Exercice 1 : La physique au service du vigneron
11 points Le dipôle RC : charge, décharge et constante de tempsTransferts thermiquesModéliser l'écoulement d'un fluide : Archimède et BernoulliRésolution de problème et exploitation de documents
La vinification est le processus de transformation du jus de raisin en vin par fermentation. Lors des premières étapes de vinification, on fait éclater les grains de raisin et le jus extrait est placé dans une cuve de stockage. Commence alors la fermentation alcoolique, étape pendant laquelle une partie du sucre se transforme en alcool. Au cours de ce processus, le vigneron doit contrôler la température et la masse volumique du jus.
L'objectif de cet exercice est d'étudier comment la physique peut être utile au vigneron pour mesurer le niveau de remplissage de la cuve de stockage, contrôler la température du jus de raisin et en déterminer le taux de sucre au cours de la fermentation.
1. Étude du principe du capteur de niveau
La cuve de stockage est équipée d'un capteur de niveau de type capacitif permettant de contrôler la hauteur de liquide (figure 1).
- Ce capteur est constitué d'une tige conductrice recouverte d'une très fine couche d'isolant. Lorsque celle-ci trempe dans un liquide conducteur, comme le jus de raisin, elle constitue une des armatures d'un condensateur et le liquide en constitue l'autre. On considère pour simplifier que l'ensemble se comporte comme un condensateur plan (figure 2).
- On souhaite étudier en laboratoire le principe de ce capteur et l'influence de la hauteur de liquide sur le comportement d'un tel condensateur en réalisant le montage représenté sur la figure 3 :
- une feuille d'aluminium rectangulaire de largeur cm constitue l'armature 1 du condensateur ;
- une feuille plastifiée d'épaisseur de polyester joue le rôle d'isolant ;
- la plaque, formée par la feuille d'aluminium et la feuille plastifiée, est plongée dans un récipient et en touche le fond. Elle est en contact sur une hauteur avec un liquide conducteur qui joue le rôle de l'armature 2 du condensateur ;
- un fil dénudé permet d'établir un contact électrique avec le liquide.
Figure 2. Caractéristiques géométriques d'un condensateur plan
Figure 3. Schéma du dispositif expérimental - Données :
• la surface de chaque armature du dispositif expérimental s'exprime par la relation : ;
• la capacité du condensateur plan de ce dispositif s'exprime par la relation : avec en farad (F), en , en m et , grandeur caractéristique de l'isolant appelée permittivité, exprimée en . - Q1. Expliquer pourquoi ce capteur ne peut pas être utilisé dans un liquide isolant.
- Q2. Préciser si la capacité du condensateur augmente ou diminue lorsque la hauteur de liquide dans lequel l'ensemble est plongé augmente.
- Pour mesurer la valeur de la capacité du condensateur, on réalise le circuit électrique représenté à la figure 4. Il comporte :
- un générateur idéal de tension V ;
- un conducteur ohmique de résistance ;
- le dispositif expérimental de la figure 3 jouant le rôle d'un condensateur de capacité ;
- un interrupteur à deux positions.
Figure 4. Schéma du circuit électrique permettant de mesurer la capacité - L'interrupteur est préalablement placé en position 1 afin de décharger le condensateur. À l'instant , le condensateur est déchargé et l'interrupteur est basculé en position 2.
- Q3. Montrer que, lors de sa charge, la tension aux bornes du condensateur obéit à l'équation différentielle suivante :
- Q4. La tension d'expression est solution de cette équation différentielle. Déterminer, en fonction des paramètres , et , les expressions des constantes , et adaptées aux conditions de l'expérience.
- On réalise une première expérience de charge du condensateur pour une hauteur de liquide. La figure 5 représente l'évolution temporelle de la tension aux bornes de ce condensateur.
Figure 5. Évolution temporelle de la tension aux bornes du condensateur lors de sa charge - L'expérience est reproduite pour différentes hauteurs de liquide. La représentation graphique de la variation de la capacité du condensateur en fonction de la hauteur de liquide est donnée en figure 6. Une droite de modélisation y a été tracée.
Figure 6. Variation de la capacité du condensateur en fonction de la hauteur de liquide - Q5. À l'aide des figures 5 et 6, déterminer la hauteur de liquide utilisée dans la première expérience.
- Le candidat est invité à prendre des initiatives et à présenter la démarche suivie, même si elle n'a pas abouti. La démarche est évaluée et nécessite d'être correctement présentée.
- 2. Contrôle de la température du jus de raisin
- Pour que la fermentation alcoolique se produise, la température du jus doit être maintenue autour de 18 °C. Ainsi, la cuve de stockage est équipée d'un échangeur thermique plongeant dans le jus permettant d'assurer soit un chauffage soit un refroidissement du jus, en fonction des variations constatées de la température de celui-ci.
- On souhaite établir le bilan énergétique du système {jus de raisin} afin de déterminer la puissance de l'échangeur thermique à utiliser.
- La figure 7 présente les puissances échangées entre le système {jus de raisin} et le milieu extérieur. On considère que le jus de raisin est à l'équilibre thermique.
Figure 7. Bilan de puissances du système - Données :
• température du jus à maintenir lors de la fermentation alcoolique : °C ;
• température moyenne de l'air extérieur : °C ;
• caractéristiques de la cuve de stockage :
◦ contenance : ;
◦ surface d'échange thermique : ;
• la capacité thermique de l'ensemble du jus de raisin est notée (en ) ;
• la fermentation d'une masse de jus dégage une puissance thermique donnée par une loi empirique : où est en kg et en W ;
• flux thermique entre l'extérieur et l'intérieur de la cuve de stockage :
avec :
◦ la surface d'échange thermique (en ) ;
◦ le coefficient global d'échange par les parois de la cuve de stockage : ;
• masse volumique du jus de raisin au cours de la fermentation alcoolique : . - Q6. Indiquer, en justifiant, le sens du transfert thermique s'opérant entre le jus maintenu à la température et l'air extérieur à la température lors de la fermentation alcoolique.
- Q7. Calculer la valeur du flux thermique global à travers les parois de la cuve de stockage.
- Q8. Calculer la puissance dégagée par la fermentation du jus de raisin dans la cuve de stockage entièrement remplie.
- On admet que, compte tenu du dégagement d'énergie lié à la fermentation, le premier principe de la thermodynamique appliqué au système fermé {jus de raisin}, dont la température varie de entre deux instants et , conduit à la relation ci-dessous :
- Q9. Déterminer la valeur de la puissance thermique de l'échangeur interne placé dans la cuve de stockage permettant de maintenir constante la température du jus. Interpréter le signe de .
- 3. Contrôle du taux de sucre dans le jus de raisin et principe du mustimètre
- La mesure de la teneur en sucre d'un jus de raisin permet au vigneron de suivre au cours du temps le processus de fermentation. Lorsque la teneur en sucre est stabilisée à son minimum, l'étape de fermentation alcoolique est terminée.
- Pour cela, le vigneron utilise un mustimètre, appareil qui mesure la masse volumique du jus. Cette mesure permet ensuite de connaître la concentration en masse de sucre. On étudie dans cette partie le principe de fonctionnement d'un mustimètre.
- Données :
• la poussée d'Archimède est la force exercée par un fluide sur un système immergé dans ce fluide. Ses caractéristiques sont :
◦ direction : verticale ;
◦ sens : vers le haut ;
◦ valeur : où est la masse volumique du fluide, est le volume de la partie immergée du système et est l'intensité de la pesanteur ;
• le mustimètre étudié, de masse g, est composé de deux parties :
◦ un tube large, totalement immergé, de volume mL ;
◦ un tube fin gradué, de forme cylindrique, partiellement immergé, de section ; on note la hauteur immergée du tube ;
• on néglige la poussée d'Archimède due à l'air devant celle exercée par le jus de raisin. - Pour réaliser la mesure, le mustimètre est plongé dans un échantillon de jus de raisin, flotte et se stabilise : on peut alors lire la masse volumique sur le tube fin gradué (voir figure 8).
Figure 8. Schéma d'un mustimètre - Q10. Identifier les deux forces agissant sur le système {mustimètre} en équilibre dans le jus de raisin.
- Q11. Montrer que la hauteur de la partie immergée du tube fin peut s'écrire sous la forme : avec : la masse volumique du jus de raisin
- Q12. Les graduations sur le tube fin du mustimètre indiquent la valeur de la masse volumique du liquide, exprimée en . Justifier qualitativement que le mustimètre s'enfonce lorsque la masse volumique du jus diminue.
- La plage de mesure du mustimètre correspond à une hauteur immergée variant entre 1 cm et 14 cm.
- Q13. Déterminer la masse volumique minimale que peut mesurer ce mustimètre.
- Q14. La masse volumique du jus de raisin diminue lorsque le degré de fermentation augmente. Expliquer le problème que l'on rencontre lors de l'utilisation de ce mustimètre avec un jus trop fermenté.
Voir la correction
Réponses
- Q1 Le liquide doit être conducteur pour former la seconde armature : sans elle, pas de condensateur
- Q2 est proportionnelle à : elle augmente
- Q3 , , puis division par
- Q4 , ,
- Q5 s, nF, cm
- Q6 De l'air extérieur (22 °C) vers le jus (18 °C), du chaud vers le froid
- Q7 W
- Q8 kg, W
- Q9 W : l'échangeur refroidit le jus
- Q10 Le poids (vers le bas) et la poussée d'Archimède (vers le haut)
- Q11 donne l'expression demandée
- Q12 Moins de masse volumique, il faut plus de volume immergé pour équilibrer le poids : il s'enfonce
- Q13
- Q14 Sous , cm : lecture impossible, voire mustimètre qui coule
Q1. Un condensateur est formé de DEUX conducteurs, les armatures, séparés par un isolant. Ici, la tige recouverte d'isolant ne forme qu'une armature ; la seconde, c'est le liquide lui-même, qui doit donc conduire le courant pour que des charges électriques puissent s'y accumuler au contact de l'isolant. Dans un liquide isolant, aucune charge ne peut venir se répartir sur la surface mouillée : il n'y a pas de seconde armature, donc pas de condensateur dont la capacité dépendrait de la hauteur de liquide. Le fil dénudé, qui relie le liquide au circuit, ne servirait à rien non plus : il ne serait relié électriquement à rien.
Erreur fréquente : répondre que « le courant ne passe pas » sans dire pourquoi c'est gênant. Même dans un liquide conducteur, aucun courant ne traverse le condensateur (l'isolant l'en empêche) ; ce qui compte, c'est que le liquide joue le rôle d'armature.
Q2. On combine les deux relations données : . La permittivité , la largeur et l'épaisseur de l'isolant ne dépendent pas du remplissage : est proportionnelle à . Quand la hauteur de liquide augmente, la surface des armatures en regard augmente et la capacité AUGMENTE. C'est exactement ce qui fait du dispositif un capteur de niveau : mesurer , c'est mesurer .
Q3. Interrupteur en position 2 : le générateur, le conducteur ohmique et le condensateur forment une seule maille. Avec les orientations de la figure 4, en parcourant la maille, la flèche de est dans un sens et celles de et de dans le sens opposé, d'où la loi des mailles : , soit .
Loi d'Ohm, le conducteur ohmique étant en convention récepteur (flèche de opposée au sens de ) : . Relation du condensateur : sa charge vaut et l'intensité est le débit de charge, , avec orienté vers l'armature qui porte ; étant constante pendant la charge (la hauteur ne change pas), .
En remplaçant : , puis en divisant chaque terme par : , l'équation annoncée. Vérification d'homogénéité : est un temps, donc chaque terme est une tension divisée par un temps.
Q4. On injecte la forme proposée dans l'équation. Avec : , soit pour tout .
Le membre de droite est constant alors que varie avec le temps : le coefficient de l'exponentielle doit être nul, d'où ; il reste , donc . La constante se fixe par la condition initiale : le condensateur est déchargé à , , donc et .
Conclusion : , , , soit . Vérification sur la figure 5 : la tension part de 0 et tend vers V, la valeur de . Piège : l'équation seule ne donne pas ; c'est la condition initiale qui le fixe, et elle seule.
Q5. La démarche tient en trois étapes : lire la constante de temps sur la figure 5, en déduire la capacité par (question Q4), puis lire sur la droite de la figure 6 la hauteur qui correspond à cette capacité.
Étape 1, constante de temps. À , V (plus précisément V). Sur la figure 5, la tension vaut V à s et V à s : la courbe atteint V à s. Vérification : la charge est pratiquement terminée au bout de s, où V, et c'est bien vers s que les points rejoignent le palier de V. On peut aussi tracer la tangente à l'origine, qui coupe l'asymptote à la date ; la méthode des 63 % est ici plus sûre, les premiers points étant très serrés.
Étape 2, capacité. F, soit nF. L'ordre de grandeur est cohérent avec l'axe des ordonnées de la figure 6, gradué de 0 à 34 nF.
Étape 3, hauteur. La droite de modélisation de la figure 6 passe par et par : son coefficient directeur vaut , et son équation est ( en nF, en cm). Pour nF : cm. La lecture directe sur le graphe, à l'abscisse où la droite atteint 18 nF, donne la même chose : cm.
Commentaire : la droite ne passe pas exactement par l'origine (environ 1 nF pour ), ce qui traduit une capacité parasite des fils et du montage ; c'est pour cela qu'on lit sur la droite de modélisation plutôt que d'appliquer . Sa pente donne d'ailleurs la permittivité du polyester : , environ trois fois la permittivité du vide, valeur typique d'un plastique. Le correcteur évalue la démarche : les trois étapes doivent apparaître, même si la lecture finale diffère d'un centimètre.
Erreur fréquente : prendre pour la date où atteint la moitié de (environ s), ou oublier de convertir les nanofarads avant de calculer ; une capacité de quelques farads ou de quelques picofarads sortirait alors de la figure 6, ce qui doit alerter.
Q6. Un transfert thermique s'effectue spontanément du corps le plus chaud vers le corps le plus froid. L'air extérieur, à °C, est plus chaud que le jus maintenu à °C : le transfert thermique se fait de l'air extérieur VERS le jus, à travers les parois de la cuve. Le jus reçoit donc de l'énergie par ses parois, ce que traduit le signe positif de , compté comme reçu par le système sur la figure 7.
Q7. Application de la relation donnée, l'écart de température de 4 °C étant aussi un écart de 4 K : W, soit W. Les données (, un seul chiffre significatif) ne permettent pas mieux : on retient l'ordre de 430 W. Le flux est positif : le jus reçoit cette puissance de l'extérieur, en accord avec Q6.
Q8. La cuve est entièrement remplie : le volume de jus est la contenance , et sa masse vaut kg. La loi empirique donne alors W, soit W.
Piège : la loi attend une MASSE en kilogrammes. Utiliser directement le volume (2) ou le volume en litres (2 000) donne une puissance absurde ; le passage par est la vraie difficulté de la question.
Q9. Maintenir constante la température du jus impose quel que soit . La relation du premier principe donne alors , donc : les puissances reçues par le jus doivent se compenser.
D'où W, soit W.
Interprétation : sur la figure 7, est comptée positivement quand le jus REÇOIT de l'énergie de l'échangeur. Une valeur négative signifie que le jus CÈDE de l'énergie à l'échangeur, qui doit donc fonctionner en REFROIDISSEMENT et évacuer environ 710 W. C'est cohérent : le jus reçoit de l'énergie à la fois de l'air extérieur, plus chaud, et de la fermentation, qui est exothermique ; sans échangeur, sa température monterait.
Q10. Le système {mustimètre}, en équilibre dans le jus, est soumis à deux forces, la poussée d'Archimède de l'air étant négligée :
• son poids , vertical, vers le bas, de valeur , appliqué au centre de gravité ;
• la poussée d'Archimède exercée par le jus, verticale, vers le haut, de valeur , où est le volume immergé.
Q11. Le mustimètre est immobile dans le référentiel terrestre supposé galiléen : d'après le principe d'inertie (première loi de Newton), les forces qui s'exercent sur lui se compensent, . Les deux forces étant verticales et de sens opposés, leurs valeurs sont égales : .
Le volume immergé est celui du tube large, totalement immergé, plus celui de la partie immergée du tube fin, cylindre de section et de hauteur : . Après simplification par : , donc , et en divisant par : , l'expression demandée.
Vérification numérique avec le jus de la partie 2 (), en unités SI : m, soit cm, bien dans la plage de 1 à 14 cm.
Q12. Le poids du mustimètre ne change pas d'un liquide à l'autre. À l'équilibre, la poussée d'Archimède doit toujours valoir ; or elle vaut . Si la masse volumique du jus diminue, il faut un volume immergé plus grand pour obtenir la même poussée : le mustimètre s'enfonce davantage, augmente. L'expression de Q11 le confirme : est une fonction décroissante de . Conséquence pratique : les petites masses volumiques sont lues en HAUT du tube gradué, les grandes en bas.
Q13. D'après Q12, la masse volumique la plus faible mesurable correspond à l'enfoncement maximal, cm. On isole dans la relation d'équilibre : .
En unités cohérentes : mL, donc mL et (). Même calcul pour l'autre borne, cm : . Le mustimètre mesure donc entre et , ce qui encadre bien la masse volumique d'un jus en fermentation ().
Erreur fréquente : mélanger les unités, par exemple en et en cm ; travailler en mL et en g, comme ici, ou tout en SI, évite le piège.
Q14. Au cours de la fermentation, le sucre, qui alourdit le jus, est transformé en alcool, moins dense que l'eau : la masse volumique du jus diminue. Un jus trop fermenté peut descendre sous . D'après Q12, le mustimètre s'enfonce alors au-delà de cm : la surface du liquide dépasse le haut de la zone graduée et aucune valeur ne peut être lue. Pour une masse volumique encore plus faible, le volume total de l'appareil ne suffit plus à fournir une poussée égale à son poids : le mustimètre coule. Pour fixer les idées, de l'eau pure, de masse volumique , donne déjà cm : un vin fini est en bout d'échelle. Il faut alors un appareil conçu pour une plage plus basse (un alcoomètre, par exemple), avec un tube large de plus grand volume ou un lest plus léger.
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