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Calcul intégral 201-NYB • Complément québécois de Terminale et cégep

Exercices corrigés : les suites numériques (201-NYB)

Voici la série d'exercices corrigés de calcul intégral 201-NYB sur les suites numériques, le chapitre qui ouvre l'étude des séries. La partie A installe le vocabulaire et les outils : terme général explicite ou récurrent, définition précise de la convergence, techniques de calcul de limites (terme dominant, conjugué, encadrement, passage par la fonction continue), et la suite géométrique rnr^{n} avec ses quatre régimes selon la valeur de rr. La partie B monte au niveau examen : le théorème de la convergence monotone et ses deux hypothèses, les suites définies par récurrence avec le piège du point fixe utilisé trop tôt, et enfin la distinction entre une suite et une série, celle qui explique pourquoi 1n\frac{1}{n} tend vers zéro alors que 1n\sum\frac{1}{n} diverge.

Cette série s'adresse aux étudiants de cégep en Sciences de la nature (cours de calcul intégral 201-NYB) comme aux élèves de Terminale du Lycée Marie de France et du Collège Stanislas qui suivent le complément québécois de mathématiques.

Le chapitre est court et se travaille souvent trop vite, ce qui se paie ensuite pendant tout le bloc des séries. Une série n'est rien d'autre que la SUITE de ses sommes partielles : chaque théorème appris ici sera réutilisé tel quel plus tard, et un étudiant qui confond suite et série ne pourra plus rien comprendre aux critères de convergence.

Rappel de cours

  • Une suite (an)(a_{n}) est une fonction de N\mathbb{N} vers R\mathbb{R} : à chaque rang nn elle associe un terme ana_{n}. Elle peut être donnée par une formule EXPLICITE (an=2n+1n+3a_{n}=\frac{2n+1}{n+3}) ou par RÉCURRENCE (a1=1a_{1}=1 et an+1=2+ana_{n+1}=\sqrt{2+a_{n}}).
  • Convergence : limnan=L\lim_{n\to\infty}a_{n}=L signifie que pour tout ε>0\varepsilon>0, il existe un rang NN tel que n>Nn>N entraîne anL<ε|a_{n}-L|<\varepsilon. Une suite qui ne converge pas DIVERGE, soit vers ±\pm\infty, soit par oscillation.
  • Passage par la fonction : si f(x)Lf(x)\to L quand xx\to\infty et si an=f(n)a_{n}=f(n), alors anLa_{n}\to L. Cela autorise L'Hôpital sur les suites. ATTENTION : la réciproque est fausse, car sin(2πn)=0\sin(2\pi n)=0 pour tout entier nn alors que sin(2πx)\sin(2\pi x) n'a pas de limite.
  • Suite géométrique rnr^{n} : converge vers 00 si r<1|r|<1; converge vers 11 si r=1r=1; diverge vers ++\infty si r>1r>1; diverge par oscillation si r1r\leq -1.
  • Théorème de la convergence monotone : toute suite CROISSANTE et MAJORÉE converge; toute suite DÉCROISSANTE et MINORÉE converge. Les deux hypothèses sont indispensables, et le théorème garantit l'existence de la limite sans en donner la valeur.
  • Toute suite convergente est bornée. La réciproque est FAUSSE : (1)n(-1)^{n} est bornée et diverge.
  • Suite et série : la série an\sum a_{n} est la SUITE de ses sommes partielles Sn=a1++anS_{n}=a_{1}+\cdots+a_{n}. Si an\sum a_{n} converge alors an0a_{n}\to 0, mais la réciproque est fausse : 1n0\frac{1}{n}\to 0 et pourtant 1n\sum\frac{1}{n} diverge.

Partie A : Convergence, limites et divergence (/26)

Exercice 1 : Terme général et définition de la limite

Une suite se donne de deux façons : par une formule qui calcule directement ana_{n}, ou par une règle qui fabrique chaque terme à partir du précédent. La distinction gouverne toutes les méthodes du chapitre.

  • a) Pour an=2n+1n+3a_{n}=\frac{2n+1}{n+3}, calculez les quatre premiers termes et conjecturez la limite. Pour b1=1b_{1}=1 et bn+1=bn+3b_{n+1}=b_{n}+3, faites de même, puis donnez une formule explicite pour bnb_{n}.
  • b) Énoncez la définition formelle de limnan=L\lim_{n\to\infty}a_{n}=L, puis déterminez explicitement un rang NN à partir duquel 2n+1n+32<0,01\left|\frac{2n+1}{n+3}-2\right|<0{,}01.
  • c) Quelle est la différence de nature entre une formule explicite et une formule de récurrence ? Laquelle permet de calculer a1000a_{1000} directement, et pourquoi cela compte-t-il ?
  • d) Un étudiant écrit : « la suite an=2n+1n+3a_{n}=\frac{2n+1}{n+3} atteint sa limite 2 ». Corrigez, en précisant ce que « tendre vers » signifie exactement.
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a) Pour (an)(a_{n}) : a1=34=0,75a_{1}=\frac{3}{4}=0{,}75, a2=55=1a_{2}=\frac{5}{5}=1, a3=761,167a_{3}=\frac{7}{6}\approx 1{,}167, a4=971,286a_{4}=\frac{9}{7}\approx 1{,}286. Les termes croissent en se rapprochant de 2, ce qui suggère liman=2\lim a_{n}=2 (confirmé au point b), puisque le rapport des coefficients dominants est 21\frac{2}{1}). Pour (bn)(b_{n}) : b1=1b_{1}=1, b2=4b_{2}=4, b3=7b_{3}=7, b4=10b_{4}=10. On ajoute 3 à chaque étape, c'est une suite arithmétique de raison 3, donc bn=1+3(n1)=3n2b_{n}=1+3(n-1)=3n-2. Vérification : b4=122=10b_{4}=12-2=10 ✓. Cette suite DIVERGE vers ++\infty, ce qui rappelle qu'une suite parfaitement régulière n'est pas pour autant convergente.

b) Définition : limnan=L\lim_{n\to\infty}a_{n}=L si pour tout ε>0\varepsilon>0, il existe un rang NN tel que pour tout n>Nn>N, anL<ε|a_{n}-L|<\varepsilon. Autrement dit, aussi petite que soit la marge ε\varepsilon qu'on exige, la suite finit par entrer dans cette marge et n'en ressort plus. Application avec ε=0,01\varepsilon=0{,}01 : 2n+1n+32=2n+12n6n+3=5n+3\left|\frac{2n+1}{n+3}-2\right|=\left|\frac{2n+1-2n-6}{n+3}\right|=\frac{5}{n+3}. On veut 5n+3<0,01\frac{5}{n+3}<0{,}01, soit n+3>500n+3>500, soit n>497n>497. On peut donc prendre N=497N=497 : à partir du rang 498, tous les termes sont à moins de 0,010{,}01 de 2. Vérification : a498=9975011,99002a_{498}=\frac{997}{501}\approx 1{,}99002, et l'écart vaut 55010,00998<0,01\frac{5}{501}\approx 0{,}00998<0{,}01 ✓.

c) Une formule EXPLICITE calcule ana_{n} à partir de nn seul : a1000a_{1000} s'obtient en une substitution. Une formule de RÉCURRENCE calcule ana_{n} à partir de an1a_{n-1} : pour obtenir b1000b_{1000} il faut en principe parcourir les 999 termes précédents. Seule la formule explicite permet donc un calcul direct, et c'est pourquoi on cherche souvent à convertir une récurrence en expression explicite, comme on l'a fait avec bn=3n2b_{n}=3n-2. Cela compte parce que les techniques de limites du chapitre (terme dominant, L'Hôpital, conjugué) s'appliquent à une EXPRESSION en nn : sans forme explicite, on ne peut pas les employer, et il faut alors passer par le théorème de la convergence monotone, ce que fait l'exercice 5.

d) La suite n'atteint jamais 2 : 2n+1n+3=2\frac{2n+1}{n+3}=2 exigerait 2n+1=2n+62n+1=2n+6, donc 1=61=6, ce qui est impossible pour tout nn. « Tendre vers 2 » ne signifie pas atteindre 2, mais s'en approcher d'aussi près qu'on veut à partir d'un certain rang. L'écart 5n+3\frac{5}{n+3} reste strictement positif pour tout nn, tout en devenant plus petit que n'importe quelle marge fixée d'avance. La confusion est fréquente parce que le langage courant emploie « tendre vers » et « atteindre » de manière interchangeable; en analyse, la différence est justement l'objet de la définition avec ε\varepsilon. À noter tout de même qu'une suite PEUT atteindre sa limite, par exemple une suite constante, ou une suite valant 0 à tous les rangs pairs, mais rien ne l'y oblige.

Exercice 2 : Calculer une limite de suite : quatre techniques

Les techniques sont celles des limites de fonctions, à une nuance près : la variable est entière, ce qui interdit certains raisonnements et en autorise d'autres.

  • a) Calculez limn3n25n+27n2+n\lim_{n\to\infty}\frac{3n^{2}-5n+2}{7n^{2}+n} par la méthode du terme dominant.
  • b) Calculez limn(n2+nn)\lim_{n\to\infty}\left(\sqrt{n^{2}+n}-n\right).
  • c) Calculez limnlnnn\lim_{n\to\infty}\frac{\ln n}{n} en justifiant le passage par la fonction continue. Pourquoi ce passage est-il légitime dans ce sens, et pourquoi la réciproque est-elle fausse ?
  • d) Calculez limncosnn\lim_{n\to\infty}\frac{\cos n}{n} et limn(1)nn\lim_{n\to\infty}\frac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}}. Quel théorème est en jeu, et pourquoi L'Hôpital serait-il inutilisable ici ?
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a) On factorise la puissance dominante au numérateur et au dénominateur, ici n2n^{2} : 3n25n+27n2+n=n2(35n+2n2)n2(7+1n)=35n+2n27+1n\frac{3n^{2}-5n+2}{7n^{2}+n}=\frac{n^{2}\left(3-\frac{5}{n}+\frac{2}{n^{2}}\right)}{n^{2}\left(7+\frac{1}{n}\right)}=\frac{3-\frac{5}{n}+\frac{2}{n^{2}}}{7+\frac{1}{n}}. Tous les termes en 1n\frac{1}{n} tendent vers zéro, donc la limite vaut 37\frac{3}{7}. Règle générale pour un quotient de polynômes : si les degrés sont égaux, la limite est le rapport des coefficients dominants; si le degré du numérateur est plus petit, la limite est 0; s'il est plus grand, la suite diverge vers l'infini.

b) Forme \infty-\infty, donc conjugué : n2+nn=(n2+nn)(n2+n+n)n2+n+n=n2+nn2n2+n+n=nn2+n+n\sqrt{n^{2}+n}-n=\frac{\left(\sqrt{n^{2}+n}-n\right)\left(\sqrt{n^{2}+n}+n\right)}{\sqrt{n^{2}+n}+n}=\frac{n^{2}+n-n^{2}}{\sqrt{n^{2}+n}+n}=\frac{n}{\sqrt{n^{2}+n}+n}. On factorise nn au dénominateur : nn(1+1n+1)=11+1n+112\frac{n}{n\left(\sqrt{1+\frac{1}{n}}+1\right)}=\frac{1}{\sqrt{1+\frac{1}{n}}+1}\to\frac{1}{2}. La limite vaut 12\frac{1}{2}. Le résultat mérite un commentaire : n2+n\sqrt{n^{2}+n} et nn deviennent tous deux immenses, mais leur écart se stabilise à 12\frac{1}{2}, ce qui montre que n2+n\sqrt{n^{2}+n} se comporte comme n+12n+\frac{1}{2} pour nn grand.

c) On considère la fonction f(x)=lnxxf(x)=\frac{\ln x}{x}, qui coïncide avec la suite aux entiers, c'est-à-dire an=f(n)a_{n}=f(n). Par L'Hôpital (forme \frac{\infty}{\infty}) : limx1/x1=0\lim_{x\to\infty}\frac{1/x}{1}=0. Le théorème de passage garantit alors que lnnn0\frac{\ln n}{n}\to 0. Le passage est légitime dans CE sens parce que les entiers font partie des réels : si toutes les valeurs réelles finissent dans la marge ε\varepsilon, les valeurs entières y sont a fortiori. La réciproque est fausse parce que la suite ne voit que des points isolés et peut manquer complètement le comportement de la fonction entre ces points : sin(2πn)=0\sin(2\pi n)=0 pour tout entier nn, donc la SUITE converge vers 0, alors que la FONCTION sin(2πx)\sin(2\pi x) oscille sans limite. Conséquence pratique : si la limite de la fonction n'existe pas, on n'a rien appris sur la suite et il faut trouver un autre argument.

d) Les deux limites valent 00, par le théorème des GENDARMES (encadrement). Pour la première : 1ncosnn1n-\frac{1}{n}\leq\frac{\cos n}{n}\leq\frac{1}{n} puisque cosn1|\cos n|\leq 1, et les deux bornes tendent vers 0, donc la suite aussi. Pour la seconde : (1)nn=1n0\left|\frac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}}\right|=\frac{1}{\sqrt{n}}\to 0, et une suite dont la valeur absolue tend vers 0 tend vers 0. L'Hôpital serait inutilisable pour deux raisons cumulées. D'abord ces expressions ne sont pas des formes indéterminées de type 00\frac{0}{0} ou \frac{\infty}{\infty} : le numérateur est borné, pas infini. Ensuite (1)n(-1)^{n} n'est même pas définie pour un xx réel quelconque, il n'existe donc aucune fonction dérivable à qui appliquer la règle. L'encadrement est l'outil naturel dès qu'un facteur oscille en restant borné, et c'est le cas de figure le plus fréquent avec les suites.

Exercice 3 : Divergence et suite géométrique

Diverger ne veut pas dire exploser. Une suite bornée peut parfaitement diverger, et la suite géométrique rnr^{n} est le catalogue complet des comportements possibles.

  • a) Étudiez rnr^{n} selon la valeur de rr : dressez les quatre régimes avec, pour chacun, une valeur de rr et le comportement obtenu.
  • b) Montrez que an=(1)na_{n}=(-1)^{n} diverge, bien qu'elle soit bornée. Quelle idée de la définition de la limite est ici prise en défaut ?
  • c) Comparez (0,9)n(0{,}9)^{n} et (1,1)n(1{,}1)^{n} pour n=10n=10, n=100n=100 et nn\to\infty. Que montre cette comparaison sur la sensibilité du régime à la valeur de rr ?
  • d) « Toute suite convergente est bornée, mais toute suite bornée n'est pas convergente. » Justifiez les deux moitiés de cette phrase.
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a) Les quatre régimes. Si r<1|r|<1, par exemple r=0,5r=0{,}5 : rn0r^{n}\to 0, la suite converge, et elle le fait très vite. Si r=1r=1 : la suite est constante égale à 1, donc converge vers 1. Si r>1r>1, par exemple r=2r=2 : rn+r^{n}\to+\infty, divergence vers l'infini. Si r1r\leq -1, par exemple r=1r=-1 (oscillation entre 1-1 et 1) ou r=2r=-2 (oscillation d'amplitude croissante) : la suite diverge par oscillation, sans limite ni finie ni infinie. Le cas r=1r=-1 est la frontière exacte : c'est le seul rr pour lequel la suite reste bornée tout en divergeant. Ce classement resservira intégralement au chapitre des séries, où la série géométrique rn\sum r^{n} converge exactement quand r<1|r|<1.

b) La suite vaut 1-1 pour nn impair et 11 pour nn pair : elle est bornée, puisque an=1|a_{n}|=1 pour tout nn. Supposons par l'absurde qu'elle converge vers une limite LL. En prenant ε=12\varepsilon=\frac{1}{2} dans la définition, il devrait exister un rang NN au-delà duquel TOUS les termes sont à moins de 12\frac{1}{2} de LL. Mais au-delà de n'importe quel rang, on trouve à la fois des termes valant 1 et des termes valant 1-1, dont la distance mutuelle est 2 : ils ne peuvent pas être tous deux dans un intervalle de largeur 1. Contradiction, donc la suite diverge. L'idée prise en défaut est que la définition exige que TOUS les termes de rang assez grand se rapprochent d'une MÊME valeur; ici la suite a deux valeurs d'adhérence, 1 et 1-1, et n'en privilégie aucune. Être borné empêche d'exploser, mais n'oblige pas à se fixer.

c) Pour n=10n=10 : (0,9)100,349(0{,}9)^{10}\approx 0{,}349 et (1,1)102,594(1{,}1)^{10}\approx 2{,}594, l'écart reste modeste. Pour n=100n=100 : (0,9)1002,66×105(0{,}9)^{100}\approx 2{,}66\times 10^{-5} et (1,1)10013781(1{,}1)^{100}\approx 13781, soit un rapport de plus de cinq cents millions. À la limite : la première tend vers 0, la seconde vers ++\infty. La comparaison montre que le régime bascule sur un SEUIL, la valeur r=1|r|=1, et que deux raisons distantes de seulement 0,20{,}2 produisent des destins opposés. C'est le propre de la croissance exponentielle : le facteur multiplicatif s'applique à chaque étape, si bien qu'un écart minime par tour devient un écart démesuré à l'arrivée. C'est aussi pourquoi, en finance comme en biologie, la valeur exacte du taux compte davantage que la durée.

d) Première moitié, toute suite convergente est bornée : si anLa_{n}\to L, alors en prenant ε=1\varepsilon=1 il existe un rang NN au-delà duquel tous les termes sont dans l'intervalle ]L1,L+1[\left]L-1,L+1\right[, donc bornés; et les termes de rang inférieur à NN sont en nombre FINI, donc bornés eux aussi (un ensemble fini de nombres a toujours un plus grand et un plus petit élément). En combinant les deux, la suite entière est bornée. Seconde moitié, la réciproque est fausse : (1)n(-1)^{n} du point b) est bornée et diverge, ce qui suffit à réfuter. La bonne façon d'utiliser cette implication est sa CONTRAPOSÉE : si une suite n'est pas bornée, elle ne converge pas. C'est un test de divergence rapide, et souvent le plus économique.

Partie B : Monotonie, récurrence et passage aux séries (/24)

Exercice 4 : Le théorème de la convergence monotone

Ce théorème est le seul du chapitre qui prouve une convergence SANS calculer la limite. Il sera l'outil principal pour les suites récurrentes, dont on ne connaît pas de forme explicite.

  • a) Montrez que an=nn+1a_{n}=\frac{n}{n+1} est croissante et majorée par 1. Que conclut le théorème, et quelle est la limite ?
  • b) Énoncez le théorème de la convergence monotone dans ses deux versions. Que garantit-il exactement, et que ne garantit-il pas ?
  • c) La suite an=(1+1n)na_{n}=\left(1+\frac{1}{n}\right)^{n} est croissante et majorée par 3. Que conclut-on ? Calculez a10a_{10}, a1000a_{1000} et identifiez la limite.
  • d) Montrez sur des exemples que les deux hypothèses sont indispensables : donnez une suite croissante non majorée, et une suite majorée non monotone, toutes deux divergentes.
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a) Croissance : an+1an=n+1n+2nn+1=(n+1)2n(n+2)(n+2)(n+1)=n2+2n+1n22n(n+2)(n+1)=1(n+2)(n+1)>0a_{n+1}-a_{n}=\frac{n+1}{n+2}-\frac{n}{n+1}=\frac{(n+1)^{2}-n(n+2)}{(n+2)(n+1)}=\frac{n^{2}+2n+1-n^{2}-2n}{(n+2)(n+1)}=\frac{1}{(n+2)(n+1)}>0, donc la suite est strictement croissante. Majoration : nn+1<1\frac{n}{n+1}<1 pour tout nn, puisque n<n+1n<n+1. La suite est donc croissante et majorée par 1 : le théorème conclut qu'elle CONVERGE. La limite se calcule ici directement, nn+1=11+1n1\frac{n}{n+1}=\frac{1}{1+\frac{1}{n}}\to 1. Notez que le majorant 1 se trouve être exactement la limite, mais ce n'est pas une règle générale : n'importe quel majorant, même très grossier comme 100, aurait suffi à conclure à la convergence.

b) Version croissante : toute suite croissante et majorée converge, et sa limite est le plus petit des majorants (sa borne supérieure). Version décroissante : toute suite décroissante et minorée converge, vers sa borne inférieure. Ce que le théorème GARANTIT : l'EXISTENCE de la limite. Ce qu'il ne garantit PAS : sa valeur. C'est une distinction essentielle et elle est ce qui rend le théorème si utile : dans les cas où l'on ne sait pas calculer, on peut tout de même établir que la limite existe, puis la déterminer par un autre moyen, typiquement l'équation du point fixe de l'exercice suivant. Le théorème repose sur la propriété de la borne supérieure des nombres réels, et c'est d'ailleurs le premier endroit du cours où la complétude de R\mathbb{R} joue un rôle visible.

c) Les deux hypothèses étant vérifiées, le théorème conclut que la suite converge, et ce AVANT tout calcul de limite. Valeurs : a10=(1,1)102,5937a_{10}=\left(1{,}1\right)^{10}\approx 2{,}5937, a1000=(1,001)10002,7169a_{1000}=\left(1{,}001\right)^{1000}\approx 2{,}7169. La limite est le nombre e2,71828e\approx 2{,}71828, et c'est même l'une des définitions possibles de ee. La convergence est lente, ce qui illustre bien le propos du point b) : le théorème affirme que la limite existe, mais la valeur ee ne se lit pas dans l'énoncé et demande un travail séparé, typiquement le calcul par logarithme vu au chapitre de L'Hôpital. Remarquez la forme 11^{\infty} : la base tend vers 1 et l'exposant vers l'infini, et le résultat n'est ni 1 ni l'infini.

d) Croissante mais non majorée : an=na_{n}=n. Elle est strictement croissante, mais aucun réel ne la majore, et elle diverge vers ++\infty. L'hypothèse de majoration est donc indispensable : la monotonie seule empêche seulement d'osciller, pas de s'échapper. Majorée mais non monotone : an=(1)na_{n}=(-1)^{n}, majorée par 1 (et minorée par 1-1), qui diverge par oscillation comme montré à l'exercice 3. L'hypothèse de monotonie est donc indispensable elle aussi : être borné empêche de s'échapper, pas d'osciller. Les deux hypothèses éliminent ensemble les deux seules manières de diverger, et c'est exactement pourquoi leur conjonction suffit à garantir la convergence. C'est un théorème dont la démonstration est technique, mais dont la structure logique se retient très bien sous cette forme : bloquer la fuite et bloquer l'oscillation ne laisse d'autre issue que la convergence.

Exercice 5 : Les suites récurrentes et le piège du point fixe

Pour une suite définie par récurrence, il n'existe en général aucune formule explicite. La stratégie d'examen est en deux temps, et inverser ces deux temps est l'erreur la plus coûteuse du chapitre.

  • a) Soit a1=1a_{1}=1 et an+1=2+ana_{n+1}=\sqrt{2+a_{n}}. Calculez a2a_{2}, a3a_{3}, a4a_{4} et conjecturez le comportement.
  • b) Montrez par récurrence que la suite est majorée par 2, puis qu'elle est croissante. Que conclut-on ?
  • c) Déterminez la limite par l'équation du point fixe.
  • d) Un étudiant applique directement la méthode du point fixe à b1=1b_{1}=1, bn+1=2bnb_{n+1}=2b_{n}, obtient L=2LL=2L donc L=0L=0, et conclut que la suite tend vers 0. Diagnostiquez l'erreur et énoncez la règle qu'elle viole.
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a) a2=2+1=31,732a_{2}=\sqrt{2+1}=\sqrt{3}\approx 1{,}732; a3=2+33,7321,932a_{3}=\sqrt{2+\sqrt{3}}\approx\sqrt{3{,}732}\approx 1{,}932; a4=2+1,9323,9321,983a_{4}=\sqrt{2+1{,}932}\approx\sqrt{3{,}932}\approx 1{,}983. Les termes croissent en se rapprochant de 2 sans sembler le dépasser : on conjecture une suite croissante, majorée par 2, convergeant vers 2. La conjecture ne vaut évidemment pas démonstration, et les points b) et c) fournissent les deux pièces manquantes.

b) Majoration par récurrence. Initialisation : a1=12a_{1}=1\leq 2 ✓. Hérédité : supposons an2a_{n}\leq 2; alors 2+an42+a_{n}\leq 4, donc an+1=2+an4=2a_{n+1}=\sqrt{2+a_{n}}\leq\sqrt{4}=2 ✓. Par récurrence, an2a_{n}\leq 2 pour tout nn. Croissance : on compare an+1a_{n+1} et ana_{n}, c'est-à-dire 2+an\sqrt{2+a_{n}} et ana_{n}. Comme les deux membres sont positifs, cela revient à comparer 2+an2+a_{n} et an2a_{n}^{2}, soit à étudier le signe de an2an2=(an2)(an+1)a_{n}^{2}-a_{n}-2=(a_{n}-2)(a_{n}+1). Puisque 0<an20<a_{n}\leq 2, le premier facteur est négatif ou nul et le second positif, donc le produit est négatif ou nul : an22+ana_{n}^{2}\leq 2+a_{n}, d'où anan+1a_{n}\leq a_{n+1} ✓. La suite est croissante et majorée par 2 : par le théorème de la convergence monotone, elle CONVERGE. À ce stade on ne connaît toujours pas la limite, mais on sait qu'elle existe, et c'est précisément ce dont le point c) a besoin.

c) Notons LL la limite, dont l'existence vient d'être établie. En passant à la limite dans la relation an+1=2+ana_{n+1}=\sqrt{2+a_{n}}, et puisque an+1a_{n+1} et ana_{n} ont la même limite LL tandis que la fonction racine est continue, on obtient L=2+LL=\sqrt{2+L}. En élevant au carré : L2=2+LL^{2}=2+L, soit L2L2=0L^{2}-L-2=0, soit (L2)(L+1)=0(L-2)(L+1)=0, d'où L=2L=2 ou L=1L=-1. On écarte L=1L=-1 car tous les termes sont positifs, donc la limite est positive ou nulle. Conclusion : liman=2\lim a_{n}=2, ce qui confirme la conjecture du point a).

d) L'erreur est d'avoir appliqué le point fixe SANS avoir d'abord établi que la suite converge. La suite bn=2n1b_{n}=2^{n-1} vaut 1,2,4,8,16,1,2,4,8,16,\ldots et diverge manifestement vers ++\infty. Le calcul L=2LL=0L=2L\Rightarrow L=0 est formellement correct, mais il répond à la question « SI la limite existe, que peut-elle valoir ? », ce qui n'est pas la même chose que « la limite existe et vaut 0 ». Le raisonnement du point fixe est CONDITIONNEL : il suppose l'existence de LL dès la première ligne, puisqu'écrire limbn+1=limbn=L\lim b_{n+1}=\lim b_{n}=L n'a de sens que si cette limite existe. La règle violée : pour une suite récurrente, il faut TOUJOURS prouver la convergence avant de chercher la valeur de la limite, en pratique par le théorème de la convergence monotone. L'ordre des deux étapes n'est pas une préférence de rédaction, c'est ce qui sépare une démonstration d'un raisonnement circulaire. Un examinateur retire l'essentiel des points sur une réponse qui donne la bonne limite sans avoir justifié son existence.

Exercice 6 : De la suite à la série : la distinction qui décide de tout

Le chapitre débouche sur celui des séries, et une seule confusion suffit à rendre tout le bloc incompréhensible : celle entre la suite (an)(a_{n}) et la série an\sum a_{n}.

  • a) Pour an=12na_{n}=\frac{1}{2^{n}}, calculez les cinq premiers termes de la suite, puis les cinq premières sommes partielles SnS_{n}. Que fait chacune des deux suites ?
  • b) Énoncez le lien exact entre la convergence de an\sum a_{n} et celle de (an)(a_{n}). La réciproque est-elle vraie ? Justifiez avec la série harmonique.
  • c) Énoncez le test du terme général (test de divergence) et appliquez-le à n=1n2n+1\sum_{n=1}^{\infty}\frac{n}{2n+1}.
  • d) Un étudiant écrit : « 1n0\frac{1}{n}\to 0, donc 1n\sum\frac{1}{n} converge ». Diagnostiquez l'erreur logique, et dites ce que le test permet et ne permet pas de conclure.
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a) Termes de la suite : a1=12=0,5a_{1}=\frac{1}{2}=0{,}5; a2=0,25a_{2}=0{,}25; a3=0,125a_{3}=0{,}125; a4=0,0625a_{4}=0{,}0625; a5=0,03125a_{5}=0{,}03125. Sommes partielles : S1=0,5S_{1}=0{,}5; S2=0,75S_{2}=0{,}75; S3=0,875S_{3}=0{,}875; S4=0,9375S_{4}=0{,}9375; S5=0,96875S_{5}=0{,}96875. La suite (an)(a_{n}) tend vers 0, tandis que la suite des sommes partielles (Sn)(S_{n}) tend vers 1. Ce sont deux objets DIFFÉRENTS avec deux limites différentes, construits à partir des mêmes nombres. Dire « la série converge vers 1 » signifie exactement que Sn1S_{n}\to 1 : la somme d'une série est par DÉFINITION la limite de ses sommes partielles, et rien d'autre. On vérifie ici la formule géométrique Sn=112nS_{n}=1-\frac{1}{2^{n}}, qui tend bien vers 1.

b) Le lien : SI an\sum a_{n} converge, ALORS an0a_{n}\to 0. La démonstration tient en une ligne : an=SnSn1a_{n}=S_{n}-S_{n-1}, et si SnSS_{n}\to S alors Sn1SS_{n-1}\to S également, donc la différence tend vers SS=0S-S=0. La réciproque est FAUSSE, et le contre-exemple canonique est la série harmonique : 1n0\frac{1}{n}\to 0, pourtant 1n\sum\frac{1}{n} DIVERGE (par le test de l'intégrale, puisque 1dxx=+\int_{1}^{\infty}\frac{dx}{x}=+\infty). Interprétation : les termes deviennent petits, mais pas assez vite pour que leur accumulation reste finie. C'est le résultat le plus contre-intuitif du bloc des séries, et il vaut la peine d'être médité : une infinité de contributions minuscules peut parfaitement totaliser l'infini.

c) Test du terme général : si limnan0\lim_{n\to\infty}a_{n}\neq 0 (ou si cette limite n'existe pas), alors la série an\sum a_{n} DIVERGE. C'est la contraposée du résultat du point b). Application : an=n2n+1120a_{n}=\frac{n}{2n+1}\to\frac{1}{2}\neq 0 (rapport des coefficients dominants), donc n=1n2n+1\sum_{n=1}^{\infty}\frac{n}{2n+1} diverge. Le raisonnement intuitif : on additionne indéfiniment des quantités qui avoisinent 12\frac{1}{2}, le total ne peut que croître sans borne. Ce test est le PREMIER à appliquer devant toute série, car il coûte une limite et élimine parfois la question en dix secondes.

d) L'erreur est une inversion d'implication. Le résultat vrai est « série convergente \Rightarrow terme général tendant vers 0 »; l'étudiant l'utilise dans le sens « terme général tendant vers 0 \Rightarrow série convergente », ce qui est la RÉCIPROQUE, et elle est fausse. La série harmonique en est le contre-exemple direct : elle satisfait l'hypothèse et ne satisfait pas la conclusion. Ce que le test permet : conclure à la DIVERGENCE quand le terme général ne tend pas vers 0. Ce que le test ne permet pas : conclure à la convergence quand le terme général tend vers 0. Dans ce dernier cas, le test est simplement MUET et il faut un autre critère (comparaison, intégrale, d'Alembert, séries alternées). La formulation à retenir mot pour mot : le test du terme général est un test de divergence uniquement, jamais un test de convergence.

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