Mécanique 203-SN1-RE (ancien 203-NYA) • Complément québécois de Première et cégep à Montréal
Exercices corrigés : la gravitation universelle (203-SN1-RE, ancien 203-NYA)
Voici la série d'exercices corrigés de mécanique du cours 203-SN1-RE (ancien 203-SN1-RE) sur la gravitation universelle. La partie A construit les outils : la loi en un sur r au carré et le champ gravitationnel, l'orbite circulaire et ce que signifie vraiment flotter dans une station spatiale, le théorème de la coquille et le champ à l'intérieur de la Terre jusqu'au tunnel qui la traverse, les trois lois de Kepler retrouvées par Newton, puis l'énergie d'une orbite et la vitesse de libération. La partie B monte au niveau examen : l'orbite elliptique traitée quantitativement, avec la loi des aires ramenée à la conservation du moment cinétique et le calcul d'une circularisation, le point de champ nul et les marées, la pesée d'un astre de la balance de Cavendish à la détection des exoplanètes, la mise en orbite d'un satellite depuis Montréal, et enfin la vitesse de libération, de l'atmosphère que la Lune n'a pas pu garder jusqu'au rayon de Schwarzschild.
L'exercice 2 démonte l'idée fausse la plus répandue sur l'espace : les astronautes ne flottent PAS parce qu'il n'y aurait plus de gravité. À 400 km d'altitude, g vaut encore 8,69 m/s², soit près de 89 % de sa valeur au sol. Ils flottent parce qu'ils tombent en permanence, avec leur station, autour de la Terre.
Série autocorrigéeTape tes réponses sous chaque question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points.
•Loi de la gravitation universelle : F=Gr2m1m2 avec G=6,674×10−11 N·m²/kg². La distance r se mesure entre les CENTRES.
•Champ gravitationnel d'un astre : g=r2GM. À la surface de la Terre, avec M=5,972×1024 kg et R=6,371×106 m, on retrouve 9,82 m/s².
•Orbite circulaire : la gravitation fournit exactement la force centripète, r2GMm=rmv2, d'où v=rGM. La masse du satellite DISPARAÎT.
•Période : T=v2πr, ce qui donne la troisième loi de Kepler T2=GM4π2r3.
•Énergie potentielle gravitationnelle, référence à l'infini : U=−rGMm. Elle est NÉGATIVE, et c'est ce qui traduit l'état lié.
•Énergie mécanique d'une orbite circulaire : E=K+U=−2rGMm, soit exactement la moitié de U et l'opposé de K.
•Vitesse de libération : celle qui annule l'énergie mécanique, vlib=R2GM=2vorbite.
Partie A : Loi de Newton, champ et orbites (/50)
Exercice 1 : La loi en un sur r au carré
Deux masses quelconques s'attirent proportionnellement à leur produit et inversement au carré de leur distance. La constante G est si petite que l'effet n'est perceptible qu'avec au moins un astre.
Données : G=6,674×10−11 N·m²/kg² ; masse de la Terre M=5,972×1024 kg ; rayon terrestre R=6,371×106 m.
a) Calculez l'intensité du champ gravitationnel à la surface de la Terre et comparez à la valeur usuelle de 9,80 m/s².
b) Calculez la force d'attraction entre deux personnes de 70,0 kg séparées de 1,00 m. Commentez.
c) À quelle altitude le champ gravitationnel tombe-t-il à la moitié de sa valeur au sol ?
d) Une planète a deux fois le rayon de la Terre et huit fois sa masse. Que vaut son champ de surface, en unités de g terrestre ?
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Réponses
a)g=GM/R2=9,82 m/s², l'écart venant de l'aplatissement et de la rotation
b)F≈3,27×10−7 N : la gravitation est la plus faible des interactions
c)r=R2, soit une altitude d'environ 2640 km
d)g′=2g : seul compte le rapport M/R2
a) g=R2GM=(6,371×106)26,674×10−11×5,972×1024=9,82 m/s². L'écart avec 9,80 vient de deux effets ignorés ici : la Terre n'est pas parfaitement sphérique, elle est aplatie aux pôles, et sa rotation retranche une petite composante centrifuge, maximale à l'équateur. La valeur mesurée varie donc de 9,78 à l'équateur à 9,83 aux pôles.
b) F=1,0026,674×10−11×70,0×70,0=3,27×10−7 N, soit environ 0,33 microneutron. C'est le poids d'un grain de poussière : totalement imperceptible. La gravitation est de très loin la plus FAIBLE des interactions fondamentales ; elle ne domine à grande échelle que parce qu'elle est toujours attractive et ne peut donc jamais s'annuler, contrairement à la force électrique où charges positives et négatives se compensent.
c) On veut r2GM=21R2GM, donc r2=2R2 et r=R2=9,010×106 m. L'altitude vaut r−R=2,639×106 m, soit environ 2640 km. Il faut donc s'élever de plus du tiers d'un rayon terrestre pour que la gravité tombe de moitié : elle décroît beaucoup plus lentement que ne le croit l'intuition.
d) g′=(2R)2G(8M)=48⋅R2GM=2g. Le champ de surface y serait donc DOUBLE de celui de la Terre. Cet exemple montre que g dépend du rapport R2M et non de la masse seule : une planète beaucoup plus massive peut très bien avoir un champ de surface modeste si elle est aussi beaucoup plus grosse, ce qui est le cas des géantes gazeuses.
Exercice 2 : L'orbite circulaire et le mythe de l'apesanteur
Un satellite en orbite n'est retenu par rien : il TOMBE en permanence, mais sa vitesse horizontale est telle que la Terre se dérobe sous lui exactement aussi vite. La condition d'orbite s'écrit en une ligne.
La Station spatiale internationale orbite à 400 km d'altitude. Mêmes données que l'exercice 1.
a) Écrivez la condition d'orbite circulaire et montrez que la vitesse ne dépend pas de la masse du satellite.
b) Calculez le champ gravitationnel à 400 km d'altitude, et exprimez-le en pourcentage de sa valeur au sol.
c) Calculez la vitesse orbitale et la période de la Station.
d) Si la gravité vaut encore près de 89 % de celle du sol, pourquoi les astronautes flottent-ils ?
e) Un astronaute lâche un outil à côté de la Station. Que devient-il ?
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Réponses
a)r2GMm=rmv2 donne v=GM/r, sans la masse du satellite
b)g≈8,69 m/s², soit 88,5% de la valeur au sol
c)v≈7,67 km/s, T≈92,4 min, environ 16 tours par jour
d)Parce que la force de CONTACT a disparu : c'est de la chute libre, pas l'absence de gravité
e)Il reste sur la même orbite, juste à côté, et devient un débris
a) La gravitation est la SEULE force, et elle est dirigée vers le centre : elle joue donc exactement le rôle de la force centripète. D'où r2GMm=rmv2. La masse m du satellite apparaît des deux côtés et se SIMPLIFIE, laissant v=rGM. Un boulon et une station de 400 tonnes suivent donc la même orbite à la même vitesse, ce qui est la version orbitale de l'universalité de la chute libre.
b) r=6,371×106+4,00×105=6,771×106 m. Alors g=r2GM=8,69 m/s², soit 9,828,69=88,5 % de la valeur au sol.
c) v=6,771×1066,674×10−11×5,972×1024=7,67×103 m/s, soit 7,67 km/s ou environ 27 600 km/h. La période vaut T=v2πr=76722π×6,771×106=5545 s, soit 92,4 minutes. La Station fait donc environ 16 fois le tour de la Terre par jour, et son équipage voit 16 levers de soleil.
d) Parce que l'apesanteur ressentie n'est pas l'absence de gravité, mais l'absence de force de CONTACT. Au sol, ce qui nous donne la sensation de poids est le plancher qui nous pousse vers le haut. En orbite, la station et l'astronaute subissent la même accélération gravitationnelle et tombent ensemble : le plancher n'appuie plus sur l'astronaute, il n'y a plus aucune force de contact, d'où la sensation de flotter. Le terme exact est CHUTE LIBRE, ou micropesanteur. La même sensation s'obtient une seconde ou deux dans un ascenseur dont le câble céderait, ou dans un avion suivant une trajectoire parabolique.
e) Rien de spectaculaire : il continue sur la MÊME orbite, à la même vitesse, juste à côté de la Station, puisque son mouvement ne dépend pas de sa masse. Il paraît immobile par rapport à l'équipage et dérive très lentement, sous l'effet de la minuscule vitesse relative donnée en le lâchant et des frottements atmosphériques résiduels, légèrement différents selon la forme. C'est pour cela que les outils sont attachés : un objet perdu reste en orbite pendant des mois et devient un débris dangereux, croisant les autres satellites à plusieurs kilomètres par seconde.
Exercice 3 : À l'intérieur de la Terre : le théorème de la coquille
Toutes les questions précédentes plaçaient l'observateur à l'extérieur de l'astre. On s'intéresse maintenant à ce qui se passe au-dessous de la surface, en supposant la Terre sphérique et de masse volumique uniforme.
Données : G=6,674×10−11 N⋅m2/kg2 ; masse de la Terre M=5,972×1024 kg ; rayon terrestre R=6,371×106 m.
a) Énoncez les deux volets du théorème de la coquille de Newton et dites ce qui, à la profondeur d, cesse d'agir sur un mineur.
b) Démontrez que pour une Terre homogène le champ à la distance r du centre vaut g(r)=gsurfaceRr, puis calculez le champ à 3000 km de profondeur.
c) Décrivez l'allure complète de g en fonction de r, de r=0 à r=3R, et donnez sa valeur en r=2R. Où le champ est-il maximal ?
d) On perce un tunnel rectiligne passant par le centre de la Terre et on y lâche un objet sans vitesse. Montrez que le mouvement est harmonique simple, puis calculez la période du trajet aller-retour et la vitesse au passage par le centre.
e) Comparez cette période à celle d'un satellite en orbite rasante, et cette vitesse maximale à la vitesse orbitale correspondante. Le résultat est-il une coïncidence ?
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Réponses
a)Une coquille n'agit pas sur l'intérieur, et agit de l'extérieur comme sa masse au centre
b)g(r)=gsurfr/R, soit environ 5,20 m/s² à 3000 km de profondeur
c)Droite montante jusqu'à R, puis 1/r2 : maximum à la surface, 2,45 m/s² en r=2R
d)F=−kx donc MHS, T≈84,4 min et vmax≈7,91×103 m/s
e)Identiques au satellite rasant : le tunnel en est la projection sur un diamètre
a) Premier volet : une coquille sphérique homogène n'exerce AUCUNE force gravitationnelle nette sur un corps situé à l'intérieur d'elle-même. Les attractions de tous ses éléments se compensent exactement, la petite portion proche étant compensée par la grande portion lointaine. Second volet : vue de l'extérieur, cette même coquille agit exactement comme si toute sa masse était concentrée en son centre, ce qui justifie l'emploi de r entre les centres depuis le début du chapitre. Conséquence pour un mineur à la profondeur d : toute la matière située AU-DESSUS de lui, c'est-à-dire la coquille de rayon intérieur r=R−d, cesse de compter. Seule la sphère intérieure de rayon r l'attire encore.
b) La masse intérieure vaut Mint=ρ34πr3 tandis que la masse totale vaut M=ρ34πR3, donc Mint=MR3r3. Le champ est alors g(r)=r2GMint=R3GMr. En reconnaissant gsurface=R2GM, il vient g(r)=gsurfaceRr : le champ décroît LINÉAIREMENT vers le centre, où il s'annule. Avec gsurface=(6,371×106)2(6,674×10−11)(5,972×1024)≈9,82 m/s2 et r=6,371×106−3,00×106=3,371×106 m : g≈9,82(0,5291)≈5,20 m/s2. Le mineur y pèserait presque moitié moins.
c) De r=0 à r=R, le champ croît linéairement de zéro à 9,82 m/s2. Au-delà de R, il décroît en r21. Le champ est donc MAXIMAL à la surface, exactement en r=R, et il diminue que l'on monte ou que l'on descende. En r=2R : g=49,82≈2,45 m/s2. La courbe complète est une droite montante raccordée à une hyperbole décroissante, avec un pic anguleux à la surface. Dans la Terre réelle, dont le noyau est bien plus dense que le manteau, g augmente même légèrement au début de la descente avant de retomber vers zéro.
d) Dans le tunnel, en repérant la position par x mesuré depuis le centre, la seule force est celle de la sphère intérieure : F=−mg(x)=−R3GMmx, dirigée vers le centre quel que soit le côté. C'est exactement la forme F=−kx d'un ressort, avec k=R3GMm : le mouvement est donc harmonique simple, d'amplitude R. Pulsation : ω=mk=R3GM=Rgsurface≈1,241×10−3 rad/s. Période : T=ω2π≈5,06×103 s, soit 84,4 minutes pour l'aller-retour complet, et donc environ 42 minutes d'un bout à l'autre du globe. Vitesse au centre, où elle est maximale : vmax=ωR≈7,91×103 m/s.
e) Satellite en orbite rasante, r=R : v=RGM≈7,91×103 m/s et T=v2πR≈5,06×103 s. Les deux résultats sont RIGOUREUSEMENT identiques à ceux du tunnel. Ce n'est pas une coïncidence numérique : les deux mouvements sont gouvernés par la même quantité R3GM, puisque ωorbite=R3GM est exactement la pulsation trouvée en d). Géométriquement, le mouvement dans le tunnel est la PROJECTION sur un diamètre du mouvement circulaire uniforme du satellite rasant : un objet lâché dans le tunnel reste en permanence à l'aplomb du satellite. C'est le même énoncé que celui qui fait du mouvement harmonique simple la projection d'un mouvement circulaire uniforme, et il sera repris tel quel au chapitre du MHS.
Exercice 4 : Les lois de Kepler retrouvées par Newton
Kepler avait extrait ses trois lois de vingt ans d'observations, sans savoir pourquoi elles étaient vraies. Newton les a démontrées en quelques lignes à partir de sa loi de la gravitation : c'est l'acte de naissance de la physique théorique.
Distance Terre-Lune : 3,844×108 m. Période sidérale de rotation terrestre : 86 164 s.
a) Énoncez les trois lois de Kepler.
b) Démontrez la troisième loi à partir de la condition d'orbite circulaire, et donnez l'expression de la constante.
c) Calculez la période orbitale de la Lune et comparez au mois sidéral de 27,3 jours.
d) Calculez le rayon de l'orbite géostationnaire, puis l'altitude correspondante.
e) Pourquoi tous les satellites de télévision sont-ils exactement à cette altitude, et pourquoi seulement au-dessus de l'équateur ?
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Réponses
a)Ellipses, loi des aires, et T2 proportionnel à a3
b)T2=GM4π2r3 : la constante ne dépend que de l'astre central
c)T≈27,5 jours, contre 27,3 observés
d)r≈4,216×107 m, soit environ 35800 km d'altitude
e)Une seule altitude donne 24 h, et le plan doit contenir le centre de la Terre
a) Première loi : les planètes décrivent des ELLIPSES dont le Soleil occupe un foyer. Deuxième loi, dite des aires : le segment reliant la planète au Soleil balaie des aires égales en des temps égaux, ce qui revient à dire que la planète va plus vite au périhélie. Troisième loi : le carré de la période est proportionnel au cube du demi-grand axe, a3T2 étant la même constante pour tous les corps orbitant autour du même astre.
b) De r2GMm=rmv2 on tire v2=rGM. Or v=T2πr, donc T24π2r2=rGM, ce qui donne T2=GM4π2r3. La constante GM4π2 ne dépend QUE de la masse de l'astre central : c'est pourquoi la loi vaut pour toutes les planètes du Système solaire avec la même valeur, et pour tous les satellites de la Terre avec une autre valeur.
c) T=2πGMr3=2π6,674×10−11×5,972×1024(3,844×108)3=2,372×106 s, soit 27,5 jours. La valeur observée est 27,3 jours : l'accord est excellent, l'écart de moins de 1 % venant de ce que l'orbite lunaire est légèrement elliptique et perturbée par le Soleil.
d) Un satellite géostationnaire doit avoir exactement la période de rotation de la Terre, soit 86 164 s. De T2=GM4π2r3 on tire r=34π2GMT2=4,216×107 m. L'altitude vaut r−R=4,216×107−6,371×106=3,579×107 m, soit environ 35 800 km.
e) Parce que cette altitude est la SEULE pour laquelle la période vaut 24 heures sidérales : la troisième loi établit une correspondance biunivoque entre rayon et période, il n'y a donc aucun choix. Un satellite plus bas tournerait trop vite, un satellite plus haut trop lentement, et dans les deux cas il dériverait dans le ciel, obligeant les antennes à le suivre. Quant à l'équateur : le plan de l'orbite doit contenir le CENTRE de la Terre, puisque la force gravitationnelle y est dirigée. Une orbite qui resterait en permanence au-dessus de Montréal serait un cercle dont le centre n'est pas celui de la Terre, ce qui est dynamiquement impossible. Seule une orbite équatoriale peut donc paraître fixe, et c'est pourquoi les antennes paraboliques à Montréal pointent toutes vers le sud, assez bas sur l'horizon.
Exercice 5 : L'énergie d'une orbite et la vitesse de libération
L'énergie potentielle gravitationnelle est NÉGATIVE quand on choisit l'infini comme référence, et ce signe n'est pas une convention gratuite : il distingue les états liés des états libres.
Mêmes données. On considère un satellite de 100 kg à 400 km d'altitude.
a) Justifiez le signe négatif de U=−rGMm.
b) Calculez U, K et l'énergie mécanique du satellite. Vérifiez que E=21U=−K.
c) Quelle énergie faut-il fournir pour amener ce satellite du sol à son orbite ?
d) Établissez l'expression de la vitesse de libération et calculez-la pour la Terre.
e) Un satellite en orbite basse est freiné par l'atmosphère résiduelle. Que devient sa vitesse ? Expliquez le paradoxe.
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Réponses
a)La référence est à l'infini : une valeur négative est la signature d'un état lié
d)vlib=2GM/R≈11,2 km/s, soit 2 fois la vitesse orbitale
e)Sa vitesse AUGMENTE : r diminue plus vite que l'énergie totale ne le laisse croire
a) La référence est prise à l'infini, où U=0 : deux corps infiniment éloignés n'interagissent plus. Pour les rapprocher, la force d'attraction travaille POSITIVEMENT, donc l'énergie potentielle DIMINUE et devient négative. Une valeur négative signifie donc qu'il faudrait fournir de l'énergie pour séparer les corps : c'est la signature d'un état LIÉ. Un corps d'énergie mécanique négative ne peut pas s'échapper.
b) Avec r=6,771×106 m : U=−6,771×1066,674×10−11×5,972×1024×100=−5,886×109 J. La vitesse orbitale étant 7672 m/s, K=21×100×76722=2,943×109 J. L'énergie mécanique vaut E=K+U=−2,943×109 J. On vérifie bien E=21U et E=−K : c'est le théorème du viriel pour une orbite circulaire.
c) Au sol, le satellite au repos a Usol=−RGMm=−6,256×109 J et K=0, donc Esol=−6,256×109 J. L'énergie à fournir est ΔE=−2,943×109−(−6,256×109)=3,31×109 J, soit 3,31 GJ pour 100 kg. C'est l'équivalent d'environ 80 kg d'essence en énergie pure, et la fusée réelle en consomme bien davantage à cause du rendement et de la traînée.
d) Se libérer signifie atteindre l'infini avec une vitesse nulle, donc avoir une énergie mécanique nulle : 21mv2−RGMm=0, d'où vlib=R2GM. Numériquement, vlib=1,119×104 m/s, soit 11,2 km/s. On note que vlib=2vorbite à la même distance : il suffit de multiplier par 1,41 la vitesse orbitale pour s'échapper.
e) Sa vitesse AUGMENTE, ce qui est le paradoxe. Le frottement retire de l'énergie mécanique, donc E devient plus négatif, donc r diminue d'après E=−2rGMm. Or v=rGM croît quand r diminue : le satellite descend et ACCÉLÈRE. La résolution du paradoxe est que l'énergie potentielle chute deux fois plus vite que l'énergie cinétique n'augmente, le bilan restant bien une perte. C'est pourquoi la Station spatiale doit être régulièrement rehaussée, et pourquoi la rentrée atmosphérique se fait à très grande vitesse.
Un satellite de 1500 kg décrit autour de la Terre une orbite très elliptique : son périgée est à 7,00×106 m du centre de la Terre et son apogée à 4,20×107 m. On donne GM=3,986×1014 m3/s2 pour la Terre.
a) Calculez le demi-grand axe, l'excentricité et la période de révolution.
b) Utilisez la conservation du moment cinétique pour relier les vitesses au périgée et à l'apogée, puis calculez chacune d'elles.
c) Montrez que la deuxième loi de Kepler, dite loi des aires, n'est rien d'autre que la conservation du moment cinétique.
d) Calculez l'énergie mécanique du satellite au périgée et vérifiez la relation E=−2aGMm.
e) On veut circulariser l'orbite à l'altitude de l'apogée. Quel supplément de vitesse faut-il fournir, et à quel endroit de l'orbite ? Quelle énergie cela représente-t-il ?
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Réponses
a)a=2,45×107 m, e≈0,714, T≈10,6 h
b)vp/va=ra/rp=6,00 ; vp≈9880 m/s, va≈1647 m/s
c)dtdA=2mL : aire constante équivaut à moment cinétique constant
d)E≈−1,22×1010 J =−2aGMm : seul a compte
e)Δv≈1,43×103 m/s à l'APOGÉE, soit ΔE≈5,08×109 J
a) Le grand axe est la somme des deux distances extrêmes, donc a=2rp+ra=27,00×106+4,20×107=2,45×107 m. Excentricité : e=ra+rpra−rp=4,90×1073,50×107≈0,714, une ellipse très allongée. Troisième loi de Kepler, valable pour une ellipse à condition de remplacer le rayon par le DEMI-GRAND AXE : T=2πGMa3=2π3,986×1014(2,45×107)3≈3,82×104 s, soit 10,6 heures.
b) La force gravitationnelle est centrale : elle passe en permanence par le centre de la Terre, donc son moment par rapport à ce point est nul et le moment cinétique du satellite se conserve. Au périgée comme à l'apogée, la vitesse est perpendiculaire au rayon, donc L=mvprp=mvara, d'où vavp=rpra=6,00. La conservation de l'énergie fournit la seconde relation : 21vp2−rpGM=21va2−raGM. En y substituant va=vprarp on obtient vp=rp(rp+ra)2GMra≈9,88×103 m/s, et donc va=6,009880≈1,65×103 m/s. Le satellite passe au périgée six fois plus vite qu'à l'apogée.
c) Pendant un intervalle dt, le rayon vecteur balaie un triangle mince de base vdt et de hauteur égale au bras de levier. Son aire vaut dA=21r2dθ, donc la vitesse aréolaire est dtdA=21r2dtdθ=21rv⊥. Or le moment cinétique vaut L=mrv⊥, d'où dtdA=2mL. La loi des aires affirme que cette vitesse aréolaire est constante : c'est exactement dire que L est constant. Kepler avait donc découvert empiriquement, dès 1609, la conservation du moment cinétique, sans disposer du concept.
d) Au périgée : E=21mvp2−rpGMm=21(1500)(9880,1)2−7,00×106(3,986×1014)(1500)=7,32×1010−8,54×1010≈−1,22×1010 J. Vérification : −2aGMm=−2(2,45×107)(3,986×1014)(1500)≈−1,22×1010 J, identique. Cette relation est remarquable : l'énergie d'une orbite ne dépend QUE du demi-grand axe, pas de l'excentricité. Deux orbites de même a, l'une presque circulaire et l'autre très allongée, coûtent exactement la même énergie, et ont exactement la même période.
e) Il faut agir à l'APOGÉE, là où la vitesse est la plus faible. La vitesse circulaire à cette distance vaut vc=raGM=4,20×1073,986×1014≈3,08×103 m/s, alors que le satellite n'y va qu'à 1647 m/s. Il faut donc lui ajouter Δv=3081−1647≈1,43×103 m/s dans le sens du mouvement. Énergie correspondante : la nouvelle orbite circulaire a a′=ra, donc E′=−2raGMm≈−7,12×109 J, contre −1,22×1010 J auparavant, soit un apport de ΔE≈5,08×109 J. On agit à l'apogée parce qu'une poussée modifie surtout le point DIAMÉTRALEMENT OPPOSÉ de l'orbite : accélérer à l'apogée relève le périgée, ce qui est précisément ce qu'il faut pour arrondir l'ellipse. C'est la seconde impulsion d'un transfert de Hohmann, la manœuvre standard pour placer un satellite en orbite géostationnaire.
Exercice 7 : Champ nul, marées et le principe d'équivalence
Trois questions qui vont au-delà du calcul d'orbite et qui reviennent régulièrement en fin d'examen, parce qu'elles testent la compréhension plutôt que la technique.
Masse de la Lune : 7,348×1022 kg. Distance Terre-Lune : 3,844×108 m.
a) Sur la ligne Terre-Lune, à quelle distance du centre de la Terre le champ gravitationnel résultant s'annule-t-il ?
b) Exprimez ce point en pourcentage de la distance Terre-Lune et commentez.
c) Le champ n'étant pas uniforme, deux points d'un même corps subissent des accélérations différentes. Expliquez comment cela engendre les marées, et pourquoi il y en a DEUX par jour et non une.
d) Un astronaute enfermé sans hublot ne peut distinguer une chute libre d'une absence de gravité. Énoncez le principe correspondant.
e) Pourquoi la masse qui intervient dans F=Gr2Mm et celle qui intervient dans F=ma pourraient-elles a priori être des grandeurs différentes ? Quelle conséquence leur égalité a-t-elle ?
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Réponses
a)d≈3,460×108 m du centre de la Terre
b)90,0% du trajet : bien plus près de la Lune
c)Deux bourrelets opposés, traversés tous deux en 24 h
d)Le principe d'équivalence
e)Masse grave et masse inerte n'ont aucune raison d'être égales ; leur égalité fait tomber tous les corps pareillement
a) On cherche d tel que d2GMT=(D−d)2GML, avec D=3,844×108 m. En simplifiant G et en prenant la racine : dD−d=MTML=5,972×10247,348×1022=0,1109. Donc D=d(1+0,1109) et d=1,11093,844×108=3,460×108 m.
b) Le point neutre est à 3,8443,460=90,0 % du trajet, donc bien plus près de la Lune que de la Terre. C'est cohérent avec le fait que la Terre est 81 fois plus massive : il faut s'en éloigner beaucoup pour que son champ, décroissant en r21, tombe au niveau de celui de la Lune. C'est aussi le point à franchir pour qu'une sonde « tombe » vers la Lune plutôt que de retomber sur Terre.
c) Le champ lunaire est plus intense du côté de la Terre le plus proche de la Lune, et plus faible du côté opposé. Dans le référentiel de la Terre, qui tombe elle-même vers la Lune avec l'accélération du CENTRE, l'eau du côté proche est attirée PLUS que le centre, donc elle s'élève vers la Lune ; l'eau du côté opposé est attirée MOINS que le centre, donc elle est laissée en arrière, ce qui l'éloigne du centre et l'élève également. Il se forme ainsi DEUX bourrelets diamétralement opposés, et la Terre tournant sur elle-même, un point du globe traverse les deux en 24 heures : d'où deux marées hautes par jour. Ce sont les DIFFÉRENCES de champ, appelées forces de marée, qui comptent, pas le champ lui-même.
d) C'est le PRINCIPE D'ÉQUIVALENCE : aucune expérience locale ne permet de distinguer un référentiel en chute libre dans un champ gravitationnel d'un référentiel inertiel sans gravité, ni un référentiel uniformément accéléré d'un référentiel au repos dans un champ de gravité. C'est le point de départ de la relativité générale, où Einstein en déduit que la gravitation n'est pas une force mais une courbure de l'espace-temps.
e) La masse GRAVE, celle de la loi de la gravitation, mesure la façon dont un corps crée et subit la gravitation : c'est une sorte de « charge gravitationnelle », analogue à la charge électrique. La masse INERTE, celle de F=ma, mesure la résistance du corps à toute accélération, quelle qu'en soit la cause. Rien dans les principes n'impose qu'elles soient égales, pas plus que la charge électrique d'un corps n'est égale à sa masse. Or leur égalité est vérifiée expérimentalement à mieux que 10−15 près. Sa conséquence immédiate est que m se simplifie dans mg=ma : tous les corps tombent avec la même accélération, indépendamment de leur masse et de leur composition. C'est cette coïncidence, inexpliquée chez Newton, qu'Einstein a érigée en principe.
Exercice 8 : Peser un astre : de Cavendish aux exoplanètes
La gravitation est la seule interaction fondamentale qui permette de mesurer la masse d'un corps sans jamais le toucher. Cet exercice suit la méthode, de la balance de torsion à la détection des planètes extrasolaires.
Données : G=6,674×10−11 N⋅m2/kg2 ; RTerre=6,371×106 m ; g=9,82 m/s2 ; distance Terre-Soleil 1,496×1011 m ; année 3,156×107 s ; masse du Soleil 1,989×1030 kg ; masse de la Terre 5,972×1024 kg ; masse de Jupiter 1,898×1027 kg.
a) Dans l'expérience de Cavendish, une sphère de 158 kg attire une sphère de 0,730 kg dont le centre est à 0,230 m. Calculez la force et comparez-la au poids de la petite sphère. Que dit ce rapport de la difficulté de l'expérience ?
b) Expliquez comment on obtient la masse de la Terre sans jamais la placer sur une balance, et calculez-la.
c) Déterminez la masse du Soleil à partir de la seule orbite terrestre.
d) Deux étoiles d'un système double tournent autour de leur centre de masse commun. Démontrez que T2=G(m1+m2)4π2d3, où d est la distance qui les sépare. Application : une binaire de séparation 3,00 unités astronomiques et de période 2,00 ans.
e) Une étoile de une masse solaire présente une oscillation périodique de sa vitesse radiale, d'amplitude 12,5 m/s et de période 4,00 jours. En supposant l'orbite circulaire et vue par la tranche, estimez la masse de la planète responsable et exprimez-la en masses terrestres.
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Réponses
a)F≈1,46×10−7 N contre un poids de 7,17 N : 5×107 fois moins
b)M=gR2/G≈5,97×1024 kg, mesuré sans jamais peser la Terre
c)MS=GT24π2r3≈1,99×1030 kg
d)T2=G(m1+m2)4π2d3, soit 6,75 masses solaires au total
e)a≈7,38×109 m, vp≈1,34×105 m/s, mp≈31 masses terrestres
a) F=Gr2m1m2=(0,230)2(6,674×10−11)(158)(0,730)≈1,46×10−7 N. Le poids de la petite sphère vaut 0,730(9,82)≈7,17 N, soit près de 50 millions de fois plus. Mesurer une force 5×107 fois plus faible que le poids de l'objet qui la subit explique tout le dispositif de Cavendish : une balance de TORSION, où la force à mesurer agit perpendiculairement à la pesanteur et où la déviation est amplifiée par un faisceau lumineux réfléchi sur un miroir. Il fallait aussi isoler l'appareil des courants d'air, ce que Cavendish fit en l'observant depuis une autre pièce à la lunette.
b) On ne pèse pas la Terre, on la DÉDUIT. Un corps de masse m à la surface subit mg=R2GMm, où m se simplifie, d'où M=GgR2. Toutes les quantités du membre de droite se mesurent au laboratoire : g par un pendule, R par la géodésie, et G par Cavendish. C'est pourquoi son expérience fut présentée comme une pesée de la Terre. Numériquement : M=6,674×10−119,82(6,371×106)2≈5,97×1024 kg.
c) La Terre est en orbite quasi circulaire, donc r2GMSm=T24π2mr, où la masse de la Terre se simplifie. Il vient MS=GT24π2r3=(6,674×10−11)(3,156×107)24π2(1,496×1011)3≈1,99×1030 kg. Un satellite ne renseigne jamais sur sa propre masse, seulement sur celle de l'astre qu'il orbite : c'est toujours la masse du CENTRE que l'orbite trahit.
d) Chaque étoile décrit un cercle autour du centre de masse, de rayons r1 et r2 tels que m1r1=m2r2 et r1+r2=d. Pour l'étoile 1 : d2Gm1m2=m1T24π2r1, donc d2Gm2=T24π2r1. La même équation pour l'étoile 2 donne d2Gm1=T24π2r2. En additionnant : d2G(m1+m2)=T24π2(r1+r2)=T24π2d, soit T2=G(m1+m2)4π2d3. C'est la troisième loi de Kepler, dans laquelle apparaît la SOMME des masses. Application, en unités astronomiques, années et masses solaires, où la formule se réduit à m1+m2=T2d3 : 4,0027,0=6,75 masses solaires pour le couple. Observer l'orbite ne donne que la somme; il faut mesurer les deux rayons r1 et r2 pour séparer les deux masses.
e) L'étoile et la planète tournent autour de leur centre de masse commun, donc M∗v∗=mpvp : c'est cette petite oscillation de l'étoile que le décalage Doppler de son spectre révèle. Il faut d'abord la vitesse orbitale de la planète. Rayon de son orbite par la troisième loi, avec T=4,00 jours =3,456×105 s : a=(4π2GM∗T2)1/3=(4π2(6,674×10−11)(1,989×1030)(3,456×105)2)1/3≈7,38×109 m, soit environ 0,05 unité astronomique : la planète est brûlante et rase son étoile. Vitesse : vp=T2πa≈1,34×105 m/s. Masse : mp=vpM∗v∗=1,341×105(1,989×1030)(12,5)≈1,85×1026 kg, soit 5,972×10241,85×1026≈31 masses terrestres, ou encore un dixième de masse jovienne. C'est une planète de type Neptune en orbite très serrée. Deux réserves à ne jamais oublier : si l'orbite n'est pas vue exactement par la tranche, la vitesse radiale mesurée n'est qu'une projection et la méthode ne donne qu'une masse MINIMALE; et une vitesse de 12,5 m/s, à mesurer sur une étoile distante de plusieurs dizaines d'années-lumière, représente à peu près la vitesse d'un cycliste.
Exercice 9 : Problème : mettre un satellite en orbite depuis Montréal
Une agence veut placer un satellite d'observation de 1200 kg sur une orbite polaire circulaire à 800 km d'altitude. On compare le coût énergétique et l'intérêt d'un lancement équatorial.
Mêmes données terrestres. Montréal est à la latitude 45,5° nord. Rayon terrestre 6371 km, période sidérale 86 164 s.
a) Calculez le rayon orbital, la vitesse et la période du satellite.
b) Calculez l'énergie mécanique à fournir depuis le sol, en supposant le satellite initialement au repos.
c) Calculez la vitesse d'un point de la surface terrestre à l'équateur, due à la rotation de la Terre.
d) Quelle fraction de la vitesse orbitale ce coup de pouce représente-t-il ? Pourquoi les bases de lancement sont-elles installées près de l'équateur ?
e) L'orbite demandée est POLAIRE. Le lancement depuis l'équateur conserve-t-il son avantage ? Justifiez.
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Réponses
a)r=7,171×106 m, v≈7,45 km/s, T≈101 min
b)ΔE≈4,18×1010 J, soit 34,8 MJ par kilogramme
c)vrot≈464,6 m/s, environ 1670 km/h
d)6,2% : peu en proportion, énorme en ergols économisés
e)Non : pour une orbite polaire la rotation est perpendiculaire, et vaut 326 m/s à Montréal
a) r=6,371×106+8,00×105=7,171×106 m. La vitesse vaut v=rGM=7,452×103 m/s, soit 7,45 km/s. La période est T=v2πr=6046 s, soit environ 101 minutes.
b) Au sol : Esol=−RGMm=−7,507×1010 J. En orbite : Eorb=−2rGMm=−3,332×1010 J. L'énergie à fournir est ΔE=4,175×1010 J, soit environ 41,7 GJ pour 1200 kg, c'est-à-dire 34,8 MJ par kilogramme placé en orbite.
c) Un point de l'équateur parcourt la circonférence terrestre en une période sidérale : vrot=Tsid2πR=861642π×6,371×106=464,6 m/s, soit environ 1670 km/h.
d) Cela représente 7452464,6=6,2 % de la vitesse orbitale. C'est peu en pourcentage, mais considérable en pratique : chaque mètre par seconde économisé se traduit par une réduction exponentielle de la masse d'ergols, d'après l'équation de Tsiolkovski. Un lanceur partant vers l'est depuis l'équateur reçoit donc gratuitement 465 m/s, ce qui peut représenter plusieurs centaines de kilogrammes de charge utile supplémentaire. C'est la raison pour laquelle Kourou, à 5° de latitude, est le site européen, et pourquoi Cap Canaveral tire vers l'Atlantique.
e) Non, l'avantage DISPARAÎT presque entièrement. Une orbite polaire passe par les pôles, donc son plan est perpendiculaire à l'équateur : la vitesse de rotation terrestre, dirigée vers l'est, est alors perpendiculaire à la vitesse orbitale visée, et ne s'y ajoute pas. Elle devient même une nuisance qu'il faut annuler. C'est pourquoi les lancements polaires se font depuis des sites de HAUTE latitude, où vrot=T2πRcosλ est plus faible : à la latitude de Montréal, cos45,5∘=0,701, donc 326 m/s seulement. Le choix du site de lancement dépend donc entièrement de l'inclinaison de l'orbite visée, et non d'un avantage universel de l'équateur.
Exercice 10 : De la vitesse de libération au trou noir
Données : G=6,674×10−11 N⋅m2/kg2 ; Terre M=5,972×1024 kg et R=6,371×106 m ; Lune M=7,35×1022 kg et R=1,74×106 m ; Soleil M=1,989×1030 kg et R=6,96×108 m ; constante des gaz R=8,314 J/(mol⋅K) ; c=3,00×108 m/s.
a) Établissez l'expression de la vitesse de libération par un bilan d'énergie, puis calculez-la pour la Terre, la Lune et le Soleil.
b) Une atmosphère se dissipe sur des durées géologiques dès que la vitesse quadratique moyenne des molécules dépasse environ le sixième de la vitesse de libération. Pour la Lune, dont la face éclairée atteint 400 K, calculez vrms pour le dihydrogène (2,02 g/mol), le diazote (28,0 g/mol) et le dioxyde de carbone (44,0 g/mol), et concluez.
c) Refaites le calcul pour la Terre à 300 K, avec le dihydrogène et le diazote. Expliquez pourquoi notre atmosphère est riche en azote et pratiquement dépourvue d'hydrogène.
d) Un trou noir peut se définir, naïvement, comme un astre dont la vitesse de libération atteint celle de la lumière. Établissez le rayon correspondant et calculez-le pour la Terre et pour le Soleil.
e) Calculez la masse volumique moyenne d'un trou noir supermassif de 109 masses solaires. Le résultat vous surprend-il ? Quelle limite du raisonnement newtonien de la question d) faut-il par ailleurs signaler ?
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Réponses
a)vlib=2GM/R : 11,2 km/s, 2,37 km/s et 618 km/s
b)2222, 597 et 476 m/s contre un seuil de 396 m/s : aucun gaz n'est retenu
c)1925 et 517 m/s contre un seuil de 1864 m/s : l'hydrogène s'échappe, l'azote reste
d)RS=2GM/c2 : 8,86 mm pour la Terre, 2,95 km pour le Soleil
e)ρ≈18,5 kg/m³, cinquante fois moins que l'eau ; et Newton ne s'applique pas à la lumière
a) Se libérer signifie atteindre l'infini avec une vitesse nulle, donc avoir une énergie mécanique nulle, puisque U→0 quand r→∞. La condition s'écrit 21mvlib2−RGMm=0, où la masse du projectile se simplifie : vlib=R2GM. Terre : 6,371×1062(6,674×10−11)(5,972×1024)≈1,12×104 m/s, soit 11,2 km/s. Lune : ≈2,37×103 m/s. Soleil : ≈6,18×105 m/s, soit 618 km/s. Remarquons que vlib=2vorbite : il en coûte seulement 41% de vitesse en plus pour quitter définitivement un astre plutôt que de l'orbiter au ras du sol.
b) vrms=Mmolaire3RT, avec la masse molaire en kilogrammes par mole. À 400 K : dihydrogène, 2,02×10−33(8,314)(400)≈2,22×103 m/s; diazote, ≈597 m/s; dioxyde de carbone, ≈476 m/s. Le seuil lunaire vaut 62374≈396 m/s. Les TROIS gaz le dépassent, même le plus lourd. La Lune ne peut retenir aucune atmosphère, si bien qu'elle n'en a effectivement pas : sa pression de surface est de l'ordre de 10−12 fois la nôtre. Ce n'est pas une question de gravité insuffisante en soi, c'est le rapport entre agitation thermique et vitesse de libération qui décide.
c) À 300 K : dihydrogène, 2,02×10−33(8,314)(300)≈1,92×103 m/s; diazote, ≈517 m/s. Le seuil terrestre vaut 611186≈1,86×103 m/s. Le dihydrogène le dépasse, l'azote en est à peine au quart. C'est exactement ce que l'on observe : l'atmosphère terrestre est composée à 78% de diazote, alors que le dihydrogène y est présent à l'état de traces, un demi-millionième, bien qu'il soit l'élément le plus abondant de l'univers. Il ne cesse de s'échapper. Et comme vrms varie en M1, ce sont toujours les gaz LÉGERS qui partent en premier : c'est la même loi de Graham qui gouverne l'effusion en chimie.
d) On impose vlib=c dans l'expression de a) : c=RS2GM, donc RS=c22GM. C'est le rayon de Schwarzschild. Terre : (3,00×108)22(6,674×10−11)(5,972×1024)≈8,86×10−3 m, soit moins de 9 millimètres : il faudrait comprimer toute la Terre dans une bille. Soleil : ≈2,95×103 m, à peine trois kilomètres.
e) Masse : 109(1,989×1030)=1,989×1039 kg. Rayon : RS=c22GM≈2,95×1012 m, soit une vingtaine de fois la distance Terre-Soleil. Volume : 34πRS3≈1,07×1038 m3. Masse volumique : ρ=1,07×10381,989×1039≈18,5 kg/m3, c'est-à-dire environ quinze fois l'air ambiant et cinquante fois MOINS que l'eau. Le résultat surprend, et il est instructif : puisque RS est proportionnel à M alors que le volume varie comme M3, la masse volumique moyenne décroît comme M21. Un trou noir n'est donc pas nécessairement fait de matière ultra-comprimée, et franchir l'horizon d'un trou noir supermassif ne présente localement rien de spectaculaire. Réserve indispensable sur d) : le calcul newtonien donne la bonne formule par une coïncidence heureuse de facteurs, et il fut effectivement mené ainsi par John Michell dès 1783. Mais il est physiquement injustifiable, puisque la lumière n'a pas de masse et que la mécanique de Newton ne s'applique pas à elle. La relativité générale retrouve RS=c22GM avec un sens tout autre : ce n'est pas un seuil balistique que la lumière franchirait en ralentissant, c'est un HORIZON, une frontière de l'espace-temps au-delà de laquelle aucune trajectoire, quelle qu'elle soit, ne revient.
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Contactez-moi pour une première séance. La gravitation est le chapitre où une seule équation, la force centripète fournie par la gravité, donne tout le reste : encore faut-il savoir laquelle écrire en premier.