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Mécanique 203-NYA • Complément québécois de Première et cégep à Montréal

Exercices corrigés : l'équilibre statique (203-NYA)

La statique est le seul chapitre du cours où l'on n'écrit AUCUNE accélération, et c'est ce qui la rend traîtresse : tout se joue sur le choix du pivot et sur le comptage des signes. Le point à comprendre est qu'une somme de forces nulle ne garantit rien : deux forces égales et opposées appliquées en des points différents forment un couple, qui fait tourner l'objet sans le déplacer.

L'exercice 5 est celui qui frappe le plus les étudiants : porter 5 kg dans la main exige que le biceps développe près de 390 N, soit huit fois le poids soulevé, parce que la nature a choisi un levier défavorable en force pour gagner en vitesse et en amplitude de mouvement.

Rappel de cours

  • Équilibre statique : F=0\sum\vec{F}=\vec{0} ET τ=0\sum\tau=0. La première condition seule n'empêche pas la rotation.
  • Le moment se calcule TOUJOURS par rapport à un pivot choisi. À l'équilibre, la somme des moments est nulle par rapport à N'IMPORTE QUEL point : on choisit donc le pivot qui élimine le plus d'inconnues, en général le point d'application d'une force inconnue.
  • Convention : moment positif s'il tend à faire tourner dans le sens antihoraire, négatif dans le sens horaire. L'important est d'être cohérent.
  • Le poids d'un corps s'applique en son CENTRE DE GRAVITÉ. Pour un solide composé, xG=miximix_{G}=\dfrac{\sum m_{i}x_{i}}{\sum m_{i}}, et de même pour yGy_{G}. Pour une plaque homogène, les masses sont proportionnelles aux aires.
  • Un corps posé est stable tant que la verticale passant par son centre de gravité tombe DANS le polygone de sustentation.
  • Frottement statique : fsμsNf_{s}\leq\mu_{s}N. L'égalité n'est atteinte qu'à la limite du glissement, ce qui donne la condition critique.
  • Une surface LISSE ne peut exercer qu'une force NORMALE à elle-même : c'est ce qui rend le problème de l'échelle soluble.

Partie A : Conditions d'équilibre, poutres et centre de gravité (/32)

Exercice 1 : Les deux conditions, et pourquoi une seule ne suffit pas

Un corps rigide peut se déplacer et tourner. L'immobiliser exige donc d'annuler séparément ce qui cause chacun des deux mouvements.

  • a) Énoncez les deux conditions d'équilibre statique et dites quel mouvement chacune interdit.
  • b) Deux forces de 20,0 N, opposées et parallèles, sont appliquées aux deux extrémités d'une barre de 0,800 m, perpendiculairement à celle-ci. La somme des forces est-elle nulle ? La barre est-elle en équilibre ? Calculez le moment résultant.
  • c) Démontrez que si la somme des forces est nulle, la somme des moments a la même valeur quel que soit le point choisi comme pivot.
  • d) Quelle conséquence pratique tirez-vous de c pour la résolution d'un problème ?
Voir la correction

a) Première condition : F=0\sum\vec{F}=\vec{0}, qui interdit toute accélération du CENTRE DE MASSE, donc tout mouvement de translation. Seconde condition : τ=0\sum\tau=0, qui interdit toute accélération angulaire, donc toute mise en rotation. Les deux sont nécessaires et indépendantes.

b) La somme des forces est bien NULLE, puisque les deux forces sont égales et opposées. Pourtant la barre n'est PAS en équilibre : les deux forces, appliquées en des points différents, font tourner dans le MÊME sens. En prenant le centre de la barre comme pivot, chaque force a un bras de 0,400 m et produit un moment de 20,0×0,400=8,0020{,}0\times 0{,}400=8{,}00 N·m, les deux dans le même sens : τnet=16,0\tau_{net}=16{,}0 N·m. C'est ce qu'on appelle un COUPLE, et c'est exactement ce qu'on applique à un volant ou à un tournevis.

c) Soient deux pivots OO et OO', et d\vec{d} le vecteur allant de OO à OO'. Le moment d'une force Fi\vec{F}_{i} appliquée en PiP_{i} vaut, par rapport à OO', le moment par rapport à OO diminué du moment que produirait Fi\vec{F}_{i} appliquée en OO avec le bras d\vec{d}. En sommant sur toutes les forces, le terme supplémentaire se factorise en d\vec{d} multiplié par Fi\sum\vec{F}_{i}. Si cette somme est nulle, le terme disparaît et les deux sommes de moments sont ÉGALES.

d) On peut choisir le pivot LIBREMENT, et il faut en profiter. Le choix judicieux est le point d'application d'une force inconnue, car son bras devient nul et elle disparaît de l'équation des moments. Un problème à deux réactions inconnues se résout ainsi par une seule équation à une inconnue, au lieu d'un système. C'est la technique centrale de tout le chapitre, et elle explique pourquoi le résultat de c n'est pas une curiosité théorique mais l'outil de travail principal.

Exercice 2 : La poutre sur deux appuis

Le problème type du génie civil : répartir une charge entre deux appuis. Une seule équation de moments bien choisie suffit à obtenir chaque réaction séparément.

Une poutre homogène de 6,00 m et 200 kg repose sur deux appuis situés à ses extrémités. Une charge de 500 kg est posée à 2,00 m de l'appui de gauche. On prend g=9,80g=9{,}80 m/s².

  • a) Calculez la réaction de l'appui de droite en prenant l'appui de gauche comme pivot.
  • b) Calculez la réaction de l'appui de gauche, par deux méthodes différentes.
  • c) Où faudrait-il placer la charge pour que les deux appuis supportent la même force ?
  • d) Jusqu'où peut-on déplacer la charge vers la droite avant que l'appui de gauche ne soit plus sollicité du tout ? Que se passe-t-il ensuite ?
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a) Prenons l'appui de gauche comme pivot : sa réaction R1R_{1} a un bras nul et disparaît. Les moments des poids sont horaires, celui de R2R_{2} est antihoraire. R2×6,00=200×9,80×3,00+500×9,80×2,00=5880+9800=15680R_{2}\times 6{,}00=200\times 9{,}80\times 3{,}00+500\times 9{,}80\times 2{,}00=5880+9800=15\,680 N·m, d'où R2=156806,00=2613R_{2}=\dfrac{15\,680}{6{,}00}=2613 N.

b) Première méthode, par la somme des forces : R1+R2=(200+500)×9,80=6860R_{1}+R_{2}=\left(200+500\right)\times 9{,}80=6860 N, donc R1=68602613=4247R_{1}=6860-2613=4247 N. Seconde méthode, par les moments autour de l'appui de DROITE : R1×6,00=200×9,80×3,00+500×9,80×4,00=5880+19600=25480R_{1}\times 6{,}00=200\times 9{,}80\times 3{,}00+500\times 9{,}80\times 4{,}00=5880+19\,600=25\,480 N·m, d'où R1=4247R_{1}=4247 N. Les deux concordent, ce qui valide l'ensemble. Noter que l'appui le plus PROCHE de la charge en supporte la plus grande part.

c) Par symétrie, les deux réactions sont égales si la charge est au MILIEU, à 3,00 m. Chacune vaut alors 68602=3430\dfrac{6860}{2}=3430 N. On peut le vérifier : la poutre étant homogène, son propre poids est déjà réparti également ; il suffit que la charge le soit aussi.

d) L'appui de gauche cesse d'être sollicité quand R1=0R_{1}=0, c'est-à-dire quand la somme des moments autour de l'appui de droite s'annule sans lui. Cela exigerait que le moment de la charge compense celui du poids de la poutre dans l'autre sens, ce qui est impossible tant que la charge reste ENTRE les appuis : les deux moments sont alors de même sens. Il faudrait placer la charge au-delà de l'appui de droite, en porte-à-faux. La condition devient 500×9,80×x=200×9,80×3,00500\times 9{,}80\times x=200\times 9{,}80\times 3{,}00 avec xx mesuré au-delà de l'appui droit, soit x=1,20x=1{,}20 m. Au-delà, R1R_{1} deviendrait négative : un appui simple ne pouvant que POUSSER, la poutre BASCULE. C'est le calcul qui dimensionne les contrepoids de grue.

Exercice 3 : Le centre de gravité d'un solide composé

Le poids d'un corps étendu se comporte comme s'il était concentré en un point unique, le centre de gravité. Pour un solide composé, on le trouve en traitant chaque partie comme un point matériel placé en son propre centre.

Une plaque homogène en forme de L est formée de deux rectangles : le premier mesure 2,00 m sur 0,50 m et occupe la base ; le second mesure 0,50 m sur 1,80 m et se dresse à gauche, au-dessus du premier. L'origine est au coin inférieur gauche.

  • a) Donnez l'aire de chaque rectangle et les coordonnées de son centre.
  • b) Calculez les coordonnées du centre de gravité de la plaque.
  • c) Pourquoi peut-on remplacer les masses par les aires dans ce calcul ?
  • d) Le centre de gravité d'un objet peut-il se situer en dehors de la matière ? Donnez un exemple.
  • e) On pose la plaque sur sa base horizontale. Est-elle stable ? Jusqu'à quel angle d'inclinaison le reste-t-elle ?
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a) Rectangle 1, la base : aire A1=2,00×0,50=1,00A_{1}=2{,}00\times 0{,}50=1{,}00 m², centre en (1,00 ; 0,25)\left(1{,}00\ ;\ 0{,}25\right). Rectangle 2, le montant : aire A2=0,50×1,80=0,90A_{2}=0{,}50\times 1{,}80=0{,}90 m², centre en (0,25 ; 0,50+0,90)=(0,25 ; 1,40)\left(0{,}25\ ;\ 0{,}50+0{,}90\right)=\left(0{,}25\ ;\ 1{,}40\right), puisqu'il repose sur le premier.

b) xG=A1x1+A2x2A1+A2=1,00×1,00+0,90×0,251,90=1,2251,90=0,645x_{G}=\dfrac{A_{1}x_{1}+A_{2}x_{2}}{A_{1}+A_{2}}=\dfrac{1{,}00\times 1{,}00+0{,}90\times 0{,}25}{1{,}90}=\dfrac{1{,}225}{1{,}90}=0{,}645 m. yG=1,00×0,25+0,90×1,401,90=1,511,90=0,795y_{G}=\dfrac{1{,}00\times 0{,}25+0{,}90\times 1{,}40}{1{,}90}=\dfrac{1{,}51}{1{,}90}=0{,}795 m. Le centre de gravité est donc en (0,645 ; 0,795)\left(0{,}645\ ;\ 0{,}795\right).

c) Parce que la plaque est HOMOGÈNE et d'épaisseur constante : la masse de chaque morceau est alors proportionnelle à son aire, mi=σAim_{i}=\sigma A_{i} avec la même masse surfacique σ\sigma pour tous. Dans le quotient définissant xGx_{G}, le facteur σ\sigma apparaît au numérateur et au dénominateur, et se simplifie. L'argument tomberait si les deux parties étaient de matériaux différents.

d) Oui, et c'est fréquent. Le point (0,645 ; 0,795)\left(0{,}645\ ;\ 0{,}795\right) trouvé en b se situe justement dans l'échancrure du L, là où il n'y a pas de matière. Autres exemples : le centre d'un anneau, celui d'un fer à cheval, celui d'un boomerang. Le centre de gravité est un point de calcul, pas un morceau de l'objet : rien n'exige qu'il y ait de la matière à cet endroit.

e) Posée sur sa base, la plaque est stable : la verticale issue de xG=0,645x_{G}=0{,}645 m tombe bien à l'intérieur de la base, qui s'étend de 0 à 2,00 m. En inclinant la plaque autour de son arête droite, située en x=2,00x=2{,}00 m, elle bascule quand la verticale du centre de gravité dépasse cette arête. L'angle critique vérifie tanθ=2,000,6450,795=1,704\tan\theta=\dfrac{2{,}00-0{,}645}{0{,}795}=1{,}704, soit θ=59,6\theta=59{,}6^{\circ}. En basculant au contraire vers la gauche, autour de l'arête x=0x=0, l'angle critique est bien plus petit : tanθ=0,6450,795=0,811\tan\theta=\dfrac{0{,}645}{0{,}795}=0{,}811, soit 39,139{,}1^{\circ}. La plaque est donc nettement moins stable du côté du montant, ce qui est intuitif puisque la masse y est décalée.

Exercice 4 : L'échelle contre le mur

Le problème d'équilibre le plus classique, et le plus utile : il combine les deux conditions, un choix de pivot, et une condition de frottement. Le mur est supposé LISSE, ce qui impose la direction de sa réaction.

Une échelle homogène de 5,00 m et 18,0 kg s'appuie contre un mur vertical lisse, faisant un angle de 65,0° avec le sol horizontal. Une personne de 75,0 kg est montée à 3,50 m du pied. On prend g=9,80g=9{,}80 m/s².

65°mur lissesol rugueuxpersonneGN_mur
  • a) Faites l'inventaire des forces et justifiez que la réaction du mur est horizontale.
  • b) Calculez la force exercée par le mur, en prenant le pied de l'échelle comme pivot.
  • c) Calculez la réaction normale du sol, puis le coefficient de frottement statique minimal pour que l'échelle ne glisse pas.
  • d) Si le coefficient réel vaut 0,400, quel est l'angle minimal permettant à la personne d'atteindre la même hauteur ?
  • e) Pourquoi est-il plus dangereux de monter HAUT sur une échelle trop peu inclinée ?
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a) Quatre forces : le poids de l'échelle, 18,0×9,80=176,418{,}0\times 9{,}80=176{,}4 N appliqué au milieu, à 2,50 m du pied ; le poids de la personne, 75,0×9,80=73575{,}0\times 9{,}80=735 N à 3,50 m ; la réaction du mur ; la réaction du sol, qui a une composante normale et une composante de frottement. Le mur étant LISSE, il ne peut exercer aucune force tangentielle le long de sa surface, donc aucune composante verticale : sa réaction est nécessairement HORIZONTALE, perpendiculaire au mur.

b) Pivot au pied : les deux réactions du sol y ont un bras nul et disparaissent. Le bras du poids, force verticale, est la distance HORIZONTALE au pivot, soit cos65\ell\cos 65^{\circ} pour un point situé à la distance \ell le long de l'échelle. Le bras de la force du mur, horizontale, est la hauteur 5,00sin655{,}00\sin 65^{\circ}. D'où Nmur×5,00sin65=176,4×2,50cos65+735×3,50cos65N_{mur}\times 5{,}00\sin 65^{\circ}=176{,}4\times 2{,}50\cos 65^{\circ}+735\times 3{,}50\cos 65^{\circ}. Le calcul donne Nmur×4,532=186,4+1087,3=1273,7N_{mur}\times 4{,}532=186{,}4+1087{,}3=1273{,}7, soit Nmur=281N_{mur}=281 N.

c) Verticalement, le sol supporte tout le poids puisque le mur ne pousse qu'horizontalement : Nsol=176,4+735=911N_{sol}=176{,}4+735=911 N. Horizontalement, le frottement du sol équilibre exactement la poussée du mur : f=Nmur=281f=N_{mur}=281 N. La condition de non-glissement s'écrit fμsNsolf\leq\mu_{s}N_{sol}, d'où μs281911=0,308\mu_{s}\geq\dfrac{281}{911}=0{,}308.

d) La condition générale, en refaisant le calcul de b avec un angle θ\theta quelconque, s'écrit tanθmeL2+mpdμs(me+mp)L\tan\theta\geq\dfrac{m_{e}\frac{L}{2}+m_{p}d}{\mu_{s}\left(m_{e}+m_{p}\right)L}. Numériquement, tanθ18,0×2,50+75,0×3,500,400×93,0×5,00=307,5186,0=1,653\tan\theta\geq\dfrac{18{,}0\times 2{,}50+75{,}0\times 3{,}50}{0{,}400\times 93{,}0\times 5{,}00}=\dfrac{307{,}5}{186{,}0}=1{,}653, soit θ58,8\theta\geq 58{,}8^{\circ}. L'échelle inclinée à 65,0° est donc bien au-dessus de la limite : elle tient.

e) Parce que le moment déstabilisant croît avec la distance dd de la personne au pied, alors que le moment résistant, lui, ne change pas. En montant, on augmente donc NmurN_{mur}, donc le frottement exigé au sol, sans augmenter la réaction normale autrement que du poids déjà compté. Une échelle peu inclinée aggrave tout, parce que le bras des poids varie comme cosθ\cos\theta, qui grandit quand θ\theta diminue, tandis que le bras de la réaction du mur varie comme sinθ\sin\theta, qui rapetisse. Les deux effets jouent dans le même sens et le rapport explose. C'est pourquoi la règle de sécurité impose de placer le pied à un quart de la longueur du mur, ce qui correspond à environ 75°, et de ne jamais monter sur les derniers barreaux.

Partie B : Niveau examen (/18)

Exercice 5 : Le levier, du pied-de-biche à l'avant-bras

Une machine simple échange de la force contre du déplacement. Le corps humain est truffé de leviers, mais presque tous sont défavorables en force : l'évolution a privilégié la vitesse et l'amplitude.

Un avant-bras horizontal tient une masse de 5,00 kg dans la main, à 0,350 m de l'articulation du coude. Le biceps s'insère à 0,050 m du coude et tire verticalement vers le haut. L'avant-bras lui-même pèse 1,50 kg, son centre de gravité étant à 0,150 m du coude. On prend g=9,80g=9{,}80 m/s².

  • a) Un pied-de-biche a un bras d'entrée de 0,600 m et un bras de sortie de 0,150 m. Quelle force faut-il exercer pour produire 200 N à l'extrémité courte ?
  • b) Pour l'avant-bras, calculez la force développée par le biceps en prenant le coude comme pivot.
  • c) Comparez cette force au poids soulevé. Commentez.
  • d) Calculez la force exercée par l'articulation du coude sur l'avant-bras.
  • e) Pourquoi la nature a-t-elle retenu un levier aussi défavorable en force ?
Voir la correction

a) À l'équilibre, les moments s'égalent : Fentreˊe×0,600=200×0,150F_{entrée}\times 0{,}600=200\times 0{,}150, d'où Fentreˊe=30,00,600=50,0F_{entrée}=\dfrac{30{,}0}{0{,}600}=50{,}0 N. L'avantage mécanique est de 4 : on produit quatre fois la force appliquée, au prix d'un déplacement quatre fois plus grand.

b) Pivot au coude, ce qui élimine la force articulaire inconnue. Le moment du biceps, antihoraire, équilibre ceux des deux poids, horaires : Fb×0,050=5,00×9,80×0,350+1,50×9,80×0,150=17,15+2,205=19,36F_{b}\times 0{,}050=5{,}00\times 9{,}80\times 0{,}350+1{,}50\times 9{,}80\times 0{,}150=17{,}15+2{,}205=19{,}36 N·m. D'où Fb=19,3550,050=387F_{b}=\dfrac{19{,}355}{0{,}050}=387 N.

c) Le poids soulevé n'est que 5,00×9,80=49,05{,}00\times 9{,}80=49{,}0 N. Le biceps doit donc tirer environ HUIT FOIS plus fort que la charge portée. C'est un levier du troisième genre, où la force motrice s'applique ENTRE le pivot et la charge : il n'y a aucun avantage mécanique, seulement un désavantage. Le muscle doit compenser un bras de levier sept fois plus court que celui de la charge.

d) Les forces verticales doivent s'équilibrer. Vers le haut, le biceps tire 387,1 N. Vers le bas, les deux poids totalisent 49,0+14,7=63,749{,}0+14{,}7=63{,}7 N. Le solde, 387,163,7=323,4387{,}1-63{,}7=323{,}4 N, doit être équilibré par l'articulation, qui exerce donc sur l'avant-bras une force de 323 N dirigée vers le BAS. Le coude est ainsi comprimé bien plus fortement que ne le suggère la charge tenue, ce qui explique l'usure articulaire chez les travailleurs manuels.

e) Parce qu'un levier échange toujours force et déplacement, et que le compromis inverse serait invivable. Avec un bras de 0,050 m contre 0,350 m, la main se déplace SEPT FOIS plus vite et sept fois plus loin que le point d'insertion du biceps. Un muscle ne peut se raccourcir que d'environ un tiers de sa longueur : si l'insertion était plus éloignée pour gagner en force, l'amplitude du geste s'effondrerait et le bras ne pourrait presque plus se plier. La nature a donc choisi la VITESSE et l'AMPLITUDE, quitte à exiger des muscles très puissants. C'est le bon compromis pour lancer, frapper ou attraper, activités où la vitesse compte davantage que la force brute.

Exercice 6 : Problème : la flèche de grue et son câble

Une flèche horizontale articulée sur un pylône, retenue par un câble oblique : c'est la configuration de toutes les grues et de tous les bras de levage. La tension du câble y est bien plus grande que la charge, et la réaction de l'articulation réserve une surprise.

Une flèche homogène de 4,00 m et 60,0 kg est articulée sur un pylône vertical. Un câble part du pylône et rejoint la flèche à 3,00 m de l'articulation, en faisant un angle de 40,0° avec elle. Une charge de 200 kg est suspendue à l'extrémité libre. On prend g=9,80g=9{,}80 m/s².

  • a) Calculez la tension du câble, en prenant l'articulation comme pivot.
  • b) Comparez cette tension au poids de la charge et expliquez l'écart.
  • c) Calculez les deux composantes de la force exercée par l'articulation sur la flèche.
  • d) Commentez le signe de la composante verticale. Était-ce prévisible ?
  • e) Si l'on rapprochait l'attache du câble de l'articulation, la tension augmenterait-elle ou diminuerait-elle ? Quelle contrainte pratique cela impose-t-il ?
Voir la correction

a) Pivot à l'articulation, ce qui élimine sa réaction. Seule la composante PERPENDICULAIRE du câble produit un moment, soit Tsin40,0T\sin 40{,}0^{\circ}, avec un bras de 3,00 m. Les deux poids sont verticaux, donc perpendiculaires à la flèche horizontale, avec des bras de 2,00 m et 4,00 m. D'où Tsin40,0×3,00=60,0×9,80×2,00+200×9,80×4,00=1176+7840=9016T\sin 40{,}0^{\circ}\times 3{,}00=60{,}0\times 9{,}80\times 2{,}00+200\times 9{,}80\times 4{,}00=1176+7840=9016 N·m. Alors T=90163,00×0,6428=4675T=\dfrac{9016}{3{,}00\times 0{,}6428}=4675 N.

b) Le poids de la charge vaut 200×9,80=1960200\times 9{,}80=1960 N : la tension est 2,4 fois plus grande. Deux causes se cumulent. D'abord le câble est attaché à 3,00 m alors que la charge pend à 4,00 m, ce qui lui donne un bras plus court. Ensuite et surtout, il tire sous un angle de 40,0° seulement, si bien que la fraction utile de sa tension n'est que sin40=0,643\sin 40^{\circ}=0{,}643. Un câble presque parallèle à la flèche serait presque inutile.

c) Horizontalement, seule la composante horizontale du câble tire la flèche vers le pylône : Hx=Tcos40,0=4675×0,766=3582H_{x}=T\cos 40{,}0^{\circ}=4675\times 0{,}766=3582 N, l'articulation devant pousser d'autant en sens inverse. Verticalement, Hy+Tsin40,0=(60,0+200)×9,80H_{y}+T\sin 40{,}0^{\circ}=\left(60{,}0+200\right)\times 9{,}80, d'où Hy=25483005=457H_{y}=2548-3005=-457 N. La force totale de l'articulation a pour norme 35822+4572=3611\sqrt{3582^{2}+457^{2}}=3611 N.

d) La composante verticale est NÉGATIVE : l'articulation tire la flèche vers le BAS, elle ne la soutient pas. C'était prévisible : la composante verticale du câble, 30053005 N, dépasse à elle seule le poids total de 25482548 N. Le câble soulève donc plus qu'il ne faut, et l'articulation doit retenir la flèche pour l'empêcher de pivoter vers le haut. C'est un résultat contre-intuitif mais parfaitement courant dans ce type de montage, et il impose que l'articulation soit un axe capable de tirer, non un simple appui.

e) Elle AUGMENTERAIT, car le bras du câble diminuerait alors que celui des charges resterait le même : à moment identique, une force appliquée plus près du pivot doit être plus grande. Attacher le câble à 1,50 m au lieu de 3,00 m doublerait la tension, à plus de 9300 N. La contrainte pratique est donc d'attacher le câble AUSSI LOIN que possible de l'articulation et sous l'angle le plus ouvert possible, ce qui explique la silhouette des grues, avec leur mât haut et leurs haubans très écartés. Toute la conception vise à maximiser sinθ\sin\theta et le bras de levier simultanément.

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