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Spécialité physique-chimie, Terminale • Exercices corrigés à Montréal

Exercices corrigés : synthèse organique et mécanismes réactionnels (Terminale spécialité)

Voici une série d'exercices corrigés de spécialité physique-chimie sur la synthèse organique et les mécanismes réactionnels, au niveau de la classe de Terminale du programme français, tel qu'il est suivi au Lycée Marie de France et au Collège Stanislas à Montréal.

Toute la première partie repose sur une seule idée : repérer les sites donneurs et accepteurs, et la flèche courbe s'impose d'elle-même, du riche vers le pauvre. Une flèche tracée dans l'autre sens est l'erreur la plus fréquente des copies, et elle est toujours détectable en vérifiant la tétravalence du carbone.

L'exercice 8 contient le résultat le plus utile de la série : les rendements se multiplient, ils ne se moyennent pas. Trois étapes à 85, 70 et 90 pour cent donnent 54 pour cent, pas 82, et dix étapes à 85 pour cent ne laissent que 20 pour cent de la matière engagée.

Rappel de cours

  • Électronégativité : l'atome le plus électronégatif porte δ\delta^{-}, l'autre δ+\delta^{+}. Une liaison CH\mathrm{C-H} est pratiquement apolaire, d'où l'inertie des alcanes.
  • Site DONNEUR : doublet non liant, charge négative, ou liaison multiple. Site ACCEPTEUR : atome portant δ+\delta^{+} ou une lacune électronique.
  • Flèche courbe : elle représente le déplacement d'un DOUBLET, part toujours d'un donneur et pointe vers un accepteur, jamais l'inverse.
  • Contrôle d'un mécanisme : conservation de la charge, et tétravalence du carbone respectée à chaque étape.
  • Intermédiaire réactionnel : formé puis consommé, il se simplifie lors de la somme des actes élémentaires et ne figure pas dans le bilan. Idem pour un catalyseur.
  • Rendements d'étapes successives : ils se MULTIPLIENT. 0,85×0,70×0,90=0,540{,}85\times 0{,}70\times 0{,}90=0{,}54, jamais la moyenne.
  • Protection : protéger, transformer, déprotéger. On paie deux étapes pour gagner la sélectivité.
  • Économie d'atomes : MproduitMreˊactifs\dfrac{M_{\mathrm{produit}}}{\sum M_{\mathrm{réactifs}}}. C'est un maximum théorique, à combiner avec le rendement réel.

Partie A : Les bases (/50)

Exercice 1 : Électronégativité et polarisation des liaisons

L'électronégativité mesure la tendance d'un atome à attirer vers lui le doublet d'une liaison covalente. Sur l'échelle de Pauling : H=2,20\mathrm{H}=2{,}20, C=2,55\mathrm{C}=2{,}55, N=3,04\mathrm{N}=3{,}04, Cl=3,16\mathrm{Cl}=3{,}16 et O=3,44\mathrm{O}=3{,}44.

  • a) Calculez la différence d'électronégativité pour les liaisons CH\mathrm{C-H}, CN\mathrm{C-N}, CCl\mathrm{C-Cl}, CO\mathrm{C-O} et OH\mathrm{O-H}.
  • b) Classez ces liaisons de la moins polarisée à la plus polarisée.
  • c) Pour la liaison CO\mathrm{C-O}, indiquez les charges partielles portées par chaque atome et justifiez.
  • d) Dans un groupe carbonyle C=O\mathrm{C=O}, quel atome est appauvri en électrons ? Quelle conséquence pour la réactivité ?
  • e) Pourquoi la liaison CH\mathrm{C-H} est-elle considérée comme pratiquement apolaire, et qu'est-ce que cela implique pour un alcane ?
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a) CH\mathrm{C-H} : 2,552,20=0,35\left|2{,}55-2{,}20\right|=0{,}35. CN\mathrm{C-N} : 0,490{,}49. CCl\mathrm{C-Cl} : 0,610{,}61. CO\mathrm{C-O} : 0,890{,}89. OH\mathrm{O-H} : 3,442,20=1,24\left|3{,}44-2{,}20\right|=1{,}24.

b) De la moins à la plus polarisée : CH<CN<CCl<CO<OH\mathrm{C-H}<\mathrm{C-N}<\mathrm{C-Cl}<\mathrm{C-O}<\mathrm{O-H}. La liaison OH\mathrm{O-H} est de loin la plus polarisée, ce qui explique à la fois l'acidité des alcools et des acides carboxyliques et la formation de liaisons hydrogène.

c) L'oxygène, plus électronégatif, attire le doublet vers lui : il porte donc une charge partielle NÉGATIVE notée δ\delta^{-}, et le carbone une charge partielle POSITIVE notée δ+\delta^{+}. La liaison possède ainsi un moment dipolaire dirigé du carbone vers l'oxygène.

d) C'est le CARBONE qui est appauvri, portant δ+\delta^{+}. Ce carbone constitue donc un site ACCEPTEUR de doublet d'électrons, c'est-à-dire une cible pour toute espèce riche en électrons. C'est la raison pour laquelle les aldéhydes et les cétones subissent des additions nucléophiles sur leur carbone, et c'est l'un des motifs les plus réactifs de toute la chimie organique.

e) Parce que l'écart d'électronégativité, 0,350{,}35, est très faible : le doublet est presque également partagé et les charges partielles sont négligeables. Un alcane, qui ne contient que des liaisons CC\mathrm{C-C} et CH\mathrm{C-H}, ne présente donc ni site donneur ni site accepteur marqué. C'est exactement ce qui explique son inertie chimique remarquable, et pourquoi il faut des conditions violentes, combustion ou radicaux, pour le faire réagir.

Exercice 2 : Sites donneurs et sites accepteurs

Un site DONNEUR de doublet d'électrons est un atome porteur d'un doublet non liant, d'une charge négative ou d'une liaison multiple. Un site ACCEPTEUR est un atome appauvri en électrons, porteur d'une charge partielle positive ou d'une lacune électronique.

  • a) Identifiez les sites donneurs de l'ion hydroxyde HO\mathrm{HO^{-}} et de l'ammoniac NH3\mathrm{NH_{3}}.
  • b) Identifiez le site accepteur du chlorométhane CH3Cl\mathrm{CH_{3}-Cl} et justifiez à partir de l'exercice 1.
  • c) Identifiez les sites donneur et accepteur d'une molécule d'eau. Que peut-on en conclure ?
  • d) Dans l'éthanoate d'éthyle CH3COOCH2CH3\mathrm{CH_{3}-COO-CH_{2}-CH_{3}}, repérez le site accepteur principal.
  • e) Énoncez la règle générale qui prédit vers quel site un donneur se dirige, et expliquez pourquoi elle est intuitive.
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a) Pour l'ion hydroxyde, c'est l'atome d'OXYGÈNE, qui porte à la fois la charge négative et trois doublets non liants. Pour l'ammoniac, c'est l'atome d'AZOTE, porteur d'un doublet non liant. Dans les deux cas le site donneur est l'hétéroatome, jamais l'hydrogène.

b) Le site accepteur est l'atome de CARBONE lié au chlore. La différence d'électronégativité CCl\mathrm{C-Cl} vaut 0,610{,}61, donc le chlore attire le doublet et le carbone porte δ+\delta^{+}. C'est ce carbone appauvri qui sera attaqué.

c) L'eau possède un site donneur, l'oxygène et ses deux doublets non liants, ET un site accepteur, chacun des deux hydrogènes portant δ+\delta^{+} du fait de la forte polarisation OH\mathrm{O-H}. Elle peut donc jouer les deux rôles, ce qui explique qu'elle soit à la fois un excellent solvant des espèces ioniques, un acide et une base, et qu'elle forme des liaisons hydrogène avec elle-même.

d) Le carbone du groupe carbonyle, celui qui est doublement lié à l'oxygène. Il porte deux liaisons vers des atomes d'oxygène très électronégatifs, ce qui l'appauvrit fortement : c'est le carbone le plus déficitaire de la molécule, et le site d'attaque dans toutes les réactions des esters, hydrolyse comme saponification.

e) Un site donneur se dirige toujours vers un site ACCEPTEUR : les électrons vont d'où ils sont abondants vers là où ils manquent. C'est intuitif parce qu'il s'agit au fond d'une attraction électrostatique entre une zone riche en charge négative et une zone déficitaire. Toute la chimie organique se lit ainsi : repérer les sites, et la flèche courbe s'impose d'elle-même.

Exercice 3 : La convention des flèches courbes

Une flèche courbe représente le mouvement d'un DOUBLET d'électrons au cours d'un acte élémentaire. Elle part toujours du site donneur et pointe vers le site accepteur.

  • a) Que représente exactement le départ d'une flèche courbe ? Citez les trois origines possibles.
  • b) Que représente son extrémité ?
  • c) Une flèche courbe représente-t-elle un déplacement d'atome, d'électron isolé ou de doublet ? Pourquoi cette précision importe-t-elle ?
  • d) Combien de flèches faut-il pour représenter la formation d'une liaison accompagnée de la rupture d'une autre sur le même atome ? Expliquez.
  • e) Pourquoi une flèche ne part-elle jamais d'un site accepteur ni ne pointe vers un site donneur ?
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a) Le départ représente l'endroit d'où provient le doublet qui va former la nouvelle liaison. Les trois origines possibles sont : un DOUBLET NON LIANT porté par un hétéroatome, une LIAISON qui va se rompre, ou une charge négative associée à un doublet. Dans tous les cas la flèche part d'une zone riche en électrons.

b) L'extrémité indique où le doublet arrive : soit entre deux atomes, marquant la formation d'une nouvelle liaison, soit sur un atome, marquant l'acquisition d'un doublet non liant après rupture d'une liaison.

c) Elle représente un DOUBLET, c'est-à-dire deux électrons. La précision importe parce qu'il existe une autre convention, la flèche à demi-pointe, réservée au déplacement d'un électron UNIQUE dans les mécanismes radicalaires. Confondre les deux conduit à des bilans de charge faux. Et surtout, une flèche courbe ne représente jamais le déplacement d'un atome : les atomes suivent, ils ne sont pas ce que la flèche décrit.

d) Il en faut DEUX. Une première flèche part du site donneur et pointe vers le carbone accepteur pour former la nouvelle liaison ; une seconde part de la liaison qui se rompt et pointe vers l'atome qui part avec le doublet. Sans la seconde, le carbone se retrouverait avec cinq liaisons, ce qui est impossible. La vérification de la tétravalence du carbone est d'ailleurs le meilleur contrôle d'un mécanisme.

e) Parce que ce serait contraire à la logique physique du transfert. Un site accepteur est par définition appauvri en électrons : il n'a pas de doublet disponible à céder. Un site donneur est riche : il n'a aucune raison d'en recevoir davantage, et ce serait de surcroît électrostatiquement défavorable. La flèche va donc toujours du riche vers le pauvre, jamais l'inverse, et une flèche tracée à l'envers est l'erreur la plus fréquente des copies.

Exercice 4 : Écrire un acte élémentaire

On étudie la réaction entre l'ion hydroxyde et le bromoéthane : CH3CH2Br+HOCH3CH2OH+Br\mathrm{CH_{3}-CH_{2}-Br+HO^{-}\longrightarrow CH_{3}-CH_{2}-OH+Br^{-}}.

Elle se déroule en un seul acte élémentaire.

  • a) Identifiez le site donneur et le site accepteur des deux réactifs.
  • b) Décrivez les deux flèches courbes nécessaires, en précisant leur origine et leur extrémité.
  • c) Vérifiez la conservation de la charge entre les réactifs et les produits.
  • d) Justifiez que le carbone reste tétravalent tout au long du processus.
  • e) Cette réaction porte un nom précis. Lequel, et que signifie chacun des deux mots ?
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a) Le site donneur est l'atome d'OXYGÈNE de l'ion hydroxyde, porteur de la charge négative et de doublets non liants. Le site accepteur est l'atome de CARBONE lié au brome, appauvri par la forte électronégativité du brome.

b) Première flèche : elle part d'un doublet non liant de l'oxygène de HO\mathrm{HO^{-}} et pointe vers le carbone lié au brome, ce qui forme la liaison CO\mathrm{C-O}. Seconde flèche : elle part de la liaison CBr\mathrm{C-Br} et pointe vers l'atome de brome, ce qui rompt cette liaison et donne à l'ion bromure son doublet supplémentaire et sa charge négative.

c) Côté réactifs : la molécule de bromoéthane est neutre et l'ion hydroxyde porte 1-1, donc le total vaut 1-1. Côté produits : l'éthanol est neutre et l'ion bromure porte 1-1, total 1-1. La charge est conservée, ce qui est un contrôle indispensable de tout mécanisme.

d) Avant la réaction, le carbone est lié à deux hydrogènes, au groupe méthyle et au brome, soit quatre liaisons. Pendant l'acte élémentaire, la liaison avec l'oxygène se forme exactement au moment où celle avec le brome se rompt : c'est un processus concerté. Le carbone ne passe donc jamais par un état à cinq liaisons, et il se retrouve après réaction lié à deux hydrogènes, au méthyle et à l'oxygène, soit à nouveau quatre.

e) C'est une SUBSTITUTION NUCLÉOPHILE. Substitution parce qu'un groupe, le brome, est remplacé par un autre, le groupe hydroxyle, sur le même atome de carbone. Nucléophile parce que l'espèce attaquante, l'ion hydroxyde, est riche en électrons et recherche un noyau appauvri, ce que signifie littéralement le mot : qui aime les noyaux.

Exercice 5 : Un mécanisme en deux étapes

Certaines transformations se déroulent en plusieurs actes élémentaires successifs, faisant apparaître un INTERMÉDIAIRE RÉACTIONNEL qui n'apparaît pas dans le bilan.

On considère l'hydratation d'un alcène en milieu acide, qui passe par un carbocation.

  • a) Qu'est-ce qu'un intermédiaire réactionnel ? Pourquoi ne figure-t-il pas dans l'équation de la réaction ?
  • b) Un carbocation possède un carbone à trois liaisons seulement. Est-il un site donneur ou accepteur ? Justifiez.
  • c) Décrivez la première étape : quel site donneur attaque quel site accepteur ?
  • d) Décrivez la deuxième étape.
  • e) Comment obtient-on l'équation de bilan à partir des actes élémentaires ? Que devient le catalyseur acide ?
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a) Un intermédiaire réactionnel est une espèce formée au cours d'un acte élémentaire et consommée dans un acte ultérieur. Il ne figure pas dans l'équation de bilan parce qu'il apparaît des deux côtés lors de la somme des actes élémentaires et se simplifie. Sa durée de vie est en général très brève, ce qui le rend difficile à isoler, mais son existence est bien réelle et détectable.

b) Il est ACCEPTEUR, et même fortement. Un carbone à trois liaisons possède une lacune électronique et porte une charge positive entière : il lui manque un doublet pour compléter son octet. C'est un site accepteur bien plus avide qu'un simple carbone portant δ+\delta^{+}, ce qui explique la grande réactivité des carbocations et leur brève existence.

c) La première étape est l'attaque de la DOUBLE LIAISON de l'alcène, qui est riche en électrons et joue donc le rôle de site donneur, sur le PROTON H+\mathrm{H^{+}} apporté par le catalyseur acide, qui est un site accepteur puisqu'il ne possède aucun électron. Une flèche part de la double liaison et pointe vers le proton. Il se forme une liaison CH\mathrm{C-H} et l'autre carbone, privé du doublet, devient le carbocation.

d) La deuxième étape est l'attaque d'une molécule d'EAU, site donneur par ses doublets non liants sur l'oxygène, sur le CARBOCATION, site accepteur. Il se forme une liaison CO\mathrm{C-O} et un ion oxonium substitué, qui perd ensuite un proton pour donner l'alcool final.

e) On ADDITIONNE les actes élémentaires, puis on simplifie les espèces figurant des deux côtés. L'intermédiaire disparaît par cette simplification. Le proton, lui, est consommé à la première étape et régénéré à la dernière : il apparaît donc lui aussi des deux côtés et se simplifie. C'est exactement la signature d'un CATALYSEUR, qui n'est jamais dans le bilan tout en étant indispensable au chemin suivi.

Partie B : Niveau baccalauréat (/50)

Exercice 6 : Une substitution nucléophile quantitative

On fait réagir 12,3 g12{,}3\ \mathrm{g} de 2-bromopropane avec 150 mL150\ \mathrm{mL} d'une solution d'hydroxyde de sodium à 1,00 mol/L1{,}00\ \mathrm{mol/L}, pour obtenir du propan-2-ol.

Masses molaires en g/mol\mathrm{g/mol} : 2-bromopropane 123,0123{,}0, propan-2-ol 60,160{,}1.

  • a) Écrivez l'équation de la réaction.
  • b) Calculez les quantités de matière initiales et déterminez le réactif limitant.
  • c) Calculez la masse de propan-2-ol attendue.
  • d) On isole 4,50 g4{,}50\ \mathrm{g} de produit. Calculez le rendement.
  • e) Une réaction concurrente, l'élimination, produit du propène. Comment cela affecte-t-il le rendement, et quel paramètre expérimental permet de la limiter ?
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a) CH3CHBrCH3+HOCH3CHOHCH3+Br\mathrm{CH_{3}-CHBr-CH_{3}+HO^{-}\longrightarrow CH_{3}-CHOH-CH_{3}+Br^{-}}.

b) n(RBr)=12,3123,0=0,100 moln\left(\mathrm{RBr}\right)=\dfrac{12{,}3}{123{,}0}=0{,}100\ \mathrm{mol} et n(HO)=1,00×0,150=0,150 moln\left(\mathrm{HO^{-}}\right)=1{,}00\times 0{,}150=0{,}150\ \mathrm{mol}. Les coefficients valant 1, le 2-bromopropane est limitant.

c) xmax=0,100 molx_{\max}=0{,}100\ \mathrm{mol}, donc mtheˊorique=0,100×60,1=6,01 gm_{\mathrm{théorique}}=0{,}100\times 60{,}1=6{,}01\ \mathrm{g}.

d) η=4,506,01=0,749\eta=\dfrac{4{,}50}{6{,}01}=0{,}749, soit 74,974{,}9 pour cent.

e) L'élimination consomme du réactif sans produire l'alcool visé : elle détourne une partie de la matière et fait donc BAISSER le rendement en propan-2-ol, une part des 2525 pour cent manquants s'expliquant ainsi, le reste venant des pertes de manipulation. Le paramètre déterminant est la TEMPÉRATURE : l'élimination est favorisée à chaud, la substitution à froid. On travaille donc à température modérée. Le solvant joue aussi, un solvant polaire protique favorisant la substitution, de même que le caractère peu encombré de la base.

Exercice 7 : Protéger pour mieux transformer

On souhaite transformer le groupe carboxyle d'une molécule portant à la fois un groupe COOH\mathrm{-COOH} et un groupe OH\mathrm{-OH}, sans toucher à ce dernier.

Le réactif employé attaquerait indifféremment les deux groupes.

  • a) Quel problème pose la présence simultanée de deux groupes réactifs ?
  • b) En quoi consiste une stratégie de protection ? Décrivez les trois étapes.
  • c) Quelles qualités doit posséder un bon groupe protecteur ?
  • d) La protection allonge la synthèse de deux étapes. Sachant que chacune a un rendement de 9090 pour cent, calculez le facteur multiplicatif appliqué au rendement global.
  • e) Pourquoi accepte-t-on cette perte de rendement ? Dans quel cas ne l'accepterait-on pas ?
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a) Le réactif ne fait pas la différence entre les deux groupes : il attaquerait les deux, produisant un mélange de plusieurs produits dont celui recherché ne serait qu'une fraction. Le rendement en produit visé s'effondrerait et la purification deviendrait difficile. C'est un problème de SÉLECTIVITÉ.

b) On PROTÈGE d'abord le groupe qui ne doit pas réagir, en le transformant en un dérivé inerte vis-à-vis du réactif. On réalise ensuite la TRANSFORMATION voulue sur l'autre groupe, désormais seul réactif. On DÉPROTÈGE enfin, en régénérant le groupe initial. La molécule finale porte donc le groupe transformé et le groupe protégé restitué intact.

c) Il doit s'installer facilement et avec un bon rendement ; rendre le groupe totalement inerte vis-à-vis du réactif de l'étape principale ; résister aux conditions de cette étape ; et surtout se retirer SÉLECTIVEMENT, dans des conditions douces qui n'affectent ni le groupe nouvellement créé ni le reste de la molécule. Cette dernière qualité est la plus difficile à satisfaire.

d) Deux étapes supplémentaires à 9090 pour cent chacune multiplient le rendement global par 0,90×0,90=0,810{,}90\times 0{,}90=0{,}81. On perd donc 1919 pour cent du rendement global, uniquement à cause de la protection.

e) On l'accepte parce que la comparaison n'est pas avec une synthèse parfaite mais avec la synthèse NON protégée, qui donnerait un mélange dont la séparation coûterait davantage et dont le rendement en produit pur serait bien inférieur à 8181 pour cent. Perdre 1919 pour cent pour gagner la sélectivité est un excellent marché. On ne l'accepterait pas si une voie alternative permettait d'atteindre la sélectivité autrement, par exemple par un réactif intrinsèquement sélectif ou par un contrôle des conditions, ni dans une synthèse industrielle à très grande échelle où deux étapes supplémentaires signifient deux réacteurs, deux purifications et un surcoût de solvants considérable.

Exercice 8 : Le rendement d'une synthèse multi-étapes

Une synthèse comporte trois étapes de rendements respectifs 8585, 7070 et 9090 pour cent.

Le graphique montre comment le rendement global s'effondre avec le nombre d'étapes, pour deux valeurs du rendement par étape.

1234567891020406080100nombre d'étapesrendement global (%)85 % par étape70 % par étape
  • a) Calculez le rendement global de cette synthèse à trois étapes.
  • b) On veut obtenir 10,0 g10{,}0\ \mathrm{g} de produit final, de masse molaire 150 g/mol150\ \mathrm{g/mol}. Calculez la quantité de matière de produit de départ nécessaire.
  • c) Le produit de départ a une masse molaire de 120 g/mol120\ \mathrm{g/mol}. Calculez la masse à engager.
  • d) À l'aide du graphique, lisez le rendement global d'une synthèse de dix étapes à 8585 pour cent par étape, puis à 7070 pour cent. Commentez.
  • e) Une équipe propose de remplacer l'étape à 7070 pour cent par deux étapes à 9090 pour cent. Est-ce un progrès ? Justifiez par le calcul.
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a) Les rendements se MULTIPLIENT : η=0,85×0,70×0,90=0,536\eta=0{,}85\times 0{,}70\times 0{,}90=0{,}536, soit 53,653{,}6 pour cent. Un peu plus de la moitié seulement de la matière engagée arrive au bout, alors qu'aucune étape n'est mauvaise prise isolément.

b) La quantité de produit final vaut nf=10,0150=6,67×102 moln_{f}=\dfrac{10{,}0}{150}=6{,}67\times 10^{-2}\ \mathrm{mol}. Comme seulement 53,653{,}6 pour cent du départ arrive au bout, il faut engager ni=6,67×1020,536=0,124 moln_{i}=\dfrac{6{,}67\times 10^{-2}}{0{,}536}=0{,}124\ \mathrm{mol}.

c) mi=0,124×120=14,9 gm_{i}=0{,}124\times 120=14{,}9\ \mathrm{g}. Il faut donc engager près de 15 g15\ \mathrm{g} pour en récupérer 1010, et encore, seulement si les masses molaires étaient égales le rapport se lirait directement.

d) À dix étapes, le graphique donne environ 2020 pour cent pour 8585 pour cent par étape, et moins de 33 pour cent pour 7070 pour cent par étape. Le contraste est saisissant : un rendement par étape que l'on jugerait excellent en travaux pratiques conduit à ne récupérer qu'un cinquième de la matière au bout de dix étapes, et un rendement correct de 7070 pour cent rend une synthèse longue tout simplement irréalisable. C'est pourquoi le nombre d'étapes est le premier critère de jugement d'une voie de synthèse.

e) Oui, c'est un progrès. Deux étapes à 9090 pour cent donnent 0,90×0,90=0,810{,}90\times 0{,}90=0{,}81, soit 8181 pour cent, contre 7070 pour cent pour l'étape unique remplacée. Le rendement global passerait de 53,653{,}6 à 0,85×0,81×0,90=0,6200{,}85\times 0{,}81\times 0{,}90=0{,}620, soit 62,062{,}0 pour cent. Le gain est net, ce qui est contre-intuitif puisqu'on ajoute une étape : cela montre que ce n'est pas le nombre d'étapes en soi qui compte, mais le PRODUIT des rendements. Il faudrait toutefois vérifier que les deux nouvelles étapes ne coûtent pas plus cher en réactifs et en temps que le gain de matière.

Exercice 9 : Quatre affirmations à corriger

Chacune des quatre affirmations suivantes est fausse. Pour chacune, expliquez l'erreur et appuyez-vous sur un résultat des exercices précédents.

  • a) « Une flèche courbe représente le déplacement d'un atome. »
  • b) « Dans une synthèse à trois étapes de rendements 85, 70 et 90 pour cent, le rendement global est la moyenne, soit environ 82 pour cent. »
  • c) « Un intermédiaire réactionnel apparaît dans l'équation de bilan puisqu'il est bien formé. »
  • d) « Ajouter une étape à une synthèse fait toujours baisser le rendement global. »
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a) Faux. Une flèche courbe représente le déplacement d'un DOUBLET D'ÉLECTRONS, deux électrons, d'un site donneur vers un site accepteur. Les atomes suivent le mouvement des électrons, mais ce n'est pas ce que la flèche décrit. La distinction est essentielle : il existe une autre convention, la flèche à demi-pointe, pour le déplacement d'un électron unique en chimie radicalaire, et confondre les deux fausse tous les bilans de charge.

b) Faux, les rendements se MULTIPLIENT et ne se moyennent pas. L'exercice 8 le calcule : 0,85×0,70×0,90=0,5360{,}85\times 0{,}70\times 0{,}90=0{,}536, soit 53,653{,}6 pour cent et non 8282. La raison est physique : chaque étape ne travaille que sur ce que la précédente lui a laissé. L'écart entre les deux façons de compter est énorme et il s'aggrave avec le nombre d'étapes, comme le montre le graphique où dix étapes à 8585 pour cent ne laissent que 2020 pour cent.

c) Faux. Un intermédiaire est bien réellement formé, mais il est aussi entièrement consommé dans un acte ultérieur. Quand on additionne les actes élémentaires pour obtenir le bilan, il apparaît donc des deux côtés et se SIMPLIFIE. Le carbocation de l'exercice 5 en est l'exemple : il existe, on peut parfois le détecter, mais il ne figure pas dans l'équation. Le même raisonnement vaut pour un catalyseur, consommé puis régénéré.

d) Faux, et l'exercice 8 fournit le contre-exemple exact. Remplacer une étape à 7070 pour cent par DEUX étapes à 9090 pour cent fait passer le rendement global de 53,653{,}6 à 62,062{,}0 pour cent, alors qu'on a ajouté une étape. Ce n'est pas le nombre d'étapes qui compte mais le PRODUIT des rendements : deux bonnes étapes valent mieux qu'une mauvaise. Le nombre d'étapes reste un bon indicateur en pratique, mais seulement parce que les rendements sont rarement excellents.

Exercice 10 : Économie d'atomes et chimie verte

L'économie d'atomes d'une synthèse est le rapport de la masse molaire du produit désiré à la somme des masses molaires de tous les réactifs, exprimé en pourcentage. Elle mesure la proportion de matière engagée qui se retrouve effectivement dans le produit visé.

On compare deux voies vers l'aspirine, de masse molaire 180,2 g/mol180{,}2\ \mathrm{g/mol}, à partir de l'acide salicylique, 138,1 g/mol138{,}1\ \mathrm{g/mol}.

  • a) Voie 1, avec l'anhydride éthanoïque, 102,1 g/mol102{,}1\ \mathrm{g/mol}, qui produit aussi de l'acide éthanoïque, 60,1 g/mol60{,}1\ \mathrm{g/mol}. Vérifiez la conservation de la masse, puis calculez l'économie d'atomes.
  • b) Voie 2, avec l'acide éthanoïque, 60,1 g/mol60{,}1\ \mathrm{g/mol}, qui produit aussi de l'eau, 18,0 g/mol18{,}0\ \mathrm{g/mol}. Calculez l'économie d'atomes.
  • c) Quelle voie est la meilleure de ce point de vue ? De combien de points ?
  • d) La voie 2 est pourtant une estérification, donc une transformation LIMITÉE, alors que la voie 1 est totale. Reformulez la comparaison en tenant compte de cette information.
  • e) Citez deux autres critères de la chimie verte que l'économie d'atomes ne prend pas en compte, et expliquez pourquoi ils peuvent renverser le classement.
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a) Conservation : à gauche 138,1+102,1=240,2 g/mol138{,}1+102{,}1=240{,}2\ \mathrm{g/mol}, à droite 180,2+60,1=240,3 g/mol180{,}2+60{,}1=240{,}3\ \mathrm{g/mol}. L'accord est parfait aux arrondis près. L'économie d'atomes vaut 180,2240,2=0,750\dfrac{180{,}2}{240{,}2}=0{,}750, soit 75,075{,}0 pour cent : un quart de la matière engagée part en acide éthanoïque.

b) 180,2138,1+60,1=180,2198,2=0,909\dfrac{180{,}2}{138{,}1+60{,}1}=\dfrac{180{,}2}{198{,}2}=0{,}909, soit 90,990{,}9 pour cent. Le sous-produit est ici de l'eau, bien plus légère que l'acide éthanoïque.

c) La voie 2 est meilleure de près de 1616 points. C'est cohérent avec le fait que son seul sous-produit soit l'eau, la molécule la plus légère et la plus inoffensive possible : l'économie d'atomes récompense mécaniquement les synthèses dont les sous-produits sont petits.

d) La comparaison s'inverse en pratique. L'économie d'atomes est un rendement THÉORIQUE : elle suppose la transformation totale. Or la voie 2 est une estérification, limitée par son équilibre à environ deux tiers d'avancement, alors que la voie 1 est totale. La matière réellement convertie en aspirine vaut donc environ 0,909×0,67=0,610{,}909\times 0{,}67=0{,}61 pour la voie 2, contre 0,750×1,0=0,7500{,}750\times 1{,}0=0{,}750 pour la voie 1. La voie 1 redevient supérieure. Il faut donc toujours combiner économie d'atomes et rendement réel, la première seule étant trompeuse.

e) La TOXICITÉ et la dangerosité des réactifs et des solvants : une voie économe en atomes mais employant un solvant chloré cancérigène est un mauvais choix. Et le COÛT ÉNERGÉTIQUE : une synthèse exigeant un chauffage prolongé, une haute pression ou une distillation lourde peut peser bien davantage sur le bilan environnemental que quelques pour cent de matière perdue. On peut ajouter la recyclabilité des sous-produits, la nature renouvelable ou fossile des matières premières, et le nombre d'étapes de purification. Chacun de ces critères peut renverser le classement, parce que l'économie d'atomes ne mesure qu'une seule chose, la masse, et ignore tout le reste.

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