Algèbre linéaire 201-SN4-RE (ancien 201-NYC) / Maths 105 • Complément québécois de Première et cégep à Montréal
Fiche de révision : appliquer l'algèbre linéaire et la géométrie vectorielle aux sciences de la nature (201-SN4-RE, ancien 201-NYC)
Le cinquième élément de compétence du cours d'algèbre linéaire et géométrie vectorielle demande d'appliquer les méthodes du cours à des problèmes de sciences de la nature : équilibre de forces, biomécanique et moments, travail, équilibrage d'équations chimiques, mélange de solutions, lois de Kirchhoff, centre de masse. Une fois le système posé, Gauss-Jordan est mécanique. C'est avant qu'on perd les points.
Cette fiche ne refait donc pas dix corrigés. Elle tient sur un seul geste, celui que personne n'enseigne explicitement : poser les inconnues et COMPTER les contraintes avant de calculer, puis lire le rang comme un diagnostic. Autant de pivots que d'inconnues, la réponse est unique ; moins de pivots, il manque une contrainte ; une ligne [0⋯0∣c] avec c=0, et c'est la situation décrite qui est impossible. Une dernière vérification reste à votre charge, car l'algèbre l'ignore : le signe.
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L'algèbre linéaire ne résout pas le problème de sciences, elle le MET EN FORME : les points se perdent à nommer les inconnues et à compter les contraintes, presque jamais au pivot.
Les trois gestes de la mise en forme, toujours dans cet ordre
•1. NOMMER. Une inconnue par grandeur que l'énoncé ne donne pas, avec sa lettre, son unité et l'orientation choisie : T en newtons, x1 en grammes, I2 en ampères compté dans le sens de la flèche. Une inconnue non nommée est une inconnue qu'on oubliera.
•2. COMPTER. Une équation par CONTRAINTE, pas une par donnée numérique. Une contrainte est un axe de projection en mécanique, une grandeur conservée en chimie, un nœud ou une maille indépendante en électricité, une condition imposée par l'énoncé.
•3. RANGER. Les coefficients dans une matrice augmentée [A∣B], une colonne par inconnue, une ligne par contrainte. À partir de là, plus aucune trace du contexte : Gauss-Jordan ne sait pas si les lettres sont des newtons ou des grammes.
•Le décompte utile n'est jamais le nombre de LIGNES, c'est le RANG : deux équations peuvent n'en dire qu'une seule.
Nommer sur la figure : T1 et T2, tensions des câbles en newtons, le poids P=200 N, les axes x et y. Deux inconnues pour un point du plan : deux équations de projection.
Écrire en toutes lettres la phrase « T est la tension du câble en newtons, N la réaction du plan en newtons » vaut un demi-point de mise en forme sur presque toutes les grilles, et c'est la ligne la plus rentable de la copie.
Lire le rang : trois verdicts, et pas un de plus
•Théorème de compatibilité de Rouché : AX=B a des solutions si et seulement si rang(A)=rang([A∣B]).
•Cas 1, rang=n inconnues : solution UNIQUE, le problème est bien posé. Sur une matrice carrée, detA=0 dit la même chose plus vite.
•Cas 2, rang<n et les deux rangs égaux : INFINITÉ de solutions, avec n−rang paramètres libres. Il manque une contrainte, ou bien le paramètre a lui-même un sens, comme l'échelle d'une réaction chimique.
•Cas 3, les deux rangs diffèrent : AUCUNE solution. Une ligne [0⋯0∣c] avec c=0 dit 0=c, et c'est la situation décrite qui est impossible, pas votre échelonnement.
Trois pivots pour trois inconnues à gauche : réponse unique. Au milieu la dernière ligne est nulle, second membre compris : il manque une contrainte. À droite elle porte 5, donc 0=5 : impossible.
Le rang est le seul outil du cours qui DIAGNOSTIQUE un énoncé au lieu de le résoudre. C'est ce que l'algèbre linéaire apporte aux sciences et que le calcul différentiel n'apporte pas.
Produit scalaire ou produit vectoriel : deux sélections complémentaires
•Travail d'une force constante sur un déplacement rectiligne : W=F⋅d=∥F∥∥d∥cosθ, un NOMBRE, en joules. Seule la part PARALLÈLE au déplacement travaille.
•Moment d'une force : M=r×F, de norme ∥r∥∥F∥sinθ, un VECTEUR, en newtons-mètres. Seule la part PERPENDICULAIRE au bras fait tourner.
•Projection orthogonale, la formule qui sert dans les deux cas : F∥=∥d∥2F⋅dd, puis F⊥=F−F∥. Le dénominateur est ∥d∥2, jamais ∥d∥.
•Conséquence immédiate : cosθ et sinθ ne s'annulent pas au même endroit, donc les deux produits ne sont pas seulement différents, ils sont complémentaires. Là où l'un est nul, l'autre est maximal.
Le signe du travail se lit sur le seul signe du produit scalaire, sans calculer l'angle : positif, travail moteur ; négatif, travail résistant ; nul, la force ne travaille pas.
Ce que l'algèbre ignore : le signe
•Gauss-Jordan ne connaît aucune contrainte de signe. Une masse, une concentration, une longueur, un flux à sens unique sont pourtant positifs par nature.
•Un système peut donc être parfaitement COMPATIBLE et n'avoir AUCUNE solution admissible : la droite des solutions existe, mais elle ne traverse pas le domaine physique.
•Inversement, un composant négatif n'est pas toujours une faute : un courant ou une réaction articulaire négatifs disent simplement que le sens supposé sur la figure était l'inverse du sens réel.
•Contrôle du centre de masse : les coefficients ∑mjmi sont positifs et de somme 1, donc G est une combinaison CONVEXE des points et ne sort jamais de leur enveloppe convexe. Un G hors du polygone est une réponse fausse.
Deux systèmes compatibles. La droite bleue traverse le quadrant des grandeurs positives (en vert) : des solutions admissibles existent. La rouge le manque : compatible, mais rien de physique.
Toute réponse se contrôle deux fois : par le rang d'abord, par le domaine physique ensuite. La deuxième vérification est celle qu'aucune calculatrice ne fera à votre place.
Les règles de calcul en tableau
Chaque ligne se lit de gauche à droite : les hypothèses, puis le résultat. Une case rouge n'est pas une réponse, c'est le constat que la forme ne décide rien et l'ordre de transformer l'écriture. Chaque cas est suivi d'un exemple chiffré.
Combien d'équations INDÉPENDANTES chaque contexte fournit
On compte le rang, jamais les lignes. Une case rouge signale une ligne qui n'apporte AUCUN rang : inutile de l'écrire pour se rassurer, la contrainte manquante est ailleurs.
Contexte
Lignes écrites
Rang apporté
Point dans le plan
2 projections
2
Exemple : Luminaire sur deux câbles à 30∘ et 60∘ : 2 inconnues, detA=−sin90∘=−1, donc T1=100 N et T2≈173,2 N.
Solide dans le plan
2 projections et 1 moment
3
Exemple : Épaule de l'exemple : 3 inconnues, detA=0,16sin16∘≈0,0441=0, solution unique.
Moment pris en un 2e point
1 ligne de plus
0aucun rang de plus
Exemple : À l'insertion du deltoïde on relit Ry=−150 N, valeur déjà donnée par les trois premières lignes.
Ce qu'il faut faire : Choisir le point pour faire DISPARAÎTRE une inconnue de la ligne, jamais pour gagner une équation.
Circuit à n nœuds
n lois des nœuds
n−1une ligne de trop
Exemple : Deux nœuds : I1−I2+I3=0 en A et −I1+I2−I3=0 en B, deux lignes pour un rang de 1.
Même forme, autre résultat : Le même circuit à 4 équations garde un rang de 3 et donne pourtant I1=1,50 A, I2=2,25 A, I3=0,75 A : plus de lignes que d'inconnues ne veut pas dire surdéterminé.
Ce qu'il faut faire : Écrire n−1 lois des nœuds, puis compléter avec des lois des mailles indépendantes.
Chimie, k éléments
k conservations
dimker=p−r
Exemple : Al+HCl→AlCl3+H2 : p=4 espèces, r=3, donc dimker=1 et les coefficients sont (2;6;2;3).
Redox sans la charge
4 conservations
dimker=2contrainte manquante
Exemple : MnO4−+Fe2++H+ : 6 espèces, rang 4, donc dimker=6−4=2.
Même forme, autre résultat : Les deux directions du noyau donnent MnO4−+8H+→Mn2++4H2O et Fe2+→Fe3+ : tous les atomes sont conservés, et aucune des deux n'est la réaction.
Ce qu'il faut faire : Ajouter la conservation de la CHARGE comme cinquième ligne : le rang passe à 5, dimker retombe à 1 et les coefficients sont (1;5;8;1;5;4).
Deux lignes de la même nature ne sont indépendantes que si elles portent une information nouvelle. Le test n'est pas de les regarder, c'est d'échelonner : une ligne qui s'annule entièrement, second membre compris, était une combinaison des autres.
Les pièges qui coûtent des points
Les erreurs ci-dessous sont celles que je corrige le plus souvent en séance. Chacune coûte des points sur une copie, même quand le raisonnement est juste.
1.Commencer à calculer sans avoir nommé les inconnues
1 point de mise en forme, et toute la question si une inconnue manque
Ce qu'il ne faut pas écrire
« On projette : Fcos30∘+F′cos60∘=0 et Fsin30∘+F′sin60∘=200. »
Ce qu'il faut écrire
« On note T1 la tension du câble OA et T2 celle du câble OB, toutes deux en newtons, l'axe x étant horizontal vers la droite et l'axe y vertical vers le haut. »
Pourquoi : Sans déclaration, rien ne dit dans quel ORDRE les colonnes de la matrice sont rangées, et le correcteur ne peut pas suivre l'échelonnement. C'est aussi le seul moment où l'on s'aperçoit qu'une grandeur inconnue a été oubliée.
2.Compter les équations au lieu de compter le rang
2 points, et une donnée utile jetée si la ligne supprimée n'était pas la redondante
Ce qu'il ne faut pas écrire
« J'ai quatre équations pour trois inconnues, donc le système est surdéterminé et je supprime une ligne au hasard. »
Ce qu'il faut écrire
« L'échelonnement annule entièrement la deuxième ligne, second membre compris : rang(A)=rang([A∣B])=3, égal au nombre d'inconnues, donc la solution existe et elle est unique. »
Pourquoi : Le nombre de lignes mesure ce qu'on a écrit, le rang mesure ce qu'on sait. Quatre lignes de rang 3 ne surdéterminent rien du tout.
3.Écrire la loi des nœuds à CHAQUE nœud et croire avoir gagné une équation
toute la question quand le système reste sous-déterminé et qu'on ne comprend pas pourquoi
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Deux nœuds, donc deux lois des nœuds : I1−I2+I3=0 et −I1+I2−I3=0. Avec les deux mailles, ça fait quatre contraintes. »
Ce qu'il faut écrire
« La loi en B est l'opposée de celle en A, donc elle n'apporte aucun rang : un circuit à n nœuds fournit n−1 lois des nœuds indépendantes. J'écris une loi des nœuds et deux lois des mailles. »
Les trois courants sont les mêmes dans les deux écritures : ce qui entre en A est ce qui sort en B. Les deux lignes sont opposées terme à terme, donc elles ne comptent que pour un rang de 1.
Pourquoi : La somme de toutes les lois des nœuds est l'identité 0=0 : chaque courant de branche quitte un nœud et arrive dans un autre, donc il figure une fois avec chaque signe. C'est exactement la définition d'une dépendance linéaire entre ces lignes.
4.Reprendre l'équation des moments en un second point pour obtenir une contrainte de plus
toute la question, plus le temps perdu à échelonner des lignes qui se détruisent
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Le système a trois inconnues, alors j'écris les moments à l'articulation, puis à l'insertion, puis à la main : ça me fait trois équations de moments. »
Ce qu'il faut écrire
« L'équilibre d'un solide dans le plan fournit trois contraintes, deux de résultante et une de moment. Les moments pris en un autre point sont une combinaison linéaire des trois premières, donc le rang reste 3. »
Pourquoi : Le choix du point n'ajoute pas d'information, il choisit QUELLE inconnue disparaît de la ligne. Aux moments à l'articulation, Rx et Ry disparaissent et T s'isole ; à l'insertion, T disparaît et Ry s'isole. C'est un choix de pivot, pas une contrainte de plus.
5.Oublier le sens d'une force au moment de projeter
2 points, et des tensions négatives qu'on rend sans les commenter
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Les deux câbles tirent vers le haut, donc T1cos30∘+T2cos60∘=0 sur l'axe x. »
Ce qu'il faut écrire
« Une tension TIRE le point vers son attache : T1=T1(−cos30∘;sin30∘) et T2=T2(cos60∘;sin60∘), d'où −T1cos30∘+T2cos60∘=0. »
T1 tire le point vers SON attache, en haut à gauche : sa composante horizontale est −T1cos30∘ (en vert). La projection fautive (en rouge, pointillé) la fait tirer vers la droite.
Pourquoi : Une somme de composantes de même signe ne peut pas s'annuler : une équation de projection horizontale dont tous les termes sont positifs est fausse avant tout calcul, et cela se voit en trois secondes.
6.Confondre le produit scalaire et le produit vectoriel
toute la question, le résultat ayant même la mauvaise NATURE, un nombre au lieu d'un vecteur
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Le moment vaut r⋅F=rFcosθ, soit 0,30×150×cos60∘=22,5 N⋅m. »
Ce qu'il faut écrire
« Le moment est un produit VECTORIEL : M=r×F, de norme rFsinθ=0,30×150×sin60∘≈38,97 N⋅m. »
Même géométrie des deux côtés, sélection opposée : à gauche seule F∥ travaille et F⊥ donne W=0 ; à droite seule F⊥ fait tourner et F∥ donne M=0.
Pourquoi : Les deux produits sélectionnent des parts complémentaires. Avec r=(0,30;0;0) et F=(0;200;0), le produit scalaire vaut exactement 0 alors que le moment est MAXIMAL : le scalaire garde la part parallèle, le vectoriel garde la part perpendiculaire.
7.Croire qu'une force perpendiculaire au déplacement travaille un peu
1 point, et le double si la valeur est reportée dans un bilan d'énergie
Ce qu'il ne faut pas écrire
« La normale vaut N≈225 N et le déplacement 8,0 m, donc elle fournit un petit travail qu'on néglige. »
Ce qu'il faut écrire
« N est verticale et d horizontale, donc WN=N⋅d=0 J exactement, quelle que soit la valeur de N. Il est inutile de calculer N pour l'affirmer. »
La normale N est verticale, le déplacement d horizontal : l'angle droit fait N⋅d=0, donc un travail nul EXACTEMENT, quelle que soit la valeur de N.
Pourquoi : Le travail d'une force orthogonale au déplacement est nul, pas petit, et cela ne dépend ni de l'intensité ni de la longueur parcourue. Mais la composante perpendiculaire n'est pas inutile pour autant : elle soulage le sol, donc elle change le frottement, donc elle change le bilan.
8.Conclure « pas de solution » et s'arrêter là
2 points sur 3, la conclusion physique étant justement la question posée
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Les deux rangs diffèrent, le système est incompatible. » Puis on recommence l'échelonnement trois fois en cherchant l'erreur.
Ce qu'il faut écrire
« rang(A)=1 et rang([A∣B])=2 : le système est incompatible. Deux câbles horizontaux n'ont aucune composante verticale, donc aucune tension ne peut équilibrer le poids : la situation décrite est physiquement impossible. »
Deux câbles horizontaux : T1 et T2 n'ont aucune composante verticale, rien ne compense le poids P. L'incompatibilité dit que la situation est physiquement impossible.
Pourquoi : Dans un problème de sciences, l'incompatibilité est une RÉPONSE et non un échec : elle dit qu'une hypothèse de l'énoncé est fausse. C'est ainsi qu'un diagnostic se fait en atelier, quand une mesure d'ampèremètre contredit les valeurs de composants annoncées.
9.Prendre un système compatible pour un problème résolu
toute la dernière question, celle qui sépare les copies
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Les deux rangs valent 2, donc le système est compatible : on peut préparer 600 g de solution à 60% avec les trois solutions mères. »
Ce qu'il faut écrire
« Le système est compatible, de solutions (3t−2400;3000−4t;t). Mais une masse est positive : 3t−2400≥0 exige t≥800, alors que t≤600. Aucune solution n'est ADMISSIBLE, ce qui était prévisible, la solution la plus concentrée titrant 50%. »
x1=3t−2400≥0 exige t≥800 (en orange), la masse totale impose t≤600 (en bleu) : les deux intervalles ne se rencontrent pas, aucune solution n'est admissible.
Pourquoi : L'algèbre décide de la compatibilité, jamais de l'admissibilité : les contraintes de signe n'entrent pas dans la matrice. Deux vérifications sont donc toujours nécessaires, celle du rang puis celle du domaine physique.
10.Équilibrer une rédox en n'écrivant que les conservations d'éléments
toute la question, l'équation étant faussement équilibrée
Ce qu'il ne faut pas écrire
« Quatre éléments, donc quatre équations, et je résous. » On obtient deux paramètres libres et on en fixe un au hasard.
Ce qu'il faut écrire
« dimker=6−4=2, donc il manque une conservation : la CHARGE est une grandeur conservée au même titre qu'un élément. La ligne (−1;2;1;−2;−3;0) porte le rang à 5 et dimker à 1. »
Pourquoi : Une dimension de noyau de 1 signale une réaction bien posée, le paramètre étant simplement l'échelle. Une dimension de 2 ou plus n'est pas un embarras de richesse, c'est le diagnostic d'une conservation oubliée.
Quelle méthode choisir
Combien d'équations écrire, selon la forme de l'énoncé
On regarde ce qui est à l'équilibre ou ce qui est conservé, jamais le thème de l'exercice. Le devis de contraintes se lit sur l'objet, pas sur le chapitre.
Si un POINT (nœud de câbles, anneau, masse suspendue) à l'équilibre dans le plan → 2 équations, une par axe de projection
Exemple : luminaire sur deux câbles : 2 inconnues, 2 équations, detA=−1
dans l'espace, 3 équations
Si un SOLIDE (barre, avant-bras, poutre) à l'équilibre dans le plan → 3 équations : 2 de résultante et 1 de moment
Exemple : épaule et deltoïde : T, Rx, Ry, trois lignes
une 4e équation de moment ne fait jamais monter le rang
Si un CIRCUIT à n nœuds et b branches → n−1 lois des nœuds, complétées par b−n+1 lois des mailles indépendantes
Exemple : 2 nœuds et 3 branches : 1 nœud et 2 mailles, soit 3 équations
une maille est indépendante si elle contient une branche neuve
Si une ÉQUATION CHIMIQUE à équilibrer, p espèces et k éléments → k conservations d'éléments, plus la charge dès qu'un ion apparaît ; on cherche kerA
Exemple : Al+HCl : k=3, p=4, dimker=1
le système est HOMOGÈNE, le second membre est toujours nul
Si un MÉLANGE ou une répartition de masses → 1 équation par grandeur conservée (masse totale, masse de soluté) plus 1 par condition imposée par l'énoncé
Exemple : trois solutions mères, une masse cible, un protocole : 3 équations pour 3 inconnues
« deux fois plus de la solution à 20% » est une contrainte, pas une donnée
Si aucune branche ne s'applique, c'est que l'objet n'a pas été identifié : demandez-vous d'abord si l'énoncé parle d'un point, d'un solide, d'un réseau ou d'une conservation.
L'échelonnement est fini : que dire ?
On regarde la matrice augmentée échelonnée, on compte les pivots, et on lit la dernière ligne non nulle.
Si autant de pivots que d'inconnues → solution unique : on remonte, puis on vérifie le SIGNE de chaque composante
Exemple : 3 pivots, 3 inconnues : I1=1,50 A, I2=2,25 A, I3=0,75 A
Si moins de pivots que d'inconnues, les deux rangs égaux → infinité de solutions : paramétrer par les inconnues libres, PUIS restreindre par les contraintes de signe
Exemple : (3t−300;900−4t;t) avec t∈[100;225], un segment et non une droite
en chimie, le paramètre libre est l'échelle de la réaction et se choisit entier minimal
Si une ligne [0⋯0∣c] avec c=0 → système incompatible : nommer l'hypothèse de l'énoncé qui est fausse
Exemple : 0=200 pour deux câbles horizontaux : aucune composante verticale disponible
Si le système est compatible mais une composante obligatoirement positive sort négative → aucune solution ADMISSIBLE : conclure sur le domaine physique, pas sur le rang
Exemple : 600 g à 60% avec des solutions mères à 50% au plus
un courant ou une réaction articulaire négatifs sont en revanche admissibles : ils inversent un sens
Une seule chose est interdite ici : recommencer l'échelonnement parce que le résultat déplaît. Une ligne 0=c se vérifie une fois, puis se commente.
La rédaction attendue
Le correcteur coche des étapes. Les voici dans l'ordre, avec la phrase de conclusion qu'il attend mot pour mot.
Mettre un énoncé de sciences en système linéaire
Quand l'utiliser : Dès que l'énoncé décrit une situation physique ou chimique et demande des grandeurs numériques, même si le mot « système » n'apparaît nulle part.
1Déclarer les inconnues, avec la lettre, la grandeur, l'unité et le sens ou l'orientation choisis. Une ligne, en français.
2Poser le repère ou la convention : axes x et y, sens positif des courants, ordre des espèces en colonnes.
3Énumérer les CONTRAINTES avant de les traduire, et les compter à voix haute : « deux projections », « une conservation par élément plus la charge », « un nœud et deux mailles ».
4Traduire chaque contrainte en une équation, dans l'ordre de l'énumération, puis ranger les coefficients dans [A∣B] en respectant l'ordre des colonnes annoncé.
5Échelonner, annoncer rang(A) et rang([A∣B]), conclure par Rouché, puis résoudre.
6Vérifier le domaine physique de chaque composante, et commenter tout signe négatif.
Phrase de conclusion
« Les inconnues sont T, Rx et Ry, en newtons. L'équilibre d'un solide dans le plan fournit trois contraintes : deux projections et une équation des moments. Le système obtenu vérifie rang(A)=rang([A∣B])=3, égal au nombre d'inconnues, donc la solution existe et elle est unique. »
Le piège : L'étape 3. Presque tout le monde traduit les contraintes une par une en les découvrant, et s'aperçoit trop tard qu'il en manque une ou qu'il en a écrit deux fois la même.
Barème : Typiquement 1 point pour les inconnues et la convention, 1 point par équation correcte, 1 point pour la lecture du rang, 1 point pour la conclusion physique.
Conclure sur un système qui n'a pas de solution unique
Quand l'utiliser : Dès que l'échelonnement produit une ligne nulle ou une ligne [0⋯0∣c]. C'est presque toujours la dernière question, et c'est celle qui vaut le plus.
1Donner les deux rangs explicitement, celui de A et celui de [A∣B], et citer le théorème de compatibilité de Rouché par son nom.
2Dire de quel cas il s'agit : infinité de solutions avec n−rang paramètres, ou aucune solution.
3Traduire en PHYSIQUE : quelle contrainte manque, ou quelle hypothèse de l'énoncé ne peut pas être vraie.
4Si le système est compatible, paramétrer puis restreindre le paramètre par les contraintes de signe, et donner l'intervalle admissible.
Phrase de conclusion
« rang(A)=1 et rang([A∣B])=2 : les deux rangs diffèrent, donc par le théorème de compatibilité le système n'a aucune solution. Physiquement, deux câbles horizontaux n'ont aucune composante verticale : aucune tension, si grande soit-elle, ne peut équilibrer le poids. La situation décrite est impossible. »
Le piège : S'arrêter à « incompatible ». Le mot mathématique ne rapporte qu'un point sur trois : la question demandait ce que cela signifie pour le dispositif.
Barème : En général 1 point pour les deux rangs, 1 point pour la conclusion mathématique, 1 point pour l'interprétation physique.
Vérifier avant de rendre
Cinq minutes de vérification récupèrent plus de points qu'un exercice de plus commencé à la hâte.
Réinjecter dans les équations de DÉPART
Reprendre les équations telles qu'elles ont été écrites à l'étape 4, pas la matrice échelonnée, et y remplacer les valeurs trouvées. Une erreur de pivot se voit immédiatement ; une erreur de MISE EN ÉQUATION, elle, ne se verrait jamais sur la forme échelonnée.
Maille de gauche : 3×1,50+6×2,25=4,5+13,5=18, la tension de la source. Maille de droite : 6×2,25+2×0,75=15. Si l'une des deux ne tombe pas juste, c'est la ligne qui est fausse, pas le calcul.
Le contrôle de signe, grandeur par grandeur
Parcourir la réponse et demander, pour chaque composante, si le négatif a un sens. Masse, concentration, longueur, intensité de tension de câble : non, il y a une erreur. Courant, réaction d'appui, composante de force : oui, le sens supposé était l'inverse, et il faut l'ÉCRIRE.
Ry=−150 N n'est pas une faute : l'articulation pousse le bras vers le bas, parce que le deltoïde tire déjà plus fort vers le haut que le poids total. Une masse de −80 g, elle, est une faute.
Le compte des pivots avant de rendre
Relire l'en-tête de la copie : combien d'inconnues déclarées, combien de pivots trouvés. Les deux nombres doivent être égaux, ou la réponse doit contenir un paramètre. Une réponse unique sortie d'un système de rang 2 à trois inconnues est fausse par construction.
Trois inconnues et deux pivots, mais une réponse chiffrée unique sur la copie : une contrainte a été utilisée mentalement sans être écrite, et le correcteur ne peut pas la deviner.
L'ordre de grandeur et l'enveloppe convexe
Confronter le résultat à la géométrie. Un centre de masse doit tomber DANS le polygone des points ; une tension musculaire doit être grande devant la charge quand le bras de levier est court ; un pourcentage de mélange ne peut pas dépasser celui de la solution la plus concentrée.
Masses 2, 3 et 5 kg en (0;0), (8;0) et (4;5) : G(4,4;2,5) est bien dans le triangle, et les coefficients 0,2, 0,3 et 0,5 ont pour somme 1. Un G d'ordonnée 6 aurait été impossible.
L'exercice type décortiqué
Le bras tendu : trois inconnues, trois contraintes, et le choix du point
Un bras tendu à l'horizontale tient une charge de 50 N dans la main, à 0,55 m de l'articulation de l'épaule. Le bras lui-même pèse 32 N, son centre de gravité étant à 0,30 m de l'articulation. Le deltoïde s'insère à 0,16 m de l'articulation et tire vers le haut et vers l'épaule, selon une direction faisant 16∘ avec l'os.
Origine à l'articulation, axe x le long du bras vers la main, axe y vers le haut. Déterminer la tension T du deltoïde et les deux composantes Rx et Ry de la force exercée par l'articulation sur le bras.
Les trois distances partent toutes de l'articulation O, jamais l'une de l'autre, et l'angle de 16∘ est celui de la tension avec l'OS, pas avec la verticale.
Étape 1
Inconnues : T la tension du deltoïde, Rx et Ry les composantes de la réaction articulaire, les trois en newtons. Le bras est un SOLIDE, donc l'équilibre dans le plan fournit trois contraintes : deux projections et une équation des moments.
Pourquoi
C'est l'étape qui décide de tout le reste. Trois inconnues et trois contraintes annoncent dès la première ligne qu'on vise une solution unique. Un point matériel n'en aurait donné que deux, et le système serait resté sous-déterminé sans qu'on comprenne pourquoi.
Étape 2
La tension est portée par (−cos16∘;sin16∘), le poids du bras vaut (0;−32) et la charge (0;−50). Projection sur x : −Tcos16∘+Rx=0. Projection sur y : Tsin16∘+Ry−32−50=0, soit Tsin16∘+Ry=82.
Pourquoi
Le signe moins vient du fait que le deltoïde tire vers l'ÉPAULE, donc dans le sens des x décroissants. Écrire les composantes AVANT de projeter évite l'erreur de signe la plus coûteuse du chapitre.
Étape 3
Moments pris à l'ARTICULATION : R y est appliquée, donc son moment est nul ; la composante −Tcos16∘ est portée par l'axe x qui passe par l'origine, donc elle ne donne rien non plus. Il reste 0,16Tsin16∘−0,30×32−0,55×50=0, soit 0,16Tsin16∘=9,6+27,5=37,1.
Pourquoi
Le point n'est pas choisi au hasard : à l'articulation, DEUX inconnues disparaissent d'un coup et la ligne isole T. C'est un choix de pivot fait à l'avance, et c'est ce qui transforme un système 3×3 en trois calculs successifs.
Étape 4
A=−cos16∘sin16∘0,16sin16∘100010, et en développant selon la troisième ligne, detA=0,16sin16∘≈0,0441=0 : rang(A)=rang([A∣B])=3, égal au nombre d'inconnues, donc la solution est unique.
Pourquoi
Sur une matrice carrée, le déterminant répond à la question du rang en une ligne. La troisième ligne n'ayant qu'un terme non nul, le développement se fait de tête : chercher un zéro avant de développer vaut toujours mieux que dérouler la règle de Sarrus.
Étape 5
Tsin16∘=0,1637,1=231,875 N, donc T=sin16∘231,875≈841 N. Puis Rx=Tcos16∘≈809 N et Ry=82−231,875≈−150 N.
Pourquoi
On remonte dans l'ordre inverse de l'échelonnement, chaque ligne ne contenant plus qu'une inconnue nouvelle. Garder Tsin16∘ comme bloc jusqu'au bout évite deux arrondis successifs sur la même quantité.
Étape 6
Contrôles. Signe : Ry<0 est admissible, l'articulation POUSSE le bras vers le bas. Norme : ∥R∥=8092+1502≈822 N, environ 16 fois la charge tenue. Moments à l'insertion, pour vérifier : −0,16Ry−0,14×32−0,39×50=0 donne −0,16Ry=4,48+19,5=23,98, soit Ry≈−150 N.
Pourquoi
Le troisième contrôle est le plus instructif : il redonne Ry mais n'apporte aucun rang, puisque cette ligne est une combinaison linéaire des trois précédentes. Elle sert donc de vérification, jamais de quatrième contrainte.
Conclusion rédigée
« Les trois inconnues sont T, Rx et Ry, en newtons, et l'équilibre du solide fournit exactement trois contraintes. Le déterminant du système vaut 0,16sin16∘≈0,0441=0, donc la solution est unique : T≈841 N, Rx≈809 N et Ry≈−150 N. Le signe négatif de Ry signifie que l'articulation pousse le bras vers le bas, le deltoïde tirant déjà plus fort vers le haut que le poids total. La force articulaire, de norme 822 N environ, vaut plus de seize fois la charge tenue. »
L'erreur classique sur cet exercice : Prendre les moments à l'insertion du deltoïde DÈS le début, puis les reprendre à l'articulation en croyant obtenir une quatrième contrainte. Les deux lignes sont équivalentes modulo les projections, le rang reste 3, et l'échelonnement produit une ligne entièrement nulle qui fait croire à une erreur de calcul.
À savoir par cœur
•Trois gestes, jamais deux : NOMMER les inconnues, COMPTER les contraintes, RANGER dans [A∣B].
•Rouché : il y a des solutions si et seulement si rang(A)=rang([A∣B]), et elles sont uniques quand ce rang commun ÉGALE le nombre d'inconnues.
•Point dans le plan : 2 contraintes. Solide dans le plan : 3 contraintes, deux de résultante et une de moment. Un moment pris ailleurs n'ajoute JAMAIS de rang.
•Circuit à n nœuds : n−1 lois des nœuds indépendantes, la somme de toutes valant 0=0.
•W=F⋅d garde la part PARALLÈLE ; M=r×F garde la part PERPENDICULAIRE. Là où l'un s'annule, l'autre est maximal.
•Équilibrage : espèces en colonnes, éléments en lignes, second membre nul, et dimkerA=p−rang(A). dimker=1, réaction bien posée ; dimker=2, la CHARGE a été oubliée.
•Projection orthogonale : F∥=∥d∥2F⋅dd, avec ∥d∥2 au dénominateur et jamais ∥d∥.
•Le rang décide de la COMPATIBILITÉ, le signe décide de l'ADMISSIBILITÉ. Les deux contrôles sont obligatoires.
Questions fréquentes
Comment transformer un problème de physique en système linéaire ?
Trois gestes, toujours dans cet ordre. On nomme une inconnue par grandeur que l'énoncé ne donne pas, avec son unité et son sens. On écrit ensuite une équation par contrainte : une par axe de projection en mécanique, une par grandeur conservée en chimie, un nœud et une maille indépendante en électricité. On range enfin les coefficients dans une matrice augmentée, une colonne par inconnue.
Que signifie un système sans solution dans un problème de sciences ?
Ce n'est pas une erreur de calcul, c'est une réponse. Quand le rang de la matrice des coefficients est plus petit que celui de la matrice augmentée, une ligne dit zéro égale une constante non nulle : la situation décrite est physiquement impossible. Il faut alors nommer l'hypothèse fausse, par exemple des câbles horizontaux qui n'ont aucune composante verticale, au lieu de recommencer l'échelonnement.
Combien de lois des nœuds faut-il écrire dans un circuit ?
Exactement une de moins que le nombre de nœuds. La somme de toutes les lois des nœuds d'un circuit est l'identité zéro égale zéro, puisque chaque courant de branche quitte un nœud et arrive dans un autre. La dernière ligne est donc une combinaison des précédentes et n'apporte aucun rang. On complète avec des lois des mailles indépendantes jusqu'à avoir autant de pivots que d'inconnues.
Pourquoi une équation redox ne s'équilibre pas sans la conservation de la charge ?
Parce que les conservations d'éléments seules laissent une dimension de noyau de deux au lieu de un. Deux paramètres libres veulent dire que deux réactions indépendantes conservent tous les atomes, et aucune des deux n'est celle que l'on cherche. La charge est une grandeur conservée au même titre qu'un élément : elle s'ajoute comme une ligne, le rang monte d'un cran et l'équation redevient déterminée.
Quelle différence entre le produit scalaire et le produit vectoriel en mécanique ?
Ils sélectionnent des parts complémentaires de la même force. Le travail est un produit scalaire, donc un nombre, et seule la composante parallèle au déplacement compte : la composante perpendiculaire donne un travail exactement nul. Le moment est un produit vectoriel, donc un vecteur, et c'est l'inverse : seule la composante perpendiculaire au bras fait tourner. Là où l'un s'annule, l'autre est maximal.
Un système peut-il être compatible sans avoir de solution utilisable ?
Oui, et c'est la question qui sépare les copies. L'échelonnement ne connaît aucune contrainte de signe : il peut livrer une droite de solutions dont aucune n'a toutes ses composantes positives. Une masse ou une concentration négative n'existe pas, donc il faut restreindre le paramètre libre au domaine physique, puis vérifier que l'intervalle obtenu n'est pas vide.
Exercices corrigés : Applications aux sciences de la nature
Une méthode se prouve sur une copie, pas sur une fiche. La série du même chapitre reprend chacun de ces pièges dans un exercice, avec le corrigé rédigé étape par étape.
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