Exercice 1 : Synthèse d'un édulcorant : l'aspartame
9 points Acide-base, pKa et titragesSynthèse organique et mécanismesStratégies de synthèse et polymèresDéterminer la composition d'un système : lois, spectres et domaines de validité
L'aspartame remplace le sucre dans des régimes hypocaloriques. Il est synthétisé à partir d'acide aspartique et de phénylalanine méthylée.
- L'objet de cet exercice est d'étudier les propriétés acido-basiques des espèces chimiques intervenant dans la synthèse de l'aspartame, puis la stratégie à envisager pour le synthétiser.
- Les parties A, B et C de cet exercice sont indépendantes et peuvent être traitées séparément.
- Données :
• L'acide aspartique existe en solution aqueuse sous quatre formes que l'on note : , , et .
• Les valeurs des p des couples acide-base de ces quatre formes sont : 1,9 ? 9,6 - • Extrait du diagramme de distribution :
Figure 2. Diagramme de distribution de l'acide aspartique sous ses formes , , et - • La formule topologique de en solution aqueuse est :
- • .
• Produit ionique de l'eau : .
• Couple acide-base : .
• Concentration standard : .
• Électronégativités selon Pauling :
; ; et . - Partie A : L'acide aspartique
- 1. Tracer le diagramme de prédominance de l'acide aspartique et faire apparaître les quatre formes associées.
- 2. Déterminer, en justifiant, la valeur de .
- 3. Justifier que est une espèce amphotère.
- 4. Sachant que le p d'un acide carboxylique est inférieur au p d'une amine, représenter la formule topologique de correspondant à la perte d'un proton sur la molécule .
- Titrage pH-métrique de l'acide aspartique
- On souhaite déterminer la masse d'acide aspartique contenue dans un échantillon du commerce dont la masse est de 250 mg.
- On dissout la totalité de l'échantillon dans 100 mL d'eau distillée sans variation de volume. Le pH de la solution au début de l'expérience vaut 2,8. Le titrage est effectué en introduisant des volumes de solution aqueuse d'hydroxyde de sodium de concentration en quantité de matière . On verse un volume maximal de réactif titrant de 17,5 mL.
- 5. Justifier la forme prédominante de l'acide aspartique dans la solution au début du titrage.
- 6. Réaliser le schéma légendé du montage mis en œuvre pour réaliser le titrage.
- L'équation de la réaction support du titrage mis en œuvre s'écrit :
- 7. Définir l'équivalence.
- La courbe du titrage est donnée sur la figure 3 de l'ANNEXE À RENDRE AVEC LA COPIE page 11/11.
Annexe à rendre avec la copie. Figure 3. Courbe expérimentale obtenue lors du titrage de l'acide aspartique. Source : d'après « Des expériences de la famille acide-base : Réussir, exploiter et commenter 50 manipulations de chimie », Danielle Cachau-Herreillat - 8. Déterminer graphiquement, à l'aide de la figure 3 de l'ANNEXE À RENDRE AVEC LA COPIE page 11/11, la valeur du volume équivalent de solution d'hydroxyde de sodium.
- 9. Calculer la valeur de la masse d'acide aspartique contenue dans l'échantillon.
- Partie B : Étude de la phénylalanine méthylée
Figure 4. Formule topologique de la phénylalanine méthylée - 10. Nommer les groupes caractéristiques A et B entourés sur la figure 4.
- Pour la suite de l'exercice, on note la phénylalanine méthylée .
- 11. Justifier, à partir de la structure de , son caractère basique au sens de Brønsted.
- 12. En déduire la formule de l'acide conjugué de .
- 13. Établir l'équation de la réaction de la phénylalanine méthylée avec l'eau.
- Soit un volume L d'une solution S de phénylalanine méthylée de concentration en quantité de matière . Le pH de cette solution est égal à 12,9.
- 14. Calculer le taux d'avancement final et conclure sur la force de la base, la phénylalanine méthylée.
Le candidat est invité à prendre des initiatives et à présenter sa démarche. Toute démarche pertinente, même non aboutie, sera valorisée. - Partie C : Stratégie de synthèse
- On souhaite créer une liaison entre l'acide aspartique et la phénylalanine méthylée pour obtenir l'aspartame selon l'équation de réaction donnée figure 1 en début d'exercice.
- 15. Identifier en expliquant, parmi les catégories suivantes, celle à laquelle appartient cette transformation : oxydoréduction, acide-base, addition, élimination, substitution.
Annexe à rendre avec la copie. Figure 5. Mécanisme réactionnel simplifié de la synthèse de l'aspartame - 16. Sur l'étape 1 de la figure 5 de l'ANNEXE À RENDRE AVEC LA COPIE page 11/11, faire apparaître les sites donneurs et accepteurs de doublet d'électrons des réactifs impliqués lors de la synthèse.
- 17. Représenter, sur l'étape 1 de la figure 5 de l'ANNEXE À RENDRE AVEC LA COPIE page 11/11, les flèches courbes de l'acte élémentaire correspondant à l'obtention de l'intermédiaire réactionnel.
- 18. Identifier, en justifiant, l'intermédiaire réactionnel de cette synthèse.
- 19. Justifier que d'autres intermédiaires réactionnels sont susceptibles de se former.
- 20. Proposer une stratégie à adopter pour s'assurer de la formation de l'aspartame uniquement.
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Réponses
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- 2 Intersection des courbes de et :
- 3 Base de et acide de
- 4 : le perd son proton
- 5 : prédomine
- 6 Burette (soude), bécher (solution titrée), sonde du pH-mètre, agitateur magnétique
- 7 Réactifs introduits dans les proportions stœchiométriques ; changement de réactif limitant
- 8 Tangentes parallèles : mL
- 9 mg
- 10 A : groupe ester ; B : groupe amino (amine)
- 11 Doublet non liant de l'azote, capable de capter un proton
- 12
- 13
- 14 : base faible
- 15 Substitution : remplacé par
- 16 Donneur : doublet de N de la phénylalanine méthylée ; accepteur : C du carboxyle
- 17 Doublet de N vers C ; doublet de vers O
- 18 L'espèce formée à l'étape 1 et consommée à l'étape 2 (carbone tétraédrique)
- 19 Deux groupes carboxyle et un groupe amino libres sur l'acide aspartique : d'autres attaques possibles
- 20 Protéger l'amine et le carboxyle latéral de l'acide aspartique, coupler, déprotéger
1. Une forme acide d'un couple prédomine quand , sa base conjuguée quand . Les quatre formes se rangent de la plus acide à la plus basique, chacune perdant un proton : , , , . Les trois couples sont (), () et ().
Sur un axe gradué en pH, on porte les trois frontières et on écrit une forme par domaine : pour ; entre et ; entre et ; pour . La question 2 donne (diagramme dans les documents du corrigé). Vérification sur la figure 2 : chaque courbe est au-dessus des autres exactement dans son domaine, culminant vers , au milieu de et . Erreur fréquente : inverser l'ordre des espèces, alors que l'espèce la plus protonée, la plus chargée positivement, est toujours du côté des pH faibles.
2. Pour le couple , . Quand les deux formes ont la même concentration, le logarithme est nul et . Sur la figure 2, c'est l'abscisse du point d'intersection de la courbe de (trait plein, descendante) et de celle de (pointillés, montante) : on lit .
Deux contrôles. La même méthode appliquée aux autres intersections redonne bien (tirets et trait plein) et (pointillés et croix), les valeurs du tableau. Et le maximum de la courbe de , vers , est au milieu de ses deux frontières : . Piège : l'intersection se lit à 50 % SEULEMENT si les deux autres formes sont négligeables ; ici représente encore environ 1 % à ( fois ), si bien que les deux courbes se croisent juste sous 50 %. C'est l'égalité des deux pourcentages qui compte, pas la valeur 50 %.
3. Une espèce amphotère est à la fois l'acide d'un couple et la base d'un autre couple. est la base du couple : elle peut capter un proton pour donner . Elle est aussi l'acide du couple : elle peut céder un proton pour donner . Sur la formule topologique donnée, on voit d'ailleurs les deux rôles : le groupe peut céder , le groupe carboxylate peut en capter un.
4. porte trois sites acides ou basiques : un groupe carboxyle (à gauche), un groupe ammonium et un groupe carboxylate déjà déprotoné. Les deux protons qui peuvent partir sont celui du et l'un de ceux du . Le p d'un acide carboxylique étant inférieur à celui d'un ion ammonium, c'est le groupe carboxyle qui perd son proton le premier, quand le pH monte : le passage (p) est celui du , et la perte d'un proton de ne viendra qu'à .
La formule topologique de est donc celle de où le groupe de gauche devient un groupe carboxylate : , avec deux groupes carboxylate, un groupe ammonium et une charge globale . Erreur fréquente : retirer un H du groupe , ce qui donnerait une espèce de même charge mais n'est pas la forme qui prédomine entre 3,6 et 9,6.
5. Le pH initial vaut , compris entre et : d'après le diagramme de prédominance, la forme prédominante est . La figure 2 le confirme : à , on est au sommet de la courbe en trait plein, avec environ 75 % de . Les deux autres formes ne sont pas nulles pour autant (une dizaine de pour cent chacune) : prédominer ne veut pas dire être seule.
6. Le schéma légendé doit faire apparaître : une burette graduée contenant la solution titrante d'hydroxyde de sodium, à ; sous la burette, un bécher contenant la solution titrée, l'échantillon d'acide aspartique dissous dans 100 mL d'eau ; la sonde (électrode) du pH-mètre plongée dans la solution titrée et reliée au pH-mètre ; un agitateur magnétique et son barreau aimanté. Chaque élément porte sa légende, et la sonde ne doit pas être heurtée par le barreau.
7. L'équivalence est l'état du système pour lequel les réactifs titrant et titré ont été introduits dans les proportions stœchiométriques de l'équation de la réaction support du titrage. Il y a alors changement de réactif limitant : avant l'équivalence, l'ion hydroxyde versé est limitant ; après, c'est . Ici, avec des nombres stœchiométriques égaux à 1 : .
8. Méthode des tangentes parallèles. On trace deux tangentes à la courbe, parallèles entre elles, de part et d'autre du saut de pH : l'une vers mL (pente voisine de unité de pH par mL), l'autre vers mL, avec la même pente. On trace la parallèle équidistante des deux. Elle coupe la courbe au point d'équivalence, dont l'abscisse se lit : mL (tracé dans les documents du corrigé).
Contrôle : le saut a lieu entre les points et , et le point de pente maximale est entre et mL : mL est cohérent. Second contrôle, qui relie les parties : à la demi-équivalence, mL, on lit sur la courbe, la valeur de trouvée à la question 2. Une valeur entre et mL traduit une construction correcte.
9. À l'équivalence, d'après la question 7 : mol. La masse d'acide aspartique s'en déduit : g, soit mg, avec deux chiffres significatifs comme , la donnée la moins précise.
Commentaire : c'est environ la moitié des 250 mg de l'échantillon ( %). Un produit du commerce contient d'autres espèces que l'acide aspartique (excipients), d'où le titrage. Erreur fréquente : partir de la masse de l'échantillon pour calculer , ce qui donnerait mL et contredirait la courbe. Autre piège : oublier de convertir en litres, et trouver une masse mille fois trop grande.
10. Le groupe A, relié à deux atomes de carbone (la chaîne et le groupe ), est le groupe ester : la phénylalanine méthylée est l'ester méthylique de la phénylalanine, d'où son nom. Le groupe B, porté par un carbone, est le groupe amino, caractéristique de la famille des amines. Piège : appeler A un groupe carboxyle, alors que l'oxygène simple est lié à et non à H.
11. Une base au sens de Brønsted est une espèce capable de capter un proton . Dans , l'atome d'azote porte un doublet non liant (la barre sur le N). Ce doublet peut former une liaison avec un proton, qui n'a aucun électron à apporter : l'azote devient alors avec quatre liaisons. La phénylalanine méthylée est donc une base de Brønsted.
12. L'acide conjugué s'obtient en ajoutant un proton à la base : , l'ion ammonium correspondant. Le couple est .
13. La base réagit avec l'eau, qui joue le rôle d'acide du couple (donné). Demi-équations : et . Équation de la réaction : . La double flèche anticipe la question 14 : la transformation n'est pas totale.
14. Démarche : comparer l'avancement final, tiré du pH, à l'avancement maximal, tiré de la concentration apportée. Le taux d'avancement final est .
Avancement maximal : l'eau est le solvant, en excès, donc est limitant et mol.
Avancement final : d'après l'équation, (on néglige les ions apportés par l'autoprotolyse de l'eau, contre dans l'eau pure). Or et le produit ionique donne . Donc mol.
Taux d'avancement final : , soit 79 %. Comme , la transformation de la base avec l'eau n'est pas totale : la phénylalanine méthylée est une base faible. La conclusion résiste à l'incertitude de lecture : avec ou , on trouverait ou , toujours nettement inférieur à 1. Erreur fréquente : écrire , qui est la concentration en , et conclure à .
15. On compare les réactifs et les produits de l'équation de la figure 1. Ni l'oxydoréduction (aucun échange d'électrons entre couples oxydant-réducteur), ni l'acide-base (aucun échange de proton entre couples), ni l'addition (deux réactifs donneraient un seul produit) ne conviennent. Ce n'est pas non plus une élimination, qui transforme un réactif en deux produits dont l'un contient une liaison multiple nouvelle. Ici, sur le carbone du groupe carboxyle de l'acide aspartique, le groupe est remplacé par le groupe de la phénylalanine méthylée, le partant avec un H sous forme d'eau : c'est une substitution. On forme ainsi une liaison amide , la liaison peptidique.
16. Site donneur de doublet d'électrons : l'atome d'azote du groupe de la phénylalanine méthylée, qui porte un doublet non liant. Site accepteur : l'atome de carbone du groupe carboxyle de l'acide aspartique voisin du groupe (celui de droite sur la figure 5, qui devient le carbone tétraédrique de l'intermédiaire). Justification par les électronégativités : , donc chacune des deux liaisons et est polarisée, l'oxygène portant une charge partielle et le carbone une charge partielle ; lié à deux oxygènes, ce carbone est un site déficitaire en électrons, donc accepteur.
Sur l'annexe : on entoure le doublet de l'azote de la phénylalanine méthylée (« site donneur ») et on note sur ce carbone (« site accepteur »), avec sur ses deux oxygènes. Piège : désigner l'azote de l'acide aspartique, qui porte lui aussi un doublet mais n'est pas impliqué dans l'étape représentée.
17. L'acte élémentaire de l'étape 1 est une addition de l'amine sur la double liaison . Deux flèches courbes, chacune partant d'un doublet et pointant vers l'atome ou la liaison où il va : la première part du doublet non liant de l'azote de la phénylalanine méthylée et pointe vers le carbone du groupe carboxyle (formation de la liaison ) ; la seconde part du doublet de la liaison de et pointe vers l'oxygène, qui devient avec trois doublets non liants.
Vérification sur le produit de l'étape 1 : l'azote, qui a donné son doublet, porte la charge ; l'oxygène, qui a reçu un doublet, porte la charge ; le carbone a toujours quatre liaisons. Les charges dessinées sur la figure 5 sont exactement celles que prévoient les deux flèches. Erreur fréquente : partir du carbone vers l'azote, à l'envers du mouvement des électrons.
18. Un intermédiaire réactionnel est une espèce formée au cours d'une étape du mécanisme puis consommée dans une étape suivante : elle n'apparaît pas dans l'équation de la réaction globale. Ici, c'est l'espèce produite à l'étape 1 et réactif de l'étape 2 : le carbone tétraédrique qui porte , et le groupe relié à la phénylalanine méthylée. Elle n'apparaît ni parmi les réactifs ni parmi les produits de la figure 1 : c'est l'intermédiaire réactionnel.
19. L'acide aspartique possède DEUX groupes carboxyle, donc deux carbones accepteurs : l'amine de la phénylalanine méthylée peut aussi attaquer le carbone du groupe de la chaîne latérale, et former un autre intermédiaire, puis un isomère de l'aspartame qui n'a pas le goût sucré. Ce n'est pas tout : l'acide aspartique possède lui aussi un groupe amino donneur, qui peut attaquer le groupe carboxyle d'une autre molécule d'acide aspartique, ou le carbone du groupe ester de la phénylalanine méthylée. Plusieurs couples de sites donneur et accepteur peuvent réagir, donc plusieurs intermédiaires réactionnels, et plusieurs produits, sont susceptibles de se former.
20. La stratégie consiste à protéger les groupes caractéristiques qui ne doivent pas réagir, pour que la réaction devienne sélective. On protège, avant le couplage, le groupe amino de l'acide aspartique et le groupe carboxyle de sa chaîne latérale, en les transformant temporairement en groupes non réactifs dans les conditions de la synthèse. Seul reste libre le groupe carboxyle voisin du groupe amino, qui réagit avec l'amine de la phénylalanine méthylée. On déprotège ensuite les deux groupes pour obtenir l'aspartame.
La phénylalanine méthylée est elle-même déjà « protégée » : son groupe carboxyle est engagé dans un ester méthylique, ce qui l'empêche de réagir avec l'amine de l'acide aspartique. Une protection n'est utile que si elle est sélective, facile à poser et facile à retirer sans toucher au reste de la molécule : c'est le prix d'une étape en plus de chaque côté.
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