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Calcul intégral 201-NYB • Complément québécois de Terminale et cégep

Séries numériques : les critères avancés et les pièges classiques

Voici la troisième série d'exercices corrigés sur les séries numériques en 201-NYB. Les deux premières couvrent les critères usuels et leur application aux fonctions transcendantes ; celle-ci existe pour combler ce qui restait, et pour un motif précis : un examen difficile ne teste pas les critères courants, il teste ceux que l'on n'a pas révisés et les pièges qui font tomber les bons élèves.

Deux exercices méritent une attention particulière. Le sixième montre qu'un raisonnement par équivalents, parfaitement légitime sur des termes positifs, devient FAUX dès que le signe change : c'est l'erreur la plus coûteuse de tout le chapitre. Le huitième présente le critère d'Abel, seul outil capable de traiter une série comme la somme des sinnn\frac{\sin n}{n}, dont les signes ne suivent aucune alternance régulière.

Rappel de cours

  • Critère de Cauchy : an\sum a_{n} converge si et seulement si pour tout ε>0\varepsilon>0 il existe NN tel que n=p+1qan<ε\left|\sum_{n=p+1}^{q}a_{n}\right|<\varepsilon pour tous q>pNq>p\geq N. C'est une condition NÉCESSAIRE ET SUFFISANTE, contrairement au test du terme général.
  • Condensation de Cauchy : si (an)(a_{n}) est positive et décroissante, an\sum a_{n} et 2na2n\sum 2^{n}a_{2^{n}} sont de même nature.
  • Si an+1anL\left|\dfrac{a_{n+1}}{a_{n}}\right|\to L, alors annL\sqrt[n]{|a_{n}|}\to L aussi. Le critère de Cauchy conclut donc chaque fois que d'Alembert conclut, et parfois davantage.
  • Raabe-Duhamel : si an+1an=1αn+o ⁣(1n)\dfrac{a_{n+1}}{a_{n}}=1-\dfrac{\alpha}{n}+o\!\left(\dfrac{1}{n}\right) avec an>0a_{n}>0, la série converge si α>1\alpha>1 et diverge si α<1\alpha<1.
  • Critère d'Abel : si (an)(a_{n}) décroît vers 0 et si les sommes partielles de (bn)(b_{n}) sont bornées, alors anbn\sum a_{n}b_{n} converge. Le critère des séries alternées en est le cas particulier bn=(1)nb_{n}=(-1)^{n}.
  • PIÈGE : la comparaison par limite et les équivalents exigent un SIGNE CONSTANT. Sur une série à signes variables, deux termes équivalents peuvent donner des séries de natures différentes.
  • Produit de Cauchy : cn=k=0nakbnkc_{n}=\sum_{k=0}^{n}a_{k}b_{n-k}. Si an\sum a_{n} et bn\sum b_{n} convergent ABSOLUMENT, alors cn\sum c_{n} converge vers le produit des sommes.

Partie A : Les critères que l'on n'apprend pas toujours (/50)

Exercice 1 : Le critère de Cauchy : nécessaire ET suffisant

Le test du terme général ne donne qu'une condition nécessaire : il permet de conclure à la divergence, jamais à la convergence. Le critère de Cauchy, lui, caractérise complètement la convergence.

  • a) Énoncez le critère de Cauchy pour une série an\sum a_{n}.
  • b) Déduisez-en, en prenant q=p+1q=p+1, que le terme général d'une série convergente tend nécessairement vers 0.
  • c) Utilisez le critère avec q=2pq=2p pour démontrer que la série harmonique DIVERGE, sans passer par l'intégrale ni par les blocs.
  • d) Utilisez-le pour montrer que 1n2\sum\frac{1}{n^{2}} converge, en majorant n=p+1q1n2\sum_{n=p+1}^{q}\frac{1}{n^{2}} par une somme télescopique.
  • e) Pourquoi ce critère est-il précieux en théorie alors qu'on ne l'emploie presque jamais en pratique ?
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a) La série an\sum a_{n} converge si et seulement si : pour tout ε>0\varepsilon>0, il existe un rang NN tel que pour tous q>pNq>p\geq N, n=p+1qan<ε\left|\sum_{n=p+1}^{q}a_{n}\right|<\varepsilon. Autrement dit, les paquets de termes consécutifs deviennent arbitrairement petits, aussi longs soient-ils.

b) En prenant q=p+1q=p+1, la somme se réduit au seul terme ap+1a_{p+1}, et la condition devient ap+1<ε\left|a_{p+1}\right|<\varepsilon dès que pNp\geq N : c'est exactement la définition de an0a_{n}\to 0. Le test du terme général est donc un simple corollaire du critère de Cauchy, ce qui explique qu'il soit nécessaire mais pas suffisant : il n'utilise que les paquets de longueur 1.

c) Prenons q=2pq=2p. Chacun des pp termes de n=p+12p1n\sum_{n=p+1}^{2p}\frac{1}{n} est supérieur ou égal à 12p\frac{1}{2p}, donc n=p+12p1np12p=12\sum_{n=p+1}^{2p}\frac{1}{n}\geq p\cdot\frac{1}{2p}=\frac{1}{2}. Ces paquets ne deviennent jamais petits, quel que soit pp : le critère de Cauchy est mis en défaut avec ε=12\varepsilon=\frac{1}{2}, donc la série harmonique DIVERGE. (Numériquement ces paquets tendent d'ailleurs vers ln20,693\ln 2\approx 0{,}693, bien au-dessus de 12\frac{1}{2}.)

d) Pour n2n\geq 2, 1n21n(n1)=1n11n\frac{1}{n^{2}}\leq\frac{1}{n(n-1)}=\frac{1}{n-1}-\frac{1}{n}. En sommant de p+1p+1 à qq, la somme télescope : n=p+1q1n21p1q<1p\sum_{n=p+1}^{q}\frac{1}{n^{2}}\leq\frac{1}{p}-\frac{1}{q}<\frac{1}{p}. Étant donné ε>0\varepsilon>0, il suffit de prendre N>1εN>\frac{1}{\varepsilon} pour que tous les paquets soient plus petits que ε\varepsilon. La série CONVERGE.

e) Il est précieux parce qu'il caractérise la convergence sans jamais mentionner la valeur de la somme : c'est lui qui permet de démontrer les autres critères, et c'est lui qui fait le lien avec la complétude de R\mathbb{R}. En pratique on ne l'emploie pas, parce qu'il faut contrôler TOUS les paquets à la fois, ce qui est bien plus difficile que d'appliquer une comparaison. On s'en sert donc surtout comme instrument de preuve, et pour établir des divergences comme en c.

Exercice 2 : La condensation de Cauchy : Riemann et Bertrand en une ligne

Le théorème de condensation affirme que si (an)(a_{n}) est positive et décroissante, alors an\sum a_{n} et 2na2n\sum 2^{n}a_{2^{n}} sont de même nature. Il transforme une série à décroissance lente en une série géométrique.

  • a) Appliquez la condensation à an=1npa_{n}=\frac{1}{n^{p}}. Quelle série obtenez-vous, et que donne-t-elle ?
  • b) Concluez : pour quelles valeurs de pp la série de Riemann converge-t-elle ? Vous venez de la démontrer entièrement.
  • c) Appliquez la condensation à an=1nlnna_{n}=\frac{1}{n\ln n} pour n2n\geq 2.
  • d) Appliquez-la à an=1n(lnn)βa_{n}=\frac{1}{n(\ln n)^{\beta}} et retrouvez le critère de Bertrand.
  • e) Où intervient l'hypothèse de décroissance ? Donnez l'idée de la démonstration en encadrant an\sum a_{n} par des blocs.
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a) On calcule 2na2n=2n1(2n)p=2n(1p)=(21p)n2^{n}a_{2^{n}}=2^{n}\cdot\dfrac{1}{\left(2^{n}\right)^{p}}=2^{n(1-p)}=\left(2^{1-p}\right)^{n}. C'est une série géométrique de raison r=21pr=2^{1-p}, qui converge si et seulement si r<1r<1.

b) 21p<12^{1-p}<1 équivaut à 1p<01-p<0, c'est-à-dire p>1p>1. La série de Riemann converge si et seulement si p>1p>1. La condensation démontre donc le critère de Riemann en trois lignes, sans aucune intégrale : elle ramène tout à une géométrique, dont la nature est connue depuis le début du chapitre.

c) 2na2n=2n2nln(2n)=1nln22^{n}a_{2^{n}}=\dfrac{2^{n}}{2^{n}\ln\left(2^{n}\right)}=\dfrac{1}{n\ln 2}. On obtient la série harmonique à une constante multiplicative près, qui DIVERGE. Donc 1nlnn\sum\frac{1}{n\ln n} diverge, alors même que son terme général est bien plus petit que 1n\frac{1}{n}.

d) 2na2n=2n2n(nln2)β=1(ln2)β1nβ2^{n}a_{2^{n}}=\dfrac{2^{n}}{2^{n}\left(n\ln 2\right)^{\beta}}=\dfrac{1}{(\ln 2)^{\beta}}\cdot\dfrac{1}{n^{\beta}}. C'est une série de Riemann d'exposant β\beta, à constante près : elle converge si et seulement si β>1\beta>1. On retrouve exactement le critère de Bertrand, et la démonstration explique aussi POURQUOI le logarithme rejoue le rôle de la variable : la condensation transforme ln2n\ln 2^{n} en nln2n\ln 2.

e) La décroissance est indispensable pour encadrer chaque bloc par son premier et son dernier terme. Idée : on regroupe les termes en blocs [2k,2k+1[\left[2^{k},2^{k+1}\right[, qui contiennent 2k2^{k} termes. Par décroissance, chacun est compris entre a2k+1a_{2^{k+1}} et a2ka_{2^{k}}, donc le bloc est encadré par 2ka2k+12^{k}a_{2^{k+1}} et 2ka2k2^{k}a_{2^{k}}. En sommant sur kk, la série entière est encadrée entre 122k+1a2k+1\frac{1}{2}\sum 2^{k+1}a_{2^{k+1}} et 2ka2k\sum 2^{k}a_{2^{k}} : les deux séries sont donc de même nature. Sans décroissance l'encadrement s'effondre, et le théorème est faux.

Exercice 3 : Cauchy contre d'Alembert : lequel est le plus fort

On considère la série de terme général an=2n(1)na_{n}=2^{-n-(-1)^{n}}, c'est-à-dire an=2n1a_{n}=2^{-n-1} si nn est pair et an=2n+1a_{n}=2^{-n+1} si nn est impair.

  • a) Calculez a2a_{2}, a3a_{3}, a4a_{4} et a5a_{5}, puis les rapports a3a2\frac{a_{3}}{a_{2}} et a4a3\frac{a_{4}}{a_{3}}.
  • b) Montrez que le rapport an+1an\frac{a_{n+1}}{a_{n}} ne prend que deux valeurs et n'a donc pas de limite. Que conclut le critère de d'Alembert ?
  • c) Calculez ann\sqrt[n]{a_{n}} et sa limite. Que conclut le critère de Cauchy ?
  • d) Énoncez le théorème général reliant les deux critères, et déduisez-en lequel est le plus puissant.
  • e) Donnez une série sur laquelle les DEUX critères échouent, et dites comment on conclut alors.
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a) a2=23=18=0,125a_{2}=2^{-3}=\frac{1}{8}=0{,}125, a3=22=14=0,25a_{3}=2^{-2}=\frac{1}{4}=0{,}25, a4=25=132a_{4}=2^{-5}=\frac{1}{32}, a5=24=116a_{5}=2^{-4}=\frac{1}{16}. Les rapports : a3a2=2\frac{a_{3}}{a_{2}}=2 et a4a3=18\frac{a_{4}}{a_{3}}=\frac{1}{8}. La suite n'est même pas décroissante, elle zigzague.

b) an+1an=2(n+1)(1)n+1+n+(1)n=21+2(1)n\dfrac{a_{n+1}}{a_{n}}=2^{-(n+1)-(-1)^{n+1}+n+(-1)^{n}}=2^{-1+2(-1)^{n}}. Pour nn pair cela vaut 21=22^{1}=2, pour nn impair 23=182^{-3}=\frac{1}{8}. Le rapport oscille indéfiniment entre 2 et 18\frac{1}{8} : il n'a pas de limite, et le critère de d'Alembert NE CONCLUT PAS. Il ne conclut même pas à la divergence, bien que le rapport dépasse 1 une fois sur deux.

c) ann=2n(1)nn=21(1)nn\sqrt[n]{a_{n}}=2^{\frac{-n-(-1)^{n}}{n}}=2^{-1-\frac{(-1)^{n}}{n}}. Comme (1)nn0\frac{(-1)^{n}}{n}\to 0, la limite vaut 21=12<12^{-1}=\frac{1}{2}<1 : le critère de Cauchy conclut à la CONVERGENCE. (La somme vaut d'ailleurs exactement 32\frac{3}{2}, en séparant les indices pairs et impairs en deux géométriques.)

d) Théorème : si an+1an\left|\frac{a_{n+1}}{a_{n}}\right| admet une limite LL, alors ann\sqrt[n]{|a_{n}|} admet la même limite LL. La réciproque est fausse, comme le montre l'exemple ci-dessus. Le critère de Cauchy est donc STRICTEMENT PLUS FORT : chaque fois que d'Alembert conclut, Cauchy conclut pareillement, et il conclut parfois quand d'Alembert reste muet. En pratique on garde tout de même d'Alembert en premier réflexe, parce que les rapports de factorielles se simplifient bien plus facilement que leurs racines nn-ièmes.

e) La série harmonique 1n\sum\frac{1}{n} : le rapport tend vers 1 et la racine nn-ième aussi, car 1nn=elnnn1\sqrt[n]{\frac{1}{n}}=e^{-\frac{\ln n}{n}}\to 1. Les deux critères échouent ensemble, ce qui n'a rien d'un hasard : tous deux comparent implicitement la série à une géométrique, et aucune géométrique n'approche une décroissance polynomiale. On conclut alors par Riemann, par comparaison ou par l'intégrale.

Exercice 4 : La règle de Raabe-Duhamel : quand le rapport tend vers 1

Quand d'Alembert donne 1, tout n'est pas perdu : la VITESSE à laquelle le rapport approche 1 contient encore l'information. On écrit an+1an=1αn+o ⁣(1n)\dfrac{a_{n+1}}{a_{n}}=1-\dfrac{\alpha}{n}+o\!\left(\dfrac{1}{n}\right), et la série converge si α>1\alpha>1, diverge si α<1\alpha<1.

  • a) Appliquez la règle à an=1npa_{n}=\frac{1}{n^{p}} : calculez α\alpha et retrouvez le critère de Riemann.
  • b) On pose an=135(2n1)246(2n)a_{n}=\dfrac{1\cdot 3\cdot 5\cdots(2n-1)}{2\cdot 4\cdot 6\cdots(2n)}. Calculez a1a_{1}, a2a_{2} et a3a_{3}, puis simplifiez le rapport an+1an\frac{a_{n+1}}{a_{n}}.
  • c) Que donne d'Alembert sur cette série ? Appliquez ensuite Raabe-Duhamel et concluez.
  • d) On admet an1πna_{n}\sim\dfrac{1}{\sqrt{\pi n}}. Vérifiez la cohérence avec c, puis donnez la nature de an2\sum a_{n}^{2} et de an3\sum a_{n}^{3}.
  • e) Pourquoi la règle de Raabe-Duhamel voit-elle ce que d'Alembert ne voit pas ?
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a) an+1an=(nn+1)p=(1+1n)p=1pn+o ⁣(1n)\dfrac{a_{n+1}}{a_{n}}=\left(\dfrac{n}{n+1}\right)^{p}=\left(1+\dfrac{1}{n}\right)^{-p}=1-\dfrac{p}{n}+o\!\left(\dfrac{1}{n}\right) par le développement limité. Donc α=p\alpha=p, et la règle donne convergence pour p>1p>1 et divergence pour p<1p<1 : c'est exactement Riemann. (Le cas p=1p=1 échappe à la règle, comme toujours à la frontière.)

b) a1=12a_{1}=\frac{1}{2}, a2=1324=38=0,375a_{2}=\frac{1\cdot 3}{2\cdot 4}=\frac{3}{8}=0{,}375, a3=135246=1548=516=0,3125a_{3}=\frac{1\cdot 3\cdot 5}{2\cdot 4\cdot 6}=\frac{15}{48}=\frac{5}{16}=0{,}3125. Le rapport se simplifie brutalement, tous les facteurs communs disparaissant : an+1an=2n+12n+2\frac{a_{n+1}}{a_{n}}=\frac{2n+1}{2n+2}.

c) 2n+12n+21\dfrac{2n+1}{2n+2}\to 1 : d'Alembert ne conclut pas. On développe : 2n+12n+2=112n+2=112n+o ⁣(1n)\frac{2n+1}{2n+2}=1-\frac{1}{2n+2}=1-\frac{1}{2n}+o\!\left(\frac{1}{n}\right), donc α=12\alpha=\frac{1}{2}. Comme α<1\alpha<1, la série DIVERGE. Vérification numérique : n(1an+1an)n\left(1-\frac{a_{n+1}}{a_{n}}\right) vaut 0,490 pour n=50n=50 et 0,499 pour n=500n=500, confirmant α=12\alpha=\frac{1}{2}.

d) Si an1πn=1πn1/2a_{n}\sim\frac{1}{\sqrt{\pi n}}=\frac{1}{\sqrt{\pi}}n^{-1/2}, alors an\sum a_{n} se comporte comme une série de Riemann d'exposant 121\frac{1}{2}\leq 1 : elle diverge, ce qui confirme c. Ensuite an21πna_{n}^{2}\sim\frac{1}{\pi n}, exposant 1 : an2\sum a_{n}^{2} DIVERGE aussi. Enfin an31(πn)3/2a_{n}^{3}\sim\frac{1}{(\pi n)^{3/2}}, exposant 32>1\frac{3}{2}>1 : an3\sum a_{n}^{3} CONVERGE.

e) Parce que d'Alembert ne retient que la LIMITE du rapport et jette toute l'information sur la manière dont elle est atteinte. Or entre 112n1-\frac{1}{2n} et 12n1-\frac{2}{n}, la limite est la même mais la décroissance de ana_{n} est radicalement différente, en n1/2n^{-1/2} dans un cas et en n2n^{-2} dans l'autre. Raabe-Duhamel lit précisément le terme en 1n\frac{1}{n} du développement, c'est-à-dire ce que d'Alembert avait négligé.

Exercice 5 : Éléments simples et télescopage : calculer la somme exacte

Décider de la nature d'une série est une chose, en calculer la somme en est une autre. Pour les fractions rationnelles, la décomposition en éléments simples fait souvent apparaître un télescopage qui donne la somme exacte.

  • a) Décomposez 1n(n+1)\frac{1}{n(n+1)} en éléments simples et calculez n11n(n+1)\sum_{n\geq 1}\frac{1}{n(n+1)}.
  • b) Même travail pour n11n(n+2)\sum_{n\geq 1}\frac{1}{n(n+2)}. Attention, le télescopage laisse ici DEUX termes.
  • c) Calculez n11n(n+1)(n+2)\sum_{n\geq 1}\frac{1}{n(n+1)(n+2)}.
  • d) Montrez que 2n+1n2(n+1)2=1n21(n+1)2\frac{2n+1}{n^{2}(n+1)^{2}}=\frac{1}{n^{2}}-\frac{1}{(n+1)^{2}} et déduisez-en la somme de la série correspondante.
  • e) Calculez n2ln(11n2)\sum_{n\geq 2}\ln\left(1-\frac{1}{n^{2}}\right) en factorisant l'argument du logarithme.
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a) 1n(n+1)=1n1n+1\frac{1}{n(n+1)}=\frac{1}{n}-\frac{1}{n+1}. La somme partielle télescope : SN=11N+11S_{N}=1-\frac{1}{N+1}\to 1. La somme vaut exactement 1.

b) 1n(n+2)=12(1n1n+2)\frac{1}{n(n+2)}=\frac{1}{2}\left(\frac{1}{n}-\frac{1}{n+2}\right). Le décalage étant de 2, les termes ne s'annulent qu'un sur deux et il RESTE deux termes au début : SN=12(1+121N+11N+2)1232=34S_{N}=\frac{1}{2}\left(1+\frac{1}{2}-\frac{1}{N+1}-\frac{1}{N+2}\right)\longrightarrow\frac{1}{2}\cdot\frac{3}{2}=\frac{3}{4}. La règle générale est qu'un décalage de kk laisse kk termes de chaque côté.

c) 1n(n+1)(n+2)=12(1n(n+1)1(n+1)(n+2))\frac{1}{n(n+1)(n+2)}=\frac{1}{2}\left(\frac{1}{n(n+1)}-\frac{1}{(n+1)(n+2)}\right). C'est encore un télescopage, sur la suite un=1n(n+1)u_{n}=\frac{1}{n(n+1)} : la somme vaut 12u1=1212=14\frac{1}{2}u_{1}=\frac{1}{2}\cdot\frac{1}{2}=\frac{1}{4}.

d) On met au même dénominateur : 1n21(n+1)2=(n+1)2n2n2(n+1)2=2n+1n2(n+1)2\frac{1}{n^{2}}-\frac{1}{(n+1)^{2}}=\frac{(n+1)^{2}-n^{2}}{n^{2}(n+1)^{2}}=\frac{2n+1}{n^{2}(n+1)^{2}}, ce qui est bien l'identité annoncée. La somme télescope donc vers 112=1\frac{1}{1^{2}}=1.

e) 11n2=n21n2=(n1)(n+1)n21-\frac{1}{n^{2}}=\frac{n^{2}-1}{n^{2}}=\frac{(n-1)(n+1)}{n^{2}}, donc ln(11n2)=ln(n1)+ln(n+1)2lnn=[ln(n+1)lnn][lnnln(n1)]\ln\left(1-\frac{1}{n^{2}}\right)=\ln(n-1)+\ln(n+1)-2\ln n=\left[\ln(n+1)-\ln n\right]-\left[\ln n-\ln(n-1)\right]. C'est la différence de deux termes consécutifs de la suite vn=ln(n+1)lnnv_{n}=\ln(n+1)-\ln n, donc la somme de 22 à NN vaut vNv1=lnN+1Nln2ln2v_{N}-v_{1}=\ln\frac{N+1}{N}-\ln 2\to-\ln 2. La somme vaut ln20,693-\ln 2\approx-0{,}693. Noter au passage que tous les termes sont négatifs, ce qui est cohérent.

Partie B : Les pièges (/50)

Exercice 6 : Le piège majeur : un équivalent ne se manipule qu'à signe constant

La comparaison par limite est un théorème sur les séries à TERMES POSITIFS. Cet exercice montre que l'oublier conduit à des conclusions fausses, et que le piège est parfaitement invisible si l'on ne se méfie pas.

  • a) On pose an=(1)nna_{n}=\frac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}} et bn=(1)nn+1nb_{n}=\frac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}}+\frac{1}{n}. Montrez que bnan1\frac{b_{n}}{a_{n}}\to 1, donc que ana_{n} et bnb_{n} sont équivalents.
  • b) Déterminez la nature de an\sum a_{n}, puis celle de bn\sum b_{n}. Que constatez-vous ?
  • c) Expliquez précisément quelle hypothèse du théorème de comparaison par limite est violée.
  • d) Étudiez n2ln(1+(1)nn)\sum_{n\geq 2}\ln\left(1+\frac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}}\right). Le terme est équivalent à (1)nn\frac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}}, dont la série converge : la série converge-t-elle pour autant ?
  • e) Énoncez la méthode correcte à appliquer sur une série à signes variables.
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a) bnan=1+1/n(1)n/n=1+(1)nn1\dfrac{b_{n}}{a_{n}}=1+\dfrac{1/n}{(-1)^{n}/\sqrt{n}}=1+\dfrac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}}\longrightarrow 1. Les deux suites sont donc bien équivalentes au sens usuel.

b) an\sum a_{n} est une série alternée dont la valeur absolue 1n\frac{1}{\sqrt{n}} décroît vers 0 : elle CONVERGE (semi-convergente). En revanche bn=an+1n\sum b_{n}=\sum a_{n}+\sum\frac{1}{n}, somme d'une série convergente et de la série harmonique divergente : elle DIVERGE. Deux séries de termes équivalents ont donc ici des natures OPPOSÉES, ce qui est impossible pour des termes positifs.

c) Le théorème de comparaison par limite exige que les termes soient de signe constant, au moins à partir d'un certain rang. Ici ana_{n} change de signe à chaque indice. L'équivalence bnanb_{n}\sim a_{n} contrôle le rapport, mais pas la DIFFÉRENCE : bnan=1nb_{n}-a_{n}=\frac{1}{n} est négligeable devant ann1/2a_{n}\sim n^{-1/2}, et pourtant sa série diverge. Sur des termes positifs, un tel accident est exclu, car la convergence est alors équivalente à la simple majoration des sommes partielles.

d) Non. Le développement limité donne ln(1+(1)nn)=(1)nn12n+O ⁣(1n3/2)\ln\left(1+\frac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}}\right)=\frac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}}-\frac{1}{2n}+O\!\left(\frac{1}{n^{3/2}}\right). Le premier terme donne une série convergente et le troisième aussi (Riemann d'exposant 32\frac{3}{2}), mais le terme du milieu, 12n-\frac{1}{2n}, engendre une série divergente. La série DIVERGE donc, et ses sommes partielles se comportent comme 12lnN-\frac{1}{2}\ln N. C'est le contre-exemple type : l'équivalent était juste, la conclusion tirée de l'équivalent était fausse.

e) Sur une série à signes variables, on ne raisonne JAMAIS par équivalent. On procède dans cet ordre : d'abord tester la convergence absolue, qui règle le cas si an\sum|a_{n}| converge ; sinon, effectuer un développement limité du terme général à un ordre suffisant pour séparer une partie alternée traitable par Leibniz et un reste de signe constant traitable par Riemann ; conclure sur la SOMME de ces morceaux. C'est exactement la démarche de la question d.

Exercice 7 : Quand l'équivalent est nul : le développement limité à l'ordre supérieur

Quand deux quantités équivalentes se retranchent, l'équivalent du premier ordre disparaît et ne renseigne plus sur rien. Il faut alors pousser le développement limité jusqu'au premier terme non nul.

  • a) Étudiez n1(sin1n1n)\sum_{n\geq 1}\left(\sin\frac{1}{n}-\frac{1}{n}\right). Que donne l'équivalent au premier ordre, et pourquoi ne suffit-il pas ?
  • b) Étudiez n1(1nln(1+1n))\sum_{n\geq 1}\left(\frac{1}{n}-\ln\left(1+\frac{1}{n}\right)\right).
  • c) Étudiez n1(e1/n11n)\sum_{n\geq 1}\left(e^{1/n}-1-\frac{1}{n}\right).
  • d) Étudiez n1((1+1n)ne)\sum_{n\geq 1}\left(\left(1+\frac{1}{n}\right)^{n}-e\right). Le terme tend vers 0 : cela suffit-il ?
  • e) Formulez la règle générale : jusqu'à quel ordre faut-il développer ?
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a) Au premier ordre, sin1n1n\sin\frac{1}{n}\sim\frac{1}{n}, donc la différence est équivalente à 00 : l'information est perdue, un équivalent nul ne dit rien. On pousse le développement : sinu=uu36+O(u5)\sin u=u-\frac{u^{3}}{6}+O(u^{5}) avec u=1nu=\frac{1}{n}, d'où sin1n1n=16n3+O ⁣(1n5)16n3\sin\frac{1}{n}-\frac{1}{n}=-\frac{1}{6n^{3}}+O\!\left(\frac{1}{n^{5}}\right)\sim-\frac{1}{6n^{3}}. Les termes sont de signe constant (négatifs) et comparables à n3n^{-3} : la série CONVERGE absolument. Vérification en n=100n=100 : la différence vaut 1,6667×107-1{,}6667\times 10^{-7}, et 16106-\frac{1}{6\cdot 10^{6}} vaut 1,6667×107-1{,}6667\times 10^{-7}.

b) ln(1+u)=uu22+O(u3)\ln(1+u)=u-\frac{u^{2}}{2}+O(u^{3}), donc 1nln(1+1n)12n2\frac{1}{n}-\ln\left(1+\frac{1}{n}\right)\sim\frac{1}{2n^{2}}. Termes positifs, exposant 2>12>1 : la série CONVERGE. En n=100n=100 la différence vaut 4,967×1054{,}967\times 10^{-5}, proche de 12104=5×105\frac{1}{2\cdot 10^{4}}=5\times 10^{-5}.

c) eu=1+u+u22+O(u3)e^{u}=1+u+\frac{u^{2}}{2}+O(u^{3}), donc e1/n11n12n2e^{1/n}-1-\frac{1}{n}\sim\frac{1}{2n^{2}} : la série CONVERGE, pour la même raison qu'en b. En n=100n=100 : 5,017×1055{,}017\times 10^{-5}.

d) Non, cela ne suffit pas : un terme qui tend vers 0 est nécessaire mais jamais suffisant. On développe : (1+1n)n=exp(nln(1+1n))=exp(112n+O ⁣(1n2))=e(112n+O ⁣(1n2))\left(1+\frac{1}{n}\right)^{n}=\exp\left(n\ln\left(1+\frac{1}{n}\right)\right)=\exp\left(1-\frac{1}{2n}+O\!\left(\frac{1}{n^{2}}\right)\right)=e\left(1-\frac{1}{2n}+O\!\left(\frac{1}{n^{2}}\right)\right), donc le terme vaut e2n+O ⁣(1n2)e2n-\frac{e}{2n}+O\!\left(\frac{1}{n^{2}}\right)\sim-\frac{e}{2n}. Termes de signe constant équivalents à un multiple de 1n\frac{1}{n} : la série DIVERGE. En n=1000n=1000 le terme vaut 1,3579×103-1{,}3579\times 10^{-3} contre e2000=1,3591×103-\frac{e}{2000}=-1{,}3591\times 10^{-3}.

e) Il faut développer jusqu'au PREMIER TERME NON NUL. Celui-ci fournit l'équivalent cherché, et c'est lui seul qui décide de la nature ; tout le reste est négligeable devant lui. Sur une série à signes variables, il faut aller un cran plus loin encore, jusqu'à avoir isolé tous les termes dont la série diverge, comme à l'exercice précédent.

Exercice 8 : Le critère d'Abel : au-delà des séries alternées

La série sinnn\sum\frac{\sin n}{n} n'est pas à termes positifs, et elle n'est pas alternée non plus : les signes de sinn\sin n se succèdent de façon irrégulière. Aucun critère vu jusqu'ici ne s'applique. Le critère d'Abel est fait exactement pour cela.

  • a) Énoncez le critère d'Abel, et montrez que le critère des séries alternées en est un cas particulier.
  • b) En utilisant la somme géométrique complexe k=1neik\sum_{k=1}^{n}e^{ik}, montrez que les sommes partielles k=1nsink\sum_{k=1}^{n}\sin k sont bornées. Donnez une borne explicite.
  • c) Déduisez-en que n1sinnn\sum_{n\geq 1}\frac{\sin n}{n} converge.
  • d) Cette série est-elle absolument convergente ? Utilisez sinnsin2n=1cos2n2|\sin n|\geq\sin^{2}n=\frac{1-\cos 2n}{2}.
  • e) Le critère d'Abel s'applique-t-il à sinnn\sum\frac{\sin n}{\sqrt{n}} ? Et à sinn\sum\sin n ?
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a) Critère d'Abel : si (an)(a_{n}) est une suite positive DÉCROISSANTE tendant vers 0, et si les sommes partielles Bn=k=1nbkB_{n}=\sum_{k=1}^{n}b_{k} sont BORNÉES, alors anbn\sum a_{n}b_{n} converge. Cas particulier : avec bn=(1)nb_{n}=(-1)^{n}, les sommes partielles valent alternativement 1-1 et 00, donc elles sont bornées par 1 ; on retrouve exactement le critère des séries alternées. Leibniz n'est donc qu'un Abel où la partie oscillante est la plus simple possible.

b) La somme géométrique de raison ei1e^{i}\neq 1 vaut k=1neik=eiein1ei1\sum_{k=1}^{n}e^{ik}=e^{i}\,\frac{e^{in}-1}{e^{i}-1}, dont le module est majoré par ein1ei12ei1=22sin12=1sin122,086\dfrac{|e^{in}-1|}{|e^{i}-1|}\leq\dfrac{2}{|e^{i}-1|}=\dfrac{2}{2\left|\sin\frac{1}{2}\right|}=\dfrac{1}{\left|\sin\frac{1}{2}\right|}\approx 2{,}086. Comme k=1nsink\sum_{k=1}^{n}\sin k est la partie imaginaire de cette somme, elle est bornée par la même constante. (Numériquement, le maximum observé jusqu'à n=3000n=3000 vaut environ 1,958 : la borne est correcte et assez serrée.)

c) On applique Abel avec an=1na_{n}=\frac{1}{n}, positive, décroissante et de limite nulle, et bn=sinnb_{n}=\sin n, dont les sommes partielles sont bornées d'après b. Le critère donne la CONVERGENCE de sinnn\sum\frac{\sin n}{n}. Sa somme vaut d'ailleurs π121,0708\frac{\pi-1}{2}\approx 1{,}0708.

d) Non. On a sinnsin2n=1cos2n2|\sin n|\geq\sin^{2}n=\frac{1-\cos 2n}{2}, donc sinnn121n12cos2nn\frac{|\sin n|}{n}\geq\frac{1}{2}\cdot\frac{1}{n}-\frac{1}{2}\cdot\frac{\cos 2n}{n}. La série cos2nn\sum\frac{\cos 2n}{n} converge par le même argument d'Abel, tandis que 1n\sum\frac{1}{n} diverge. La minoration est donc la différence d'une série divergente et d'une série convergente : elle diverge, et par comparaison sinnn\sum\frac{|\sin n|}{n} DIVERGE. La série est SEMI-CONVERGENTE.

e) Pour sinnn\sum\frac{\sin n}{\sqrt{n}} : oui, 1n\frac{1}{\sqrt{n}} décroît encore vers 0 et la partie oscillante est inchangée, donc la série converge (toujours semi-convergente). Pour sinn\sum\sin n : non, car il n'y a plus de facteur décroissant, an=1a_{n}=1 ne tend pas vers 0. Et de fait la série diverge, puisque son terme général sinn\sin n ne tend pas vers 0.

Exercice 9 : Le produit de Cauchy et la condition qui le rend légitime

Multiplier deux séries terme à terme n'a aucun sens. Le bon produit est le produit de Cauchy, cn=k=0nakbnkc_{n}=\sum_{k=0}^{n}a_{k}b_{n-k}, qui rassemble tous les produits dont les indices ont la même somme, exactement comme pour les polynômes.

  • a) Écrivez c0c_{0}, c1c_{1} et c2c_{2} en fonction des aka_{k} et bkb_{k}.
  • b) Énoncez le théorème : sous quelle hypothèse a-t-on cn=(an)(bn)\sum c_{n}=\left(\sum a_{n}\right)\left(\sum b_{n}\right) ?
  • c) Appliquez-le aux séries exponentielles an=xnn!a_{n}=\frac{x^{n}}{n!} et bn=ynn!b_{n}=\frac{y^{n}}{n!}, et retrouvez l'identité exey=ex+ye^{x}e^{y}=e^{x+y}.
  • d) On prend an=bn=(1)nn+1a_{n}=b_{n}=\frac{(-1)^{n}}{\sqrt{n+1}}, séries semi-convergentes. Minorez cn\left|c_{n}\right| et montrez que le produit de Cauchy DIVERGE.
  • e) Que conclure sur la nécessité de l'hypothèse du théorème ?
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a) c0=a0b0c_{0}=a_{0}b_{0} ; c1=a0b1+a1b0c_{1}=a_{0}b_{1}+a_{1}b_{0} ; c2=a0b2+a1b1+a2b0c_{2}=a_{0}b_{2}+a_{1}b_{1}+a_{2}b_{0}. On reconnaît la règle de multiplication des polynômes, où le coefficient de xnx^{n} rassemble tous les produits d'indices de somme nn.

b) Si an\sum a_{n} et bn\sum b_{n} convergent ABSOLUMENT, alors cn\sum c_{n} converge absolument et sa somme est le produit des deux sommes. (Le théorème de Mertens affaiblit l'hypothèse : il suffit qu'une des deux converge absolument et l'autre simplement.)

c) Les deux séries exponentielles convergent absolument pour tous xx et yy, l'hypothèse est donc satisfaite. On calcule cn=k=0nxkk!ynk(nk)!=1n!k=0n(nk)xkynk=(x+y)nn!c_{n}=\sum_{k=0}^{n}\frac{x^{k}}{k!}\cdot\frac{y^{n-k}}{(n-k)!}=\frac{1}{n!}\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}x^{k}y^{n-k}=\frac{(x+y)^{n}}{n!} par la formule du binôme. En sommant : exey=(x+y)nn!=ex+ye^{x}e^{y}=\sum\frac{(x+y)^{n}}{n!}=e^{x+y}. Vérification numérique avec x=0,7x=0{,}7 et y=0,4y=0{,}4 : les deux membres valent 3,0041660239.

d) Ces séries convergent (alternées) mais pas absolument, puisque 1n+1\sum\frac{1}{\sqrt{n+1}} est une série de Riemann d'exposant 12\frac{1}{2}. Tous les produits akanka_{k}a_{n-k} ont le même signe (1)n(-1)^{n}, donc aucune compensation n'a lieu et cn=k=0n1(k+1)(nk+1)\left|c_{n}\right|=\sum_{k=0}^{n}\frac{1}{\sqrt{(k+1)(n-k+1)}}. Or (k+1)(nk+1)(n2+1)2(k+1)(n-k+1)\leq\left(\frac{n}{2}+1\right)^{2} par l'inégalité entre moyennes, donc chaque terme est minoré par 1n2+1\frac{1}{\frac{n}{2}+1} et cnn+1n2+12\left|c_{n}\right|\geq\frac{n+1}{\frac{n}{2}+1}\to 2. Le terme général ne tend pas vers 0 : le produit de Cauchy DIVERGE. Numériquement c2002,94\left|c_{200}\right|\approx 2{,}94 et c8003,04\left|c_{800}\right|\approx 3{,}04.

e) L'hypothèse de convergence absolue n'est pas une précaution de confort : elle est indispensable. Deux séries parfaitement convergentes peuvent avoir un produit de Cauchy divergent, donc l'égalité cn=(an)(bn)\sum c_{n}=\left(\sum a_{n}\right)\left(\sum b_{n}\right) n'a même pas de sens dans ce cas. C'est le même phénomène que pour le réarrangement : sans convergence absolue, les manipulations valables sur les sommes finies cessent d'être licites.

Exercice 10 : Problème de synthèse : l'arbre de décision complet

Pour chacune des huit séries, indiquez d'abord LE critère que vous choisissez et pourquoi, avant tout calcul, puis concluez. C'est la démarche complète du chapitre, et c'est exactement la question qui tombe en fin d'examen.

  • a) n1n!3nnn\sum_{n\geq 1}\dfrac{n!\,3^{n}}{n^{n}}    b) n21n(lnn)2\sum_{n\geq 2}\dfrac{1}{n(\ln n)^{2}}    c) n1cosnn2\sum_{n\geq 1}\dfrac{\cos n}{n^{2}}
  • d) n1(n+1n)\sum_{n\geq 1}\left(\sqrt{n+1}-\sqrt{n}\right)    e) n1(1)nn+n\sum_{n\geq 1}\dfrac{(-1)^{n}}{n+\sqrt{n}}
  • f) n1(nn+1)n2\sum_{n\geq 1}\left(\dfrac{n}{n+1}\right)^{n^{2}}    g) n11n1+1/n\sum_{n\geq 1}\dfrac{1}{n^{1+1/n}}    h) n1sinnn\sum_{n\geq 1}\dfrac{\sin n}{n}
  • i) Résumez en cinq lignes l'arbre de décision que vous venez d'appliquer.
Voir la correction

a) Factorielle et puissance nn-ième : d'Alembert. Le rapport tend vers 3e1,104>1\frac{3}{e}\approx 1{,}104>1 : DIVERGE.

b) Fraction avec logarithme au dénominateur : test de l'intégrale, ou condensation. Avec u=lnxu=\ln x, l'intégrale devient duu2\int\frac{du}{u^{2}}, convergente : CONVERGE. (La condensation donne 1n2(ln2)2\sum\frac{1}{n^{2}(\ln 2)^{2}}, même conclusion.)

c) Numérateur borné sans équivalent : majoration directe. cosnn21n2\left|\frac{\cos n}{n^{2}}\right|\leq\frac{1}{n^{2}}, série convergente : ABSOLUMENT CONVERGENTE.

d) Différence de deux quantités équivalentes : on rationalise plutôt que de développer. n+1n=1n+1+n12n\sqrt{n+1}-\sqrt{n}=\frac{1}{\sqrt{n+1}+\sqrt{n}}\sim\frac{1}{2\sqrt{n}}, série de Riemann d'exposant 12\frac{1}{2} : DIVERGE. (On peut aussi voir que la somme partielle télescope en N+11+\sqrt{N+1}-1\to+\infty.)

e) Série alternée : critère de Leibniz. 1n+n\frac{1}{n+\sqrt{n}} décroît vers 0, donc la série CONVERGE ; mais 1n+n1n\frac{1}{n+\sqrt{n}}\sim\frac{1}{n}, donc pas absolument : SEMI-CONVERGENTE.

f) Puissance nn-ième en bloc : critère de Cauchy. ann=(nn+1)n=1(1+1n)n1e<1\sqrt[n]{a_{n}}=\left(\frac{n}{n+1}\right)^{n}=\frac{1}{\left(1+\frac{1}{n}\right)^{n}}\to\frac{1}{e}<1 : CONVERGE.

g) Piège : l'exposant tend vers 1, on pourrait croire à la série harmonique. On écrit n1+1/n=nn1/nn^{1+1/n}=n\cdot n^{1/n} et n1/n=elnnn1n^{1/n}=e^{\frac{\ln n}{n}}\to 1. Donc an1na_{n}\sim\frac{1}{n} et, par comparaison par limite sur des termes positifs, la série DIVERGE. L'exposant supplémentaire 1n\frac{1}{n} est trop faible pour faire basculer quoi que ce soit.

h) Signes irréguliers, ni positifs ni alternés : critère d'Abel. 1n\frac{1}{n} décroît vers 0 et les sommes partielles de sinn\sin n sont bornées : CONVERGE, et seulement semi-convergente.

i) L'arbre. Premièrement, le terme général tend-il vers 0 ? Sinon, divergence, terminé. Deuxièmement, les termes sont-ils de signe constant ? Si oui : chercher un équivalent et conclure par Riemann ou par comparaison ; en présence de factorielles ou de knk^{n}, prendre d'Alembert ; en présence d'une puissance nn-ième en bloc, prendre Cauchy ; si le rapport donne 1, essayer Raabe-Duhamel, l'intégrale ou la condensation. Troisièmement, si le signe varie : tester d'abord la convergence absolue ; sinon appliquer Leibniz si la série est alternée, Abel si la partie oscillante a des sommes partielles bornées, et sinon développer le terme général jusqu'à séparer une partie convergente et une partie de signe constant. Quatrièmement, ne jamais raisonner par équivalent hors du cas du signe constant. Cinquièmement, si une somme exacte est demandée, chercher un télescopage, une géométrique ou une série connue.

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