Calcul intégral 201-SN3-RE (ancien 201-NYB) • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal

Exercices corrigés : les suites numériques (201-SN3-RE, ancien 201-NYB)

Voici la série d'exercices corrigés de calcul intégral 201-SN3-RE (ancien 201-NYB) sur les suites numériques, le chapitre qui ouvre l'étude des séries. La partie A installe le vocabulaire et les outils : terme général explicite ou récurrent, définition précise de la convergence, techniques de calcul de limites (terme dominant, conjugué, encadrement, passage par la fonction continue), la suite géométrique rnr^{n} avec ses quatre régimes selon la valeur de rr, la monotonie prouvée par la différence, le rapport ou la fonction associée (exercice 4), et les sommes de Riemann lues à l'envers comme limites de suites (exercice 5). La partie B monte au niveau examen : le théorème de la convergence monotone et ses deux hypothèses, les suites définies par récurrence avec le piège du point fixe utilisé trop tôt, la distinction entre une suite et une série, celle qui explique pourquoi 1n\frac{1}{n} tend vers zéro alors que ∑1n\sum\frac{1}{n} diverge, les suites adjacentes, qui encadrent ee et justifient la dichotomie (exercice 9), et les points fixes attractifs et répulsifs, jusqu'à la suite logistique (exercice 10).

L'exercice 0.1 ouvre la série par dix limites de suites à calculer directement, comme dans les listes d'exercices des manuels : terme dominant pour des suites rationnelles et pour 2n+1+5n5n+1−3n\frac{2^{n+1}+5^{n}}{5^{n+1}-3^{n}}, quantité conjuguée pour n2+4n−n2−2n\sqrt{n^{2}+4n}-\sqrt{n^{2}-2n}, différence de logarithmes, théorème d'encadrement avec sin⁡n\sin n et avec (n+1)!nn\frac{(n+1)!}{n^{n}}, suite alternée sans limite, et exposant variable comme (n+1n−2)n\left(\frac{n+1}{n-2}\right)^{n}, chacune avec sa limite vérifiée en direct.

La partie C reprend les classiques : la suite arithmético-géométrique d'une dose de médicament prise chaque jour (exercice 11), la suite de Fibonacci et le nombre d'or (exercice 12), cinq limites où l'exposant dépend de nn (exercice 13), le remboursement d'un prêt (exercice 14) et le flocon de Koch, un périmètre infini autour d'une aire finie (exercice 15).

Cette série s'adresse aux étudiants de cégep en Sciences de la nature (cours de calcul intégral 201-SN3-RE) comme aux élèves de Terminale du Lycée Marie de France et du Collège Stanislas qui suivent le complément québécois de mathématiques.

Le chapitre est court et se travaille souvent trop vite, ce qui se paie ensuite pendant tout le bloc des séries. Une série n'est rien d'autre que la SUITE de ses sommes partielles : chaque théorème appris ici sera réutilisé tel quel plus tard, et un étudiant qui confond suite et série ne pourra plus rien comprendre aux critères de convergence.

Cette série existe aussi en anglais →

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Ce chapitre fait partie de Calcul intégral 201-SN3-RE (ancien 201-NYB)
Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (8 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1 Variation inverse et proportionnalité Secondaire 3
  2. 2 Calculs algébriques Secondaire 5
  3. 3 Les fonctions définies par parties Secondaire 5
  4. 4 La fonction rationnelle, dite homographique Secondaire 5
  5. 5 Les paramètres des fonctions Secondaire 5
  6. 6 Les opérations sur les fonctions Secondaire 5
  7. 7 Fonctions et domaine Calcul différentiel 201-SN2-RE (ancien 201-NYA)
  8. 8 Limites et continuité Calcul différentiel 201-SN2-RE (ancien 201-NYA)

Rappel de cours

  • • Une suite (an)(a_{n}) est une fonction de N\mathbb{N} vers R\mathbb{R} : à chaque rang nn elle associe un terme ana_{n}. Elle peut être donnée par une formule EXPLICITE (an=2n+1n+3a_{n}=\frac{2n+1}{n+3}) ou par RÉCURRENCE (a1=1a_{1}=1 et an+1=2+ana_{n+1}=\sqrt{2+a_{n}}).
  • • Convergence : lim⁡n→∞an=L\lim_{n\to\infty}a_{n}=L signifie que pour tout ε>0\varepsilon>0, il existe un rang NN tel que n>Nn>N entraîne ∣an−L∣<ε|a_{n}-L|<\varepsilon. Une suite qui ne converge pas DIVERGE, soit vers ±∞\pm\infty, soit par oscillation.
  • • Passage par la fonction : si f(x)→Lf(x)\to L quand x→∞x\to\infty et si an=f(n)a_{n}=f(n), alors an→La_{n}\to L. Cela autorise L'Hôpital sur les suites. ATTENTION : la réciproque est fausse, car sin⁡(2πn)=0\sin(2\pi n)=0 pour tout entier nn alors que sin⁡(2πx)\sin(2\pi x) n'a pas de limite.
  • • Suite géométrique rnr^{n} : converge vers 00 si ∣r∣<1|r|<1; converge vers 11 si r=1r=1; diverge vers +∞+\infty si r>1r>1; diverge par oscillation si r≤−1r\leq -1.
  • • Théorème de la convergence monotone : toute suite CROISSANTE et MAJORÉE converge; toute suite DÉCROISSANTE et MINORÉE converge. Les deux hypothèses sont indispensables, et le théorème garantit l'existence de la limite sans en donner la valeur.
  • • Toute suite convergente est bornée. La réciproque est FAUSSE : (−1)n(-1)^{n} est bornée et diverge.
  • • Suite et série : la série ∑an\sum a_{n} est la SUITE de ses sommes partielles Sn=a1+⋯+anS_{n}=a_{1}+\cdots+a_{n}. Si ∑an\sum a_{n} converge alors an→0a_{n}\to 0, mais la réciproque est fausse : 1n→0\frac{1}{n}\to 0 et pourtant ∑1n\sum\frac{1}{n} diverge.

Calculs : les limites de suites à calculer

Exercice 0.1 : Calculer la limite d'une suite : dix calculs directs

Pour chaque suite (un)(u_{n}), calculez lim⁡n→+∞un\lim_{n\to+\infty}u_{n}. Donnez la valeur exacte, ou au millième si elle fait intervenir ee ou un logarithme ; si la limite est infinie ou n'existe pas, choisissez la bonne option.

Une seule méthode pour les dix lignes : remplacer d'abord nn par « très grand » pour lire la forme, puis choisir l'outil d'après l'écriture. Un quotient de polynômes ou de puissances ana^{n} se traite par le terme dominant, une différence de racines par le conjugué, une différence de logarithmes en la regroupant en un seul. Dès qu'un sin⁡n\sin n, un cos⁡n\cos n ou une factorielle apparaît, on encadre ; dès que nn est dans l'exposant, on passe à ln⁡un\ln u_{n}.

  • a) un=5−2n23n2+nu_{n}=\frac{5-2n^{2}}{3n^{2}+n}.
  • b) un=3−n3n2+4nu_{n}=\frac{3-n^{3}}{n^{2}+4n}.
  • c) un=n2+4n−n2−2nu_{n}=\sqrt{n^{2}+4n}-\sqrt{n^{2}-2n}.
  • d) un=2n+1+5n5n+1−3nu_{n}=\frac{2^{n+1}+5^{n}}{5^{n+1}-3^{n}}.
  • e) un=ln⁡(3n2+1)−2ln⁡(n+5)u_{n}=\ln\left(3n^{2}+1\right)-2\ln(n+5).
  • f) un=2n+sin⁡nn+cos⁡nu_{n}=\frac{2n+\sin n}{n+\cos n}.
  • g) un=(−1)n nn+1u_{n}=(-1)^{n}\,\frac{n}{n+1}.
  • h) un=(2n3)2nu_{n}=\left(2n^{3}\right)^{\frac{2}{n}}.
  • i) un=(n+1n−2)nu_{n}=\left(\frac{n+1}{n-2}\right)^{n}.
  • j) un=(n+1)!nnu_{n}=\frac{(n+1)!}{n^{n}}.

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a)
b)
c)
d)
e)
f)
g)
h)
i)
j)
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Réponses

  • a) terme dominant ; −23-\frac{2}{3}
  • b) n⋅3n3−11+4nn\cdot\frac{\frac{3}{n^{3}}-1}{1+\frac{4}{n}} ; −∞-\infty
  • c) conjugué, 6nn2+4n+n2−2n\frac{6n}{\sqrt{n^{2}+4n}+\sqrt{n^{2}-2n}} ; 33
  • d) division par 5n5^{n} ; 15\frac{1}{5}
  • e) ln⁡3n2+1(n+5)2\ln\frac{3n^{2}+1}{(n+5)^{2}} ; ln⁡3≈1,099\ln 3\approx 1{,}099
  • f) encadrement de sin⁡nn\frac{\sin n}{n} ; 22
  • g) deux sous-suites, 11 et −1-1 ; pas de limite
  • h) ln⁡un→0\ln u_{n}\to 0 ; 11
  • i) 1∞1^{\infty}, (1+3m)m→e3\left(1+\frac{3}{m}\right)^{m}\to e^{3} ; e3≈20,086e^{3}\approx 20{,}086
  • j) 0<un≤2(n+1)n20<u_{n}\leq\frac{2(n+1)}{n^{2}} ; 00

Le geste qui décide de tout : lire la forme AVANT de calculer. ∞∞\frac{\infty}{\infty} appelle la mise en facteur du terme dominant, ∞−∞\infty-\infty un regroupement (conjugué ou logarithme), une suite qui oscille un encadrement ou deux sous-suites, et 1∞1^{\infty} ou ∞0\infty^{0} le logarithme. Aucune de ces formes ne se conclut « à vue ».

a)

Terme dominant n2n^{2} en haut et en bas : un=5n2−23+1n→0−23+0=−23u_{n}=\frac{\frac{5}{n^{2}}-2}{3+\frac{1}{n}}\to\frac{0-2}{3+0}=-\frac{2}{3}. Piège : prendre les termes dans l'ordre d'écriture et répondre 53\frac{5}{3} ; le terme dominant est celui de plus haut degré, signe compris.

b)

On factorise chaque terme dominant : un=n3(3n3−1)n2(1+4n)=n⋅3n3−11+4nu_{n}=\frac{n^{3}\left(\frac{3}{n^{3}}-1\right)}{n^{2}\left(1+\frac{4}{n}\right)}=n\cdot\frac{\frac{3}{n^{3}}-1}{1+\frac{4}{n}}. C'est le produit de n→+∞n\to+\infty par un facteur qui tend vers −1-1 : un→−∞u_{n}\to-\infty. Piège : le signe, porté par le −n3-n^{3}.

c)

Forme ∞−∞\infty-\infty : on multiplie par la quantité conjuguée. un=(n2+4n)−(n2−2n)n2+4n+n2−2n=6nn(1+4n+1−2n)→61+1=3u_{n}=\frac{(n^{2}+4n)-(n^{2}-2n)}{\sqrt{n^{2}+4n}+\sqrt{n^{2}-2n}}=\frac{6n}{n\left(\sqrt{1+\frac{4}{n}}+\sqrt{1-\frac{2}{n}}\right)}\to\frac{6}{1+1}=3. Piège : conclure ∞−∞=0\infty-\infty=0.

d)

On divise en haut et en bas par 5n5^{n}, la plus grande base : un=2(25)n+15−(35)n→0+15−0=15u_{n}=\frac{2\left(\frac{2}{5}\right)^{n}+1}{5-\left(\frac{3}{5}\right)^{n}}\to\frac{0+1}{5-0}=\frac{1}{5}, puisque rn→0r^{n}\to 0 pour ∣r∣<1|r|<1. Piège : 5n+1=5⋅5n5^{n+1}=5\cdot 5^{n}, le 55 reste au dénominateur.

e)

Forme ∞−∞\infty-\infty : on regroupe, un=ln⁡3n2+1(n+5)2u_{n}=\ln\frac{3n^{2}+1}{(n+5)^{2}}. Le quotient tend vers 33 par le terme dominant, donc, par continuité du logarithme, un→ln⁡3≈1,099u_{n}\to\ln 3\approx 1{,}099. Piège : 2ln⁡(n+5)=ln⁡(n+5)22\ln(n+5)=\ln(n+5)^{2}, et non ln⁡(2(n+5))\ln\left(2(n+5)\right).

f)

Encadrement : −1≤sin⁡n≤1-1\leq\sin n\leq 1 donne −1n≤sin⁡nn≤1n-\frac{1}{n}\leq\frac{\sin n}{n}\leq\frac{1}{n}, donc sin⁡nn→0\frac{\sin n}{n}\to 0 ; de même cos⁡nn→0\frac{\cos n}{n}\to 0. En divisant par nn : un=2+sin⁡nn1+cos⁡nn→2+01+0=2u_{n}=\frac{2+\frac{\sin n}{n}}{1+\frac{\cos n}{n}}\to\frac{2+0}{1+0}=2. Piège : appliquer L'Hôpital à la fonction associée, qui donne 2+cos⁡x1−sin⁡x\frac{2+\cos x}{1-\sin x}, sans limite ; la règle échoue, la suite converge pourtant.

g)

nn+1→1\frac{n}{n+1}\to 1, donc les termes de rang pair tendent vers 11 et ceux de rang impair vers −1-1 : deux sous-suites, deux limites différentes, la suite n'a pas de limite. Piège : confondre avec (−1)nn→0\frac{(-1)^{n}}{n}\to 0 ; l'encadrement ne conclut que si le facteur qui multiplie (−1)n(-1)^{n} tend vers 00, et ici il tend vers 11.

h)

nn est dans l'exposant : ln⁡un=2nln⁡(2n3)=2ln⁡2+6ln⁡nn→0\ln u_{n}=\frac{2}{n}\ln\left(2n^{3}\right)=\frac{2\ln 2+6\ln n}{n}\to 0, puisque ln⁡nn→0\frac{\ln n}{n}\to 0. Donc un→e0=1u_{n}\to e^{0}=1. Piège : la forme est ∞0\infty^{0}, indéterminée ; on ne conclut pas « exposant nul, donc 11 » sans le logarithme.

i)

Forme 1∞1^{\infty} : n+1n−2=1+3n−2\frac{n+1}{n-2}=1+\frac{3}{n-2}. On pose m=n−2m=n-2 : un=[(1+3m)m]nn−2u_{n}=\left[\left(1+\frac{3}{m}\right)^{m}\right]^{\frac{n}{n-2}}. Le crochet tend vers e3e^{3} par la limite de référence (1+am)m→ea\left(1+\frac{a}{m}\right)^{m}\to e^{a}, et l'exposant nn−2\frac{n}{n-2} vers 11. Donc un→e3≈20,086u_{n}\to e^{3}\approx 20{,}086. Piège : répondre 11, parce que la base tend vers 11.

j)

On écrit (n+1)!nn=(n+1)⋅1n⋅2n⋅3n⋯nn\frac{(n+1)!}{n^{n}}=(n+1)\cdot\frac{1}{n}\cdot\frac{2}{n}\cdot\frac{3}{n}\cdots\frac{n}{n} : nn facteurs kn\frac{k}{n}, tous compris entre 00 et 11. On garde les DEUX premiers et l'on majore les autres par 11 : pour n≥2n\geq 2, 0<un≤(n+1)⋅1n⋅2n=2(n+1)n2→00<u_{n}\leq(n+1)\cdot\frac{1}{n}\cdot\frac{2}{n}=\frac{2(n+1)}{n^{2}}\to 0. Par encadrement, un→0u_{n}\to 0. Piège : ne garder qu'un facteur donne un≤n+1nu_{n}\leq\frac{n+1}{n}, qui tend vers 11 et ne conclut rien.

Contrôle : on calcule unu_{n} à la machine pour un grand rang, n=106n=10^{6} en général, n=50n=50 pour les puissances 5n5^{n} et les factorielles. On doit lire u106≈−0,6667u_{10^{6}}\approx-0{,}6667 au a), ≈3,000\approx 3{,}000 au c), ≈20,09\approx 20{,}09 au i) ; et au g), deux rangs consécutifs donnent des valeurs proches de 11 et de −1-1.

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Partie A : Convergence, limites, monotonie et sommes (/50)

Exercice 1 : Terme général et définition de la limite

Une suite se donne de deux façons : par une formule qui calcule directement ana_{n}, ou par une règle qui fabrique chaque terme à partir du précédent. La distinction gouverne toutes les méthodes du chapitre.

  • a) Pour an=2n+1n+3a_{n}=\frac{2n+1}{n+3}, calculez les quatre premiers termes et conjecturez la limite. Pour b1=1b_{1}=1 et bn+1=bn+3b_{n+1}=b_{n}+3, faites de même, puis donnez une formule explicite pour bnb_{n}.
  • b) Énoncez la définition formelle de lim⁡n→∞an=L\lim_{n\to\infty}a_{n}=L, puis déterminez explicitement un rang NN à partir duquel ∣2n+1n+3−2∣<0,01\left|\frac{2n+1}{n+3}-2\right|<0{,}01.
  • c) Quelle est la différence de nature entre une formule explicite et une formule de récurrence ? Laquelle permet de calculer a1000a_{1000} directement, et pourquoi cela compte-t-il ?
  • d) Un étudiant écrit : « la suite an=2n+1n+3a_{n}=\frac{2n+1}{n+3} atteint sa limite 2 ». Corrigez, en précisant ce que « tendre vers » signifie exactement.

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a)
b)
c)
d)
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Réponses

  • a) an→2a_{n}\to 2 ; bn=3n−2b_{n}=3n-2 diverge
  • b) 5n+3<0,01\frac{5}{n+3}<0{,}01 : N=497N=497
  • c) L'explicite calcule a1000a_{1000} directement
  • d) Jamais atteinte : l'écart 5n+3\frac{5}{n+3} reste positif
a)

Pour (an)(a_{n}) : a1=34=0,75a_{1}=\frac{3}{4}=0{,}75, a2=55=1a_{2}=\frac{5}{5}=1, a3=76≈1,167a_{3}=\frac{7}{6}\approx 1{,}167, a4=97≈1,286a_{4}=\frac{9}{7}\approx 1{,}286. Les termes croissent en se rapprochant de 2, ce qui suggère lim⁡an=2\lim a_{n}=2 (confirmé au point b), puisque le rapport des coefficients dominants est 21\frac{2}{1}). Pour (bn)(b_{n}) : b1=1b_{1}=1, b2=4b_{2}=4, b3=7b_{3}=7, b4=10b_{4}=10. On ajoute 3 à chaque étape, c'est une suite arithmétique de raison 3, donc bn=1+3(n−1)=3n−2b_{n}=1+3(n-1)=3n-2. Vérification : b4=12−2=10b_{4}=12-2=10 ✓. Cette suite DIVERGE vers +∞+\infty, ce qui rappelle qu'une suite parfaitement régulière n'est pas pour autant convergente.

b)

Définition : lim⁡n→∞an=L\lim_{n\to\infty}a_{n}=L si pour tout ε>0\varepsilon>0, il existe un rang NN tel que pour tout n>Nn>N, ∣an−L∣<ε|a_{n}-L|<\varepsilon. Autrement dit, aussi petite que soit la marge ε\varepsilon qu'on exige, la suite finit par entrer dans cette marge et n'en ressort plus. Application avec ε=0,01\varepsilon=0{,}01 : ∣2n+1n+3−2∣=∣2n+1−2n−6n+3∣=5n+3\left|\frac{2n+1}{n+3}-2\right|=\left|\frac{2n+1-2n-6}{n+3}\right|=\frac{5}{n+3}. On veut 5n+3<0,01\frac{5}{n+3}<0{,}01, soit n+3>500n+3>500, soit n>497n>497. On peut donc prendre N=497N=497 : à partir du rang 498, tous les termes sont à moins de 0,010{,}01 de 2. Vérification : a498=997501≈1,99002a_{498}=\frac{997}{501}\approx 1{,}99002, et l'écart vaut 5501≈0,00998<0,01\frac{5}{501}\approx 0{,}00998<0{,}01 ✓.

c)

Une formule EXPLICITE calcule ana_{n} à partir de nn seul : a1000a_{1000} s'obtient en une substitution. Une formule de RÉCURRENCE calcule ana_{n} à partir de an−1a_{n-1} : pour obtenir b1000b_{1000} il faut en principe parcourir les 999 termes précédents. Seule la formule explicite permet donc un calcul direct, et c'est pourquoi on cherche souvent à convertir une récurrence en expression explicite, comme on l'a fait avec bn=3n−2b_{n}=3n-2. Cela compte parce que les techniques de limites du chapitre (terme dominant, L'Hôpital, conjugué) s'appliquent à une EXPRESSION en nn : sans forme explicite, on ne peut pas les employer, et il faut alors passer par le théorème de la convergence monotone, ce que fait l'exercice 6.

d)

La suite n'atteint jamais 2 : 2n+1n+3=2\frac{2n+1}{n+3}=2 exigerait 2n+1=2n+62n+1=2n+6, donc 1=61=6, ce qui est impossible pour tout nn. « Tendre vers 2 » ne signifie pas atteindre 2, mais s'en approcher d'aussi près qu'on veut à partir d'un certain rang. L'écart 5n+3\frac{5}{n+3} reste strictement positif pour tout nn, tout en devenant plus petit que n'importe quelle marge fixée d'avance. La confusion est fréquente parce que le langage courant emploie « tendre vers » et « atteindre » de manière interchangeable; en analyse, la différence est justement l'objet de la définition avec ε\varepsilon. À noter tout de même qu'une suite PEUT atteindre sa limite, par exemple une suite constante, ou une suite valant 0 à tous les rangs pairs, mais rien ne l'y oblige.

246810121416182012345LL + εL − εN

Exercice 2 : Calculer une limite de suite : quatre techniques

Les techniques sont celles des limites de fonctions, à une nuance près : la variable est entière, ce qui interdit certains raisonnements et en autorise d'autres.

  • a) Calculez lim⁡n→∞3n2−5n+27n2+n\lim_{n\to\infty}\frac{3n^{2}-5n+2}{7n^{2}+n} par la méthode du terme dominant.
  • b) Calculez lim⁡n→∞(n2+n−n)\lim_{n\to\infty}\left(\sqrt{n^{2}+n}-n\right).
  • c) Calculez lim⁡n→∞ln⁡nn\lim_{n\to\infty}\frac{\ln n}{n} en justifiant le passage par la fonction continue. Pourquoi ce passage est-il légitime dans ce sens, et pourquoi la réciproque est-elle fausse ?
  • d) Calculez lim⁡n→∞cos⁡nn\lim_{n\to\infty}\frac{\cos n}{n} et lim⁡n→∞(−1)nn\lim_{n\to\infty}\frac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}}. Quel théorème est en jeu, et pourquoi L'Hôpital serait-il inutilisable ici ?

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a)
b)
c)
d)
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Réponses

  • a) 37\frac{3}{7}
  • b) Conjugué : 12\frac{1}{2}
  • c) 00, via la fonction ln⁡xx\frac{\ln x}{x}
  • d) 00 et 00 par les gendarmes
a)

On factorise la puissance dominante au numérateur et au dénominateur, ici n2n^{2} : 3n2−5n+27n2+n=n2(3−5n+2n2)n2(7+1n)=3−5n+2n27+1n\frac{3n^{2}-5n+2}{7n^{2}+n}=\frac{n^{2}\left(3-\frac{5}{n}+\frac{2}{n^{2}}\right)}{n^{2}\left(7+\frac{1}{n}\right)}=\frac{3-\frac{5}{n}+\frac{2}{n^{2}}}{7+\frac{1}{n}}. Tous les termes en 1n\frac{1}{n} tendent vers zéro, donc la limite vaut 37\frac{3}{7}. Règle générale pour un quotient de polynômes : si les degrés sont égaux, la limite est le rapport des coefficients dominants; si le degré du numérateur est plus petit, la limite est 0; s'il est plus grand, la suite diverge vers l'infini.

b)

Forme ∞−∞\infty-\infty, donc conjugué : n2+n−n=(n2+n−n)(n2+n+n)n2+n+n=n2+n−n2n2+n+n=nn2+n+n\sqrt{n^{2}+n}-n=\frac{\left(\sqrt{n^{2}+n}-n\right)\left(\sqrt{n^{2}+n}+n\right)}{\sqrt{n^{2}+n}+n}=\frac{n^{2}+n-n^{2}}{\sqrt{n^{2}+n}+n}=\frac{n}{\sqrt{n^{2}+n}+n}. On factorise nn au dénominateur : nn(1+1n+1)=11+1n+1→12\frac{n}{n\left(\sqrt{1+\frac{1}{n}}+1\right)}=\frac{1}{\sqrt{1+\frac{1}{n}}+1}\to\frac{1}{2}. La limite vaut 12\frac{1}{2}. Le résultat mérite un commentaire : n2+n\sqrt{n^{2}+n} et nn deviennent tous deux immenses, mais leur écart se stabilise à 12\frac{1}{2}, ce qui montre que n2+n\sqrt{n^{2}+n} se comporte comme n+12n+\frac{1}{2} pour nn grand.

c)

On considère la fonction f(x)=ln⁡xxf(x)=\frac{\ln x}{x}, qui coïncide avec la suite aux entiers, c'est-à-dire an=f(n)a_{n}=f(n). Par L'Hôpital (forme ∞∞\frac{\infty}{\infty}) : lim⁡x→∞1/x1=0\lim_{x\to\infty}\frac{1/x}{1}=0. Le théorème de passage garantit alors que ln⁡nn→0\frac{\ln n}{n}\to 0. Le passage est légitime dans CE sens parce que les entiers font partie des réels : si toutes les valeurs réelles finissent dans la marge ε\varepsilon, les valeurs entières y sont a fortiori. La réciproque est fausse parce que la suite ne voit que des points isolés et peut manquer complètement le comportement de la fonction entre ces points : sin⁡(2πn)=0\sin(2\pi n)=0 pour tout entier nn, donc la SUITE converge vers 0, alors que la FONCTION sin⁡(2πx)\sin(2\pi x) oscille sans limite. Conséquence pratique : si la limite de la fonction n'existe pas, on n'a rien appris sur la suite et il faut trouver un autre argument.

d)

Les deux limites valent 00, par le théorème des GENDARMES (encadrement). Pour la première : −1n≤cos⁡nn≤1n-\frac{1}{n}\leq\frac{\cos n}{n}\leq\frac{1}{n} puisque ∣cos⁡n∣≤1|\cos n|\leq 1, et les deux bornes tendent vers 0, donc la suite aussi. Pour la seconde : ∣(−1)nn∣=1n→0\left|\frac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}}\right|=\frac{1}{\sqrt{n}}\to 0, et une suite dont la valeur absolue tend vers 0 tend vers 0. L'Hôpital serait inutilisable pour deux raisons cumulées. D'abord ces expressions ne sont pas des formes indéterminées de type 00\frac{0}{0} ou ∞∞\frac{\infty}{\infty} : le numérateur est borné, pas infini. Ensuite (−1)n(-1)^{n} n'est même pas définie pour un xx réel quelconque, il n'existe donc aucune fonction dérivable à qui appliquer la règle. L'encadrement est l'outil naturel dès qu'un facteur oscille en restant borné, et c'est le cas de figure le plus fréquent avec les suites.

Exercice 3 : Divergence et suite géométrique

Diverger ne veut pas dire exploser. Une suite bornée peut parfaitement diverger, et la suite géométrique rnr^{n} est le catalogue complet des comportements possibles.

  • a) Étudiez rnr^{n} selon la valeur de rr : dressez les quatre régimes avec, pour chacun, une valeur de rr et le comportement obtenu.
  • b) Montrez que an=(−1)na_{n}=(-1)^{n} diverge, bien qu'elle soit bornée. Quelle idée de la définition de la limite est ici prise en défaut ?
  • c) Comparez (0,9)n(0{,}9)^{n} et (1,1)n(1{,}1)^{n} pour n=10n=10, n=100n=100 et n→∞n\to\infty. Que montre cette comparaison sur la sensibilité du régime à la valeur de rr ?
  • d) « Toute suite convergente est bornée, mais toute suite bornée n'est pas convergente. » Justifiez les deux moitiés de cette phrase.

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a)
b)
c)
d)
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Réponses

  • a) ∣r∣<1|r|<1 : 00 ; r=1r=1 : 11 ; r>1r>1 : +∞+\infty ; r≤−1r\leq-1 : oscillation
  • b) Deux valeurs d'adhérence : divergente
  • c) ≈0,349\approx 0{,}349 et 2,5942{,}594 ; 2,66×10−52{,}66\times 10^{-5} et 13 78113\,781
  • d) Convergente ⇒ bornée ; (−1)n(-1)^{n} réfute la réciproque
a)

Les quatre régimes. Si ∣r∣<1|r|<1, par exemple r=0,5r=0{,}5 : rn→0r^{n}\to 0, la suite converge, et elle le fait très vite. Si r=1r=1 : la suite est constante égale à 1, donc converge vers 1. Si r>1r>1, par exemple r=2r=2 : rn→+∞r^{n}\to+\infty, divergence vers l'infini. Si r≤−1r\leq -1, par exemple r=−1r=-1 (oscillation entre −1-1 et 1) ou r=−2r=-2 (oscillation d'amplitude croissante) : la suite diverge par oscillation, sans limite ni finie ni infinie. Le cas r=−1r=-1 est la frontière exacte : c'est le seul rr pour lequel la suite reste bornée tout en divergeant. Ce classement resservira intégralement au chapitre des séries, où la série géométrique ∑rn\sum r^{n} converge exactement quand ∣r∣<1|r|<1.

b)

La suite vaut −1-1 pour nn impair et 11 pour nn pair : elle est bornée, puisque ∣an∣=1|a_{n}|=1 pour tout nn. Supposons par l'absurde qu'elle converge vers une limite LL. En prenant ε=12\varepsilon=\frac{1}{2} dans la définition, il devrait exister un rang NN au-delà duquel TOUS les termes sont à moins de 12\frac{1}{2} de LL. Mais au-delà de n'importe quel rang, on trouve à la fois des termes valant 1 et des termes valant −1-1, dont la distance mutuelle est 2 : ils ne peuvent pas être tous deux dans un intervalle de largeur 1. Contradiction, donc la suite diverge. L'idée prise en défaut est que la définition exige que TOUS les termes de rang assez grand se rapprochent d'une MÊME valeur; ici la suite a deux valeurs d'adhérence, 1 et −1-1, et n'en privilégie aucune. Être borné empêche d'exploser, mais n'oblige pas à se fixer.

c)

Pour n=10n=10 : (0,9)10≈0,349(0{,}9)^{10}\approx 0{,}349 et (1,1)10≈2,594(1{,}1)^{10}\approx 2{,}594, l'écart reste modeste. Pour n=100n=100 : (0,9)100≈2,66×10−5(0{,}9)^{100}\approx 2{,}66\times 10^{-5} et (1,1)100≈13 781(1{,}1)^{100}\approx 13\,781, soit un rapport de plus de cinq cents millions. À la limite : la première tend vers 0, la seconde vers +∞+\infty. La comparaison montre que le régime bascule sur un SEUIL, la valeur ∣r∣=1|r|=1, et que deux raisons distantes de seulement 0,20{,}2 produisent des destins opposés. C'est le propre de la croissance exponentielle : le facteur multiplicatif s'applique à chaque étape, si bien qu'un écart minime par tour devient un écart démesuré à l'arrivée. C'est aussi pourquoi, en finance comme en biologie, la valeur exacte du taux compte davantage que la durée.

d)

Première moitié, toute suite convergente est bornée : si an→La_{n}\to L, alors en prenant ε=1\varepsilon=1 il existe un rang NN au-delà duquel tous les termes sont dans l'intervalle ]L−1,L+1[\left]L-1,L+1\right[, donc bornés; et les termes de rang inférieur à NN sont en nombre FINI, donc bornés eux aussi (un ensemble fini de nombres a toujours un plus grand et un plus petit élément). En combinant les deux, la suite entière est bornée. Seconde moitié, la réciproque est fausse : (−1)n(-1)^{n} du point b) est bornée et diverge, ce qui suffit à réfuter. La bonne façon d'utiliser cette implication est sa CONTRAPOSÉE : si une suite n'est pas bornée, elle ne converge pas. C'est un test de divergence rapide, et souvent le plus économique.

Exercice 4 : Monotonie et bornes : la différence, le rapport, et la fonction associée

Avant d'invoquer le théorème de la convergence monotone, encore faut-il PROUVER la monotonie. Trois outils s'offrent : la différence an+1−ana_{n+1}-a_{n}, le rapport an+1an\frac{a_{n+1}}{a_{n}} pour les suites strictement positives, et l'étude de la fonction associée. Chacun a son domaine de compétence.

  • a) Étudiez la monotonie de an=n2na_{n}=\frac{n}{2^{n}} par le rapport an+1an\frac{a_{n+1}}{a_{n}}. Attention au tout premier rang : que vaut le rapport pour n=1n=1, et comment faut-il alors rédiger la conclusion ?
  • b) Étudiez bn=2n−13n+4b_{n}=\frac{2n-1}{3n+4} par la fonction associée f(x)=2x−13x+4f(x)=\frac{2x-1}{3x+4}. Montrez qu'elle est croissante et majorée, puis concluez et donnez la limite.
  • c) Un étudiant affirme : « si la suite (an)(a_{n}) est décroissante, alors la fonction ff telle que an=f(n)a_{n}=f(n) est décroissante ». Réfutez avec an=sin⁡(2πn)+1na_{n}=\sin(2\pi n)+\frac{1}{n}. Dans quel sens l'implication est-elle vraie ?
  • d) Niveau examen : étudiez cn=2nn!c_{n}=\frac{2^{n}}{n!}. Pourquoi la différence et la fonction associée sont-elles ici toutes deux inutilisables ? Concluez sur la convergence et devinez la limite.

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a)
b)
c)
d)
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Réponses

  • a) Rapport n+12n\frac{n+1}{2n} : a1=a2a_{1}=a_{2}, stricte ensuite
  • b) f′>0f'>0, majorée par 23\frac{2}{3}, limite 23\frac{2}{3}
  • c) Faux ; vrai de ff vers la suite
  • d) Rapport 2n+1\frac{2}{n+1} : converge vers 00
a)

Tous les termes sont strictement positifs, le rapport est donc légitime : an+1an=n+12n+1n2n=n+12n+1⋅2nn=n+12n\frac{a_{n+1}}{a_{n}}=\frac{\frac{n+1}{2^{n+1}}}{\frac{n}{2^{n}}}=\frac{n+1}{2^{n+1}}\cdot\frac{2^{n}}{n}=\frac{n+1}{2n}. Pour n=1n=1, ce rapport vaut 22=1\frac{2}{2}=1 EXACTEMENT : les deux premiers termes sont égaux, a1=12a_{1}=\frac{1}{2} et a2=24=12a_{2}=\frac{2}{4}=\frac{1}{2}. Pour n≥2n\geq 2, n+12n<1\frac{n+1}{2n}<1 équivaut à n+1<2nn+1<2n, soit n>1n>1, ce qui est vérifié : le rapport est alors strictement inférieur à 1 et la suite est strictement décroissante. Rédaction correcte : la suite est décroissante au sens large à partir du rang 1, et STRICTEMENT décroissante à partir du rang 2. Écrire « la suite est strictement décroissante » sans réserve serait faux au rang 1, et c'est exactement le genre de détail qu'une correction sanctionne. Termes successifs : 0,50{,}5; 0,50{,}5; 0,3750{,}375; 0,250{,}25; 0,156250{,}15625.

b)

La fonction associée est f(x)=2x−13x+4f(x)=\frac{2x-1}{3x+4}, définie et dérivable pour x≥1x\geq 1. Sa dérivée vaut f′(x)=2(3x+4)−3(2x−1)(3x+4)2=6x+8−6x+3(3x+4)2=11(3x+4)2>0f'(x)=\frac{2(3x+4)-3(2x-1)}{(3x+4)^{2}}=\frac{6x+8-6x+3}{(3x+4)^{2}}=\frac{11}{(3x+4)^{2}}>0 : la fonction est strictement croissante sur [1,∞[[1,\infty[, donc la suite bn=f(n)b_{n}=f(n) l'est aussi. Majoration : 2n−13n+4<23\frac{2n-1}{3n+4}<\frac{2}{3} équivaut à 3(2n−1)<2(3n+4)3(2n-1)<2(3n+4), soit 6n−3<6n+86n-3<6n+8, soit −3<8-3<8, vrai pour tout nn. La suite est donc croissante et majorée par 23\frac{2}{3} : par le théorème de la convergence monotone, elle CONVERGE. La limite se calcule ici directement par le terme dominant : 2n−13n+4=2−1n3+4n→23\frac{2n-1}{3n+4}=\frac{2-\frac{1}{n}}{3+\frac{4}{n}}\to\frac{2}{3}. Premiers termes : 0,14290{,}1429; 0,30{,}3; 0,38460{,}3846; 0,43750{,}4375; 0,47370{,}4737, la montée vers 23\frac{2}{3} est lente mais régulière.

c)

Le contre-exemple fonctionne parce que sin⁡(2πn)=0\sin(2\pi n)=0 pour tout entier nn : la SUITE se réduit donc à an=1na_{n}=\frac{1}{n}, qui est strictement décroissante. La FONCTION associée f(x)=sin⁡(2πx)+1xf(x)=\sin(2\pi x)+\frac{1}{x}, en revanche, oscille sans cesse : entre deux entiers consécutifs elle monte jusqu'à environ +1+1 puis redescend jusqu'à environ −1-1, et elle n'est monotone sur AUCUN intervalle de longueur 1. L'affirmation est donc fausse. La raison profonde est que la suite ne voit que des points ISOLÉS et ignore tout ce qui se passe entre eux, exactement comme pour la question des limites traitée à l'exercice 2c. L'implication vraie est celle de l'autre sens : si ff est décroissante sur [1,∞[[1,\infty[, alors an=f(n)a_{n}=f(n) est décroissante, puisque n<n+1n<n+1 entraîne f(n)≥f(n+1)f(n)\geq f(n+1). Conséquence pratique : la fonction associée est un outil pour PROUVER la monotonie d'une suite, jamais pour la réfuter. Si f′f' change de signe, on n'a rien appris et il faut revenir à la différence ou au rapport.

d)

La différence cn+1−cn=2n+1(n+1)!−2nn!c_{n+1}-c_{n}=\frac{2^{n+1}}{(n+1)!}-\frac{2^{n}}{n!} demande de mettre au même dénominateur des factorielles, ce qui est faisable mais pénible; surtout, la fonction associée est carrément indisponible, car n!n! n'est pas définie pour un réel xx quelconque. Il n'existe pas de fonction dérivable élémentaire prolongeant la factorielle qu'on puisse dériver au niveau du cours, donc ni f′f' ni L'Hôpital ne sont utilisables. Le rapport, lui, est parfaitement adapté : cn+1cn=2n+1(n+1)!⋅n!2n=2n+1\frac{c_{n+1}}{c_{n}}=\frac{2^{n+1}}{(n+1)!}\cdot\frac{n!}{2^{n}}=\frac{2}{n+1}. Pour n=1n=1 le rapport vaut 1 (donc c1=c2=2c_{1}=c_{2}=2), et pour n≥2n\geq 2 il vaut 2n+1<1\frac{2}{n+1}<1 : la suite est strictement décroissante à partir du rang 2, exactement comme au point a). Elle est de plus minorée par 0, puisque tous ses termes sont positifs. Par le théorème de la convergence monotone, elle CONVERGE. La limite est 0, ce qui se devine en observant que le rapport 2n+1\frac{2}{n+1} tend lui-même vers 0 : à partir d'un certain rang on multiplie par un facteur de plus en plus petit, donc l'écrasement s'accélère. Vérification : c7≈0,0254c_{7}\approx 0{,}0254 et c30≈4×10−24c_{30}\approx 4\times 10^{-24}. La factorielle bat l'exponentielle, ce qui prolonge d'un cran la hiérarchie du chapitre de L'Hôpital, et c'est exactement le mécanisme du critère de d'Alembert qui sera vu au chapitre des séries.

Exercice 5 : Les sommes de Riemann lues à l'envers : reconnaître une intégrale

Une somme dont le nombre de termes AUGMENTE avec nn ne se traite par aucune des techniques de l'exercice 2 : on ne peut pas passer à la limite terme à terme, puisque le nombre de termes change. L'outil est ailleurs, et il vient du calcul intégral : si la somme a la forme 1n∑f(kn)\frac{1}{n}\sum f\left(\frac{k}{n}\right), c'est une somme de Riemann, et sa limite est une intégrale.

  • a) Calculez lim⁡n→∞1n∑k=1n(kn)2\lim_{n\to\infty}\frac{1}{n}\sum_{k=1}^{n}\left(\frac{k}{n}\right)^{2} de deux façons : par la formule ∑k2=n(n+1)(2n+1)6\sum k^{2}=\frac{n(n+1)(2n+1)}{6}, puis en reconnaissant une intégrale. Les deux résultats concordent-ils ?
  • b) Pourquoi ne peut-on PAS conclure que lim⁡n→∞∑k=1n1n+k=0\lim_{n\to\infty}\sum_{k=1}^{n}\frac{1}{n+k}=0 au motif que chaque terme tend vers 0 ? Calculez la vraie limite en reconnaissant une somme de Riemann.
  • c) Soit In=∫01xndxI_{n}=\int_{0}^{1}x^{n}dx. Calculez InI_{n} puis lim⁡In\lim I_{n}. Comparez avec le comportement de la fonction x↦xnx\mapsto x^{n} en x=1x=1 : y a-t-il contradiction ?
  • d) Niveau examen : montrez que lim⁡n→∞(n!)1/nn=1e\lim_{n\to\infty}\frac{\left(n!\right)^{1/n}}{n}=\frac{1}{e} en passant par ln⁡\ln et en reconnaissant une somme de Riemann. On admettra ∫01ln⁡x dx=−1\int_{0}^{1}\ln x\,dx=-1.

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a)
b)
c)
d)
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Réponses

  • a) 13\frac{1}{3} des deux façons
  • b) ln⁡2≈0,693\ln 2\approx 0{,}693
  • c) In=1n+1→0I_{n}=\frac{1}{n+1}\to 0, sans contradiction
  • d) 1e≈0,3679\frac{1}{e}\approx 0{,}3679
a)

Première façon : 1n∑k=1nk2n2=1n3∑k=1nk2=1n3⋅n(n+1)(2n+1)6=(n+1)(2n+1)6n2\frac{1}{n}\sum_{k=1}^{n}\frac{k^{2}}{n^{2}}=\frac{1}{n^{3}}\sum_{k=1}^{n}k^{2}=\frac{1}{n^{3}}\cdot\frac{n(n+1)(2n+1)}{6}=\frac{(n+1)(2n+1)}{6n^{2}}. En développant, 2n2+3n+16n2=2+3n+1n26→26=13\frac{2n^{2}+3n+1}{6n^{2}}=\frac{2+\frac{3}{n}+\frac{1}{n^{2}}}{6}\to\frac{2}{6}=\frac{1}{3}. Seconde façon : la somme est exactement 1n∑k=1nf(kn)\frac{1}{n}\sum_{k=1}^{n}f\left(\frac{k}{n}\right) avec f(x)=x2f(x)=x^{2}, c'est-à-dire la somme de Riemann à droite de ff sur [0,1][0,1], avec Δx=1n\Delta x=\frac{1}{n} et les points xk=knx_{k}=\frac{k}{n}. Sa limite est donc ∫01x2dx=13\int_{0}^{1}x^{2}dx=\frac{1}{3}. Les deux résultats concordent, ce qui est rassurant mais surtout révélateur : la formule de ∑k2\sum k^{2} n'est disponible que pour quelques sommes très particulières, alors que la lecture en somme de Riemann fonctionne pour n'importe quelle ff intégrable. Contrôle numérique : la valeur exacte (n+1)(2n+1)6n2\frac{(n+1)(2n+1)}{6n^{2}} vaut 0,3850{,}385 pour n=10n=10 et 0,33333830{,}3333383 pour n=105n=10^{5}.

b)

Le raisonnement est faux parce que le NOMBRE de termes augmente en même temps que chaque terme diminue. Chaque terme 1n+k\frac{1}{n+k} est de l'ordre de 1n\frac{1}{n}, mais il y en a nn : le total reste de l'ordre de n⋅1n=1n\cdot\frac{1}{n}=1, donc rien ne tend vers 0. C'est la même illusion que pour la série harmonique : une infinité de contributions minuscules peut totaliser une quantité non nulle, et « passer à la limite terme à terme » n'est licite que si le nombre de termes est FIXE. Calcul correct : ∑k=1n1n+k=∑k=1n1n(1+kn)=1n∑k=1n11+kn\sum_{k=1}^{n}\frac{1}{n+k}=\sum_{k=1}^{n}\frac{1}{n\left(1+\frac{k}{n}\right)}=\frac{1}{n}\sum_{k=1}^{n}\frac{1}{1+\frac{k}{n}}, qui est la somme de Riemann de f(x)=11+xf(x)=\frac{1}{1+x} sur [0,1][0,1]. La limite vaut donc ∫01dx1+x=[ln⁡(1+x)]01=ln⁡2≈0,693\int_{0}^{1}\frac{dx}{1+x}=\left[\ln(1+x)\right]_{0}^{1}=\ln 2\approx 0{,}693. Contrôle numérique : la somme vaut 0,66880{,}6688 pour n=10n=10 et 0,693140{,}69314 pour n=105n=10^{5}, la convergence est lente et par en dessous.

c)

In=∫01xndx=[xn+1n+1]01=1n+1I_{n}=\int_{0}^{1}x^{n}dx=\left[\frac{x^{n+1}}{n+1}\right]_{0}^{1}=\frac{1}{n+1}, donc lim⁡n→∞In=0\lim_{n\to\infty}I_{n}=0. Comportement ponctuel de xnx^{n} : pour tout xx fixé dans [0,1[[0,1[, xn→0x^{n}\to 0; mais en x=1x=1, xn=1x^{n}=1 pour tout nn, donc la limite ponctuelle vaut 1 en ce point précis. Y a-t-il contradiction ? Non, aucune. L'intégrale mesure une AIRE, et un point isolé n'a pas d'aire : que la fonction limite vaille 1 en x=1x=1 et 0 partout ailleurs ne change rien au fait que l'aire sous xnx^{n} tende vers 0. Géométriquement, la courbe de xnx^{n} s'écrase contre l'axe sur presque tout l'intervalle et ne se redresse que dans une zone de plus en plus étroite près de x=1x=1 : cette zone est bien de hauteur 1, mais sa largeur tend vers 0, et c'est le produit des deux qui décide. La leçon est que l'intégration ne se laisse pas gouverner par le comportement en un point isolé, ce qui est précisément ce qui la rend robuste.

d)

Posons un=(n!)1/nnu_{n}=\frac{\left(n!\right)^{1/n}}{n}. Comme tous les termes sont positifs, on passe au logarithme : ln⁡un=1nln⁡(n!)−ln⁡n=1n∑k=1nln⁡k−ln⁡n\ln u_{n}=\frac{1}{n}\ln(n!)-\ln n=\frac{1}{n}\sum_{k=1}^{n}\ln k-\ln n. En glissant ln⁡n\ln n sous la somme, qui compte exactement nn termes : ln⁡un=1n∑k=1n(ln⁡k−ln⁡n)=1n∑k=1nln⁡(kn)\ln u_{n}=\frac{1}{n}\sum_{k=1}^{n}\left(\ln k-\ln n\right)=\frac{1}{n}\sum_{k=1}^{n}\ln\left(\frac{k}{n}\right). On reconnaît la somme de Riemann de f(x)=ln⁡xf(x)=\ln x sur [0,1][0,1], donc ln⁡un→∫01ln⁡x dx=−1\ln u_{n}\to\int_{0}^{1}\ln x\,dx=-1, et par conséquent un→e−1=1e≈0,3679u_{n}\to e^{-1}=\frac{1}{e}\approx 0{,}3679. Une remarque de rigueur mérite d'être faite : la fonction ln⁡\ln n'est pas bornée en 0, donc l'intégrale est impropre à cette borne; elle converge cependant, comme le montre le chapitre des intégrales impropres, et le résultat reste valable. Contrôle numérique : u10≈0,4529u_{10}\approx 0{,}4529, u100≈0,3799u_{100}\approx 0{,}3799, u2000≈0,3687u_{2000}\approx 0{,}3687, la convergence vers 0,36790{,}3679 étant très lente. Ce résultat est une forme faible de la formule de Stirling, n!≈(ne)n2πnn!\approx\left(\frac{n}{e}\right)^{n}\sqrt{2\pi n}, dont il extrait exactement le facteur dominant : la factorielle se comporte comme (ne)n\left(\frac{n}{e}\right)^{n}, ce qui justifie a posteriori pourquoi elle écrasait l'exponentielle à l'exercice précédent.

0,20,40,60,811,20,20,40,60,811,2y = x²somme à droite, n = 8

Partie B : Récurrence, suites adjacentes et passage aux séries (/50)

Exercice 6 : Le théorème de la convergence monotone

Ce théorème est le seul du chapitre qui prouve une convergence SANS calculer la limite. Il sera l'outil principal pour les suites récurrentes, dont on ne connaît pas de forme explicite.

  • a) Montrez que an=nn+1a_{n}=\frac{n}{n+1} est croissante et majorée par 1. Que conclut le théorème, et quelle est la limite ?
  • b) Énoncez le théorème de la convergence monotone dans ses deux versions. Que garantit-il exactement, et que ne garantit-il pas ?
  • c) La suite an=(1+1n)na_{n}=\left(1+\frac{1}{n}\right)^{n} est croissante et majorée par 3. Que conclut-on ? Calculez a10a_{10}, a1000a_{1000} et identifiez la limite.
  • d) Montrez sur des exemples que les deux hypothèses sont indispensables : donnez une suite croissante non majorée, et une suite majorée non monotone, toutes deux divergentes.

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a)
b)
c)
d)
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Réponses

  • a) Croissante, majorée par 11 : limite 11
  • b) Existence garantie, pas la valeur
  • c) a10≈2,5937a_{10}\approx 2{,}5937 ; limite ee
  • d) nn diverge ; (−1)n(-1)^{n} diverge
a)

Croissance : an+1−an=n+1n+2−nn+1=(n+1)2−n(n+2)(n+2)(n+1)=n2+2n+1−n2−2n(n+2)(n+1)=1(n+2)(n+1)>0a_{n+1}-a_{n}=\frac{n+1}{n+2}-\frac{n}{n+1}=\frac{(n+1)^{2}-n(n+2)}{(n+2)(n+1)}=\frac{n^{2}+2n+1-n^{2}-2n}{(n+2)(n+1)}=\frac{1}{(n+2)(n+1)}>0, donc la suite est strictement croissante. Majoration : nn+1<1\frac{n}{n+1}<1 pour tout nn, puisque n<n+1n<n+1. La suite est donc croissante et majorée par 1 : le théorème conclut qu'elle CONVERGE. La limite se calcule ici directement, nn+1=11+1n→1\frac{n}{n+1}=\frac{1}{1+\frac{1}{n}}\to 1. Notez que le majorant 1 se trouve être exactement la limite, mais ce n'est pas une règle générale : n'importe quel majorant, même très grossier comme 100, aurait suffi à conclure à la convergence.

b)

Version croissante : toute suite croissante et majorée converge, et sa limite est le plus petit des majorants (sa borne supérieure). Version décroissante : toute suite décroissante et minorée converge, vers sa borne inférieure. Ce que le théorème GARANTIT : l'EXISTENCE de la limite. Ce qu'il ne garantit PAS : sa valeur. C'est une distinction essentielle et elle est ce qui rend le théorème si utile : dans les cas où l'on ne sait pas calculer, on peut tout de même établir que la limite existe, puis la déterminer par un autre moyen, typiquement l'équation du point fixe de l'exercice suivant. Le théorème repose sur la propriété de la borne supérieure des nombres réels, et c'est d'ailleurs le premier endroit du cours où la complétude de R\mathbb{R} joue un rôle visible.

c)

Les deux hypothèses étant vérifiées, le théorème conclut que la suite converge, et ce AVANT tout calcul de limite. Valeurs : a10=(1,1)10≈2,5937a_{10}=\left(1{,}1\right)^{10}\approx 2{,}5937, a1000=(1,001)1000≈2,7169a_{1000}=\left(1{,}001\right)^{1000}\approx 2{,}7169. La limite est le nombre e≈2,71828e\approx 2{,}71828, et c'est même l'une des définitions possibles de ee. La convergence est lente, ce qui illustre bien le propos du point b) : le théorème affirme que la limite existe, mais la valeur ee ne se lit pas dans l'énoncé et demande un travail séparé, typiquement le calcul par logarithme vu au chapitre de L'Hôpital. Remarquez la forme 1∞1^{\infty} : la base tend vers 1 et l'exposant vers l'infini, et le résultat n'est ni 1 ni l'infini.

d)

Croissante mais non majorée : an=na_{n}=n. Elle est strictement croissante, mais aucun réel ne la majore, et elle diverge vers +∞+\infty. L'hypothèse de majoration est donc indispensable : la monotonie seule empêche seulement d'osciller, pas de s'échapper. Majorée mais non monotone : an=(−1)na_{n}=(-1)^{n}, majorée par 1 (et minorée par −1-1), qui diverge par oscillation comme montré à l'exercice 3. L'hypothèse de monotonie est donc indispensable elle aussi : être borné empêche de s'échapper, pas d'osciller. Les deux hypothèses éliminent ensemble les deux seules manières de diverger, et c'est exactement pourquoi leur conjonction suffit à garantir la convergence. C'est un théorème dont la démonstration est technique, mais dont la structure logique se retient très bien sous cette forme : bloquer la fuite et bloquer l'oscillation ne laisse d'autre issue que la convergence.

Exercice 7 : Les suites récurrentes et le piège du point fixe

Pour une suite définie par récurrence, il n'existe en général aucune formule explicite. La stratégie d'examen est en deux temps, et inverser ces deux temps est l'erreur la plus coûteuse du chapitre.

  • a) Soit a1=1a_{1}=1 et an+1=2+ana_{n+1}=\sqrt{2+a_{n}}. Calculez a2a_{2}, a3a_{3}, a4a_{4} et conjecturez le comportement.
  • b) Montrez par récurrence que la suite est majorée par 2, puis qu'elle est croissante. Que conclut-on ?
  • c) Déterminez la limite par l'équation du point fixe.
  • d) Un étudiant applique directement la méthode du point fixe à b1=1b_{1}=1, bn+1=2bnb_{n+1}=2b_{n}, obtient L=2LL=2L donc L=0L=0, et conclut que la suite tend vers 0. Diagnostiquez l'erreur et énoncez la règle qu'elle viole.

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a)
b)
c)
d)
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Réponses

  • a) 3\sqrt{3}, 1,9321{,}932, 1,9831{,}983 : vers 22
  • b) Majorée par 22, croissante : converge
  • c) L=2+LL=\sqrt{2+L} : L=2L=2
  • d) Point fixe appliqué sans convergence
a)

a2=2+1=3≈1,732a_{2}=\sqrt{2+1}=\sqrt{3}\approx 1{,}732; a3=2+3≈3,732≈1,932a_{3}=\sqrt{2+\sqrt{3}}\approx\sqrt{3{,}732}\approx 1{,}932; a4=2+1,932≈3,932≈1,983a_{4}=\sqrt{2+1{,}932}\approx\sqrt{3{,}932}\approx 1{,}983. Les termes croissent en se rapprochant de 2 sans sembler le dépasser : on conjecture une suite croissante, majorée par 2, convergeant vers 2. La conjecture ne vaut évidemment pas démonstration, et les points b) et c) fournissent les deux pièces manquantes.

b)

Majoration par récurrence. Initialisation : a1=1≤2a_{1}=1\leq 2 ✓. Hérédité : supposons an≤2a_{n}\leq 2; alors 2+an≤42+a_{n}\leq 4, donc an+1=2+an≤4=2a_{n+1}=\sqrt{2+a_{n}}\leq\sqrt{4}=2 ✓. Par récurrence, an≤2a_{n}\leq 2 pour tout nn. Croissance : on compare an+1a_{n+1} et ana_{n}, c'est-à-dire 2+an\sqrt{2+a_{n}} et ana_{n}. Comme les deux membres sont positifs, cela revient à comparer 2+an2+a_{n} et an2a_{n}^{2}, soit à étudier le signe de an2−an−2=(an−2)(an+1)a_{n}^{2}-a_{n}-2=(a_{n}-2)(a_{n}+1). Puisque 0<an≤20<a_{n}\leq 2, le premier facteur est négatif ou nul et le second positif, donc le produit est négatif ou nul : an2≤2+ana_{n}^{2}\leq 2+a_{n}, d'où an≤an+1a_{n}\leq a_{n+1} ✓. La suite est croissante et majorée par 2 : par le théorème de la convergence monotone, elle CONVERGE. À ce stade on ne connaît toujours pas la limite, mais on sait qu'elle existe, et c'est précisément ce dont le point c) a besoin.

c)

Notons LL la limite, dont l'existence vient d'être établie. En passant à la limite dans la relation an+1=2+ana_{n+1}=\sqrt{2+a_{n}}, et puisque an+1a_{n+1} et ana_{n} ont la même limite LL tandis que la fonction racine est continue, on obtient L=2+LL=\sqrt{2+L}. En élevant au carré : L2=2+LL^{2}=2+L, soit L2−L−2=0L^{2}-L-2=0, soit (L−2)(L+1)=0(L-2)(L+1)=0, d'où L=2L=2 ou L=−1L=-1. On écarte L=−1L=-1 car tous les termes sont positifs, donc la limite est positive ou nulle. Conclusion : lim⁡an=2\lim a_{n}=2, ce qui confirme la conjecture du point a).

d)

L'erreur est d'avoir appliqué le point fixe SANS avoir d'abord établi que la suite converge. La suite bn=2n−1b_{n}=2^{n-1} vaut 1,2,4,8,16,…1,2,4,8,16,\ldots et diverge manifestement vers +∞+\infty. Le calcul L=2L⇒L=0L=2L\Rightarrow L=0 est formellement correct, mais il répond à la question « SI la limite existe, que peut-elle valoir ? », ce qui n'est pas la même chose que « la limite existe et vaut 0 ». Le raisonnement du point fixe est CONDITIONNEL : il suppose l'existence de LL dès la première ligne, puisqu'écrire lim⁡bn+1=lim⁡bn=L\lim b_{n+1}=\lim b_{n}=L n'a de sens que si cette limite existe. La règle violée : pour une suite récurrente, il faut TOUJOURS prouver la convergence avant de chercher la valeur de la limite, en pratique par le théorème de la convergence monotone. L'ordre des deux étapes n'est pas une préférence de rédaction, c'est ce qui sépare une démonstration d'un raisonnement circulaire. Un examinateur retire l'essentiel des points sur une réponse qui donne la bonne limite sans avoir justifié son existence.

0,511,522,530,511,522,53a₁ = 1L = 2y = xy = √(2 + x)

Exercice 8 : De la suite à la série : la distinction qui décide de tout

Le chapitre débouche sur celui des séries, et une seule confusion suffit à rendre tout le bloc incompréhensible : celle entre la suite (an)(a_{n}) et la série ∑an\sum a_{n}.

  • a) Pour an=12na_{n}=\frac{1}{2^{n}}, calculez les cinq premiers termes de la suite, puis les cinq premières sommes partielles SnS_{n}. Que fait chacune des deux suites ?
  • b) Énoncez le lien exact entre la convergence de ∑an\sum a_{n} et celle de (an)(a_{n}). La réciproque est-elle vraie ? Justifiez avec la série harmonique.
  • c) Énoncez le test du terme général (test de divergence) et appliquez-le à ∑n=1∞n2n+1\sum_{n=1}^{\infty}\frac{n}{2n+1}.
  • d) Un étudiant écrit : « 1n→0\frac{1}{n}\to 0, donc ∑1n\sum\frac{1}{n} converge ». Diagnostiquez l'erreur logique, et dites ce que le test permet et ne permet pas de conclure.

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a)
b)
c)
d)
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Réponses

  • a) an→0a_{n}\to 0, Sn→1S_{n}\to 1 ; S5=0,96875S_{5}=0{,}96875
  • b) Série convergente ⇒ an→0a_{n}\to 0 ; réciproque fausse
  • c) n2n+1→12\frac{n}{2n+1}\to\frac{1}{2} : divergente
  • d) Implication inversée : test de divergence seulement
a)

Termes de la suite : a1=12=0,5a_{1}=\frac{1}{2}=0{,}5; a2=0,25a_{2}=0{,}25; a3=0,125a_{3}=0{,}125; a4=0,0625a_{4}=0{,}0625; a5=0,03125a_{5}=0{,}03125. Sommes partielles : S1=0,5S_{1}=0{,}5; S2=0,75S_{2}=0{,}75; S3=0,875S_{3}=0{,}875; S4=0,9375S_{4}=0{,}9375; S5=0,96875S_{5}=0{,}96875. La suite (an)(a_{n}) tend vers 0, tandis que la suite des sommes partielles (Sn)(S_{n}) tend vers 1. Ce sont deux objets DIFFÉRENTS avec deux limites différentes, construits à partir des mêmes nombres. Dire « la série converge vers 1 » signifie exactement que Sn→1S_{n}\to 1 : la somme d'une série est par DÉFINITION la limite de ses sommes partielles, et rien d'autre. On vérifie ici la formule géométrique Sn=1−12nS_{n}=1-\frac{1}{2^{n}}, qui tend bien vers 1.

b)

Le lien : SI ∑an\sum a_{n} converge, ALORS an→0a_{n}\to 0. La démonstration tient en une ligne : an=Sn−Sn−1a_{n}=S_{n}-S_{n-1}, et si Sn→SS_{n}\to S alors Sn−1→SS_{n-1}\to S également, donc la différence tend vers S−S=0S-S=0. La réciproque est FAUSSE, et le contre-exemple canonique est la série harmonique : 1n→0\frac{1}{n}\to 0, pourtant ∑1n\sum\frac{1}{n} DIVERGE (par le test de l'intégrale, puisque ∫1∞dxx=+∞\int_{1}^{\infty}\frac{dx}{x}=+\infty). Interprétation : les termes deviennent petits, mais pas assez vite pour que leur accumulation reste finie. C'est le résultat le plus contre-intuitif du bloc des séries, et il vaut la peine d'être médité : une infinité de contributions minuscules peut parfaitement totaliser l'infini.

c)

Test du terme général : si lim⁡n→∞an≠0\lim_{n\to\infty}a_{n}\neq 0 (ou si cette limite n'existe pas), alors la série ∑an\sum a_{n} DIVERGE. C'est la contraposée du résultat du point b). Application : an=n2n+1→12≠0a_{n}=\frac{n}{2n+1}\to\frac{1}{2}\neq 0 (rapport des coefficients dominants), donc ∑n=1∞n2n+1\sum_{n=1}^{\infty}\frac{n}{2n+1} diverge. Le raisonnement intuitif : on additionne indéfiniment des quantités qui avoisinent 12\frac{1}{2}, le total ne peut que croître sans borne. Ce test est le PREMIER à appliquer devant toute série, car il coûte une limite et élimine parfois la question en dix secondes.

d)

L'erreur est une inversion d'implication. Le résultat vrai est « série convergente ⇒\Rightarrow terme général tendant vers 0 »; l'étudiant l'utilise dans le sens « terme général tendant vers 0 ⇒\Rightarrow série convergente », ce qui est la RÉCIPROQUE, et elle est fausse. La série harmonique en est le contre-exemple direct : elle satisfait l'hypothèse et ne satisfait pas la conclusion. Ce que le test permet : conclure à la DIVERGENCE quand le terme général ne tend pas vers 0. Ce que le test ne permet pas : conclure à la convergence quand le terme général tend vers 0. Dans ce dernier cas, le test est simplement MUET et il faut un autre critère (comparaison, intégrale, d'Alembert, séries alternées). La formulation à retenir mot pour mot : le test du terme général est un test de divergence uniquement, jamais un test de convergence.

Exercice 9 : Les suites adjacentes : encadrer une limite qu'on ne sait pas calculer

Deux suites sont ADJACENTES si l'une croît, l'autre décroît, et si leur différence tend vers 0. Elles convergent alors vers une MÊME limite, coincée entre les deux à tous les rangs. C'est le seul outil du chapitre qui fournit à la fois l'existence de la limite et un encadrement numérique explicite.

  • a) Énoncez le théorème des suites adjacentes et démontrez-le à partir du théorème de la convergence monotone.
  • b) Soient un=∑k=0n1k!u_{n}=\sum_{k=0}^{n}\frac{1}{k!} et vn=un+1n⋅n!v_{n}=u_{n}+\frac{1}{n\cdot n!}. Admettez que (un)(u_{n}) croît et que (vn)(v_{n}) décroît, et montrez qu'elles sont adjacentes. Calculez u5u_{5} et v5v_{5}, puis u10u_{10} et v10v_{10} : quelle précision obtient-on sur leur limite commune ee ?
  • c) La méthode de DICHOTOMIE cherche une racine de ff sur [a,b][a,b] en coupant l'intervalle en deux à chaque étape. Expliquez en quoi les deux bornes forment des suites adjacentes, et déterminez combien d'étapes sont nécessaires pour localiser la racine à 10−610^{-6} près sur [0,1][0,1].
  • d) Les trois hypothèses sont-elles toutes nécessaires ? Considérez un=−1nu_{n}=-\frac{1}{n} et vn=1+1nv_{n}=1+\frac{1}{n} : vérifiez la monotonie de chacune et l'inégalité un<vnu_{n}<v_{n}, puis dites ce qui manque et ce qu'on peut malgré tout conclure.

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a)
b)
c)
d)
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Réponses

  • a) Croissante, décroissante, écart vers 00 : même limite
  • b) 2,71667<e<2,718332{,}71667<e<2{,}71833 ; 77 décimales au rang 1010
  • c) 2020 étapes
  • d) Écart →1\to 1 : limites 00 et 11 distinctes
a)

Théorème : si (un)(u_{n}) est croissante, (vn)(v_{n}) décroissante, et lim⁡(vn−un)=0\lim(v_{n}-u_{n})=0, alors les deux suites convergent vers une même limite LL, et pour tout nn on a un≤L≤vnu_{n}\leq L\leq v_{n}. Démonstration. Posons wn=vn−unw_{n}=v_{n}-u_{n}. Elle est décroissante, comme différence d'une décroissante et d'une croissante, et elle tend vers 0 : elle est donc positive à tous les rangs, car une suite décroissante qui deviendrait négative ne pourrait plus remonter vers 0. On a donc un≤vnu_{n}\leq v_{n} pour tout nn. Il s'ensuit que (un)(u_{n}), croissante, est majorée par v0v_{0}, puisque un≤vn≤v0u_{n}\leq v_{n}\leq v_{0}; par le théorème de la convergence monotone elle converge, vers une limite LL. Symétriquement, (vn)(v_{n}), décroissante, est minorée par u0u_{0} et converge vers une limite L′L'. Enfin L′−L=lim⁡(vn−un)=0L'-L=\lim(v_{n}-u_{n})=0, donc L=L′L=L'. L'encadrement final vient de la monotonie : (un)(u_{n}) croît vers LL donc reste en dessous, et (vn)(v_{n}) décroît vers LL donc reste au-dessus.

b)

Adjacence : les deux monotonies sont admises, et il reste à vérifier la troisième condition, vn−un=1n⋅n!→0v_{n}-u_{n}=\frac{1}{n\cdot n!}\to 0, ce qui est immédiat puisque n⋅n!n\cdot n! tend vers l'infini très rapidement. Les deux suites sont donc adjacentes et convergent vers une limite commune, dont on sait par ailleurs qu'elle vaut ee. Valeurs : u5=1+1+12+16+124+1120=2,7166667u_{5}=1+1+\frac{1}{2}+\frac{1}{6}+\frac{1}{24}+\frac{1}{120}=2{,}7166667 et v5=u5+15×120=2,7183333v_{5}=u_{5}+\frac{1}{5\times 120}=2{,}7183333, d'où l'encadrement 2,7166667<e<2,71833332{,}7166667<e<2{,}7183333 : deux décimales exactes pour six termes. Au rang 10 : u10=2,718281801u_{10}=2{,}718281801 et v10=2,718281829v_{10}=2{,}718281829, l'écart valant 110×10!≈2,8×10−8\frac{1}{10\times 10!}\approx 2{,}8\times 10^{-8} : sept décimales exactes. La valeur e=2,718281828e=2{,}718281828 est bien comprise entre les deux. C'est la force de la méthode : l'encadrement fournit une borne d'erreur GARANTIE, connue avant même de savoir combien vaut ee, ce qu'aucun calcul approché isolé ne peut offrir.

c)

À chaque étape, on évalue ff au milieu mm de l'intervalle courant et l'on conserve la moitié aux bornes de signes opposés. La suite (an)(a_{n}) des bornes gauches ne peut que croître, puisqu'une borne gauche est soit conservée, soit remplacée par le milieu, qui est plus grand; symétriquement, la suite (bn)(b_{n}) des bornes droites ne peut que décroître. Enfin la largeur bn−an=b−a2nb_{n}-a_{n}=\frac{b-a}{2^{n}} tend vers 0. Les deux suites sont donc adjacentes, et leur limite commune est la racine cherchée, qui reste encadrée à chaque étape par construction. Nombre d'étapes sur [0,1][0,1] : on veut 12n≤10−6\frac{1}{2^{n}}\leq 10^{-6}, soit 2n≥1062^{n}\geq 10^{6}, soit n≥6ln⁡10ln⁡2≈19,93n\geq\frac{6\ln 10}{\ln 2}\approx 19{,}93 : il faut donc n=20n=20 étapes, ce qui donne une largeur de 2−20≈9,5×10−72^{-20}\approx 9{,}5\times 10^{-7}. On retiendra la règle d'usage : environ 10 étapes par facteur 10310^{3}, soit un peu plus de 3 étapes par décimale gagnée. La dichotomie est lente comparée à la méthode de Newton, mais elle ne peut jamais échouer, et c'est exactement ce que garantit le théorème des suites adjacentes.

d)

Vérifions les hypothèses une à une. un=−1nu_{n}=-\frac{1}{n} : les valeurs sont −1-1; −0,5-0{,}5; −0,333-0{,}333; elle est bien CROISSANTE. vn=1+1nv_{n}=1+\frac{1}{n} : les valeurs sont 2; 1,51{,}5; 1,3331{,}333; elle est bien DÉCROISSANTE. Et un<0<1<vnu_{n}<0<1<v_{n} pour tout nn, donc l'inégalité est satisfaite. Ce qui manque est la troisième hypothèse, la seule qui compte vraiment : vn−un=1+2n→1≠0v_{n}-u_{n}=1+\frac{2}{n}\to 1\neq 0. Les suites ne sont donc PAS adjacentes. Ce qu'on peut malgré tout conclure : chacune converge séparément, par le théorème de la convergence monotone, un→0u_{n}\to 0 et vn→1v_{n}\to 1; simplement, leurs limites sont DIFFÉRENTES. L'exemple montre que la monotonie croisée n'entraîne à elle seule aucun rapprochement : elle garantit seulement que les deux suites ne se croisent pas et que l'intervalle [un,vn][u_{n},v_{n}] rétrécit ou reste stable. C'est la convergence de la largeur vers ZÉRO qui force les deux limites à coïncider, et c'est donc l'hypothèse qu'un examen vérifiera en priorité. Formulation à retenir : deux suites monotones en sens contraires définissent des intervalles emboîtés, mais des intervalles emboîtés ne se réduisent à un point que si leur longueur tend vers 0.

24681012141612345L(vₙ) décroissante(uₙ) croissante

Exercice 10 : Points fixes attractifs et répulsifs : quand la récurrence refuse de converger

L'exercice 7 a montré qu'il faut prouver la convergence AVANT de résoudre L=f(L)L=f(L). Reste une question qu'il n'a pas posée : quand la suite converge-t-elle, au juste ? La réponse tient dans une seule quantité, ∣f′(L)∣\left|f'(L)\right|, et elle explique tous les comportements de ce chapitre.

  • a) Soit a1=2a_{1}=2 et an+1=1ana_{n+1}=\frac{1}{a_{n}}. Calculez les cinq premiers termes. L'équation du point fixe admet-elle une solution ? La suite converge-t-elle vers elle ?
  • b) Énoncez le critère : si an+1=f(an)a_{n+1}=f(a_{n}) converge vers LL avec f(L)=Lf(L)=L, le point fixe est ATTRACTIF quand ∣f′(L)∣<1\left|f'(L)\right|<1 et RÉPULSIF quand ∣f′(L)∣>1\left|f'(L)\right|>1. Appliquez-le à f(x)=2+xf(x)=\sqrt{2+x} au point L=2L=2 de l'exercice 7, puis à la suite du point a).
  • c) Soit an+1=an2a_{n+1}=a_{n}^{2}. Déterminez les deux points fixes et leur nature. Puis calculez les six premiers termes pour a1=0,5a_{1}=0{,}5 et pour a1=1,5a_{1}=1{,}5 : que conclut-on sur le rôle de la valeur initiale ?
  • d) Niveau examen : la suite logistique an+1=r an(1−an)a_{n+1}=r\,a_{n}(1-a_{n}) modélise une population. Pour r=2,5r=2{,}5, montrez que le point fixe non nul est attractif et donnez sa valeur. Pour r=3,2r=3{,}2, montrez qu'il est répulsif; sachant que la suite s'installe alors sur un cycle de période 2 dont les valeurs sont environ 0,7990{,}799 et 0,5130{,}513, expliquez ce que devient l'équation du point fixe.

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Réponses

  • a) Oscille entre 22 et 12\frac{1}{2} ; L=1L=1 jamais atteint
  • b) f′(2)=14f'(2)=\frac{1}{4} attractif ; f′(1)=−1f'(1)=-1 frontière
  • c) 00 attractif, 11 répulsif : la valeur initiale décide
  • d) 0,60{,}6 attractif ; f′(L)=−1,2f'(L)=-1{,}2, cycle de période 2
a)

Les termes sont a1=2a_{1}=2; a2=12=0,5a_{2}=\frac{1}{2}=0{,}5; a3=2a_{3}=2; a4=0,5a_{4}=0{,}5; a5=2a_{5}=2. La suite oscille indéfiniment entre 2 et 12\frac{1}{2}, sans jamais se stabiliser : elle DIVERGE par oscillation, exactement comme (−1)n(-1)^{n} à l'exercice 3. L'équation du point fixe, elle, admet bien des solutions : L=1LL=\frac{1}{L} donne L2=1L^{2}=1, soit L=1L=1 ou L=−1L=-1, et la solution positive L=1L=1 est parfaitement légitime. Pourtant la suite ne converge vers aucune des deux. C'est l'illustration la plus nette de l'avertissement de l'exercice 7 : résoudre L=f(L)L=f(L) ne prouve RIEN. L'équation dit seulement quelle valeur serait la limite SI la suite convergeait; ici elle ne converge pas, et la réponse fournie par l'équation est sans objet. Remarquons au passage que la suite reste bornée entre 12\frac{1}{2} et 2 : être borné n'empêche toujours pas d'osciller.

b)

Le critère se comprend par l'ÉCART à la limite. Posons en=an−Le_{n}=a_{n}-L. Alors en+1=an+1−L=f(an)−f(L)≈f′(L)(an−L)=f′(L) ene_{n+1}=a_{n+1}-L=f(a_{n})-f(L)\approx f'(L)\left(a_{n}-L\right)=f'(L)\,e_{n}, par l'approximation affine de ff au voisinage de LL. L'erreur est donc MULTIPLIÉE par f′(L)f'(L) à chaque étape : si ∣f′(L)∣<1\left|f'(L)\right|<1 elle se contracte géométriquement et la suite est aspirée vers LL; si ∣f′(L)∣>1\left|f'(L)\right|>1 elle s'amplifie et la suite est repoussée, à moins de tomber exactement sur LL. Application à f(x)=2+xf(x)=\sqrt{2+x} : f′(x)=122+xf'(x)=\frac{1}{2\sqrt{2+x}}, donc f′(2)=124=14f'(2)=\frac{1}{2\sqrt{4}}=\frac{1}{4}. Comme 14<1\frac{1}{4}<1, le point fixe L=2L=2 est ATTRACTIF, ce qui confirme et explique la convergence observée à l'exercice 7 : chaque étape divise l'erreur par environ 4. Application au point a) : f(x)=1xf(x)=\frac{1}{x}, donc f′(x)=−1x2f'(x)=-\frac{1}{x^{2}} et f′(1)=−1f'(1)=-1, de valeur absolue exactement 1. C'est le cas FRONTIÈRE, que le critère ne tranche pas : l'erreur n'est ni contractée ni amplifiée, seulement changée de signe, ce qui produit précisément l'oscillation sans amortissement observée. Le critère est donc concluant en dehors du cas ∣f′(L)∣=1\left|f'(L)\right|=1, où il faut une étude spécifique.

c)

Points fixes : L=L2L=L^{2} donne L(L−1)=0L(L-1)=0, soit L=0L=0 ou L=1L=1. Nature : f(x)=x2f(x)=x^{2} donc f′(x)=2xf'(x)=2x; en L=0L=0, f′(0)=0f'(0)=0, de valeur absolue inférieure à 1, le point fixe est ATTRACTIF, et même très fortement puisque l'erreur est élevée au carré à chaque étape; en L=1L=1, f′(1)=2>1f'(1)=2>1, le point fixe est RÉPULSIF. Termes pour a1=0,5a_{1}=0{,}5 : 0,50{,}5; 0,250{,}25; 0,06250{,}0625; 0,003906250{,}00390625; 1,5×10−51{,}5\times 10^{-5}; 2,3×10−102{,}3\times 10^{-10} : la suite plonge vers 0, et le nombre de décimales exactes DOUBLE à chaque étape. Termes pour a1=1,5a_{1}=1{,}5 : 1,51{,}5; 2,252{,}25; 5,06255{,}0625; 25,6325{,}63; 656,8656{,}8; 431 440431\,440 : la suite explose vers +∞+\infty. Conclusion sur la valeur initiale : elle décide de tout. Le point fixe répulsif L=1L=1 agit comme une ligne de partage, un SEUIL séparant deux bassins d'attraction, celui de 0 pour ∣a1∣<1\left|a_{1}\right|<1 et celui de l'infini pour ∣a1∣>1\left|a_{1}\right|>1. Pour a1=1a_{1}=1 exactement, la suite reste constante égale à 1, mais la moindre perturbation la fait basculer d'un côté ou de l'autre : c'est ce qu'on appelle un équilibre instable, et c'est le sens concret du mot « répulsif ».

d)

Points fixes de f(x)=rx(1−x)f(x)=rx(1-x) : L=rL(1−L)L=rL(1-L) donne L=0L=0 ou 1=r(1−L)1=r(1-L), soit L=1−1rL=1-\frac{1}{r}. Dérivée : f′(x)=r(1−2x)f'(x)=r(1-2x), donc au point fixe non nul f′(L)=r(1−2(1−1r))=r(2r−1)=2−rf'(L)=r\left(1-2\left(1-\frac{1}{r}\right)\right)=r\left(\frac{2}{r}-1\right)=2-r. Pour r=2,5r=2{,}5 : L=1−12,5=0,6L=1-\frac{1}{2{,}5}=0{,}6 et f′(L)=2−2,5=−0,5f'(L)=2-2{,}5=-0{,}5, de valeur absolue 0,5<10{,}5<1 : le point fixe est ATTRACTIF, et la suite converge vers 0,60{,}6, ce que confirme le calcul numérique après quelques centaines d'itérations. La population se stabilise à 60 pour cent de la capacité maximale. Pour r=3,2r=3{,}2 : L=1−13,2=0,6875L=1-\frac{1}{3{,}2}=0{,}6875 et f′(L)=2−3,2=−1,2f'(L)=2-3{,}2=-1{,}2, de valeur absolue 1,2>11{,}2>1 : le point fixe est RÉPULSIF. La suite ne peut donc pas converger vers 0,68750{,}6875, et l'itération numérique montre qu'elle s'installe sur un cycle alternant 0,79950{,}7995 et 0,51300{,}5130. Ce que devient l'équation du point fixe : L=0,6875L=0{,}6875 reste une solution parfaitement valide de L=f(L)L=f(L), et c'est toujours la seule limite possible; mais comme la suite ne converge pas, cette solution ne correspond à aucune limite réelle. Le cycle de période 2, lui, est solution d'une AUTRE équation, L=f(f(L))L=f(f(L)) : les deux valeurs du cycle sont des points fixes de la fonction composée, chacune s'envoyant sur l'autre par ff. C'est le premier étage de ce qu'on appelle le doublement de période, qui se poursuit quand rr augmente encore jusqu'au régime chaotique. Pour l'examen, la conclusion à retenir est celle du chapitre entier : une suite récurrente peut avoir un point fixe, l'approcher, et ne jamais l'atteindre; seule l'étude de ∣f′(L)∣\left|f'(L)\right| dit ce qui se passe réellement.

Partie C : les classiques (/50)

Exercice 11 : La suite arithmético-géométrique : une dose chaque jour

Un patient prend chaque matin 33 mg d'un médicament, et son organisme élimine 2020 pour cent de la quantité présente d'un matin à l'autre. On note unu_{n} la quantité, en mg, présente juste après la prise du jour nn, avec u0=5u_{0}=5 : un+1=0,8 un+3u_{n+1}=0{,}8\,u_{n}+3.

  • a) Si la suite converge, quelle est sa limite LL ?
  • b) On pose vn=un−Lv_{n}=u_{n}-L. Montrez que (vn)(v_{n}) est géométrique et donnez sa raison.
  • c) Déduisez-en unu_{n} en fonction de nn, puis la convergence de (un)(u_{n}).
  • d) Calculez u10u_{10}.
  • e) À partir de quel jour la quantité dépasse-t-elle 14,914{,}9 mg ?

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) L=15L=15
  • b) vn+1=0,8vnv_{n+1}=0{,}8v_{n}
  • c) un=15−10×0,8n→15u_{n}=15-10\times 0{,}8^{n}\to 15
  • d) u10≈13,926u_{10}\approx 13{,}926 mg
  • e) Jour 2121
a)

L=0,8L+3L=0{,}8L+3 donne 0,2L=30{,}2L=3, soit L=15L=15 mg. Ce calcul est conditionnel : il dit ce que vaudrait la limite si elle existe, la preuve vient en c).

b)

vn+1=un+1−15=0,8un+3−15=0,8un−12=0,8(un−15)=0,8 vnv_{n+1}=u_{n+1}-15=0{,}8u_{n}+3-15=0{,}8u_{n}-12=0{,}8(u_{n}-15)=0{,}8\,v_{n} : suite géométrique de raison 0,80{,}8 et de premier terme v0=5−15=−10v_{0}=5-15=-10.

c)

vn=−10×0,8nv_{n}=-10\times 0{,}8^{n}, donc un=15−10×0,8nu_{n}=15-10\times 0{,}8^{n}. Comme 0<0,8<10<0{,}8<1, 0,8n→00{,}8^{n}\to 0 et un→15u_{n}\to 15 : la convergence est maintenant démontrée, et la suite croît vers 1515. Le point fixe est attractif, puisque ∣f′(15)∣=0,8<1|f'(15)|=0{,}8<1 pour f(x)=0,8x+3f(x)=0{,}8x+3.

d)

u10=15−10×0,810≈15−1,074=13,926u_{10}=15-10\times 0{,}8^{10}\approx 15-1{,}074=13{,}926 mg.

e)

15−10×0,8n>14,915-10\times 0{,}8^{n}>14{,}9 équivaut à 0,8n<0,010{,}8^{n}<0{,}01, soit n>ln⁡0,01ln⁡0,8≈20,64n>\frac{\ln 0{,}01}{\ln 0{,}8}\approx 20{,}64 (le sens de l'inégalité change, ln⁡0,8\ln 0{,}8 étant négatif). À partir du jour 2121. Le traitement atteint son régime stable en trois semaines, quelle que soit la quantité de départ.

Exercice 12 : Fibonacci, le quotient de deux termes et le nombre d'or

La suite de Fibonacci est définie par F1=F2=1F_{1}=F_{2}=1 et Fn+2=Fn+1+FnF_{n+2}=F_{n+1}+F_{n}. On étudie le quotient rn=Fn+1Fnr_{n}=\frac{F_{n+1}}{F_{n}}.

  • a) Calculez F3F_{3} à F11F_{11}.
  • b) Montrez que rn+1=1+1rnr_{n+1}=1+\frac{1}{r_{n}}.
  • c) En admettant que (rn)(r_{n}) converge, trouvez sa limite φ\varphi.
  • d) Calculez ∣f′(φ)∣\left|f'(\varphi)\right| pour f(x)=1+1xf(x)=1+\frac{1}{x}. Le point fixe est-il attractif ? Comparez r10r_{10} à φ\varphi.
  • e) La formule de Binet donne Fn=φn−ψn5F_{n}=\frac{\varphi^{n}-\psi^{n}}{\sqrt{5}} avec ψ=1−52\psi=\frac{1-\sqrt{5}}{2}. Pourquoi FnF_{n} est-il l'entier le plus proche de φn5\frac{\varphi^{n}}{\sqrt{5}} ? Calculez F20F_{20} ainsi.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) F10=55F_{10}=55, F11=89F_{11}=89
  • b) rn+1=1+1rnr_{n+1}=1+\frac{1}{r_{n}}
  • c) φ=1+52≈1,618\varphi=\frac{1+\sqrt{5}}{2}\approx 1{,}618
  • d) 1φ2≈0,382\frac{1}{\varphi^{2}}\approx 0{,}382 : attractif ; r10≈1,61818r_{10}\approx 1{,}61818
  • e) F20=6765F_{20}=6765
a)

22, 33, 55, 88, 1313, 2121, 3434, 5555, 8989 : F10=55F_{10}=55 et F11=89F_{11}=89.

b)

rn+1=Fn+2Fn+1=Fn+1+FnFn+1=1+FnFn+1=1+1rnr_{n+1}=\frac{F_{n+2}}{F_{n+1}}=\frac{F_{n+1}+F_{n}}{F_{n+1}}=1+\frac{F_{n}}{F_{n+1}}=1+\frac{1}{r_{n}}.

c)

φ=1+1φ\varphi=1+\frac{1}{\varphi} donne φ2−φ−1=0\varphi^{2}-\varphi-1=0, de racines 1±52\frac{1\pm\sqrt{5}}{2}. Tous les rnr_{n} sont positifs, donc φ=1+52≈1,618034\varphi=\frac{1+\sqrt{5}}{2}\approx 1{,}618034, le nombre d'or.

d)

f′(x)=−1x2f'(x)=-\frac{1}{x^{2}} et ∣f′(φ)∣=1φ2≈0,382<1|f'(\varphi)|=\frac{1}{\varphi^{2}}\approx 0{,}382<1 : point fixe attractif. Le signe négatif fait osciller la suite autour de φ\varphi : r1=1r_{1}=1, r2=2r_{2}=2, r3=1,5r_{3}=1{,}5, r4≈1,667r_{4}\approx 1{,}667... et chaque étape divise l'écart par φ2≈2,6\varphi^{2}\approx 2{,}6. r10=8955≈1,61818r_{10}=\frac{89}{55}\approx 1{,}61818, à 1,5×10−41{,}5\times 10^{-4} de φ\varphi.

e)

∣ψ∣≈0,618<1|\psi|\approx 0{,}618<1, donc ∣ψn5∣<15<12\left|\frac{\psi^{n}}{\sqrt{5}}\right|<\frac{1}{\sqrt{5}}<\frac{1}{2} pour tout n≥1n\geq 1 : FnF_{n} est un entier situé à moins de 12\frac{1}{2} de φn5\frac{\varphi^{n}}{\sqrt{5}}, c'est donc l'entier le plus proche. φ205≈6765,00003\frac{\varphi^{20}}{\sqrt{5}}\approx 6765{,}00003, d'où F20=6765F_{20}=6765. La suite de Fibonacci croît comme une suite géométrique de raison φ\varphi : c'est ce que disait déjà la limite de rnr_{n}.

Exercice 13 : Cinq limites de suites où l'exposant dépend de n

Quand nn figure à la fois dans la base et dans l'exposant, ou dans une racine nn-ième, les techniques de l'exercice 2 ne suffisent pas : on passe au logarithme ou on encadre.

  • a) Calculez lim⁡(1+2n)n\lim\left(1+\frac{2}{n}\right)^{n}.
  • b) Calculez lim⁡n1/n\lim n^{1/n}.
  • c) Calculez lim⁡n101,01n\lim\frac{n^{10}}{1{,}01^{n}}.
  • d) Calculez lim⁡(3n+2n)1/n\lim\left(3^{n}+2^{n}\right)^{1/n} par encadrement.
  • e) Calculez lim⁡(1−1n)n\lim\left(1-\frac{1}{n}\right)^{n}.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) e2≈7,389e^{2}\approx 7{,}389
  • b) 11
  • c) 00
  • d) 33
  • e) e−1≈0,3679e^{-1}\approx 0{,}3679
a)

ln⁡(1+2n)n=nln⁡(1+2n)=2⋅ln⁡(1+2/n)2/n→2\ln\left(1+\frac{2}{n}\right)^{n}=n\ln\left(1+\frac{2}{n}\right)=2\cdot\frac{\ln(1+2/n)}{2/n}\to 2, puisque ln⁡(1+u)u→1\frac{\ln(1+u)}{u}\to 1. La limite vaut e2≈7,389e^{2}\approx 7{,}389. Forme 1∞1^{\infty} : ni 11 ni l'infini.

b)

ln⁡n1/n=ln⁡nn→0\ln n^{1/n}=\frac{\ln n}{n}\to 0 (exercice 2), donc n1/n→e0=1n^{1/n}\to e^{0}=1. Le nn grandit, mais la racine nn-ième l'écrase exactement assez.

c)

ln⁡n101,01n=10ln⁡n−nln⁡1,01=n(10ln⁡nn−ln⁡1,01)→−∞\ln\frac{n^{10}}{1{,}01^{n}}=10\ln n-n\ln 1{,}01=n\left(\frac{10\ln n}{n}-\ln 1{,}01\right)\to-\infty, car la parenthèse tend vers −ln⁡1,01<0-\ln 1{,}01<0. La limite vaut 00 : toute exponentielle de base supérieure à 11 finit par battre toute puissance, même si pour n=1000n=1000 on a encore 1000101,011000≈4,8×1025\frac{1000^{10}}{1{,}01^{1000}}\approx 4{,}8\times 10^{25}.

d)

3n≤3n+2n≤2⋅3n3^{n}\leq 3^{n}+2^{n}\leq 2\cdot 3^{n}, donc 3≤(3n+2n)1/n≤21/n⋅33\leq\left(3^{n}+2^{n}\right)^{1/n}\leq 2^{1/n}\cdot 3. Comme 21/n→12^{1/n}\to 1, les gendarmes donnent la limite 33 : le plus grand terme impose sa loi.

e)

nln⁡(1−1n)=−ln⁡(1−1/n)−1/n→−1n\ln\left(1-\frac{1}{n}\right)=-\frac{\ln(1-1/n)}{-1/n}\to-1, donc la limite vaut e−1≈0,3679e^{-1}\approx 0{,}3679. C'est la probabilité, pour nn grand, de ne jamais tirer une boule donnée en nn tirages avec remise parmi nn boules.

Exercice 14 : Problème : le remboursement d'un prêt

On emprunte 20 00020\,000 dollars au taux mensuel de 0,50{,}5 pour cent, et l'on rembourse PP dollars à la fin de chaque mois. Le solde BnB_{n} après nn mois vérifie Bn+1=1,005 Bn−PB_{n+1}=1{,}005\,B_{n}-P, avec B0=20 000B_{0}=20\,000. On prend d'abord P=400P=400.

  • a) Calculez le point fixe LL de la récurrence.
  • b) Montrez que Bn=L+(B0−L)×1,005nB_{n}=L+(B_{0}-L)\times 1{,}005^{n} et écrivez-le avec les valeurs.
  • c) Au bout de combien de mensualités le prêt est-il remboursé ?
  • d) Que se passe-t-il avec P=100P=100 ? Avec P=90P=90 ? Reliez à la nature du point fixe.
  • e) Quelle mensualité PP rembourse exactement le prêt en 3636 mois ?

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) L=80 000L=80\,000
  • b) Bn=80 000−60 000×1,005nB_{n}=80\,000-60\,000\times 1{,}005^{n}
  • c) 5858 mensualités
  • d) Point fixe répulsif : constant pour 100100, dette croissante pour 9090
  • e) P≈608,44P\approx 608{,}44 dollars
a)

L=1,005L−PL=1{,}005L-P donne 0,005L=P0{,}005L=P, soit L=4000,005=80 000L=\frac{400}{0{,}005}=80\,000 dollars.

b)

Bn+1−L=1,005Bn−P−(1,005L−P)=1,005(Bn−L)B_{n+1}-L=1{,}005B_{n}-P-(1{,}005L-P)=1{,}005(B_{n}-L) : l'écart au point fixe est géométrique de raison 1,0051{,}005. Donc Bn=80 000−60 000×1,005nB_{n}=80\,000-60\,000\times 1{,}005^{n}.

c)

Bn≤0B_{n}\leq 0 équivaut à 1,005n≥431{,}005^{n}\geq\frac{4}{3}, soit n≥ln⁡(4/3)ln⁡1,005≈57,68n\geq\frac{\ln(4/3)}{\ln 1{,}005}\approx 57{,}68. Il faut 5858 mensualités, la dernière réduite : après 5757 mois il reste environ 271271 dollars.

d)

f(x)=1,005x−Pf(x)=1{,}005x-P a pour dérivée 1,005>11{,}005>1 : le point fixe est RÉPULSIF, l'écart grandit toujours. Avec P=100P=100, L=20 000=B0L=20\,000=B_{0} : le solde reste constant, on ne paie que les intérêts, pour toujours. Avec P=90P=90, L=18 000<B0L=18\,000<B_{0} : Bn=18 000+2 000×1,005n→+∞B_{n}=18\,000+2\,000\times 1{,}005^{n}\to+\infty, la dette grossit. Le prêt ne se rembourse que si B0<LB_{0}<L, c'est-à-dire si la mensualité dépasse les intérêts du premier mois.

e)

On veut B36=0B_{36}=0 : P0,005(1−1,00536)+20 000×1,00536=0\frac{P}{0{,}005}\left(1-1{,}005^{36}\right)+20\,000\times 1{,}005^{36}=0, soit P=20 000×0,005×1,005361,00536−1≈100×1,196680,19668≈608,44P=\frac{20\,000\times 0{,}005\times 1{,}005^{36}}{1{,}005^{36}-1}\approx\frac{100\times 1{,}19668}{0{,}19668}\approx 608{,}44 dollars. Total payé : 36×608,44≈21 90436\times 608{,}44\approx 21\,904 dollars, dont environ 1 9041\,904 d'intérêts.

Exercice 15 : Problème : le flocon de Koch, un périmètre infini autour d'une aire finie

On part d'un triangle équilatéral de côté 11. À chaque étape, on remplace chaque côté par quatre segments de longueur trois fois plus petite, en dressant un petit triangle équilatéral sur le tiers central. On note NnN_{n} le nombre de côtés, PnP_{n} le périmètre et AnA_{n} l'aire après nn étapes.

La figure ci-dessous représente la situation.

étape 0étape 1étape 2
  • a) Exprimez NnN_{n} et la longueur d'un côté en fonction de nn.
  • b) Déduisez-en PnP_{n}, sa limite, et P10P_{10}.
  • c) Combien de petits triangles ajoute-t-on à l'étape n≥1n\geq 1, et quelle est l'aire de chacun ?
  • d) Montrez que An=A0[1+34∑k=1n(49)k]A_{n}=A_{0}\left[1+\frac{3}{4}\sum_{k=1}^{n}\left(\frac{4}{9}\right)^{k}\right] avec A0=34A_{0}=\frac{\sqrt{3}}{4}, puis calculez lim⁡An\lim A_{n}.
  • e) À partir de quelle étape le périmètre dépasse-t-il 1 0001\,000 ?

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Nn=3×4nN_{n}=3\times 4^{n}, côté 3−n3^{-n}
  • b) Pn=3(43)n→∞P_{n}=3\left(\frac{4}{3}\right)^{n}\to\infty ; P10≈53,27P_{10}\approx 53{,}27
  • c) 3×4n−13\times 4^{n-1} triangles d'aire 349−n\frac{\sqrt{3}}{4}9^{-n}
  • d) 85A0=235≈0,6928\frac{8}{5}A_{0}=\frac{2\sqrt{3}}{5}\approx 0{,}6928
  • e) Étape 2121
a)

Chaque côté devient 44 côtés : Nn=3×4nN_{n}=3\times 4^{n}. Chaque longueur est divisée par 33 : un côté mesure 3−n3^{-n}.

b)

Pn=3×4n×3−n=3(43)nP_{n}=3\times 4^{n}\times 3^{-n}=3\left(\frac{4}{3}\right)^{n}. Suite géométrique de raison 43>1\frac{4}{3}>1 : Pn→+∞P_{n}\to+\infty. P10=3(43)10≈53,27P_{10}=3\left(\frac{4}{3}\right)^{10}\approx 53{,}27.

c)

On dresse un triangle sur chaque côté de l'étape précédente : Nn−1=3×4n−1N_{n-1}=3\times 4^{n-1} triangles, de côté 3−n3^{-n}, donc d'aire 34×9−n\frac{\sqrt{3}}{4}\times 9^{-n} chacun.

d)

Aire ajoutée à l'étape kk : 3×4k−1×34×9−k=34×34(49)k3\times 4^{k-1}\times\frac{\sqrt{3}}{4}\times 9^{-k}=\frac{\sqrt{3}}{4}\times\frac{3}{4}\left(\frac{4}{9}\right)^{k}, d'où la formule. La somme géométrique vaut 49⋅1−(4/9)n1−4/9→4/95/9=45\frac{4}{9}\cdot\frac{1-(4/9)^{n}}{1-4/9}\to\frac{4/9}{5/9}=\frac{4}{5}. Donc An→A0(1+34×45)=85A0=235≈0,6928A_{n}\to A_{0}\left(1+\frac{3}{4}\times\frac{4}{5}\right)=\frac{8}{5}A_{0}=\frac{2\sqrt{3}}{5}\approx 0{,}6928.

e)

3(43)n>10003\left(\frac{4}{3}\right)^{n}>1000 donne n>ln⁡(1000/3)ln⁡(4/3)≈20,19n>\frac{\ln(1000/3)}{\ln(4/3)}\approx 20{,}19 : à partir de l'étape 2121. La courbe limite est enfermée dans un disque de rayon 11 et a une aire finie, mais une longueur infinie : les deux suites, de raisons 43\frac{4}{3} et 49\frac{4}{9}, vivent de part et d'autre du seuil 11.

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© Ahmed Squalli Houssaini. Série publiée sur www.letuteurscientifique.ca/exercices/nyb-suites-numeriques. Libre pour l'usage personnel et en classe ; sa republication ailleurs demande une autorisation écrite (mentions légales).

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