Calcul intégral 201-NYB • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal

Fiche de révision : les critères avancés de convergence (201-NYB)

Quand le terme général tend vers zéro, que d'Alembert renvoie 11 et qu'aucun équivalent simple ne se dégage, il reste quatre outils : la condensation, le critère de la racine, la règle de Raabe-Duhamel et le critère d'Abel. Chacun répond à une situation précise, et savoir laquelle est l'essentiel du travail.

Cette fiche donne les quatre critères avec leurs hypothèses exactes, et surtout le piège commun à tous : les équivalents et les comparaisons ne valent qu'à signe constant, ce que les énoncés d'examen exploitent systématiquement.

Le fil du chapitre

Un équivalent ne se manipule qu'à SIGNE CONSTANT. Dès que les termes changent de signe, deux suites équivalentes peuvent donner des séries de natures différentes, et c'est l'erreur qui départage les copies à l'examen final.

Ce chapitre fait partie de Calcul intégral, 201-NYB

Avant ce chapitre

Cette fiche suppose ces notions acquises. Si une méthode ci-dessous reste opaque, c'est presque toujours l'une d'elles qui manque, pas la fiche.

Remonter plus loin : la chaîne complète (5 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1Les fonctions définies par partiesSecondaire 5 SN5
  2. 2Fonctions et domaineCalcul différentiel (201-NYA)
  3. 3Limites et continuitéCalcul différentiel (201-NYA)
  4. 4Les suites numériques
  5. 5Séries numériques

L'essentiel

Les quatre critères, avec leurs hypothèses exactes

  • CONDENSATION : si (an)(a_{n}) est POSITIVE et DÉCROISSANTE, alors an\sum a_{n} et 2na2n\sum 2^{n}a_{2^{n}} sont de MÊME NATURE. Les deux hypothèses sont indispensables.
  • RACINE : si annL\sqrt[n]{\left|a_{n}\right|}\to L, la série converge si L<1L<1 et diverge si L>1L>1. Elle conclut chaque fois que d'Alembert conclut, et parfois davantage.
  • RAABE-DUHAMEL : si an+1an=1αn+o ⁣(1n)\dfrac{a_{n+1}}{a_{n}}=1-\dfrac{\alpha}{n}+o\!\left(\dfrac{1}{n}\right) avec an>0a_{n}>0, la série converge si α>1\alpha>1 et diverge si α<1\alpha<1.
  • ABEL : si (an)(a_{n}) décroît vers 00 et si les sommes partielles de (bn)(b_{n}) sont BORNÉES, alors anbn\sum a_{n}b_{n} converge. Le critère des séries alternées en est le cas bn=(1)nb_{n}=(-1)^{n}.
  • PRODUIT DE CAUCHY : cn=k=0nakbnkc_{n}=\displaystyle\sum_{k=0}^{n}a_{k}b_{n-k}. Il converge vers le produit des sommes uniquement si les deux séries convergent ABSOLUMENT.

Raabe-Duhamel prend le relais exactement là où d'Alembert échoue : quand le rapport tend vers 11, elle regarde à quelle VITESSE il y tend, et c'est le coefficient α\alpha de ce développement qui décide.

La condensation, et la famille de Bertrand

  • La condensation transforme une série lente en une série géométrique ou de Riemann : elle est faite pour les termes qui contiennent des logarithmes.
  • Riemann en une ligne : pour an=1npa_{n}=\dfrac{1}{n^{p}}, on obtient 2na2n=(21p)n2^{n}a_{2^{n}}=\left(2^{1-p}\right)^{n}, série géométrique convergente si et seulement si p>1p>1.
  • BERTRAND : pour an=1n(lnn)pa_{n}=\dfrac{1}{n(\ln n)^{p}}, on obtient 2na2n=1(nln2)p2^{n}a_{2^{n}}=\dfrac{1}{(n\ln 2)^{p}}, donc convergence si et seulement si p>1p>1.
  • En particulier 1nlnn\displaystyle\sum\frac{1}{n\ln n} DIVERGE, alors que ses termes sont plus petits que ceux de la série harmonique.
  • Être plus petit qu'une série divergente ne prouve rien : seule une majoration par une série CONVERGENTE conclut.
246810121416-0.2-0.10.10.20.30.40.50.60.70.80.911.11.21/nblocs de 1, 2, 4, 8 termeschaque bloc pèse au moins 1/2donc la somme diverge
Regroupés par puissances de deux, les termes de la série harmonique forment des blocs qui pèsent chacun au moins 12\dfrac{1}{2} : la somme croît donc sans limite. C'est exactement l'idée que la condensation généralise.

La condensation exige la décroissance : elle ne s'applique donc jamais telle quelle à une suite qui oscille, ni à une suite dont les premiers termes montent avant de descendre, sauf à décaler le point de départ.

Le piège du signe, et le télescopage

  • Les équivalents, la comparaison par limite et le critère de comparaison exigent tous un SIGNE CONSTANT, au moins à partir d'un certain rang.
  • Contre-exemple à connaître : an=(1)nna_{n}=\dfrac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}} et bn=an+1nb_{n}=a_{n}+\dfrac{1}{n} sont équivalents, mais an\sum a_{n} converge et bn\sum b_{n} diverge.
  • Devant des signes variables, on n'a que trois voies : la convergence ABSOLUE, le critère de LEIBNIZ, ou le critère d'ABEL.
  • TÉLESCOPAGE : si an=unun+1a_{n}=u_{n}-u_{n+1}, alors n=1Nan=u1uN+1\displaystyle\sum_{n=1}^{N}a_{n}=u_{1}-u_{N+1}. La somme est exacte, pas seulement la nature.
  • Il ne reste que DEUX termes de bord : le premier gardé et le premier omis. Les oublier fausse la somme, jamais la nature.

Le télescopage est le seul outil du chapitre qui donne la SOMME et pas seulement la nature. Il se repère à une décomposition en éléments simples dont les deux morceaux ne diffèrent que d'un décalage d'indice.

Les pièges qui coûtent des points

Les erreurs ci-dessous sont celles que je corrige le plus souvent en séance. Chacune coûte des points sur une copie, même quand le raisonnement est juste.

1. Manipuler un équivalent sur une série à signes variables

toute la question, 6 points

Ce qu'il ne faut pas écrire

« (1)nn+1n\dfrac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}}+\dfrac{1}{n} est équivalent à (1)nn\dfrac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}}, dont la série converge : donc la série converge. »

Ce qu'il faut écrire

« L'équivalence n'autorise aucune conclusion à signe variable. Ici la première série converge et la seconde DIVERGE, puisque leur différence est la série harmonique. »

Pourquoi : Deux suites équivalentes ont une différence négligeable devant chacune d'elles, mais la SÉRIE de cette différence peut parfaitement diverger. C'est impossible à signe constant, et courant sinon.

2. Croire qu'une série à termes plus petits qu'une série divergente converge

toute la question, 5 points

Ce qu'il ne faut pas écrire

« 1nlnn<1n\dfrac{1}{n\ln n}<\dfrac{1}{n}, donc la série converge. »

Ce qu'il faut écrire

« Majorer par une série DIVERGENTE ne prouve rien. La condensation montre que 1nlnn\displaystyle\sum\frac{1}{n\ln n} diverge elle aussi. »

510152025300.050.10.150.20.250.30.351 / n1 / (n ln n)plus petite, et pourtant divergenteles deux divergent
La courbe du bas reste toujours sous celle de 1n\dfrac{1}{n}, et pourtant sa série diverge aussi : être plus petit qu'une série divergente n'apprend rien du tout.

Pourquoi : Le théorème de comparaison ne fonctionne que dans un sens : plus petit qu'une CONVERGENTE donne la convergence, plus grand qu'une DIVERGENTE donne la divergence. Les deux autres combinaisons ne disent rien.

3. Appliquer la condensation sans vérifier la décroissance

toute la question, 5 points

Ce qu'il ne faut pas écrire

« J'applique la condensation à an=2+(1)nna_{n}=\dfrac{2+(-1)^{n}}{n}. »

Ce qu'il faut écrire

« Cette suite n'est pas DÉCROISSANTE : elle oscille entre 1n\dfrac{1}{n} et 3n\dfrac{3}{n}. La condensation ne s'applique pas; ici un encadrement direct par 1n\dfrac{1}{n} et 3n\dfrac{3}{n} suffit à conclure à la divergence. »

Pourquoi : La condensation repose sur un encadrement de chaque bloc par son premier et son dernier terme, ce qui exige la monotonie. Sans elle, l'encadrement s'effondre et le théorème est faux.

4. Invoquer Raabe-Duhamel quand le rapport ne tend pas vers un

aucun point perdu, mais un développement inutile de dix minutes

Ce qu'il ne faut pas écrire

« Le rapport tend vers 14\dfrac{1}{4}, j'applique Raabe pour avoir plus de précision. »

Ce qu'il faut écrire

« Raabe ne sert QUE dans le cas indécis de d'Alembert, c'est-à-dire quand le rapport tend vers 11. Ici 14<1\dfrac{1}{4}<1 : d'Alembert conclut déjà, et Raabe n'a pas de sens. »

Pourquoi : Raabe examine la VITESSE à laquelle le rapport approche 11. Si le rapport tend vers autre chose, ce développement n'existe pas et l'écriture 1αn1-\dfrac{\alpha}{n} n'a aucun sens.

5. Se tromper de sens dans le critère de Raabe

toute la question, 5 points, avec la conclusion inversée

Ce qu'il ne faut pas écrire

« an+1an=112n+o ⁣(1n)\dfrac{a_{n+1}}{a_{n}}=1-\dfrac{1}{2n}+o\!\left(\dfrac{1}{n}\right), donc α=12\alpha=\dfrac{1}{2} et la série converge. »

Ce qu'il faut écrire

« α=12<1\alpha=\dfrac{1}{2}<1 : la série DIVERGE. Il faut α>1\alpha>1 pour converger, exactement comme l'exposant de Riemann. »

Pourquoi : Le seuil de Raabe est le même que celui de Riemann, et pour la même raison : le développement du rapport encode l'exposant pp d'une comparaison avec 1nα\dfrac{1}{n^{\alpha}}.

6. Oublier la condition sur les sommes partielles dans le critère d'Abel

toute la question, 5 points

Ce qu'il ne faut pas écrire

« 1n\dfrac{1}{n} décroît vers 00, donc bnn\displaystyle\sum\frac{b_{n}}{n} converge quelle que soit la suite (bn)(b_{n}). »

Ce qu'il faut écrire

« Il faut en plus que les SOMMES PARTIELLES de (bn)(b_{n}) soient BORNÉES. Avec bn=1b_{n}=1 pour tout nn, elles valent nn et ne sont pas bornées : on retrouve la série harmonique, qui diverge. »

Pourquoi : C'est cette condition qui fait tout le travail : elle interdit à (bn)(b_{n}) de s'accumuler dans une même direction. Pour bn=(1)nb_{n}=(-1)^{n} ou bn=sinnb_{n}=\sin n, les sommes partielles restent bornées et le critère s'applique.

7. Former un produit de Cauchy sans convergence absolue

3 points sur la question de raisonnement

Ce qu'il ne faut pas écrire

« Les deux séries convergent, donc leur produit de Cauchy converge vers le produit des sommes. »

Ce qu'il faut écrire

« Il faut la convergence ABSOLUE d'au moins l'une des deux. Avec deux séries seulement semi-convergentes, le produit de Cauchy peut diverger, et l'exemple classique est (1)nn\displaystyle\sum\frac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}} multipliée par elle-même. »

Pourquoi : Le produit réarrange une infinité de termes, ce qui n'est licite que sous convergence absolue. Une série semi-convergente peut au contraire être réordonnée pour converger vers n'importe quel réel.

8. Oublier les termes de bord d'un télescopage

toute la question, 4 points

Ce qu'il ne faut pas écrire

« n=1N(1n1n+1)=0\displaystyle\sum_{n=1}^{N}\left(\frac{1}{n}-\frac{1}{n+1}\right)=0, tout se simplifie. »

Ce qu'il faut écrire

« Il reste DEUX termes : n=1N(1n1n+1)=11N+1\displaystyle\sum_{n=1}^{N}\left(\frac{1}{n}-\frac{1}{n+1}\right)=1-\frac{1}{N+1}, qui tend vers 11. »

12345678910110.10.20.30.40.50.60.70.80.911.11.2somme partielle = 1 - 1/(N+1)limite 1il reste deux termes de bord
Toute la somme se réduit à DEUX nombres : le premier terme et celui qu'on abandonne au rang N+1N+1. Les sommes partielles montent donc vers 11 sans jamais l'atteindre.

Pourquoi : Le télescopage annule tous les termes SAUF le premier gardé et le dernier omis. Une somme nulle pour une série à termes strictement positifs est d'ailleurs absurde.

9. Croire que d'Alembert et le critère de la racine sont interchangeables

toute la question, 5 points

Ce qu'il ne faut pas écrire

« Le rapport an+1an\dfrac{a_{n+1}}{a_{n}} n'a pas de limite, donc on ne peut rien conclure. »

Ce qu'il faut écrire

« Le critère de la RACINE peut conclure là où d'Alembert échoue. Avec an=(2+(1)n)n4na_{n}=\dfrac{\left(2+(-1)^{n}\right)^{n}}{4^{n}}, le rapport oscille entre 00 et l'infini, mais ann\sqrt[n]{a_{n}} vaut 34\dfrac{3}{4} ou 14\dfrac{1}{4}, donc la série converge. »

Pourquoi : Quand le rapport a une limite, la racine a la même : le critère de la racine est donc au moins aussi puissant. Il est strictement plus fort dès que le terme général oscille entre deux régimes.

10. Utiliser le critère de comparaison dans le mauvais sens

toute la question, 5 points

Ce qu'il ne faut pas écrire

« anbna_{n}\ge b_{n} et bn\sum b_{n} converge, donc an\sum a_{n} converge. »

Ce qu'il faut écrire

« La comparaison ne conclut que dans un sens : plus PETIT qu'une convergente donne la convergence, plus GRAND qu'une divergente donne la divergence. »

Pourquoi : Une série plus grande qu'une série convergente peut parfaitement diverger. Le sens de l'inégalité et la nature de la série de référence doivent se répondre, sans quoi le théorème ne s'applique pas.

11. Utiliser un équivalent nul

toute la question, 5 points

Ce qu'il ne faut pas écrire

« 1nsin1n\dfrac{1}{n}-\sin\dfrac{1}{n} est équivalent à 00, donc la série converge trivialement. »

Ce qu'il faut écrire

« Aucune suite non nulle n'est équivalente à 00. Il faut le développement d'ordre supérieur : sinu=uu36+\sin u=u-\dfrac{u^{3}}{6}+\ldots, donc la différence vaut 16n3\dfrac{1}{6n^{3}}, et la série converge par Riemann avec p=3p=3. »

Pourquoi : Écrire qu'une quantité est équivalente à zéro n'a aucun sens, la définition de l'équivalence passant par un quotient. C'est le signal qu'il faut aller un cran plus loin dans le développement.

Quelle méthode choisir

Quel critère avancé, et quand

Ce qui a échoué avant, et la forme du terme général

  • Si le terme contient un LOGARITHME et la suite est positive décroissante CONDENSATION : an\sum a_{n} et 2na2n\sum 2^{n}a_{2^{n}} ont même nature

    Exemple : 1n(lnn)p\displaystyle\sum\frac{1}{n(\ln n)^{p}} converge si et seulement si p>1p>1

  • Si le terme général est une PUISSANCE nn-ième, ou oscille entre deux régimes critère de la RACINE, plus puissant que d'Alembert

    Exemple : an=(2+(1)n)n4na_{n}=\dfrac{\left(2+(-1)^{n}\right)^{n}}{4^{n}}

  • Si d'Alembert donne exactement 11 et le terme contient des factorielles RAABE-DUHAMEL : développer le rapport en 1αn1-\dfrac{\alpha}{n} et comparer α\alpha à 11

    Exemple : an+1an=2n+12n+2\dfrac{a_{n+1}}{a_{n}}=\dfrac{2n+1}{2n+2} donne α=12\alpha=\dfrac{1}{2}, donc divergence

  • Si le terme est un PRODUIT d'une suite décroissante par une suite oscillante ABEL, après avoir vérifié que les sommes partielles de la seconde sont bornées

    Exemple : sinnn\displaystyle\sum\frac{\sin n}{n} converge

  • Si le terme se décompose en éléments simples décalés d'un indice TÉLESCOPAGE, qui donne la somme exacte et pas seulement la nature

    Exemple : 1n(n+1)=1\displaystyle\sum\frac{1}{n(n+1)}=1

  • Si les signes varient sans alternance régulière convergence ABSOLUE ou critère d'Abel, jamais un équivalent

    c'est exactement le cas où la comparaison par limite est illégitime

Ces critères ne remplacent pas les quatre du cours : ils viennent après. La bonne stratégie est de toujours essayer un équivalent et Riemann d'abord, et de ne sortir ces outils que lorsqu'ils échouent.

Ce qu'un critère exige avant d'être appliqué

Les hypothèses à vérifier explicitement, sous peine de perdre le point de rigueur

  • Si on utilise un ÉQUIVALENT ou une comparaison par limite vérifier le SIGNE CONSTANT à partir d'un certain rang

    Exemple : interdit sur (1)nn+1n\dfrac{(-1)^{n}}{\sqrt{n}}+\dfrac{1}{n}

  • Si on utilise la CONDENSATION vérifier la POSITIVITÉ et la DÉCROISSANCE

    Exemple : interdit sur une suite qui oscille entre 1n\dfrac{1}{n} et 3n\dfrac{3}{n}

  • Si on utilise RAABE vérifier que les termes sont positifs ET que le rapport tend vers 11

    Exemple : inutile si le rapport tend vers 14\dfrac{1}{4}

  • Si on utilise ABEL vérifier la décroissance vers 00 de la première suite ET le caractère borné des sommes partielles de la seconde

    Exemple : k=1nsink\left|\displaystyle\sum_{k=1}^{n}\sin k\right| est bornée

  • Si on forme un PRODUIT DE CAUCHY vérifier la convergence ABSOLUE d'au moins l'une des deux séries

    sans elle, le réarrangement d'une infinité de termes n'est pas licite

Chaque hypothèse non vérifiée coûte un point de rigueur, et parfois toute la question quand elle est réellement violée. Les écrire prend trois lignes et rapporte davantage que le calcul lui-même.

La rédaction attendue

Le correcteur coche des étapes. Les voici dans l'ordre, avec la phrase de conclusion qu'il attend mot pour mot.

Traiter une famille par condensation

Quand l'utiliser : Le terme général contient un logarithme et dépend d'un paramètre, et l'énoncé demande une discussion selon ce paramètre.

  1. 1 Vérifier que la suite est POSITIVE et DÉCROISSANTE à partir d'un certain rang, en le justifiant par une étude de fonction.
  2. 2 Écrire le terme condensé 2na2n2^{n}a_{2^{n}} en substituant nn par 2n2^{n}, et simplifier complètement.
  3. 3 Reconnaître la série obtenue : géométrique, de Riemann, ou à nouveau à condenser.
  4. 4 Conclure sur sa nature, puis transférer la conclusion à la série de départ grâce au théorème de condensation.
  5. 5 Discuter selon le paramètre, en donnant explicitement la valeur critique.

Phrase de conclusion

« La suite 1n(lnn)p\dfrac{1}{n(\ln n)^{p}} est positive et décroissante pour n3n\ge 3; le terme condensé vaut 2n2n(nln2)p=1(ln2)p1np\dfrac{2^{n}}{2^{n}(n\ln 2)^{p}}=\dfrac{1}{(\ln 2)^{p}}\cdot\dfrac{1}{n^{p}}, série de Riemann convergente si et seulement si p>1p>1 : il en va donc de même pour la série de départ. »

Le piège : Substituer 2n2^{n} dans ana_{n} sans multiplier par 2n2^{n}. Le théorème porte sur 2na2n2^{n}a_{2^{n}}, et c'est ce facteur qui compense la raréfaction des indices.

Barème : Typiquement 2 points pour les hypothèses vérifiées, 3 pour le terme condensé simplifié, 2 pour la reconnaissance de la série, 1 pour le transfert et la discussion.

Justifier qu'un équivalent est légitime

Quand l'utiliser : On veut remplacer le terme général par un équivalent pour conclure par comparaison.

  1. 1 Déterminer le SIGNE du terme général, et le rang à partir duquel il est constant.
  2. 2 Si le signe varie, ne pas utiliser d'équivalent : passer à la convergence absolue, à Leibniz ou à Abel, et le dire.
  3. 3 Si le signe est constant, écrire l'équivalent en précisant le voisinage considéré, ici n+n\to+\infty.
  4. 4 Vérifier que le quotient tend vers une limite FINIE et NON NULLE, puis énoncer la comparaison par limite.
  5. 5 Conclure par Riemann ou par la série géométrique, selon la forme obtenue.

Phrase de conclusion

« Le terme général est positif à partir de n=2n=2, ce qui autorise la comparaison; il est équivalent à 12n2\dfrac{1}{2n^{2}}, dont la série converge par Riemann avec p=2p=2 : la série converge. »

Le piège : Écrire « équivalent à 00 » quand le premier ordre s'annule. Aucune suite non nulle n'est équivalente à zéro : c'est le signal qu'il faut un développement d'un ordre de plus.

Vérifier avant de rendre

Cinq minutes de vérification récupèrent plus de points qu'un exercice de plus commencé à la hâte.

L'exercice type décortiqué

La famille de Bertrand, traitée par condensation

Discuter, selon le réel pp, la nature de la série n21n(lnn)p\displaystyle\sum_{n\ge 2}\frac{1}{n(\ln n)^{p}}.

On traitera en particulier le cas p=1p=1, et l'on expliquera pourquoi la comparaison avec la série harmonique ne permet pas de conclure.

Étape 1

Terme général : an=1n(lnn)pa_{n}=\dfrac{1}{n(\ln n)^{p}}, défini et strictement POSITIF pour n2n\ge 2. Il tend vers 00, donc le test du terme général ne conclut pas.

Pourquoi

La positivité est la première hypothèse de la condensation et elle conditionne aussi toute comparaison. La mentionner en une ligne est attendu par le barème.

Étape 2

Décroissance : la fonction xx(lnx)px\mapsto x(\ln x)^{p} est croissante pour x3x\ge 3 dès que p0p\ge 0, donc ana_{n} décroît. Pour p<0p<0, la série majore l'harmonique et diverge d'emblée.

Pourquoi

On sépare le cas trivial p<0p<0 tout de suite : le logarithme y passe au numérateur et la série est alors plus grande que l'harmonique, donc divergente sans autre travail.

Étape 3

Condensation : 2na2n=2n12n(ln2n)p=1(nln2)p=1(ln2)p1np2^{n}a_{2^{n}}=2^{n}\cdot\dfrac{1}{2^{n}\left(\ln 2^{n}\right)^{p}}=\dfrac{1}{\left(n\ln 2\right)^{p}}=\dfrac{1}{(\ln 2)^{p}}\cdot\dfrac{1}{n^{p}}.

Pourquoi

Le facteur 2n2^{n} du théorème annule exactement le 2n2^{n} du dénominateur : c'est cette simplification qui rend la condensation si efficace sur les termes en 1n\dfrac{1}{n}.

Étape 4

La série condensée est, à la constante 1(ln2)p\dfrac{1}{(\ln 2)^{p}} près, la série de Riemann 1np\displaystyle\sum\frac{1}{n^{p}} : elle converge si et seulement si p>1p>1.

Pourquoi

Une constante multiplicative non nulle ne change jamais la nature d'une série. On peut donc l'écarter d'un mot et se ramener à un cas parfaitement connu.

Étape 5

Par le théorème de condensation, la série de départ a la MÊME nature : elle converge si et seulement si p>1p>1.

Pourquoi

Le transfert est immédiat une fois les deux hypothèses vérifiées. C'est tout l'intérêt du théorème : il ramène une famille difficile à une famille de référence.

Étape 6

Cas p=1p=1 : la série 1nlnn\displaystyle\sum\frac{1}{n\ln n} DIVERGE, puisque la série condensée est alors 1ln21n\dfrac{1}{\ln 2}\displaystyle\sum\frac{1}{n}, harmonique.

Pourquoi

C'est le résultat que l'énoncé vise. Il est contre-intuitif, car les termes sont nettement plus petits que ceux de l'harmonique, et pourtant la somme croît encore sans limite.

Étape 7

Pourquoi la comparaison échoue : 1nlnn<1n\dfrac{1}{n\ln n}<\dfrac{1}{n}, mais être plus PETIT qu'une série DIVERGENTE ne permet aucune conclusion. Le théorème de comparaison ne fonctionne que dans l'autre sens.

Pourquoi

C'est la réponse à la seconde question, et elle vaut autant de points que le calcul. Le sens de l'inégalité et la nature de la référence doivent se répondre.

Étape 8

Vérification numérique : la somme des vingt mille premiers termes pour p=1p=1 vaut environ 2,952{,}95, et elle continue de croître comme lnlnn\ln\ln n, donc sans limite, mais si lentement qu'aucun calcul fini ne le montre.

Pourquoi

Le contrôle numérique illustre la difficulté du chapitre : une série peut diverger si lentement qu'aucune somme partielle ne le révèle. Seule la démonstration tranche.

Conclusion rédigée

« La série de Bertrand n21n(lnn)p\displaystyle\sum_{n\ge 2}\frac{1}{n(\ln n)^{p}} converge si et seulement si p>1p>1. En particulier, pour p=1p=1, elle DIVERGE, bien que ses termes soient strictement plus petits que ceux de la série harmonique : la comparaison ne conclut pas dans ce sens. »

L'erreur classique sur cet exercice : Conclure à la convergence pour p=1p=1 en écrivant 1nlnn<1n\dfrac{1}{n\ln n}<\dfrac{1}{n}. La majoration est vraie, mais elle porte sur une série divergente : elle n'apprend rien. Seule une majoration par une série CONVERGENTE conclut.

À savoir par cœur

  • Un ÉQUIVALENT ne se manipule qu'à SIGNE CONSTANT. Sinon : absolue, Leibniz ou Abel.
  • CONDENSATION : suite POSITIVE et DÉCROISSANTE; alors an\sum a_{n} et 2na2n\sum 2^{n}a_{2^{n}} ont même nature.
  • BERTRAND : 1n(lnn)p\displaystyle\sum\frac{1}{n(\ln n)^{p}} converge si et seulement si p>1p>1; en particulier 1nlnn\displaystyle\sum\frac{1}{n\ln n} DIVERGE.
  • RACINE : conclut chaque fois que d'Alembert conclut, et en plus quand le terme oscille entre deux régimes.
  • RAABE : rapport =1αn+o ⁣(1n)=1-\dfrac{\alpha}{n}+o\!\left(\dfrac{1}{n}\right); converge si α>1\alpha>1, exactement comme Riemann.
  • ABEL : (an)(a_{n}) décroît vers 00 ET sommes partielles de (bn)(b_{n}) BORNÉES.
  • TÉLESCOPAGE : il reste DEUX termes de bord, jamais zéro.
  • Comparaison : plus PETIT qu'une CONVERGENTE, ou plus GRAND qu'une DIVERGENTE. Les deux autres cas ne disent rien.

Questions fréquentes

Pourquoi un équivalent ne suffit-il pas quand les signes varient ?

Parce que deux suites équivalentes ont une différence négligeable devant chacune d'elles, mais la série de cette différence peut diverger. À signe constant, c'est impossible. Avec des signes variables, l'exemple classique est la somme d'une série alternée convergente et de la série harmonique : les deux termes généraux sont équivalents, et pourtant les natures diffèrent.

À quoi sert la condensation de Cauchy ?

À transformer une série lente, typiquement avec un logarithme, en une série connue. Elle exige que la suite soit positive et décroissante. On remplace alors la série par celle des termes d'indice puissance de deux, multipliés par deux puissance n. Elle donne le critère de Riemann en une ligne et toute la famille de Bertrand aussi vite.

La série de un sur n fois logarithme de n converge-t-elle ?

Non, elle diverge, bien que ses termes soient nettement plus petits que ceux de la série harmonique. La condensation la ramène exactement à la série harmonique, à une constante près. C'est le contre-exemple qui rappelle qu'une majoration par une série divergente n'apprend rien.

Quand utiliser la règle de Raabe-Duhamel ?

Uniquement quand le critère de d'Alembert échoue, c'est-à-dire quand le rapport de deux termes consécutifs tend vers un. On développe alors ce rapport sous la forme un moins alpha sur n, et le coefficient alpha décide : convergence s'il dépasse un, divergence sinon. C'est exactement le seuil de Riemann.

Le critère de la racine est-il plus puissant que celui du rapport ?

Oui. Quand le rapport a une limite, la racine a la même, donc tout ce que le premier conclut, le second le conclut aussi. Mais la racine conclut en plus lorsque le terme général oscille entre deux régimes, cas où le rapport n'a aucune limite. Elle n'est jamais moins forte.

Que reste-t-il après un télescopage ?

Exactement deux termes : le premier terme gardé et le premier terme abandonné. Tout le reste s'annule deux à deux. Une somme partielle nulle pour une série à termes strictement positifs est donc impossible, et c'est le contrôle le plus rapide de ce type de calcul.

Passer à la pratique

Exercices corrigés : Critères avancés : Cauchy, condensation, Raabe, Abel

Une méthode se prouve sur une copie, pas sur une fiche. La série du même chapitre reprend chacun de ces pièges dans un exercice, avec le corrigé rédigé étape par étape.

  • 15 exercices corrigés
  • 150 points
  • 225 minutes
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