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Calcul différentiel 201-NYA • Complément québécois de Terminale et cégep

Exercices corrigés : les applications de la dérivée (201-NYA)

Voici la série d'exercices corrigés de calcul différentiel 201-NYA sur les applications de la dérivée, le chapitre où le calcul rencontre le monde réel. La partie A traite les trois grands classiques : les TAUX LIÉS (l'échelle qui glisse le long du mur, le cône qui se remplit), avec la méthode en cinq étapes qui évite l'erreur fatale de substituer les valeurs trop tôt; l'ANALYSE DE COURBE complète, où la première dérivée donne la croissance et les extremums, et la seconde la concavité et les points d'inflexion; et l'OPTIMISATION, de la boîte sans couvercle à la canette de conserve, où l'on découvre la proportion optimale h=2rh=2r que l'industrie n'applique pourtant pas. La partie B ajoute les théorèmes : Rolle et Lagrange, qui relient rigoureusement la vitesse moyenne à la vitesse instantanée (et fondent le radar tronçon); la règle de L'Hôpital avec ses formes indéterminées déguisées; et la méthode de Newton, qui double le nombre de décimales exactes à chaque itération.

Cette série s'adresse aux étudiants de cégep en Sciences de la nature (cours de calcul différentiel 201-NYA) comme aux élèves de Terminale du Lycée Marie de France et du Collège Stanislas qui suivent le complément québécois de mathématiques. C'est le chapitre le plus rédigé du cours : les problèmes de taux liés et d'optimisation valent autant pour leur mise en équation que pour leur calcul, et une réponse juste sans justification du maximum perd la moitié de ses points.

Le réflexe à garder tout du long : nommer, relier, dériver, substituer, conclure. On nomme les variables et on fait un dessin; on écrit la relation qui les lie AVANT toute dérivation; on dérive par rapport au temps (ou à la variable libre); et seulement ALORS on remplace par les valeurs numériques de l'instant considéré. Substituer avant de dériver transforme une variable en constante et fait disparaître le taux qu'on cherchait : c'est l'erreur numéro un du chapitre, et elle est fatale.

Rappel de cours

  • TAUX LIÉS, méthode : 1) faire un dessin et nommer les variables; 2) écrire la relation entre elles (Pythagore, aire, volume, triangles semblables); 3) dériver les deux membres par rapport au TEMPS (règle de chaîne); 4) substituer SEULEMENT MAINTENANT les valeurs de l'instant étudié; 5) conclure avec les unités et le signe.
  • Croissance : f>0f'>0 sur un intervalle \Rightarrow ff croissante; f<0f'<0 \Rightarrow décroissante. Les nombres critiques sont les xxf(x)=0f'(x)=0 ou n'existe pas. Test de la première dérivée : ff' passe de ++ à - : maximum local; de - à ++ : minimum local; pas de changement : ni l'un ni l'autre.
  • Concavité : f>0f''>0 : concave vers le HAUT (la courbe tient l'eau); f<0f''<0 : concave vers le bas. Point d'INFLEXION là où ff'' CHANGE de signe (l'annulation seule ne suffit pas : x4x^{4} en 0). Test de la seconde dérivée : f(c)=0f'(c)=0 et f(c)>0f''(c)>0 \Rightarrow minimum local; f(c)<0f''(c)<0 \Rightarrow maximum local; f(c)=0f''(c)=0 : test muet, revenir au test de la première dérivée.
  • OPTIMISATION : identifier la quantité à optimiser, l'exprimer en UNE seule variable grâce à la contrainte, préciser le domaine réaliste, dériver, trouver les nombres critiques, et JUSTIFIER qu'il s'agit bien d'un extremum (test de la première ou seconde dérivée). Sur un intervalle fermé, comparer aussi les valeurs aux bornes.
  • Théorème de ROLLE : ff continue sur [a,b][a,b], dérivable sur ]a,b[]a,b[ et f(a)=f(b)f(a)=f(b) \Rightarrow il existe cc avec f(c)=0f'(c)=0. Théorème de LAGRANGE (accroissements finis) : mêmes hypothèses sans f(a)=f(b)f(a)=f(b) \Rightarrow il existe cc avec f(c)=f(b)f(a)baf'(c)=\frac{f(b)-f(a)}{b-a} : la vitesse instantanée égale au moins une fois la vitesse moyenne.
  • Règle de L'HÔPITAL : pour une forme 00\frac{0}{0} ou \frac{\infty}{\infty}, limfg=limfg\lim\frac{f}{g}=\lim\frac{f'}{g'} si cette dernière existe. On dérive SÉPARÉMENT le numérateur et le dénominateur, jamais en quotient. Les formes 00\cdot\infty, \infty-\infty, 11^{\infty} se ramènent d'abord à un quotient.
  • Méthode de NEWTON : xn+1=xnf(xn)f(xn)x_{n+1}=x_{n}-\frac{f(x_{n})}{f'(x_{n})} : on suit la tangente jusqu'à l'axe. La convergence est quadratique : le nombre de décimales exactes double à chaque itération.

Partie A : Taux liés, courbes et optimisation (/26)

Exercice 1 : Les taux liés : l'échelle et le cône

La figure montre l'échelle de la question a) : de longueur 5 m, appuyée contre un mur vertical, elle glisse en gardant x2+y2=25x^{2}+y^{2}=25. Le pied s'écarte à 0,6 m/s.

5 mx = 3y = 40,6 m/s
  • a) Le pied de l'échelle s'écarte du mur à 0,6 m/s. À quelle vitesse le haut de l'échelle descend-il quand le pied est à 3 m du mur ? Détaillez les cinq étapes.
  • b) Que devient cette vitesse quand le pied atteint 4,9 m ? Interprétez physiquement le résultat.
  • c) De l'eau s'écoule dans un réservoir CONIQUE (pointe en bas) de rayon 3 m et de hauteur 6 m, au débit de 22 m³/min. À quelle vitesse le niveau monte-t-il quand l'eau atteint 4 m de profondeur ? (Servez-vous des triangles semblables.)
  • d) Un étudiant, à la question a), remplace xx par 3 dans la relation AVANT de dériver et obtient dydt=0\frac{dy}{dt}=0. Expliquez précisément son erreur et pourquoi elle est fatale dans tout problème de taux liés.
Voir la correction

a) Étape 1, dessin et variables : xx = distance du pied au mur, yy = hauteur du haut, toutes deux fonctions du temps. Étape 2, relation : par Pythagore, x2+y2=25x^{2}+y^{2}=25 (constante, l'échelle est rigide). Étape 3, dérivation par rapport au temps : 2xdxdt+2ydydt=02x\frac{dx}{dt}+2y\frac{dy}{dt}=0, donc dydt=xydxdt\frac{dy}{dt}=-\frac{x}{y}\cdot\frac{dx}{dt}. Étape 4, substitution maintenant : x=3x=3 donne y=259=4y=\sqrt{25-9}=4, et dxdt=0,6\frac{dx}{dt}=0{,}6 : dydt=34(0,6)=0,45\frac{dy}{dt}=-\frac{3}{4}(0{,}6)=-0{,}45 m/s. Étape 5, conclusion : le haut descend à 0,450{,}45 m/s, le signe négatif signalant une hauteur qui DIMINUE.

b) Avec x=4,9x=4{,}9 : y=2524,01=0,990,995y=\sqrt{25-24{,}01}=\sqrt{0{,}99}\approx 0{,}995 m, d'où dydt=4,90,995(0,6)2,95\frac{dy}{dt}=-\frac{4{,}9}{0{,}995}(0{,}6)\approx-2{,}95 m/s : plus de six fois plus rapide qu'en a). Interprétation : quand l'échelle est presque couchée, y0y\to 0 et le rapport xy\frac{x}{y} explose : la vitesse de chute tend vers l'infini alors même que le pied avance toujours à 0,6 m/s. Le modèle atteint ici sa limite (une vraie échelle décollerait du mur), mais le message mathématique est juste : deux quantités liées par une relation NON linéaire ont des taux dont le rapport varie sans cesse.

c) Triangles semblables : à toute hauteur hh, le rayon de la surface vérifie rh=36=12\frac{r}{h}=\frac{3}{6}=\frac{1}{2}, donc r=h2r=\frac{h}{2}. Volume : V=13πr2h=13πh24h=πh312V=\frac{1}{3}\pi r^{2}h=\frac{1}{3}\pi\frac{h^{2}}{4}h=\frac{\pi h^{3}}{12} : une seule variable, comme il le faut avant de dériver. Dérivation : dVdt=πh24dhdt\frac{dV}{dt}=\frac{\pi h^{2}}{4}\cdot\frac{dh}{dt}. Substitution : 2=π(16)4dhdt=4πdhdt2=\frac{\pi(16)}{4}\frac{dh}{dt}=4\pi\frac{dh}{dt}, d'où dhdt=12π0,159\frac{dh}{dt}=\frac{1}{2\pi}\approx 0{,}159 m/min. Remarque : plus le cône se remplit, plus la surface est large et plus le niveau monte LENTEMENT, à débit constant.

d) En posant x=3x=3 dans x2+y2=25x^{2}+y^{2}=25, il obtient 9+y2=259+y^{2}=25, donc y=4y=4 : une CONSTANTE. Dérivant ensuite une constante, il trouve évidemment dydt=0\frac{dy}{dt}=0. L'erreur est d'avoir figé une variable AVANT la dérivation : x=3x=3 n'est pas une propriété de l'échelle, c'est un instantané, vrai à une seule seconde. En le substituant trop tôt, il transforme un mouvement en photographie, et une photographie n'a pas de vitesse. Règle absolue : on dérive d'abord la relation GÉNÉRALE, valable à tout instant, et on ne substitue les valeurs numériques qu'à la toute fin.

Exercice 2 : L'analyse complète d'une courbe

La figure montre f(x)=x33x2+2f(x)=x^{3}-3x^{2}+2 : les deux dérivées vont expliquer chacun de ses traits, sommet, creux et changement de courbure.

-11234-3-2-11234max localmin localinflexionxy
  • a) Trouvez les nombres critiques de ff, dressez le tableau de signes de ff' et identifiez les extremums locaux avec leurs coordonnées.
  • b) Étudiez la concavité à l'aide de ff'' et déterminez le point d'inflexion. Confrontez à la figure.
  • c) Retrouvez la nature des deux extremums par le TEST DE LA SECONDE DÉRIVÉE, et dites dans quel cas ce test échoue.
  • d) Montrez que g(x)=x4g(x)=x^{4} a une seconde dérivée nulle en 0 SANS y avoir de point d'inflexion. Quelle leçon en tirer sur la condition f=0f''=0 ?
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a) f(x)=3x26x=3x(x2)f'(x)=3x^{2}-6x=3x(x-2), qui s'annule en x=0x=0 et x=2x=2 : ce sont les nombres critiques (la dérivée existe partout, étant polynomiale). Signes : pour x<0x<0, produit de deux négatifs multiplié par 3, donc f>0f'>0; pour 0<x<20<x<2, f<0f'<0; pour x>2x>2, f>0f'>0. La fonction croît, décroît, puis croît. Par le test de la première dérivée : en x=0x=0, ff' passe de ++ à - : MAXIMUM local, de valeur f(0)=2f(0)=2, soit le point (0,2)(0,2). En x=2x=2, ff' passe de - à ++ : MINIMUM local, f(2)=812+2=2f(2)=8-12+2=-2, soit (2,2)(2,-2). Les deux points marqués sur la figure.

b) f(x)=6x6=6(x1)f''(x)=6x-6=6(x-1), qui s'annule en x=1x=1 et change bien de signe : négative pour x<1x<1 (concave vers le BAS) et positive pour x>1x>1 (concave vers le HAUT). Le point d'inflexion est donc (1,f(1))=(1,0)(1,f(1))=(1,0), le trait vertical de la figure. Lecture : à gauche de 1 la courbe est en dôme (elle porte son maximum), à droite en cuvette (elle porte son minimum), et c'est exactement en x=1x=1 qu'elle bascule de l'une à l'autre.

c) Test de la seconde dérivée : f(0)=6<0f''(0)=-6<0, donc la courbe y est concave vers le bas : un point critique dans une cuvette renversée est un MAXIMUM ✓. f(2)=6>0f''(2)=6>0, concavité vers le haut : MINIMUM ✓. Les deux tests concordent. Le test échoue quand f(c)=0f''(c)=0 : il ne conclut alors RIEN (ce peut être un maximum, un minimum ou ni l'un ni l'autre), et il faut revenir au test de la première dérivée, toujours valide.

d) g(x)=x4g(x)=x^{4} : g=4x3g'=4x^{3}, g=12x2g''=12x^{2}. En 0 : g(0)=0g''(0)=0, la condition nécessaire est remplie. Pourtant g=12x20g''=12x^{2}\ge 0 PARTOUT : elle s'annule en 0 sans jamais changer de signe, la courbe reste concave vers le haut des deux côtés. Il n'y a donc AUCUN point d'inflexion en 0 (c'est en fait un minimum). Leçon : f(c)=0f''(c)=0 est une condition NÉCESSAIRE mais pas SUFFISANTE; ce qui définit l'inflexion est le CHANGEMENT DE SIGNE de ff'', pas son annulation. Exactement comme f(c)=0f'(c)=0 ne garantit pas un extremum (x3x^{3} en 0) : dans les deux cas, seul le changement de signe fait foi.

Exercice 3 : L'optimisation : la boîte et la canette

Optimiser, c'est traduire un problème concret en une fonction d'UNE variable, puis chercher son extremum sur un domaine réaliste, et JUSTIFIER que c'en est bien un.

  • a) On découpe un carré de côté xx à chaque coin d'un carton carré de 60 cm de côté, puis on relève les bords pour former une boîte sans couvercle. Exprimez le volume en fonction de xx, donnez le domaine réaliste, et trouvez le xx qui maximise le volume.
  • b) Justifiez rigoureusement que votre valeur donne bien un MAXIMUM, et donnez le volume obtenu.
  • c) Une canette cylindrique doit contenir 355 mL. Quelles dimensions minimisent la quantité de métal (aire totale, avec couvercle et fond) ? Montrez que la condition optimale est h=2rh=2r.
  • d) Une vraie canette de 355 mL mesure environ r=3,3r=3{,}3 cm et h=10,4h=10{,}4 cm, très loin de la proportion optimale. Calculez le pourcentage de métal gaspillé et proposez au moins deux raisons pour lesquelles l'industrie s'écarte volontairement de l'optimum mathématique.
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a) Après découpe, la base mesure (602x)(60-2x) sur (602x)(60-2x) et la hauteur vaut xx : V(x)=x(602x)2V(x)=x(60-2x)^{2}. Domaine réaliste : il faut x>0x>0 et 602x>060-2x>0, donc x]0,30[x\in\,]0,30[. Dérivation (en développant, V=3600x240x2+4x3V=3600x-240x^{2}+4x^{3}) : V=3600480x+12x2=12(x240x+300)=12(x10)(x30)V'=3600-480x+12x^{2}=12(x^{2}-40x+300)=12(x-10)(x-30). Les racines sont x=10x=10 et x=30x=30; seule x=10x=10 appartient au domaine ouvert. La découpe optimale est donc de 10 cm.

b) Test de la première dérivée : V=12(x10)(x30)V'=12(x-10)(x-30). Pour 0<x<100<x<10, les deux facteurs sont négatifs, le produit est positif : V>0V'>0, croissance. Pour 10<x<3010<x<30, le premier facteur est positif et le second négatif : V<0V'<0, décroissance. La dérivée passe de ++ à - en x=10x=10 : c'est bien un MAXIMUM (et il est global sur le domaine, la fonction ne faisant que monter puis descendre). Volume : V(10)=10(6020)2=10(1600)=16000V(10)=10(60-20)^{2}=10(1600)=16000 cm³, soit 16 litres. Vérification par la seconde dérivée : V=24x480V''=24x-480, et V(10)=240<0V''(10)=-240<0 ✓.

c) Contrainte : V=πr2h=355V=\pi r^{2}h=355, d'où h=355πr2h=\frac{355}{\pi r^{2}}. Quantité à minimiser : A=2πr2+2πrhA=2\pi r^{2}+2\pi rh (les deux disques et le tour). En substituant : A(r)=2πr2+2πr355πr2=2πr2+710rA(r)=2\pi r^{2}+2\pi r\cdot\frac{355}{\pi r^{2}}=2\pi r^{2}+\frac{710}{r}. Dérivons : A=4πr710r2A'=4\pi r-\frac{710}{r^{2}}, qui s'annule quand 4πr3=7104\pi r^{3}=710, soit r=7104π33,84r=\sqrt[3]{\frac{710}{4\pi}}\approx 3{,}84 cm. Alors h=355π(3,84)27,67h=\frac{355}{\pi(3{,}84)^{2}}\approx 7{,}67 cm, et l'on constate h2rh\approx 2r. Démonstration générale : de 4πr3=2V=2πr2h4\pi r^{3}=2V=2\pi r^{2}h on tire directement h=2rh=2r. Minimum confirmé par A=4π+1420r3>0A''=4\pi+\frac{1420}{r^{3}}>0 partout : la fonction est concave vers le haut, le point critique est bien un minimum. Aire optimale : A277,5A\approx 277{,}5 cm².

d) Canette réelle : A=2π(3,3)2+2π(3,3)(10,4)68,4+215,7284,1A=2\pi(3{,}3)^{2}+2\pi(3{,}3)(10{,}4)\approx 68{,}4+215{,}7\approx 284{,}1 cm², contre 277,5277{,}5 cm² à l'optimum : environ 2,42{,}4 % de métal en trop. Raisons de cet écart : d'abord la PRISE EN MAIN et l'ergonomie, une canette de 7,7 cm de haut et 7,7 cm de large serait large et instable, désagréable à tenir et à boire; ensuite la fabrication, le fond et le couvercle sont plus épais que la paroi (double sertissage, résistance à la pression du gaz), si bien que le vrai coût pondère davantage les disques et pousse vers une forme plus élancée; enfin le marketing et la logistique, une silhouette haute occupe moins de tablette au litre, s'empile mieux et se reconnaît de loin. Leçon : l'optimum mathématique répond exactement à la question posée; si la réponse détonne, c'est que la fonction de coût réelle contient des termes que le modèle ignorait.

Partie B : Les théorèmes et les méthodes (/24)

Exercice 4 : Rolle et Lagrange : la moyenne devient instantanée

La figure montre f(x)=x2f(x)=x^{2} sur [0,2][0,2], la corde joignant ses extrémités (pente 2) et la tangente parallèle à cette corde : le théorème de Lagrange garantit qu'une telle tangente existe toujours.

0.511.522.5-11234cordetangentec = 1xy
  • a) Énoncez le théorème de Rolle avec toutes ses hypothèses, et vérifiez-le sur f(x)=x24x+3f(x)=x^{2}-4x+3 sur [1,3][1,3].
  • b) Énoncez le théorème de Lagrange (accroissements finis) et trouvez le cc garanti pour f(x)=x2f(x)=x^{2} sur [0,2][0,2]. Confrontez à la figure.
  • c) Montrez que f(x)=xf(x)=|x| sur [1,1][-1,1] vérifie f(1)=f(1)f(-1)=f(1) sans qu'aucun cc n'annule ff'. Quelle hypothèse manque-t-il, et que cela prouve-t-il ?
  • d) Une voiture parcourt 180 km en 2 heures sur l'autoroute. Démontrez qu'à un instant précis, son compteur affichait exactement 90 km/h. Quel dispositif routier repose sur ce théorème ?
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a) Théorème de Rolle : si ff est continue sur [a,b][a,b], dérivable sur ]a,b[]a,b[ et si f(a)=f(b)f(a)=f(b), alors il existe au moins un c]a,b[c\in\,]a,b[ tel que f(c)=0f'(c)=0. Vérification : f(x)=x24x+3f(x)=x^{2}-4x+3 est polynomiale, donc continue et dérivable partout; f(1)=14+3=0f(1)=1-4+3=0 et f(3)=912+3=0f(3)=9-12+3=0 : les valeurs aux bornes coïncident ✓. Alors f(x)=2x4f'(x)=2x-4 s'annule en x=2x=2, qui appartient bien à ]1,3[]1,3[ : le cc annoncé existe, c'est le sommet de la parabole.

b) Théorème de Lagrange : mêmes hypothèses de continuité et de dérivabilité, sans exiger f(a)=f(b)f(a)=f(b); alors il existe c]a,b[c\in\,]a,b[ tel que f(c)=f(b)f(a)baf'(c)=\frac{f(b)-f(a)}{b-a}, c'est-à-dire une tangente PARALLÈLE à la corde. Ici : f(2)f(0)20=402=2\frac{f(2)-f(0)}{2-0}=\frac{4-0}{2}=2, la pente de la corde grise. On résout f(c)=2c=2f'(c)=2c=2, donc c=1c=1, marqué par le trait vertical de la figure, et la tangente en (1,1)(1,1) est y=2x1y=2x-1, bien parallèle à la corde ✓. Rolle est le cas particulier de Lagrange où la corde est horizontale.

c) f(1)=1=1f(-1)=|-1|=1 et f(1)=1f(1)=1 : l'égalité aux bornes est satisfaite, et ff est continue sur [1,1][-1,1]. Pourtant f(x)=1f'(x)=-1 pour x<0x<0 et +1+1 pour x>0x>0 : la dérivée ne s'annule JAMAIS. L'hypothèse manquante est la DÉRIVABILITÉ sur tout l'intervalle ouvert : en x=0x=0, x|x| possède un coin et n'est pas dérivable. Cela prouve que l'hypothèse de dérivabilité n'est pas décorative : il suffit d'un seul point anguleux, au beau milieu de l'intervalle, pour que la conclusion du théorème s'effondre.

d) Soit s(t)s(t) la position, continue et dérivable (une voiture ne se téléporte pas et sa vitesse existe à chaque instant). Vitesse moyenne : s(2)s(0)20=1802=90\frac{s(2)-s(0)}{2-0}=\frac{180}{2}=90 km/h. Par le théorème de Lagrange, il existe c]0,2[c\in\,]0,2[ tel que s(c)=90s'(c)=90 : à cet instant précis, la vitesse INSTANTANÉE valait exactement 90 km/h. Dispositif correspondant : le radar TRONÇON (ou contrôle de vitesse moyenne), qui chronomètre un véhicule entre deux portiques. S'il a couvert la distance à une moyenne supérieure à la limite, le théorème garantit qu'il a réellement dépassé cette limite à un instant donné, quoi qu'en dise le conducteur : la contravention est mathématiquement inattaquable.

Exercice 5 : La règle de L'Hôpital

La règle de L'Hôpital lève les indéterminations 00\frac{0}{0} et \frac{\infty}{\infty} en dérivant SÉPARÉMENT le numérateur et le dénominateur, ce qui n'est pas la règle du quotient.

  • a) Énoncez la règle avec ses conditions d'application, puis calculez limx0sinxx\lim_{x\to 0}\frac{\sin x}{x} et limx0ex1x\lim_{x\to 0}\frac{e^{x}-1}{x}.
  • b) Calculez limx01cosxx2\lim_{x\to 0}\frac{1-\cos x}{x^{2}} (deux applications) et limxlnxx\lim_{x\to\infty}\frac{\ln x}{x}.
  • c) Calculez limx0+xlnx\lim_{x\to 0^{+}}x\ln x (forme 00\cdot\infty) et limx(1+1x)x\lim_{x\to\infty}\left(1+\frac{1}{x}\right)^{x} (forme 11^{\infty}) : transformez-les d'abord en quotients.
  • d) Un étudiant calcule limx1x2+1x+3\lim_{x\to 1}\frac{x^{2}+1}{x+3} par L'Hôpital et obtient 2x1=2\frac{2x}{1}=2. Où est l'erreur ? Que vaut vraiment cette limite ?
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a) Règle : si limfg\lim\frac{f}{g} présente la forme 00\frac{0}{0} ou \frac{\infty}{\infty}, si ff et gg sont dérivables près du point (avec g0g'\ne 0), et si limfg\lim\frac{f'}{g'} existe, alors limfg=limfg\lim\frac{f}{g}=\lim\frac{f'}{g'}. Premier calcul : sinxx\frac{\sin x}{x} est bien 00\frac{0}{0}, on dérive haut et bas : cosx11\frac{\cos x}{1}\to 1 ✓ (résultat déjà connu, mais attention à la circularité : la dérivée du sinus a été établie À PARTIR de cette limite, donc L'Hôpital ne la démontre pas, il la retrouve). Second : ex1x\frac{e^{x}-1}{x} est 00\frac{0}{0}, donc ex11\frac{e^{x}}{1}\to 1.

b) 1cosxx2\frac{1-\cos x}{x^{2}} : forme 00\frac{0}{0}, on dérive : sinx2x\frac{\sin x}{2x}, encore 00\frac{0}{0}, on redérive : cosx212\frac{\cos x}{2}\to\frac{1}{2} ✓ (la valeur trouvée par conjugué au chapitre des limites). On peut réappliquer la règle autant de fois que l'indétermination persiste, à condition de VÉRIFIER à chaque étape qu'elle persiste réellement. Pour lnxx\frac{\ln x}{x} en ++\infty : forme \frac{\infty}{\infty}, on dérive : 1/x1=1x0\frac{1/x}{1}=\frac{1}{x}\to 0. Résultat fondamental : le logarithme croît infiniment moins vite que xx.

c) xlnxx\ln x est de la forme 0()0\cdot(-\infty), que la règle ne traite pas directement : on la réécrit en quotient, lnx1/x\frac{\ln x}{1/x}, qui est \frac{-\infty}{\infty}. On dérive : 1/x1/x2=x0\frac{1/x}{-1/x^{2}}=-x\to 0. Donc limx0+xlnx=0\lim_{x\to 0^{+}}x\ln x=0 : c'est la limite admise dans le calcul de 01lnxdx\int_{0}^{1}\ln x\,dx au chapitre des intégrales impropres. Pour (1+1x)x\left(1+\frac{1}{x}\right)^{x}, forme 11^{\infty} : on passe au logarithme. Soit yy l'expression; lny=xln(1+1x)=ln(1+1/x)1/x\ln y=x\ln\left(1+\frac{1}{x}\right)=\frac{\ln(1+1/x)}{1/x}, de la forme 00\frac{0}{0}. En dérivant haut et bas par rapport à xx : 1/x21+1/x1/x2=11+1/x1\frac{\frac{-1/x^{2}}{1+1/x}}{-1/x^{2}}=\frac{1}{1+1/x}\to 1. Donc lny1\ln y\to 1 et yey\to e : on retrouve la définition même du nombre ee, et la formule des intérêts composés continus.

d) L'erreur est d'appliquer la règle SANS vérifier l'indétermination. En x=1x=1 : le numérateur vaut 1+1=21+1=2 et le dénominateur 1+3=41+3=4 : la forme est 24\frac{2}{4}, parfaitement déterminée ! La fonction étant continue en 1, la limite s'obtient par simple substitution : 24=12\frac{2}{4}=\frac{1}{2}. Le résultat de l'étudiant, 2, est donc faux d'un facteur 4. Leçon : L'Hôpital n'est PAS une règle de calcul des limites, c'est un remède à une pathologie précise; appliqué à une limite saine, il donne un résultat sans aucun rapport. Toujours évaluer d'abord, et ne dériver que si l'on tombe effectivement sur 00\frac{0}{0} ou \frac{\infty}{\infty}.

Exercice 6 : La méthode de Newton

La figure montre la méthode de Newton sur f(x)=x22f(x)=x^{2}-2 à partir de x0=2x_{0}=2 : on suit la tangente jusqu'à l'axe, ce qui donne x1=1,5x_{1}=1{,}5, puis on recommence. La racine visée est 2\sqrt{2}.

11.21.41.61.822.2-0.50.511.522.5x0 = 2x1 = 1,5xy
  • a) Démontrez la formule xn+1=xnf(xn)f(xn)x_{n+1}=x_{n}-\frac{f(x_{n})}{f'(x_{n})} en écrivant l'équation de la tangente et en cherchant son intersection avec l'axe des xx.
  • b) Appliquez la méthode à f(x)=x22f(x)=x^{2}-2 avec x0=2x_{0}=2 : calculez x1x_{1}, x2x_{2} et x3x_{3}, et comparez à 2=1,41421356\sqrt{2}=1{,}41421356\ldots
  • c) Comptez les décimales exactes à chaque étape. Que constate-t-on, et comment cela se compare-t-il à la bissection du chapitre des limites ?
  • d) Donnez deux situations où la méthode échoue, et expliquez pourquoi le choix de x0x_{0} est déterminant.
Voir la correction

a) La tangente au point (xn,f(xn))(x_{n},f(x_{n})) a pour équation y=f(xn)+f(xn)(xxn)y=f(x_{n})+f'(x_{n})(x-x_{n}). On cherche où elle coupe l'axe, donc on pose y=0y=0 : 0=f(xn)+f(xn)(xxn)0=f(x_{n})+f'(x_{n})(x-x_{n}), d'où xxn=f(xn)f(xn)x-x_{n}=-\frac{f(x_{n})}{f'(x_{n})} et enfin x=xnf(xn)f(xn)x=x_{n}-\frac{f(x_{n})}{f'(x_{n})}. On appelle xn+1x_{n+1} cette abscisse : l'idée est qu'une courbe ressemble beaucoup à sa tangente près du point de contact, donc là où la tangente coupe l'axe, la courbe le coupe presque.

b) Ici f(x)=2xf'(x)=2x, donc la formule devient xn+1=xnxn222xn=xn2+1xnx_{n+1}=x_{n}-\frac{x_{n}^{2}-2}{2x_{n}}=\frac{x_{n}}{2}+\frac{1}{x_{n}}. Départ x0=2x_{0}=2 : x1=1+0,5=1,5x_{1}=1+0{,}5=1{,}5 (le point de la figure). Puis x2=0,75+11,5=1,41666667x_{2}=0{,}75+\frac{1}{1{,}5}=1{,}41666667. Puis x3=0,70833333+11,41666667=1,41421569x_{3}=0{,}70833333+\frac{1}{1{,}41666667}=1{,}41421569. La valeur exacte étant 1,414213561{,}41421356, trois itérations suffisent pour cinq décimales.

c) Décimales exactes : x1=1,5x_{1}=1{,}5 en donne 0; x2=1,4166x_{2}=1{,}4166\ldots en donne 2 (1,41); x3=1,41421569x_{3}=1{,}41421569 en donne 5 (1,41421); x4x_{4} en donnerait environ 11. Le nombre de décimales exactes DOUBLE à chaque tour : c'est la convergence QUADRATIQUE. Comparaison avec la bissection, qui gagne un facteur 2 par étape (soit environ une décimale toutes les 3,3 étapes) : pour dix décimales, Newton demande 4 itérations là où la bissection en réclame plus de trente. Anecdote utile : cette récurrence xn+1=xn2+1xnx_{n+1}=\frac{x_{n}}{2}+\frac{1}{x_{n}} était déjà connue des Babyloniens pour extraire des racines carrées, quinze siècles avant Newton.

d) Échec 1 : une dérivée NULLE ou presque nulle en xnx_{n} : la tangente est horizontale ou presque, et son intersection avec l'axe part à l'infini; le procédé diverge. Échec 2 : un mauvais point de départ, qui peut faire osciller la suite entre deux valeurs sans jamais converger, ou la faire converger vers une AUTRE racine que celle recherchée (le cas classique de f(x)=x32x+2f(x)=x^{3}-2x+2 avec x0=0x_{0}=0, qui boucle indéfiniment entre 0 et 1). Le choix de x0x_{0} est donc déterminant : la méthode n'est que LOCALE, elle raffine brillamment une estimation déjà correcte mais ne cherche pas globalement. La pratique combine les deux approches : quelques bissections, sûres mais lentes, pour approcher la racine, puis Newton pour la précision fulgurante.

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