Me contacter

Mécanique 203-NYA • Complément québécois de Première et cégep à Montréal

Exercices corrigés : la gravitation universelle (203-NYA)

La gravitation est le chapitre qui referme le cours : la même deuxième loi de Newton, appliquée à une force en 1r2\frac{1}{r^{2}}, redonne d'un coup les trois lois que Kepler avait mis vingt ans à extraire des observations de Tycho Brahe. C'est le premier exemple historique d'une loi physique qui explique des régularités trouvées empiriquement.

L'exercice 2 démonte l'idée fausse la plus répandue sur l'espace : les astronautes ne flottent PAS parce qu'il n'y aurait plus de gravité. À 400 km d'altitude, gg vaut encore 8,69 m/s², soit près de 89 % de sa valeur au sol. Ils flottent parce qu'ils tombent en permanence, avec leur station, autour de la Terre.

Rappel de cours

  • Loi de la gravitation universelle : F=Gm1m2r2F=G\dfrac{m_{1}m_{2}}{r^{2}} avec G=6,674×1011G=6{,}674\times 10^{-11} N·m²/kg². La distance rr se mesure entre les CENTRES.
  • Champ gravitationnel d'un astre : g=GMr2g=\dfrac{GM}{r^{2}}. À la surface de la Terre, avec M=5,972×1024M=5{,}972\times 10^{24} kg et R=6,371×106R=6{,}371\times 10^{6} m, on retrouve 9,82 m/s².
  • Orbite circulaire : la gravitation fournit exactement la force centripète, GMmr2=mv2r\dfrac{GMm}{r^{2}}=\dfrac{mv^{2}}{r}, d'où v=GMrv=\sqrt{\dfrac{GM}{r}}. La masse du satellite DISPARAÎT.
  • Période : T=2πrvT=\dfrac{2\pi r}{v}, ce qui donne la troisième loi de Kepler T2=4π2GMr3T^{2}=\dfrac{4\pi^{2}}{GM}r^{3}.
  • Énergie potentielle gravitationnelle, référence à l'infini : U=GMmrU=-\dfrac{GMm}{r}. Elle est NÉGATIVE, et c'est ce qui traduit l'état lié.
  • Énergie mécanique d'une orbite circulaire : E=K+U=GMm2rE=K+U=-\dfrac{GMm}{2r}, soit exactement la moitié de UU et l'opposé de KK.
  • Vitesse de libération : celle qui annule l'énergie mécanique, vlib=2GMR=2vorbitev_{lib}=\sqrt{\dfrac{2GM}{R}}=\sqrt{2}\,v_{orbite}.

Partie A : Loi de Newton, champ et orbites (/32)

Exercice 1 : La loi en un sur r au carré

Deux masses quelconques s'attirent proportionnellement à leur produit et inversement au carré de leur distance. La constante GG est si petite que l'effet n'est perceptible qu'avec au moins un astre.

Données : G=6,674×1011G=6{,}674\times 10^{-11} N·m²/kg² ; masse de la Terre M=5,972×1024M=5{,}972\times 10^{24} kg ; rayon terrestre R=6,371×106R=6{,}371\times 10^{6} m.

  • a) Calculez l'intensité du champ gravitationnel à la surface de la Terre et comparez à la valeur usuelle de 9,80 m/s².
  • b) Calculez la force d'attraction entre deux personnes de 70,0 kg séparées de 1,00 m. Commentez.
  • c) À quelle altitude le champ gravitationnel tombe-t-il à la moitié de sa valeur au sol ?
  • d) Une planète a deux fois le rayon de la Terre et huit fois sa masse. Que vaut son champ de surface, en unités de gg terrestre ?
Voir la correction

a) g=GMR2=6,674×1011×5,972×1024(6,371×106)2=9,82g=\dfrac{GM}{R^{2}}=\dfrac{6{,}674\times 10^{-11}\times 5{,}972\times 10^{24}}{\left(6{,}371\times 10^{6}\right)^{2}}=9{,}82 m/s². L'écart avec 9,80 vient de deux effets ignorés ici : la Terre n'est pas parfaitement sphérique, elle est aplatie aux pôles, et sa rotation retranche une petite composante centrifuge, maximale à l'équateur. La valeur mesurée varie donc de 9,78 à l'équateur à 9,83 aux pôles.

b) F=6,674×1011×70,0×70,01,002=3,27×107F=\dfrac{6{,}674\times 10^{-11}\times 70{,}0\times 70{,}0}{1{,}00^{2}}=3{,}27\times 10^{-7} N, soit environ 0,33 microneutron. C'est le poids d'un grain de poussière : totalement imperceptible. La gravitation est de très loin la plus FAIBLE des interactions fondamentales ; elle ne domine à grande échelle que parce qu'elle est toujours attractive et ne peut donc jamais s'annuler, contrairement à la force électrique où charges positives et négatives se compensent.

c) On veut GMr2=12GMR2\dfrac{GM}{r^{2}}=\dfrac{1}{2}\dfrac{GM}{R^{2}}, donc r2=2R2r^{2}=2R^{2} et r=R2=9,010×106r=R\sqrt{2}=9{,}010\times 10^{6} m. L'altitude vaut rR=2,639×106r-R=2{,}639\times 10^{6} m, soit environ 2640 km. Il faut donc s'élever de plus du tiers d'un rayon terrestre pour que la gravité tombe de moitié : elle décroît beaucoup plus lentement que ne le croit l'intuition.

d) g=G(8M)(2R)2=84GMR2=2gg'=\dfrac{G\left(8M\right)}{\left(2R\right)^{2}}=\dfrac{8}{4}\cdot\dfrac{GM}{R^{2}}=2g. Le champ de surface y serait donc DOUBLE de celui de la Terre. Cet exemple montre que gg dépend du rapport MR2\dfrac{M}{R^{2}} et non de la masse seule : une planète beaucoup plus massive peut très bien avoir un champ de surface modeste si elle est aussi beaucoup plus grosse, ce qui est le cas des géantes gazeuses.

Exercice 2 : L'orbite circulaire et le mythe de l'apesanteur

Un satellite en orbite n'est retenu par rien : il TOMBE en permanence, mais sa vitesse horizontale est telle que la Terre se dérobe sous lui exactement aussi vite. La condition d'orbite s'écrit en une ligne.

La Station spatiale internationale orbite à 400 km d'altitude. Mêmes données que l'exercice 1.

  • a) Écrivez la condition d'orbite circulaire et montrez que la vitesse ne dépend pas de la masse du satellite.
  • b) Calculez le champ gravitationnel à 400 km d'altitude, et exprimez-le en pourcentage de sa valeur au sol.
  • c) Calculez la vitesse orbitale et la période de la Station.
  • d) Si la gravité vaut encore près de 89 % de celle du sol, pourquoi les astronautes flottent-ils ?
  • e) Un astronaute lâche un outil à côté de la Station. Que devient-il ?
Voir la correction

a) La gravitation est la SEULE force, et elle est dirigée vers le centre : elle joue donc exactement le rôle de la force centripète. D'où GMmr2=mv2r\dfrac{GMm}{r^{2}}=\dfrac{mv^{2}}{r}. La masse mm du satellite apparaît des deux côtés et se SIMPLIFIE, laissant v=GMrv=\sqrt{\dfrac{GM}{r}}. Un boulon et une station de 400 tonnes suivent donc la même orbite à la même vitesse, ce qui est la version orbitale de l'universalité de la chute libre.

b) r=6,371×106+4,00×105=6,771×106r=6{,}371\times 10^{6}+4{,}00\times 10^{5}=6{,}771\times 10^{6} m. Alors g=GMr2=8,69g=\dfrac{GM}{r^{2}}=8{,}69 m/s², soit 8,699,82=88,5\dfrac{8{,}69}{9{,}82}=88{,}5 % de la valeur au sol.

c) v=6,674×1011×5,972×10246,771×106=7,67×103v=\sqrt{\dfrac{6{,}674\times 10^{-11}\times 5{,}972\times 10^{24}}{6{,}771\times 10^{6}}}=7{,}67\times 10^{3} m/s, soit 7,67 km/s ou environ 27 600 km/h. La période vaut T=2πrv=2π×6,771×1067672=5545T=\dfrac{2\pi r}{v}=\dfrac{2\pi\times 6{,}771\times 10^{6}}{7672}=5545 s, soit 92,4 minutes. La Station fait donc environ 16 fois le tour de la Terre par jour, et son équipage voit 16 levers de soleil.

d) Parce que l'apesanteur ressentie n'est pas l'absence de gravité, mais l'absence de force de CONTACT. Au sol, ce qui nous donne la sensation de poids est le plancher qui nous pousse vers le haut. En orbite, la station et l'astronaute subissent la même accélération gravitationnelle et tombent ensemble : le plancher n'appuie plus sur l'astronaute, il n'y a plus aucune force de contact, d'où la sensation de flotter. Le terme exact est CHUTE LIBRE, ou micropesanteur. La même sensation s'obtient une seconde ou deux dans un ascenseur dont le câble céderait, ou dans un avion suivant une trajectoire parabolique.

e) Rien de spectaculaire : il continue sur la MÊME orbite, à la même vitesse, juste à côté de la Station, puisque son mouvement ne dépend pas de sa masse. Il paraît immobile par rapport à l'équipage et dérive très lentement, sous l'effet de la minuscule vitesse relative donnée en le lâchant et des frottements atmosphériques résiduels, légèrement différents selon la forme. C'est pour cela que les outils sont attachés : un objet perdu reste en orbite pendant des mois et devient un débris dangereux, croisant les autres satellites à plusieurs kilomètres par seconde.

Exercice 3 : Les lois de Kepler retrouvées par Newton

Kepler avait extrait ses trois lois de vingt ans d'observations, sans savoir pourquoi elles étaient vraies. Newton les a démontrées en quelques lignes à partir de sa loi de la gravitation : c'est l'acte de naissance de la physique théorique.

Distance Terre-Lune : 3,844×1083{,}844\times 10^{8} m. Période sidérale de rotation terrestre : 86 164 s.

  • a) Énoncez les trois lois de Kepler.
  • b) Démontrez la troisième loi à partir de la condition d'orbite circulaire, et donnez l'expression de la constante.
  • c) Calculez la période orbitale de la Lune et comparez au mois sidéral de 27,3 jours.
  • d) Calculez le rayon de l'orbite géostationnaire, puis l'altitude correspondante.
  • e) Pourquoi tous les satellites de télévision sont-ils exactement à cette altitude, et pourquoi seulement au-dessus de l'équateur ?
Voir la correction

a) Première loi : les planètes décrivent des ELLIPSES dont le Soleil occupe un foyer. Deuxième loi, dite des aires : le segment reliant la planète au Soleil balaie des aires égales en des temps égaux, ce qui revient à dire que la planète va plus vite au périhélie. Troisième loi : le carré de la période est proportionnel au cube du demi-grand axe, T2a3\dfrac{T^{2}}{a^{3}} étant la même constante pour tous les corps orbitant autour du même astre.

b) De GMmr2=mv2r\dfrac{GMm}{r^{2}}=\dfrac{mv^{2}}{r} on tire v2=GMrv^{2}=\dfrac{GM}{r}. Or v=2πrTv=\dfrac{2\pi r}{T}, donc 4π2r2T2=GMr\dfrac{4\pi^{2}r^{2}}{T^{2}}=\dfrac{GM}{r}, ce qui donne T2=4π2GMr3T^{2}=\dfrac{4\pi^{2}}{GM}r^{3}. La constante 4π2GM\dfrac{4\pi^{2}}{GM} ne dépend QUE de la masse de l'astre central : c'est pourquoi la loi vaut pour toutes les planètes du Système solaire avec la même valeur, et pour tous les satellites de la Terre avec une autre valeur.

c) T=2πr3GM=2π(3,844×108)36,674×1011×5,972×1024=2,372×106T=2\pi\sqrt{\dfrac{r^{3}}{GM}}=2\pi\sqrt{\dfrac{\left(3{,}844\times 10^{8}\right)^{3}}{6{,}674\times 10^{-11}\times 5{,}972\times 10^{24}}}=2{,}372\times 10^{6} s, soit 27,5 jours. La valeur observée est 27,3 jours : l'accord est excellent, l'écart de moins de 1 % venant de ce que l'orbite lunaire est légèrement elliptique et perturbée par le Soleil.

d) Un satellite géostationnaire doit avoir exactement la période de rotation de la Terre, soit 86 164 s. De T2=4π2GMr3T^{2}=\dfrac{4\pi^{2}}{GM}r^{3} on tire r=GMT24π23=4,216×107r=\sqrt[3]{\dfrac{GMT^{2}}{4\pi^{2}}}=4{,}216\times 10^{7} m. L'altitude vaut rR=4,216×1076,371×106=3,579×107r-R=4{,}216\times 10^{7}-6{,}371\times 10^{6}=3{,}579\times 10^{7} m, soit environ 35 800 km.

e) Parce que cette altitude est la SEULE pour laquelle la période vaut 24 heures sidérales : la troisième loi établit une correspondance biunivoque entre rayon et période, il n'y a donc aucun choix. Un satellite plus bas tournerait trop vite, un satellite plus haut trop lentement, et dans les deux cas il dériverait dans le ciel, obligeant les antennes à le suivre. Quant à l'équateur : le plan de l'orbite doit contenir le CENTRE de la Terre, puisque la force gravitationnelle y est dirigée. Une orbite qui resterait en permanence au-dessus de Montréal serait un cercle dont le centre n'est pas celui de la Terre, ce qui est dynamiquement impossible. Seule une orbite équatoriale peut donc paraître fixe, et c'est pourquoi les antennes paraboliques à Montréal pointent toutes vers le sud, assez bas sur l'horizon.

Exercice 4 : L'énergie d'une orbite et la vitesse de libération

L'énergie potentielle gravitationnelle est NÉGATIVE quand on choisit l'infini comme référence, et ce signe n'est pas une convention gratuite : il distingue les états liés des états libres.

Mêmes données. On considère un satellite de 100 kg à 400 km d'altitude.

  • a) Justifiez le signe négatif de U=GMmrU=-\dfrac{GMm}{r}.
  • b) Calculez UU, KK et l'énergie mécanique du satellite. Vérifiez que E=12U=KE=\frac{1}{2}U=-K.
  • c) Quelle énergie faut-il fournir pour amener ce satellite du sol à son orbite ?
  • d) Établissez l'expression de la vitesse de libération et calculez-la pour la Terre.
  • e) Un satellite en orbite basse est freiné par l'atmosphère résiduelle. Que devient sa vitesse ? Expliquez le paradoxe.
Voir la correction

a) La référence est prise à l'infini, où U=0U=0 : deux corps infiniment éloignés n'interagissent plus. Pour les rapprocher, la force d'attraction travaille POSITIVEMENT, donc l'énergie potentielle DIMINUE et devient négative. Une valeur négative signifie donc qu'il faudrait fournir de l'énergie pour séparer les corps : c'est la signature d'un état LIÉ. Un corps d'énergie mécanique négative ne peut pas s'échapper.

b) Avec r=6,771×106r=6{,}771\times 10^{6} m : U=6,674×1011×5,972×1024×1006,771×106=5,886×109U=-\dfrac{6{,}674\times 10^{-11}\times 5{,}972\times 10^{24}\times 100}{6{,}771\times 10^{6}}=-5{,}886\times 10^{9} J. La vitesse orbitale étant 7672 m/s, K=12×100×76722=2,943×109K=\frac{1}{2}\times 100\times 7672^{2}=2{,}943\times 10^{9} J. L'énergie mécanique vaut E=K+U=2,943×109E=K+U=-2{,}943\times 10^{9} J. On vérifie bien E=12UE=\frac{1}{2}U et E=KE=-K : c'est le théorème du viriel pour une orbite circulaire.

c) Au sol, le satellite au repos a Usol=GMmR=6,256×109U_{sol}=-\dfrac{GMm}{R}=-6{,}256\times 10^{9} J et K=0K=0, donc Esol=6,256×109E_{sol}=-6{,}256\times 10^{9} J. L'énergie à fournir est ΔE=2,943×109(6,256×109)=3,31×109\Delta E=-2{,}943\times 10^{9}-\left(-6{,}256\times 10^{9}\right)=3{,}31\times 10^{9} J, soit 3,31 GJ pour 100 kg. C'est l'équivalent d'environ 80 kg d'essence en énergie pure, et la fusée réelle en consomme bien davantage à cause du rendement et de la traînée.

d) Se libérer signifie atteindre l'infini avec une vitesse nulle, donc avoir une énergie mécanique nulle : 12mv2GMmR=0\frac{1}{2}mv^{2}-\dfrac{GMm}{R}=0, d'où vlib=2GMRv_{lib}=\sqrt{\dfrac{2GM}{R}}. Numériquement, vlib=1,119×104v_{lib}=1{,}119\times 10^{4} m/s, soit 11,2 km/s. On note que vlib=2vorbitev_{lib}=\sqrt{2}\,v_{orbite} à la même distance : il suffit de multiplier par 1,41 la vitesse orbitale pour s'échapper.

e) Sa vitesse AUGMENTE, ce qui est le paradoxe. Le frottement retire de l'énergie mécanique, donc EE devient plus négatif, donc rr diminue d'après E=GMm2rE=-\dfrac{GMm}{2r}. Or v=GMrv=\sqrt{\dfrac{GM}{r}} croît quand rr diminue : le satellite descend et ACCÉLÈRE. La résolution du paradoxe est que l'énergie potentielle chute deux fois plus vite que l'énergie cinétique n'augmente, le bilan restant bien une perte. C'est pourquoi la Station spatiale doit être régulièrement rehaussée, et pourquoi la rentrée atmosphérique se fait à très grande vitesse.

Partie B : Niveau examen (/18)

Exercice 5 : Champ nul, marées et le principe d'équivalence

Trois questions qui vont au-delà du calcul d'orbite et qui reviennent régulièrement en fin d'examen, parce qu'elles testent la compréhension plutôt que la technique.

Masse de la Lune : 7,348×10227{,}348\times 10^{22} kg. Distance Terre-Lune : 3,844×1083{,}844\times 10^{8} m.

  • a) Sur la ligne Terre-Lune, à quelle distance du centre de la Terre le champ gravitationnel résultant s'annule-t-il ?
  • b) Exprimez ce point en pourcentage de la distance Terre-Lune et commentez.
  • c) Le champ n'étant pas uniforme, deux points d'un même corps subissent des accélérations différentes. Expliquez comment cela engendre les marées, et pourquoi il y en a DEUX par jour et non une.
  • d) Un astronaute enfermé sans hublot ne peut distinguer une chute libre d'une absence de gravité. Énoncez le principe correspondant.
  • e) Pourquoi la masse qui intervient dans F=GMmr2F=G\frac{Mm}{r^{2}} et celle qui intervient dans F=maF=ma pourraient-elles a priori être des grandeurs différentes ? Quelle conséquence leur égalité a-t-elle ?
Voir la correction

a) On cherche dd tel que GMTd2=GML(Dd)2\dfrac{GM_{T}}{d^{2}}=\dfrac{GM_{L}}{\left(D-d\right)^{2}}, avec D=3,844×108D=3{,}844\times 10^{8} m. En simplifiant GG et en prenant la racine : Ddd=MLMT=7,348×10225,972×1024=0,1109\dfrac{D-d}{d}=\sqrt{\dfrac{M_{L}}{M_{T}}}=\sqrt{\dfrac{7{,}348\times 10^{22}}{5{,}972\times 10^{24}}}=0{,}1109. Donc D=d(1+0,1109)D=d\left(1+0{,}1109\right) et d=3,844×1081,1109=3,460×108d=\dfrac{3{,}844\times 10^{8}}{1{,}1109}=3{,}460\times 10^{8} m.

b) Le point neutre est à 3,4603,844=90,0\dfrac{3{,}460}{3{,}844}=90{,}0 % du trajet, donc bien plus près de la Lune que de la Terre. C'est cohérent avec le fait que la Terre est 81 fois plus massive : il faut s'en éloigner beaucoup pour que son champ, décroissant en 1r2\frac{1}{r^{2}}, tombe au niveau de celui de la Lune. C'est aussi le point à franchir pour qu'une sonde « tombe » vers la Lune plutôt que de retomber sur Terre.

c) Le champ lunaire est plus intense du côté de la Terre le plus proche de la Lune, et plus faible du côté opposé. Dans le référentiel de la Terre, qui tombe elle-même vers la Lune avec l'accélération du CENTRE, l'eau du côté proche est attirée PLUS que le centre, donc elle s'élève vers la Lune ; l'eau du côté opposé est attirée MOINS que le centre, donc elle est laissée en arrière, ce qui l'éloigne du centre et l'élève également. Il se forme ainsi DEUX bourrelets diamétralement opposés, et la Terre tournant sur elle-même, un point du globe traverse les deux en 24 heures : d'où deux marées hautes par jour. Ce sont les DIFFÉRENCES de champ, appelées forces de marée, qui comptent, pas le champ lui-même.

d) C'est le PRINCIPE D'ÉQUIVALENCE : aucune expérience locale ne permet de distinguer un référentiel en chute libre dans un champ gravitationnel d'un référentiel inertiel sans gravité, ni un référentiel uniformément accéléré d'un référentiel au repos dans un champ de gravité. C'est le point de départ de la relativité générale, où Einstein en déduit que la gravitation n'est pas une force mais une courbure de l'espace-temps.

e) La masse GRAVE, celle de la loi de la gravitation, mesure la façon dont un corps crée et subit la gravitation : c'est une sorte de « charge gravitationnelle », analogue à la charge électrique. La masse INERTE, celle de F=maF=ma, mesure la résistance du corps à toute accélération, quelle qu'en soit la cause. Rien dans les principes n'impose qu'elles soient égales, pas plus que la charge électrique d'un corps n'est égale à sa masse. Or leur égalité est vérifiée expérimentalement à mieux que 101510^{-15} près. Sa conséquence immédiate est que mm se simplifie dans mg=mamg=ma : tous les corps tombent avec la même accélération, indépendamment de leur masse et de leur composition. C'est cette coïncidence, inexpliquée chez Newton, qu'Einstein a érigée en principe.

Exercice 6 : Problème : mettre un satellite en orbite depuis Montréal

Une agence veut placer un satellite d'observation de 1200 kg sur une orbite polaire circulaire à 800 km d'altitude. On compare le coût énergétique et l'intérêt d'un lancement équatorial.

Mêmes données terrestres. Montréal est à la latitude 45,5° nord. Rayon terrestre 6371 km, période sidérale 86 164 s.

  • a) Calculez le rayon orbital, la vitesse et la période du satellite.
  • b) Calculez l'énergie mécanique à fournir depuis le sol, en supposant le satellite initialement au repos.
  • c) Calculez la vitesse d'un point de la surface terrestre à l'équateur, due à la rotation de la Terre.
  • d) Quelle fraction de la vitesse orbitale ce coup de pouce représente-t-il ? Pourquoi les bases de lancement sont-elles installées près de l'équateur ?
  • e) L'orbite demandée est POLAIRE. Le lancement depuis l'équateur conserve-t-il son avantage ? Justifiez.
Voir la correction

a) r=6,371×106+8,00×105=7,171×106r=6{,}371\times 10^{6}+8{,}00\times 10^{5}=7{,}171\times 10^{6} m. La vitesse vaut v=GMr=7,452×103v=\sqrt{\dfrac{GM}{r}}=7{,}452\times 10^{3} m/s, soit 7,45 km/s. La période est T=2πrv=6046T=\dfrac{2\pi r}{v}=6046 s, soit environ 101 minutes.

b) Au sol : Esol=GMmR=7,507×1010E_{sol}=-\dfrac{GMm}{R}=-7{,}507\times 10^{10} J. En orbite : Eorb=GMm2r=3,332×1010E_{orb}=-\dfrac{GMm}{2r}=-3{,}332\times 10^{10} J. L'énergie à fournir est ΔE=4,175×1010\Delta E=4{,}175\times 10^{10} J, soit environ 41,7 GJ pour 1200 kg, c'est-à-dire 34,8 MJ par kilogramme placé en orbite.

c) Un point de l'équateur parcourt la circonférence terrestre en une période sidérale : vrot=2πRTsid=2π×6,371×10686164=464,6v_{rot}=\dfrac{2\pi R}{T_{sid}}=\dfrac{2\pi\times 6{,}371\times 10^{6}}{86\,164}=464{,}6 m/s, soit environ 1670 km/h.

d) Cela représente 464,67452=6,2\dfrac{464{,}6}{7452}=6{,}2 % de la vitesse orbitale. C'est peu en pourcentage, mais considérable en pratique : chaque mètre par seconde économisé se traduit par une réduction exponentielle de la masse d'ergols, d'après l'équation de Tsiolkovski. Un lanceur partant vers l'est depuis l'équateur reçoit donc gratuitement 465 m/s, ce qui peut représenter plusieurs centaines de kilogrammes de charge utile supplémentaire. C'est la raison pour laquelle Kourou, à 5° de latitude, est le site européen, et pourquoi Cap Canaveral tire vers l'Atlantique.

e) Non, l'avantage DISPARAÎT presque entièrement. Une orbite polaire passe par les pôles, donc son plan est perpendiculaire à l'équateur : la vitesse de rotation terrestre, dirigée vers l'est, est alors perpendiculaire à la vitesse orbitale visée, et ne s'y ajoute pas. Elle devient même une nuisance qu'il faut annuler. C'est pourquoi les lancements polaires se font depuis des sites de HAUTE latitude, où vrot=2πRcosλTv_{rot}=\dfrac{2\pi R\cos\lambda}{T} est plus faible : à la latitude de Montréal, cos45,5=0,701\cos 45{,}5^{\circ}=0{,}701, donc 326 m/s seulement. Le choix du site de lancement dépend donc entièrement de l'inclinaison de l'orbite visée, et non d'un avantage universel de l'équateur.

Voir aussi

Vous cherchez un tuteur en physique 203-NYA à Montréal ?

Contactez-moi pour une première séance. La gravitation est le chapitre où une seule équation, la force centripète fournie par la gravité, donne tout le reste : encore faut-il savoir laquelle écrire en premier.

Site par Studio Squalli