Exercice 1 : Les pluies acides
9 points Acide-base, pKa et titragesCinétique chimiqueDéterminer la composition d'un système : lois, spectres et domaines de validité
Formées à partir du dioxyde de soufre et des oxydes d'azote liés aux activités humaines et rejetés dans l'atmosphère, les pluies acides engendrent des problèmes de santé. Elles ont aussi des conséquences visibles sur le sol, la flore et la faune, les métaux, etc. Les pierres calcaires de nombreux bâtiments et statues sont également détériorées par ces pluies acides.
D'après https://www.futura-sciences.com
Le but de cet exercice est d'étudier l'origine des pluies acides ainsi que leurs conséquences sur les bâtiments et les statues, et enfin d'analyser un protocole de contrôle de qualité de l'air.
Données :
• masse molaire du carbonate de calcium : ;
• masse molaire du dioxyde de soufre : ;
• constante des gaz parfaits : ;
• masse volumique de l'eau : ;
• concentration standard : ;
• espèces chimiques carbonées en solution : , et .
- 1. Origine des pluies acides
- L'eau de pluie non polluée est naturellement acide et son pH est d'environ 5,6 à 25 °C. Cette acidité est due à la dissolution dans l'eau du dioxyde de carbone . La concentration à l'équilibre en dioxyde de carbone dissous dans une eau de pluie non polluée à 25 °C est .
Figure 1. Diagramme de distribution des espèces , et en solution aqueuse à 25 °C - Q1. Écrire l'équation de la réaction acide-base modélisant la transformation chimique entre le dioxyde de carbone dissous et l'eau. Justifier le fait que le dioxyde de carbone puisse rendre acides les pluies.
- Q2. En utilisant la figure 1, vérifier que la valeur du du couple est voisine de 6,4 à 25 °C.
- On suppose que seule la réaction entre le dioxyde de carbone dissous et l'eau a lieu et que la concentration en à l'équilibre, imposée par le dioxyde de carbone présent dans l'atmosphère, est toujours égale à .
- Q3. Donner la relation entre les concentrations des espèces et à l'équilibre, notées et , puis montrer que la constante d'acidité a pour expression :
- Q4. Retrouver que la valeur du pH de l'eau de pluie non polluée à 25 °C est de 5,6.
- Une eau de pluie est dite acide lorsque son pH est inférieur à 5,6 à 25 °C. L'acidification de l'eau de pluie est due, entre autres, au rejet dans l'atmosphère d'oxydes d'azote et qui conduisent à la formation d'acide nitrique .
- Afin d'étudier les propriétés acido-basiques de l'acide nitrique, on prépare un volume de 2,00 L d'une solution aqueuse S d'acide nitrique diluée 400 fois à partir d'une solution commerciale de concentration .
- Q5. Indiquer, en précisant les volumes, la verrerie à utiliser pour préparer 2,00 L de solution aqueuse S d'acide nitrique à partir de la solution commerciale .
- On plonge une sonde pH-métrique dans la solution S : le pH-mètre affiche une valeur de 1,42 à 25 °C.
- Q6. Déterminer, en justifiant, si la mesure du pH est cohérente avec le fait que l'acide nitrique est un acide fort dans l'eau.
- 2. Conséquences des pluies acides
- Dans cette partie on se propose d'expliquer la dégradation, par les pluies acides, des bâtiments et des statues construits avec des roches calcaires composées principalement de carbonate de calcium .
- Afin de simuler l'effet des pluies acides sur les roches calcaires, on fait réagir du carbonate de calcium avec une solution d'acide chlorhydrique. Le protocole décrit ci-dessous est réalisé à une température de 295 K :
- dans une fiole à vide de volume total 330 mL, on verse 50 mL d'une solution d'acide chlorhydrique. On considère que le volume restant disponible pour du gaz dans la fiole est ainsi de 280 mL ;
- on relie, par un tuyau, la fiole à vide à un manomètre ;
- à la date , on introduit rapidement dans la fiole à vide 2,0 g de carbonate de calcium solide, on bouche la fiole à vide puis on relève les valeurs de pression indiquées par le manomètre au cours du temps. On considère que l'introduction du carbonate de calcium ne modifie pas le volume disponible pour le gaz.
Figure 2. Schéma du montage expérimental - Les résultats ci-dessous sont donnés pour trois conditions expérimentales différentes :
Concentration de la solution d'acide chlorhydrique utilisée État de division du carbonate de calcium Temps de demi-réaction Expérience n°1 en poudre à déterminer Expérience n°2 en poudre 80 s Expérience n°3 en morceaux s - La transformation chimique ayant lieu lors de chacune des expériences peut être modélisée par la réaction, supposée totale, d'équation :
- Les résultats obtenus permettent de tracer la courbe d'évolution de la pression de dioxyde de carbone gazeux formé en fonction du temps pour l'expérience n°1. Les résultats sont présentés sur la figure 3. Cette pression tient compte de l'estimation des pertes liées à la manipulation.
- Dans les différentes conditions expérimentales, le dioxyde de carbone gazeux est assimilé à un gaz parfait dont l'expression de la pression s'écrit :
- où s'exprime en Pa, s'exprime en mol, s'exprime en K et s'exprime en .
Figure 3. Évolution de la pression de dioxyde de carbone gazeux en fonction du temps pour l'expérience n°1 - Q7. Montrer que la quantité de matière théorique maximale de dioxyde de carbone gazeux pouvant être obtenue dans les conditions de l'expérience n°1 est mol.
- Q8. Estimer la quantité de matière de dioxyde de carbone gazeux réellement présente dans la fiole à vide dans l'état final lors de l'expérience n°1. Commenter le résultat obtenu.
- Q9. Estimer, en expliquant la démarche, le temps de demi-réaction de la transformation chimique mise en œuvre dans l'expérience n°1.
- Q10. En exploitant les résultats des trois expériences réalisées, indiquer un facteur qui influence la cinétique de la détérioration des bâtiments et des statues.
- 3. Prévention des pluies acides : contrôle de la qualité de l'air
- Afin de réduire les émissions d'oxydes d'azote et de dioxyde de soufre , espèces également responsables de l'acidité des pluies, plusieurs dispositions règlementaires ont été prises dans de nombreux pays. Des normes de qualité de l'air ont été fixées pour le dioxyde de soufre , et un contrôle régulier de sa concentration dans l'air est réalisé.
- On donne ci-après les normes de qualité de l'air liées à la concentration en masse de dioxyde de soufre dans l'air en France.
Norme Concentration en masse Période Objectif de qualité en moyenne annuelle Valeur limite en moyenne journalière à ne pas dépasser plus de 3 jours par an Seuil d'information et de recommandation en moyenne horaire - D'après https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/pollution-lair-origines-situation-et-impacts
- Afin de déterminer la concentration du dioxyde de soufre dans l'air, on réalise l'expérience suivante :
- étape 1 : avec une pompe, on fait barboter de l'air, en continu pendant 7 jours, dans une solution aqueuse de peroxyde d'hydrogène . Le volume total d'air ainsi utilisé est de . On obtient une solution aqueuse notée ; on suppose que toute la quantité de dioxyde de soufre apporté par l'air au cours de son barbotage se dissout dans la solution de peroxyde d'hydrogène et que c'est la seule espèce acide ;
- étape 2 : on titre les ions oxonium de la solution par une solution aqueuse d'hydroxyde de sodium de concentration égale à . Le volume de solution versé à l'équivalence du titrage est mL. - Q11. La transformation chimique ayant lieu lors de l'étape 1 est totale et peut être modélisée par la réaction d'équation :
Sachant que le peroxyde d'hydrogène a été introduit en excès, déterminer la relation entre la quantité de matière de dioxyde de soufre présent dans l'air analysé et la quantité de matière d'ions oxonium contenus dans la solution . - Q12. En considérant que la concentration en masse du dioxyde du soufre dans l'air n'a pas varié pendant toute la durée de l'étape 1, déterminer si les d'air analysé respectent les normes de qualité concernant le dioxyde de soufre. Commenter le protocole et les hypothèses du raisonnement.
Le candidat est invité à prendre des initiatives et à présenter la démarche suivie, même si elle n'a pas abouti. La démarche est évaluée et nécessite d'être correctement présentée.
Voir la correction
Réponses
- Q1 : il se forme des ions oxonium, le pH passe sous 7
- Q2 Croisement des courbes de et à 50 % vers pH 6,3 à 6,4 :
- Q3 , d'où
- Q4 ;
- Q5 Pipette jaugée de 5,00 mL et fiole jaugée de 2,00 L ()
- Q6 , acide fort : , cohérent avec la mesure
- Q7 limitant ( mol) : mol
- Q8 Pa : mol, transformation totale
- Q9 Pa : s
- Q10 La concentration de l'acide (expériences 1 et 2) ou l'état de division du calcaire (expériences 2 et 3)
- Q11
- Q12 : valeur limite et seuil horaire respectés, objectif de qualité annuel dépassé
Q1. Le dioxyde de carbone dissous est l'acide du couple ; l'eau joue le rôle de base, dans le couple . Les deux demi-équations s'écrivent et , et leur somme donne l'équation de la réaction acide-base :
Cette réaction forme des ions oxonium : dans l'eau de pluie, devient supérieure à , donc le pH devient inférieur à 7 à 25 °C : la pluie est acide. Le dioxyde de carbone de l'air, en se dissolvant, rend donc la pluie acide même en l'absence de toute pollution. Erreur fréquente : écrire une seule molécule d'eau, ce qui laisse l'équation non équilibrée en hydrogène et en oxygène ; la seconde molécule d'eau est celle que l'on associe à dans l'écriture du couple.
Q2. Propriété du diagramme de distribution : quand , la relation donne , soit 50 % de chacune des deux espèces. Le du couple est donc l'abscisse du point d'intersection des courbes de et de .
Sur la figure 1, ces deux courbes se croisent à l'ordonnée 50 % pour un pH compris entre 6,3 et 6,4 : , ce qui confirme la valeur annoncée à la précision de la lecture. Piège : le second croisement, vers pH 10,3, est celui des courbes de et de ; il donne le de l'autre couple, .
Q3. D'après l'équation de la réaction, chaque ion formé s'accompagne d'un ion , avec les mêmes nombres stœchiométriques. Comme seule cette réaction a lieu (l'autoprotolyse de l'eau est négligée) et que l'eau de pluie ne contenait au départ ni l'un ni l'autre, les deux ions ont la même concentration à l'équilibre : .
La constante d'acidité du couple s'écrit avec les concentrations à l'équilibre rapportées à , l'eau, solvant, n'y figurant pas : . En remplaçant par : , l'expression demandée. Le du dénominateur rend sans dimension, comme toute constante d'équilibre.
Q4. On isole dans la relation de Q3 : , avec .
, d'où , soit : on retrouve la valeur de l'énoncé. Forme équivalente, sans passer par la concentration : .
Vérifications. Le pH obtenu est inférieur au : prédomine, ce qui est cohérent avec , environ six fois plus petit que . Et : l'autoprotolyse de l'eau est bien négligeable.
Q5. Une dilution conserve la quantité de matière de soluté : , et le facteur de dilution vaut . Le volume de solution commerciale à prélever est donc mL.
Verrerie : une pipette jaugée de 5,00 mL (avec sa propipette) pour prélever dans un bécher, et une fiole jaugée de 2,00 L (2000 mL) pour la solution S. Mode opératoire : verser de l'eau distillée dans la fiole jaugée, y introduire les 5,00 mL de solution commerciale, compléter avec de l'eau distillée jusqu'au trait de jauge, puis boucher et homogénéiser. La solution commerciale, très concentrée, est corrosive : gants, lunettes et blouse, et on verse l'acide dans l'eau, jamais l'inverse. Erreur fréquente : proposer une éprouvette graduée, beaucoup trop imprécise pour un prélèvement de quelques millilitres.
Q6. Concentration en soluté apporté de la solution S : .
Un acide fort réagit totalement avec l'eau : . Chaque molécule d'acide introduite donne un ion oxonium, donc et le pH attendu vaut .
C'est exactement la valeur affichée par le pH-mètre : la mesure est cohérente avec le caractère fort de l'acide nitrique. Un acide faible de même concentration n'aurait réagi que partiellement avec l'eau, et le pH mesuré aurait été supérieur à 1,42.
Q7. Quantités initiales des réactifs. Carbonate de calcium : mol. Ions oxonium apportés par l'acide chlorhydrique, acide fort : mol.
Avancement maximal. Si était limitant : , soit mol. Si était limitant : , soit mol. L'avancement maximal est la plus petite de ces deux valeurs : mol, et les ions oxonium sont le réactif limitant (le carbonate de calcium est en large excès).
D'après l'équation, , donc mol, la valeur annoncée. Erreur fréquente : oublier le nombre stœchiométrique 2 devant , ce qui donne mol, deux fois trop.
Q8. Dans l'état final, la pression lue en fin de courbe se stabilise vers Pa (le dernier point, à 2500 s, est à Pa et la courbe ne monte presque plus). Loi des gaz parfaits, avec mL et K :
mol (calcul : mol).
Commentaire : la quantité de dioxyde de carbone réellement formée est égale, à la précision de la lecture, à la quantité maximale calculée en Q7 (environ 99 %). La transformation atteint son avancement maximal : elle est bien totale, comme le suppose l'énoncé, et les ions oxonium sont entièrement consommés. Vérification dans l'autre sens : donnerait une pression Pa, valeur vers laquelle tend la courbe. Erreur fréquente : laisser le volume en mL ou en L, ce qui décale le résultat d'un facteur ou ; la relation fournie impose des .
Q9. Le temps de demi-réaction est la durée au bout de laquelle l'avancement atteint la moitié de sa valeur finale : . Ici , et à et constants la relation montre que la pression est proportionnelle à l'avancement. Le temps de demi-réaction est donc l'instant où la pression vaut la moitié de sa valeur finale : Pa.
On trace l'horizontale d'ordonnée Pa jusqu'à la courbe et on lit l'abscisse du point : la pression vaut Pa vers 200 s et Pa vers 250 s, donc s. Une lecture entre 230 et 260 s est correcte. Vérification : l'expérience n°2, avec un acide deux fois plus concentré, a un temps de demi-réaction plus court (80 s), ce qui est cohérent avec la question suivante. Piège : n'est pas la moitié de la durée de la transformation (environ 2500 s ici) ; il se lit sur l'axe des temps à mi-hauteur de la grandeur suivie.
Q10. On compare deux expériences qui ne diffèrent que par un seul paramètre.
Expériences n°1 et n°2 : même carbonate de calcium en poudre, mais une solution d'acide deux fois plus concentrée dans l'expérience n°2. Le temps de demi-réaction passe d'environ 250 s à 80 s : la concentration en ions oxonium, c'est-à-dire l'acidité de la pluie, est un facteur cinétique. Plus la pluie est acide, plus la détérioration des bâtiments et des statues est rapide.
Expériences n°2 et n°3 : même concentration, mais carbonate de calcium en poudre ou en morceaux. Le temps de demi-réaction passe de 80 s à s : l'état de division du solide, donc la surface de contact entre la roche et l'acide, est aussi un facteur cinétique. Une pierre fissurée ou poreuse, qui offre plus de surface à la pluie, se dégrade plus vite. Un seul facteur était demandé. Erreur fréquente : comparer les expériences n°1 et n°3, où deux paramètres changent à la fois, ce qui ne permet de conclure sur aucun des deux.
Q11. Le peroxyde d'hydrogène est en excès et la transformation est totale : le dioxyde de soufre est le réactif limitant et il est entièrement consommé, donc . D'après l'équation, il se forme deux ions oxonium par molécule de : , soit . Piège : inverser le rapport et écrire ; on contrôle avec le bon sens, il y a plus d'ions oxonium formés que de molécules de consommées.
Q12. La démarche tient en quatre étapes : quantité d'ions oxonium par le titrage, quantité de par Q11, masse de , concentration en masse dans l'air, puis comparaison aux normes.
Titrage. Réaction support : . À l'équivalence, les réactifs ont été introduits dans les proportions stœchiométriques : mol.
Dioxyde de soufre. D'après Q11 : mol, soit une masse g (calcul : ).
Concentration en masse dans l'air : .
Comparaison aux normes, la concentration étant supposée constante pendant les 7 jours. Chaque moyenne horaire et chaque moyenne journalière vaut alors : c'est inférieur au seuil d'information de et à la valeur limite de , ces deux normes sont respectées. En revanche, dépasse l'objectif de qualité de : si cette concentration se maintenait toute l'année, l'objectif de qualité ne serait pas atteint.
Commentaires sur le protocole et les hypothèses. (1) Une mesure intégrée sur 7 jours ne dit rien des pics : l'hypothèse d'une concentration constante est forte, et une moyenne horaire au-dessus de reste possible même avec une moyenne hebdomadaire de 69. (2) Une semaine ne représente pas une année : l'objectif de qualité, défini en moyenne annuelle, ne peut pas être jugé sur cette seule mesure. (3) Le dioxyde de soufre est supposé être la seule espèce acide ; or le dioxyde de carbone de l'air se dissout aussi (question Q1) et les oxydes d'azote donnent de l'acide nitrique : une partie des ions oxonium titrés peut venir d'eux, ce qui surestime la concentration en . (4) À l'inverse, si tout le ne se dissout pas pendant le barbotage, la concentration est sous-estimée. (5) Le volume équivalent, 4,0 mL, est petit : l'incertitude relative de lecture à la burette est plus grande que pour un volume de 10 à 20 mL. Un essai à blanc sur la solution de peroxyde d'hydrogène seule permettrait aussi de vérifier qu'elle n'apporte pas d'acidité.
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