Exercice 1 : Poser les inconnues et compter les contraintes
Trois situations de sciences sans rapport entre elles. Dans les trois, on ne demande RIEN de plus que la mise en forme : nommer les inconnues, compter les contraintes, écrire la matrice augmentée. On ne résout pas.
Situation 1, mécanique : un chariot de poids N est retenu immobile sur un plan incliné à par un câble parallèle au plan. Le plan exerce une force perpendiculaire à sa surface, le câble une tension parallèle au plan, dirigée vers le haut de la pente.
Situation 2, chimie : on veut préparer g de solution saline à en masse à partir de trois solutions mères à , et , et l'atelier impose de prendre deux fois plus de la solution à que de celle à .
Situation 3, électricité : une source de V en série avec alimente deux résistances en parallèle, et . On note le courant dans , celui dans et celui dans .
- a) Situation 1 : combien d'inconnues, combien de contraintes ? Écrivez les deux équations de projection sur l'axe horizontal et sur l'axe vertical, en prenant l'axe horizontal vers la droite et l'axe vertical vers le haut.
- b) Écrivez la matrice augmentée de la situation 1 et calculez le déterminant de sa matrice des coefficients. Que garantit ce déterminant ?
- c) Situation 2 : posez les inconnues, dites combien il y en a et combien de contraintes l'énoncé fournit, puis écrivez la matrice augmentée. Ne résolvez pas.
- d) Situation 3 : posez les inconnues et écrivez la matrice augmentée du système formé par la loi des nœuds et les deux lois des mailles. Ne résolvez pas.
- e) Qu'ont en commun les trois mises en forme ? Que faut-il compter, AVANT tout calcul, pour savoir si un problème est bien posé ?
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Réponses
- a) 2 inconnues, 2 contraintes ; et
- b) : rotation, donc solution unique toujours
- c) 3 inconnues, 3 contraintes ; lignes , ,
- d) 3 inconnues ; lignes , ,
- e) Une équation par contrainte, puis comparer le RANG au nombre d'inconnues
a) Deux inconnues, et , et deux contraintes : l'équilibre d'un point fournit exactement deux équations dans le plan, une par axe. Le câble est parallèle au plan incliné, donc sa direction fait avec l'horizontale : . La force est perpendiculaire au plan, donc à de l'horizontale : . Le poids vaut . En projetant, sur et sur .
b) La matrice augmentée est . Son déterminant vaut , par l'identité de Pythagore, et non pas une valeur approchée sortie de la calculatrice. Ce n'est pas un hasard : la matrice des coefficients est une matrice de ROTATION, celle qui fait passer du repère horizontal-vertical au repère lié au plan incliné. Un déterminant égal à , donc non nul, garantit une solution unique quelles que soient les données du second membre. Traduction physique : quel que soit le poids, il existe un et un seul couple qui tient le chariot.
c) Trois inconnues, les masses , et prélevées sur les solutions à , et , en grammes. Trois contraintes : la masse totale, la masse de sel, et la condition d'atelier. La masse totale donne . Le sel apporté est , et la cible en contient g. La condition d'atelier s'écrit , soit . La matrice augmentée, une fois la deuxième ligne multipliée par pour chasser les décimales, est .
d) Trois inconnues, , et . Le nœud donne , soit . La maille qui passe par la source, puis donne , soit . La maille formée des deux branches parallèles donne , les deux résistances étant sous la même tension. D'où .
e) Les trois mises en forme suivent le même protocole, et c'est tout le propos du chapitre. On nomme d'abord les inconnues, une par grandeur que l'énoncé ne donne pas. On écrit ensuite UNE équation par contrainte : une par axe de projection en mécanique, une par grandeur conservée ou imposée en chimie, une par nœud et une par maille indépendante en électricité. On range enfin les coefficients dans une matrice, et à partir de là plus aucune trace du contexte ne subsiste : Gauss-Jordan traite les trois systèmes de la même manière, sans savoir si les lettres désignent des newtons, des grammes ou des ampères. Ce qu'il faut compter avant tout calcul, c'est le nombre d'inconnues d'un côté et le RANG du système de l'autre. Autant de pivots que d'inconnues, la réponse est unique ; moins de pivots, il manque une contrainte et l'ensemble des solutions est infini ; une ligne du type avec , et l'énoncé se contredit lui-même. Compter les équations ne suffit jamais, car deux équations peuvent n'en dire qu'une seule.
Le fil de la série : l'algèbre linéaire ne résout pas le problème de sciences, elle le MET EN FORME, et c'est la mise en forme qui coûte les points.