Spécialité maths, Terminale • Exercices corrigés à Montréal

Exercices corrigés : suites et récurrence (Terminale spécialité)

Voici une série d'exercices corrigés de spécialité mathématiques sur les suites et le raisonnement par récurrence, au niveau de la classe de Terminale du programme français, tel qu'il est suivi au Lycée Marie de France et au Collège Stanislas à Montréal.

Les suites font l'objet d'un exercice à presque chaque session du baccalauréat, et la récurrence y est la compétence la plus lourdement notée. Le barème exige les trois étapes rédigées séparément : une hérédité correcte sans initialisation ne vaut rien.

L'exercice 10 reproduit exactement le format de l'exercice de suites du bac : récurrence, monotonie, convergence, suite auxiliaire, seuil et algorithme, dans cet ordre.

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Ce chapitre fait partie de Spécialité mathématiques en Terminale
Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (7 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1Généralités sur les fonctionsSeconde
  2. 2Algorithmique et PythonSeconde
  3. 3Les suites numériquesPremière
  4. 4Calcul littéral et équationsQuatrième
  5. 5Algorithmique et ScratchQuatrième
  6. 6La notion de fonctionTroisième
  7. 7Algorithmique et ScratchTroisième

Rappel de cours

  • Une démonstration par récurrence comporte trois étapes rédigées : initialisation au premier rang, hérédité en supposant la propriété au rang nn, conclusion.
  • Limites de référence : limn=limn2=limn=+\lim n=\lim n^{2}=\lim\sqrt{n}=+\infty et lim1n=0\lim\frac{1}{n}=0.
  • Limite de qnq^{n} : si 1<q<1-1<q<1 elle vaut 00 ; si q>1q>1 elle vaut ++\infty ; si q=1q=1 elle vaut 11 ; si q1q\leq-1 la suite n'a pas de limite.
  • Théorème de convergence monotone : une suite croissante et majorée converge, une suite décroissante et minorée converge.
  • Si un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_{n}) avec ff continue et si (un)(u_{n}) converge vers \ell, alors \ell vérifie =f()\ell=f(\ell).
  • Théorème des gendarmes : si vnunwnv_{n}\leq u_{n}\leq w_{n} et si (vn)(v_{n}) et (wn)(w_{n}) convergent vers la même limite, alors (un)(u_{n}) converge vers cette limite.
  • Théorème de comparaison : si unvnu_{n}\geq v_{n} et si (vn)(v_{n}) tend vers ++\infty, alors (un)(u_{n}) tend vers ++\infty.
  • Suite arithmético-géométrique un+1=aun+bu_{n+1}=au_{n}+b : on pose vn=unv_{n}=u_{n}-\ell\ell est le point fixe, solution de =a+b\ell=a\ell+b. La suite (vn)(v_{n}) est alors géométrique de raison aa.

Partie A : Les bases (/50)

Exercice 1 : Premières récurrences

Chaque démonstration doit faire apparaître les trois étapes : initialisation, hérédité, conclusion.

  • a) Démontrez par récurrence que, pour tout entier naturel n1n\geq 1, 1+2++n=n(n+1)21+2+\dots+n=\frac{n(n+1)}{2}.
  • b) Démontrez par récurrence que, pour tout entier naturel nn, 2nn+12^{n}\geq n+1.
  • c) Un élève démontre l'hérédité de la propriété « 3n3^{n} est pair » et conclut qu'elle est vraie pour tout nn. Où est l'erreur ?

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c)
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Réponses

  • a) Formule démontrée : initialisation en n=1n=1, hérédité par factorisation par (n+1)(n+1)
  • b) Inégalité démontrée : 2n+12n+2n+22^{n+1}\geq 2n+2\geq n+2
  • c) L'initialisation manque, et elle est fausse : 30=13^{0}=1 est impair

a) INITIALISATION : pour n=1n=1, le membre de gauche vaut 11 et celui de droite 1×22=1\frac{1\times 2}{2}=1. La propriété est vraie au rang 11. HÉRÉDITÉ : supposons 1+2++n=n(n+1)21+2+\dots+n=\frac{n(n+1)}{2} pour un entier n1n\geq 1 fixé. Alors 1+2++n+(n+1)=n(n+1)2+(n+1)=(n+1)(n2+1)=(n+1)×n+22=(n+1)(n+2)21+2+\dots+n+(n+1)=\frac{n(n+1)}{2}+(n+1)=(n+1)\left(\frac{n}{2}+1\right)=(n+1)\times\frac{n+2}{2}=\frac{(n+1)(n+2)}{2}, ce qui est bien la formule au rang n+1n+1, obtenue en remplaçant nn par n+1n+1 dans l'énoncé. CONCLUSION : la propriété est vraie pour tout n1n\geq 1. Le geste décisif est la factorisation par (n+1)(n+1), qui évite de tout développer.

b) INITIALISATION : pour n=0n=0, 20=12^{0}=1 et 0+1=10+1=1, donc 2012^{0}\geq 1 ✓. HÉRÉDITÉ : supposons 2nn+12^{n}\geq n+1. Alors 2n+1=2×2n2(n+1)=2n+22^{n+1}=2\times 2^{n}\geq 2(n+1)=2n+2, la multiplication par 2>02>0 conservant l'inégalité. Il reste à comparer 2n+22n+2 au but visé, n+2n+2 : la différence vaut n0n\geq 0, donc 2n+2n+22n+2\geq n+2. Par transitivité, 2n+1n+22^{n+1}\geq n+2 ✓. CONCLUSION : la propriété est vraie pour tout entier naturel nn. Notez la structure en deux temps de l'hérédité pour une INÉGALITÉ, qui la distingue d'une égalité : on part de l'hypothèse, on obtient une minoration intermédiaire, puis on montre que celle-ci suffit.

c) Il manque l'INITIALISATION, et pour cause : elle est fausse, puisque 30=13^{0}=1 est impair. L'hérédité seule ne démontre rien du tout : elle affirme que si la propriété était vraie à un rang, elle le resterait ensuite, mais si elle n'est vraie à aucun rang de départ, la chaîne ne démarre jamais. On vérifie d'ailleurs que 3n3^{n} est impair pour tout nn, comme produit de nombres impairs.

L'image de la rangée de dominos rend la logique évidente et vaut mieux qu'une formule apprise par cœur. L'hérédité garantit que chaque domino fait tomber le suivant ; l'initialisation garantit que le premier tombe effectivement. Il faut les deux, et l'erreur symétrique existe aussi : vérifier la propriété pour n=0n=0, n=1n=1 et n=2n=2 sans démontrer l'hérédité ne prouve rien non plus, quel que soit le nombre de cas testés. Une dernière précaution de rédaction, souvent sanctionnée : dans l'hérédité, il faut écrire « supposons la propriété vraie à UN rang nn fixé » et non « supposons-la vraie pour tout nn », formulation qui reviendrait à supposer ce que l'on veut démontrer.

Exercice 2 : Limites de suites

Déterminez la limite de chacune des suites suivantes, en précisant la forme indéterminée rencontrée le cas échéant.

  • a) un=n23nu_{n}=n^{2}-3n
  • b) vn=2n+1n3v_{n}=\frac{2n+1}{n-3}
  • c) wn=3n2nn3+1w_{n}=\frac{3n^{2}-n}{n^{3}+1}
  • d) tn=n+1nt_{n}=\sqrt{n+1}-\sqrt{n}

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a)
b)
c)
d)
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Réponses

  • a) ++\infty
  • b) 22
  • c) 00
  • d) 00 (quantité conjuguée)

a) Forme indéterminée \infty-\infty, qu'on ne peut donc pas trancher à vue. On factorise par le TERME DOMINANT : un=n2(13n)u_{n}=n^{2}\left(1-\frac{3}{n}\right). Le premier facteur tend vers ++\infty et le second vers 11, donc par produit unu_{n} tend vers ++\infty. Le mécanisme est général : dans un polynôme, le terme de plus haut degré finit toujours par écraser tous les autres.

b) Forme \frac{\infty}{\infty}. On factorise haut et bas par nn : vn=n(2+1n)n(13n)=2+1n13nv_{n}=\frac{n\left(2+\frac{1}{n}\right)}{n\left(1-\frac{3}{n}\right)}=\frac{2+\frac{1}{n}}{1-\frac{3}{n}}, qui tend vers 21=2\frac{2}{1}=2, c'est-à-dire le rapport des coefficients dominants. Le terme 3-3 du dénominateur, qui semble menaçant puisqu'il annule vnv_{n} en n=3n=3, ne joue aucun rôle à l'infini.

c) Forme \frac{\infty}{\infty} à nouveau, mais le dénominateur est cette fois de degré supérieur : wn=n2(31n)n3(1+1n3)=1n×31n1+1n3w_{n}=\frac{n^{2}\left(3-\frac{1}{n}\right)}{n^{3}\left(1+\frac{1}{n^{3}}\right)}=\frac{1}{n}\times\frac{3-\frac{1}{n}}{1+\frac{1}{n^{3}}}. Le premier facteur tend vers 00 et le second vers 33, donc wnw_{n} tend vers 00.

d) Forme \infty-\infty, mais avec des racines, ce qui appelle la QUANTITÉ CONJUGUÉE : tn=(n+1n)(n+1+n)n+1+n=(n+1)nn+1+n=1n+1+nt_{n}=\frac{\left(\sqrt{n+1}-\sqrt{n}\right)\left(\sqrt{n+1}+\sqrt{n}\right)}{\sqrt{n+1}+\sqrt{n}}=\frac{(n+1)-n}{\sqrt{n+1}+\sqrt{n}}=\frac{1}{\sqrt{n+1}+\sqrt{n}}. Le dénominateur tend vers ++\infty, donc tnt_{n} tend vers 00.

La question d) est celle qui trompe le plus, et il vaut la peine de comprendre pourquoi. Les deux racines tendent chacune vers ++\infty, ce qui fait croire à un écart lui aussi énorme, alors que l'écart tend vers zéro. La raison est que la fonction racine carrée s'aplatit : pour n=10000n=10\,000, on a 10001100000,005\sqrt{10\,001}-\sqrt{10\,000}\approx 0{,}005, un écart déjà minuscule. Ce phénomène ne contredit pas le fait que les deux suites divergent, il rappelle simplement que la différence de deux suites divergentes peut faire n'importe quoi, et c'est exactement le sens du mot indéterminé.

Exercice 3 : Limite de q puissance n

On rappelle que le comportement de qnq^{n} dépend entièrement de la position de qq par rapport à 1-1 et à 11.

  • a) Déterminez la limite de 0,8n0{,}8^{n}, puis celle de 5×0,8n+35\times 0{,}8^{n}+3.
  • b) Déterminez la limite de 1,5n1{,}5^{n}.
  • c) La suite de terme général (2)n(-2)^{n} admet-elle une limite ? Justifiez.
  • d) Déterminez la limite de Sn=1+q+q2++qnS_{n}=1+q+q^{2}+\dots+q^{n} lorsque 1<q<1-1<q<1, puis appliquez avec q=13q=\frac{1}{3}.

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a)
b)
c)
d)
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Réponses

  • a) 00, puis 33
  • b) ++\infty
  • c) Aucune limite
  • d) 11q\frac{1}{1-q}, soit 32\frac{3}{2} pour q=13q=\frac{1}{3}

a) Comme 1<0,8<1-1<0{,}8<1, la suite 0,8n0{,}8^{n} tend vers 00. Par conséquent 5×0,8n+35\times 0{,}8^{n}+3 tend vers 5×0+3=35\times 0+3=3. On notera que la convergence est rapide : 0,8501,4×1050{,}8^{50}\approx 1{,}4\times 10^{-5} est déjà négligeable.

b) Comme 1,5>11{,}5>1, la suite 1,5n1{,}5^{n} tend vers ++\infty. La croissance géométrique finit toujours par l'emporter, même quand la raison dépasse 11 de peu : 1,01n1{,}01^{n} tend aussi vers ++\infty, simplement plus lentement.

c) Non. Les termes valent 11, 2-2, 44, 8-8, 1616, et ainsi de suite : ils changent de signe à chaque rang tout en grandissant en valeur absolue. La suite n'admet donc AUCUNE limite, ni finie ni infinie, ce qui est un troisième comportement possible qu'il ne faut pas oublier. C'est le cas général pour q1q\leq-1, et c'est pourquoi la condition de convergence porte sur q<1|q|<1 et non sur q<1q<1.

d) La somme géométrique de raison q1q\neq 1 vaut Sn=1qn+11qS_{n}=\frac{1-q^{n+1}}{1-q}, formule à connaître sous la forme parlante « premier terme fois un moins la raison à la puissance nombre de termes, sur un moins la raison ». Comme 1<q<1-1<q<1, le terme qn+1q^{n+1} tend vers 00, donc SnS_{n} tend vers 11q\frac{1}{1-q}. Pour q=13q=\frac{1}{3} : la limite vaut 1113=123=32\frac{1}{1-\frac{1}{3}}=\frac{1}{\frac{2}{3}}=\frac{3}{2}.

Le résultat de d) mérite un instant d'attention, car il est contre-intuitif : on additionne une infinité de termes tous strictement positifs et l'on obtient un total FINI. L'explication tient à la décroissance géométrique, chaque terme ne valant qu'un tiers du précédent, si bien que le reste à ajouter se réduit plus vite qu'il ne s'accumule. C'est le mécanisme du paradoxe de Zénon, où une infinité de demi-distances s'additionne en une distance finie. La condition q<1|q|<1 est essentielle : pour q=1q=1, la somme vaut n+1n+1 et diverge, et la formule elle-même s'effondre puisque son dénominateur s'annule.

1234567891011-2-112345q = 1,25 → +∞q = 0,75 → 0q = -0,8 (pointillé) : oscille, mais → 0tout dépend de |q| : < 1 converge, > 1 diverge

Exercice 4 : Suites majorées, minorées, bornées

On considère la suite définie pour tout entier naturel nn par un=3n+1n+2u_{n}=\frac{3n+1}{n+2}.

  • a) Calculez u0u_{0}, u1u_{1} et u10u_{10}.
  • b) Démontrez que, pour tout entier naturel nn, un<3u_{n}<3.
  • c) Démontrez que la suite est croissante.
  • d) La suite est-elle bornée ? Justifiez.
  • e) Que peut-on en déduire quant à sa convergence ? Déterminez sa limite.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) u0=12u_{0}=\frac{1}{2}, u1=43u_{1}=\frac{4}{3}, u10=3112u_{10}=\frac{31}{12}
  • b) 3un=5n+2>03-u_{n}=\frac{5}{n+2}>0
  • c) un+1un=5(n+2)(n+3)>0u_{n+1}-u_{n}=\frac{5}{(n+2)(n+3)}>0 : croissante
  • d) Bornée entre 12\frac{1}{2} et 33
  • e) Converge vers 33

a) u0=12u_{0}=\frac{1}{2}, u1=431,333u_{1}=\frac{4}{3}\approx 1{,}333 et u10=31122,583u_{10}=\frac{31}{12}\approx 2{,}583. Les valeurs montent en se rapprochant de 33, ce qui oriente déjà vers les questions suivantes.

b) La méthode qui ne rate jamais consiste à étudier la DIFFÉRENCE plutôt que de comparer directement : 3un=33n+1n+2=3(n+2)(3n+1)n+2=3n+63n1n+2=5n+23-u_{n}=3-\frac{3n+1}{n+2}=\frac{3(n+2)-(3n+1)}{n+2}=\frac{3n+6-3n-1}{n+2}=\frac{5}{n+2}. Ce quotient est strictement positif pour tout entier naturel nn, donc un<3u_{n}<3. Cette écriture apporte plus que l'inégalité demandée : elle donne l'ÉCART exact à la borne, qui vaut 5n+2\frac{5}{n+2} et qui tend vers zéro, ce qui prédit déjà la limite.

c) On étudie la différence de deux termes consécutifs : un+1un=3(n+1)+1(n+1)+23n+1n+2=(3n+4)(n+2)(3n+1)(n+3)(n+3)(n+2)u_{n+1}-u_{n}=\frac{3(n+1)+1}{(n+1)+2}-\frac{3n+1}{n+2}=\frac{(3n+4)(n+2)-(3n+1)(n+3)}{(n+3)(n+2)}. Le numérateur vaut (3n2+10n+8)(3n2+10n+3)=5(3n^{2}+10n+8)-(3n^{2}+10n+3)=5, les termes en n2n^{2} et en nn se compensant exactement. La différence, égale à 5(n+2)(n+3)\frac{5}{(n+2)(n+3)}, est strictement positive : la suite est CROISSANTE.

d) Oui, elle est bornée. Elle est majorée par 33 d'après b), et minorée par son premier terme u0=12u_{0}=\frac{1}{2} puisqu'elle est croissante. Étant à la fois majorée et minorée, elle est bornée par définition. Notez que la minoration se déduit de la croissance et ne demande aucun calcul supplémentaire.

e) Croissante et majorée, elle CONVERGE d'après le théorème de convergence monotone. Sa limite s'obtient en factorisant par le terme dominant : un=n(3+1n)n(1+2n)u_{n}=\frac{n\left(3+\frac{1}{n}\right)}{n\left(1+\frac{2}{n}\right)}, qui tend vers 33. La suite converge donc vers 33, sans jamais l'atteindre, conformément à la stricte inégalité de b).

Un mot sur ce que le théorème de convergence monotone donne et ne donne pas, car la nuance tombe souvent en examen. Il garantit l'EXISTENCE d'une limite finie, sans jamais en fournir la valeur, et le majorant utilisé n'est en général pas cette limite : ici 33 se trouve être les deux, mais la suite aurait tout aussi bien pu être majorée par 1010 sans converger vers 1010. Il faut donc systématiquement calculer la limite par un autre moyen, comme la factorisation en e), ou par l'équation de point fixe pour une suite définie par récurrence, ce que fera l'exercice 5.

Exercice 5 : Convergence monotone

On considère la suite définie par u0=1u_{0}=1 et, pour tout entier naturel nn, un+1=3unu_{n+1}=\sqrt{3u_{n}}.

  • a) Calculez u1u_{1}, u2u_{2} et u3u_{3}, arrondis au millième.
  • b) Démontrez par récurrence que, pour tout entier naturel nn, 0<un30<u_{n}\leq 3.
  • c) Démontrez que la suite est croissante. On pourra étudier le signe de un+12un2u_{n+1}^{2}-u_{n}^{2}.
  • d) Justifiez que la suite converge, puis déterminez sa limite.

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a)
c)
d)
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Réponses

  • a) u11,732u_{1}\approx 1{,}732, u22,280u_{2}\approx 2{,}280, u32,615u_{3}\approx 2{,}615
  • b) 0<un30<u_{n}\leq 3 pour tout nn
  • c) un+12un2=un(3un)0u_{n+1}^{2}-u_{n}^{2}=u_{n}(3-u_{n})\geq 0 : croissante
  • d) Converge vers 33 ; candidat 00 rejeté

a) u1=3×1=31,732u_{1}=\sqrt{3\times 1}=\sqrt{3}\approx 1{,}732 ; u2=335,1962,280u_{2}=\sqrt{3\sqrt{3}}\approx\sqrt{5{,}196}\approx 2{,}280 ; u3=3×2,2802,615u_{3}=\sqrt{3\times 2{,}280}\approx 2{,}615. Les termes montent vers 33 en ralentissant, ce qui suggère les deux propriétés à démontrer.

b) INITIALISATION : u0=1u_{0}=1 vérifie bien 0<130<1\leq 3 ✓. HÉRÉDITÉ : supposons 0<un30<u_{n}\leq 3. En multipliant par 3>03>0 : 0<3un90<3u_{n}\leq 9. La fonction racine carrée étant CROISSANTE sur les positifs, on peut l'appliquer aux trois membres sans changer le sens : 0<3un9=30<\sqrt{3u_{n}}\leq\sqrt{9}=3, c'est-à-dire 0<un+130<u_{n+1}\leq 3 ✓. CONCLUSION : la propriété est vraie pour tout entier naturel nn. La borne 33 n'a rien d'arbitraire, c'est le POINT FIXE de la relation, solution de =3\ell=\sqrt{3\ell}, et c'est toujours lui qui fournit la bonne borne.

c) On suit l'indication : un+12un2=3unun2=un(3un)u_{n+1}^{2}-u_{n}^{2}=3u_{n}-u_{n}^{2}=u_{n}(3-u_{n}). D'après b), un>0u_{n}>0 et 3un03-u_{n}\geq 0, donc ce produit est positif ou nul. Ainsi un+12un2u_{n+1}^{2}\geq u_{n}^{2}, et comme les DEUX termes sont strictement positifs, on peut passer à la racine et conclure un+1unu_{n+1}\geq u_{n} : la suite est croissante. L'étude du carré plutôt que de la différence directe évite d'avoir à manipuler 3unun\sqrt{3u_{n}}-u_{n}, dont le signe n'est pas immédiat.

d) Croissante et majorée par 33, la suite converge d'après le théorème de convergence monotone, vers un réel \ell. Comme un+1=3unu_{n+1}=\sqrt{3u_{n}} et que la fonction racine est CONTINUE, le passage à la limite donne =3\ell=\sqrt{3\ell}, donc 2=3\ell^{2}=3\ell, soit (3)=0\ell(\ell-3)=0. Les deux candidats sont 00 et 33 ; mais tous les termes sont supérieurs ou égaux à u0=1u_{0}=1 puisque la suite croît, donc la limite ne peut pas être nulle : =3\ell=3.

L'ordre des étapes est ici plus important que les calculs, et c'est ce qui distingue une copie complète d'une copie amputée. On ne peut PAS écrire l'équation =3\ell=\sqrt{3\ell} avant d'avoir prouvé que la limite existe, faute de quoi le raisonnement serait circulaire : une suite divergente ne vérifie aucune équation de point fixe. Le plan est donc invariable et vaut pour tout exercice de ce type : encadrement par récurrence, monotonie, convergence par le théorème de la limite monotone, puis identification de la limite par le point fixe, et enfin TRI des candidats à l'aide de l'encadrement. Cette dernière étape est la plus souvent oubliée, alors qu'ici elle est indispensable pour écarter 00.

123456789101112131234majorant 3croissante ET majoréedonc CONVERGENTE : le théorème ne donne pas la limite,il garantit seulement qu'elle existe

Partie B : Niveau baccalauréat (/50)

Exercice 6 : Suite arithmético-géométrique

On considère la suite définie par u0=5u_{0}=5 et, pour tout entier naturel nn, un+1=0,6un+4u_{n+1}=0{,}6\,u_{n}+4.

  • a) Calculez u1u_{1}, u2u_{2} et u3u_{3}.
  • b) Déterminez le réel \ell tel que =0,6+4\ell=0{,}6\ell+4.
  • c) On pose vn=unv_{n}=u_{n}-\ell. Démontrez que (vn)(v_{n}) est géométrique et précisez sa raison et son premier terme.
  • d) Exprimez vnv_{n} puis unu_{n} en fonction de nn, et vérifiez sur u1u_{1}.
  • e) Déterminez la limite de (un)(u_{n}).
  • f) Déterminez le plus petit entier nn tel que un>9,9u_{n}>9{,}9.

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a)
b)
c)
d)
e)
f)
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Réponses

  • a) u1=7u_{1}=7, u2=8,2u_{2}=8{,}2, u3=8,92u_{3}=8{,}92
  • b) =10\ell=10
  • c) Géométrique de raison 0,60{,}6, v0=5v_{0}=-5
  • d) un=105×0,6nu_{n}=10-5\times 0{,}6^{n}
  • e) 1010
  • f) n=8n=8

a) u1=0,6×5+4=7u_{1}=0{,}6\times 5+4=7 ; u2=0,6×7+4=8,2u_{2}=0{,}6\times 7+4=8{,}2 ; u3=0,6×8,2+4=8,92u_{3}=0{,}6\times 8{,}2+4=8{,}92. Les écarts entre termes consécutifs valent 22, puis 1,21{,}2, puis 0,720{,}72, et se réduisent d'un facteur 0,60{,}6 à chaque pas : la raison de la suite auxiliaire se lit déjà dans ces nombres.

b) =0,6+4\ell=0{,}6\ell+4 donne 0,6=4\ell-0{,}6\ell=4, soit 0,4=40{,}4\ell=4 et =10\ell=10. Ce nombre est le POINT FIXE de la relation de récurrence : si un terme valait exactement 1010, tous les suivants vaudraient 1010 aussi.

c) vn+1=un+110=0,6un+410=0,6un6=0,6(un10)=0,6vnv_{n+1}=u_{n+1}-10=0{,}6\,u_{n}+4-10=0{,}6\,u_{n}-6=0{,}6\left(u_{n}-10\right)=0{,}6\,v_{n}. La suite (vn)(v_{n}) est donc GÉOMÉTRIQUE de raison 0,60{,}6, de premier terme v0=510=5v_{0}=5-10=-5. Le mécanisme est celui-là même de l'exercice sur les équations différentielles : retrancher le point fixe fait disparaître le terme constant, et il ne reste qu'une relation de proportionnalité.

d) vn=v0×0,6n=5×0,6nv_{n}=v_{0}\times 0{,}6^{n}=-5\times 0{,}6^{n}, donc un=vn+10=105×0,6nu_{n}=v_{n}+10=10-5\times 0{,}6^{n}. Vérification indispensable : u1=105×0,6=103=7u_{1}=10-5\times 0{,}6=10-3=7 ✓, ce qui correspond bien au calcul direct de a).

e) Comme 1<0,6<1-1<0{,}6<1, le terme 0,6n0{,}6^{n} tend vers 00, donc unu_{n} tend vers 1010. La suite converge vers le point fixe en croissant, sans jamais l'atteindre puisque 5×0,6n5\times 0{,}6^{n} est strictement positif pour tout nn.

f) un>9,9u_{n}>9{,}9 équivaut à 105×0,6n>9,910-5\times 0{,}6^{n}>9{,}9, soit 5×0,6n<0,15\times 0{,}6^{n}<0{,}1, c'est-à-dire 0,6n<0,020{,}6^{n}<0{,}02. On passe au logarithme, et comme ln(0,6)<0\ln(0{,}6)<0 la division INVERSE l'inégalité : n>ln(0,02)ln(0,6)7,66n>\frac{\ln(0{,}02)}{\ln(0{,}6)}\approx 7{,}66. Le plus petit entier convenant est donc n=8n=8. Vérification obligatoire des deux côtés du seuil : 5×0,670,1405\times 0{,}6^{7}\approx 0{,}140, encore supérieur à 0,10{,}1, tandis que 5×0,680,0845\times 0{,}6^{8}\approx 0{,}084 ✓. L'inversion du sens lors de la division par un logarithme négatif est l'erreur la plus coûteuse de ce type de question, et cette double vérification la détecte à coup sûr.

Exercice 7 : Comparaison et gendarmes

Ces limites ne s'obtiennent pas par les opérations usuelles, mais par encadrement ou par comparaison.

  • a) Déterminez la limite de un=sinnn2u_{n}=\frac{\sin n}{n^{2}} pour n1n\geq 1.
  • b) Déterminez la limite de vn=n+(1)nv_{n}=n+(-1)^{n}.
  • c) On sait que 2nn+12^{n}\geq n+1 pour tout entier naturel nn. Déduisez-en la limite de 2n2^{n}, puis celle de 12n\frac{1}{2^{n}}.
  • d) Pourquoi ne peut-on pas conclure aux questions a) et b) par les théorèmes d'opérations ?

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a)
b)
c)
d)
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Réponses

  • a) 00 (gendarmes)
  • b) ++\infty (comparaison)
  • c) 2n+2^{n}\to+\infty et 12n0\frac{1}{2^{n}}\to 0
  • d) sinn\sin n et (1)n(-1)^{n} n'ont pas de limite, elles sont seulement bornées

a) Pour tout n1n\geq 1, le sinus est BORNÉ : 1sinn1-1\leq\sin n\leq 1. En divisant par n2>0n^{2}>0, ce qui conserve le sens : 1n2un1n2-\frac{1}{n^{2}}\leq u_{n}\leq\frac{1}{n^{2}}. Les deux bornes tendent vers 00, donc par le théorème des GENDARMES unu_{n} tend vers 00.

b) Pour tout nn, on a (1)n1(-1)^{n}\geq-1, donc vnn1v_{n}\geq n-1. Or n1n-1 tend vers ++\infty, donc par le théorème de COMPARAISON vnv_{n} tend aussi vers ++\infty. Remarquez qu'une seule minoration suffit ici, là où le cas a) exigeait un encadrement des deux côtés : pour prouver une limite infinie, il n'y a rien à borner par le haut.

c) L'inégalité 2nn+12^{n}\geq n+1, démontrée par récurrence à l'exercice 1, donne le résultat par comparaison : n+1n+1 tend vers ++\infty, donc 2n2^{n} aussi. Ensuite, par passage à l'inverse d'une suite tendant vers ++\infty et à termes strictement positifs, 12n\frac{1}{2^{n}} tend vers 00. On vient de redémontrer, sans invoquer le cours sur qnq^{n}, que 2n2^{n} diverge et que 0,5n0{,}5^{n} converge vers zéro.

d) Parce que les quantités sinn\sin n et (1)n(-1)^{n} N'ONT PAS de limite : elles oscillent indéfiniment sans jamais se stabiliser. Or aucun théorème d'opération ne s'applique à une expression contenant une suite sans limite, un énoncé du type « la limite du quotient est le quotient des limites » supposant d'abord que les deux limites existent. En revanche ces quantités restent BORNÉES, et c'est exactement ce qu'exploitent l'encadrement et la comparaison, qui n'ont besoin que de bornes et non de limites.

Il faut savoir choisir entre les deux outils, et le critère est simple. Le théorème des GENDARMES sert à prouver une limite FINIE et exige un encadrement des deux côtés, les deux bornes devant converger vers la même valeur. Le théorème de COMPARAISON sert à prouver une limite INFINIE et ne demande qu'une seule inégalité, minoration pour ++\infty et majoration pour -\infty. Une erreur classique consiste à vouloir encadrer dans le cas b), ce qui est impossible et inutile : il n'existe aucun majorant, et il n'en faut aucun.

12345678910111213141234les deux gendarmes (pointillé) tendent vers 2limite 2coincée entre les deux, la suite du milieun'a PAS le choix : elle converge vers 2

Exercice 8 : Algorithme de seuil

On reprend la suite de l'exercice 6 : u0=5u_{0}=5 et un+1=0,6un+4u_{n+1}=0{,}6\,u_{n}+4, de limite 10.

On donne la fonction Python suivante.

python
def seuil(objectif):
    u = 5
    n = 0
    while u <= objectif:
        u = 0.6 * u + 4
        n = n + 1
    return n
  • a) Expliquez ce que calcule cette fonction.
  • b) Que renvoie l'appel seuil(9.9) ? Justifiez à partir de l'exercice 6.
  • c) Que renvoie l'appel seuil(9.99) ?
  • d) Que se passe-t-il si l'on appelle seuil(10) ? Expliquez précisément pourquoi, en vous appuyant sur la limite de la suite.
  • e) Proposez une modification simple qui empêche ce comportement.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Le rang du premier terme strictement supérieur à l'objectif
  • b) 88
  • c) 1313
  • d) Boucle infinie : un<10u_{n}<10 pour tout nn
  • e) Borner le nombre d'itérations

a) Elle calcule les termes successifs de la suite tant qu'ils n'ont pas dépassé l'objectif, et renvoie le RANG du premier terme strictement supérieur à cet objectif. C'est l'algorithme de seuil standard : il ne cherche pas une valeur mais le premier indice à partir duquel une condition devient vraie.

b) Elle renvoie 88, ce qui confirme par le calcul machine le résultat obtenu à l'exercice 6 par le logarithme. La concordance des deux méthodes n'est pas une coïncidence, ce sont deux façons de résoudre la même inéquation, l'une exacte et l'autre par balayage.

c) On résout 5×0,6n<0,015\times 0{,}6^{n}<0{,}01, soit 0,6n<0,0020{,}6^{n}<0{,}002, donc n>ln(0,002)ln(0,6)12,17n>\frac{\ln(0{,}002)}{\ln(0{,}6)}\approx 12{,}17, l'inégalité s'inversant à cause du logarithme négatif. La fonction renvoie donc 1313. Observez le coût du gain de précision : passer d'une tolérance de 0,10{,}1 à 0,010{,}01 n'a demandé que 55 itérations de plus, car chaque itération multiplie l'écart par 0,60{,}6 et il faut environ 4,54{,}5 pas pour gagner un facteur 1010.

d) La boucle NE S'ARRÊTE JAMAIS. La suite est strictement croissante mais converge vers 1010 sans jamais l'atteindre : tous ses termes vérifient un<10u_{n}<10, donc la condition de continuation reste vraie indéfiniment. Le programme tourne sans fin. C'est le danger d'un algorithme de seuil dont l'objectif est la limite elle-même, ou une valeur au-delà, et c'est un cas que le mathématicien voit immédiatement là où le programmeur attend un résultat.

e) Il suffit de BORNER le nombre d'itérations, par exemple en remplaçant la condition par `u <= objectif and n < 1000`, puis en signalant l'échec si la boucle s'est arrêtée sur le compteur plutôt que sur l'objectif. On peut aussi, en amont, vérifier que l'objectif est strictement inférieur à la limite, ce qui est plus satisfaisant intellectuellement mais suppose de connaître cette limite.

Cet exercice illustre une leçon qui dépasse le chapitre : une boucle non bornée n'est sûre que si l'on a DÉMONTRÉ sa terminaison. Ici la preuve mathématique de la convergence vers 1010 est exactement ce qui permet de prévoir le plantage, avant même d'exécuter le programme. Un bon réflexe consiste à toujours se demander, devant une boucle conditionnelle, quel argument garantit qu'on en sortira ; en l'absence d'un tel argument, la borne d'itérations n'est pas une précaution facultative.

python
def seuil(objectif, maxi=1000):
    u = 5
    n = 0
    while u <= objectif and n < maxi:
        u = 0.6 * u + 4
        n = n + 1
    if n == maxi:
        return None   # objectif inatteignable : il vaut au moins la limite
    return n

Exercice 9 : La méthode de Héron

On approche 2\sqrt{2} par la suite définie par u0=2u_{0}=2 et, pour tout entier naturel nn, un+1=12(un+2un)u_{n+1}=\frac{1}{2}\left(u_{n}+\frac{2}{u_{n}}\right).

Cette méthode était déjà connue des mathématiciens grecs.

  • a) Calculez u1u_{1}, u2u_{2} et u3u_{3}. Comparez u3u_{3} à 21,4142136\sqrt{2}\approx 1{,}4142136.
  • b) Démontrez que, pour tout entier naturel nn, un+122=(un222un)2u_{n+1}^{2}-2=\left(\frac{u_{n}^{2}-2}{2u_{n}}\right)^{2}.
  • c) Déduisez-en par récurrence que un2u_{n}\geq\sqrt{2} pour tout entier naturel nn.
  • d) Démontrez que la suite est décroissante.
  • e) Justifiez que la suite converge et déterminez sa limite.

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a)
d)
e)
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Réponses

  • a) u1=1,5u_{1}=1{,}5, u2=17121,4167u_{2}=\frac{17}{12}\approx 1{,}4167, u31,4142u_{3}\approx 1{,}4142
  • b) Égalité démontrée par développement
  • c) un2u_{n}\geq\sqrt{2} pour tout nn
  • d) un+1un=2un22un0u_{n+1}-u_{n}=\frac{2-u_{n}^{2}}{2u_{n}}\leq 0 : décroissante
  • e) Converge vers 2\sqrt{2}

a) u1=12(2+22)=12(2+1)=1,5u_{1}=\frac{1}{2}\left(2+\frac{2}{2}\right)=\frac{1}{2}(2+1)=1{,}5 ; u2=12(1,5+21,5)=17121,4166667u_{2}=\frac{1}{2}\left(1{,}5+\frac{2}{1{,}5}\right)=\frac{17}{12}\approx 1{,}4166667 ; u31,4142157u_{3}\approx 1{,}4142157. Comparé à 21,4142136\sqrt{2}\approx 1{,}4142136, l'écart n'est plus que de 2×1062\times 10^{-6} : dès le rang 33, les six premières décimales sont correctes. La convergence est extraordinairement rapide, et l'on comprend que la méthode ait traversé les siècles.

b) On développe le carré avec soin : un+122=14(un+2un)22=14(un2+2×un×2un+4un2)2=14(un2+4+4un2)2u_{n+1}^{2}-2=\frac{1}{4}\left(u_{n}+\frac{2}{u_{n}}\right)^{2}-2=\frac{1}{4}\left(u_{n}^{2}+2\times u_{n}\times\frac{2}{u_{n}}+\frac{4}{u_{n}^{2}}\right)-2=\frac{1}{4}\left(u_{n}^{2}+4+\frac{4}{u_{n}^{2}}\right)-2. En rentrant le 2-2 dans la parenthèse sous la forme 84-\frac{8}{4} : =14(un24+4un2)=14(un2un)2=(un222un)2=\frac{1}{4}\left(u_{n}^{2}-4+\frac{4}{u_{n}^{2}}\right)=\frac{1}{4}\left(u_{n}-\frac{2}{u_{n}}\right)^{2}=\left(\frac{u_{n}^{2}-2}{2u_{n}}\right)^{2}, la dernière égalité venant de la mise au même dénominateur.

c) INITIALISATION : u0=22u_{0}=2\geq\sqrt{2} ✓. HÉRÉDITÉ : supposons un2u_{n}\geq\sqrt{2}, donc en particulier un>0u_{n}>0. D'après b), un+122u_{n+1}^{2}-2 est un CARRÉ, donc positif ou nul : un+122u_{n+1}^{2}\geq 2. Comme un+1u_{n+1} est strictement positif, étant la demi-somme de deux quantités positives, on peut passer à la racine : un+12u_{n+1}\geq\sqrt{2} ✓. CONCLUSION : la propriété est vraie pour tout nn. Toute l'élégance de la question b) est là : elle transforme la minoration à démontrer en une évidence, un carré étant toujours positif.

d) un+1un=12(un+2un)un=12(2unun)=2un22unu_{n+1}-u_{n}=\frac{1}{2}\left(u_{n}+\frac{2}{u_{n}}\right)-u_{n}=\frac{1}{2}\left(\frac{2}{u_{n}}-u_{n}\right)=\frac{2-u_{n}^{2}}{2u_{n}}. D'après c), un22u_{n}^{2}\geq 2, donc le numérateur est négatif ou nul, tandis que le dénominateur est strictement positif. La différence est donc négative ou nulle : la suite est DÉCROISSANTE.

e) Décroissante et minorée par 2\sqrt{2}, la suite converge d'après le théorème de convergence monotone. Sa limite \ell vérifie =12(+2)\ell=\frac{1}{2}\left(\ell+\frac{2}{\ell}\right), soit 22=2+22\ell^{2}=\ell^{2}+2, donc 2=2\ell^{2}=2. Comme tous les termes sont positifs, =2\ell=\sqrt{2}.

La rapidité constatée en a) s'explique par la formule de b), et c'est ce qui distingue cette méthode d'une dichotomie. L'écart un+122u_{n+1}^{2}-2 est le CARRÉ d'une quantité proportionnelle à un22u_{n}^{2}-2 : l'erreur est donc élevée au carré à chaque étape, ce qu'on appelle une convergence quadratique. Concrètement, le nombre de décimales exactes DOUBLE à chaque itération, alors qu'une dichotomie n'en gagne qu'un tiers. Au rang 88, la précision atteint déjà la limite de la machine ✓. C'est la méthode de Newton appliquée à x22x^{2}-2, et c'est encore celle que les processeurs utilisent aujourd'hui pour extraire une racine carrée.

123123y = xf(x) = (x + 2/x) / 2√2la construction en escalier converge versle point fixe, intersection de f et de y = x

Exercice 10 : Problème de synthèse : une réserve naturelle

Une réserve naturelle abrite une population d'animaux. On note unu_{n} l'effectif, en centaines, au bout de nn années, avec u0=1u_{0}=1.

Chaque année, la population diminue de 20 % par mortalité et migration, puis 60 animaux sont réintroduits.

On admet donc que, pour tout entier naturel nn, un+1=0,8un+0,6u_{n+1}=0{,}8\,u_{n}+0{,}6.

  • a) Justifiez la relation de récurrence à partir de l'énoncé, puis calculez u1u_{1}, u2u_{2} et u3u_{3}.
  • b) Démontrez par récurrence que, pour tout entier naturel nn, 0<un<30<u_{n}<3.
  • c) Démontrez que la suite est croissante.
  • d) Déduisez des questions b) et c) que la suite converge, puis déterminez sa limite et interprétez-la.
  • e) On pose vn=un3v_{n}=u_{n}-3. Démontrez que (vn)(v_{n}) est géométrique, puis exprimez unu_{n} en fonction de nn.
  • f) Le gestionnaire considère la réserve saturée lorsque la population dépasse 290 animaux. Déterminez au bout de combien d'années cela se produit.

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a)
c)
d)
e)
f)
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Réponses

  • a) u1=1,4u_{1}=1{,}4, u2=1,72u_{2}=1{,}72, u3=1,976u_{3}=1{,}976
  • b) 0<un<30<u_{n}<3 pour tout nn
  • c) un+1un=0,2(3un)>0u_{n+1}-u_{n}=0{,}2(3-u_{n})>0 : croissante
  • d) Converge vers 33 : environ 300300 animaux
  • e) vn=2×0,8nv_{n}=-2\times 0{,}8^{n}, un=32×0,8nu_{n}=3-2\times 0{,}8^{n}
  • f) Au bout de 1414 ans

a) Diminuer de 20 %20\ \% revient à multiplier par 0,80{,}8, et réintroduire 6060 animaux revient à ajouter 0,60{,}6 CENTAINE, l'unité de la suite étant la centaine. D'où un+1=0,8un+0,6u_{n+1}=0{,}8\,u_{n}+0{,}6. L'attention à l'unité est le vrai piège de la question : ajouter 6060 au lieu de 0,60{,}6 multiplierait le résultat par cent. Alors u1=0,8×1+0,6=1,4u_{1}=0{,}8\times 1+0{,}6=1{,}4 ; u2=0,8×1,4+0,6=1,72u_{2}=0{,}8\times 1{,}4+0{,}6=1{,}72 ; u3=0,8×1,72+0,6=1,976u_{3}=0{,}8\times 1{,}72+0{,}6=1{,}976.

b) INITIALISATION : u0=1u_{0}=1 vérifie 0<1<30<1<3 ✓. HÉRÉDITÉ : supposons 0<un<30<u_{n}<3. En multipliant par 0,8>00{,}8>0 : 0<0,8un<2,40<0{,}8\,u_{n}<2{,}4. En ajoutant 0,60{,}6 aux trois membres : 0,6<un+1<30{,}6<u_{n+1}<3. En particulier 0<un+1<30<u_{n+1}<3 ✓. CONCLUSION : la propriété est vraie pour tout entier naturel nn. On notera la technique, qui consiste à faire subir à l'encadrement exactement les mêmes opérations que celles de la relation de récurrence, dans le même ordre.

c) un+1un=0,8un+0,6un=0,60,2un=0,2(3un)u_{n+1}-u_{n}=0{,}8\,u_{n}+0{,}6-u_{n}=0{,}6-0{,}2\,u_{n}=0{,}2\left(3-u_{n}\right). D'après b), un<3u_{n}<3, donc cette différence est strictement positive : la suite est croissante. La factorisation par 0,20{,}2 fait apparaître le point fixe 33, ce qui rend la conclusion immédiate.

d) Croissante et majorée par 33, la suite converge d'après le théorème de convergence monotone. Sa limite \ell vérifie =0,8+0,6\ell=0{,}8\ell+0{,}6, soit 0,2=0,60{,}2\ell=0{,}6 et =3\ell=3. La population se stabilise donc autour de 300300 animaux, sans jamais atteindre ce seuil : la réserve possède une capacité d'accueil que le protocole de réintroduction ne permet pas de dépasser.

e) vn+1=un+13=0,8un+0,63=0,8un2,4=0,8(un3)=0,8vnv_{n+1}=u_{n+1}-3=0{,}8\,u_{n}+0{,}6-3=0{,}8\,u_{n}-2{,}4=0{,}8\left(u_{n}-3\right)=0{,}8\,v_{n}. La suite (vn)(v_{n}) est donc géométrique de raison 0,80{,}8, de premier terme v0=13=2v_{0}=1-3=-2. Ainsi vn=2×0,8nv_{n}=-2\times 0{,}8^{n} et un=32×0,8nu_{n}=3-2\times 0{,}8^{n}. Vérification : u3=32×0,512=31,024=1,976u_{3}=3-2\times 0{,}512=3-1{,}024=1{,}976 ✓, conforme à a).

f) On cherche un>2,9u_{n}>2{,}9, soit 2×0,8n<0,12\times 0{,}8^{n}<0{,}1, c'est-à-dire 0,8n<0,050{,}8^{n}<0{,}05. En passant au logarithme, et comme ln(0,8)<0\ln(0{,}8)<0 inverse l'inégalité : n>ln(0,05)ln(0,8)13,43n>\frac{\ln(0{,}05)}{\ln(0{,}8)}\approx 13{,}43. Le plus petit entier convenant est n=14n=14. Double vérification autour du seuil : 2×0,8130,1102\times 0{,}8^{13}\approx 0{,}110, encore supérieur à 0,10{,}1, tandis que 2×0,8140,0882\times 0{,}8^{14}\approx 0{,}088 ✓. La réserve est donc considérée comme saturée au bout de 1414 années.

Partie C : les classiques (/50)

Exercice 11 : Conjecturer puis démontrer une formule explicite

On considère la suite définie par u0=1u_{0}=1 et, pour tout entier naturel nn, un+1=un+2n+3u_{n+1}=u_{n}+2n+3.

La relation donne chaque terme à partir du précédent ; on cherche une expression qui donne unu_{n} directement.

  • a) Calculez u1u_{1}, u2u_{2} et u3u_{3}.
  • b) Conjecturez une expression de unu_{n} en fonction de nn.
  • c) Démontrez cette conjecture par récurrence.
  • d) Calculez u20u_{20}, puis déterminez le plus petit entier nn tel que un>10000u_{n}>10\,000.

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a)
b)
d)
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Réponses

  • a) u1=4u_{1}=4, u2=9u_{2}=9, u3=16u_{3}=16
  • b) un=(n+1)2u_{n}=(n+1)^{2}
  • c) Hérédité : (n+1)2+2n+3=(n+2)2(n+1)^{2}+2n+3=(n+2)^{2}
  • d) u20=441u_{20}=441 ; n=100n=100

a) On applique la relation en remplaçant nn par la valeur du rang de DÉPART : u1=u0+2×0+3=4u_{1}=u_{0}+2\times 0+3=4 ; u2=u1+2×1+3=9u_{2}=u_{1}+2\times 1+3=9 ; u3=u2+2×2+3=16u_{3}=u_{2}+2\times 2+3=16. L'erreur classique est d'écrire u1=u0+2×1+3=6u_{1}=u_{0}+2\times 1+3=6 : pour passer de unu_{n} à un+1u_{n+1}, c'est l'indice nn du terme connu qui entre dans la formule.

b) Les termes 11, 44, 99, 1616 sont les carrés 121^{2}, 222^{2}, 323^{2}, 424^{2}, avec un décalage d'un rang : u0=12u_{0}=1^{2}, u1=22u_{1}=2^{2}. On conjecture un=(n+1)2u_{n}=(n+1)^{2}. Une conjecture n'est qu'une supposition tant qu'elle n'est pas démontrée : quatre termes compatibles ne prouvent rien, l'expression 3n+13n+1 convient par exemple aux deux premiers et échoue dès u2u_{2}.

c) Notons P(n)P(n) la propriété « un=(n+1)2u_{n}=(n+1)^{2} ». INITIALISATION : u0=1=(0+1)2u_{0}=1=(0+1)^{2}, donc P(0)P(0) est vraie. HÉRÉDITÉ : supposons P(n)P(n) vraie pour un entier naturel nn fixé, c'est-à-dire un=(n+1)2u_{n}=(n+1)^{2}. Alors un+1=un+2n+3=(n+1)2+2n+3=n2+2n+1+2n+3=n2+4n+4=(n+2)2u_{n+1}=u_{n}+2n+3=(n+1)^{2}+2n+3=n^{2}+2n+1+2n+3=n^{2}+4n+4=(n+2)^{2}, et (n+2)2(n+2)^{2} est bien ((n+1)+1)2((n+1)+1)^{2} : P(n+1)P(n+1) est vraie. CONCLUSION : pour tout entier naturel nn, un=(n+1)2u_{n}=(n+1)^{2}. Le réflexe utile dans l'hérédité est d'écrire d'abord le BUT, ici (n+2)2=n2+4n+4(n+2)^{2}=n^{2}+4n+4, pour savoir vers quoi mener le calcul.

d) u20=212=441u_{20}=21^{2}=441, sans calculer les vingt termes intermédiaires : c'est tout l'intérêt d'une forme explicite. Ensuite un>10000u_{n}>10\,000 équivaut à (n+1)2>10000(n+1)^{2}>10\,000, soit n+1>100n+1>100 puisque n+1>0n+1>0, donc n>99n>99. Le plus petit entier convenant est n=100n=100. Contrôle : u99=1002=10000u_{99}=100^{2}=10\,000, qui n'est PAS strictement supérieur à 1000010\,000, et u100=1012=10201u_{100}=101^{2}=10\,201 ✓.

Le schéma « calculer, conjecturer, démontrer » est la situation la plus fréquente où la récurrence apparaît au bac. Il a une propriété rassurante : si la conjecture est fausse, l'hérédité refuse de fonctionner, le calcul ne retombe pas sur l'expression visée. Une hérédité qui « ne marche pas » est donc souvent le signe d'une conjecture mal lue, et le premier geste est de recalculer un terme de plus.

Exercice 12 : Cinq affirmations sur la convergence

Pour chaque affirmation, dites si elle est vraie ou fausse. Une affirmation vraie se justifie par un théorème du cours, une affirmation fausse par un contre-exemple explicite.

Toutes les suites considérées sont définies sur N\mathbb{N}.

  • a) Toute suite convergente est bornée.
  • b) Toute suite bornée est convergente.
  • c) Une suite croissante qui n'est pas majorée tend vers ++\infty.
  • d) Une suite décroissante et minorée par 00 converge vers 00.
  • e) Si unvnu_{n}\leq v_{n} pour tout nn et si (vn)(v_{n}) tend vers ++\infty, alors (un)(u_{n}) tend vers ++\infty.

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a)
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d)
e)
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Réponses

  • a) Vraie
  • b) Fausse : (1)n(-1)^{n}
  • c) Vraie
  • d) Fausse : 1+1n+11+\frac{1}{n+1} tend vers 11
  • e) Fausse : un=0u_{n}=0, vn=nv_{n}=n

a) VRAIE. Si (un)(u_{n}) converge vers \ell, tous les termes finissent par rester dans l'intervalle ]1;+1[]\ell-1;\ell+1[ à partir d'un certain rang ; les termes d'avant sont en nombre fini, donc ils ont un plus grand et un plus petit élément. La suite est donc majorée et minorée.

b) FAUSSE. Contre-exemple : un=(1)nu_{n}=(-1)^{n} est bornée par 1-1 et 11, mais elle alterne entre 11 et 1-1 et n'a aucune limite. La réciproque de a) est donc fausse, et c'est précisément pourquoi le théorème de convergence monotone exige, en plus d'une borne, la MONOTONIE.

c) VRAIE. C'est un théorème du cours : une suite croissante non majorée dépasse n'importe quel réel AA à partir d'un certain rang (puisque AA n'est pas un majorant), puis reste au-dessus de AA puisqu'elle croît. C'est la définition même de la limite ++\infty.

d) FAUSSE. Contre-exemple : un=1+1n+1u_{n}=1+\frac{1}{n+1} est décroissante et minorée par 00, mais elle converge vers 11. Le théorème garantit la convergence, pas la valeur de la limite : le minorant 00 n'est qu'UN minorant parmi d'autres, et la limite est seulement supérieure ou égale à lui.

e) FAUSSE. Contre-exemple : un=0u_{n}=0 et vn=nv_{n}=n. On a bien unvnu_{n}\leq v_{n} et vn+v_{n}\to+\infty, mais unu_{n} reste nulle. Le théorème de comparaison fonctionne dans l'autre sens : c'est la suite MINORANTE qui doit tendre vers ++\infty pour entraîner l'autre, soit unvnu_{n}\geq v_{n} avec vn+v_{n}\to+\infty.

Deux affirmations vraies, trois fausses, et les trois fausses ont le même défaut : elles renversent un théorème ou lui font dire plus qu'il ne dit. Au bac, la justification compte autant que la réponse ; un contre-exemple doit être ÉCRIT et VÉRIFIÉ, pas seulement évoqué, et le plus simple possible : (1)n(-1)^{n}, nn, 00, 1+1n+11+\frac{1}{n+1} suffisent presque toujours.

Exercice 13 : L'inégalité de Bernoulli

Soit aa un réel strictement positif. On se propose de démontrer puis d'exploiter l'inégalité (1+a)n1+na(1+a)^{n}\geq 1+na, valable pour tout entier naturel nn.

  • a) Démontrez par récurrence que, pour tout entier naturel nn, (1+a)n1+na(1+a)^{n}\geq 1+na.
  • b) Soit q>1q>1. En posant a=q1a=q-1, déduisez-en la limite de qnq^{n}.
  • c) On prend a=0,05a=0{,}05. À l'aide de l'inégalité seule, déterminez le plus petit entier nn pour lequel elle GARANTIT 1,05n1001{,}05^{n}\geq 100.
  • d) À l'aide du logarithme, déterminez le plus petit entier nn tel que 1,05n1001{,}05^{n}\geq 100.
  • e) Expliquez l'écart entre les réponses c) et d).

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Réponses

  • a) (1+a)n+11+(n+1)a+na21+(n+1)a(1+a)^{n+1}\geq 1+(n+1)a+na^{2}\geq 1+(n+1)a
  • b) qn1+n(q1)q^{n}\geq 1+n(q-1) donc qn+q^{n}\to+\infty
  • c) n=1980n=1980
  • d) n=95n=95
  • e) 1+na1+na ne garde que deux termes du binôme : minoration vraie mais grossière

a) INITIALISATION : pour n=0n=0, (1+a)0=1(1+a)^{0}=1 et 1+0×a=11+0\times a=1, donc l'inégalité est vraie. HÉRÉDITÉ : supposons (1+a)n1+na(1+a)^{n}\geq 1+na pour un entier nn fixé. On multiplie les deux membres par 1+a1+a, qui est STRICTEMENT POSITIF, donc le sens est conservé : (1+a)n+1(1+na)(1+a)=1+a+na+na2=1+(n+1)a+na2(1+a)^{n+1}\geq(1+na)(1+a)=1+a+na+na^{2}=1+(n+1)a+na^{2}. Or na20na^{2}\geq 0, donc 1+(n+1)a+na21+(n+1)a1+(n+1)a+na^{2}\geq 1+(n+1)a, et par transitivité (1+a)n+11+(n+1)a(1+a)^{n+1}\geq 1+(n+1)a. CONCLUSION : l'inégalité est vraie pour tout entier naturel nn. La justification du signe de 1+a1+a n'est pas un détail : multiplier une inégalité par un nombre de signe inconnu est la faute qui annule l'hérédité.

b) Si q>1q>1, alors a=q1>0a=q-1>0 et l'inégalité donne qn1+n(q1)q^{n}\geq 1+n(q-1). Comme q1>0q-1>0, le membre de droite tend vers ++\infty, donc par COMPARAISON qnq^{n} tend vers ++\infty. C'est la démonstration du résultat de cours sur qnq^{n}, que l'on utilise sans cesse sans l'avoir prouvé.

c) L'inégalité garantit 1,05n1001{,}05^{n}\geq 100 dès que 1+0,05n1001+0{,}05n\geq 100, c'est-à-dire 0,05n990{,}05n\geq 99, soit n1980n\geq 1980. Le plus petit entier fourni par cette méthode est donc n=1980n=1980.

d) 1,05n100    nln(1,05)ln(100)1{,}05^{n}\geq 100\iff n\ln(1{,}05)\geq\ln(100). Comme ln(1,05)>0\ln(1{,}05)>0, le sens est conservé : nln100ln1,0594,39n\geq\frac{\ln 100}{\ln 1{,}05}\approx 94{,}39. Le plus petit entier est n=95n=95. Contrôle : 1,059498,1<1001{,}05^{94}\approx 98{,}1<100 et 1,0595103,01001{,}05^{95}\approx 103{,}0\geq 100 ✓.

e) L'inégalité de Bernoulli remplace une croissance GÉOMÉTRIQUE par une croissance AFFINE : en développant (1+a)n(1+a)^{n} par la formule du binôme, elle ne garde que les deux premiers termes 1+na1+na et jette tous les autres, qui sont positifs et deviennent énormes. La minoration est donc vraie mais très grossière : elle suffit pour prouver une limite infinie, pas pour trouver un seuil précis, où elle donne ici un rang vingt fois trop grand.

Retenez la hiérarchie des outils : la récurrence et l'inégalité de Bernoulli démontrent qu'un seuil EXISTE, le logarithme le CALCULE exactement, et l'algorithme de seuil le TROUVE par balayage. Une réponse obtenue par minoration est toujours un rang qui convient, jamais forcément le plus petit, et une copie qui confond les deux perd le point.

Exercice 14 : Un capital épuisé par des retraits

Un capital de 2000020\,000 euros est placé à intérêts composés au taux annuel de 2 %2\ \%. À la fin de chaque année, après le versement des intérêts, on retire 10001\,000 euros.

On note unu_{n} le capital, en euros, au bout de nn années. Ainsi u0=20000u_{0}=20\,000 et, pour tout entier naturel nn, un+1=1,02un1000u_{n+1}=1{,}02\,u_{n}-1\,000.

  • a) Calculez u1u_{1} et u2u_{2}.
  • b) Déterminez le réel \ell tel que =1,021000\ell=1{,}02\,\ell-1\,000.
  • c) On pose vn=unv_{n}=u_{n}-\ell. Démontrez que (vn)(v_{n}) est géométrique ; précisez sa raison et son premier terme.
  • d) Exprimez unu_{n} en fonction de nn, puis déterminez la limite de (un)(u_{n}).
  • e) Déterminez le plus petit entier nn tel que un<0u_{n}<0 et interprétez.
  • f) Quel est le montant maximal du retrait annuel pour que le capital ne diminue jamais ?

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Réponses

  • a) u1=19400u_{1}=19\,400, u2=18788u_{2}=18\,788 euros
  • b) =50000\ell=50\,000
  • c) Géométrique de raison 1,021{,}02, v0=30000v_{0}=-30\,000
  • d) un=5000030000×1,02nu_{n}=50\,000-30\,000\times 1{,}02^{n}, limite -\infty
  • e) n=26n=26 : 2525 retraits complets seulement
  • f) 400400 euros

a) u1=1,02×200001000=204001000=19400u_{1}=1{,}02\times 20\,000-1\,000=20\,400-1\,000=19\,400 ; u2=1,02×194001000=197881000=18788u_{2}=1{,}02\times 19\,400-1\,000=19\,788-1\,000=18\,788. Le capital baisse, et il baisse de plus en plus vite : 600600 euros la première année, 612612 la deuxième.

b) 1,02=1000\ell-1{,}02\,\ell=-1\,000, soit 0,02=1000-0{,}02\,\ell=-1\,000, donc =50000\ell=50\,000. C'est le capital qui produirait exactement 10001\,000 euros d'intérêts par an : placé à 5000050\,000 euros, il resterait constant.

c) vn+1=un+150000=1,02un51000=1,02(un50000)=1,02vnv_{n+1}=u_{n+1}-50\,000=1{,}02\,u_{n}-51\,000=1{,}02\left(u_{n}-50\,000\right)=1{,}02\,v_{n}, car 1,02×50000=510001{,}02\times 50\,000=51\,000. La suite (vn)(v_{n}) est géométrique de raison 1,021{,}02 et de premier terme v0=2000050000=30000v_{0}=20\,000-50\,000=-30\,000.

d) vn=30000×1,02nv_{n}=-30\,000\times 1{,}02^{n}, donc un=5000030000×1,02nu_{n}=50\,000-30\,000\times 1{,}02^{n}. Vérification : u1=5000030600=19400u_{1}=50\,000-30\,600=19\,400 ✓. Comme 1,02>11{,}02>1, 1,02n1{,}02^{n} tend vers ++\infty, et le facteur 30000-30\,000 est négatif : unu_{n} tend vers -\infty. Contrairement à la réserve de l'exercice 10, la raison est SUPÉRIEURE à 11 : le point fixe n'attire pas la suite, il la repousse.

e) un<0    30000×1,02n>50000    1,02n>53u_{n}<0\iff 30\,000\times 1{,}02^{n}>50\,000\iff 1{,}02^{n}>\frac{5}{3}. Comme ln(1,02)>0\ln(1{,}02)>0, le sens est conservé : n>ln(5/3)ln(1,02)25,80n>\frac{\ln(5/3)}{\ln(1{,}02)}\approx 25{,}80. Le plus petit entier est n=26n=26. Contrôle : u25782u_{25}\approx 782 euros et u26203u_{26}\approx -203 euros ✓. Le capital permet donc 2525 retraits complets ; la vingt-sixième année, il ne reste pas 10001\,000 euros à retirer.

f) Le capital ne diminue pas lorsque le retrait ne dépasse pas les intérêts de la première année : u1u0u_{1}\geq u_{0} équivaut à 0,02×20000R00{,}02\times 20\,000-R\geq 0, soit R400R\leq 400. Avec R=400R=400 euros, un+1=1,02un400u_{n+1}=1{,}02\,u_{n}-400 a pour point fixe 2000020\,000, qui est u0u_{0} lui-même : la suite est constante. Le retrait maximal est donc 400400 euros.

Tout l'exercice tient à la position du capital de départ par rapport au point fixe. En dessous de 5000050\,000 euros, l'écart au point fixe est multiplié par 1,021{,}02 chaque année et le capital s'effondre ; au-dessus, il croîtrait sans limite ; exactement dessus, il resterait constant. Pour une suite arithmético-géométrique, la raison aa décide de tout : si a<1|a|<1 la suite converge vers le point fixe, si a>1a>1 elle s'en éloigne.

Exercice 15 : Une suite homographique et sa suite auxiliaire

On considère la fonction ff définie sur [0;+[[0;+\infty[ par f(x)=4x+2x+3f(x)=\frac{4x+2}{x+3}, et la suite définie par u0=0u_{0}=0 et, pour tout entier naturel nn, un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_{n}).

  • a) Calculez u1u_{1} et u2u_{2} sous forme de fractions.
  • b) Calculez f(x)f'(x) et donnez le sens de variation de ff sur [0;+[[0;+\infty[.
  • c) Démontrez par récurrence que, pour tout entier naturel nn, 0unun+120\leq u_{n}\leq u_{n+1}\leq 2.
  • d) Justifiez que la suite converge, puis déterminez sa limite.
  • e) On pose wn=un2un+1w_{n}=\frac{u_{n}-2}{u_{n}+1}. Démontrez que (wn)(w_{n}) est géométrique ; précisez sa raison et son premier terme.
  • f) Déduisez-en unu_{n} en fonction de nn et calculez u5u_{5} au millième.

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Réponses

  • a) u1=23u_{1}=\frac{2}{3}, u2=1411u_{2}=\frac{14}{11}
  • b) f(x)=10(x+3)2>0f'(x)=\frac{10}{(x+3)^{2}}>0 : ff croissante
  • c) 0unun+120\leq u_{n}\leq u_{n+1}\leq 2 par croissance de ff
  • d) Converge vers 22 ; 1-1 rejeté
  • e) Géométrique de raison 0,40{,}4, w0=2w_{0}=-2
  • f) un=22×0,4n1+2×0,4nu_{n}=\frac{2-2\times 0{,}4^{n}}{1+2\times 0{,}4^{n}}, u51,940u_{5}\approx 1{,}940

a) u1=f(0)=23u_{1}=f(0)=\frac{2}{3}. u2=f(23)=83+223+3=143113=14111,273u_{2}=f\left(\frac{2}{3}\right)=\frac{\frac{8}{3}+2}{\frac{2}{3}+3}=\frac{\frac{14}{3}}{\frac{11}{3}}=\frac{14}{11}\approx 1{,}273. Multiplier numérateur et dénominateur par 33 évite les fractions étagées.

b) ff est un quotient uv\frac{u}{v} avec u=4x+2u=4x+2, v=x+3v=x+3 : f(x)=4(x+3)1×(4x+2)(x+3)2=122(x+3)2=10(x+3)2f'(x)=\frac{4(x+3)-1\times(4x+2)}{(x+3)^{2}}=\frac{12-2}{(x+3)^{2}}=\frac{10}{(x+3)^{2}}. Ce quotient est strictement positif, donc ff est strictement CROISSANTE sur [0;+[[0;+\infty[.

c) Notons P(n)P(n) : « 0unun+120\leq u_{n}\leq u_{n+1}\leq 2 ». INITIALISATION : u0=0u_{0}=0 et u1=23u_{1}=\frac{2}{3}, donc 002320\leq 0\leq\frac{2}{3}\leq 2 ✓. HÉRÉDITÉ : supposons 0unun+120\leq u_{n}\leq u_{n+1}\leq 2. La fonction ff étant CROISSANTE sur [0;+[[0;+\infty[, elle conserve l'ordre : f(0)f(un)f(un+1)f(2)f(0)\leq f(u_{n})\leq f(u_{n+1})\leq f(2), soit 23un+1un+22\frac{2}{3}\leq u_{n+1}\leq u_{n+2}\leq 2 puisque f(2)=105=2f(2)=\frac{10}{5}=2. En particulier 0un+1un+220\leq u_{n+1}\leq u_{n+2}\leq 2 ✓. CONCLUSION : P(n)P(n) est vraie pour tout nn. Une seule récurrence donne à la fois la monotonie et l'encadrement : c'est la méthode standard dès que ff est croissante.

d) D'après c), la suite est croissante et majorée par 22 : elle converge vers un réel \ell d'après le théorème de convergence monotone, avec 020\leq\ell\leq 2. La fonction ff étant continue, =f()\ell=f(\ell), soit (+3)=4+2\ell(\ell+3)=4\ell+2, c'est-à-dire 22=0\ell^{2}-\ell-2=0, ou encore (2)(+1)=0(\ell-2)(\ell+1)=0. Les candidats sont 22 et 1-1 ; comme 0\ell\geq 0, on rejette 1-1 : la suite converge vers 22.

e) On exprime un+12u_{n+1}-2 et un+1+1u_{n+1}+1 : un+12=4un+22un6un+3=2(un2)un+3u_{n+1}-2=\frac{4u_{n}+2-2u_{n}-6}{u_{n}+3}=\frac{2(u_{n}-2)}{u_{n}+3} et un+1+1=4un+2+un+3un+3=5(un+1)un+3u_{n+1}+1=\frac{4u_{n}+2+u_{n}+3}{u_{n}+3}=\frac{5(u_{n}+1)}{u_{n}+3}. En divisant, les dénominateurs un+3u_{n}+3 se simplifient : wn+1=25×un2un+1=0,4wnw_{n+1}=\frac{2}{5}\times\frac{u_{n}-2}{u_{n}+1}=0{,}4\,w_{n}. La suite (wn)(w_{n}) est géométrique de raison 0,40{,}4 et de premier terme w0=020+1=2w_{0}=\frac{0-2}{0+1}=-2. Les deux quantités u2u-2 et u+1u+1 ne sont pas choisies au hasard : ce sont les deux points fixes 22 et 1-1 trouvés en d).

f) wn=2×0,4nw_{n}=-2\times 0{,}4^{n}. De wn(un+1)=un2w_{n}(u_{n}+1)=u_{n}-2 on tire un(wn1)=2wnu_{n}(w_{n}-1)=-2-w_{n}, donc un=2+wn1wn=22×0,4n1+2×0,4nu_{n}=\frac{2+w_{n}}{1-w_{n}}=\frac{2-2\times 0{,}4^{n}}{1+2\times 0{,}4^{n}}. Vérification : pour n=1n=1, 20,81,8=23\frac{2-0{,}8}{1{,}8}=\frac{2}{3} ✓. Pour n=5n=5, 0,45=0,010240{,}4^{5}=0{,}01024, donc u5=1,979521,020481,940u_{5}=\frac{1{,}97952}{1{,}02048}\approx 1{,}940. On retrouve la limite : 0,4n00{,}4^{n}\to 0 donne un21=2u_{n}\to\frac{2}{1}=2 ✓.

Cet exercice réunit les deux voies vers une limite. La première, qualitative, passe par la monotonie, la borne et le point fixe : elle prouve la convergence sans formule. La seconde, quantitative, construit une suite auxiliaire géométrique et donne unu_{n} explicitement, ce qui permet aussi d'estimer la vitesse de convergence, ici un facteur 0,40{,}4 par étape. Au bac, la suite auxiliaire est toujours fournie ; savoir la reconnaître comme un rapport construit sur les points fixes aide à ne pas se perdre dans le calcul.

Chapitre suivant Limites et continuité

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