Maths expertes, Terminale • Exercices corrigés à Montréal
Exercices corrigés : graphes et matrices (maths expertes)
Voici une série d'exercices corrigés de l'option mathématiques expertes sur les graphes et les matrices, au niveau de la classe de Terminale du programme français, tel qu'il est suivi au Lycée Marie de France et au Collège Stanislas à Montréal. Elle couvre le vocabulaire des graphes orientés et non orientés, la matrice d'adjacence, le lemme des poignées de main, le comptage des chemins de longueur n par les puissances de la matrice, les chaînes de Markov, la matrice de transition, la distribution après n étapes et la distribution invariante, ou état stable.
À la fin des dix-sept exercices, vous savez écrire la matrice d'adjacence d'un graphe et compter ses chaînes et ses triangles avec M2 et M3 (exercices 1, 2 et 11), écrire la matrice de transition d'une chaîne de Markov et propager la distribution par πn=π0Mn (exercices 3 et 6), trouver l'état stable en résolvant πM=π avec la somme des coordonnées égale à 1 (exercices 4 et 6), et démontrer la convergence d'une chaîne à deux états par une suite arithmético-géométrique (exercice 8). La partie C prend les modèles classiques : le graphe complet K6 des poignées de main, une infection avec un état absorbant, le classement de pages web par une marche aléatoire et le modèle d'Ehrenfest, une chaîne qui ne converge pas. La partie D fait la démonstration par récurrence du comptage des chemins (exercice 16) et construit le graphe pondéré d'une chaîne de Markov (exercice 17).
C'est le thème de l'option pour lequel on trouve le moins d'exercices corrigés en ligne, parce que les maths expertes n'ont pas d'écrit au baccalauréat : tout se joue en contrôle continu, et il n'existe donc pas de sujets nationaux à reprendre. L'exercice 7 est celui qui sépare vraiment les copies : la distribution invariante d'une marche aléatoire est proportionnelle aux degrés des sommets, et la démonstration tient en trois lignes une fois qu'on a vu que le degré du numérateur s'annule avec celui de la probabilité de transition.
Les pièges du chapitre sont corrigés à l'exercice 9 : une matrice de transition dont les puissances ne convergent pas, un chemin qui a le droit de repasser par un sommet, une chaîne qui n'a pas une unique distribution invariante, et l'oubli de la condition de somme égale à 1, sans laquelle le système πM=π est indéterminé (exercice 4).
Série autocorrigéeTape tes réponses et vérifie-les question par question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points, et tes réponses justes restent remplies quand tu reviens.
•Matrice d'adjacence : mij vaut 1 si les sommets i et j sont reliés, 0 sinon. Pour un graphe non orienté sans boucle, M est symétrique et sa diagonale est nulle.
•Lemme des poignées de main : la somme des degrés vaut 2m, où m est le nombre d'arêtes. Le nombre de sommets de degré impair est donc toujours pair.
•Comptage : le coefficient d'indice (i;j) de Mk est le nombre de chemins de longueur k de i vers j, appelés chaînes dans un graphe non orienté. Un chemin a le droit de repasser par un sommet : c'est ce qui rend le comptage accessible par un produit de matrices.
•Matrice de transition : coefficients positifs, chaque ligne somme à 1. La distribution s'écrit en ligne et se propage à droite : πn+1=πnM, donc πn=π0Mn.
•Distribution invariante : πM=π avec en plus la somme des coordonnées égale à 1. Sans cette dernière condition le système est indéterminé, puisque tout multiple d'une solution reste solution.
•Convergence à deux états : si M=(1−aba1−b) avec a et b dans ]0;1[, alors πn converge vers (a+bb;a+ba), quelle que soit la distribution initiale.
•Attention : la convergence n'est pas automatique. La matrice (0110) est bien une matrice de transition, mais ses puissances oscillent indéfiniment.
•Graphe pondéré d'une chaîne de Markov : un arc de i vers j par probabilité pij non nulle, boucles comprises ; la ligne i de la matrice recopie les arcs ISSUS de i.
Partie A : Les bases (/50)
Exercice 1 : Vocabulaire des graphes et matrice d'adjacence
On considère le graphe non orienté G représenté ci-dessous. Ses sommets sont A, B, C, D et E.
a) Donnez l'ordre de G, le degré de chacun de ses sommets, puis son nombre d'arêtes.
b) Vérifiez sur cet exemple que la somme des degrés vaut le double du nombre d'arêtes, puis expliquez pourquoi cette égalité, appelée lemme des poignées de main, est vraie pour tout graphe.
c) Écrivez la matrice d'adjacence M de G, les sommets étant rangés dans l'ordre A, B, C, D, E.
d) Justifiez que M est symétrique et que tous ses coefficients diagonaux sont nuls.
e) Existe-t-il un graphe à cinq sommets dont tous les sommets sont de degré 1 ? Justifiez à l'aide de la question b).
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Réponses
a)Ordre 5 ; degrés 2,3,3,3,1 ; 6 arêtes
b)12=2×6 : chaque arête compte deux fois
c)M=0110010110110100110100010
d)Non orienté : symétrique ; pas de boucle : diagonale nulle
e)Non : somme 5 impaire
a)
L'ordre est le nombre de sommets, donc 5. Les degrés se lisent sur la figure : deg(A)=2, deg(B)=3, deg(C)=3, deg(D)=3, deg(E)=1. Les arêtes sont AB, AC, BC, BD, CD et DE, il y en a 6.
b)
La somme des degrés vaut 2+3+3+3+1=12, et 2×6=12 : l'égalité est vérifiée. En général, chaque arête relie exactement deux sommets, donc elle est comptée une fois dans le degré de chacune de ses deux extrémités : elle contribue 2 à la somme des degrés. En sommant sur toutes les arêtes, la somme des degrés vaut 2m où m est le nombre d'arêtes.
c)
M=0110010110110100110100010
d)
Le graphe n'est pas orienté : si A est relié à B, alors B est relié à A, donc mij=mji pour tout couple (i;j), ce qui est exactement la symétrie de M. La diagonale est nulle parce qu'aucun sommet n'est relié à lui-même : le graphe ne comporte pas de boucle.
e)
Non. Si les cinq sommets étaient tous de degré 1, la somme des degrés vaudrait 5, qui est impair. Or cette somme vaut 2m, un nombre pair. C'est impossible. Plus généralement, dans tout graphe le nombre de sommets de degré impair est pair.
Coche ici les exercices faits ou à revoir : un compte gratuit, sans mot de passe, retient tes coches et tes réponses justes d'une visite à l'autre, te dit quel chapitre attaquer ensuite et te permet de demander l'exercice qui te manque. Crée ton espace, un courriel suffit.
Exercice 2 : Compter les chemins avec les puissances de la matrice
On reprend le graphe G et sa matrice d'adjacence M de l'exercice 1.
On rappelle le résultat fondamental du chapitre : le coefficient d'indice (i;j) de Mk est le nombre de chaînes de longueur k reliant le sommet i au sommet j.
a) Calculez M2.
b) Le coefficient d'indice (A;D) de M2 vaut 2. Interprétez ce nombre, puis énumérez les chaînes concernées sur la figure de l'exercice 1.
c) Que représente le coefficient diagonal d'indice (i;i) de M2 ? Vérifiez votre réponse sur les cinq sommets.
d) Sans calculer M3 en entier, déterminez le nombre de chaînes de longueur 3 reliant A à E, et donnez-les.
e) On admet que la somme des coefficients diagonaux de M3 vaut 12. Déduisez-en le nombre de triangles de G, puis retrouvez-les sur la figure.
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Réponses
a)M2=2112013211123112113001101
b)2 chaînes : A−B−D, A−C−D
c)Le degré du sommet
d)2 : A−B−D−E, A−C−D−E
e)2 triangles : ABC, BCD
a)
M2=2112013211123112113001101
b)
C'est le nombre de chaînes de longueur 2 allant de A à D, c'est-à-dire le nombre de sommets intermédiaires reliés à la fois à A et à D. Ce sont A−B−D et A−C−D, d'où le 2.
c)
Une chaîne de longueur 2 d'un sommet vers lui-même consiste à partir vers un voisin puis à revenir : il y en a exactement deg(i). Donc le coefficient diagonal vaut deg(i). On lit bien 2, 3, 3, 3, 1 sur la diagonale de M2, ce qui correspond aux degrés trouvés à l'exercice 1.
d)
Le seul voisin de E est D, donc toute chaîne de longueur 3 de A à E se termine par D−E et commence par une chaîne de longueur 2 de A à D. D'après b) il y en a 2 : A−B−D−E et A−C−D−E.
e)
Un coefficient diagonal de M3 compte les chaînes fermées de longueur 3 issues d'un sommet, c'est-à-dire les triangles passant par ce sommet, chacun étant parcouru dans les deux sens : chaque triangle est donc compté 3×2=6 fois dans la somme des coefficients diagonaux. Le nombre de triangles vaut 12/6=2. Ce sont ABC et BCD.
Exercice 3 : Matrice de transition d'une chaîne de Markov
Un élève de Terminale est observé chaque soir. On note R l'état « il révise ce soir » et N l'état « il ne révise pas ce soir ».
S'il révise un soir, il révise encore le lendemain avec la probabilité 0,8. S'il ne révise pas un soir, il révise le lendemain avec la probabilité 0,4.
On note πn=(rn;nn) la distribution de probabilité au bout de n soirs, écrite en ligne, les états étant rangés dans l'ordre R puis N.
Depuis / vers
R
N
R
0,8
0,2
N
0,4
0,6
a) Écrivez la matrice de transition M de cette chaîne.
b) Vérifiez que la somme des coefficients de chaque ligne vaut 1, puis expliquez pourquoi c'est nécessairement le cas pour toute matrice de transition.
c) Le premier soir observé, l'élève ne révise pas : π0=(0;1). Calculez π1 puis π2.
d) Calculez π3 et interprétez le résultat en une phrase.
e) Justifiez que pour tout entier naturel n, πn=π0Mn.
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Réponses
a)M=(0,80,40,20,6)
b)Système complet d'événements
c)π1=(0,4;0,6), π2=(0,56;0,44)
d)π3=(0,624;0,376)
e)Récurrence
a)
M=(0,80,40,20,6)
b)
0,8+0,2=1 et 0,4+0,6=1. La ligne i contient les probabilités de tous les états atteignables depuis l'état i à l'étape suivante. Ces événements forment un système complet, donc la somme de leurs probabilités vaut 1.
c)
π1=π0M=(0×0,8+1×0,4;0×0,2+1×0,6)=(0,4;0,6). Puis π2=π1M=(0,4×0,8+0,6×0,4;0,4×0,2+0,6×0,6)=(0,56;0,44).
d)
π3=π2M=(0,56×0,8+0,44×0,4;0,56×0,2+0,44×0,6)=(0,624;0,376). Au bout de trois soirs, la probabilité qu'il révise est d'environ 62% : partie d'un élève qui ne révisait pas, elle augmente à chaque étape.
e)
La relation πn+1=πnM traduit la formule des probabilités totales à chaque étape. Par récurrence : c'est vrai au rang 0 car M0 est la matrice identité ; et si πn=π0Mn, alors πn+1=πnM=π0MnM=π0Mn+1.
Exercice 4 : L'état stable
On reprend la chaîne de l'exercice 3, de matrice de transition M.
Une distribution π=(a;b) est dite invariante, ou stable, lorsque πM=π et a+b=1.
a) Traduisez la condition πM=π par un système de deux équations d'inconnues a et b.
b) Montrez que ces deux équations sont équivalentes entre elles, et expliquez pourquoi la condition a+b=1 est indispensable pour conclure.
c) Résolvez le système et donnez la distribution invariante sous forme de fractions irréductibles.
d) Vérifiez votre résultat en calculant πM.
e) Comparez avec les valeurs de π1, π2 et π3 obtenues à l'exercice 3, et formulez une conjecture.
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Réponses
a)0,8a+0,4b=a et 0,2a+0,6b=b
b)Même équation a=2b ; a+b=1 indispensable
c)π=(32;31)
d)πM=π ✓
e)Convergence vers π
a)
πM=(0,8a+0,4b;0,2a+0,6b), donc πM=π équivaut au système 0,8a+0,4b=a et 0,2a+0,6b=b.
b)
La première équation s'écrit 0,4b=0,2a, soit a=2b. La seconde s'écrit 0,2a=0,4b, soit exactement la même relation. Le système se réduit donc à une seule équation, et admet une infinité de solutions proportionnelles entre elles : par exemple (2;1) ou (4;2). La condition a+b=1 sélectionne parmi elles l'unique solution qui est une distribution de probabilité.
c)
De a=2b et a+b=1 on tire 3b=1, donc b=31 et a=32. La distribution invariante est π=(32;31).
On avait 0,4, puis 0,56, puis 0,624, et 32≈0,667. La première coordonnée semble croître vers 32 : on conjecture que πn converge vers la distribution invariante. L'exercice 5 le démontre, et l'exercice 8 montre que la limite ne dépend pas de π0.
Exercice 5 : Puissance n-ième et convergence
On garde la matrice M des exercices 3 et 4. On veut une expression explicite de Mn.
On admettra que pour tout entier naturel n : Mn=(32+31×0,4n32−32×0,4n31−31×0,4n31+32×0,4n)
a) Vérifiez cette formule pour n=0 et pour n=1.
b) Démontrez la formule par récurrence sur n.
c) Déterminez la limite de Mn quand n tend vers +∞.
d) Les deux lignes de la matrice limite sont identiques. Interprétez ce fait en termes de la distribution initiale.
e) Calculez M5 à 10−4 près et comparez à la matrice limite.
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Réponses
a)I et M retrouvées
b)Récurrence
c)(32323131)
d)La limite ne dépend pas du départ
e)0,6701 et 0,6598
a)
Pour n=0 : 0,40=1, donc les quatre coefficients valent 32+31=1, 31−31=0, 32−32=0 et 31+32=1 : on obtient bien la matrice identité. Pour n=1 : 32+30,4=32,4=0,8, 31−30,4=30,6=0,2, 32−30,8=31,2=0,4 et 31+30,8=31,8=0,6. On retrouve M.
b)
Initialisation : le cas n=0 est fait. Hérédité : supposons la formule vraie au rang n et posons t=0,4n. Le coefficient d'indice (1;1) de MnM vaut (32+3t)×0,8+(31−3t)×0,4=31,6+0,8t+30,4−0,4t=32+0,4t=32+30,4t, c'est-à-dire 32+31×0,4n+1. Les trois autres coefficients se traitent de la même façon, ce qui donne la formule au rang n+1.
c)
Comme 0<0,4<1, la suite (0,4n) converge vers 0. Donc Mn converge vers (32323131)
d)
On a πn=π0Mn. Si π0=(p;1−p), la limite de πn vaut (p×32+(1−p)×32;p×31+(1−p)×31)=(32;31), quelle que soit la valeur de p. Autrement dit, la chaîne oublie complètement son état de départ : la limite est toujours la distribution invariante de l'exercice 4.
e)
0,45=0,01024, donc le coefficient d'indice (1;1) vaut 32+0,01024≈0,6701 et celui d'indice (2;1) vaut 32−2×0,01024≈0,6598. Les deux lignes sont déjà égales à (32;31) à moins de 0,007 près : la convergence est très rapide.
Partie B : Niveau baccalauréat (/50)
Exercice 6 : Une chaîne à trois états
Un étudiant révise chaque semaine dans un lieu unique : à la bibliothèque (état 1), à la maison (état 2) ou au café (état 3).
D'une semaine à la suivante, les probabilités de changement sont données par la matrice de transition M=0,70,10,20,20,80,20,10,10,6, les états étant rangés dans l'ordre 1, 2, 3.
L'option maths expertes est évaluée en contrôle continu, sans écrit au baccalauréat : cette partie B est au niveau des devoirs surveillés de l'année.
a) Traduisez par une phrase les coefficients de la première ligne de M, puis vérifiez que M est bien une matrice de transition.
b) La première semaine, l'étudiant révise à la bibliothèque : π0=(1;0;0). Calculez π1 et π2.
c) On cherche la distribution invariante π=(a;b;c). Écrivez le système vérifié par a, b et c, en n'oubliant pas la condition a+b+c=1.
d) Résolvez ce système. On commencera par la troisième équation, qui donne c directement.
e) Vérifiez le résultat, puis interprétez-le en une phrase.
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Réponses
a)Bibliothèque : 0,7 ; maison 0,2 ; café 0,1
b)π1=(0,7;0,2;0,1), π2=(0,53;0,32;0,15)
c)Trois équations et a+b+c=1
d)c=0,2, a=0,3, b=0,5
e)Maison une semaine sur deux
a)
Si l'étudiant révise à la bibliothèque une semaine, alors la semaine suivante il y retourne avec la probabilité 0,7, révise à la maison avec la probabilité 0,2 et au café avec la probabilité 0,1. Tous les coefficients sont positifs et chaque ligne somme à 1 : 0,7+0,2+0,1=1, 0,1+0,8+0,1=1, 0,2+0,2+0,6=1.
b)
π1=π0M est la première ligne de M, soit (0,7;0,2;0,1). Puis π2=π1M=(0,49+0,02+0,02;0,14+0,16+0,02;0,07+0,02+0,06)=(0,53;0,32;0,15).
c)
πM=π donne les trois équations 0,7a+0,1b+0,2c=a, 0,2a+0,8b+0,2c=b et 0,1a+0,1b+0,6c=c, auxquelles s'ajoute a+b+c=1.
d)
La troisième équation s'écrit 0,1a+0,1b=0,4c, soit 0,1(a+b)=0,4c. Or a+b=1−c, d'où 0,1(1−c)=0,4c, puis 0,1=0,5c et c=0,2. La première équation s'écrit 0,1b+0,2c=0,3a, soit 0,1b+0,04=0,3a. Avec b=0,8−a il vient 0,1(0,8−a)+0,04=0,3a, soit 0,12=0,4a et a=0,3, puis b=0,5.
e)
Vérification sur la deuxième équation : 0,2×0,3+0,8×0,5+0,2×0,2=0,06+0,4+0,04=0,5=b. La distribution invariante est π=(0,3;0,5;0,2) : à long terme, l'étudiant révise à la maison une semaine sur deux, à la bibliothèque trois semaines sur dix et au café une sur cinq.
Exercice 7 : Marche aléatoire sur un graphe
Un jeton se déplace sur le graphe ci-dessous. À chaque étape, il quitte le sommet où il se trouve et rejoint l'un de ses voisins, choisi au hasard de façon équiprobable.
Les sommets sont rangés dans l'ordre A, B, C, D.
a) Donnez le degré de chaque sommet, puis écrivez la matrice de transition W de cette marche aléatoire.
b) Vérifiez que chaque ligne de W somme à 1.
c) Le jeton part de D. Déterminez la distribution après 1, 2 puis 3 étapes.
d) On note m le nombre d'arêtes du graphe et on pose πi=2mdeg(i) pour chaque sommet i. Démontrez que cette distribution π est invariante, et que la démonstration vaut pour n'importe quel graphe connexe.
e) Calculez π pour ce graphe. Que remarquez-vous en comparant les résultats de la question c) à cette distribution ?
e)π=(0,25;0,25;0,375;0,125) ; convergence non monotone
a)
deg(A)=2, deg(B)=2, deg(C)=3, deg(D)=1. Depuis un sommet de degré d, chaque voisin est atteint avec la probabilité d1, d'où W=02131021031021210100310
b)
Ligne A : 21+21=1. Ligne B : idem. Ligne C : 31×3=1. Ligne D : 1. Toutes les lignes somment bien à 1.
c)
On part de π0=(0;0;0;1). Alors π1 est la ligne D de W, soit (0;0;1;0) : depuis D, le jeton ne peut aller qu'en C. Puis π2 est la ligne C, soit (31;31;0;31). Enfin π3=31(ligne A)+31(ligne B)+31(ligne D)=(61;61;32;0).
d)
Calculons la j-ième coordonnée de πW. Par définition du produit, (πW)j=∑iπiwij. Or wij est nul si i et j ne sont pas voisins, et vaut deg(i)1 s'ils le sont. La somme se réduit donc aux voisins de j : (πW)j=∑i∼j2mdeg(i)×deg(i)1=∑i∼j2m1. Cette somme comporte autant de termes que j a de voisins, c'est-à-dire deg(j) termes tous égaux à 2m1. D'où (πW)j=2mdeg(j)=πj. Le point clé est que le facteur deg(i) apporté par le numérateur de πi s'annule exactement avec le deg(i)1 de la probabilité de transition. Enfin ∑iπi=2m1∑ideg(i)=2m2m=1 par le lemme des poignées de main : π est bien une distribution de probabilité. Aucune propriété particulière du graphe n'a été utilisée.
e)
Ici m=4, donc 2m=8 et π=(82;82;83;81)=(0,25;0,25;0,375;0,125). On remarque que les distributions de la question c) n'approchent pas π de façon régulière : π2 donne une probabilité nulle à C alors que π3 lui en donne 32. La convergence vers l'état stable existe bien, mais elle n'est pas monotone : le sommet D, qui n'a qu'un seul voisin, force le jeton à faire des allers-retours qui font osciller la distribution avant qu'elle ne se stabilise.
Exercice 8 : Démonstration de la convergence à deux états
On considère une chaîne de Markov à deux états de matrice de transition M=(1−aba1−b), où a et b sont deux réels de l'intervalle ]0;1[.
On note πn=(xn;1−xn) la distribution à l'étape n.
a) Vérifiez que M est bien une matrice de transition.
b) Montrez que π=(a+bb;a+ba) est une distribution invariante.
c) Montrez que pour tout entier naturel n, xn+1=(1−a−b)xn+b.
d) On pose yn=xn−a+bb. Montrez que (yn) est géométrique, précisez sa raison, puis déduisez-en la limite de xn et le fait qu'elle ne dépend pas de x0.
e) Appliquez ce résultat à a=0,2 et b=0,4 et retrouvez les résultats des exercices 4 et 5.
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Réponses
a)Coefficients positifs, lignes de somme 1
b)πM=π ✓
c)xn+1=(1−a−b)xn+b
d)Raison 1−a−b, ∣q∣<1 : xn→a+bb
e)Limite 32, raison 0,4
a)
Comme a et b sont dans ]0;1[, les quatre coefficients 1−a, a, b et 1−b sont strictement positifs. De plus (1−a)+a=1 et b+(1−b)=1 : chaque ligne somme à 1.
b)
πM=(a+bb(1−a)+ab;a+bba+a(1−b))=(a+bb−ab+ab;a+bab+a−ab)=(a+bb;a+ba)=π. Et la somme des coordonnées vaut a+bb+a=1 : c'est bien une distribution de probabilité. Elle est définie car a+b>0.
c)
La première coordonnée de πnM vaut xn(1−a)+(1−xn)b=xn−axn+b−bxn=(1−a−b)xn+b. Or cette coordonnée est xn+1, d'où la relation.
d)
yn+1=xn+1−a+bb=(1−a−b)xn+b−a+bb. En remplaçant xn=yn+a+bb : yn+1=(1−a−b)yn+(1−a−b)a+bb+b−a+bb. Le terme constant vaut a+bb(1−a−b)+b(a+b)−b=a+bb−ab−b2+ab+b2−b=0. Donc yn+1=(1−a−b)yn : la suite (yn) est géométrique de raison q=1−a−b. Comme 0<a<1 et 0<b<1, on a 0<a+b<2, donc −1<1−a−b<1, c'est-à-dire ∣q∣<1 : yn=qny0 tend vers 0. Ainsi xn tend vers a+bb, et cette limite ne fait intervenir ni x0 ni n : la chaîne oublie son état initial.
e)
Avec a=0,2 et b=0,4 on retrouve M=(0,80,40,20,6) La limite vaut 0,60,4=32, ce qui est bien la distribution invariante de l'exercice 4. La raison vaut 1−0,2−0,4=0,4, ce qui explique le 0,4n de la formule admise à l'exercice 5.
Exercice 9 : Quatre affirmations à corriger
Chacune des quatre affirmations suivantes est fausse. Pour chacune, expliquez l'erreur et donnez un contre-exemple explicite.
Vocabulaire du programme : dans un graphe orienté, on parle de CHEMIN, dans un graphe non orienté, de CHAÎNE, et dans les deux cas un sommet peut être répété ; les puissances de la matrice d'adjacence comptent ces chemins-là. Un chemin qui ne repasse jamais par un sommet s'appelle un chemin élémentaire : c'est ce que le corrigé de b) appelle « chemin sans répétition », notion hors programme (voir l'exercice 16).
a) « Si tous les coefficients d'une matrice carrée sont positifs et si chaque ligne somme à 1, alors la suite (Mn) converge. »
b) « Le coefficient d'indice (i;j) de M3 est le nombre de chemins de longueur 3 allant de i à j sans jamais repasser par un même sommet. »
c) « Une chaîne de Markov admet toujours une unique distribution invariante. »
d) « Si πM=π, alors π est la distribution invariante de la chaîne. »
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Réponses
a)Faux : (0110) oscille
b)Faux : 5 chaînes, dont A−B−A−B
c)Faux : l'identité
d)Faux : (2;1) n'est pas normalisée
a)
Faux. La convergence exige une hypothèse supplémentaire, en pratique qu'une puissance de M ait tous ses coefficients strictement positifs. Contre-exemple : M=(0110) est bien une matrice de transition, mais M2 est la matrice identité, donc Mn vaut M si n est impair et l'identité si n est pair. La suite oscille et ne converge pas. La chaîne correspondante change d'état à coup sûr à chaque étape : elle est périodique.
b)
Faux. Les puissances comptent les chaînes, et une chaîne a parfaitement le droit de repasser par un sommet déjà visité. Contre-exemple avec le graphe de l'exercice 1 : le coefficient d'indice (A;B) de M3 vaut 5, alors que les chemins sans répétition de A à B de longueur 3 n'existent pas en si grand nombre. Parmi les 5 chaînes comptées figurent A−B−A−B et A−C−A−B, qui repassent par un sommet déjà visité. Compter les chemins sans répétition est un problème beaucoup plus difficile, qu'aucune puissance de matrice ne résout.
c)
Faux. L'unicité demande, elle aussi, une hypothèse : que le graphe de la chaîne soit connexe, autrement dit qu'on puisse aller de n'importe quel état à n'importe quel autre. Contre-exemple : M=(1001), où chaque état est absorbant. Toute distribution (p;1−p) vérifie πM=π : il y en a une infinité. Concrètement, la chaîne ne bouge jamais, donc elle reste sur place quelle que soit la répartition de départ.
d)
Faux. L'égalité πM=π ne suffit pas : il faut encore que π soit une distribution de probabilité, c'est-à-dire à coordonnées positives et de somme 1. Contre-exemple avec la matrice de l'exercice 3 : π=(2;1) vérifie bien πM=(2×0,8+1×0,4;2×0,2+1×0,6)=(2;1), mais sa somme vaut 3. C'est exactement pour cette raison qu'on ajoute systématiquement l'équation a+b=1 au système, comme à l'exercice 4.
Exercice 10 : Mobilité hebdomadaire et temps moyen de retour
Chaque semaine, un lycéen choisit un unique mode de transport pour se rendre au lycée : le métro (état 1), le vélo (état 2) ou la voiture (état 3).
D'une semaine à la suivante, les changements suivent la matrice de transition M=0,60,50,250,30,40,150,10,10,6
On note πn la distribution à la semaine n, et on part de π0=(1;0;0).
La question e) est un approfondissement, au-delà du programme : le temps moyen de retour π(i)1 n'y figure pas, le programme s'arrêtant à la distribution invariante et à son interprétation.
a) Vérifiez que M est une matrice de transition, puis calculez π1, π2 et π3.
b) Montrez que π=(0,5;0,3;0,2) est la distribution invariante de cette chaîne.
c) On note en le plus grand des écarts ∣πn(i)−π(i)∣ pour i valant 1, 2 ou 3. Calculez e1, e2 et e3, puis conjecturez une expression de en.
d) En admettant cette conjecture, déterminez par le calcul le plus petit entier n tel que en<0,001.
e) On admet que le nombre moyen de semaines séparant deux utilisations successives d'un même mode de transport vaut π(i)1. Calculez ce temps moyen de retour pour les trois modes et commentez.
Chaque ligne somme à 1 : 0,6+0,3+0,1=1, 0,5+0,4+0,1=1 et 0,25+0,15+0,6=1, et tous les coefficients sont positifs. Comme π0=(1;0;0), π1 est la première ligne : (0,6;0,3;0,1). Puis π2=(0,36+0,15+0,025;0,18+0,12+0,015;0,06+0,03+0,06)=(0,535;0,315;0,15) et π3=(0,516;0,309;0,175).
b)
πM a pour première coordonnée 0,5×0,6+0,3×0,5+0,2×0,25=0,3+0,15+0,05=0,5, pour deuxième 0,5×0,3+0,3×0,4+0,2×0,15=0,15+0,12+0,03=0,3 et pour troisième 0,5×0,1+0,3×0,1+0,2×0,6=0,05+0,03+0,12=0,2. Donc πM=π, et 0,5+0,3+0,2=1 : c'est bien la distribution invariante.
c)
π1−π=(0,1;0;−0,1) donc e1=0,1. π2−π=(0,035;0,015;−0,05) donc e2=0,05. π3−π=(0,016;0,009;−0,025) donc e3=0,025. L'écart est divisé par 2 à chaque semaine : on conjecture en=0,1×0,5n−1.
d)
Il faut 0,1×0,5n−1<0,001, soit 0,5n−1<0,01. En passant au logarithme népérien, qui est strictement croissant : (n−1)ln(0,5)<ln(0,01). Comme ln(0,5) est négatif, l'inégalité change de sens en divisant : n−1>ln(0,5)ln(0,01)=ln(2)ln(100)≈6,64. Donc n−1≥7, soit n=8. À partir de la huitième semaine, la distribution est à moins de un millième de l'état stable.
e)
Pour le métro, 0,51=2 semaines. Pour le vélo, 0,31=310≈3,3 semaines. Pour la voiture, 0,21=5 semaines. Plus un état est probable à long terme, plus on y revient souvent, et le temps moyen de retour est exactement l'inverse de sa probabilité stationnaire. L'étudiant prend donc le métro en moyenne une semaine sur deux, et la voiture une semaine sur cinq.
Partie C : les classiques (/50)
Exercice 11 : Un graphe orienté : qui mène à qui ?
Quatre sites web A, B, C, D se citent par des liens, représentés par un graphe ORIENTÉ : A→B, A→C, B→C, B→D, C→A, C→D et D→B.
Ce graphe est représenté ci-dessous, une flèche par lien.
On note M sa matrice d'adjacence, dont le coefficient (i;j) vaut 1 s'il existe un lien de i vers j, et 0 sinon, les sommets étant rangés dans l'ordre A, B, C, D.
a) Écrivez M. Donnez le nombre de liens sortants de B et le nombre de liens entrants en A.
b) Pourquoi M n'est-elle pas symétrique, contrairement à la matrice d'un graphe non orienté ?
c) On donne M2=1100012010112101. Combien de chemins de longueur 2 vont de A à D ? Lesquels ?
d) Que vaut le coefficient (B;B) de M2 ? Quel chemin décrit-il ?
e) Calculez le coefficient (D;A) de M3 et donnez le chemin correspondant.
Voir la correction
Réponses
a)2 liens sortants de B, 1 entrant en A
b)Un lien n'implique pas son retour
c)2 : A→B→D, A→C→D
d)1 : B→D→B
e)1 : D→B→C→A
a)
M=0010100111000110. Les liens sortants de B se lisent sur sa LIGNE : 2. Les liens entrants en A se lisent sur sa COLONNE : 1, venu de C.
b)
Un lien de i vers j n'implique pas un lien de j vers i : A cite B, mais B ne cite pas A, donc mAB=1 et mBA=0. La symétrie n'a lieu que si chaque arc a son arc retour, ce qui est le cas d'un graphe non orienté.
c)
Le coefficient (A;D) de M2 vaut 2 : A→B→D et A→C→D. On le retrouve comme produit de la ligne A de M, (0;1;1;0), par la colonne D, (0;1;1;0) : 0+1+1+0=2.
d)
Le coefficient (B;B) vaut 1 : il existe un seul chemin de longueur 2 de B à B, le circuit B→D→B.
e)
Ligne D de M2, (0;0;1;1), contre colonne A de M, (0;0;1;0) : 0+0+1+0=1. Un seul chemin de longueur 3 : D→B→C→A. Il n'en existe aucun de longueur 1 ou 2, puisque les coefficients (D;A) de M et de M2 sont nuls.
Exercice 12 : Le graphe complet et les poignées de main
Six personnes se rencontrent et chacune serre la main de toutes les autres, une seule fois. On modélise la situation par le graphe COMPLET K6, dont chaque sommet est relié à tous les autres.
a) Quel est le degré de chaque sommet ?
b) Combien y a-t-il de poignées de main ? Utilisez le lemme des poignées de main.
c) Généralisez : combien d'arêtes compte le graphe complet Kn ?
d) La matrice d'adjacence de K6 a des 1 partout sauf sur la diagonale. Que vaut un coefficient diagonal de son carré ? Et un coefficient hors diagonale ?
e) Une septième personne arrive et ne serre que trois mains. La somme des degrés est-elle encore paire ? Combien y a-t-il d'arêtes au total ?
Voir la correction
Réponses
a)Degré 5
b)15 poignées de main
c)2n(n−1)
d)5 sur la diagonale, 4 ailleurs
e)Somme 36, paire ; 18 arêtes
a)
Chaque personne serre la main des 5 autres : tous les sommets sont de degré 5.
b)
La somme des degrés vaut 6×5=30, et elle est le double du nombre d'arêtes : il y a 230=15 poignées de main. Compter 6×5=30 compte chaque poignée deux fois, une par participant.
c)
n sommets de degré n−1 : la somme des degrés vaut n(n−1), donc Kn compte 2n(n−1) arêtes. Pour n=6 : 26×5=15 ✓.
d)
Un coefficient diagonal de M2 compte les chemins de longueur 2 d'un sommet vers lui-même, un aller-retour vers un voisin : il vaut le degré, 5. Un coefficient hors diagonale compte les chemins i→k→j avec k différent de i et de j : il y a 6−2=4 choix de k, le coefficient vaut 4.
e)
Six sommets ont maintenant l'un degré 5 ou 6 selon qu'ils ont serré la main du nouveau venu : trois passent à 6, trois restent à 5, et le nouveau a le degré 3. Somme : 3×6+3×5+3=36, paire, comme toujours. Il y a 236=18 arêtes, soit 15+3 ✓.
Exercice 13 : Une chaîne de Markov avec un état absorbant
On suit chaque semaine l'état de santé d'une personne face à une infection : saine (S), malade (M) ou immunisée (I). Une personne saine reste saine avec la probabilité 0,9 et tombe malade avec la probabilité 0,1 ; une personne malade le reste avec la probabilité 0,5 et devient immunisée avec la probabilité 0,5 ; une personne immunisée le reste.
Les états sont rangés dans l'ordre S, M, I, et la personne est saine la première semaine : π0=(1;0;0).
a) Écrivez la matrice de transition. Qu'a de particulier sa dernière ligne ?
b) Calculez π1 et π2.
c) Calculez π3 et la probabilité d'être immunisé au bout de trois semaines.
d) Vérifiez que (0;0;1) est une distribution invariante.
e) Vers quoi la distribution tend-elle à long terme ? Expliquez sans calcul.
Voir la correction
Réponses
a)T=0,9000,10,5000,51 ; I absorbant
b)π1=(0,9;0,1;0), π2=(0,81;0,14;0,05)
c)π3=(0,729;0,151;0,12)
d)(0;0;1)T=(0;0;1) ✓
e)Limite (0;0;1)
a)
T=0,9000,10,5000,51. La dernière ligne est (0;0;1) : une fois immunisée, la personne ne quitte plus cet état, dit ABSORBANT.
b)
π1 est la première ligne : (0,9;0,1;0). π2=π1T=(0,9×0,9;0,9×0,1+0,1×0,5;0,1×0,5)=(0,81;0,14;0,05).
c)
π3=(0,81×0,9;0,81×0,1+0,14×0,5;0,14×0,5+0,05)=(0,729;0,151;0,12). La probabilité d'être immunisé au bout de trois semaines vaut 0,12.
d)
(0;0;1)T est la dernière ligne de T, soit (0;0;1) ✓, et la somme vaut 1 : c'est bien une distribution invariante.
e)
La probabilité d'être sain est 0,9n, qui tend vers 0 : tôt ou tard, la personne tombe malade, puis quitte l'état malade vers l'immunité. La distribution tend vers (0;0;1) : tout le monde finit immunisé. Contrairement aux chaînes des exercices 4 et 6, la limite ne répartit pas la probabilité, elle la concentre sur l'état absorbant.
Exercice 14 : Classer des pages web par une marche aléatoire
Un internaute clique au hasard. Trois pages A, B, C sont reliées par des liens : A pointe vers B et vers C, B pointe vers C, et C pointe vers A. Depuis une page, l'internaute suit l'un de ses liens de façon équiprobable.
On classe les pages selon la probabilité invariante d'y trouver l'internaute : c'est le principe du premier algorithme de classement des moteurs de recherche.
a) Écrivez la matrice de transition W, les pages étant rangées dans l'ordre A, B, C.
b) L'internaute part de A. Calculez sa distribution après un clic, puis après deux clics.
c) Déterminez la distribution invariante π=(a;b;c).
d) Quelle page est la moins bien classée ? Pourquoi, alors qu'elle reçoit un lien ?
e) On ajoute un lien de B vers A. La ligne B devient (21;0;21). Déterminez la nouvelle distribution invariante.
Voir la correction
Réponses
a)W=00121002110
b)(0;0,5;0,5) puis (0,5;0;0,5)
c)π=(0,4;0,2;0,4)
d)B : un seul lien, qui n'apporte que la moitié du trafic de A
e)(94;92;31)
a)
W=00121002110. Chaque ligne somme à 1 ✓.
b)
Après un clic : la ligne A, (0;0,5;0,5). Après deux clics : 0,5×(ligne B)+0,5×(ligne C)=(0,5;0;0,5).
c)
πW=π donne : a=c (seule C mène à A), b=2a et c=2a+b. Avec a+b+c=1 : a+2a+a=1, soit a=0,4, puis b=0,2 et c=0,4. La troisième équation est vérifiée : 0,2+0,2=0,4 ✓.
d)
B, avec 0,2. Elle ne reçoit qu'un lien, venant de A, et ce lien ne lui transmet que la MOITIÉ du trafic de A, qui en a deux. C reçoit deux liens, dont un porte tout le trafic de B. Ce n'est pas le nombre de liens qui compte, mais le trafic qu'ils apportent.
e)
Désormais a=2b+c, b=2a et c=2a+2b. D'où c=2a+4a=43a et a+2a+43a=49a=1 : a=94≈0,444, b=92≈0,222, c=31≈0,333. La page A passe en tête : le lien ajouté lui renvoie une partie du trafic de B.
Exercice 15 : Le modèle d'Ehrenfest : une chaîne qui ne converge pas
Deux urnes contiennent au total deux boules. À chaque étape, on choisit une boule au hasard parmi les deux et on la change d'urne. On note l'état par le nombre de boules dans l'urne de gauche : 0, 1 ou 2.
Les états sont rangés dans l'ordre 0, 1, 2. Au départ, l'urne de gauche est vide : π0=(1;0;0).
La question e) est un approfondissement, au-delà du programme : le temps moyen de retour π(i)1 n'y figure pas, le programme s'arrêtant à la distribution invariante et à son interprétation.
a) Écrivez la matrice de transition E.
b) Calculez π1, π2 et π3.
c) Déterminez la distribution invariante π=(a;b;c).
d) La suite (πn) converge-t-elle vers π ? Expliquez.
e) On admet que le temps moyen de retour dans un état vaut l'inverse de sa probabilité invariante. Au bout de combien d'étapes, en moyenne, l'urne de gauche redevient-elle vide ?
Voir la correction
Réponses
a)E=02101010210
b)(0;1;0), (21;0;21), (0;1;0)
c)(41;21;41)
d)Non : période 2
e)4 étapes
a)
Depuis 0, la boule choisie est forcément à droite et passe à gauche : on va en 1. Depuis 1, on choisit avec la probabilité 21 la boule de gauche (état 0) ou celle de droite (état 2). Depuis 2, on va en 1. E=02101010210.
b)
π1=(0;1;0), π2=(21;0;21) et π3=21(0;1;0)+21(0;1;0)=(0;1;0).
c)
πE=π donne a=2b, b=a+c et c=2b. Donc a=c=2b, et a+b+c=2b=1 : b=21, a=c=41. La distribution invariante est (41;21;41), celle de la loi binomiale de paramètres 2 et 21.
d)
Non. Les distributions alternent : (0;1;0) aux étapes impaires, (21;0;21) aux étapes paires. La parité du nombre de boules à gauche change à CHAQUE étape, la chaîne est périodique de période 2 : une distribution invariante existe, mais la convergence n'a pas lieu, comme pour la matrice de l'exercice 9 a).
e)
π(0)1=1/41=4 étapes en moyenne. On le vérifie : partant de 0, on passe par 1, puis on revient en 0 avec la probabilité 21 au bout de 2 étapes, sinon on passe par 2 et 1... La moyenne vaut 2×21+4×41+6×81+⋯=4.
Partie D : une démonstration et un graphe à construire (/20)
Exercice 16 : Pourquoi les puissances de la matrice comptent les chemins : la démonstration
Trois îles, numérotées 1, 2 et 3, sont reliées par des ferries à sens unique, représentés par le graphe orienté ci-dessous : 1→2, 1→3, 2→3, 3→1 et 3→2. Un chemin de longueur n est une suite de n traversées enchaînées ; il peut repasser par une île déjà visitée.
On note M la matrice d'adjacence du graphe, dont le coefficient mij vaut 1 s'il existe un arc de i vers j et 0 sinon : M=001101110.
a) On note P(n) la propriété : « pour tous i et j, le coefficient (i;j) de Mn est le nombre de chemins de longueur n de i vers j ». Démontrez-la par récurrence sur n≥1. Dans l'hérédité, selon quoi range-t-on les chemins de longueur n+1 ?
b) Pourquoi la démonstration compte-t-elle aussi les chemins qui repassent par un sommet ?
c) Calculez M2. Combien de chemins de longueur 2 vont de 3 à 3 ? Lesquels ?
d) Calculez M3. Combien de chemins de longueur 3 vont de 1 à 1 ? Combien de chemins de longueur 3 le graphe compte-t-il en tout ?
e) Un voyageur part de l'île 2 et veut rejoindre l'île 1. Quelle est la longueur minimale d'un chemin qui le permet ? Existe-t-il un chemin de longueur exactement 3 ?
Voir la correction
Réponses
a)Dernier arc k→j : ∑k(Mn)ikmkj=(Mn+1)ij
b)Le produit somme sur tous les k, sans mémoire : les répétitions sont comptées
c)M2=110111102 ; 2 chemins : 3→1→3, 3→2→3
d)M3=102212221 ; 1 chemin de 1 à 1, 13 en tout
e)Longueur minimale 2 (2→3→1) ; aucun chemin de longueur 3
a)
Initialisation : un chemin de longueur 1 de i vers j est un arc, et il en existe mij, coefficient de M1 : P(1) est vraie. Hérédité : supposons P(n). Un chemin de longueur n+1 de i vers j se découpe de façon unique en un chemin de longueur n de i vers un sommet k, suivi du DERNIER arc k→j. On range donc ces chemins selon l'avant-dernier sommet k : pour un k donné, il y en a (nombre de chemins de longueur n de i à k) ×mkj, soit (Mn)ikmkj par hypothèse de récurrence. En sommant sur k : ∑k(Mn)ikmkj, qui est exactement le coefficient (i;j) du produit MnM=Mn+1. Donc P(n+1) est vraie, et P(n) l'est pour tout n≥1.
b)
Le découpage « chemin de longueur n, puis un arc » ne regarde jamais les sommets déjà visités : le produit matriciel additionne sur TOUS les sommets intermédiaires k, sans mémoire. Un chemin qui repasse par un sommet est donc compté comme les autres. C'est le vocabulaire du programme : un chemin peut repasser par un sommet. Ceux qui ne le font jamais s'appellent chemins élémentaires, et aucune puissance de matrice ne les compte.
c)
Ligne 1 de M2 : elle vaut la somme des lignes 2 et 3 de M, puisque 1 mène à 2 et à 3 : (1;1;1). Ligne 2 : la ligne 3 de M, (1;1;0). Ligne 3 : lignes 1 et 2, (0;1;2). Donc M2=110111102. Le coefficient (3;3) vaut 2 : ce sont les allers-retours 3→1→3 et 3→2→3, deux chemins qui repassent par leur point de départ, comptés comme la question b) l'annonçait.
d)
M3=M2M : la ligne 1 vaut (0;1;1)+(0;0;1)+(1;1;0)=(1;2;2), la ligne 2 vaut (0;1;1)+(0;0;1)=(0;1;2), la ligne 3 vaut (0;0;1)+2×(1;1;0)=(2;2;1). Donc M3=102212221. Il y a 1 chemin de longueur 3 de 1 à 1, le tour 1→2→3→1 ; 1→3→1 est de longueur 2 et ne compte pas ici. Le nombre total de chemins de longueur 3 est la somme de tous les coefficients : 1+2+2+0+1+2+2+2+1=13.
e)
m21=0 : pas de ferry direct. (M2)21=1 : un chemin de longueur 2, 2→3→1. La longueur minimale est donc 2. Et (M3)21=0 : AUCUN chemin de longueur exactement 3. Une puissance supérieure ne contient donc pas forcément plus de chemins ; elle répond à la question « exactement n traversées », pas « au plus n ».
À retenir : le coefficient (i;j) de Mn+1 se lit en rangeant les chemins selon leur avant-dernier sommet, et c'est la définition même du produit matriciel.
Exercice 17 : Construire le graphe pondéré d'une chaîne de Markov, puis l'exploiter
Chaque nuit, un chat dort à l'un de trois endroits : son panier (P), le canapé (C) ou le lit (L). S'il a dormi dans le panier, il y retourne la nuit suivante une fois sur deux, et sinon il va sur le canapé. S'il a dormi sur le canapé, la nuit suivante il dort dans le panier avec la probabilité 0,25, reste sur le canapé avec la probabilité 0,25, et va dans le lit sinon. S'il a dormi dans le lit, il y reste une fois sur deux, et sinon il retourne dans son panier.
On admet que ce choix ne dépend que de l'endroit de la nuit précédente : c'est une chaîne de Markov à trois états, rangés dans l'ordre P, C, L.
a) Construisez le graphe orienté pondéré associé à cette chaîne : un sommet par état, un arc de i vers j portant la probabilité de passer de i à j quand elle est non nulle. Combien d'arcs compte-t-il, boucles comprises ? Que vaut la somme des poids des arcs issus de C ?
b) Écrivez la matrice de transition M. Donnez ses coefficients (C;L) et (L;C).
c) Ce soir, le chat dort dans son panier. En lisant sur le graphe les chemins de longueur 2 de P vers L, calculez la probabilité qu'il dorme dans le lit dans deux nuits. Vérifiez avec M2.
d) Calculez de même la probabilité qu'il dorme dans le lit dans trois nuits.
e) Déterminez la distribution invariante π=(p;c;ℓ) de la chaîne.
Voir la correction
Réponses
a)7 arcs dont 3 boucles ; poids issus de C : 0,25+0,25+0,5=1
On traduit chaque phrase par les arcs issus d'un sommet. Depuis P : une boucle P→P de poids 0,5 et un arc P→C de poids 0,5 ; aucun arc P→L. Depuis C : C→P (0,25), une boucle C→C (0,25) et C→L (1−0,25−0,25=0,5). Depuis L : une boucle L→L (0,5) et L→P (0,5). Cela fait 2+3+2=7 arcs, dont trois boucles, que l'on n'oublie pas de dessiner : rester sur place est une transition. La somme des poids issus de C vaut 0,25+0,25+0,5=1 ; c'est vrai de chaque sommet, car les arcs issus d'un sommet décrivent toutes les possibilités de la nuit suivante. Le poids d'un arc absent vaut 0 : ici P→L et L→C.
b)
La ligne i de M recopie les poids des arcs ISSUS de i : M=0,50,250,50,50,25000,50,5. Le coefficient (C;L) vaut 0,5 et (L;C) vaut 0. Chaque ligne somme à 1, ce qui contrôle la question a). Le piège est de remplir par colonnes, avec les arcs qui ARRIVENT : on obtient une matrice dont les lignes ne somment plus à 1.
c)
Les chemins de longueur 2 de P vers L passent par un sommet intermédiaire : P→P→L a pour probabilité 0,5×0=0, P→C→L a pour probabilité 0,5×0,5=0,25, et P→L→L n'existe pas. La probabilité cherchée est la somme : 0,25. Avec la matrice, la ligne P de M2 vaut 0,5×(0,5;0,5;0)+0,5×(0,25;0,25;0,5)=(0,375;0,375;0,25) : même résultat. C'est la même phrase que pour compter des chemins, avec des produits de probabilités au lieu de 1.
d)
La distribution après trois nuits est la ligne P de M3, soit (0,375;0,375;0,25)M. Sa troisième coordonnée vaut 0,375×0+0,375×0,5+0,25×0,5=0,1875+0,125=0,3125. Sur le graphe, ce sont les chemins P→P→C→L (0,125), P→C→C→L (0,0625) et P→C→L→L (0,125), dont la somme vaut bien 0,3125. La distribution complète est (0,40625;0,28125;0,3125), de somme 1.
e)
πM=π donne p=0,5p+0,25c+0,5ℓ, c=0,5p+0,25c et ℓ=0,5c+0,5ℓ. La deuxième donne 0,75c=0,5p, soit c=32p ; la troisième donne ℓ=c=32p. Avec p+c+ℓ=1 : p(1+34)=1, donc p=73 et c=ℓ=72. Vérification sur la première équation : 0,5×73+0,25×72+0,5×72=71,5+0,5+1=73. À long terme, le chat dort dans son panier trois nuits sur sept.
À retenir : on construit le graphe sommet par sommet, avec les arcs qui PARTENT et sans oublier les boucles ; une probabilité en n étapes est la somme, sur les chemins de longueur n, des produits des poids.
Il manque quelque chose dans cette série ?Un type d'exercice que ton prof donne, un énoncé qui te bloque, une erreur repérée : dis-le-moi, je lis chaque demande.
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