 5) S'applique : c=0c=0

1) FAUX. Il en garantit l'EXISTENCE, il ne le donne pas. Sa démonstration passe par le théorème des bornes atteintes, qui affirme qu'un maximum est atteint sans dire où. Dans un exercice, on trouve cc en résolvant f(c)=0f'(c)=0, mais c'est un travail supplémentaire propre à la fonction, et il échoue dès que l'équation n'est pas résoluble à la main, sans que le théorème cesse d'être vrai pour autant.

2) FAUX. Il manque l'hypothèse de DÉRIVABILITÉ sur ]a ; b[\left]a\ ;\ b\right[, qui est justement celle que le contre-exemple f(x)=xf(x)=|x| sur [1 ; 1][-1\ ;\ 1] met en défaut : la fonction est continue, elle vérifie f(1)=f(1)=1f(-1)=f(1)=1, et sa dérivée vaut ±1\pm 1 sans jamais s'annuler. L'énoncé correct exige les trois hypothèses ensemble.

3) FAUX. Il n'a aucune raison de l'être. Sur f(x)=xf(x)=\sqrt{x} et [1 ; 4][1\ ;\ 4], le théorème donne c=2,25c=2{,}25 alors que le milieu vaut 2,5. Le milieu est la bonne réponse dans un seul cas, celui d'une fonction du second degré, parce que sa dérivée est affine. Généraliser à partir de la parabole est l'erreur classique du chapitre.

4) FAUX. L'hypothèse doit porter sur un INTERVALLE, pas sur un domaine quelconque. La fonction f(x)=xxf(x)=\frac{|x|}{x} a une dérivée nulle en tout point de R\mathbb{R}^{*} et prend pourtant les deux valeurs 1-1 et +1+1. La raison est qu'on ne peut pas relier un point négatif à un point positif sans sortir du domaine, donc sans que le théorème des accroissements finis puisse s'appliquer. C'est aussi pourquoi une primitive de 1x\frac{1}{x} admet deux constantes indépendantes.

5) FAUX, et c'est exactement le cas que la formulation du théorème a été écrite pour couvrir. La continuité est exigée sur l'intervalle FERMÉ [1 ; 1][-1\ ;\ 1], où ff est bien continue, mais la dérivabilité seulement sur l'intervalle OUVERT ]1 ; 1[\left]-1\ ;\ 1\right[, où elle est acquise. Le théorème s'applique donc, et il donne ici f(c)=f(1)f(1)2=0f'(c)=\frac{f(1)-f(-1)}{2}=0, soit c=0c=0 : le sommet du demi-cercle. Confondre les deux intervalles fait rejeter des applications parfaitement légitimes.

Exercice 9 : Problème : le radar tronçon et la preuve mathématique d'un excès

Un radar tronçon ne mesure aucune vitesse instantanée : il mesure deux temps de passage. C'est le théorème des accroissements finis qui transforme cette mesure en preuve, et c'est pour cela que la contravention est juridiquement défendable.

246810124812162024distance (km)t (min)corde : 20 km en 10 min, soit 120 km/htangente parallèle à la corde en t = 5 min
  • a) Un véhicule parcourt les 20 kilomètres séparant deux portiques en 10 minutes exactement. Calculez sa vitesse moyenne en kilomètres par heure.
  • b) La limite est de 100 kilomètres par heure. Démontrez rigoureusement qu'il y a eu excès de vitesse, en nommant le théorème et en vérifiant ses hypothèses.
  • c) Peut-on dire à quel INSTANT l'excès a eu lieu, ni combien de temps il a duré ? Justifiez à l'aide de la figure.
  • d) Une voiture passe de 0 à 100 kilomètres par heure en 5 secondes. Démontrez qu'à un instant au moins son accélération a valu au moins 5,565{,}56 mètres par seconde carrée. Quel est le rapport avec la pesanteur, 9,819{,}81 mètres par seconde carrée ?
  • e) Un avocat plaide que le véhicule a pu s'arrêter puis rouler très vite, et que la vitesse moyenne ne prouve donc rien. Répondez.

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  • a) 120120 km/h
  • b) Accroissements finis : d(c)=120d'(c)=120
  • c) Non : existence seulement
  • d) 5,565{,}56 m/s², environ 0,57g0{,}57g
  • e) Un arrêt augmente la vitesse maximale

a) 20 kilomètres en 10 minutes, soit en 16\frac{1}{6} d'heure : la vitesse moyenne vaut 201/6=120\frac{20}{1/6}=120 kilomètres par heure. C'est la pente de la corde tracée sur la figure, entre le point de départ et le point d'arrivée.

b) Soit d(t)d(t) la distance parcourue à l'instant tt. La position d'un véhicule est une fonction continue du temps, et elle est dérivable, sa dérivée étant la vitesse instantanée : les deux hypothèses du théorème des accroissements finis sont satisfaites sur l'intervalle de parcours. Le théorème donne donc un instant cc tel que d(c)=d(t2)d(t1)t2t1=120d'(c)=\frac{d(t_{2})-d(t_{1})}{t_{2}-t_{1}}=120 kilomètres par heure. À cet instant, la vitesse instantanée valait exactement 120, donc plus que 100 : l'excès est démontré, pas seulement probable.

c) Non, et c'est la limite exacte de l'argument. Le théorème est un énoncé d'existence : il affirme qu'un tel instant existe, sans le localiser ni dire combien il y en a. Sur la figure, la tangente parallèle à la corde est atteinte au milieu du parcours, mais une autre trajectoire ayant les mêmes extrémités l'atteindrait ailleurs, et une trajectoire irrégulière pourrait l'atteindre en plusieurs instants. La preuve porte sur le FAIT de l'excès, jamais sur sa durée.

d) On convertit : 100 kilomètres par heure valent 100000360027,778\frac{100\,000}{3600}\approx 27{,}778 mètres par seconde. La vitesse v(t)v(t) est continue et dérivable, sa dérivée étant l'accélération. Le théorème des accroissements finis appliqué à vv sur [0 ; 5][0\ ;\ 5] donne un instant ccv(c)=27,778055,556v'(c)=\frac{27{,}778-0}{5}\approx 5{,}556 mètres par seconde carrée. C'est environ 0,5660{,}566 fois l'accélération de la pesanteur, ce que les essais automobiles notent 0,57 g : la valeur est cohérente avec ce qu'annoncent les constructeurs, et elle a été obtenue sans aucune mesure d'accélération.

e) L'objection se retourne contre elle-même. Si le véhicule s'est arrêté, alors il a passé moins de temps en mouvement pour couvrir la même distance, donc sa vitesse pendant les phases roulantes a été ENCORE plus élevée que 120. Le théorème ne fait aucune hypothèse sur la régularité du trajet, seulement sur la continuité de la position et sur l'existence d'une vitesse : deux propriétés qu'aucun scénario physique ne met en défaut. Une trajectoire irrégulière augmente le maximum de vitesse, elle ne peut pas le diminuer en dessous de la moyenne.

Exercice 10 : Problème : démontrer des inégalités sans étudier de fonction

La méthode habituelle pour prouver une inégalité consiste à étudier la différence des deux membres. Le théorème des accroissements finis en donne une autre, souvent plus courte : on encadre la dérivée, et l'inégalité tombe.

  • a) Démontrez que ex1+xe^{x}\geq 1+x pour tout réel xx, en appliquant le théorème sur [0 ; x][0\ ;\ x] puis sur [x ; 0][x\ ;\ 0].
  • b) Démontrez que ln(1+x)<x\ln(1+x)<x pour tout x>0x>0.
  • c) Démontrez l'encadrement x1+x<ln(1+x)<x\frac{x}{1+x}<\ln(1+x)<x pour x>0x>0, et vérifiez-le numériquement en x=0,5x=0{,}5.
  • d) Déduisez de c un encadrement de ln(1,01)\ln(1{,}01), puis comparez à la valeur exacte.
  • e) Quel est l'avantage de cette méthode sur l'étude classique de la fonction différence ?

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Réponses

  • a) ex1=ecxe^{x}-1=e^{c}x : ex1+xe^{x}\ge 1+x
  • b) ln(1+x)=x1+c<x\ln(1+x)=\frac{x}{1+c}<x
  • c) x1+x<ln(1+x)<x\frac{x}{1+x}<\ln(1+x)<x ; 0,3333<0,4055<0,50{,}3333<0{,}4055<0{,}5
  • d) 0,009901<ln(1,01)<0,010{,}009901<\ln(1{,}01)<0{,}01
  • e) Une seule dérivée, aucune étude de variation

a) Posons f(t)=etf(t)=e^{t}. Pour x>0x>0, le théorème sur [0 ; x][0\ ;\ x] donne un cc dans ]0 ; x[\left]0\ ;\ x\right[ avec ex1=ecxe^{x}-1=e^{c}\cdot x. Comme c>0c>0, on a ec>1e^{c}>1, donc ex1>xe^{x}-1>x et ex>1+xe^{x}>1+x. Pour x<0x<0, on applique le théorème sur [x ; 0][x\ ;\ 0] : 1ex=ec(0x)=ecx1-e^{x}=e^{c}(0-x)=-e^{c}x avec c<0c<0, donc ec<1e^{c}<1 et, comme x>0-x>0, on obtient 1ex<x1-e^{x}<-x, soit encore ex>1+xe^{x}>1+x. Enfin l'égalité a lieu en x=0x=0. L'inégalité est donc vraie partout, avec égalité au seul point 0.

b) Posons f(t)=ln(1+t)f(t)=\ln(1+t) sur [0 ; x][0\ ;\ x] avec x>0x>0. Le théorème donne ln(1+x)ln1=11+cx\ln(1+x)-\ln 1=\frac{1}{1+c}\cdot x pour un cc dans ]0 ; x[\left]0\ ;\ x\right[. Comme c>0c>0, on a 1+c>11+c>1 donc 11+c<1\frac{1}{1+c}<1, d'où ln(1+x)<x\ln(1+x)<x. L'inégalité est stricte parce que cc est strictement positif, le théorème donnant un point de l'intervalle OUVERT.

c) Le même cc vérifie aussi c<xc<x, donc 1+c<1+x1+c<1+x et 11+c>11+x\frac{1}{1+c}>\frac{1}{1+x}. En reportant : ln(1+x)=x1+c>x1+x\ln(1+x)=\frac{x}{1+c}>\frac{x}{1+x}. Combiné avec b, cela donne x1+x<ln(1+x)<x\frac{x}{1+x}<\ln(1+x)<x. Les deux bornes sortent du MÊME point cc, simplement encadré des deux côtés : c'est l'économie de la méthode. Vérification en x=0,5x=0{,}5 : 0,51,5=0,33333\frac{0{,}5}{1{,}5}=0{,}33333, ln(1,5)=0,405465\ln(1{,}5)=0{,}405465 et 0,50{,}5 ✓, l'encadrement est correct et pas très serré.

d) Avec x=0,01x=0{,}01 : 0,011,010,00990099\frac{0{,}01}{1{,}01}\approx 0{,}00990099 et la borne haute vaut 0,010{,}01. Donc 0,00990099<ln(1,01)<0,010{,}00990099<\ln(1{,}01)<0{,}01. La valeur exacte est 0,009950330{,}00995033, bien à l'intérieur. L'amplitude de l'encadrement vaut environ 9,9×1059{,}9\times 10^{-5}, soit un pour cent de la valeur : l'encadrement se resserre très vite quand xx diminue, ce qui est le comportement attendu puisque les deux bornes se rejoignent en 0.

e) L'étude classique demande de poser g(x)=xln(1+x)g(x)=x-\ln(1+x), de calculer gg', d'étudier son signe, de dresser un tableau et de repérer un minimum. Ici on n'a dérivé qu'UNE fonction, celle de l'énoncé, et l'on n'a étudié aucune variation : tout le travail se réduit à encadrer 11+c\frac{1}{1+c} en utilisant 0<c<x0<c<x. La méthode est particulièrement efficace quand l'inégalité cherchée A LA FORME d'un quotient d'accroissements, ce qui est le cas de toutes celles de cet exercice. Sur des inégalités polynomiales sans cette structure, l'étude de fonction reste plus directe.

Partie C : les classiques (/50)

Exercice 11 : Compter les racines avec Rolle

Si une fonction dérivable s'annule en deux points, sa dérivée s'annule entre les deux. Retourné, cet énoncé borne le nombre de racines d'une équation par celui de la dérivée. La figure montre le polynôme de la question b).

-112345-30-20-1010minimum en x = 3p(x)
  • a) Démontrez que si ff est dérivable sur R\mathbb{R} et admet kk racines distinctes, alors ff' en admet au moins k1k-1.
  • b) Soit p(x)=x44x3+2p(x)=x^{4}-4x^{3}+2. Étudiez les zéros de pp' et déduisez-en le sens de variation de pp.
  • c) Combien de racines réelles pp admet-il ? Localisez chacune entre deux entiers consécutifs.
  • d) Montrez que l'équation cosx=x2\cos x=x^{2} admet exactement deux solutions, puis donnez la positive au millième.
  • e) Pourquoi un polynôme de degré nn a-t-il au plus nn racines réelles ?

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) ff a au plus une racine de plus que ff'
  • b) p=4x2(x3)p'=4x^{2}(x-3) : décroissante puis croissante
  • c) Deux racines, dans ]0,1[]0,1[ et ]3,4[]3,4[
  • d) Deux solutions, ±0,824\pm 0{,}824
  • e) Récurrence sur le degré

a) Rangeons les racines r1<r2<<rkr_{1}<r_{2}<\dots<r_{k}. Sur chaque [ri;ri+1][r_{i}\,;r_{i+1}], ff est continue, dérivable, et f(ri)=f(ri+1)=0f(r_{i})=f(r_{i+1})=0 : Rolle donne un cic_{i} dans ]ri;ri+1[]r_{i}\,;r_{i+1}[ avec f(ci)=0f'(c_{i})=0. Les k1k-1 intervalles ouverts sont disjoints, donc les cic_{i} sont distincts : ff' a au moins k1k-1 racines. Par contraposée : si ff' a mm racines, ff en a au plus m+1m+1.

b) p(x)=4x312x2=4x2(x3)p'(x)=4x^{3}-12x^{2}=4x^{2}(x-3), nulle en x=0x=0 et x=3x=3. Le facteur x2x^{2} ne change pas de signe : p<0p'<0 pour x<3x<3, sauf en 00, et p>0p'>0 pour x>3x>3. pp est donc strictement décroissante sur ];3]]-\infty\,;3] et strictement croissante sur [3;+[[3\,;+\infty[. La tangente horizontale en 00 n'est pas un extremum.

c) Le seul extremum est le minimum p(3)=81108+2=25<0p(3)=81-108+2=-25<0, et p+p\to+\infty des deux côtés. Une fonction strictement monotone s'annule au plus une fois sur chaque morceau : exactement deux racines. p(0)=2>0p(0)=2>0 et p(1)=1<0p(1)=-1<0 : une racine dans ]0;1[]0\,;1[. p(3)=25<0p(3)=-25<0 et p(4)=2>0p(4)=2>0 : une racine dans ]3;4[]3\,;4[. Le critère de a) seul, deux zéros de pp', n'autorisait que trois racines au plus : la monotonie affine la réponse.

d) Posons h(x)=cosxx2h(x)=\cos x-x^{2}, paire. h(x)=sinx2xh'(x)=-\sin x-2x. Pour x>0x>0, sinx<x<2x\sin x<x<2x donne h(x)<0h'(x)<0 ; par parité h(x)>0h'(x)>0 pour x<0x<0. hh croît puis décroît, avec un maximum h(0)=1>0h(0)=1>0, et h(x)1x2h(x)\le 1-x^{2}\to-\infty : exactement une racine de chaque côté, deux en tout, opposées. h(0,82)0,0098h(0{,}82)\approx 0{,}0098 et h(0,83)0,0140h(0{,}83)\approx-0{,}0140 : la racine positive vaut x0,824x\approx 0{,}824.

e) Par récurrence sur le degré. Un polynôme de degré 11 a une racine. Si tout polynôme de degré n1n-1 a au plus n1n-1 racines, un polynôme PP de degré nn a une dérivée de degré n1n-1, donc au plus n1n-1 racines, et par a) PP en a au plus nn.

Exercice 12 : Rolle deux fois : la dérivée seconde d'une fonction qui s'annule trois fois

On applique maintenant Rolle à la dérivée elle-même.

  • a) Démontrez que si ff est deux fois dérivable et s'annule en trois points a<b<ca<b<c, alors ff'' s'annule au moins une fois dans ]a;c[]a\,;c[.
  • b) Vérifiez sur f(x)=(x1)(x2)(x3)f(x)=(x-1)(x-2)(x-3) : trouvez les zéros de ff' et celui de ff''.
  • c) Où se situe le zéro de ff'' par rapport aux zéros de ff' ? Est-ce un hasard ?
  • d) Déduisez de a) que si g(x)>0g''(x)>0 pour tout xx, l'équation g(x)=0g(x)=0 a au plus deux solutions.
  • e) Appliquez d) pour montrer que la courbe de l'exponentielle et une droite se coupent en au plus deux points, puis trouvez au centième les deux solutions de ex=3xe^{x}=3x.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Rolle sur ff deux fois, puis sur ff'
  • b) ff' nulle en 2±132\pm\frac{1}{\sqrt{3}} ; ff'' nulle en 22
  • c) Au milieu : sommet de la parabole ff'
  • d) g>0g''>0 : au plus deux solutions
  • e) x0,62x\approx 0{,}62 et x1,51x\approx 1{,}51

a) Rolle sur [a;b][a\,;b] donne c1]a;b[c_{1}\in]a\,;b[ avec f(c1)=0f'(c_{1})=0, et sur [b;c][b\,;c] un c2]b;c[c_{2}\in]b\,;c[ avec f(c2)=0f'(c_{2})=0. On a c1<b<c2c_{1}<b<c_{2}. Rolle appliqué à ff', dérivable, sur [c1;c2][c_{1}\,;c_{2}] donne d]c1;c2[d\in]c_{1}\,;c_{2}[ avec f(d)=0f''(d)=0.

b) f(x)=x36x2+11x6f(x)=x^{3}-6x^{2}+11x-6, donc f(x)=3x212x+11f'(x)=3x^{2}-12x+11, nulle en x=2±13x=2\pm\frac{1}{\sqrt{3}}, soit x1,423x\approx 1{,}423 et x2,577x\approx 2{,}577, l'une dans ]1;2[]1\,;2[ et l'autre dans ]2;3[]2\,;3[ comme prévu. f(x)=6x12f''(x)=6x-12 s'annule en x=2x=2.

c) 22 est exactement le milieu de 1,4231{,}423 et 2,5772{,}577 : pour un polynôme de degré 33, ff' est une parabole, symétrique par rapport à son sommet, et le zéro de ff'' est ce sommet. C'est aussi le point d'inflexion de ff, centre de symétrie de sa courbe.

d) Si gg s'annulait trois fois, a) donnerait un point où g=0g''=0, ce qui contredit g>0g''>0. Donc gg s'annule au plus deux fois. Une fonction strictement convexe ne coupe l'axe qu'en deux points au plus.

e) Les points communs à y=exy=e^{x} et y=ax+by=ax+b sont les solutions de g(x)=exaxb=0g(x)=e^{x}-ax-b=0, avec g(x)=ex>0g''(x)=e^{x}>0 : au plus deux. Pour ex=3xe^{x}=3x : g(0)=1>0g(0)=1>0, g(1)=e3<0g(1)=e-3<0, g(2)=e26>0g(2)=e^{2}-6>0, donc exactement deux solutions, par les valeurs intermédiaires. Par essais : g(0,61)0,0104g(0{,}61)\approx 0{,}0104, g(0,62)0,0010g(0{,}62)\approx-0{,}0010 donne x0,62x\approx 0{,}62 ; g(1,51)0,0033g(1{,}51)\approx-0{,}0033, g(1,52)0,0123g(1{,}52)\approx 0{,}0123 donne x1,51x\approx 1{,}51.

Exercice 13 : Démontrer les formules d'addition par la dérivée nulle

Une fonction de dérivée nulle sur R\mathbb{R} est constante. Ce seul résultat démontre des formules que l'on croit purement algébriques. On fixe un réel aa.

  • a) Posons u(x)=sin(x+a)sinxcosacosxsinau(x)=\sin(x+a)-\sin x\cos a-\cos x\sin a et w(x)=cos(x+a)cosxcosa+sinxsinaw(x)=\cos(x+a)-\cos x\cos a+\sin x\sin a. Montrez que u=wu'=w et w=uw'=-u.
  • b) Soit F=u2+w2F=u^{2}+w^{2}. Montrez que F=0F'=0.
  • c) Calculez F(0)F(0) et déduisez-en les formules d'addition du sinus et du cosinus.
  • d) Par la même méthode, montrez que ex+a=exeae^{x+a}=e^{x}e^{a} en étudiant G(x)=ex+aexG(x)=e^{x+a}e^{-x}.
  • e) Appliquez la formule obtenue en c) pour calculer sin75°\sin 75° exactement, puis au dix-millième.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) u=wu'=w et w=uw'=-u
  • b) F=2uw2wu=0F'=2uw-2wu=0
  • c) F0F\equiv 0 : formules d'addition
  • d) GeaG\equiv e^{a} : ex+a=exeae^{x+a}=e^{x}e^{a}
  • e) sin75°=6+240,9659\sin 75°=\frac{\sqrt{6}+\sqrt{2}}{4}\approx 0{,}9659

a) u(x)=cos(x+a)cosxcosa+sinxsina=w(x)u'(x)=\cos(x+a)-\cos x\cos a+\sin x\sin a=w(x), puisque cosa\cos a et sina\sin a sont des constantes. w(x)=sin(x+a)+sinxcosa+cosxsina=u(x)w'(x)=-\sin(x+a)+\sin x\cos a+\cos x\sin a=-u(x).

b) F=2uu+2ww=2uw+2w(u)=0F'=2uu'+2ww'=2uw+2w(-u)=0.

c) FF est constante sur R\mathbb{R}, qui est un intervalle. u(0)=sina0sina=0u(0)=\sin a-0-\sin a=0 et w(0)=cosacosa+0=0w(0)=\cos a-\cos a+0=0, donc F(0)=0F(0)=0 et F0F\equiv 0. Une somme de deux carrés nulle impose u=w=0u=w=0 partout : sin(x+a)=sinxcosa+cosxsina\sin(x+a)=\sin x\cos a+\cos x\sin a et cos(x+a)=cosxcosasinxsina\cos(x+a)=\cos x\cos a-\sin x\sin a. Le passage par FF était nécessaire : u=wu'=w seul ne donne rien sans savoir que ww est nulle.

d) G(x)=ex+aexex+aex=0G'(x)=e^{x+a}e^{-x}-e^{x+a}e^{-x}=0 : GG est constante, égale à G(0)=eaG(0)=e^{a}. Donc ex+aex=eae^{x+a}e^{-x}=e^{a}, et en multipliant par exe^{x} : ex+a=exeae^{x+a}=e^{x}e^{a}. La propriété fondamentale de l'exponentielle découle de sa dérivée.

e) sin75°=sin(45°+30°)=2232+2212=6+240,9659\sin 75°=\sin(45°+30°)=\frac{\sqrt{2}}{2}\cdot\frac{\sqrt{3}}{2}+\frac{\sqrt{2}}{2}\cdot\frac{1}{2}=\frac{\sqrt{6}+\sqrt{2}}{4}\approx 0{,}9659.

Exercice 14 : Problème : le capteur de température et l'inégalité des accroissements finis

Une station météo enregistre 1212 °C à 66 h et 2727 °C à 1414 h, puis 2020 °C à 1717 h. On note T(t)T(t) la température à l'heure tt, supposée dérivable. La figure montre les trois mesures et la corde entre les deux premières.

24681012141618202224510152025306 h : 12 °C14 h : 27 °C17 h : 20 °C
  • a) Montrez qu'entre 66 h et 1414 h, la température a augmenté à un instant exactement au rythme de 1,8751{,}875 °C par heure.
  • b) On sait que la température ne varie jamais plus vite que 33 °C par heure, dans un sens ou dans l'autre. Entre quelles valeurs se trouve-t-elle nécessairement à 2020 h, sans tenir compte de la mesure de 1717 h ?
  • c) Entre quelles valeurs se trouvait-elle à minuit, au début de la journée ?
  • d) Montrez qu'entre 1414 h et 1717 h, la température a baissé à un instant à un rythme d'au moins 2,32{,}3 °C par heure. Donnez la valeur exacte garantie.
  • e) En supposant TT' continue, montrez qu'il existe un instant entre 66 h et 1717 h où la température ne varie pas. Que représente-t-il ?

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) T(c)=1,875T'(c)=1{,}875 °C/h
  • b) 9T(20)459\le T(20)\le 45
  • c) 6T(0)30-6\le T(0)\le 30
  • d) T(c)=73T'(c)=-\frac{7}{3} °C/h
  • e) T=0T'=0 entre 66 h et 1717 h : maximum

a) TT est dérivable sur [6;14][6\,;14], donc continue. Le théorème des accroissements finis donne c]6;14[c\in]6\,;14[ avec T(c)=2712146=158=1,875T'(c)=\frac{27-12}{14-6}=\frac{15}{8}=1{,}875 °C/h.

b) Sur [14;20][14\,;20], T3|T'|\le 3 donne, par l'inégalité des accroissements finis, T(20)T(14)3×6=18|T(20)-T(14)|\le 3\times 6=18. Donc 9T(20)459\le T(20)\le 45 °C. L'encadrement est large mais CERTAIN, sans aucune autre mesure.

c) Sur [0;6][0\,;6] : T(6)T(0)3×6=18|T(6)-T(0)|\le 3\times 6=18, donc 6T(0)30-6\le T(0)\le 30 °C.

d) Sur [14;17][14\,;17] : il existe cc avec T(c)=20273=732,33T'(c)=\frac{20-27}{3}=-\frac{7}{3}\approx-2{,}33 °C/h. La baisse a été à un instant d'exactement 73\frac{7}{3} °C par heure. C'est compatible avec la borne de 33 °C par heure : la mesure de 1717 h ne contredit pas l'hypothèse de b).

e) TT' a pris la valeur 1,875>01{,}875>0 entre 66 et 1414 h, et la valeur 2,33<0-2{,}33<0 entre 1414 et 1717 h. Si TT' est continue, le théorème des valeurs intermédiaires appliqué à TT' donne un instant où T=0T'=0. Comme la température est montée puis a baissé, c'est un maximum local : la température maximale de l'après-midi, atteinte entre 66 h et 1717 h.

Exercice 15 : Problème : le théorème de Darboux, une dérivée ne saute jamais

Une dérivée n'est pas toujours continue. Pourtant, elle possède la propriété des valeurs intermédiaires : c'est le théorème de Darboux. Soit ff dérivable sur [a;b][a\,;b].

  • a) On suppose f(a)<0<f(b)f'(a)<0<f'(b). Montrez que le minimum de ff sur [a;b][a\,;b], qui existe, n'est atteint ni en aa ni en bb.
  • b) Déduisez-en qu'il existe c]a;b[c\in]a\,;b[ avec f(c)=0f'(c)=0.
  • c) Soit maintenant kk strictement compris entre f(a)f'(a) et f(b)f'(b). En étudiant g(x)=f(x)kxg(x)=f(x)-kx, montrez qu'il existe cc avec f(c)=kf'(c)=k.
  • d) La fonction HH vaut 1-1 pour x<0x<0 et 11 pour x0x\ge 0. Peut-elle être la dérivée d'une fonction sur [1;1][-1\,;1] ?
  • e) Soit f(x)=x2sin1xf(x)=x^{2}\sin\frac{1}{x} pour x0x\neq 0 et f(0)=0f(0)=0. Calculez f(0)f'(0) par la définition, puis f(x)f'(x) pour x0x\neq 0. La dérivée est-elle continue en 00 ?

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a)
b)
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e)
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Réponses

  • a) f(a)<0f'(a)<0 : ff diminue juste après aa ; de même en bb
  • b) Minimum intérieur : f(c)=0f'(c)=0
  • c) g=fkxg=f-kx : f(c)=kf'(c)=k
  • d) Non : un saut n'est pas une dérivée
  • e) f(0)=0f'(0)=0 ; f(x)=2xsin1xcos1xf'(x)=2x\sin\frac{1}{x}-\cos\frac{1}{x}, discontinue en 00

a) ff est continue sur le fermé borné [a;b][a\,;b] : elle atteint un minimum. Comme f(a)=limh0+f(a+h)f(a)h<0f'(a)=\lim_{h\to 0^{+}}\frac{f(a+h)-f(a)}{h}<0, le quotient est négatif pour h>0h>0 petit, donc f(a+h)<f(a)f(a+h)<f(a) : f(a)f(a) n'est pas le minimum. De même f(b)>0f'(b)>0 donne f(bh)<f(b)f(b-h)<f(b) pour h>0h>0 petit : f(b)f(b) non plus.

b) Le minimum est donc atteint en un point intérieur cc. En un extremum intérieur d'une fonction dérivable, f(c)=0f'(c)=0 : à droite de cc le quotient est positif ou nul, à gauche négatif ou nul, et la limite commune ne peut être que 00.

c) g(x)=f(x)kg'(x)=f'(x)-k. Si f(a)<k<f(b)f'(a)<k<f'(b), alors g(a)<0<g(b)g'(a)<0<g'(b), et b) appliqué à gg donne cc avec g(c)=0g'(c)=0, soit f(c)=kf'(c)=k. Si f(a)>k>f(b)f'(a)>k>f'(b), on applique le même raisonnement à g-g. Aucune continuité de ff' n'a été utilisée.

d) Non. HH prend les valeurs 1-1 et 11 mais jamais 00, alors que 00 est entre les deux : par c), une dérivée prenant 1-1 et 11 prend aussi 00. Une fonction en escalier n'est la dérivée d'aucune fonction. C'est pourquoi un saut dans une accélération mesurée signale un choc que le modèle dérivable ne décrit pas.

e) f(0)=limh0h2sin(1/h)h=limh0hsin1h=0f'(0)=\lim_{h\to 0}\frac{h^{2}\sin(1/h)}{h}=\lim_{h\to 0}h\sin\frac{1}{h}=0, par le sandwich hsin(1/h)h|h\sin(1/h)|\le|h|. Pour x0x\neq 0 : f(x)=2xsin1x+x2cos1x(1x2)=2xsin1xcos1xf'(x)=2x\sin\frac{1}{x}+x^{2}\cos\frac{1}{x}\cdot\left(-\frac{1}{x^{2}}\right)=2x\sin\frac{1}{x}-\cos\frac{1}{x}. Quand x0x\to 0, 2xsin1x02x\sin\frac{1}{x}\to 0 mais cos1x\cos\frac{1}{x} oscille entre 1-1 et 11 : ff' n'a pas de limite en 00 et n'est pas continue. Elle est pourtant une dérivée, et vérifie donc Darboux : elle oscille sans jamais sauter.

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