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Calcul différentiel 201-NYA • Complément québécois de Terminale et cégep

Exercices corrigés : la différentielle et l'approximation linéaire (201-NYA)

Voici la série d'exercices corrigés de calcul différentiel 201-NYA sur la différentielle et l'approximation linéaire, le chapitre qui transforme la dérivée en outil de calcul approché. La partie A installe les fondations : la différentielle dy=f(x)dxdy=f'(x)dx et sa différence exacte avec l'accroissement réel Δy\Delta y, l'approximation d'une fonction par sa tangente au voisinage d'un point commode, et la propagation d'une erreur de mesure vers une grandeur calculée. La partie B monte au niveau examen : l'amplification de l'erreur relative par les exposants, les deux situations où l'approximation linéaire devient franchement mauvaise, et le lien avec la méthode de Newton et les polynômes de Taylor que le cours suivant reprendra.

Cette série s'adresse aux étudiants de cégep en Sciences de la nature (cours de calcul différentiel 201-NYA) comme aux élèves de Terminale du Lycée Marie de France et du Collège Stanislas qui suivent le complément québécois de mathématiques.

Le chapitre est celui qui relie le calcul différentiel au laboratoire de physique. Aucun instrument ne mesure exactement, et la question « une erreur de 1 pour cent sur le rayon donne quelle erreur sur le volume ? » se pose dans tous les rapports de laboratoire de la session. La réponse tient dans une seule ligne de calcul différentiel, et elle vaut la peine d'être comprise plutôt que mémorisée.

Rappel de cours

  • Différentielle : pour y=f(x)y=f(x), on pose dy=f(x)dxdy=f'(x)\,dx, où dxdx est un accroissement arbitraire de xx. dydy est l'accroissement mesuré le long de la TANGENTE.
  • Accroissement réel : Δy=f(x+dx)f(x)\Delta y=f(x+dx)-f(x), mesuré le long de la COURBE. On a Δydy\Delta y\approx dy pour dxdx petit, et l'écart Δydy\Delta y-dy tend vers zéro plus vite que dxdx.
  • Approximation linéaire (linéarisation) : f(x)L(x)=f(a)+f(a)(xa)f(x)\approx L(x)=f(a)+f'(a)(x-a) au voisinage de aa. LL est exactement l'équation de la tangente en aa. Choisir aa proche de xx ET commode à calculer.
  • Propagation d'erreur : si une grandeur xx est mesurée avec une erreur dxdx, l'erreur sur y=f(x)y=f(x) vaut approximativement dy=f(x)dxdy=f'(x)dx. Erreur ABSOLUE : dy|dy|. Erreur RELATIVE : dyy\left|\frac{dy}{y}\right|, souvent exprimée en pourcentage.
  • Amplification par les exposants : pour y=xny=x^{n}, l'erreur relative vérifie dyy=ndxx\frac{dy}{y}=n\frac{dx}{x}. Une erreur de 1 pour cent sur un rayon donne 2 pour cent sur une aire et 3 pour cent sur un volume.
  • Sens de l'erreur : si f>0f''>0 (courbe convexe), la tangente passe SOUS la courbe et l'approximation SOUS-ESTIME. Si f<0f''<0 (concave), la tangente passe au-dessus et l'approximation SURESTIME.
  • L'approximation linéaire est le polynôme de Taylor de degré 1. La méthode de Newton n'est rien d'autre que son application répétée.

Partie A : Différentielle, linéarisation et erreurs (/50)

Exercice 1 : La différentielle et l'accroissement réel

La figure montre y=x2y=x^{2} et sa tangente au point (3,9)(3,9). Sur un déplacement dxdx, la courbe monte de Δy\Delta y et la tangente de dydy : tout le chapitre tient dans l'écart entre ces deux montées.

2.42.83.23.6468101214xy
  • a) Définissez la différentielle dydy pour y=f(x)y=f(x), puis calculez dydy pour y=x2y=x^{2} au point x=3x=3 avec dx=0,1dx=0{,}1.
  • b) Calculez l'accroissement réel Δy\Delta y dans les mêmes conditions. Quel est l'écart avec dydy, et d'où vient-il exactement ?
  • c) Refaites le calcul avec dx=0,01dx=0{,}01 puis dx=0,001dx=0{,}001. Comment l'écart Δydy\Delta y-dy évolue-t-il par rapport à dxdx ?
  • d) En vous appuyant sur la figure, expliquez ce que représentent géométriquement dydy et Δy\Delta y, et pourquoi l'approximation s'améliore quand dxdx diminue.
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a) Définition : dy=f(x)dxdy=f'(x)\,dx, où dxdx est un accroissement arbitraire (et non nécessairement infinitésimal) de la variable. Ici f(x)=x2f(x)=x^{2}, donc f(x)=2xf'(x)=2x et f(3)=6f'(3)=6. Avec dx=0,1dx=0{,}1 : dy=6×0,1=0,6dy=6\times 0{,}1=0{,}6. Notez que dydy dépend de DEUX quantités, le point xx où l'on se place et l'accroissement dxdx que l'on s'accorde.

b) Δy=f(3,1)f(3)=9,619=0,61\Delta y=f(3{,}1)-f(3)=9{,}61-9=0{,}61. L'écart vaut Δydy=0,610,6=0,01\Delta y-dy=0{,}61-0{,}6=0{,}01. Il vient d'un calcul algébrique exact : Δy=(3+dx)232=6dx+(dx)2\Delta y=(3+dx)^{2}-3^{2}=6\,dx+(dx)^{2}, alors que dy=6dxdy=6\,dx. L'écart est donc exactement (dx)2=(0,1)2=0,01(dx)^{2}=(0{,}1)^{2}=0{,}01 ✓. Autrement dit, la différentielle capture la partie LINÉAIRE de l'accroissement et abandonne le terme quadratique. C'est le sens précis de « la dérivée linéarise la fonction ».

c) Avec dx=0,01dx=0{,}01 : dy=0,06dy=0{,}06, Δy=(3,01)29=0,0601\Delta y=(3{,}01)^{2}-9=0{,}0601, écart =0,0001=(dx)2=0{,}0001=(dx)^{2}. Avec dx=0,001dx=0{,}001 : dy=0,006dy=0{,}006, Δy=0,006001\Delta y=0{,}006001, écart =106=(dx)2=10^{-6}=(dx)^{2}. L'écart est le CARRÉ de dxdx : quand dxdx est divisé par 10, l'écart est divisé par 100. En proportion de dxdx lui-même, l'erreur relative Δydydx=dx\frac{\Delta y-dy}{dx}=dx tend vers zéro. C'est la propriété qui justifie tout l'usage pratique de la différentielle : l'erreur commise n'est pas seulement petite, elle est négligeable DEVANT dxdx.

d) Sur la figure, la parabole et sa tangente au point (3,9)(3,9) se quittent très lentement. En partant de x=3x=3 et en avançant de dxdx, la montée le long de la TANGENTE est dydy, et la montée le long de la COURBE est Δy\Delta y. La tangente étant une droite, sa montée est proportionnelle à dxdx, ce qui rend dydy facile à calculer; la courbe, elle, s'incurve légèrement au-dessus, d'où Δy>dy\Delta y>dy ici. L'approximation s'améliore quand dxdx diminue parce que, de plus en plus près du point de contact, la courbe et sa tangente deviennent visuellement indiscernables : c'est exactement ce que dit la dérivabilité, à savoir qu'une fonction dérivable est LOCALEMENT une droite. Sur la figure, l'écart n'est perceptible qu'aux extrémités du domaine tracé.

Exercice 2 : L'approximation linéaire : calculer sans calculatrice

Remplacer une fonction par sa tangente permet d'estimer de tête des valeurs qui exigeraient sinon une machine. Tout le travail consiste à choisir le bon point d'appui.

  • a) Écrivez la linéarisation L(x)L(x) de f(x)=xf(x)=\sqrt{x} en a=4a=4, puis estimez 4,1\sqrt{4{,}1}. Comparez à la valeur exacte et donnez l'erreur.
  • b) Estimez sin(0,1)\sin(0{,}1) par linéarisation en a=0a=0. Quelle approximation célèbre de physique retrouve-t-on ainsi ?
  • c) Établissez l'approximation générale (1+x)n1+nx(1+x)^{n}\approx 1+nx pour xx petit, puis estimez 1,033\sqrt[3]{1{,}03} et 11,02\frac{1}{1{,}02}.
  • d) Pour estimer 4,1\sqrt{4{,}1}, pourquoi choisir a=4a=4 plutôt que a=5a=5 ou a=4,1a=4{,}1 ? Énoncez le double critère de choix.
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a) f(x)=xf(x)=\sqrt{x}, f(x)=12xf'(x)=\frac{1}{2\sqrt{x}}, donc f(4)=2f(4)=2 et f(4)=14f'(4)=\frac{1}{4}. La linéarisation est L(x)=2+14(x4)L(x)=2+\frac{1}{4}(x-4). Estimation : 4,1L(4,1)=2+0,14=2,025\sqrt{4{,}1}\approx L(4{,}1)=2+\frac{0{,}1}{4}=2{,}025. Valeur exacte : 4,12,0248457\sqrt{4{,}1}\approx 2{,}0248457. L'erreur absolue vaut environ 0,0001540{,}000154, soit une erreur relative de 0,00760{,}0076 pour cent. Pour un calcul mental, la performance est remarquable : trois décimales correctes sans aucun outil.

b) f(x)=sinxf(x)=\sin x, f(x)=cosxf'(x)=\cos x, avec f(0)=0f(0)=0 et f(0)=1f'(0)=1 : L(x)=0+1(x0)=xL(x)=0+1\cdot(x-0)=x. Donc sin(0,1)0,1\sin(0{,}1)\approx 0{,}1, à comparer à la valeur exacte 0,09983340{,}0998334, soit une erreur de 1,67×1041{,}67\times 10^{-4}. On retrouve l'approximation des PETITS ANGLES, sinθθ\sin\theta\approx\theta (en radians), qui sert à linéariser l'équation du pendule simple en physique et sans laquelle le pendule n'aurait pas de période constante. C'est l'exemple le plus rentable du chapitre, car il explique pourquoi une approximation mathématique peut changer un modèle physique tout entier.

c) Avec f(x)=(1+x)nf(x)=(1+x)^{n} en a=0a=0 : f(0)=1f(0)=1 et f(x)=n(1+x)n1f'(x)=n(1+x)^{n-1} donne f(0)=nf'(0)=n. Donc L(x)=1+nxL(x)=1+nx, c'est-à-dire (1+x)n1+nx(1+x)^{n}\approx 1+nx pour xx petit. Applications. Pour 1,033=(1+0,03)1/31+0,033=1,01\sqrt[3]{1{,}03}=(1+0{,}03)^{1/3}\approx 1+\frac{0{,}03}{3}=1{,}01 (valeur exacte 1,0099011{,}009901, erreur 10410^{-4}). Pour 11,02=(1+0,02)110,02=0,98\frac{1}{1{,}02}=(1+0{,}02)^{-1}\approx 1-0{,}02=0{,}98 (valeur exacte 0,9803920{,}980392, erreur 4×1044\times 10^{-4}). Cette formule unique couvre les racines, les inverses et les puissances : c'est la plus utile du chapitre et elle mérite d'être sue par cœur.

d) Double critère. D'abord aa doit être PROCHE de la valeur visée, car l'erreur croît avec la distance xa|x-a| : a=5a=5 serait dix fois plus loin de 4,14{,}1 que a=4a=4, et l'estimation s'en ressentirait (L(4,1)L(4{,}1) construite en a=5a=5 donnerait 2,236+0,92(2,236)2,0352{,}236+\frac{-0{,}9}{2(2{,}236)}\approx 2{,}035, nettement moins bon). Ensuite aa doit être COMMODE, c'est-à-dire que f(a)f(a) et f(a)f'(a) doivent se calculer exactement et de tête : c'est ce qui disqualifie a=4,1a=4{,}1, pour lequel f(a)=4,1f(a)=\sqrt{4{,}1} est précisément la quantité inconnue que l'on cherche. Choisir a=4,1a=4{,}1 rendrait le raisonnement circulaire. Le bon point d'appui est donc le carré parfait, le cube parfait ou l'angle remarquable le plus proche : c'est toujours ainsi que se pose la question à l'examen.

Exercice 3 : La propagation des erreurs de mesure

Aucun instrument ne mesure exactement. La différentielle répond à la question que pose tout rapport de laboratoire : quelle erreur mon incertitude de mesure produit-elle sur la grandeur calculée ?

  • a) Le rayon d'une sphère est mesuré à 1010 cm avec une incertitude de ±0,05\pm 0{,}05 cm. Estimez l'erreur absolue sur le volume par la différentielle.
  • b) Calculez l'erreur relative sur le volume, en pourcentage. Comparez-la à l'erreur relative sur le rayon.
  • c) L'arête d'un cube est mesurée à 5,005{,}00 cm avec une incertitude de ±0,02\pm 0{,}02 cm. Donnez l'erreur absolue et relative sur le volume, puis sur l'aire totale.
  • d) Pourquoi utilise-t-on dVdV plutôt que ΔV\Delta V pour ce genre de calcul, alors que ΔV\Delta V serait exact ? Vérifiez sur la sphère du point a) que l'écart est négligeable.
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a) V=43πr3V=\frac{4}{3}\pi r^{3}, donc dVdr=4πr2\frac{dV}{dr}=4\pi r^{2} et dV=4πr2drdV=4\pi r^{2}\,dr. Avec r=10r=10 et dr=0,05dr=0{,}05 : dV=4π(100)(0,05)=20π62,83dV=4\pi(100)(0{,}05)=20\pi\approx 62{,}83 cm³. Le volume lui-même vaut V=43π(1000)4188,79V=\frac{4}{3}\pi(1000)\approx 4188{,}79 cm³. On écrit donc V=4188,8±62,8V=4188{,}8\pm 62{,}8 cm³. Remarquez que 4πr24\pi r^{2} est l'AIRE de la sphère : l'erreur sur le volume est l'aire multipliée par l'épaisseur drdr, ce qui est exactement la coquille mince ajoutée, et l'interprétation géométrique tombe juste.

b) Erreur relative sur le volume : dVV=4πr2dr43πr3=3drr\frac{dV}{V}=\frac{4\pi r^{2}dr}{\frac{4}{3}\pi r^{3}}=\frac{3\,dr}{r}. Numériquement : 3×0,0510=0,015\frac{3\times 0{,}05}{10}=0{,}015, soit 1,51{,}5 pour cent. L'erreur relative sur le rayon vaut drr=0,0510=0,005\frac{dr}{r}=\frac{0{,}05}{10}=0{,}005, soit 0,50{,}5 pour cent. Le rapport est exactement 3 : l'erreur relative est TRIPLÉE en passant du rayon au volume. On peut vérifier directement, 62,834188,79=0,0150\frac{62{,}83}{4188{,}79}=0{,}0150 ✓.

c) Volume du cube : V=a3V=a^{3}, donc dV=3a2da=3(25)(0,02)=1,5dV=3a^{2}da=3(25)(0{,}02)=1{,}5 cm³, sur un volume V=125V=125 cm³, soit une erreur relative de 1,5125=1,2\frac{1{,}5}{125}=1{,}2 pour cent (ou directement 3×0,025=3×0,43\times\frac{0{,}02}{5}=3\times 0{,}4 pour cent). Aire totale : A=6a2A=6a^{2}, donc dA=12ada=12(5)(0,02)=1,2dA=12a\,da=12(5)(0{,}02)=1{,}2 cm², sur A=150A=150 cm², soit 0,80{,}8 pour cent (ou 2×0,42\times 0{,}4 pour cent). On voit apparaître le facteur 3 pour le volume et le facteur 2 pour l'aire, conformément aux exposants.

d) On utilise dVdV parce qu'il est LINÉAIRE en drdr, donc immédiat à calculer et à interpréter, alors que ΔV\Delta V exige de développer un cube et fournit une expression encombrante sans gain de sens. Vérification sur la sphère : ΔV=43π(10,053103)=43π(1015,0751000)=43π(15,0751)63,14\Delta V=\frac{4}{3}\pi\left(10{,}05^{3}-10^{3}\right)=\frac{4}{3}\pi(1015{,}075-1000)=\frac{4}{3}\pi(15{,}0751)\approx 63{,}14 cm³, contre dV62,83dV\approx 62{,}83 cm³. L'écart vaut 0,310{,}31 cm³, soit un demi pour cent de l'erreur elle-même, et 0,0070{,}007 pour cent du volume. Il est doublement négligeable : d'abord parce qu'il est minuscule, ensuite et surtout parce que l'incertitude de mesure ±0,05\pm 0{,}05 n'est elle-même connue qu'approximativement. Raffiner le calcul d'erreur au-delà de la précision de l'incertitude n'aurait aucun sens physique, et c'est l'argument décisif en laboratoire.

Exercice 4 : Le tableau des approximations usuelles et leur domaine de validité

Cinq linéarisations reviennent partout en sciences. Les connaître par cœur fait gagner du temps; savoir JUSQU'OÙ elles restent acceptables évite de les employer là où elles mentent.

  • a) Établissez les cinq approximations usuelles au voisinage de 0 : sinx\sin x, tanx\tan x, exe^{x}, ln(1+x)\ln(1+x) et 1+x\sqrt{1+x}.
  • b) Calculez l'erreur relative de sinxx\sin x\approx x pour x=0,1x=0{,}1 puis x=0,5x=0{,}5 radian. Le rapport entre les deux erreurs vous surprend-il ?
  • c) Jusqu'à quelle valeur de xx l'approximation sinxx\sin x\approx x reste-t-elle fidèle à 1 pour cent près ? Convertissez en degrés.
  • d) Classez les cinq approximations de la plus fidèle à la moins fidèle en x=0,1x=0{,}1, et expliquez le lien avec la dérivée seconde.
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a) Chacune est la linéarisation f(x)f(0)+f(0)xf(x)\approx f(0)+f'(0)x en a=0a=0. Pour sin\sin : f(0)=0f(0)=0, f(0)=cos0=1f'(0)=\cos 0=1, donc sinxx\sin x\approx x. Pour tan\tan : f(0)=0f(0)=0, f(0)=sec20=1f'(0)=\sec^{2}0=1, donc tanxx\tan x\approx x. Pour l'exponentielle : f(0)=1f(0)=1, f(0)=1f'(0)=1, donc ex1+xe^{x}\approx 1+x. Pour le logarithme : f(0)=ln1=0f(0)=\ln 1=0, f(x)=11+xf'(x)=\frac{1}{1+x} donc f(0)=1f'(0)=1, d'où ln(1+x)x\ln(1+x)\approx x. Pour la racine : f(0)=1f(0)=1, f(x)=121+xf'(x)=\frac{1}{2\sqrt{1+x}} donc f(0)=12f'(0)=\frac{1}{2}, d'où 1+x1+x2\sqrt{1+x}\approx 1+\frac{x}{2}. Cette dernière est le cas n=12n=\frac{1}{2} de la formule générale (1+x)n1+nx(1+x)^{n}\approx 1+nx, qui les résume toutes pour les puissances.

b) Pour x=0,1x=0{,}1 : sin(0,1)=0,0998334\sin(0{,}1)=0{,}0998334, l'approximation donne 0,10{,}1, l'erreur absolue vaut 1,666×1041{,}666\times 10^{-4} et l'erreur RELATIVE 1,666×1040,09983340,167\frac{1{,}666\times 10^{-4}}{0{,}0998334}\approx 0{,}167 pour cent. Pour x=0,5x=0{,}5 : sin(0,5)=0,4794255\sin(0{,}5)=0{,}4794255, l'erreur absolue vaut 0,02057450{,}0205745 et l'erreur relative 4,29\approx 4{,}29 pour cent. L'argument a été multiplié par 5, mais l'erreur relative par environ 26, soit 525^{2}. Cela ne devrait pas surprendre : l'erreur de linéarisation est en (xa)2(x-a)^{2}, donc quintupler la distance au point d'appui multiplie l'erreur par 25. Le comportement quadratique de l'erreur est le fait central du chapitre.

c) L'erreur relative de sinxx\sin x\approx x vaut approximativement x26\frac{x^{2}}{6}, puisque sinxxx36\sin x\approx x-\frac{x^{3}}{6} au degré 3. On impose x260,01\frac{x^{2}}{6}\leq 0{,}01, soit x20,06x^{2}\leq 0{,}06 et x0,245x\leq 0{,}245 radian. Vérification directe : sin(0,245)=0,242556\sin(0{,}245)=0{,}242556, l'erreur relative vaut 0,2450,2425560,2425561,008\frac{0{,}245-0{,}242556}{0{,}242556}\approx 1{,}008 pour cent, effectivement au seuil ✓. Conversion : 0,2450{,}245 rad =0,245×180π14,0=0{,}245\times\frac{180}{\pi}\approx 14{,}0^{\circ}. Retenir donc que l'approximation des petits angles est fiable à 1 pour cent jusqu'à environ QUATORZE DEGRÉS, ce qui est bien plus généreux que l'intuition ne le suggère, et ce qui explique qu'on l'emploie sans remords pour un pendule de faible amplitude.

d) Erreurs relatives en x=0,1x=0{,}1 : 1+x\sqrt{1+x} donne 0,1140{,}114 pour cent; sinx\sin x donne 0,1670{,}167 pour cent; exe^{x} donne 0,4680{,}468 pour cent; ln(1+x)\ln(1+x) donne 4,924{,}92 pour cent... et tanx\tan x donne environ 0,330{,}33 pour cent. Classement du plus fidèle au moins fidèle : 1+x\sqrt{1+x}, sinx\sin x, tanx\tan x, exe^{x}, puis ln(1+x)\ln(1+x). Le lien avec la dérivée seconde est direct, puisque l'erreur vaut f(c)2(xa)2\frac{f''(c)}{2}(x-a)^{2} : plus f(0)\left|f''(0)\right| est grand, plus l'approximation se dégrade vite. Les valeurs le confirment : (1+x)(0)=14\left(\sqrt{1+x}\right)''(0)=-\frac{1}{4} (la plus petite en valeur absolue, et la meilleure approximation); (sinx)(0)=0(\sin x)''(0)=0 (nulle, ce qui rend sin\sin exceptionnellement bien approché, l'erreur n'apparaissant qu'au degré 3); (ex)(0)=1(e^{x})''(0)=1; (ln(1+x))(0)=1\left(\ln(1+x)\right)''(0)=-1. Le cas du sinus mérite attention : sa dérivée seconde s'annule en 0, donc la linéarisation y est meilleure que la formule générale ne le laisse craindre, et c'est pourquoi elle bat l'exponentielle malgré des dérivées secondes de même ordre.

Exercice 5 : Estimer une variation dans une formule

La différentielle ne sert pas qu'aux erreurs de mesure : elle répond aussi à la question « si je change ce paramètre de tant, de combien varie le résultat ? », qui est celle de l'ingénieur.

  • a) Un pendule de longueur L=1,00L=1{,}00 m a pour période T=2πLgT=2\pi\sqrt{\frac{L}{g}} avec g=9,81g=9{,}81 m/s². On allonge la tige de 3 pour cent. Estimez la variation de période par la différentielle, puis comparez à la variation exacte.
  • b) L'énergie cinétique d'une voiture de 1200 kg est E=12mv2E=\frac{1}{2}mv^{2}. Sa vitesse passe de 20 m/s à 20,4 m/s. Estimez ΔE\Delta E par la différentielle et comparez à la valeur exacte.
  • c) Pour cette même énergie, une augmentation de vitesse de 2 pour cent produit quelle augmentation d'énergie, en pourcentage ? Retrouvez le résultat sans calculer aucune énergie.
  • d) Pourquoi la différentielle donne-t-elle ici une valeur légèrement DIFFÉRENTE de la variation exacte, et dans quel sens se trompe-t-elle pour ces deux fonctions ?
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a) T=2πLgT=2\pi\sqrt{\frac{L}{g}} donne T(1,00)=2π19,812,00607T(1{,}00)=2\pi\sqrt{\frac{1}{9{,}81}}\approx 2{,}00607 s. La longueur intervenant avec l'exposant 12\frac{1}{2}, l'erreur relative se transporte selon dTT=12dLL=12(0,03)=0,015\frac{dT}{T}=\frac{1}{2}\frac{dL}{L}=\frac{1}{2}(0{,}03)=0{,}015, soit 1,5 pour cent. D'où dT=0,015×2,006070,03009dT=0{,}015\times 2{,}00607\approx 0{,}03009 s. Valeur exacte : T(1,03)=2π1,039,812,03594T(1{,}03)=2\pi\sqrt{\frac{1{,}03}{9{,}81}}\approx 2{,}03594 s, donc ΔT0,02987\Delta T\approx 0{,}02987 s. L'estimation est correcte à moins d'un pour cent de l'écart lui-même, ce qui est amplement suffisant pour un dimensionnement.

b) E=12(1200)v2=600v2E=\frac{1}{2}(1200)v^{2}=600v^{2}, donc dE=1200vdvdE=1200v\,dv. Avec v=20v=20 et dv=0,4dv=0{,}4 : dE=1200(20)(0,4)=9600dE=1200(20)(0{,}4)=9600 J. Valeur exacte : E(20,4)E(20)=600(416,16400)=600(16,16)=9696E(20{,}4)-E(20)=600\left(416{,}16-400\right)=600(16{,}16)=9696 J. L'écart entre les deux vaut 96 J, soit 1 pour cent de l'estimation : la différentielle sous-estime légèrement, et le point d) explique pourquoi.

c) L'exposant de vv dans E=12mv2E=\frac{1}{2}mv^{2} vaut 2, donc dEE=2dvv=2(0,02)=0,04\frac{dE}{E}=2\frac{dv}{v}=2(0{,}02)=0{,}04, soit 4 pour cent. Aucun calcul d'énergie n'est nécessaire : la règle d'amplification par l'exposant suffit. Vérification avec les chiffres du point b) : 9696240000=0,0404\frac{9696}{240000}=0{,}0404, soit 4,04 pour cent ✓. C'est ce facteur 2 qui explique qu'un excès de vitesse de 10 pour cent augmente l'énergie à dissiper au freinage de 21 pour cent, et c'est l'argument physique central des campagnes de sécurité routière.

d) La différentielle ne retient que la partie LINÉAIRE de la variation : elle mesure la montée le long de la TANGENTE, alors que la variation exacte suit la COURBE. L'écart est le terme d'ordre 2 négligé, soit approximativement f2(dx)2\frac{f''}{2}(dx)^{2}. Pour l'énergie, E(v)=600v2E(v)=600v^{2} est CONVEXE (E=1200>0E''=1200>0), la tangente passe donc sous la courbe et la différentielle SOUS-ESTIME : on trouve bien 9600 J contre 9696 J réels. On peut même retrouver l'écart exactement, puisque pour un polynôme de degré 2 le terme négligé vaut 600(dv)2=600(0,16)=96600(dv)^{2}=600(0{,}16)=96 J ✓, ce qui rend compte de la totalité de la différence. Pour la période, T(L)LT(L)\propto\sqrt{L} est CONCAVE, la tangente passe au-dessus de la courbe et la différentielle SURESTIME : 0,030090{,}03009 s annoncés contre 0,029870{,}02987 s réels ✓. Le sens de l'erreur se lit donc, dans les deux cas, sur le signe de la dérivée seconde, exactement comme pour l'approximation linéaire.

Partie B : Fiabilité, encadrement et problème inverse (/50)

Exercice 6 : L'amplification de l'erreur relative

Un résultat général gouverne toute la propagation d'erreur en sciences : l'exposant multiplie l'erreur relative. Il se démontre en trois lignes et se réutilise partout.

  • a) Démontrez que pour y=xny=x^{n}, on a dyy=ndxx\frac{dy}{y}=n\frac{dx}{x}. Le résultat dépend-il du signe de nn ?
  • b) Une erreur de mesure de 1 pour cent sur le rayon d'un disque produit quelle erreur sur son aire ? Et sur le rayon si c'est l'aire qui est mesurée à 1 pour cent près ?
  • c) La période d'un pendule est T=2πLgT=2\pi\sqrt{\frac{L}{g}}. Une erreur de 2 pour cent sur LL produit quelle erreur relative sur TT ? Commentez le confort de ce résultat pour l'expérimentateur.
  • d) Pour mesurer gg par la formule g=4π2LT2g=\frac{4\pi^{2}L}{T^{2}}, faut-il soigner davantage la mesure de LL ou celle de TT ? Justifiez quantitativement.
Voir la correction

a) De y=xny=x^{n} on tire dy=nxn1dxdy=nx^{n-1}dx, donc dyy=nxn1dxxn=ndxx\frac{dy}{y}=\frac{nx^{n-1}dx}{x^{n}}=n\frac{dx}{x} ✓. La démonstration n'utilise à aucun moment le signe de nn, ni le fait qu'il soit entier : le résultat vaut pour nn négatif (inverses) et pour nn fractionnaire (racines). Pour nn négatif, l'erreur relative change de SIGNE, ce qui traduit simplement qu'augmenter xx diminue yy; en valeur absolue l'amplification reste n|n|. Une manière élégante d'obtenir le même résultat est la dérivation logarithmique : lny=nlnx\ln y=n\ln x, puis en différentiant, dyy=ndxx\frac{dy}{y}=n\frac{dx}{x} directement.

b) Aire du disque : A=πr2A=\pi r^{2}, exposant n=2n=2, donc dAA=2drr=2\frac{dA}{A}=2\frac{dr}{r}=2 pour cent. Dans l'autre sens, si c'est l'aire qui est connue à 1 pour cent près, alors r=Aπr=\sqrt{\frac{A}{\pi}} a pour exposant n=12n=\frac{1}{2}, d'où drr=12dAA=0,5\frac{dr}{r}=\frac{1}{2}\frac{dA}{A}=0{,}5 pour cent. La relation s'inverse en inversant l'exposant, ce qui est cohérent : mesurer une grandeur puis en extraire une racine ATTÉNUE l'erreur, alors que l'élever à une puissance l'amplifie.

c) T=2πLgT=2\pi\sqrt{\frac{L}{g}} dépend de LL avec l'exposant n=12n=\frac{1}{2}, donc dTT=12dLL=12(2 pour cent)=1\frac{dT}{T}=\frac{1}{2}\frac{dL}{L}=\frac{1}{2}(2\text{ pour cent})=1 pour cent. L'erreur est DIVISÉE par deux en passant de la longueur à la période. C'est très confortable pour l'expérimentateur : la racine carrée amortit les imprécisions, si bien qu'une mesure de longueur médiocre donne tout de même une période acceptable. C'est l'une des raisons pour lesquelles le pendule a longtemps servi d'étalon de temps.

d) Il faut soigner davantage la mesure de TT. Dans g=4π2LT2g=\frac{4\pi^{2}L}{T^{2}}, la longueur intervient avec l'exposant +1+1 et la période avec l'exposant 2-2. En combinant les contributions : dgg=dLL2dTT\frac{dg}{g}=\frac{dL}{L}-2\frac{dT}{T}, donc en valeur absolue, une erreur de 1 pour cent sur LL donne 1 pour cent sur gg, alors qu'une erreur de 1 pour cent sur TT en donne 2. La mesure du temps pèse DEUX FOIS plus lourd que celle de la longueur. Conséquence pratique classique en laboratoire : plutôt que de chronométrer une seule oscillation, on en chronomètre vingt et on divise, ce qui divise l'erreur relative sur TT par vingt et rend sa contribution négligeable. C'est le raisonnement d'erreur qui dicte le protocole expérimental, et non l'inverse.

Exercice 7 : Quand l'approximation linéaire devient mauvaise

La figure montre y=xy=\sqrt{x} et sa tangente en x=4x=4. Elles se ressemblent près du point de contact et divergent visiblement ensuite : deux facteurs distincts gouvernent cette divergence.

246810121234xy
  • a) Utilisez la linéarisation de x\sqrt{x} en a=4a=4 pour estimer 9\sqrt{9}. Comparez à la valeur exacte et donnez l'erreur relative.
  • b) L'estimation du point a) est-elle trop grande ou trop petite ? Reliez la réponse au signe de ff'' et vérifiez-la sur la figure.
  • c) Estimez e0,5e^{0{,}5} par linéarisation en a=0a=0. L'erreur est-elle par excès ou par défaut ? Même question de justification.
  • d) Énoncez les DEUX facteurs qui dégradent l'approximation linéaire, et dites lequel explique l'erreur du point a).
Voir la correction

a) La linéarisation vaut L(x)=2+x44L(x)=2+\frac{x-4}{4}, donc L(9)=2+54=3,25L(9)=2+\frac{5}{4}=3{,}25, alors que 9=3\sqrt{9}=3 exactement. L'erreur absolue est de 0,250{,}25 et l'erreur relative de 0,2538,3\frac{0{,}25}{3}\approx 8{,}3 pour cent. À comparer aux 0,00760{,}0076 pour cent obtenus pour 4,1\sqrt{4{,}1} avec la même linéarisation : l'erreur a été multipliée par plus de mille, uniquement parce qu'on s'est éloigné du point d'appui.

b) L'estimation est TROP GRANDE (3,25>33{,}25>3). Justification par la concavité : f(x)=x1/2f(x)=x^{1/2} donne f(x)=12x1/2f'(x)=\frac{1}{2}x^{-1/2} puis f(x)=14x3/2<0f''(x)=-\frac{1}{4}x^{-3/2}<0 pour tout x>0x>0. La fonction est donc CONCAVE, sa tangente passe au-DESSUS de la courbe en tout point autre que le point de contact, et l'approximation SURESTIME systématiquement. La figure le confirme : la droite est au-dessus de la racine partout sauf en x=4x=4 où elles se touchent. Ce n'est pas un accident du point choisi : pour une fonction concave, la surestimation est garantie sur tout le domaine.

c) f(x)=exf(x)=e^{x} en a=0a=0 : f(0)=1f(0)=1, f(0)=1f'(0)=1, donc L(x)=1+xL(x)=1+x et L(0,5)=1,5L(0{,}5)=1{,}5. La valeur exacte est e0,51,64872e^{0{,}5}\approx 1{,}64872, donc l'estimation est TROP PETITE, avec une erreur de 0,1490{,}149 (environ 9 pour cent). Justification : f(x)=ex>0f''(x)=e^{x}>0 partout, la fonction est CONVEXE, sa tangente passe SOUS la courbe, et l'approximation sous-estime systématiquement. La règle générale se retient donc en une phrase : le signe de ff'' donne le sens de l'erreur, convexe donne une sous-estimation et concave une surestimation.

d) Les deux facteurs. Premier facteur, la DISTANCE xa|x-a| au point d'appui : l'erreur croît essentiellement comme le carré de cette distance, ce qui explique qu'elle explose vite. Second facteur, la COURBURE, mesurée par f|f''| au voisinage : une fonction très incurvée s'écarte rapidement de sa tangente, une fonction presque droite reste proche longtemps. Le résultat précis, que le chapitre des séries de Taylor démontrera, est que l'erreur vaut f(c)2(xa)2\frac{f''(c)}{2}(x-a)^{2} pour un certain cc entre aa et xx : les deux facteurs y apparaissent explicitement, en produit. Pour le point a), c'est clairement la DISTANCE qui est en cause : la courbure de x\sqrt{x} est faible et diminue même quand xx augmente, mais on s'est éloigné de 5 unités au lieu de 0,10{,}1, et le carré de cette distance vaut 2525 contre 0,010{,}01, soit un facteur 25002500 qui rend compte de l'essentiel de la dégradation observée.

Exercice 8 : Synthèse : la linéarisation comme premier étage

L'approximation linéaire n'est pas un truc isolé : c'est le premier étage d'une construction que le cours de calcul intégral achèvera, et le moteur d'une méthode numérique déjà vue.

  • a) Montrez que la méthode de Newton, xn+1=xnf(xn)f(xn)x_{n+1}=x_{n}-\frac{f(x_{n})}{f'(x_{n})}, n'est que l'approximation linéaire appliquée en boucle. Que cherche-t-on à chaque étape ?
  • b) Appliquez deux itérations de Newton à f(x)=x22f(x)=x^{2}-2 en partant de x0=1,5x_{0}=1{,}5, et comparez à 2\sqrt{2}.
  • c) L'approximation linéaire est le polynôme de Taylor de degré 1. Écrivez le polynôme de degré 2 de x\sqrt{x} en a=4a=4 et réestimez 9\sqrt{9}. De combien l'erreur du point précédent est-elle réduite ?
  • d) Dressez la liste de contrôle du chapitre : devant un énoncé, comment reconnaître qu'il appelle une différentielle, une linéarisation ou un calcul d'erreur ?
Voir la correction

a) À l'étape nn, on remplace ff par sa linéarisation en xnx_{n}, soit L(x)=f(xn)+f(xn)(xxn)L(x)=f(x_{n})+f'(x_{n})(x-x_{n}), puis on cherche où cette DROITE coupe l'axe des abscisses. En résolvant L(x)=0L(x)=0 : f(xn)+f(xn)(xxn)=0f(x_{n})+f'(x_{n})(x-x_{n})=0, d'où x=xnf(xn)f(xn)x=x_{n}-\frac{f(x_{n})}{f'(x_{n})}, ce qui est exactement la formule de Newton ✓. À chaque étape on cherche donc le zéro de la TANGENTE, en espérant qu'il soit plus proche du zéro de la courbe que le point de départ. La méthode converge très vite parce que l'erreur de linéarisation est quadratique : chaque itération double approximativement le nombre de décimales exactes.

b) f(x)=x22f(x)=x^{2}-2, f(x)=2xf'(x)=2x, donc xn+1=xnxn222xn=xn2+1xnx_{n+1}=x_{n}-\frac{x_{n}^{2}-2}{2x_{n}}=\frac{x_{n}}{2}+\frac{1}{x_{n}}. Première itération depuis x0=1,5x_{0}=1{,}5 : x1=0,75+0,6667=1,416667x_{1}=0{,}75+0{,}6667=1{,}416667. Seconde : x2=0,708333+0,705882=1,4142157x_{2}=0{,}708333+0{,}705882=1{,}4142157. Or 2=1,4142136\sqrt{2}=1{,}4142136 : après deux itérations seulement, six décimales sont exactes. On observe bien le doublement annoncé, l'erreur passant de 8,6×1028{,}6\times 10^{-2} à 2,5×1032{,}5\times 10^{-3} puis à 2,1×1062{,}1\times 10^{-6}.

c) Le polynôme de Taylor de degré 2 est P2(x)=f(a)+f(a)(xa)+f(a)2(xa)2P_{2}(x)=f(a)+f'(a)(x-a)+\frac{f''(a)}{2}(x-a)^{2}. Pour f(x)=xf(x)=\sqrt{x} en a=4a=4 : f(4)=2f(4)=2, f(4)=14f'(4)=\frac{1}{4}, et f(x)=14x3/2f''(x)=-\frac{1}{4}x^{-3/2} donne f(4)=132f''(4)=-\frac{1}{32}. Donc P2(x)=2+x44(x4)264P_{2}(x)=2+\frac{x-4}{4}-\frac{(x-4)^{2}}{64}. En x=9x=9 : P2(9)=2+1,252564=3,250,390625=2,859375P_{2}(9)=2+1{,}25-\frac{25}{64}=3{,}25-0{,}390625=2{,}859375. L'erreur passe de 0,250{,}25 (par excès) à 0,1406250{,}140625 (par défaut), soit une réduction d'environ 44 pour cent, et le sens de l'erreur s'est inversé. La correction va dans le bon sens mais reste insuffisante ici, ce qui confirme le diagnostic du point d) de l'exercice précédent : à cette distance du point d'appui, aucun polynôme de bas degré ne peut suffire. Ajouter des étages ne remplace jamais un bon point de départ.

d) Liste de contrôle. 1) L'énoncé demande « de combien varie approximativement » une grandeur pour une petite variation d'une autre : c'est une DIFFÉRENTIELLE, calculer dy=f(x)dxdy=f'(x)dx. 2) L'énoncé demande d'ESTIMER une valeur numérique sans calculatrice (racine, puissance, fonction trigonométrique d'un angle proche d'un angle remarquable) : c'est une LINÉARISATION, choisir le point d'appui commode le plus proche et écrire L(x)=f(a)+f(a)(xa)L(x)=f(a)+f'(a)(x-a). 3) L'énoncé fournit une mesure avec une incertitude et demande l'effet sur une grandeur calculée : c'est une PROPAGATION D'ERREUR, avec deux réponses possibles à distinguer, l'erreur absolue dy|dy| et l'erreur relative dyy\left|\frac{dy}{y}\right| en pourcentage; se rappeler que les exposants multiplient l'erreur relative. 4) L'énoncé demande si l'estimation est par excès ou par défaut : regarder le signe de ff''. Et dans tous les cas, vérifier que dxdx est effectivement PETIT devant xx, faute de quoi la méthode ne garantit plus rien.

Exercice 9 : La tangente contre l'interpolation linéaire

Deux droites peuvent approcher une courbe : la TANGENTE, qui la touche en un point, et la SÉCANTE, qui la coupe en deux. Laquelle vaut mieux dépend entièrement de l'endroit où l'on estime.

  • a) Écrivez la linéarisation de f(x)=xf(x)=\sqrt{x} en a=4a=4, puis l'équation de la sécante joignant les points (4,2)(4,2) et (9,3)(9,3).
  • b) Estimez 4,5\sqrt{4{,}5} par les deux droites et comparez les erreurs. Laquelle gagne ?
  • c) Estimez 8\sqrt{8} par les deux droites. Laquelle gagne cette fois, et pourquoi le classement s'est-il inversé ?
  • d) Les erreurs des deux méthodes sont de SIGNES opposés. Expliquez pourquoi, et dites ce que cela permet d'affirmer sur la vraie valeur.
Voir la correction

a) TANGENTE : f(x)=12xf'(x)=\frac{1}{2\sqrt{x}} donne f(4)=14f'(4)=\frac{1}{4}, d'où L(x)=2+x44L(x)=2+\frac{x-4}{4}. SÉCANTE : elle passe par (4,2)(4,2) et (9,3)(9,3), sa pente vaut 3294=15=0,2\frac{3-2}{9-4}=\frac{1}{5}=0{,}2, d'où S(x)=2+0,2(x4)S(x)=2+0{,}2(x-4). Notez que la sécante exige de connaître DEUX valeurs exactes de la fonction, alors que la tangente n'en demande qu'une, mais réclame en revanche la dérivée.

b) L(4,5)=2+0,54=2,125L(4{,}5)=2+\frac{0{,}5}{4}=2{,}125 et S(4,5)=2+0,2(0,5)=2,100S(4{,}5)=2+0{,}2(0{,}5)=2{,}100. Valeur exacte : 4,52,121320\sqrt{4{,}5}\approx 2{,}121320. Erreurs : la tangente donne +0,00368+0{,}00368, la sécante 0,02132-0{,}02132. La TANGENTE gagne nettement, d'un facteur près de 6. C'est attendu : 4,54{,}5 est tout près du point de contact a=4a=4, là où la tangente épouse la courbe au plus serré.

c) L(8)=2+44=3L(8)=2+\frac{4}{4}=3 et S(8)=2+0,2(4)=2,800S(8)=2+0{,}2(4)=2{,}800. Valeur exacte : 82,828427\sqrt{8}\approx 2{,}828427. Erreurs : la tangente donne +0,17157+0{,}17157, la sécante 0,02843-0{,}02843. La SÉCANTE gagne cette fois, d'un facteur 6 également. Le classement s'est inversé parce que 88 est LOIN du point de contact a=4a=4 mais proche du milieu de l'intervalle [4,9][4,9] sur lequel la sécante a été construite. L'erreur de la tangente croît comme le carré de la distance à aa et devient donc catastrophique en s'éloignant, alors que l'erreur de la sécante est BORNÉE sur tout l'intervalle et minimale vers son centre. Règle pratique : la tangente pour extrapoler tout près d'un point connu, la sécante (interpolation) pour estimer entre deux points connus.

d) Les signes sont opposés parce que x\sqrt{x} est CONCAVE (f(x)=14x3/2<0f''(x)=-\frac{1}{4}x^{-3/2}<0). Pour une fonction concave, la tangente passe entièrement AU-DESSUS de la courbe, donc elle surestime toujours : les deux erreurs de tangente sont bien positives. Et la corde joignant deux points d'une courbe concave passe entièrement EN DESSOUS de l'arc, donc la sécante sous-estime toujours : les deux erreurs de sécante sont bien négatives. Ce que cela permet d'affirmer est précieux : la vraie valeur est nécessairement COMPRISE entre les deux estimations. On obtient donc un ENCADREMENT gratuit, sans connaître la réponse. Pour 8\sqrt{8} : 2,800<8<3,0002{,}800<\sqrt{8}<3{,}000, ce qui est vrai ✓, et pour 4,5\sqrt{4{,}5} : 2,100<4,5<2,1252{,}100<\sqrt{4{,}5}<2{,}125 ✓. Un encadrement vaut toujours mieux qu'une estimation isolée, car il porte sa propre garantie d'erreur; et pour une fonction convexe les deux rôles s'échangent simplement, la tangente passant dessous et la corde dessus.

Exercice 10 : Problème inverse : quelle précision de mesure exiger ?

Jusqu'ici on partait de l'incertitude pour trouver l'erreur. Le problème réel de l'ingénieur est l'inverse : on impose la précision du RÉSULTAT et l'on doit en déduire celle exigée de l'INSTRUMENT.

  • a) On veut connaître le volume d'une sphère à 1 pour cent près. Quelle précision relative faut-il sur le rayon ? Si r10r\approx 10 cm, quelle précision absolue cela impose-t-il ?
  • b) On veut la période d'un pendule à 0,1 pour cent près. Quelle précision relative faut-il sur la longueur ? Pour L1L\approx 1 m, exprimez-la en millimètres.
  • c) On mesure gg par g=4π2LT2g=\frac{4\pi^{2}L}{T^{2}} et l'on vise 0,5 pour cent sur gg. En répartissant équitablement l'exigence entre les deux mesures, quelle précision relative demander sur LL et sur TT ?
  • d) Cette répartition équitable est-elle le meilleur choix ? Quelle mesure a-t-on intérêt à soigner en priorité, et quel geste expérimental simple permet d'y parvenir ?
Voir la correction

a) Pour V=43πr3V=\frac{4}{3}\pi r^{3}, l'exposant vaut 3, donc dVV=3drr\frac{dV}{V}=3\frac{dr}{r}. On impose dVV0,01\left|\frac{dV}{V}\right|\leq 0{,}01, d'où drr0,0130,00333\frac{dr}{r}\leq\frac{0{,}01}{3}\approx 0{,}00333, soit environ 0,33 pour cent. Avec r10r\approx 10 cm : dr10×0,00333=0,0333dr\leq 10\times 0{,}00333=0{,}0333 cm, c'est-à-dire environ 0,33 mm. L'exigence sur l'instrument est donc TROIS FOIS plus sévère que celle sur le résultat : c'est l'amplification par l'exposant, lue à l'envers.

b) Pour T=2πLgT=2\pi\sqrt{\frac{L}{g}}, l'exposant de LL vaut 12\frac{1}{2}, donc dTT=12dLL\frac{dT}{T}=\frac{1}{2}\frac{dL}{L}. On impose dTT0,001\left|\frac{dT}{T}\right|\leq 0{,}001, d'où dLL0,002\frac{dL}{L}\leq 0{,}002, soit 0,2 pour cent. Pour L1L\approx 1 m : dL0,002dL\leq 0{,}002 m =2=2 mm. Ici l'exigence sur l'instrument est DEUX FOIS PLUS DOUCE que celle sur le résultat, parce que l'exposant est inférieur à 1 : la racine carrée amortit les imprécisions au lieu de les amplifier. Mesurer une longueur au millimètre près suffit donc largement, ce qui rend l'expérience du pendule accessible avec un simple mètre ruban.

c) Dans g=4π2LT2g=\frac{4\pi^{2}L}{T^{2}}, la longueur intervient avec l'exposant +1+1 et la période avec l'exposant 2-2, donc en majorant les contributions : dggdLL+2dTT\left|\frac{dg}{g}\right|\leq\frac{dL}{L}+2\frac{dT}{T}. En répartissant équitablement les 0,5 pour cent, chaque terme reçoit 0,25 pour cent. Pour la longueur : dLL0,0025\frac{dL}{L}\leq 0{,}0025, soit 0,25 pour cent. Pour la période : 2dTT0,00252\frac{dT}{T}\leq 0{,}0025, donc dTT0,00125\frac{dT}{T}\leq 0{,}00125, soit 0,125 pour cent. La contrainte sur le TEMPS est donc deux fois plus sévère que celle sur la longueur, alors même qu'on a réparti l'exigence à parts égales : c'est le facteur 2 de l'exposant qui l'impose.

d) La répartition équitable n'est pas optimale, car elle ignore le COÛT de chaque mesure. Le principe correct est de relâcher l'exigence là où elle est difficile à tenir et de la resserrer là où c'est facile. Ici, la mesure à soigner en priorité est celle du TEMPS, pour deux raisons cumulées : son exposant vaut 2, donc son erreur est doublée dans le résultat; et le chronométrage manuel souffre d'un temps de réaction d'environ 0,2 s, ce qui, sur une période de 2 s, représente déjà 10 pour cent, soit quatre-vingts fois l'exigence. Le geste expérimental qui résout tout est de chronométrer NON PAS une oscillation, mais vingt, puis de diviser par vingt : l'erreur de réaction, elle, ne se produit qu'une fois au départ et une fois à l'arrivée, si bien que l'erreur relative sur la période est divisée par vingt et retombe à 0,5 pour cent, puis sous le seuil en répétant l'essai. La longueur, elle, se mesure sans difficulté à 0,25 pour cent avec un mètre ruban. C'est ainsi que l'analyse d'erreur DICTE le protocole expérimental, au lieu de simplement le commenter après coup.

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