Calcul intégral 201-NYB • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal
Exercices corrigés : séries entières et séries de Taylor (201-NYB)
Voici la série d'exercices corrigés de calcul intégral 201-NYB sur les séries entières et les séries de Taylor, le sommet du cours. La partie A installe l'objet : le rayon de convergence par le critère de d'Alembert, avec les deux bornes de l'intervalle à tester une à une; puis la série géométrique promue en série entière, qu'on dérive et intègre terme à terme pour récolter sans effort les développements de (1−x)21, de ln(1+x) et de l'arc tangente, jusqu'aux valeurs célèbres ln2 et 4π; et la construction des séries de Maclaurin fondamentales : exponentielle, sinus, cosinus. La partie B est le chapitre en action : les polynômes de Taylor qui épousent la courbe du sinus (la figure les montre s'améliorer degré par degré), l'approximation numérique avec erreur contrôlée par le premier terme négligé, les intégrales sans primitive calculées par séries, et les limites indéterminées qui tombent en une ligne là où la règle de L'Hôpital s'essouffle.
Cette série s'adresse aux étudiants de cégep en Sciences de la nature (cours de calcul intégral 201-NYB) comme aux élèves de Terminale du Lycée Marie de France et du Collège Stanislas qui suivent le complément québécois de mathématiques. C'est le chapitre qui répond enfin à la question « mais comment la calculatrice calcule-t-elle sin(37°) ? » : par un polynôme de Taylor, exactement ceux de cette série.
Le réflexe à garder tout du long : une série de Taylor n'est pas une formule à réciter, c'est un POLYNÔME INFINI qui copie la fonction : mêmes valeurs, mêmes dérivées au point de contact. Tronquez-le et vous avez une approximation; gardez le premier terme négligé et vous avez l'erreur. Toute la puissance du chapitre tient dans ce va-et-vient entre l'exact et l'approché.
Série autocorrigéeTape tes réponses sous chaque question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points.
•Série entière : ∑n=0∞cn(x−a)n. Rayon de convergence R par d'Alembert sur cncn+1∣x−a∣<1 : convergence absolue pour ∣x−a∣<R, divergence pour ∣x−a∣>R, et les DEUX BORNES x=a±R se testent séparément avec les critères des séries numériques.
•La mère de toutes les séries : 1−x1=∑n=0∞xn pour ∣x∣<1. On en tire d'autres par substitution (x→−x2), par dérivation et par intégration TERME À TERME (le rayon se conserve; les bornes peuvent changer).
•Série de Taylor en a : f(x)=∑n=0∞n!f(n)(a)(x−a)n; Maclaurin quand a=0. Développements à connaître : ex=∑n!xn, sinx=∑(2n+1)!(−1)nx2n+1, cosx=∑(2n)!(−1)nx2n (tous valides pour tout x), ln(1+x)=∑n(−1)n+1xn et arctanx=∑2n+1(−1)nx2n+1 (pour ∣x∣≤1, sauf x=−1 pour le logarithme).
•Polynôme de Taylor Tn : la troncature au degré n; il partage avec f sa valeur et ses n premières dérivées en a : c'est le polynôme qui épouse le mieux la courbe localement (T1 est la tangente).
•Erreur de troncature : pour une série ALTERNÉE à termes décroissants, ∣f(x)−Tn(x)∣≤ premier terme négligé. En général, reste de Lagrange : ∣Rn∣≤(n+1)!M∣x−a∣n+1 où M majore ∣f(n+1)∣.
•Usages : approximation numérique (c'est l'algorithme des calculatrices), intégration des fonctions sans primitive (e−x2, xsinx) terme à terme, et limites indéterminées : remplacer chaque fonction par son développement et lire la limite sur les premiers termes.
Partie A : Les séries entières et leur fabrication (/50)
Exercice 1 : Le rayon de convergence : où le polynôme infini vit
Une série entière ∑cn(x−a)n converge sur un intervalle centré en a : le critère de d'Alembert donne le rayon, mais les deux bornes exigent chacune leur propre analyse.
a) Déterminez le rayon ET l'intervalle de convergence de ∑n=1∞nxn (bornes comprises).
b) Déterminez le rayon de convergence de ∑n=0∞n!xn puis de ∑n=0∞n!xn. Que représentent ces deux extrêmes ?
c) Déterminez l'intervalle de convergence complet de ∑n=1∞n3n(x−2)n.
d) Pourquoi la convergence est-elle automatiquement ABSOLUE à l'intérieur du rayon, et pourquoi les bornes sont-elles les seuls points délicats ?
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Réponses
a)R=1, intervalle [−1,1[
b)R=0 et R=∞
c)R=3, intervalle [−1,5[
d)Absolue dedans ; bornes au cas par cas
a) D'Alembert : n+1xn+1⋅xnn=∣x∣n+1n→∣x∣ : convergence pour ∣x∣<1, donc R=1. Bornes : en x=1, la série harmonique ∑n1 DIVERGE; en x=−1, la harmonique alternée CONVERGE (Leibniz). Intervalle : [−1,1[ : fermé d'un côté, ouvert de l'autre, et il fallait les deux tests pour le savoir.
b) ∑n!xn : rapport (n+1)∣x∣→∞ pour tout x=0 : R=0, la série ne vit qu'au point x=0 : un polynôme infini mort-né. ∑n!xn : rapport n+1∣x∣→0<1 pour TOUT x : R=∞, convergence partout : c'est la série de l'exponentielle. Les deux extrêmes encadrent tous les cas possibles : un rayon peut être nul, fini ou infini, selon que les coefficients explosent ou s'effondrent.
c) Rapport : 3∣x−2∣⋅n+1n→3∣x−2∣<1, soit ∣x−2∣<3 : R=3, centré en 2, donc ]−1,5[ provisoirement. Bornes : en x=5 : ∑n3n3n=∑n1 diverge; en x=−1 : ∑n3n(−3)n=∑n(−1)n converge. Intervalle : [−1,5[. La série de a) translatée et dilatée : mêmes comportements aux bornes, recentrés.
d) À l'intérieur, ∣x−a∣<R signifie que le rapport limite est strictement inférieur à 1 : le critère de d'Alembert conclut à la convergence ABSOLUE, la plus robuste. Aux bornes, le rapport vaut exactement 1 : d'Alembert devient muet (son cas aveugle), et chaque borne retombe sur une série NUMÉRIQUE ordinaire qu'il faut juger avec les outils du chapitre précédent : Riemann, comparaison, Leibniz. Tout l'intervalle sauf deux points se décide en une ligne; les deux points restants concentrent toute la subtilité.
Exercice 2 : La géométrique et ses enfants : dériver et intégrer terme à terme
La figure montre y=1−x1 et ses sommes partielles 1+x puis 1+x+x2+x3 : à l'intérieur de ]−1,1[, les polynômes montent vers la courbe.
a) Rappelez le développement de 1−x1 et déduisez-en, par substitution, celui de 1+x21.
b) Dérivez terme à terme pour obtenir le développement de (1−x)21, et retrouvez la valeur de ∑n=1∞2nn rencontrée au chapitre des séries.
c) Intégrez terme à terme pour obtenir le développement de ln(1+x), et justifiez la valeur de la série harmonique alternée.
d) Intégrez le résultat de a) pour obtenir la série de arctanx, déduisez-en la formule de Leibniz pour 4π, et commentez sa vitesse de convergence.
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Réponses
a)1+x21=∑(−1)nx2n
b)∑2nn=2
c)ln(1+x) en x=1 : ln2
d)4π ; cinq termes donnent 0,835
a) 1−x1=∑n=0∞xn pour ∣x∣<1 : la géométrique, mère de toutes les séries entières, celle de la figure. Substitution x→−x2 : 1+x21=∑n=0∞(−1)nx2n=1−x2+x4−⋯, valide pour ∣x∣<1 : aucune dérivée à calculer, la substitution hérite de tout.
b) Dérivation terme à terme (permise à l'intérieur du rayon) : (1−x)21=∑n=1∞nxn−1, donc (1−x)2x=∑n=1∞nxn. En x=21 : ∑2nn=(1/2)21/2=2 : la somme que le critère de d'Alembert déclarait convergente sans donner sa valeur tombe ici en une ligne. Les séries entières sont la machine à CALCULER les sommes que les critères se contentent d'annoncer.
c) ln(1+x)=∫0x1+tdt et 1+t1=∑(−1)ntn : en intégrant terme à terme, ln(1+x)=∑n=1∞n(−1)n+1xn=x−2x2+3x3−⋯. En x=1 (borne incluse, par Leibniz) : 1−21+31−⋯=ln2 : la valeur admise au chapitre des séries alternées reçoit ici sa démonstration.
d) arctanx=∫0x1+t2dt=∑n=0∞2n+1(−1)nx2n+1=x−3x3+5x5−⋯. En x=1 : 4π=1−31+51−71+⋯ : la formule de Leibniz, π écrit avec les inverses impairs. Beauté maximale, efficacité minimale : l'erreur après n termes est d'ordre 2n+11, il faut des CENTAINES de termes pour trois décimales (les cinq premiers donnent 0,835 pour un vrai 0,785). Les calculs réels de π utilisent des arctangentes de petits arguments, où la même série file exponentiellement vite.
Exercice 3 : Construire Maclaurin : l'exponentielle, le sinus et le cosinus
La série de Maclaurin copie la fonction en 0 : f(x)=∑n=0∞n!f(n)(0)xn : chaque coefficient est une dérivée en 0, divisée par la factorielle qui remet l'échelle.
a) Construisez la série de Maclaurin de ex à partir de la définition, et vérifiez qu'elle est sa propre dérivée terme à terme.
b) Construisez celles de sinx et cosx. Que raconte la structure de leurs exposants (impairs pour l'un, pairs pour l'autre) ?
c) Construisez le développement de lnx centré en a=1 (série de Taylor), et comparez au résultat de l'exercice 2c.
d) Vérifiez que la dérivée terme à terme de la série du sinus donne celle du cosinus. Pourquoi cette cohérence n'est-elle pas un hasard ?
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Réponses
a)ex=∑n!xn
b)Sinus impair, cosinus pair
c)lnx=∑n(−1)n+1(x−1)n
d)Dérivée du sinus : cosinus, par unicité
a) Toutes les dérivées de ex valent ex, donc f(n)(0)=1 pour tout n : ex=∑n=0∞n!xn=1+x+2x2+6x3+⋯, valide partout (R=∞, exercice 1b). Dérivation terme à terme : dxdn!xn=(n−1)!xn−1 : chaque terme devient son prédécesseur, la série glisse sur elle-même : elle est sa propre dérivée, la propriété qui DÉFINIT l'exponentielle. En x=1, elle donne e=∑n!1.
b) Les dérivées de sin tournent en carrousel : sin,cos,−sin,−cos,…; en 0 : 0,1,0,−1,… : seuls les rangs IMPAIRS survivent, en signes alternés : sinx=x−3!x3+5!x5−⋯. Pour cos : 1,0,−1,0,… : rangs PAIRS : cosx=1−2!x2+4!x4−⋯. La structure des exposants EST la parité des fonctions : sin(−x)=−sinx exige des puissances impaires, cos(−x)=cosx des paires : la série porte la symétrie sur sa figure.
c) En a=1 : f=lnx, f′=x−1, f′′=−x−2, f′′′=2x−3, d'où f(n)(1)=(−1)n+1(n−1)! pour n≥1. Coefficients : n!f(n)(1)=n(−1)n+1 : lnx=∑n=1∞n(−1)n+1(x−1)n. C'est EXACTEMENT la série de ln(1+u) de l'exercice 2c avec u=x−1 : les deux chemins (dérivées calculées, ou géométrique intégrée) mènent au même développement : la série de Taylor d'une fonction est unique.
d) dxd(x−3!x3+5!x5−⋯)=1−2!x2+4!x4−⋯ : la série du cosinus, terme pour terme. Aucun hasard : la série de Taylor d'une fonction est UNIQUE, et la dérivation terme à terme est légitime dans le rayon; comme (sin)′=cos, leurs séries doivent se dériver l'une dans l'autre. Ce réseau de cohérences (dérivées, parités, valeurs spéciales) est le meilleur détecteur de fautes de calcul du chapitre : une série de Maclaurin fausse trahit toujours quelque part.
Exercice 4 : Multiplier, composer, diviser : fabriquer des séries sans dériver
Calculer une série de Maclaurin par les dérivées successives devient vite impraticable : essayez esinx et vous abandonnerez à la troisième dérivée. Les séries s'ALGÉBRISENT : on les multiplie, on les compose et on les divise comme des polynômes, en ne gardant que les degrés utiles.
a) Développez exsinx jusqu'au terme en x4 inclus, en multipliant les deux séries. Que remarque-t-on sur le coefficient de x4 ?
b) Développez esinx jusqu'au terme en x4 par COMPOSITION, en posant u=sinx et en reportant dans la série de eu. Combien de dérivées le calcul direct aurait-il demandées ?
c) Obtenez le développement de tanx jusqu'au terme en x5 en DIVISANT la série du sinus par celle du cosinus. Vérifiez numériquement en x=0,1.
d) La série du binôme donne (1+x)1/2=1+2x−8x2+16x3−⋯. Utilisez-la pour approcher 1,1, bornez l'erreur par le premier terme négligé, et comparez à la valeur exacte.
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Réponses
a)x+x2+3x3+0⋅x4
b)1+x+2x2−8x4
c)tanx=x+3x3+152x5
d)1,1≈1,0488125
a) On écrit ex=1+x+2x2+6x3+24x4+⋯ et sinx=x−6x3+⋯, puis on multiplie en collectant par degré, en n'oubliant aucun croisement. Degré 1 : 1×x=x. Degré 2 : x×x=x2. Degré 3 : 2x2×x=2x3 et 1×(−6x3)=−6x3, total 21−61=31. Degré 4 : 6x3×x=6x4 et x×(−6x3)=−6x4, total 61−61=0. Donc exsinx=x+x2+3x3+0⋅x4+⋯. Le coefficient de x4 est EXACTEMENT nul, ce qui n'a rien d'un hasard de calcul : cela signifie que la quatrième dérivée de exsinx s'annule en 0, et l'on peut le vérifier par la formule de Leibniz du produit. Contrôle numérique en x=0,2 : le produit vaut 0,2426553 et l'approximation 0,2426667, l'écart provenant du terme en x5.
b) Composition. On pose u=sinx=x−6x3+⋯ et l'on reporte dans eu=1+u+2u2+6u3+24u4+⋯. Il faut d'abord les puissances de u au degré 4 : u=x−6x3; u2=x2−3x4 (le double produit 2⋅x⋅(−6x3) donne le terme en x4); u3=x3 et u4=x4, les corrections étant de degré supérieur à 4. En reportant : esinx=1+(x−6x3)+21(x2−3x4)+6x3+24x4. On collecte : degré 3, −61+61=0; degré 4, −61+241=−81. D'où esinx=1+x+2x2+0⋅x3−8x4+⋯. Contrôle numérique en x=0,2 : la fonction vaut 1,2197786 et l'approximation 1,2198000. Le calcul direct aurait exigé QUATRE dérivées successives de esinx, chacune produisant par la règle de chaîne et la règle du produit une expression plus longue que la précédente; la quatrième tient sur plusieurs lignes. La composition de séries fait le même travail en deux lignes, et c'est la raison d'être de la méthode. Une seule précaution est essentielle : la composition n'est licite que si u→0 quand x→0, ce qui est bien le cas de sinx; composer avec une quantité qui ne tend pas vers 0 n'aurait aucun sens.
c) On pose tanx=cosxsinx et l'on cherche tanx=a1x+a3x3+a5x5+⋯, en n'écrivant que des puissances impaires puisque la tangente est impaire. La division se mène en écrivant sinx=tanx⋅cosx, soit x−6x3+120x5=(a1x+a3x3+a5x5)(1−2x2+24x4), puis en identifiant degré par degré. Degré 1 : a1=1. Degré 3 : a3−2a1=−61, donc a3=21−61=31. Degré 5 : a5−2a3+24a1=1201, donc a5=1201+61−241=1201+20−5=12016=152. D'où tanx=x+3x3+152x5+⋯. Vérification numérique en x=0,1 : la série donne 0,10033467 et la calculatrice 0,10033467, identiques aux huit décimales. Remarquez que les coefficients de la tangente ne suivent aucune formule simple, contrairement à ceux du sinus et du cosinus : ils font intervenir les nombres de Bernoulli, ce qui explique qu'on ne demande jamais la série de la tangente de mémoire mais toujours par division.
d) Avec x=0,1 : 1,1≈1+20,1−80,01+160,001=1+0,05−0,00125+0,0000625=1,0488125. La série est alternée à termes décroissants, donc l'erreur est bornée par le premier terme négligé, qui est 1285x4=1285×10−4≈3,91×10−6. Valeur exacte : 1,1=1,0488088, donc l'erreur réelle vaut 3,65×10−6, effectivement inférieure à la borne et très proche d'elle, ce qui est la signature d'une série alternée bien conditionnée. Quatre termes suffisent donc pour cinq décimales. Cette série du binôme mérite d'être connue : elle généralise la formule du binôme de Newton aux exposants non entiers, la somme devenant alors infinie au lieu de s'arrêter, et son rayon de convergence vaut 1. C'est elle qui justifie l'approximation 1+x≈1+2x omniprésente en physique, par exemple dans les développements relativistes à faible vitesse.
Exercice 5 : Le reste de Lagrange : borner l'erreur quand la série n'est pas alternée
La borne par le premier terme négligé est commode, mais elle n'est valable que pour une série ALTERNÉE à termes décroissants. Pour l'exponentielle, dont tous les termes sont positifs, elle ne s'applique pas. Le reste de Lagrange prend alors le relais : ∣Rn(x)∣≤(n+1)!M∣x−a∣n+1, où M majore f(n+1) entre a et x.
a) Énoncez précisément le théorème de Taylor avec reste de Lagrange, en indiquant sur quel intervalle le majorant M doit être pris.
b) Approchez e0,5 par le polynôme T3 et bornez l'erreur par le reste de Lagrange. Comparez à l'erreur réelle.
c) Combien de termes faut-il pour calculer e avec une erreur inférieure à 10−6 ? Justifiez le choix du majorant M.
d) Pour sin(0,5) approché par T5, comparez la borne de Lagrange et la borne des séries alternées. Laquelle est la meilleure, et par quel choix astucieux de n peut-on les rendre égales ?
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Réponses
a)M sur tout [a,x]
b)T3≈1,6458 ; borne 0,0052
c)Degré 9 : dix termes
d)Borne alternée meilleure ; Lagrange avec n=6
a) Théorème de Taylor avec reste de Lagrange : si f est (n+1) fois dérivable sur un intervalle contenant a et x, alors f(x)=Tn(x)+Rn(x), où Tn est le polynôme de Taylor de degré n en a et où il existe un point c STRICTEMENT COMPRIS entre a et x tel que Rn(x)=(n+1)!f(n+1)(c)(x−a)n+1. Comme ce point c est inconnu, on majore : si f(n+1)(t)≤M pour tout t de l'intervalle [a,x] (ou [x,a] si x<a), alors ∣Rn(x)∣≤(n+1)!M∣x−a∣n+1. Le point crucial de rédaction est là : M doit majorer la dérivée d'ordre n+1 sur TOUT l'intervalle entre le centre et le point évalué, et non pas seulement au centre. Prendre M=f(n+1)(a) est l'erreur classique, et elle rend la borne fausse dès que la dérivée croît. Notez enfin la structure du reste : c'est exactement le terme suivant du développement, avec la dérivée évaluée en un point intermédiaire au lieu du centre.
b) T3(x)=1+x+2x2+6x3, donc T3(0,5)=1+0,5+0,125+0,0208333=1,6458333. Reste de Lagrange avec n=3 : la dérivée quatrième de ex est ex, croissante, donc sur [0;0,5] elle est majorée par e0,5≈1,6487, et l'on peut prendre commodément M=2, un majorant simple et sûr. Alors ∣R3∣≤4!2×(0,5)4=242×0,0625≈0,0052. Erreur réelle : e0,5=1,6487213, donc l'écart vaut 0,0028879. La borne est donc respectée, et elle surestime l'erreur d'un facteur d'environ 1,8. C'est normal et sain : une borne d'erreur est faite pour être GARANTIE, pas serrée. Ici la surestimation vient de deux sources cumulées, le choix de M=2 au lieu de 1,649, et le fait que le point c inconnu est en réalité plus proche de 0 que de 0,5.
c) On veut e=e1, donc a=0 et x=1. La dérivée d'ordre n+1 de ex est ex, majorée sur [0,1] par e1=e≈2,718; on prend donc M=3, majorant simple et sûr, choisi précisément pour éviter de faire intervenir la valeur de e qu'on cherche justement à calculer, ce qui serait circulaire. La condition devient (n+1)!3≤10−6, soit (n+1)!≥3×106. Or 9!=362880, insuffisant, et 10!=3628800≥3×106 ✓. Il faut donc n+1=10, c'est-à-dire n=9 : le polynôme de degré 9, soit DIX termes de 1 à 9!x9. Vérification : 10!3≈8,27×10−7<10−6, tandis que 9!3≈8,27×10−6 serait insuffisant. Dix termes pour six décimales de e : la convergence factorielle est redoutablement efficace, à comparer aux centaines de termes qu'exigeait la formule de Leibniz pour π à l'exercice 2.
d) Borne des séries alternées : la série du sinus est alternée à termes décroissants en x=0,5, donc l'erreur après T5 est bornée par le premier terme négligé, 7!0,57=50400,0078125≈1,55×10−6. Borne de Lagrange avec n=5 : toutes les dérivées du sinus sont ±sin ou ±cos, donc M=1 convient toujours, et ∣R5∣≤6!1×0,56=7200,015625≈2,17×10−5. La borne alternée est donc QUATORZE fois meilleure, et l'erreur réelle, 1,54×10−6, la frôle. Le choix astucieux : puisque le développement du sinus ne contient AUCUN terme de degré 6, son coefficient étant nul, le polynôme T6 est identique à T5. On a donc parfaitement le droit d'appliquer Lagrange avec n=6 tout en n'ayant calculé que T5, ce qui donne ∣R6∣≤7!1×0,57≈1,55×10−6 : exactement la borne alternée. Les deux méthodes coïncident dès qu'on exploite la parité. La leçon générale vaut pour l'examen : quand les deux bornes sont disponibles, prendre la plus petite, et vérifier si le développement saute des degrés, car chaque degré manquant offre un cran gratuit de précision dans la borne de Lagrange.
Partie B : Approximation, applications et limites du procédé (/50)
Exercice 6 : Les polynômes de Taylor : épouser la courbe
La figure montre sinx avec ses polynômes de Taylor T1=x, T3=x−6x3 et T5=x−6x3+120x5 : chaque degré supplémentaire prolonge l'étreinte.
a) Qu'est-ce qui définit le polynôme de Taylor Tn d'une fonction en un point ? Que partagent exactement f et Tn, et que représente T1 géométriquement ?
b) Lisez la figure : où chaque polynôme colle-t-il à la courbe, où décroche-t-il, et que gagne-t-on à chaque degré ?
c) Approximez sin(0,5) avec T5 et bornez l'erreur par le premier terme négligé. Combien de décimales sont garanties ?
d) La physique remplace sinθ par θ dans l'étude du pendule. Quantifiez l'erreur relative de cette approximation à 10° (≈0,1745 rad) et expliquez pourquoi le pendule « aux petits angles » bat une période fiable.
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Réponses
a)Mêmes n premières dérivées ; T1 tangente
b)Chaque degré repousse le décrochage
c)T5(0,5)≈0,479427 ; cinq décimales
d)Erreur relative ≈0,5 %
a) Tn est l'unique polynôme de degré au plus n qui partage avec f, au point de contact, sa VALEUR et ses n premières DÉRIVÉES : même position, même pente, même courbure, et ainsi de suite. T1(x)=f(a)+f′(a)(x−a) est exactement la TANGENTE : l'approximation linéaire déjà connue. Le chapitre de Taylor n'est que la suite logique : après la tangente, la parabole osculatrice, puis toujours mieux.
b) T1=x (la tangente en 0) colle sur environ [−0,5,0,5] puis file tout droit pendant que le sinus s'incurve. T3 suit fidèlement jusque vers ∣x∣≈1,5 et reproduit déjà la première bosse, avant de plonger. T5 épouse la courbe au-delà de ∣x∣≈2,5, bosses comprises. Chaque degré impair ajouté repousse la frontière du décrochage : localement, le gain est d'un facteur (n+2)(n+3)x2 par étage : spectaculaire près de 0, de plus en plus coûteux loin de 0.
c) T5(0,5)=0,5−60,125+1200,03125=0,479427. La série du sinus est alternée à termes décroissants : l'erreur est bornée par le premier terme négligé, 50400,57≈1,6×10−6. Cinq décimales garanties (sin0,5=0,4794255… : l'erreur réelle, 1,5×10−6, frôle la borne). Trois termes, six chiffres : c'est très exactement l'algorithme d'une calculatrice, réduction d'angle comprise.
d) L'erreur de sinθ≈θ est dominée par 6θ3 : à θ=0,1745, erreur absolue ≈8,9×10−4, soit une erreur RELATIVE 6θ2≈0,5 %. L'équation du pendule θ¨=−Lgsinθ devient linéaire, θ¨=−Lgθ, avec une période indépendante de l'amplitude, fausse d'à peine 0,2 % à 10° (l'erreur sur la période vaut environ 16θ2). Toute la physique des « petits angles », des « petites oscillations », des « faibles amplitudes » est un premier terme de série de Taylor assumé : ce chapitre est la caution mathématique de ces raccourcis.
Exercice 7 : Intégrer l'impossible : les séries au secours des primitives
Certaines fonctions, e−x2 ou xsinx en tête, n'ont AUCUNE primitive exprimable avec les fonctions usuelles. Les séries entières les intègrent quand même : terme à terme, avec erreur contrôlée.
a) Développez e−x2 en série de Maclaurin (par substitution), puis intégrez terme à terme pour exprimer ∫00,5e−x2dx en série.
b) Calculez cette intégrale avec quatre termes et bornez l'erreur. Où cette intégrale règne-t-elle en sciences ?
c) Même programme pour ∫01xsinxdx : série, quatre termes, borne d'erreur.
d) En quel sens la série EST-elle la réponse exacte, et pas un pis-aller ? Comparez au statut de 2 ou de π.
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Réponses
a)∑n!(−1)nx2n intégrée
b)≈0,461272
c)≈0,946083
d)La série est la valeur exacte
a) eu=∑n!un avec u=−x2 : e−x2=∑n=0∞n!(−1)nx2n=1−x2+2x4−6x6+⋯ (valide partout). Intégration terme à terme : ∫00,5e−x2dx=∑n=0∞n!(2n+1)(−1)n(0,5)2n+1=0,5−30,53+100,55−420,57+⋯.
b) Quatre termes : 0,5−0,0416667+0,0031250−0,0001860=0,461272. Série alternée : erreur bornée par le cinquième terme, 2160,59≈9×10−6 : quatre décimales sûres (valeur vraie 0,461281). Cette intégrale est LA gaussienne : loi normale des statistiques, diffusion de la chaleur, mesures d'erreur : la fonction la plus intégrée des sciences n'a pas de primitive, et tout le monde l'intègre quand même, par séries et tables.
c) xsinx=1−3!x2+5!x4−7!x6+⋯ (diviser la série du sinus par x : la singularité en 0 disparaît, la fonction vaut 1). ∫01xsinxdx=1−3⋅3!1+5⋅5!1−7⋅7!1+⋯=1−0,055556+0,001667−0,000028=0,946083, erreur bornée par 9⋅9!1≈3×10−7 : six décimales en quatre termes. Cette fonction (le sinus cardinal) gouverne la diffraction et le traitement du signal.
d) La série CONVERGE vers la valeur exacte : la donner, avec une borne d'erreur explicite et arbitrairement réductible, c'est donner le nombre lui-même, exactement comme « 2 » désigne un nombre qu'aucun décimal fini n'écrit, mais qu'on approche à volonté. π, e, ln2 n'ont pas d'autre statut : des limites de séries qu'on tronque à la précision voulue. La « forme close » est un confort culturel, pas une exigence mathématique : le chapitre des séries élargit simplement la liste des réponses exactes acceptables.
Exercice 8 : Les limites en une ligne et la calculatrice démasquée
Devant une forme indéterminée, remplacer chaque fonction par son développement de Maclaurin réduit la limite à une lecture des premiers termes : souvent plus rapide et plus éclairant que la règle de L'Hôpital.
a) Calculez limx→0x3sinx−x par les séries. Combien d'applications de L'Hôpital ce calcul aurait-il coûté ?
b) Calculez limx→0x21−cosx puis limx→0x2ex−1−x.
c) Que signifie, à la lumière des séries, la phrase « sinx et x sont équivalents en 0 » ? Quand cette équivalence devient-elle DANGEREUSE dans un calcul de limite ?
d) Expliquez comment une calculatrice évalue réellement sin(37°) : les étapes, et pourquoi le chapitre des séries est la réponse à « à quoi ça sert ».
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Réponses
a)−61 ; trois L'Hôpital évités
b)21 et 21
c)Équivalents interdits dans une différence
d)Radians, réduction, polynôme de Taylor
a) sinx=x−6x3+120x5−⋯, donc sinx−x=−6x3+120x5−⋯ et x3sinx−x=−61+120x2−⋯→−61. Par L'Hôpital : TROIS applications successives (les formes 00 s'enchaînent), avec trois dérivations à ne pas rater. La série donne mieux qu'une limite : tout le développement, donc aussi la VITESSE d'approche.
b) 1−cosx=2x2−24x4+⋯ : la limite vaut 21. ex−1−x=2x2+6x3+⋯ : la limite vaut 21 aussi. Morale : soustraire à une fonction son début de développement, c'est révéler le terme suivant : ces limites ne font que LIRE un coefficient de Taylor, 2f′′(0) dans les deux cas.
c) « Équivalents » signifie : même premier terme de développement (xsinx→1), donc interchangeables dans les produits et quotients. Le DANGER : les soustractions. Dans x3sinx−x, remplacer sinx par x donnerait 0 : FAUX, car la soustraction annule justement les premiers termes et la limite vit dans le terme d'ordre 3, que l'équivalence a jeté. Règle de sécurité : dans une différence, développer un ordre de plus que ce qui s'annule; l'équivalence brute est réservée aux facteurs.
d) Étapes réelles : 1) conversion en radians : 37°=0,6458 rad; 2) RÉDUCTION d'argument : ramener l'angle près de 0 par les symétries du cercle (périodicité, sin(π−x), etc.) : ici il y est déjà; 3) évaluation d'un POLYNÔME de type Taylor (optimisé, degré 7 à 9 environ) en quelques multiplications; 4) précision garantie par la borne du reste, poussée sous le dernier chiffre affiché. Ni table, ni cercle magique : la touche « sin » exécute un polynôme de ce chapitre. Les séries de Taylor ne sont pas une curiosité de fin de session : elles sont le moteur numérique de toutes les fonctions « spéciales » de tous les processeurs.
Exercice 9 : Pourquoi le rayon s'arrête là, et une fonction que sa série trahit
Deux questions dérangeantes closent le chapitre. Pourquoi 1+x21, parfaitement lisse sur toute la droite réelle, a-t-elle un rayon de convergence de seulement 1 ? Et une fonction indéfiniment dérivable est-elle toujours la somme de sa série de Taylor ?
a) La série de 1−x1 a un rayon R=1, et la fonction explose en x=1 : le rayon s'explique. Vérifiez que la série de 1+x21 a elle aussi R=1, alors que la fonction est définie et lisse partout sur R.
b) Expliquez ce rayon en sortant des réels : où se trouvent les points où 1+z2 s'annule, et quelle est leur distance à l'origine ? Énoncez la règle générale que ce cas illustre.
c) Soit f définie par f(x)=e−1/x2 pour x=0 et f(0)=0. On admet que f est indéfiniment dérivable et que f(n)(0)=0 pour tout n. Écrivez sa série de Maclaurin et comparez-la à f. Calculez f(0,1) pour mesurer l'écart.
d) Que faut-il donc vérifier pour affirmer qu'une fonction EST la somme de sa série de Taylor ? Formulez la distinction entre « indéfiniment dérivable » et « analytique ».
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Réponses
a)R=1 malgré une fonction lisse
b)Singularités ±i à distance 1
c)Série nulle, f(0,1)=e−100>0
d)Vérifier que le reste tend vers 0
a) Par substitution x→−x2 dans la géométrique : 1+x21=∑n=0∞(−1)nx2n=1−x2+x4−⋯, valable exactement quand −x2<1, c'est-à-dire ∣x∣<1 : le rayon vaut R=1. Contrôle : en x=0,5 la série donne 0,8, et 1+0,251=0,8 ✓. En x=1,1, le terme général (1,1)2n tend vers l'infini, donc la série diverge grossièrement, alors même que la fonction y vaut tranquillement 2,211≈0,452. Voilà le paradoxe : la fonction est définie sur tout R, continue, indéfiniment dérivable, bornée entre 0 et 1, sans la moindre singularité visible; et pourtant sa série refuse de la représenter au-delà de ∣x∣=1. Rien dans le graphe réel n'annonce cette frontière.
b) L'explication exige de quitter la droite réelle. Considérons la variable complexe z : le dénominateur 1+z2 s'annule en z=i et z=−i, où la fonction cesse d'être définie. Ces deux points sont à distance exactement 1 de l'origine, puisque ∣i∣=∣−i∣=1. Or la règle générale est la suivante : le rayon de convergence de la série de Taylor d'une fonction centrée en a est égal à la DISTANCE de a à la singularité complexe la plus proche. Ici cette distance vaut 1, d'où R=1. La série ne peut pas dépasser ∣x∣=1 sur l'axe réel parce qu'elle se heurte, dans le plan complexe, à deux obstacles situés hors de cet axe mais à cette distance-là. On vérifie la cohérence sur les autres cas du chapitre : 1−x1 a sa singularité en z=1, à distance 1, d'où R=1; ln(1+x) a la sienne en z=−1, distance 1, d'où R=1; ex, sinx et cosx n'ont AUCUNE singularité dans tout le plan complexe, d'où R=∞, ce qui explique enfin pourquoi ces trois développements sont valables partout. Le rayon de convergence n'est donc jamais arbitraire : c'est une distance, et il faut le plan complexe pour la voir.
c) Puisque toutes les dérivées de f s'annulent en 0, tous les coefficients de Maclaurin valent n!f(n)(0)=0. La série de Maclaurin de f est donc la série NULLE : 0+0⋅x+0⋅x2+⋯=0 pour tout x. Elle converge partout, avec un rayon infini, et sa somme vaut 0 identiquement. Mais f n'est pas la fonction nulle : f(x)=e−1/x2>0 dès que x=0. La série converge donc parfaitement, mais vers une fonction qui n'est PAS f, sauf au seul point x=0. Mesure de l'écart : f(0,1)=e−100≈3,7×10−44, un nombre minuscule mais STRICTEMENT positif, alors que la série vaut exactement 0. La raison intuitive du phénomène : f s'écrase vers 0 en l'origine plus vite que TOUTE puissance de x. En effet x10f(x)→0 quand x→0, comme le montre le calcul, 3,7×10−34 pour x=0,1. Aucun polynôme ne peut donc détecter la moindre trace de cette fonction en 0 : elle est invisible à toute analyse locale par dérivées, et sa série de Taylor ne rapporte que ce qu'elle a vu, c'est-à-dire rien.
d) Il ne suffit PAS que la série de Taylor converge, ni même que f soit indéfiniment dérivable. Il faut vérifier que le RESTE tend vers zéro : f(x)=limn→∞Tn(x) si et seulement si Rn(x)→0 quand n→∞, pour le x considéré. C'est exactement ce qu'on établit avec le reste de Lagrange de l'exercice précédent : pour ex, ∣Rn∣≤(n+1)!M∣x∣n+1→0 pour tout x, car la factorielle finit toujours par écraser la puissance, ce qui DÉMONTRE que l'exponentielle est bien la somme de sa série. Pour la fonction du point c), le reste vaut Rn(x)=f(x)−0=f(x), qui ne tend pas vers 0 quand n grandit, puisqu'il ne dépend même pas de n : la condition échoue. D'où la distinction de vocabulaire. Une fonction est INDÉFINIMENT DÉRIVABLE (ou de classe C∞) si toutes ses dérivées existent; elle est ANALYTIQUE en un point si elle est égale à la somme de sa série de Taylor sur un voisinage de ce point. Toute fonction analytique est indéfiniment dérivable, mais la réciproque est FAUSSE, et e−1/x2 en est le contre-exemple canonique. Pour un examen de cégep, la conclusion pratique tient en une phrase : les développements du cours (ex, sin, cos, la géométrique et ses dérivés) sont accompagnés d'une preuve de convergence du reste, et c'est cette preuve, jamais l'existence des dérivées seule, qui autorise à écrire le signe d'égalité entre la fonction et sa série.
Exercice 10 : Calculer des sommes exactes avec les séries entières
Les critères du chapitre précédent décidaient si une série converge, sans jamais dire vers quoi. Les séries entières renversent la situation : en reconnaissant une série numérique comme la VALEUR d'une série entière connue en un point, on obtient la somme exacte.
a) À partir de ∑n≥1nxn=(1−x)2x obtenu à l'exercice 2, dérivez et réarrangez pour établir ∑n≥1n2xn=(1−x)3x(1+x), puis calculez ∑n=1∞2nn2.
b) Calculez ∑n=1∞n2n1 en reconnaissant un développement du cours.
c) La formule de Leibniz 4π=1−31+51−⋯ converge trop lentement pour être utile. Utilisez plutôt arctan(31)=6π et comparez la taille du dixième terme dans les deux séries.
d) Niveau examen : calculez ∑n=0∞n!(−1)n et ∑n=0∞(2n)!1, en identifiant à chaque fois la fonction et le point d'évaluation.
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Réponses
a)∑2nn2=6
b)ln2
c)211 contre 4,7×10−7
d)e−1 et cosh1
a) On part de ∑n≥1nxn=(1−x)2x, valable pour ∣x∣<1. En dérivant les deux membres par rapport à x : à gauche, ∑n≥1n2xn−1; à droite, par la règle du quotient, (1−x)4(1−x)2+x⋅2(1−x)=(1−x)3(1−x)+2x=(1−x)31+x. En multipliant les deux membres par x pour rétablir l'exposant : ∑n≥1n2xn=(1−x)3x(1+x). Application en x=21 : ∑n=1∞2nn2=(21)321×23=8143=6. Vérification numérique par sommation directe : 6,000000. Le procédé se généralise : chaque dérivation suivie d'une multiplication par x fait monter d'un degré la puissance de n, ce qui permet en principe de calculer ∑nkxn pour tout k.
b) On reconnaît le développement ∑n≥1nxn=−ln(1−x), qui est celui de ln(1+x) de l'exercice 2c pris en −x, valable pour ∣x∣<1. En x=21 : ∑n=1∞n2n1=−ln(1−21)=−ln(21)=ln2≈0,6931. Vérification numérique : 0,6931472. Le contraste avec la série harmonique alternée est frappant : celle-ci vaut aussi ln2, mais il lui faut un million de termes pour six décimales, alors qu'ici le facteur 2n1 donne la même précision en une vingtaine de termes. Deux séries de même somme, deux vitesses sans commune mesure : évaluer une série entière LOIN de la frontière de son intervalle de convergence est toujours préférable.
c) Formule de Leibniz : c'est la série de arctanx prise en x=1, c'est-à-dire exactement à la BORNE du rayon de convergence, là où la convergence est la plus lente possible. Son terme de rang 10 vaut 211≈0,0476, ce qui borne l'erreur à environ 5 pour cent : dérisoire. Avec x=31≈0,577 : 6π=arctan(31)=∑n=0∞(2n+1)(3)2n+1(−1)n, dont le terme de rang 10 vaut 21(1/3)21≈4,66×10−7. Le rapport entre les deux est de l'ordre de 105 : à nombre de termes égal, la seconde série est cent mille fois plus précise. Vérification : la somme des 40 premiers termes donne 0,5235988, contre 6π=0,5235988. C'est le principe de tous les calculs historiques de π, qui combinent des arctangentes de petits arguments, comme la formule de Machin 4π=4arctan51−arctan2391. La morale rejoint celle du point b) : la même série entière est lente à sa frontière et rapide au centre, et tout l'art consiste à ramener le calcul près du centre.
d) Première somme : on reconnaît ex=∑n≥0n!xn évaluée en x=−1, ce qui donne ∑n=0∞n!(−1)n=e−1=e1≈0,3679. Vérification numérique : 0,3678794. Cette valeur a une interprétation célèbre en probabilité : c'est la limite de la probabilité qu'une permutation aléatoire de n objets ne laisse AUCUN objet à sa place, le problème des dérangements, soit environ 36,8 pour cent. Seconde somme : les factorielles ne portent que des indices PAIRS, ce qui oriente vers le cosinus, cosx=∑(2n)!(−1)nx2n; mais les signes sont ici tous positifs, alors que le cosinus alterne. Il faut donc la version sans alternance, obtenue en évaluant l'exponentielle et en combinant : 2ex+e−x=∑n≥0(2n)!x2n, puisque l'addition annule tous les termes de degré impair et double ceux de degré pair. En x=1 : ∑n=0∞(2n)!1=2e+e−1≈1,5431, c'est-à-dire le cosinus hyperbolique cosh(1). Vérification numérique : 1,5430806 par les deux voies. La méthode générale à retenir pour l'examen : repérer d'abord la FORME du terme général, factorielle, puissance seule ou quotient par n, ce qui désigne la fonction; puis lire le point d'évaluation dans la base de la puissance; enfin vérifier que ce point est bien dans l'intervalle de convergence.
Partie C : les classiques (/50)
Exercice 11 : Rayons et intervalles de convergence : cinq séries types
Pour chaque série entière, déterminez le rayon de convergence R par le critère de d'Alembert, puis l'intervalle de convergence en étudiant séparément chaque borne.
a) ∑n≥05nn2xn
b) ∑n≥04n(n+1)(−1)nx2n
c) ∑n≥1n(x+1)n
d) ∑n≥0(n2n)xn, en admettant (n2n)4n1∼πn1.
e) ∑n≥08nx3n. Donnez aussi sa somme en x=1.
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Réponses
a)R=5, ]−5,5[
b)R=2, [−2,2]
c)R=1, [−2,0[
d)R=41, [−41,41[
e)R=2, ]−2,2[ ; somme 78
a) 5n+1(n+1)2xn+1⋅n2xn5n=5∣x∣(nn+1)2→5∣x∣ : R=5. En x=±5, le terme vaut n2 ou (−1)nn2, qui ne tend pas vers 0 : divergence aux deux bornes. Intervalle ]−5,5[.
b) Rapport : 4x2⋅n+2n+1→4x2<1, soit ∣x∣<2 : R=2. En x=±2, x2n=4n et la série devient ∑n+1(−1)n, harmonique alternée, convergente. Intervalle [−2,2], fermé des deux côtés : la puissance paire rend les deux bornes identiques.
c) Rapport : ∣x+1∣n+1n→∣x+1∣ : R=1, centre −1. En x=0 : ∑n1, Riemann p=21, DIVERGE. En x=−2 : ∑n(−1)n, convergente par Leibniz. Intervalle [−2,0[.
d) (n2n)(n+12n+2)=(n+1)2(2n+2)(2n+1)=n+12(2n+1)→4, donc le rapport tend vers 4∣x∣ et R=41. En x=41 : le terme (n2n)4n1∼πn1, série DIVERGENTE par comparaison avec p=21. En x=−41 : série alternée dont la valeur absolue décroît (rapport 2n+22n+1<1) vers 0 : CONVERGENTE. Intervalle [−41,41[.
e) C'est une géométrique de raison 8x3 : convergence si et seulement si ∣x∣3<8, soit ∣x∣<2 : R=2. En x=±2, la raison vaut ±1 et le terme ne tend pas vers 0 : intervalle ]−2,2[. Somme : 1−x3/81=8−x38, et en x=1 : 78≈1,143. Reconnaître la géométrique dispense de tout critère.
Exercice 12 : Fabriquer des développements et lire les dérivées
Les développements du cours se substituent, se multiplient et s'intègrent. En sens inverse, le coefficient de xn d'une série de Maclaurin vaut n!f(n)(0) : il donne une dérivée d'ordre élevé sans la calculer.
a) Développez ln(1+2x) jusqu'au terme en x3 et donnez son rayon de convergence.
b) Développez sin2x jusqu'au terme en x6, à l'aide de sin2x=21−cos2x.
c) La série du binôme donne 1−t1=1+2t+83t2+⋯. Déduisez-en le développement de arcsinx jusqu'au terme en x5.
d) Calculez f(10)(0) pour f(x)=x2cosx.
e) Calculez g(6)(0) pour g(x)=ex2.
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Réponses
a)2x−2x2+38x3 ; R=21
b)x2−3x4+452x6
c)x+6x3+403x5
d)f(10)(0)=90
e)g(6)(0)=120
a) ln(1+u)=u−2u2+3u3−⋯ avec u=2x : ln(1+2x)=2x−2x2+38x3−⋯. Validité : ∣2x∣<1, donc R=21. Substituer 2x divise le rayon par deux.
b) cos2x=1−2(2x)2+24(2x)4−720(2x)6+⋯=1−2x2+32x4−454x6+⋯. Donc sin2x=21−cos2x=x2−3x4+452x6−⋯. Contrôle : le premier terme est x2, le carré de sinx≈x.
c) Avec t=x2 : 1−x21=1+2x2+83x4+⋯. Comme arcsinx=∫0x1−t2dt, on intègre terme à terme : arcsinx=x+6x3+403x5+⋯. Contrôle en x=0,5 : 0,5+0,020833+0,002344=0,523177, pour arcsin0,5=6π≈0,523599.
d) x2cosx=x2−2x4+⋯+8!x2⋅x8+⋯ : le terme en x10 vient de 8!x8 (signe +, rang pair n=4). Coefficient 8!1, donc 10!f(10)(0)=8!1 et f(10)(0)=8!10!=10×9=90. Dix dérivations de produit évitées.
e) ex2=∑n!x2n : le terme en x6 est 3!x6. Donc 6!g(6)(0)=61 et g(6)(0)=6720=120. Les dérivées d'ordre impair en 0 sont toutes nulles, puisque g est paire.
Exercice 13 : Approcher un nombre avec erreur garantie
Pour chaque valeur, utilisez le développement adapté, calculez l'approximation demandée et bornez l'erreur par le premier terme négligé, les séries utilisées étant alternées à termes décroissants aux points choisis.
a) cos(0,2) par le polynôme de degré 4.
b) ln(1,1) avec trois termes.
c) e−0,1 : combien de termes faut-il pour une erreur inférieure à 10−5 ? Donnez l'approximation obtenue.
d) ∫01cosxdx avec quatre termes de la série, à comparer à la valeur exacte 2(sin1+cos1−1).
e) Pourquoi la borne par le premier terme négligé est-elle ici légitime, alors qu'elle ne l'est pas pour e0,1 ?
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Réponses
a)0,9800667
b)0,095333, borne 2,5×10−5
c)4 termes : 0,904833
d)0,763542, borne 5×10−6
e)Termes alternés décroissants ; pas pour e0,1
a) cosx=1−2x2+24x4−⋯ : cos(0,2)≈1−0,02+0,0000667=0,9800667. Premier terme négligé : 7200,26≈8,9×10−8. Sept décimales garanties ; la valeur exacte est 0,98006658.
b) ln(1+x)=x−2x2+3x3−⋯ en x=0,1 : 0,1−0,005+0,000333=0,095333. Borne : 40,14=2,5×10−5. Valeur exacte 0,095310 : erreur réelle 2,3×10−5, sous la borne.
c) e−0,1=1−0,1+20,01−60,001+240,0001−⋯. Le terme 240,14≈4,2×10−6 est le premier sous 10−5 : on s'arrête juste avant lui, avec 4 termes. Approximation : 1−0,1+0,005−0,000167=0,904833, pour une valeur exacte 0,904837.
d) cosx=∑(2n)!(−1)nxn (les puissances de x sont paires), donc ∫01cosxdx=∑(n+1)(2n)!(−1)n=1−41+721−28801+⋯≈0,763542. Borne : 5×8!1=2016001≈5×10−6. Valeur exacte (substitution x=t2 puis intégration par parties) : 2(sin1+cos1−1)≈0,763547.
e) Aux points choisis, les termes changent de signe à chaque rang et décroissent en valeur absolue vers 0 : c'est l'hypothèse du critère des séries alternées, qui borne le reste par le premier terme négligé. Pour e0,1, tous les termes sont positifs : le reste est la somme de TOUS les termes suivants, strictement plus grande que le premier, et il faut le reste de Lagrange.
Exercice 14 : L'énergie cinétique relativiste à faible vitesse
En relativité, l'énergie cinétique d'une masse m de vitesse v vaut Ec=(γ−1)mc2, avec γ=(1−c2v2)−1/2. On pose u=c2v2, et l'on veut retrouver la formule classique 21mv2 et mesurer quand elle cesse d'être fiable.
a) À l'aide de la série du binôme (1+t)α=1+αt+2α(α−1)t2+⋯, développez γ−1 jusqu'au terme en u2.
b) Déduisez-en Ec≈21mv2+83c2mv4.
c) Pour v=0,1c, calculez γ−1 exactement, puis l'erreur relative commise par la formule classique.
d) À partir de quelle vitesse, en fraction de c, la formule classique se trompe-t-elle de 1 pour cent ? Utilisez le rapport u/2γ−1≈1+43u.
e) Pour un avion à 300 m/s, avec c=3×108 m/s, calculez γ−1 par la série. Pourquoi une calculatrice qui évalue directement 1−u1−1 donne-t-elle un résultat faux ?
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Réponses
a)γ−1=2u+83u2
b)21mv2 plus la correction
c)0,0050378 ; erreur 0,75 %
d)v≈0,115c
e)5×10−13 ; la série évite la soustraction
a) Avec t=−u et α=−21 : α(α−1)=(−21)(−23)=43, d'où γ=1+2u+83u2+⋯ et γ−1=2u+83u2+⋯, pour ∣u∣<1.
b) Ec=(γ−1)mc2≈(2c2v2+8c43v4)mc2=21mv2+83c2mv4. Le premier terme EST l'énergie cinétique classique : la mécanique de Newton est le premier terme d'une série de Taylor, et le second terme est la première correction relativiste.
c) u=0,01 : γ−1=0,991−1≈0,0050378, et la formule classique donne 2u=0,005. Erreur relative : 0,00503780,0050378−0,005≈0,75 pour cent. Avec la correction : 0,005+83×10−4=0,0050375, juste à 3×10−7 près.
d) L'erreur relative de la formule classique vaut à peu près 43u. On veut 43u=0,01, soit u≈0,0133 et cv=0,0133≈0,115 : un peu plus de 11 pour cent de la vitesse de la lumière, environ 35000 km/s. Le calcul exact donne la même valeur, cv≈0,1155.
e) u=9×10169×104=10−12, donc γ−1≈2u=5×10−13, le terme suivant, 83×10−24, étant négligeable. Une calculatrice garde une quinzaine de chiffres significatifs : 1−10−121 s'écrit 1,0000000000005…, et la soustraction de 1 ne laisse que les un ou deux derniers chiffres, déjà entachés d'erreurs d'arrondi. On obtient par exemple 5,0004×10−13 au lieu de 5,0000×10−13. La série évite la soustraction de deux nombres presque égaux : c'est la forme stable du calcul.
Exercice 15 : Calculer ln 3 et ln 2 avec une seule série
La série de ln(1+x) converge très lentement près de x=1. On construit une série bien plus rapide, valable pour tout nombre positif.
a) À partir des séries de ln(1+x) et de ln(1−x), montrez que ln1−x1+x=2(x+3x3+5x5+⋯) et donnez le rayon de convergence.
b) Quelle valeur de x donne ln3 ? Et ln2 ?
c) Calculez l'approximation S3=2(x+3x3+5x5) de ln3, et l'erreur commise.
d) Montrez que le reste après N termes vérifie RN≤(2N+1)(1−x2)2x2N+1, en majorant par une série géométrique. Donnez cette borne pour ln3 et N=3.
e) Combien de termes garantissent ln3 à 10−6 près ?
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Réponses
a)2∑2n+1x2n+1, R=1
b)x=21 et x=31
c)S3≈1,095833, erreur 0,00278
d)Borne 0,00298
e)9 termes
a) ln(1+x)=x−2x2+3x3−⋯ et ln(1−x)=−x−2x2−3x3−⋯. En soustrayant, les puissances paires s'annulent et les impaires doublent : ln1−x1+x=2∑n≥02n+1x2n+1. Les deux séries valent pour ∣x∣<1 : R=1.
b) 1−x1+x=3 donne 1+x=3−3x, soit x=21. Pour 2 : 1+x=2−2x, x=31. Plus généralement, tout y>0 s'obtient avec x=y+1y−1, toujours dans ]−1,1[ : la série calcule le logarithme de n'importe quel nombre positif.
c) S3=2(21+241+1601)=2(0,5+0,041667+0,00625)≈1,095833. Avec ln3≈1,098612, l'erreur vaut 0,00278.
d) Les termes négligés sont positifs : RN=2(2N+1x2N+1+2N+3x2N+3+⋯)≤2N+12x2N+1(1+x2+x4+⋯)=(2N+1)(1−x2)2x2N+1, chaque dénominateur étant au moins 2N+1. Pour x=21 et N=3 : 7×0,752×0,57≈0,00298, qui majore bien l'erreur réelle 0,00278.
e) Borne pour x=21 : N=8 donne 17×0,752×0,517≈1,20×10−6, encore trop ; N=9 donne 19×0,752×0,519≈2,7×10−7. Neuf termes suffisent. Pour ln2, avec x=31, trois termes donnent déjà 0,693004, à 1,4×10−4 de ln2 : la série harmonique alternée demanderait des milliers de termes pour ce résultat.
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