Exercice 1 : « J'ai froid aux pieds sur le carrelage, je préfère le parquet ! »
11 points Transferts thermiquesMesure, incertitudes et chiffres significatifs
Alors que les températures des deux sols sont identiques, on ressent que l'un des deux est plus froid que l'autre !
Cette sensation est liée à l'effusivité des matériaux.
Selon Jean-Claude Krapez, ingénieur de recherche, auteur d'une thèse sur le sujet :
« L'effusivité d'un matériau caractérise la vitesse avec laquelle il peut échanger de l'énergie thermique avec son environnement. Lorsque son effusivité thermique est forte, un matériau absorbe rapidement de l'énergie thermique sans se réchauffer notablement en surface (cas de la pierre, de l'acier, du carrelage), et inversement lorsque son effusivité thermique est faible le matériau se réchauffe très rapidement sur la surface de contact avec une source chaude. Ce qui signifie que ce genre de matériaux n'absorbe pas beaucoup d'énergie thermique et que cette dernière reste en surface, comme c'est le cas pour le bois ».
La température de contact qui sera ressentie par le pied se détermine en utilisant l'effusivité des matériaux en contact.
Pour reproduire cette expérience au laboratoire afin de bien comprendre ce phénomène, on utilise un morceau de carrelage, un morceau de bois de parquet et une poche en silicone. La poche en silicone permet ainsi de simuler un pied nu car elle possède des propriétés mécaniques et thermiques similaires au dessous du pied.
1. Détermination de l'effusivité d'un matériau
Données :
• Effusivité d'un matériau : avec :
◦ : conductivité thermique du matériau (en ) ;
◦ : capacité thermique volumique du matériau (en ).
• avec :
◦ : capacité thermique du morceau de matériau utilisé en ;
◦ : volume du morceau de matériau en .
• Conductivités thermiques des matériaux : ; ; .
• Capacité thermique de l'eau en : , avec :
◦ : capacité thermique massique de l'eau, ;
◦ : masse de l'eau en kg.
• : température en kelvin ;
• : température en degré Celsius ;
• Variation de l'énergie interne d'un système incompressible : avec :
◦ : capacité thermique du système ;
◦ : variation de température du système.
• Rappel : .
- Q.1. Montrer que l'effusivité s'exprime en .
- Les conductivités thermiques des matériaux étant données, on cherche à obtenir les capacités thermiques volumiques des matériaux à partir d'une mesure de et de du morceau choisi.
- On choisit de déterminer , la capacité thermique du morceau de carrelage, par calorimétrie.
- On considère que dans un calorimètre, on néglige tout travail et tout transfert thermique avec l'extérieur.
- On place 720 g d'eau à 25,4 °C dans le calorimètre. On y insère le morceau de carrelage à 39,7 °C. On relève la température finale d'équilibre thermique au bout de quelques dizaines de secondes, le temps que les transferts thermiques se fassent. On relève une température finale de 25,9 °C.
- On considère le système {eau + carrelage} dans le calorimètre.
- Q.2. Indiquer le sens dans lequel s'opère le transfert thermique entre le corps chaud et le corps froid.
- Q.3. Rappeler le premier principe de la thermodynamique et en définir tous les termes ainsi que leurs unités. Appliquer le premier principe de la thermodynamique au système dans le calorimètre.
- Q.4. Montrer que la variation d'énergie interne de l'eau dans le calorimètre vaut J.
- Q.5. En déduire que la capacité thermique du morceau de carrelage vaut .
- Pour l'étude de la capacité thermique du carrelage, on utilise un morceau de carrelage de volume .
- Q.6. Calculer la valeur de la capacité thermique volumique du carrelage .
- Q.7. Montrer que l'effusivité du carrelage vaut .
- On mesure dans les mêmes conditions d'expérience .
- Q.8. Justifier la cohérence des valeurs d'effusivité des matériaux par rapport au texte d'introduction.
- 2. Mesure et calcul de la température de contact
- Données :
• ;
• Effusivités des matériaux : ; ; . - Pour mesurer la température moyenne de contact entre la poche en silicone chauffée à environ 34 °C (comme pour un pied réel) et un morceau de carrelage (ou un morceau de bois), dont on relève au préalable la température, on intercale un thermomètre entre le carrelage (ou le bois) et la poche en silicone.
- On atteint au bout de quelques secondes l'équilibre thermique et on mesure la température de contact. L'incertitude type associée à chaque mesure de température vaut 0,2 °C.
- Pour calculer la température de contact thermique entre deux matériaux A et B, on utilise la relation :
- avec et les effusivités des matériaux A et B en contact thermique et et leurs températures respectives initiales en kelvin.
- Dans le cas du contact silicone-bois, les températures initiales sont : °C et °C, la température de contact mesurée entre le silicone et le bois notée s'établit au bout de quelques secondes à °C.
- Q.9. Exprimer la valeur de en kelvin.
- Q.10. Calculer la valeur de la température de contact théorique notée entre la poche de silicone et le bois.
- Dans le cas du contact silicone-carrelage, on trouve expérimentalement K et on calcule K.
- Q.11. Comparer les valeurs des températures de contact mesurées et avec celles des températures de contact calculées et et conclure.
- Q.12. Expliquer les raisons de la sensation décrite dans le titre de l'exercice.
- 3. Transfert conducto-convectif
- On étudie le refroidissement à l'intérieur du pied.
- Pour cela, on immerge la poche de silicone, transpercée jusqu'à son centre par un thermomètre relié à une interface d'acquisition, dans un mélange eau liquide/glace constituant ainsi un thermostat à 0 °C.
- Le suivi de la température dure trois heures, les mesures sont faites toutes les 7,2 secondes.
- Q.13. Préciser quel transfert thermique supplémentaire, lié à la présence d'eau liquide, apparaît dans le thermostat eau liquide/glace par rapport aux matériaux solides utilisés précédemment.
- Le flux thermique entre la poche de silicone et le thermostat, dans le cas d'un transfert conducto-convectif, est donné par la loi de Newton, il s'écrit : , avec
• : coefficient de transfert conducto-convectif entre l'eau et le silicone ; plus le coefficient de transfert conducto-convectif est grand plus le flux sera important ;
• : surface de contact entre poche en silicone et le thermostat ;
• : température du silicone dans la poche et la température du thermostat. - Q.14. Donner l'expression du transfert thermique en fonction du flux thermique pendant une durée très petite .
- Q.15. Montrer, par application du premier principe de la thermodynamique appliqué au silicone, que les variations de la température du silicone à l'intérieur de la poche peuvent être décrites par l'équation différentielle suivante : avec le temps caractéristique de transfert tel que :
- La solution donnant l'évolution de la température en fonction du temps a pour forme :
Annexe à rendre avec la copie. Exercice 1 : document 1 - Q.16. Comparer les deux courbes obtenues en annexe à rendre avec la copie et commenter.
- Q.17. Déterminer la valeur du temps caractéristique par construction graphique à réaliser sur l'annexe à rendre avec la copie.
- Q.18. Calculer la valeur de sachant que la poche utilisée a une capacité thermique et une surface totale immergée .
- Le coefficient conducto-convectif entre l'air et le silicone vaut .
- Q.19. Comparer les valeurs des deux coefficients conducto-convectifs et indiquer le fluide dans lequel le pied se refroidit le plus vite.
Voir la correction
Réponses
- Q.1
- Q.2 Du carrelage (corps chaud) vers l'eau (corps froid)
- Q.3 , en joules ; calorimètre : , donc
- Q.4 J
- Q.5
- Q.6
- Q.7
- Q.8 : forte effusivité du carrelage, faible du bois, comme dans le texte
- Q.9 K
- Q.10 K
- Q.11 Quotients et , inférieurs à 2 : mesures et calculs compatibles, relation validée
- Q.12 Contact à °C sur le carrelage contre °C sur le bois : la forte effusivité du carrelage refroidit le pied
- Q.13 La convection
- Q.14
- Q.15 , d'où l'équation avec
- Q.16 Même décroissance exponentielle vers °C ; petits écarts au début, modèle validé
- Q.17 s (modèle : s)
- Q.18
- Q.19 : le pied se refroidit plus vite dans l'eau
Q.1. Analyse dimensionnelle, à partir de la définition donnée . Le produit des unités vaut .
La racine carrée divise chaque exposant par deux (rappel ) : , l'unité annoncée. Erreur fréquente : additionner les exposants des mètres sans le signe, et font , et non avant la racine.
Q.2. Un transfert thermique s'effectue spontanément du corps le plus chaud vers le corps le plus froid. Ici le morceau de carrelage, introduit à °C, est le corps chaud ; l'eau, à °C, est le corps froid : le transfert thermique a lieu du carrelage vers l'eau, jusqu'à l'égalité des températures, °C. Les deux températures évoluent dans le sens attendu : le carrelage se refroidit, l'eau se réchauffe.
Q.3. Premier principe de la thermodynamique : pour un système fermé, macroscopiquement au repos, qui évolue d'un état initial à un état final, la variation de son énergie interne est égale à la somme des énergies qu'il reçoit de l'extérieur par travail et par transfert thermique : .
est la variation d'énergie interne du système, le travail reçu, le transfert thermique reçu, tous trois en joules (J). et sont comptés positivement quand le système reçoit l'énergie, négativement quand il la cède.
Application au système {eau + carrelage} : le calorimètre est supposé parfait, donc aucun transfert thermique avec l'extérieur, , et aucun travail, . Il reste . L'énergie interne étant additive : . Les échanges entre l'eau et le carrelage sont internes au système et n'apparaissent pas dans ni dans .
Q.4. L'eau liquide est un système incompressible : . Une variation de température a la même valeur en kelvins et en degrés Celsius : K.
Avec la masse en kilogrammes, kg : J. Le signe est positif : l'eau a reçu de l'énergie, comme l'annonçait Q.2. Erreur fréquente : laisser la masse en grammes, ce qui donne une valeur mille fois trop grande.
Q.5. D'après Q.3, J. Le carrelage est solide, donc incompressible : , avec K.
D'où . Les deux signes négatifs se compensent : la capacité thermique est bien positive. Remarque sur la précision : l'élévation de température de l'eau, °C, est très faible, et une erreur de °C sur une lecture change le résultat de 20 % ; le grand volume d'eau rend la mesure peu sensible. Les trois chiffres de sont ceux du calcul ; la précision réelle de l'expérience est bien moindre.
Q.6. Par définition, . Ordre de grandeur cohérent : celui de l'eau vaut , et les céramiques stockent environ deux fois moins d'énergie par mètre cube et par kelvin.
Q.7. , la valeur annoncée ( avec les valeurs non arrondies). Au regard des chiffres significatifs, n'en a que deux : le résultat honnête est , compatible avec la valeur annoncée.
Q.8. : l'effusivité du carrelage est plus de trois fois celle du bois. Le texte d'introduction range justement le carrelage parmi les matériaux à forte effusivité, qui absorbent rapidement l'énergie thermique sans se réchauffer en surface, et le bois parmi les matériaux à faible effusivité, dont la surface se réchauffe vite au contact d'une source chaude. Les valeurs mesurées sont donc cohérentes avec le texte. On note que l'écart vient surtout de la conductivité thermique, presque dix fois plus grande pour le carrelage ( contre ).
Q.9. Conversion donnée : K. On garde la décimale : c'est elle qui portera la comparaison de Q.11.
Q.10. Températures initiales en kelvins : K et K. Relation donnée, avec A le silicone et B le bois : .
Numérateur : ; dénominateur : . Donc K, soit °C. Vérification : c'est une moyenne des deux températures pondérée par les effusivités, elle tombe bien entre K et K, plus près de la température du silicone, dont l'effusivité est la plus grande des deux. Erreur fréquente : faire le calcul en degrés Celsius sans le dire ; ici le résultat est le même à 273 près, parce que la relation est une moyenne pondérée, mais l'énoncé demande les températures en kelvins.
Q.11. On compare chaque mesure à la valeur calculée, prise comme référence, à l'aide du quotient , avec l'incertitude-type °C, soit K puisqu'il s'agit d'un écart de température.
Contact silicone-bois : . Contact silicone-carrelage : . Les deux quotients sont inférieurs à 2 : les valeurs mesurées sont compatibles avec les valeurs calculées. Conclusion : la relation qui calcule la température de contact à partir des effusivités est validée par l'expérience, pour le bois comme pour le carrelage, ce qui valide aussi les effusivités obtenues dans la partie 1.
Q.12. Le pied ne perçoit pas la température du sol mais la température de contact entre la peau et le sol, et la vitesse à laquelle il perd de l'énergie. Pour des sols à la même température, le contact s'établit à °C sur le bois et à °C sur le carrelage, soit environ 4 °C de moins. (La relation de Q.10 permet de retrouver la température initiale du carrelage de l'expérience : environ °C, quasiment celle du bois, °C : la comparaison est équitable.)
La raison est l'effusivité. La température de contact est une moyenne des températures pondérée par les effusivités : le carrelage, d'effusivité deux fois plus grande que celle du silicone ( contre ), impose une température de contact proche de la sienne, alors que le bois, d'effusivité plus faible que celle du silicone (), laisse la surface de contact proche de la température du pied. Le carrelage absorbe rapidement l'énergie thermique cédée par le pied sans se réchauffer en surface ; le bois se réchauffe vite en surface et n'absorbe presque plus rien. D'où la sensation de froid sur le carrelage et de confort sur le parquet, alors que les deux sols sont à la même température.
Q.13. Dans les solides, l'énergie thermique ne se transmet que par conduction (de proche en proche, sans déplacement de matière), plus un éventuel rayonnement. L'eau liquide, elle, est un fluide : ses couches réchauffées au contact de la poche se déplacent et sont remplacées par de l'eau froide. Le transfert supplémentaire est la convection, transfert thermique avec déplacement de matière dans un fluide. Associée à la conduction à la surface de la poche, elle donne le transfert conducto-convectif qu'étudie cette partie.
Q.14. Le flux thermique est l'énergie transférée par unité de temps. Pendant une durée très petite , le flux peut être considéré comme constant, et le transfert thermique vaut , avec en joules, en watts et en secondes.
Q.15. Système : le silicone de la poche, incompressible, de capacité thermique , sans travail reçu. Premier principe entre les dates et : , avec (une variation en kelvins égale une variation en degrés Celsius) et, d'après Q.14, .
On égale et on divise par : . Quand tend vers zéro, le taux d'accroissement devient la dérivée : . En divisant par et en posant : .
Vérifications. Le signe : si , le flux reçu est négatif et diminue, c'est bien un refroidissement. L'unité : , est une durée. La solution proposée convient : sa dérivée ajoutée à donne bien .
Q.16. Les deux courbes ont la même allure : une décroissance exponentielle de la température du silicone vers une valeur limite proche de 0 °C, la température du thermostat. Le modèle s'écrit : c'est exactement la forme de la solution de Q.15, avec °C °C, en accord avec le thermostat eau liquide/glace, °C et s.
Les points mesurés sont très proches du modèle, avec deux écarts visibles. Au tout début, les premières mesures partent d'environ 16 °C et chutent en quelques dizaines de secondes jusqu'à 12 °C, une variation que le modèle, qui démarre à 11,6 °C, ne décrit pas. Ensuite, la mesure passe légèrement sous le modèle jusque vers s, puis légèrement au-dessus jusque vers s. Ces écarts s'expliquent par les hypothèses du modèle : le silicone n'a pas une température uniforme (le thermomètre mesure celle du centre de la poche) et le coefficient n'est pas rigoureusement constant. Au-delà de s, environ , les deux courbes se confondent à 0 °C : le modèle du premier ordre, issu de la loi de Newton, décrit correctement le refroidissement.
Q.17. Deux constructions équivalentes, à faire sur la courbe modélisée de l'annexe. Par la tangente à l'origine : la tangente à la courbe en , menée depuis le point °C, coupe l'asymptote horizontale °C à la date . Par les 37 % : à , l'écart à la température du thermostat ne vaut plus que % de l'écart initial, soit °C ; on trace l'horizontale °C et on lit l'abscisse du point de la courbe.
Les deux constructions donnent s, en accord avec la valeur s de l'équation du modèle : le refroidissement du centre de la poche a un temps caractéristique d'environ dix-sept minutes. Erreur fréquente : lire à la moitié de l'écart initial ( °C), ce qui donne s, la demi-vie et non la constante de temps.
Q.18. De on tire , soit . Avec la valeur lue graphiquement, s, on trouverait : l'ordre de grandeur est le même, la valeur du modèle est plus précise. Erreur fréquente : utiliser en milliers de secondes, la graduation de l'axe, au lieu de secondes.
Q.19. : le coefficient conducto-convectif dans l'eau est près de trois fois plus grand que dans l'air. À écart de température égal, le flux thermique est proportionnel à (loi de Newton) : le pied perd environ trois fois plus d'énergie par seconde dans l'eau, et se refroidit donc le plus vite dans l'eau.
Vérification par le temps caractéristique, inversement proportionnel à : dans l'air, s, environ cinquante minutes, contre dix-sept minutes dans l'eau. C'est la raison pour laquelle on a froid bien plus vite dans une eau à 20 °C que dans un air à 20 °C.
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