Exercice 1 : De l'aspirine pour favoriser l'écoulement sanguin
9 points Acide-base, pKa et titragesCinétique chimiqueSynthèse organique et mécanismesStratégies de synthèse et polymères
L'aspirine ou acide acétylsalicylique est fréquemment employée dans le cas d'un traitement préventif de certaines maladies cardiovasculaires (infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, etc.) pour sa capacité à fluidifier le sang. Toutefois, elle produit des effets irritants sur l'estomac.
L'aspirine existe sous la forme de comprimés ayant un enrobage gastro-résistant pour les traitements de longue durée.
Lorsque survient un accident ischémique* transitoire (ou AIT), l'aspirine sans enrobage peut être donnée par une prise urgente d'une dose de charge comprise entre 160 et 300 mg.
* Ischémie : diminution de l'apport sanguin.
Données :
• Masse molaire de l'aspirine : .
• Formule brute de l'aspirine : .
• du couple : à 25 °C.
Les différentes parties de cet exercice peuvent être traitées indépendamment les unes des autres.
- Partie A : À propos de l'aspirine
- La formule topologique de l'aspirine est donnée ci-contre.
Figure 1. Formule topologique de l'aspirine - 1. Nommer les groupes caractéristiques A et B entourés sur la figure 1.
- 2. Écrire l'équation de la réaction modélisant la transformation acide-base de l'aspirine avec l'eau.
- 3. À l'aide d'un diagramme de prédominance associé à ce couple, déterminer la forme prédominante dans l'estomac, dont le pH est compris entre 1 et 3.
- 4. Expliquer pourquoi un comprimé avec enrobage est préférable à un comprimé sans enrobage pour un traitement de longue durée.
- Partie B : Titrage d'un comprimé
- On dispose d'un comprimé d'Aspirine du Rhône©. Il s'agit d'une formulation sans enrobage. On désire savoir si ce comprimé pourrait convenir à une dose de charge dans le cas d'un AIT.
- Pour cela, on met en œuvre le protocole expérimental suivant :
• dans un mortier et à l'aide d'un pilon, broyer le comprimé d'Aspirine du Rhône ;
• préparer un volume mL de solution, notée , en dissolvant la poudre d'aspirine ainsi obtenue dans de l'eau distillée ;
• prélever un volume mL de la solution ;
• titrer avec une solution d'hydroxyde de sodium , de concentration en quantité de matière , en réalisant un suivi pH-métrique. - Les courbes de la figure 2 ci-après représentent l'évolution du pH et la dérivée du pH en fonction du volume d'hydroxyde de sodium versé au cours du titrage.
Figure 2. Évolution du pH et de sa dérivée en fonction du volume d'hydroxyde de sodium versé au cours du titrage - L'équation de la réaction acide-base support de ce titrage s'écrit :
- 5. Exploiter la courbe de titrage de la figure 2 pour déterminer la masse d'aspirine contenue dans le comprimé testé.
Le candidat est invité à prendre des initiatives et à présenter la démarche suivie même si elle n'a pas abouti : la démarche est évaluée et nécessite d'être correctement présentée. - 6. Indiquer si la quantité d'aspirine contenue dans ce comprimé est adaptée, sous-dosée ou surdosée, pour une prise urgente, dans le cas d'un AIT. Justifier.
- Partie C : Étude de la cinétique de l'hydrolyse de l'aspirine
- La stabilité d'un médicament dans différents milieux et conditions expérimentales est étudiée en pharmacologie.
- On se propose d'étudier la cinétique de la transformation entre l'aspirine et l'eau, à température ambiante. Cette transformation lente forme de l'acide salicylique et de l'acide éthanoïque .
- La réaction entre l'aspirine et l'eau est appelée hydrolyse de l'aspirine et a pour équation de réaction :
- L'hydrolyse de l'aspirine est suivie par spectrophotométrie en présence d'un excès de chlorure de fer III, . En effet, ce dernier réagit avec l'acide salicylique pour former une espèce chimique violette.
- On considère que :
• l'absorbance du mélange à la longueur d'onde choisie ne dépend que de la concentration en acide salicylique ;
• l'eau étant en excès, la réaction d'hydrolyse de l'aspirine est totale. - On mesure l'absorbance du mélange au cours du temps, à température constante, et on en déduit l'évolution temporelle de la concentration en quantité de matière de l'aspirine représentée sur la figure 3 de l'ANNEXE À RENDRE AVEC LA COPIE page 11/11.
Annexe à rendre avec la copie. Figure 3. Évolution de la concentration en quantité de matière de l'aspirine en fonction du temps - 7. Définir la vitesse volumique de disparition de l'aspirine.
- 8. Déterminer la vitesse volumique de disparition de l'aspirine à la date h en faisant apparaître la construction employée sur la figure 3 de l'ANNEXE À RENDRE AVEC LA COPIE page 11/11.
- 9. Justifier sans calcul, à l'aide de la figure 3 de l'ANNEXE À RENDRE AVEC LA COPIE page 11/11, comment évolue la vitesse volumique de disparition de l'aspirine au cours du temps.
- On donne ci-dessous, figure 4, un extrait du code Python permettant de tracer la courbe de la figure 5 représentant les valeurs de vitesse volumique de disparition de l'aspirine, notée , en fonction de la concentration de l'aspirine.
- Le temps est exprimé en heures (h), la concentration de l'aspirine en et les valeurs de vitesse volumique de disparition de l'aspirine en .
Figure 4. Extrait du code Python utilisé (avec des passages non explicités) - On assimile la vitesse volumique de disparition de l'aspirine , à une date , à sa vitesse moyenne de disparition entre deux dates successives et .
- 10. Recopier et compléter la ligne 13 du code Python (figure 4) visant à calculer chaque valeur de et à l'ajouter en fin de liste v.
- Grâce au code Python, on sélectionne quelques valeurs de la vitesse volumique de disparition de l'aspirine et on les représente en fonction de la concentration en aspirine sur la figure 5 suivante.
- 11. Justifier, à l'aide de la figure 5 suivante, que l'hydrolyse de l'aspirine ne suit pas une loi de vitesse d'ordre 1 par rapport à l'aspirine dans les conditions de l'expérience.
Figure 5. Des valeurs de en fonction de - Le mécanisme réactionnel de l'hydrolyse de l'aspirine comporte plusieurs étapes. Sur la figure 6 suivante, reproduite dans l'ANNEXE À RENDRE AVEC LA COPIE page 11/11, on donne la première étape simplifiée de ce mécanisme réactionnel :
Figure 6. Première étape simplifiée du mécanisme réactionnel de l'hydrolyse de l'aspirine (reproduite dans l'annexe à rendre avec la copie) - 12. Entourer et nommer, sur la figure 6 de l'ANNEXE À RENDRE AVEC LA COPIE page 11/11, le site donneur et le site accepteur de doublet d'électrons des réactifs qui interagissent lors de cette première étape.
- 13. Représenter, sur la figure 6 de l'ANNEXE À RENDRE AVEC LA COPIE page 11/11, les flèches courbes modélisant les déplacements d'électrons permettant la formation de l'intermédiaire réactionnel.
- 14. Identifier, parmi les catégories suivantes, celle à laquelle appartient cette transformation : oxydoréduction, acide-base, addition, élimination, substitution.
- L'hydrolyse de l'aspirine est une transformation lente.
- 15. Proposer une modification des conditions expérimentales permettant de diminuer la durée de cette transformation.
Voir la correction
Réponses
- 1 A : groupe ester ; B : groupe carboxyle
- 2
- 3 : forme acide prédominante
- 4 L'enrobage gastro-résistant évite la libération d'aspirine, irritante, dans l'estomac à chaque prise
- 5 mL ; mg
- 6 Surdosé : mg mg
- 7
- 8 Tangente par et :
- 9 Les tangentes s'aplatissent : la vitesse diminue et tend vers zéro
- 10 v.append((C[i] - C[i+1]) / (t[i+1] - t[i]))
- 11 Points non alignés avec l'origine : passe d'environ à , pas d'ordre 1
- 12 Donneur : O de l'eau ; accepteur : C du groupe ester
- 13 Doublet de O (eau) vers C ; doublet de la liaison vers O
- 14 Substitution
- 15 Augmenter la température (ou ajouter un catalyseur)
1. Le groupe A est un groupe ester : un atome de carbone doublement lié à un oxygène et lié à un second oxygène, lui-même lié à un atome de carbone (ici celui du cycle). L'aspirine est l'ester de l'acide éthanoïque et du phénol que porte l'acide salicylique, d'où son nom d'acide acétylsalicylique.
Le groupe B est un groupe carboxyle : un carbone doublement lié à un oxygène et lié à un groupe . Il fait de l'aspirine un acide carboxylique, ce qui explique les questions acide-base qui suivent. Erreur fréquente : prendre A pour une cétone en regardant seulement le , ou B pour un alcool en regardant seulement le : un groupe caractéristique se lit en entier, avec tous les voisins du carbone fonctionnel.
2. L'aspirine est l'acide du couple ; elle cède un proton à l'eau, qui joue le rôle de base du couple : .
On écrit une double flèche : l'aspirine est un acide faible (), sa réaction avec l'eau n'est pas totale et conduit à un équilibre. Le proton cédé est celui du groupe carboxyle B ; l'ion formé, , porte un groupe carboxylate . Vérification : les éléments et les charges se conservent (une charge et une charge à droite, aucune à gauche).
3. Diagramme de prédominance du couple : sur un axe gradué en pH, l'acide prédomine pour , la base pour ; à , les deux formes sont en concentrations égales. Cela découle de .
Dans l'estomac, , donc sur tout l'intervalle : la forme prédominante est la forme acide, l'aspirine elle-même. À , le rapport : la forme acide reste la plus abondante même au haut de l'intervalle.
4. Un comprimé sans enrobage se délite dans l'estomac : l'aspirine y est libérée sous sa forme acide, qui prédomine à ce pH (question 3), et elle est au contact direct de la paroi de l'estomac, sur laquelle elle a des effets irritants (texte introductif). Pour une prise unique en urgence, cet inconvénient est acceptable ; pour un traitement de longue durée, l'irritation se répète jour après jour et peut abîmer la muqueuse.
L'enrobage gastro-résistant, comme son nom l'indique, résiste au milieu acide de l'estomac : le comprimé le traverse sans se dissoudre et ne libère l'aspirine que plus loin, dans l'intestin, où le milieu est moins acide. L'estomac est ainsi protégé pendant toute la durée du traitement. L'enrobage retarde en revanche l'effet, d'où le choix d'une aspirine sans enrobage pour la dose de charge d'un AIT, où l'on veut agir vite.
5. Démarche : repérer l'équivalence sur la figure 2, en déduire la quantité d'aspirine titrée dans , puis remonter au comprimé entier, dissous dans mL.
Repérage de l'équivalence : le volume équivalent correspond au saut de pH, et plus précisément à l'abscisse du maximum de la dérivée . Le pic de la dérivée est à mL ; la méthode des tangentes parallèles sur la courbe de pH donne la même valeur, au milieu du saut qui va d'environ 5 à 9 de pH.
Relation à l'équivalence : les réactifs ont été introduits dans les proportions stœchiométriques de l'équation support, un ion pour une molécule d'aspirine, donc mol d'aspirine dans les mL prélevés.
Comprimé entier : la solution est homogène et son volume, mL, vaut fois le prélèvement. Le comprimé contenait donc mol d'aspirine, soit g, c'est-à-dire mg ( mg avant arrondi). Deux chiffres significatifs, comme et la lecture de .
Vérification : une lecture de à mL près donne entre et mg, la conclusion de la question suivante ne dépend pas de cette incertitude. Erreur fréquente : oublier le facteur et annoncer mg, la masse d'aspirine contenue dans le seul prélèvement de mL ; un comprimé d'aspirine dosé à quelques milligrammes devrait alerter.
6. La dose de charge recommandée pour une prise urgente lors d'un AIT est comprise entre et mg. Le comprimé testé en contient mg, au-dessus de la borne haute même en tenant compte de l'incertitude de lecture ( mg au plus bas). Ce comprimé est donc surdosé pour cet usage : pris entier, il dépasse la dose de charge. Il faudrait en prendre une fraction, environ la moitié pour rester dans l'intervalle.
7. La vitesse volumique de disparition de l'aspirine à la date est l'opposé de la dérivée par rapport au temps de sa concentration : , avec . Elle s'exprime ici en . Le signe moins la rend positive, puisque diminue. Graphiquement, c'est l'opposé du coefficient directeur de la tangente à la courbe à la date .
8. Construction : on trace sur la figure 3 la tangente à la courbe au point d'abscisse . La courbe étant presque rectiligne sur les premières heures, la tangente la suit de près ; elle passe par les points et coupe l'axe des temps vers h.
Coefficient directeur : , d'où . Une lecture entre et est acceptée, selon le tracé.
Vérification avec les listes du code Python de la figure 4 : entre et h, passe de à , soit une diminution de en une heure : même valeur. Erreur fréquente : prendre deux points de la COURBE éloignés (par exemple à et h), ce qui donne une vitesse moyenne et non la vitesse à .
9. La vitesse de disparition est l'opposé de la pente de la tangente à la courbe. Sur la figure 3, la courbe est d'abord très pentue, puis s'aplatit peu à peu et devient pratiquement horizontale au-delà de h : les tangentes successives sont de moins en moins inclinées. La vitesse volumique de disparition de l'aspirine diminue au cours du temps et tend vers zéro quand l'aspirine est entièrement consommée. Interprétation : la concentration du réactif, qui est un facteur cinétique, diminue au cours de la transformation.
10. D'après l'énoncé, la vitesse à la date est assimilée à la vitesse moyenne de disparition entre et : . C'est la version discrète de . En Python, avec les listes C et t, la ligne 13 devient : v.append((C[i] - C[i+1]) / (t[i+1] - t[i])) (code complet ci-dessous).
La boucle s'arrête à l'avant-dernier indice, car C[i+1] n'existe pas pour le dernier, ce qu'explique le commentaire de la ligne 11. Premier terme calculé : , cohérent avec la question 8. Erreur fréquente : écrire C[i+1] - C[i] sans changer le signe, ce qui donne des vitesses négatives, ou diviser par t[i] au lieu de l'écart t[i+1] - t[i].
11. Une loi de vitesse d'ordre 1 par rapport à l'aspirine s'écrit , avec constante à température donnée : la vitesse serait proportionnelle à la concentration, et les points de la figure 5 seraient alignés sur une droite passant par l'origine.
Ce n'est pas le cas : les points montent vite pour les faibles concentrations, puis de moins en moins, et dessinent une courbe incurvée. Le rapport n'est pas constant : pour , on lit , soit ; pour , on lit , soit . La vitesse n'est donc pas proportionnelle à la concentration : la réaction ne suit pas une loi de vitesse d'ordre 1.
La figure 3 le confirmait déjà : pour un ordre 1, la concentration décroîtrait de façon exponentielle, avec un temps de demi-réaction constant. Ici passe de à en h, puis de à en un peu plus de h seulement. Erreur fréquente : conclure à l'ordre 1 parce que « augmente avec » ; c'est la PROPORTIONNALITÉ qu'il faut tester, pas le sens de variation.
12. Site donneur de doublet d'électrons : l'atome d'oxygène de la molécule d'eau. Il porte deux doublets non liants et, plus électronégatif que l'hydrogène, il porte une charge partielle : il peut engager un de ses doublets dans une nouvelle liaison.
Site accepteur de doublet d'électrons : l'atome de carbone du groupe ester, celui qui est doublement lié à un oxygène et lié au méthyle. Lié à deux atomes d'oxygène, plus électronégatifs que lui, il porte une charge partielle marquée : il est pauvre en électrons. L'intermédiaire de la figure 6 le confirme : c'est ce carbone qui se lie à l'oxygène de l'eau, devenu . On les entoure tous les deux sur l'annexe, avec leur nom.
13. Une flèche courbe part toujours d'un doublet d'électrons (non liant ou liant) et pointe vers l'atome ou la liaison qui le reçoit. Deux flèches sont nécessaires.
Première flèche : elle part d'un doublet non liant de l'oxygène de l'eau et pointe vers l'atome de carbone du groupe ester ; elle crée la liaison entre ce carbone et l'oxygène de l'eau. Cet oxygène, désormais engagé dans trois liaisons avec un seul doublet non liant, porte la charge .
Seconde flèche : elle part du doublet de la double liaison (la seconde liaison) et pointe vers l'atome d'oxygène de ce groupe ; la double liaison devient simple, et cet oxygène, qui porte maintenant trois doublets non liants, prend la charge . Elle est indispensable : sans elle, le carbone aurait cinq liaisons. Vérification des charges : aucune charge à gauche, un et un à droite.
14. On compare les réactifs et les produits de l'équation de l'hydrolyse : . Sur le carbone du groupe ester, le groupe (qui part avec un H pour donner l'acide salicylique) est remplacé par un groupe venu de l'eau (l'acide éthanoïque se forme) : un atome ou groupe d'atomes est remplacé par un autre, c'est une substitution.
Ce n'est ni une oxydoréduction (aucun transfert d'électrons entre couples oxydant-réducteur), ni une réaction acide-base (aucun échange d'un simple proton entre deux couples), ni une élimination (pas de formation de liaison multiple au bilan). Piège : la seule PREMIÈRE étape de la figure 6 est une addition, l'eau s'additionnant sur la double liaison pour donner un seul produit ; mais la question porte sur la transformation, c'est-à-dire sur le bilan de l'hydrolyse, que les étapes suivantes, non représentées, complètent en éliminant l'acide salicylique.
15. La température est un facteur cinétique : on peut augmenter la température du milieu réactionnel, par exemple en chauffant le mélange au bain-marie ; les chocs efficaces entre les entités réactives sont plus nombreux et la transformation est plus rapide. On peut aussi ajouter un catalyseur de l'hydrolyse des esters, par exemple des ions en milieu acide. Erreur fréquente : proposer d'ajouter de l'eau, qui est déjà en large excès et dont l'ajout diluerait l'aspirine.
for i in range(len(t) - 1):
v.append((C[i] - C[i+1]) / (t[i+1] - t[i]))Coche ici les exercices faits ou à revoir : un compte gratuit, sans mot de passe, retient tes coches et tes réponses justes d'une visite à l'autre, te dit quel chapitre attaquer ensuite et te permet de demander l'exercice qui te manque. Crée ton espace, un courriel suffit.