Spécialité maths, Terminale • Exercices corrigés à Montréal
Exercices corrigés : suites et récurrence (Terminale spécialité)
Voici une série d'exercices corrigés de spécialité mathématiques sur les suites et le raisonnement par récurrence, au niveau de la classe de Terminale du programme français, tel qu'il est suivi au Lycée Marie de France et au Collège Stanislas à Montréal.
Elle couvre le raisonnement par récurrence, les limites de suites et les formes indéterminées, la limite de qn selon la raison, les suites majorées, minorées et bornées, le théorème de convergence monotone, les théorèmes de comparaison et des gendarmes, la suite arithmético-géométrique et sa suite auxiliaire, et l'algorithme de seuil. L'exercice 0.1 ouvre la série par dix limites de suites à calculer directement, comme dans les listes des manuels : polynôme et quotients de polynômes en n par le terme prépondérant, puissances 5n3n et 2×5n7n, la suite 7−4×0,9n, une somme géométrique alternée, une différence de racines par la quantité conjuguée et un encadrement par le théorème des gendarmes.
À la fin de la série, vous savez rédiger une récurrence en trois étapes (exercice 1), montrer qu'une suite est bornée et croissante (exercice 4), conclure par convergence monotone sur un+1=3un (exercice 5), passer par la suite auxiliaire géométrique d'une suite arithmético-géométrique (exercice 6), programmer un algorithme de seuil et voir pourquoi seuil(10) ne s'arrête jamais (exercice 8) et approcher 2 par la méthode de Héron, en approfondissement (exercice 9). Les classiques de la partie C ajoutent une formule explicite conjecturée puis démontrée (exercice 11), cinq affirmations sur la convergence (exercice 12), l'inégalité de Bernoulli (exercice 13), un capital épuisé par des retraits annuels (exercice 14) et une suite homographique ramenée à une suite géométrique (exercice 15).
Les suites font l'objet d'un exercice à presque chaque session du baccalauréat, et la récurrence y est la compétence la plus lourdement notée. Le barème exige les trois étapes rédigées séparément : une hérédité correcte sans initialisation ne vaut rien, ce que l'exercice 1 montre sur « 3n est pair ». L'exercice 10, une réserve naturelle, reproduit exactement le format de l'exercice de suites du bac : récurrence, monotonie, convergence, suite auxiliaire puis seuil, dans cet ordre ; l'algorithme de seuil qui l'accompagne d'habitude est celui de l'exercice 8.
Série autocorrigéeTape tes réponses et vérifie-les question par question : la page te dit juste ou faux avant d'ouvrir la correction. Avec un compte, chaque bonne réponse du premier coup rapporte des points, et tes réponses justes restent remplies quand tu reviens.
•Une démonstration par récurrence comporte trois étapes rédigées : initialisation au premier rang, hérédité en supposant la propriété au rang n, conclusion.
•Limites de référence : limn=limn2=limn=+∞ et limn1=0.
•Limite de qn : si −1<q<1 elle vaut 0 ; si q>1 elle vaut +∞ ; si q=1 elle vaut 1 ; si q≤−1 la suite n'a pas de limite.
•Théorème de convergence monotone : une suite croissante et majorée converge, une suite décroissante et minorée converge.
•Si un+1=f(un) avec f continue et si (un) converge vers ℓ, alors ℓ vérifie ℓ=f(ℓ).
•Théorème des gendarmes : si vn≤un≤wn et si (vn) et (wn) convergent vers la même limite, alors (un) converge vers cette limite.
•Théorème de comparaison : si un≥vn et si (vn) tend vers +∞, alors (un) tend vers +∞.
•Suite arithmético-géométrique un+1=aun+b : on pose vn=un−ℓ où ℓ est le point fixe, solution de ℓ=aℓ+b. La suite (vn) est alors géométrique de raison a.
Calculs : les limites de suites à calculer
Exercice 0.1 : Calculer des limites de suites : dix calculs directs
Pour chaque suite, définie pour tout entier naturel n (ou n≥1), calculez sa limite quand n tend vers +∞ et donnez sa valeur exacte, ou dites si elle vaut +∞ ou −∞.
Une seule méthode pour les dix lignes : reconnaître la famille de la suite. Pour un polynôme ou un quotient de polynômes en n, factoriser le terme prépondérant. Pour une puissance qn, regarder la position de q par rapport à 1 : qn→0 si −1<q<1, qn→+∞ si q>1. Pour une différence de racines, multiplier par la quantité conjuguée ; pour un terme qui oscille, encadrer puis conclure par le théorème des gendarmes.
a) un=−n3+4n2+10.
b) un=3−2n26n2−n.
c) un=n2+n+15n−1.
d) un=n+53n−n2.
e) un=5n3n.
f) un=2×5n7n.
g) un=7−4×0,9n.
h) Sn=1−21+41−⋯+(−21)n.
i) un=n2+6n−n.
j) un=n+12n+(−1)n.
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Réponses
a)n3(−1+n4+n310)→−∞
b)−26=−3
c)0
d)n⋅1+n5n3−1→−∞
e)(53)n→0
f)21(57)n→+∞
g)7
h)1+211=32
i)1+n6+16→3
j)n+12n−1≤un≤n+12n+1 ; 2
Le geste qui décide de tout : nommer la famille AVANT de calculer. Un quotient de polynômes se règle par les termes prépondérants, une puissance par la position de sa raison, une somme géométrique par sa formule, et un terme qui oscille, comme (−1)n, par un encadrement. Se tromper de famille, c'est appliquer la bonne règle au mauvais objet.
a)
un=n3(−1+n4+n310) : n3→+∞ et la parenthèse tend vers −1, donc un→−∞. Piège : répondre +∞ en ne regardant que le 4n2 et le 10 positifs.
b)
Forme ∞∞. On factorise n2 : un=n23−26−n1→−26=−3. Piège : diviser 6 par 3, le terme constant du dénominateur, et répondre 2.
c)
un=n2(1+n1+n21)n(5−n1)=n1⋅1+n1+n215−n1→0×5=0. Le degré du numérateur est inférieur.
d)
un=n(1+n5)n2(n3−1)=n⋅1+n5n3−1 : n→+∞ et le quotient tend vers −1, donc un→−∞. Piège : conclure +∞ parce que le degré du haut est plus grand, sans lire le signe de −n2.
e)
5n3n=(53)n, et 0<53<1, donc un→0. Piège : conclure à une forme ∞∞ sans issue ; on regroupe les deux puissances de même exposant.
f)
un=21(57)n et 57>1, donc (57)n→+∞ et un→+∞. Le coefficient 21, positif, ne change rien.
g)
0<0,9<1, donc 0,9n→0, 4×0,9n→0 et un→7. La suite croît vers 7 sans l'atteindre.
h)
Somme des termes d'une suite géométrique de raison q=−21 : Sn=1−(−21)1−(−21)n+1=32(1−(−21)n+1). Comme −1<−21<1, (−21)n+1→0 et Sn→32. Piège : diviser par 1−21 et trouver 2 ; la raison est NÉGATIVE.
i)
Forme ∞−∞. Quantité conjuguée : un=n2+6n+n(n2+6n)−n2=n(1+n6+1)6n=1+n6+16→26=3. Piège : répondre 0 en pensant que n2+6n « vaut » n pour n grand.
j)
(−1)n n'a pas de limite, mais −1≤(−1)n≤1, donc n+12n−1≤un≤n+12n+1. Les deux suites qui encadrent tendent vers 2 (termes prépondérants n2n), donc, par le théorème des gendarmes, un→2. Piège : conclure que un n'a pas de limite parce que (−1)n n'en a pas.
Contrôle : la calculatrice ou un tableur donne u1000 et u10000. Ils doivent se rapprocher de la limite trouvée, ou grandir sans fin avec le bon SIGNE. Pour la ligne h), on additionne quelques termes à la main : 1−21+41−81=85, déjà proche de 32.
Coche ici les exercices faits ou à revoir : un compte gratuit, sans mot de passe, retient tes coches et tes réponses justes d'une visite à l'autre, te dit quel chapitre attaquer ensuite et te permet de demander l'exercice qui te manque. Crée ton espace, un courriel suffit.
Partie A : Les bases (/50)
Exercice 1 : Premières récurrences
Chaque démonstration doit faire apparaître les trois étapes : initialisation, hérédité, conclusion.
a) Démontrez par récurrence que, pour tout entier naturel n≥1, 1+2+⋯+n=2n(n+1).
b) Démontrez par récurrence que, pour tout entier naturel n, 2n≥n+1.
c) Un élève démontre l'hérédité de la propriété « 3n est pair » et conclut qu'elle est vraie pour tout n. Où est l'erreur ?
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Réponses
a)Formule démontrée : initialisation en n=1, hérédité par factorisation par (n+1)
b)Inégalité démontrée : 2n+1≥2n+2≥n+2
c)L'initialisation manque, et elle est fausse : 30=1 est impair
a)
INITIALISATION : pour n=1, le membre de gauche vaut 1 et celui de droite 21×2=1. La propriété est vraie au rang 1. HÉRÉDITÉ : supposons 1+2+⋯+n=2n(n+1) pour un entier n≥1 fixé. Alors 1+2+⋯+n+(n+1)=2n(n+1)+(n+1)=(n+1)(2n+1)=(n+1)×2n+2=2(n+1)(n+2), ce qui est bien la formule au rang n+1, obtenue en remplaçant n par n+1 dans l'énoncé. CONCLUSION : la propriété est vraie pour tout n≥1. Le geste décisif est la factorisation par (n+1), qui évite de tout développer.
b)
INITIALISATION : pour n=0, 20=1 et 0+1=1, donc 20≥1 ✓. HÉRÉDITÉ : supposons 2n≥n+1. Alors 2n+1=2×2n≥2(n+1)=2n+2, la multiplication par 2>0 conservant l'inégalité. Il reste à comparer 2n+2 au but visé, n+2 : la différence vaut n≥0, donc 2n+2≥n+2. Par transitivité, 2n+1≥n+2 ✓. CONCLUSION : la propriété est vraie pour tout entier naturel n. Notez la structure en deux temps de l'hérédité pour une INÉGALITÉ, qui la distingue d'une égalité : on part de l'hypothèse, on obtient une minoration intermédiaire, puis on montre que celle-ci suffit.
c)
Il manque l'INITIALISATION, et pour cause : elle est fausse, puisque 30=1 est impair. L'hérédité seule ne démontre rien du tout : elle affirme que si la propriété était vraie à un rang, elle le resterait ensuite, mais si elle n'est vraie à aucun rang de départ, la chaîne ne démarre jamais. On vérifie d'ailleurs que 3n est impair pour tout n, comme produit de nombres impairs.
L'image de la rangée de dominos rend la logique évidente et vaut mieux qu'une formule apprise par cœur. L'hérédité garantit que chaque domino fait tomber le suivant ; l'initialisation garantit que le premier tombe effectivement. Il faut les deux, et l'erreur symétrique existe aussi : vérifier la propriété pour n=0, n=1 et n=2 sans démontrer l'hérédité ne prouve rien non plus, quel que soit le nombre de cas testés. Une dernière précaution de rédaction, souvent sanctionnée : dans l'hérédité, il faut écrire « supposons la propriété vraie à UN rang n fixé » et non « supposons-la vraie pour tout n », formulation qui reviendrait à supposer ce que l'on veut démontrer.
Exercice 2 : Limites de suites
Déterminez la limite de chacune des suites suivantes, en précisant la forme indéterminée rencontrée le cas échéant.
a) un=n2−3n
b) vn=n−32n+1
c) wn=n3+13n2−n
d) tn=n+1−n
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Réponses
a)+∞
b)2
c)0
d)0 (quantité conjuguée)
a)
Forme indéterminée ∞−∞, qu'on ne peut donc pas trancher à vue. On factorise par le TERME DOMINANT : un=n2(1−n3). Le premier facteur tend vers +∞ et le second vers 1, donc par produit un tend vers +∞. Le mécanisme est général : dans un polynôme, le terme de plus haut degré finit toujours par écraser tous les autres.
b)
Forme ∞∞. On factorise haut et bas par n : vn=n(1−n3)n(2+n1)=1−n32+n1, qui tend vers 12=2, c'est-à-dire le rapport des coefficients dominants. Le terme −3 du dénominateur, qui semble menaçant puisqu'il annule vn en n=3, ne joue aucun rôle à l'infini.
c)
Forme ∞∞ à nouveau, mais le dénominateur est cette fois de degré supérieur : wn=n3(1+n31)n2(3−n1)=n1×1+n313−n1. Le premier facteur tend vers 0 et le second vers 3, donc wn tend vers 0.
d)
Forme ∞−∞, mais avec des racines, ce qui appelle la QUANTITÉ CONJUGUÉE : tn=n+1+n(n+1−n)(n+1+n)=n+1+n(n+1)−n=n+1+n1. Le dénominateur tend vers +∞, donc tn tend vers 0.
La question d) est celle qui trompe le plus, et il vaut la peine de comprendre pourquoi. Les deux racines tendent chacune vers +∞, ce qui fait croire à un écart lui aussi énorme, alors que l'écart tend vers zéro. La raison est que la fonction racine carrée s'aplatit : pour n=10000, on a 10001−10000≈0,005, un écart déjà minuscule. Ce phénomène ne contredit pas le fait que les deux suites divergent, il rappelle simplement que la différence de deux suites divergentes peut faire n'importe quoi, et c'est exactement le sens du mot indéterminé.
Exercice 3 : Limite de q puissance n
On rappelle que le comportement de qn dépend entièrement de la position de q par rapport à −1 et à 1.
a) Déterminez la limite de 0,8n, puis celle de 5×0,8n+3.
b) Déterminez la limite de 1,5n.
c) La suite de terme général (−2)n admet-elle une limite ? Justifiez.
d) Déterminez la limite de Sn=1+q+q2+⋯+qn lorsque −1<q<1, puis appliquez avec q=31.
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Réponses
a)0, puis 3
b)+∞
c)Aucune limite
d)1−q1, soit 23 pour q=31
a)
Comme −1<0,8<1, la suite 0,8n tend vers 0. Par conséquent 5×0,8n+3 tend vers 5×0+3=3. On notera que la convergence est rapide : 0,850≈1,4×10−5 est déjà négligeable.
b)
Comme 1,5>1, la suite 1,5n tend vers +∞. La croissance géométrique finit toujours par l'emporter, même quand la raison dépasse 1 de peu : 1,01n tend aussi vers +∞, simplement plus lentement.
c)
Non. Les termes valent 1, −2, 4, −8, 16, et ainsi de suite : ils changent de signe à chaque rang tout en grandissant en valeur absolue. La suite n'admet donc AUCUNE limite, ni finie ni infinie, ce qui est un troisième comportement possible qu'il ne faut pas oublier. C'est le cas général pour q≤−1, et c'est pourquoi la condition de convergence porte sur ∣q∣<1 et non sur q<1.
d)
La somme géométrique de raison q=1 vaut Sn=1−q1−qn+1, formule à connaître sous la forme parlante « premier terme fois un moins la raison à la puissance nombre de termes, sur un moins la raison ». Comme −1<q<1, le terme qn+1 tend vers 0, donc Sn tend vers 1−q1. Pour q=31 : la limite vaut 1−311=321=23.
Le résultat de d) mérite un instant d'attention, car il est contre-intuitif : on additionne une infinité de termes tous strictement positifs et l'on obtient un total FINI. L'explication tient à la décroissance géométrique, chaque terme ne valant qu'un tiers du précédent, si bien que le reste à ajouter se réduit plus vite qu'il ne s'accumule. C'est le mécanisme du paradoxe de Zénon, où une infinité de demi-distances s'additionne en une distance finie. La condition ∣q∣<1 est essentielle : pour q=1, la somme vaut n+1 et diverge, et la formule elle-même s'effondre puisque son dénominateur s'annule.
Exercice 4 : Suites majorées, minorées, bornées
On considère la suite définie pour tout entier naturel n par un=n+23n+1.
a) Calculez u0, u1 et u10.
b) Démontrez que, pour tout entier naturel n, un<3.
c) Démontrez que la suite est croissante.
d) La suite est-elle bornée ? Justifiez.
e) Que peut-on en déduire quant à sa convergence ? Déterminez sa limite.
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Réponses
a)u0=21, u1=34, u10=1231
b)3−un=n+25>0
c)un+1−un=(n+2)(n+3)5>0 : croissante
d)Bornée entre 21 et 3
e)Converge vers 3
a)
u0=21, u1=34≈1,333 et u10=1231≈2,583. Les valeurs montent en se rapprochant de 3, ce qui oriente déjà vers les questions suivantes.
b)
La méthode qui ne rate jamais consiste à étudier la DIFFÉRENCE plutôt que de comparer directement : 3−un=3−n+23n+1=n+23(n+2)−(3n+1)=n+23n+6−3n−1=n+25. Ce quotient est strictement positif pour tout entier naturel n, donc un<3. Cette écriture apporte plus que l'inégalité demandée : elle donne l'ÉCART exact à la borne, qui vaut n+25 et qui tend vers zéro, ce qui prédit déjà la limite.
c)
On étudie la différence de deux termes consécutifs : un+1−un=(n+1)+23(n+1)+1−n+23n+1=(n+3)(n+2)(3n+4)(n+2)−(3n+1)(n+3). Le numérateur vaut (3n2+10n+8)−(3n2+10n+3)=5, les termes en n2 et en n se compensant exactement. La différence, égale à (n+2)(n+3)5, est strictement positive : la suite est CROISSANTE.
d)
Oui, elle est bornée. Elle est majorée par 3 d'après b), et minorée par son premier terme u0=21 puisqu'elle est croissante. Étant à la fois majorée et minorée, elle est bornée par définition. Notez que la minoration se déduit de la croissance et ne demande aucun calcul supplémentaire.
e)
Croissante et majorée, elle CONVERGE d'après le théorème de convergence monotone. Sa limite s'obtient en factorisant par le terme dominant : un=n(1+n2)n(3+n1), qui tend vers 3. La suite converge donc vers 3, sans jamais l'atteindre, conformément à la stricte inégalité de b).
Un mot sur ce que le théorème de convergence monotone donne et ne donne pas, car la nuance tombe souvent en examen. Il garantit l'EXISTENCE d'une limite finie, sans jamais en fournir la valeur, et le majorant utilisé n'est en général pas cette limite : ici 3 se trouve être les deux, mais la suite aurait tout aussi bien pu être majorée par 10 sans converger vers 10. Il faut donc systématiquement calculer la limite par un autre moyen, comme la factorisation en e), ou par l'équation de point fixe pour une suite définie par récurrence, ce que fera l'exercice 5.
Exercice 5 : Convergence monotone
On considère la suite définie par u0=1 et, pour tout entier naturel n, un+1=3un.
a) Calculez u1, u2 et u3, arrondis au millième.
b) Démontrez par récurrence que, pour tout entier naturel n, 0<un≤3.
c) Démontrez que la suite est croissante. On pourra étudier le signe de un+12−un2.
d) Justifiez que la suite converge, puis déterminez sa limite.
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Réponses
a)u1≈1,732, u2≈2,280, u3≈2,615
b)0<un≤3 pour tout n
c)un+12−un2=un(3−un)≥0 : croissante
d)Converge vers 3 ; candidat 0 rejeté
a)
u1=3×1=3≈1,732 ; u2=33≈5,196≈2,280 ; u3=3×2,280≈2,615. Les termes montent vers 3 en ralentissant, ce qui suggère les deux propriétés à démontrer.
b)
INITIALISATION : u0=1 vérifie bien 0<1≤3 ✓. HÉRÉDITÉ : supposons 0<un≤3. En multipliant par 3>0 : 0<3un≤9. La fonction racine carrée étant CROISSANTE sur les positifs, on peut l'appliquer aux trois membres sans changer le sens : 0<3un≤9=3, c'est-à-dire 0<un+1≤3 ✓. CONCLUSION : la propriété est vraie pour tout entier naturel n. La borne 3 n'a rien d'arbitraire, c'est le POINT FIXE de la relation, solution de ℓ=3ℓ, et c'est toujours lui qui fournit la bonne borne.
c)
On suit l'indication : un+12−un2=3un−un2=un(3−un). D'après b), un>0 et 3−un≥0, donc ce produit est positif ou nul. Ainsi un+12≥un2, et comme les DEUX termes sont strictement positifs, on peut passer à la racine et conclure un+1≥un : la suite est croissante. L'étude du carré plutôt que de la différence directe évite d'avoir à manipuler 3un−un, dont le signe n'est pas immédiat.
d)
Croissante et majorée par 3, la suite converge d'après le théorème de convergence monotone, vers un réel ℓ. Comme un+1=3un et que la fonction racine est CONTINUE, le passage à la limite donne ℓ=3ℓ, donc ℓ2=3ℓ, soit ℓ(ℓ−3)=0. Les deux candidats sont 0 et 3 ; mais tous les termes sont supérieurs ou égaux à u0=1 puisque la suite croît, donc la limite ne peut pas être nulle : ℓ=3.
L'ordre des étapes est ici plus important que les calculs, et c'est ce qui distingue une copie complète d'une copie amputée. On ne peut PAS écrire l'équation ℓ=3ℓ avant d'avoir prouvé que la limite existe, faute de quoi le raisonnement serait circulaire : une suite divergente ne vérifie aucune équation de point fixe. Le plan est donc invariable et vaut pour tout exercice de ce type : encadrement par récurrence, monotonie, convergence par le théorème de la limite monotone, puis identification de la limite par le point fixe, et enfin TRI des candidats à l'aide de l'encadrement. Cette dernière étape est la plus souvent oubliée, alors qu'ici elle est indispensable pour écarter 0.
Partie B : Niveau baccalauréat (/50)
Exercice 6 : Suite arithmético-géométrique
On considère la suite définie par u0=5 et, pour tout entier naturel n, un+1=0,6un+4.
a) Calculez u1, u2 et u3.
b) Déterminez le réel ℓ tel que ℓ=0,6ℓ+4.
c) On pose vn=un−ℓ. Démontrez que (vn) est géométrique et précisez sa raison et son premier terme.
d) Exprimez vn puis un en fonction de n, et vérifiez sur u1.
e) Déterminez la limite de (un).
f) Déterminez le plus petit entier n tel que un>9,9.
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Réponses
a)u1=7, u2=8,2, u3=8,92
b)ℓ=10
c)Géométrique de raison 0,6, v0=−5
d)un=10−5×0,6n
e)10
f)n=8
a)
u1=0,6×5+4=7 ; u2=0,6×7+4=8,2 ; u3=0,6×8,2+4=8,92. Les écarts entre termes consécutifs valent 2, puis 1,2, puis 0,72, et se réduisent d'un facteur 0,6 à chaque pas : la raison de la suite auxiliaire se lit déjà dans ces nombres.
b)
ℓ=0,6ℓ+4 donne ℓ−0,6ℓ=4, soit 0,4ℓ=4 et ℓ=10. Ce nombre est le POINT FIXE de la relation de récurrence : si un terme valait exactement 10, tous les suivants vaudraient 10 aussi.
c)
vn+1=un+1−10=0,6un+4−10=0,6un−6=0,6(un−10)=0,6vn. La suite (vn) est donc GÉOMÉTRIQUE de raison 0,6, de premier terme v0=5−10=−5. Le mécanisme est celui-là même de l'exercice sur les équations différentielles : retrancher le point fixe fait disparaître le terme constant, et il ne reste qu'une relation de proportionnalité.
d)
vn=v0×0,6n=−5×0,6n, donc un=vn+10=10−5×0,6n. Vérification indispensable : u1=10−5×0,6=10−3=7 ✓, ce qui correspond bien au calcul direct de a).
e)
Comme −1<0,6<1, le terme 0,6n tend vers 0, donc un tend vers 10. La suite converge vers le point fixe en croissant, sans jamais l'atteindre puisque 5×0,6n est strictement positif pour tout n.
f)
un>9,9 équivaut à 10−5×0,6n>9,9, soit 5×0,6n<0,1, c'est-à-dire 0,6n<0,02. On passe au logarithme, et comme ln(0,6)<0 la division INVERSE l'inégalité : n>ln(0,6)ln(0,02)≈7,66. Le plus petit entier convenant est donc n=8. Vérification obligatoire des deux côtés du seuil : 5×0,67≈0,140, encore supérieur à 0,1, tandis que 5×0,68≈0,084 ✓. L'inversion du sens lors de la division par un logarithme négatif est l'erreur la plus coûteuse de ce type de question, et cette double vérification la détecte à coup sûr.
Exercice 7 : Comparaison et gendarmes
Ces limites ne s'obtiennent pas par les opérations usuelles, mais par encadrement ou par comparaison.
a) Déterminez la limite de un=n2sinn pour n≥1.
b) Déterminez la limite de vn=n+(−1)n.
c) On sait que 2n≥n+1 pour tout entier naturel n. Déduisez-en la limite de 2n, puis celle de 2n1.
d) Pourquoi ne peut-on pas conclure aux questions a) et b) par les théorèmes d'opérations ?
Voir la correction
Réponses
a)0 (gendarmes)
b)+∞ (comparaison)
c)2n→+∞ et 2n1→0
d)sinn et (−1)n n'ont pas de limite, elles sont seulement bornées
a)
Pour tout n≥1, le sinus est BORNÉ : −1≤sinn≤1. En divisant par n2>0, ce qui conserve le sens : −n21≤un≤n21. Les deux bornes tendent vers 0, donc par le théorème des GENDARMES un tend vers 0.
b)
Pour tout n, on a (−1)n≥−1, donc vn≥n−1. Or n−1 tend vers +∞, donc par le théorème de COMPARAISON vn tend aussi vers +∞. Remarquez qu'une seule minoration suffit ici, là où le cas a) exigeait un encadrement des deux côtés : pour prouver une limite infinie, il n'y a rien à borner par le haut.
c)
L'inégalité 2n≥n+1, démontrée par récurrence à l'exercice 1, donne le résultat par comparaison : n+1 tend vers +∞, donc 2n aussi. Ensuite, par passage à l'inverse d'une suite tendant vers +∞ et à termes strictement positifs, 2n1 tend vers 0. On vient de redémontrer, sans invoquer le cours sur qn, que 2n diverge et que 0,5n converge vers zéro.
d)
Parce que les quantités sinn et (−1)n N'ONT PAS de limite : elles oscillent indéfiniment sans jamais se stabiliser. Or aucun théorème d'opération ne s'applique à une expression contenant une suite sans limite, un énoncé du type « la limite du quotient est le quotient des limites » supposant d'abord que les deux limites existent. En revanche ces quantités restent BORNÉES, et c'est exactement ce qu'exploitent l'encadrement et la comparaison, qui n'ont besoin que de bornes et non de limites.
Il faut savoir choisir entre les deux outils, et le critère est simple. Le théorème des GENDARMES sert à prouver une limite FINIE et exige un encadrement des deux côtés, les deux bornes devant converger vers la même valeur. Le théorème de COMPARAISON sert à prouver une limite INFINIE et ne demande qu'une seule inégalité, minoration pour +∞ et majoration pour −∞. Une erreur classique consiste à vouloir encadrer dans le cas b), ce qui est impossible et inutile : il n'existe aucun majorant, et il n'en faut aucun.
Exercice 8 : Algorithme de seuil
On reprend la suite de l'exercice 6 : u0=5 et un+1=0,6un+4, de limite 10.
On donne la fonction Python suivante.
python
def seuil(objectif):
u = 5
n = 0
while u <= objectif:
u = 0.6 * u + 4
n = n + 1
return n
a) Expliquez ce que calcule cette fonction.
b) Que renvoie l'appel seuil(9.9) ? Justifiez à partir de l'exercice 6.
c) Que renvoie l'appel seuil(9.99) ?
d) Que se passe-t-il si l'on appelle seuil(10) ? Expliquez précisément pourquoi, en vous appuyant sur la limite de la suite.
e) Proposez une modification simple qui empêche ce comportement.
Voir la correction
Réponses
a)Le rang du premier terme strictement supérieur à l'objectif
b)8
c)13
d)Boucle infinie : un<10 pour tout n
e)Borner le nombre d'itérations
a)
Elle calcule les termes successifs de la suite tant qu'ils n'ont pas dépassé l'objectif, et renvoie le RANG du premier terme strictement supérieur à cet objectif. C'est l'algorithme de seuil standard : il ne cherche pas une valeur mais le premier indice à partir duquel une condition devient vraie.
b)
Elle renvoie 8, ce qui confirme par le calcul machine le résultat obtenu à l'exercice 6 par le logarithme. La concordance des deux méthodes n'est pas une coïncidence, ce sont deux façons de résoudre la même inéquation, l'une exacte et l'autre par balayage.
c)
On résout 5×0,6n<0,01, soit 0,6n<0,002, donc n>ln(0,6)ln(0,002)≈12,17, l'inégalité s'inversant à cause du logarithme négatif. La fonction renvoie donc 13. Observez le coût du gain de précision : passer d'une tolérance de 0,1 à 0,01 n'a demandé que 5 itérations de plus, car chaque itération multiplie l'écart par 0,6 et il faut environ 4,5 pas pour gagner un facteur 10.
d)
La boucle NE S'ARRÊTE JAMAIS. La suite est strictement croissante mais converge vers 10 sans jamais l'atteindre : tous ses termes vérifient un<10, donc la condition de continuation reste vraie indéfiniment. Le programme tourne sans fin. C'est le danger d'un algorithme de seuil dont l'objectif est la limite elle-même, ou une valeur au-delà, et c'est un cas que le mathématicien voit immédiatement là où le programmeur attend un résultat.
e)
Il suffit de BORNER le nombre d'itérations, par exemple en remplaçant la condition par u <= objectif and n < 1000, puis en signalant l'échec si la boucle s'est arrêtée sur le compteur plutôt que sur l'objectif. On peut aussi, en amont, vérifier que l'objectif est strictement inférieur à la limite, ce qui est plus satisfaisant intellectuellement mais suppose de connaître cette limite.
Cet exercice illustre une leçon qui dépasse le chapitre : une boucle non bornée n'est sûre que si l'on a DÉMONTRÉ sa terminaison. Ici la preuve mathématique de la convergence vers 10 est exactement ce qui permet de prévoir le plantage, avant même d'exécuter le programme. Un bon réflexe consiste à toujours se demander, devant une boucle conditionnelle, quel argument garantit qu'on en sortira ; en l'absence d'un tel argument, la borne d'itérations n'est pas une précaution facultative.
python
def seuil(objectif, maxi=1000):
u = 5
n = 0
while u <= objectif and n < maxi:
u = 0.6 * u + 4
n = n + 1
if n == maxi:
return None # objectif inatteignable : il vaut au moins la limite
return n
Exercice 9 : La méthode de Héron
On approche 2 par la suite définie par u0=2 et, pour tout entier naturel n, un+1=21(un+un2).
Cette méthode était déjà connue des mathématiciens grecs.
Approfondissement : l'étude de la convergence de la méthode de Héron figure parmi les approfondissements possibles du programme, qui ne demande que le calcul de valeurs approchées de 2. Une fois l'identité de b) donnée, toutes les questions se traitent pourtant avec les outils du programme (récurrence, convergence monotone, limite d'une suite récurrente) ; la remarque finale sur la vitesse de convergence va au-delà.
a) Calculez u1, u2 et u3. Comparez u3 à 2≈1,4142136.
b) Démontrez que, pour tout entier naturel n, un+12−2=(2unun2−2)2.
c) Déduisez-en par récurrence que un≥2 pour tout entier naturel n.
d) Démontrez que la suite est décroissante.
e) Justifiez que la suite converge et déterminez sa limite.
Voir la correction
Réponses
a)u1=1,5, u2=1217≈1,4167, u3≈1,4142
b)Égalité démontrée par développement
c)un≥2 pour tout n
d)un+1−un=2un2−un2≤0 : décroissante
e)Converge vers 2
a)
u1=21(2+22)=21(2+1)=1,5 ; u2=21(1,5+1,52)=1217≈1,4166667 ; u3≈1,4142157. Comparé à 2≈1,4142136, l'écart n'est plus que de 2×10−6 : dès le rang 3, les six premières décimales sont correctes. La convergence est extraordinairement rapide, et l'on comprend que la méthode ait traversé les siècles.
b)
On développe le carré avec soin : un+12−2=41(un+un2)2−2=41(un2+2×un×un2+un24)−2=41(un2+4+un24)−2. En rentrant le −2 dans la parenthèse sous la forme −48 : =41(un2−4+un24)=41(un−un2)2=(2unun2−2)2, la dernière égalité venant de la mise au même dénominateur.
c)
INITIALISATION : u0=2≥2 ✓. HÉRÉDITÉ : supposons un≥2, donc en particulier un>0. D'après b), un+12−2 est un CARRÉ, donc positif ou nul : un+12≥2. Comme un+1 est strictement positif, étant la demi-somme de deux quantités positives, on peut passer à la racine : un+1≥2 ✓. CONCLUSION : la propriété est vraie pour tout n. Toute l'élégance de la question b) est là : elle transforme la minoration à démontrer en une évidence, un carré étant toujours positif.
d)
un+1−un=21(un+un2)−un=21(un2−un)=2un2−un2. D'après c), un2≥2, donc le numérateur est négatif ou nul, tandis que le dénominateur est strictement positif. La différence est donc négative ou nulle : la suite est DÉCROISSANTE.
e)
Décroissante et minorée par 2, la suite converge d'après le théorème de convergence monotone. Sa limite ℓ vérifie ℓ=21(ℓ+ℓ2), soit 2ℓ2=ℓ2+2, donc ℓ2=2. Comme tous les termes sont positifs, ℓ=2. Graphiquement, la construction en escalier descend le long de la courbe de f jusqu'au point fixe, l'intersection de f et de la droite y=x : c'est ce point que la suite atteint.
La rapidité constatée en a) s'explique par la formule de b), et c'est ce qui distingue cette méthode d'une dichotomie. L'écart un+12−2 est le CARRÉ d'une quantité proportionnelle à un2−2 : l'erreur est donc élevée au carré à chaque étape, ce qu'on appelle une convergence quadratique. Concrètement, le nombre de décimales exactes DOUBLE à chaque itération, alors qu'une dichotomie n'en gagne qu'un tiers. Au rang 8, la précision atteint déjà la limite de la machine ✓. C'est la méthode de Newton appliquée à x2−2, et c'est encore celle que les processeurs utilisent aujourd'hui pour extraire une racine carrée.
Exercice 10 : Problème de synthèse : une réserve naturelle
Une réserve naturelle abrite une population d'animaux. On note un l'effectif, en centaines, au bout de n années, avec u0=1.
Chaque année, la population diminue de 20 % par mortalité et migration, puis 60 animaux sont réintroduits.
On admet donc que, pour tout entier naturel n, un+1=0,8un+0,6.
a) Justifiez la relation de récurrence à partir de l'énoncé, puis calculez u1, u2 et u3.
b) Démontrez par récurrence que, pour tout entier naturel n, 0<un<3.
c) Démontrez que la suite est croissante.
d) Déduisez des questions b) et c) que la suite converge, puis déterminez sa limite et interprétez-la.
e) On pose vn=un−3. Démontrez que (vn) est géométrique, puis exprimez un en fonction de n.
f) Le gestionnaire considère la réserve saturée lorsque la population dépasse 290 animaux. Déterminez au bout de combien d'années cela se produit.
Voir la correction
Réponses
a)u1=1,4, u2=1,72, u3=1,976
b)0<un<3 pour tout n
c)un+1−un=0,2(3−un)>0 : croissante
d)Converge vers 3 : environ 300 animaux
e)vn=−2×0,8n, un=3−2×0,8n
f)Au bout de 14 ans
a)
Diminuer de 20% revient à multiplier par 0,8, et réintroduire 60 animaux revient à ajouter 0,6 CENTAINE, l'unité de la suite étant la centaine. D'où un+1=0,8un+0,6. L'attention à l'unité est le vrai piège de la question : ajouter 60 au lieu de 0,6 multiplierait le résultat par cent. Alors u1=0,8×1+0,6=1,4 ; u2=0,8×1,4+0,6=1,72 ; u3=0,8×1,72+0,6=1,976.
b)
INITIALISATION : u0=1 vérifie 0<1<3 ✓. HÉRÉDITÉ : supposons 0<un<3. En multipliant par 0,8>0 : 0<0,8un<2,4. En ajoutant 0,6 aux trois membres : 0,6<un+1<3. En particulier 0<un+1<3 ✓. CONCLUSION : la propriété est vraie pour tout entier naturel n. On notera la technique, qui consiste à faire subir à l'encadrement exactement les mêmes opérations que celles de la relation de récurrence, dans le même ordre.
c)
un+1−un=0,8un+0,6−un=0,6−0,2un=0,2(3−un). D'après b), un<3, donc cette différence est strictement positive : la suite est croissante. La factorisation par 0,2 fait apparaître le point fixe 3, ce qui rend la conclusion immédiate.
d)
Croissante et majorée par 3, la suite converge d'après le théorème de convergence monotone. Sa limite ℓ vérifie ℓ=0,8ℓ+0,6, soit 0,2ℓ=0,6 et ℓ=3. La population se stabilise donc autour de 300 animaux, sans jamais atteindre ce seuil : la réserve possède une capacité d'accueil que le protocole de réintroduction ne permet pas de dépasser.
e)
vn+1=un+1−3=0,8un+0,6−3=0,8un−2,4=0,8(un−3)=0,8vn. La suite (vn) est donc géométrique de raison 0,8, de premier terme v0=1−3=−2. Ainsi vn=−2×0,8n et un=3−2×0,8n. Vérification : u3=3−2×0,512=3−1,024=1,976 ✓, conforme à a).
f)
On cherche un>2,9, soit 2×0,8n<0,1, c'est-à-dire 0,8n<0,05. En passant au logarithme, et comme ln(0,8)<0 inverse l'inégalité : n>ln(0,8)ln(0,05)≈13,43. Le plus petit entier convenant est n=14. Double vérification autour du seuil : 2×0,813≈0,110, encore supérieur à 0,1, tandis que 2×0,814≈0,088 ✓. La réserve est donc considérée comme saturée au bout de 14 années.
Partie C : les classiques (/50)
Exercice 11 : Conjecturer puis démontrer une formule explicite
On considère la suite définie par u0=1 et, pour tout entier naturel n, un+1=un+2n+3.
La relation donne chaque terme à partir du précédent ; on cherche une expression qui donne un directement.
a) Calculez u1, u2 et u3.
b) Conjecturez une expression de un en fonction de n.
c) Démontrez cette conjecture par récurrence.
d) Calculez u20, puis déterminez le plus petit entier n tel que un>10000.
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Réponses
a)u1=4, u2=9, u3=16
b)un=(n+1)2
c)Hérédité : (n+1)2+2n+3=(n+2)2
d)u20=441 ; n=100
a)
On applique la relation en remplaçant n par la valeur du rang de DÉPART : u1=u0+2×0+3=4 ; u2=u1+2×1+3=9 ; u3=u2+2×2+3=16. L'erreur classique est d'écrire u1=u0+2×1+3=6 : pour passer de un à un+1, c'est l'indice n du terme connu qui entre dans la formule.
b)
Les termes 1, 4, 9, 16 sont les carrés 12, 22, 32, 42, avec un décalage d'un rang : u0=12, u1=22. On conjecture un=(n+1)2. Une conjecture n'est qu'une supposition tant qu'elle n'est pas démontrée : quatre termes compatibles ne prouvent rien, l'expression 3n+1 convient par exemple aux deux premiers et échoue dès u2.
c)
Notons P(n) la propriété « un=(n+1)2 ». INITIALISATION : u0=1=(0+1)2, donc P(0) est vraie. HÉRÉDITÉ : supposons P(n) vraie pour un entier naturel n fixé, c'est-à-dire un=(n+1)2. Alors un+1=un+2n+3=(n+1)2+2n+3=n2+2n+1+2n+3=n2+4n+4=(n+2)2, et (n+2)2 est bien ((n+1)+1)2 : P(n+1) est vraie. CONCLUSION : pour tout entier naturel n, un=(n+1)2. Le réflexe utile dans l'hérédité est d'écrire d'abord le BUT, ici (n+2)2=n2+4n+4, pour savoir vers quoi mener le calcul.
d)
u20=212=441, sans calculer les vingt termes intermédiaires : c'est tout l'intérêt d'une forme explicite. Ensuite un>10000 équivaut à (n+1)2>10000, soit n+1>100 puisque n+1>0, donc n>99. Le plus petit entier convenant est n=100. Contrôle : u99=1002=10000, qui n'est PAS strictement supérieur à 10000, et u100=1012=10201 ✓.
Le schéma « calculer, conjecturer, démontrer » est la situation la plus fréquente où la récurrence apparaît au bac. Il a une propriété rassurante : si la conjecture est fausse, l'hérédité refuse de fonctionner, le calcul ne retombe pas sur l'expression visée. Une hérédité qui « ne marche pas » est donc souvent le signe d'une conjecture mal lue, et le premier geste est de recalculer un terme de plus.
Exercice 12 : Cinq affirmations sur la convergence
Pour chaque affirmation, dites si elle est vraie ou fausse. Une affirmation vraie se justifie par un théorème du cours, une affirmation fausse par un contre-exemple explicite.
Toutes les suites considérées sont définies sur N.
a) Toute suite convergente est bornée.
b) Toute suite bornée est convergente.
c) Une suite croissante qui n'est pas majorée tend vers +∞.
d) Une suite décroissante et minorée par 0 converge vers 0.
e) Si un≤vn pour tout n et si (vn) tend vers +∞, alors (un) tend vers +∞.
Voir la correction
Réponses
a)Vraie
b)Fausse : (−1)n
c)Vraie
d)Fausse : 1+n+11 tend vers 1
e)Fausse : un=0, vn=n
a)
VRAIE. Si (un) converge vers ℓ, tous les termes finissent par rester dans l'intervalle ]ℓ−1;ℓ+1[ à partir d'un certain rang ; les termes d'avant sont en nombre fini, donc ils ont un plus grand et un plus petit élément. La suite est donc majorée et minorée.
b)
FAUSSE. Contre-exemple : un=(−1)n est bornée par −1 et 1, mais elle alterne entre 1 et −1 et n'a aucune limite. La réciproque de a) est donc fausse, et c'est précisément pourquoi le théorème de convergence monotone exige, en plus d'une borne, la MONOTONIE.
c)
VRAIE. C'est un théorème du cours : une suite croissante non majorée dépasse n'importe quel réel A à partir d'un certain rang (puisque A n'est pas un majorant), puis reste au-dessus de A puisqu'elle croît. C'est la définition même de la limite +∞.
d)
FAUSSE. Contre-exemple : un=1+n+11 est décroissante et minorée par 0, mais elle converge vers 1. Le théorème garantit la convergence, pas la valeur de la limite : le minorant 0 n'est qu'UN minorant parmi d'autres, et la limite est seulement supérieure ou égale à lui.
e)
FAUSSE. Contre-exemple : un=0 et vn=n. On a bien un≤vn et vn→+∞, mais un reste nulle. Le théorème de comparaison fonctionne dans l'autre sens : c'est la suite MINORANTE qui doit tendre vers +∞ pour entraîner l'autre, soit un≥vn avec vn→+∞.
Deux affirmations vraies, trois fausses, et les trois fausses ont le même défaut : elles renversent un théorème ou lui font dire plus qu'il ne dit. Au bac, la justification compte autant que la réponse ; un contre-exemple doit être ÉCRIT et VÉRIFIÉ, pas seulement évoqué, et le plus simple possible : (−1)n, n, 0, 1+n+11 suffisent presque toujours.
Exercice 13 : L'inégalité de Bernoulli
Soit a un réel strictement positif. On se propose de démontrer puis d'exploiter l'inégalité (1+a)n≥1+na, valable pour tout entier naturel n.
a) Démontrez par récurrence que, pour tout entier naturel n, (1+a)n≥1+na.
b) Soit q>1. En posant a=q−1, déduisez-en la limite de qn.
c) On prend a=0,05. À l'aide de l'inégalité seule, déterminez le plus petit entier n pour lequel elle GARANTIT 1,05n≥100.
d) À l'aide du logarithme, déterminez le plus petit entier n tel que 1,05n≥100.
e) Expliquez l'écart entre les réponses c) et d).
Voir la correction
Réponses
a)(1+a)n+1≥1+(n+1)a+na2≥1+(n+1)a
b)qn≥1+n(q−1) donc qn→+∞
c)n=1980
d)n=95
e)1+na ne garde que deux termes du binôme : minoration vraie mais grossière
a)
INITIALISATION : pour n=0, (1+a)0=1 et 1+0×a=1, donc l'inégalité est vraie. HÉRÉDITÉ : supposons (1+a)n≥1+na pour un entier n fixé. On multiplie les deux membres par 1+a, qui est STRICTEMENT POSITIF, donc le sens est conservé : (1+a)n+1≥(1+na)(1+a)=1+a+na+na2=1+(n+1)a+na2. Or na2≥0, donc 1+(n+1)a+na2≥1+(n+1)a, et par transitivité (1+a)n+1≥1+(n+1)a. CONCLUSION : l'inégalité est vraie pour tout entier naturel n. La justification du signe de 1+a n'est pas un détail : multiplier une inégalité par un nombre de signe inconnu est la faute qui annule l'hérédité.
b)
Si q>1, alors a=q−1>0 et l'inégalité donne qn≥1+n(q−1). Comme q−1>0, le membre de droite tend vers +∞, donc par COMPARAISON qn tend vers +∞. C'est la démonstration du résultat de cours sur qn, que l'on utilise sans cesse sans l'avoir prouvé.
c)
L'inégalité garantit 1,05n≥100 dès que 1+0,05n≥100, c'est-à-dire 0,05n≥99, soit n≥1980. Le plus petit entier fourni par cette méthode est donc n=1980.
d)
1,05n≥100⟺nln(1,05)≥ln(100). Comme ln(1,05)>0, le sens est conservé : n≥ln1,05ln100≈94,39. Le plus petit entier est n=95. Contrôle : 1,0594≈98,1<100 et 1,0595≈103,0≥100 ✓.
e)
L'inégalité de Bernoulli remplace une croissance GÉOMÉTRIQUE par une croissance AFFINE : en développant (1+a)n par la formule du binôme, elle ne garde que les deux premiers termes 1+na et jette tous les autres, qui sont positifs et deviennent énormes. La minoration est donc vraie mais très grossière : elle suffit pour prouver une limite infinie, pas pour trouver un seuil précis, où elle donne ici un rang vingt fois trop grand.
Retenez la hiérarchie des outils : la récurrence et l'inégalité de Bernoulli démontrent qu'un seuil EXISTE, le logarithme le CALCULE exactement, et l'algorithme de seuil le TROUVE par balayage. Une réponse obtenue par minoration est toujours un rang qui convient, jamais forcément le plus petit, et une copie qui confond les deux perd le point.
Exercice 14 : Un capital épuisé par des retraits
Un capital de 20000 euros est placé à intérêts composés au taux annuel de 2%. À la fin de chaque année, après le versement des intérêts, on retire 1000 euros.
On note un le capital, en euros, au bout de n années. Ainsi u0=20000 et, pour tout entier naturel n, un+1=1,02un−1000.
a) Calculez u1 et u2.
b) Déterminez le réel ℓ tel que ℓ=1,02ℓ−1000.
c) On pose vn=un−ℓ. Démontrez que (vn) est géométrique ; précisez sa raison et son premier terme.
d) Exprimez un en fonction de n, puis déterminez la limite de (un).
e) Déterminez le plus petit entier n tel que un<0 et interprétez.
f) Quel est le montant maximal du retrait annuel pour que le capital ne diminue jamais ?
Voir la correction
Réponses
a)u1=19400, u2=18788 euros
b)ℓ=50000
c)Géométrique de raison 1,02, v0=−30000
d)un=50000−30000×1,02n, limite −∞
e)n=26 : 25 retraits complets seulement
f)400 euros
a)
u1=1,02×20000−1000=20400−1000=19400 ; u2=1,02×19400−1000=19788−1000=18788. Le capital baisse, et il baisse de plus en plus vite : 600 euros la première année, 612 la deuxième.
b)
ℓ−1,02ℓ=−1000, soit −0,02ℓ=−1000, donc ℓ=50000. C'est le capital qui produirait exactement 1000 euros d'intérêts par an : placé à 50000 euros, il resterait constant.
c)
vn+1=un+1−50000=1,02un−51000=1,02(un−50000)=1,02vn, car 1,02×50000=51000. La suite (vn) est géométrique de raison 1,02 et de premier terme v0=20000−50000=−30000.
d)
vn=−30000×1,02n, donc un=50000−30000×1,02n. Vérification : u1=50000−30600=19400 ✓. Comme 1,02>1, 1,02n tend vers +∞, et le facteur −30000 est négatif : un tend vers −∞. Contrairement à la réserve de l'exercice 10, la raison est SUPÉRIEURE à 1 : le point fixe n'attire pas la suite, il la repousse.
e)
un<0⟺30000×1,02n>50000⟺1,02n>35. Comme ln(1,02)>0, le sens est conservé : n>ln(1,02)ln(5/3)≈25,80. Le plus petit entier est n=26. Contrôle : u25≈782 euros et u26≈−203 euros ✓. Le capital permet donc 25 retraits complets ; la vingt-sixième année, il ne reste pas 1000 euros à retirer.
f)
Le capital ne diminue pas lorsque le retrait ne dépasse pas les intérêts de la première année : u1≥u0 équivaut à 0,02×20000−R≥0, soit R≤400. Avec R=400 euros, un+1=1,02un−400 a pour point fixe 20000, qui est u0 lui-même : la suite est constante. Le retrait maximal est donc 400 euros.
Tout l'exercice tient à la position du capital de départ par rapport au point fixe. En dessous de 50000 euros, l'écart au point fixe est multiplié par 1,02 chaque année et le capital s'effondre ; au-dessus, il croîtrait sans limite ; exactement dessus, il resterait constant. Pour une suite arithmético-géométrique, la raison a décide de tout : si ∣a∣<1 la suite converge vers le point fixe, si a>1 elle s'en éloigne.
Exercice 15 : Une suite homographique et sa suite auxiliaire
On considère la fonction f définie sur [0;+∞[ par f(x)=x+34x+2, et la suite définie par u0=0 et, pour tout entier naturel n, un+1=f(un).
a) Calculez u1 et u2 sous forme de fractions.
b) Calculez f′(x) et donnez le sens de variation de f sur [0;+∞[.
c) Démontrez par récurrence que, pour tout entier naturel n, 0≤un≤un+1≤2.
d) Justifiez que la suite converge, puis déterminez sa limite.
e) On pose wn=un+1un−2. Démontrez que (wn) est géométrique ; précisez sa raison et son premier terme.
f) Déduisez-en un en fonction de n et calculez u5 au millième.
Voir la correction
Réponses
a)u1=32, u2=1114
b)f′(x)=(x+3)210>0 : f croissante
c)0≤un≤un+1≤2 par croissance de f
d)Converge vers 2 ; −1 rejeté
e)Géométrique de raison 0,4, w0=−2
f)un=1+2×0,4n2−2×0,4n, u5≈1,940
a)
u1=f(0)=32. u2=f(32)=32+338+2=311314=1114≈1,273. Multiplier numérateur et dénominateur par 3 évite les fractions étagées.
b)
f est un quotient vu avec u=4x+2, v=x+3 : f′(x)=(x+3)24(x+3)−1×(4x+2)=(x+3)212−2=(x+3)210. Ce quotient est strictement positif, donc f est strictement CROISSANTE sur [0;+∞[.
c)
Notons P(n) : « 0≤un≤un+1≤2 ». INITIALISATION : u0=0 et u1=32, donc 0≤0≤32≤2 ✓. HÉRÉDITÉ : supposons 0≤un≤un+1≤2. La fonction f étant CROISSANTE sur [0;+∞[, elle conserve l'ordre : f(0)≤f(un)≤f(un+1)≤f(2), soit 32≤un+1≤un+2≤2 puisque f(2)=510=2. En particulier 0≤un+1≤un+2≤2 ✓. CONCLUSION : P(n) est vraie pour tout n. Une seule récurrence donne à la fois la monotonie et l'encadrement : c'est la méthode standard dès que f est croissante.
d)
D'après c), la suite est croissante et majorée par 2 : elle converge vers un réel ℓ d'après le théorème de convergence monotone, avec 0≤ℓ≤2. La fonction f étant continue, ℓ=f(ℓ), soit ℓ(ℓ+3)=4ℓ+2, c'est-à-dire ℓ2−ℓ−2=0, ou encore (ℓ−2)(ℓ+1)=0. Les candidats sont 2 et −1 ; comme ℓ≥0, on rejette −1 : la suite converge vers 2.
e)
On exprime un+1−2 et un+1+1 : un+1−2=un+34un+2−2un−6=un+32(un−2) et un+1+1=un+34un+2+un+3=un+35(un+1). En divisant, les dénominateurs un+3 se simplifient : wn+1=52×un+1un−2=0,4wn. La suite (wn) est géométrique de raison 0,4 et de premier terme w0=0+10−2=−2. Les deux quantités u−2 et u+1 ne sont pas choisies au hasard : ce sont les deux points fixes 2 et −1 trouvés en d).
f)
wn=−2×0,4n. De wn(un+1)=un−2 on tire un(wn−1)=−2−wn, donc un=1−wn2+wn=1+2×0,4n2−2×0,4n. Vérification : pour n=1, 1,82−0,8=32 ✓. Pour n=5, 0,45=0,01024, donc u5=1,020481,97952≈1,940. On retrouve la limite : 0,4n→0 donne un→12=2 ✓.
Cet exercice réunit les deux voies vers une limite. La première, qualitative, passe par la monotonie, la borne et le point fixe : elle prouve la convergence sans formule. La seconde, quantitative, construit une suite auxiliaire géométrique et donne un explicitement, ce qui permet aussi d'estimer la vitesse de convergence, ici un facteur 0,4 par étape. Au bac, la suite auxiliaire est toujours fournie ; savoir la reconnaître comme un rapport construit sur les points fixes aide à ne pas se perdre dans le calcul.
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