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Maths complémentaires, Terminale • Exercices corrigés à Montréal

Exercices corrigés : intégrales et calculs d'aires (maths complémentaires)

Voici une série d'exercices corrigés de mathématiques complémentaires sur les intégrales et les calculs d'aires, au niveau de la classe de Terminale du programme français, tel qu'il est suivi au Lycée Marie de France et au Collège Stanislas à Montréal.

Dans cette option, l'intégrale n'est jamais un exercice de technique pure : elle sert à cumuler une grandeur qui varie, une énergie à partir d'une puissance, une valeur à partir d'un flux, un surplus à partir d'un prix. Les exercices suivent donc toujours le même mouvement, de l'aire vers ce que l'aire mesure.

Rappel de cours

  • Primitives usuelles : xnxn+1n+1x^{n}\mapsto\frac{x^{n+1}}{n+1} pour n1n\neq -1, 1xlnx\frac{1}{x}\mapsto\ln x sur ]0;+[]0;+\infty[, eax1aeax\mathrm{e}^{ax}\mapsto\frac{1}{a}\mathrm{e}^{ax}, et uulnu\frac{u'}{u}\mapsto\ln|u|.
  • Théorème fondamental : si FF est une primitive de ff sur [a;b][a;b], alors abf(x)dx=F(b)F(a)\int_{a}^{b}f(x)\,dx=F(b)-F(a).
  • Relation de Chasles : acf=abf+bcf\int_{a}^{c}f=\int_{a}^{b}f+\int_{b}^{c}f. Linéarité : l'intégrale d'une somme est la somme des intégrales, mais l'intégrale d'un produit n'est PAS le produit des intégrales.
  • Aire entre deux courbes sur [a;b][a;b], lorsque fgf\geq g : ab(f(x)g(x))dx\int_{a}^{b}\left(f(x)-g(x)\right)dx. Il faut donc toujours étudier la position relative avant d'intégrer.
  • Valeur moyenne de ff sur [a;b][a;b] : μ=1baabf(x)dx\mu=\frac{1}{b-a}\int_{a}^{b}f(x)\,dx. Pour une fonction affine elle vaut f(a)+f(b)2\frac{f(a)+f(b)}{2}, mais pour aucune autre en général.
  • Méthode des rectangles avec nn sous-intervalles de longueur h=banh=\frac{b-a}{n} : pour une fonction monotone, les sommes à gauche et à droite encadrent l'intégrale, et leur écart vaut exactement hf(b)f(a)h\left|f(b)-f(a)\right|.
  • Méthode des trapèzes : c'est la moyenne des deux sommes de rectangles, et elle est bien plus précise que chacune d'elles.

Partie A : Les bases (/50)

Exercice 1 : Primitives des fonctions usuelles

Déterminez une primitive de chacune des fonctions suivantes sur l'intervalle indiqué, puis répondez à la dernière question.

  • a) f(x)=3x24x+5f(x)=3x^{2}-4x+5 sur R\mathbb{R}
  • b) g(x)=e0,5xg(x)=\mathrm{e}^{-0{,}5x} sur R\mathbb{R}
  • c) h(x)=1xh(x)=\frac{1}{x} sur ]0;+[]0;+\infty[
  • d) k(x)=2xx2+1k(x)=\frac{2x}{x^{2}+1} sur R\mathbb{R}
  • e) Déterminez la primitive FF de ff qui s'annule en 1.
Voir la correction

a) On primitive terme à terme : F(x)=x32x2+5x+CF(x)=x^{3}-2x^{2}+5x+C. Vérification : F(x)=3x24x+5=f(x)F'(x)=3x^{2}-4x+5=f(x).

b) Une primitive de eax\mathrm{e}^{ax} est 1aeax\frac{1}{a}\mathrm{e}^{ax}. Ici a=0,5a=-0{,}5, donc G(x)=10,5e0,5x=2e0,5x+CG(x)=\frac{1}{-0{,}5}\mathrm{e}^{-0{,}5x}=-2\,\mathrm{e}^{-0{,}5x}+C. Vérification : G(x)=2×(0,5)e0,5x=e0,5xG'(x)=-2\times(-0{,}5)\mathrm{e}^{-0{,}5x}=\mathrm{e}^{-0{,}5x}.

c) H(x)=lnx+CH(x)=\ln x+C sur ]0;+[]0;+\infty[. L'intervalle compte : sur ];0[]-\infty;0[ une primitive serait ln(x)\ln(-x), et la formule commune est lnx\ln|x|.

d) On reconnaît la forme uu\frac{u'}{u} avec u(x)=x2+1u(x)=x^{2}+1 et u(x)=2xu'(x)=2x. Comme uu est strictement positive, K(x)=ln(x2+1)+CK(x)=\ln\left(x^{2}+1\right)+C. Vérification : K(x)=2xx2+1K'(x)=\frac{2x}{x^{2}+1}.

e) On cherche CC tel que F(1)=0F(1)=0, avec F(x)=x32x2+5x+CF(x)=x^{3}-2x^{2}+5x+C. Or F(1)=12+5+C=4+CF(1)=1-2+5+C=4+C, donc C=4C=-4 et F(x)=x32x2+5x4F(x)=x^{3}-2x^{2}+5x-4. Il n'y a qu'une seule primitive vérifiant une condition donnée en un point : c'est ce qui rend la notion utile pour les modèles.

Exercice 2 : Calcul d'intégrales et propriétés

Les questions a), b) et c) sont des calculs directs. Les questions d) et e) portent sur les propriétés de l'intégrale.

  • a) Calculez 02(3x24x+5)dx\int_{0}^{2}\left(3x^{2}-4x+5\right)dx.
  • b) Calculez 04e0,5xdx\int_{0}^{4}\mathrm{e}^{-0{,}5x}\,dx, arrondi au dix-millième.
  • c) Calculez 1e1xdx\int_{1}^{\mathrm{e}}\frac{1}{x}\,dx.
  • d) Une fonction ff continue vérifie 05f=25\int_{0}^{5}f=25 et 02f=10\int_{0}^{2}f=10. Calculez 25f\int_{2}^{5}f, puis 50f\int_{5}^{0}f.
  • e) Un élève affirme que ab(f×g)=(abf)×(abg)\int_{a}^{b}\left(f\times g\right)=\left(\int_{a}^{b}f\right)\times\left(\int_{a}^{b}g\right). Donnez un contre-exemple sur [0;1][0;1].
Voir la correction

a) Une primitive est x32x2+5xx^{3}-2x^{2}+5x, donc l'intégrale vaut (88+10)0=10\left(8-8+10\right)-0=10.

b) Une primitive est 2e0,5x-2\,\mathrm{e}^{-0{,}5x}, donc l'intégrale vaut 2e2(2)=2(1e2)2×0,8646651,7293-2\,\mathrm{e}^{-2}-\left(-2\right)=2\left(1-\mathrm{e}^{-2}\right)\approx 2\times 0{,}864665\approx 1{,}7293.

c) Une primitive est lnx\ln x, donc l'intégrale vaut lneln1=10=1\ln\mathrm{e}-\ln 1=1-0=1. Ce résultat est la définition même du nombre e\mathrm{e} vue du côté des aires, on y revient dans l'exercice 9.

d) Par la relation de Chasles, 05f=02f+25f\int_{0}^{5}f=\int_{0}^{2}f+\int_{2}^{5}f, donc 25f=2510=15\int_{2}^{5}f=25-10=15. Par ailleurs échanger les bornes change le signe : 50f=05f=25\int_{5}^{0}f=-\int_{0}^{5}f=-25.

e) Prenons f(x)=g(x)=xf(x)=g(x)=x sur [0;1][0;1]. D'un côté 01x2dx=[x33]01=130,3333\int_{0}^{1}x^{2}\,dx=\left[\frac{x^{3}}{3}\right]_{0}^{1}=\frac{1}{3}\approx 0{,}3333. De l'autre (01xdx)2=(12)2=14=0,25\left(\int_{0}^{1}x\,dx\right)^{2}=\left(\frac{1}{2}\right)^{2}=\frac{1}{4}=0{,}25. Les deux nombres diffèrent, l'égalité est donc fausse. L'intégrale est linéaire, ce qui concerne les sommes et les multiplications par une constante, mais elle n'est pas multiplicative : rien dans la notion d'aire ne permettrait de l'espérer.

Exercice 3 : Puissance et énergie consommée

La puissance électrique appelée par un atelier, en kilowatts, est modélisée par P(t)=2+3t0,25t2P(t)=2+3t-0{,}25t^{2}, où tt désigne le nombre d'heures écoulées depuis l'ouverture, pour tt compris entre 0 et 12.

L'énergie consommée, en kilowattheures, est l'intégrale de la puissance sur la durée.

  • a) Calculez P(0)P(0) et P(12)P(12), et commentez.
  • b) Déterminez l'instant où la puissance appelée est maximale, et cette puissance maximale.
  • c) Calculez l'énergie totale consommée sur la journée de douze heures.
  • d) Déduisez-en la puissance moyenne appelée.
  • e) À quels instants la puissance appelée est-elle exactement égale à sa moyenne ? Comparez avec ce qui se passerait si PP était affine.
Voir la correction

a) P(0)=2P(0)=2 kilowatts et P(12)=2+3636=2P(12)=2+36-36=2 kilowatts. L'atelier part et revient à la même puissance de veille : le modèle décrit une journée qui monte puis redescend symétriquement.

b) P(t)=30,5tP'(t)=3-0{,}5t, qui s'annule en t=6t=6 et change de signe du positif au négatif. La puissance est donc maximale au bout de six heures, et vaut P(6)=2+189=11P(6)=2+18-9=11 kilowatts.

c) Une primitive de PP est 2t+1,5t2t3122t+1{,}5t^{2}-\frac{t^{3}}{12}. L'énergie vaut donc (24+216144)0=96\left(24+216-144\right)-0=96 kilowattheures.

d) La puissance moyenne est 112012P(t)dt=9612=8\frac{1}{12}\int_{0}^{12}P(t)\,dt=\frac{96}{12}=8 kilowatts. Elle est nettement inférieure au maximum de 11 kilowatts, ce qui est normal : la pointe n'est atteinte qu'un instant.

e) On résout 2+3t0,25t2=82+3t-0{,}25t^{2}=8, soit 0,25t23t+6=00{,}25t^{2}-3t+6=0, ou encore t212t+24=0t^{2}-12t+24=0. Le discriminant vaut 14496=48144-96=48, donc t=12±482=6±23t=\frac{12\pm\sqrt{48}}{2}=6\pm 2\sqrt{3}, c'est-à-dire t2,54t\approx 2{,}54 heure et t9,46t\approx 9{,}46 heure. Il y a donc DEUX instants où la puissance vaut sa moyenne, encadrant symétriquement la pointe. Si PP était affine, la valeur moyenne serait atteinte une seule fois, exactement au milieu de l'intervalle. Le nombre de solutions n'a rien d'automatique : il dépend de la forme de la courbe, et c'est la raison pour laquelle une puissance moyenne ne renseigne jamais sur la pointe, alors que c'est la pointe qui dimensionne l'installation électrique.

Exercice 4 : Aire entre deux courbes et le théorème d'Archimède

On considère les fonctions f(x)=6xx2f(x)=6x-x^{2} et g(x)=xg(x)=x, représentées ci-dessous. La région hachurée est comprise entre la parabole et la droite.

Archimède a démontré, vingt-deux siècles avant l'invention du calcul intégral, que l'aire d'un segment de parabole vaut les quatre tiers de l'aire du triangle inscrit ayant la même corde pour base et pour troisième sommet le point de la parabole où la tangente est parallèle à cette corde. La dernière question vérifie ce résultat.

-11234567-112345678910y = 6x - x²y = x
  • a) Déterminez les abscisses des points d'intersection des deux courbes.
  • b) Étudiez la position relative de ff et de gg sur l'intervalle délimité par ces deux abscisses.
  • c) Calculez l'aire de la région hachurée, en unités d'aire.
  • d) Déterminez le point de la parabole où la tangente est parallèle à la corde joignant les deux points d'intersection.
  • e) Calculez l'aire du triangle formé par les deux points d'intersection et le point trouvé au d), puis vérifiez le résultat d'Archimède.
Voir la correction

a) On résout 6xx2=x6x-x^{2}=x, soit 5xx2=05x-x^{2}=0, c'est-à-dire x(5x)=0x(5-x)=0. Les abscisses sont x=0x=0 et x=5x=5, correspondant aux points (0 ; 0)(0\ ;\ 0) et (5 ; 5)(5\ ;\ 5).

b) Sur [0;5][0;5], f(x)g(x)=5xx2=x(5x)f(x)-g(x)=5x-x^{2}=x(5-x). Les deux facteurs sont positifs sur cet intervalle, donc la différence est positive : la parabole est au-dessus de la droite, et elle la rejoint exactement aux deux extrémités.

c) L'aire vaut 05(5xx2)dx=[5x22x33]05=12521253=3752506=125620,83\int_{0}^{5}\left(5x-x^{2}\right)dx=\left[\frac{5x^{2}}{2}-\frac{x^{3}}{3}\right]_{0}^{5}=\frac{125}{2}-\frac{125}{3}=\frac{375-250}{6}=\frac{125}{6}\approx 20{,}83 unité d'aire.

d) La corde joint (0 ; 0)(0\ ;\ 0) à (5 ; 5)(5\ ;\ 5), son coefficient directeur vaut 1. On cherche donc xx tel que f(x)=1f'(x)=1, avec f(x)=62xf'(x)=6-2x : cela donne 62x=16-2x=1, soit x=2,5x=2{,}5. Le point cherché est (2,5 ; 8,75)\left(2{,}5\ ;\ 8{,}75\right), puisque f(2,5)=156,25=8,75f(2{,}5)=15-6{,}25=8{,}75. C'est aussi le point où l'écart vertical entre la parabole et la droite est maximal, et il vaut 8,752,5=6,258{,}75-2{,}5=6{,}25.

e) Le triangle a pour sommets (0 ; 0)(0\ ;\ 0), (5 ; 5)(5\ ;\ 5) et (2,5 ; 8,75)(2{,}5\ ;\ 8{,}75). En prenant la corde comme base, sa longueur vaut 525\sqrt{2} et la hauteur est la distance du troisième sommet à la droite y=xy=x, soit 8,752,52=6,252\frac{\left|8{,}75-2{,}5\right|}{\sqrt{2}}=\frac{6{,}25}{\sqrt{2}}. L'aire vaut donc 12×52×6,252=31,252=15,625\frac{1}{2}\times 5\sqrt{2}\times\frac{6{,}25}{\sqrt{2}}=\frac{31{,}25}{2}=15{,}625. Enfin 43×15,625=62,5320,83\frac{4}{3}\times 15{,}625=\frac{62{,}5}{3}\approx 20{,}83, ce qui est exactement l'aire calculée au c). Le théorème d'Archimède est vérifié. Il mérite d'être médité : ce calcul, obtenu ici en trois lignes de primitives, a coûté à Archimède une démonstration par exhaustion d'une dizaine de pages, et il est resté pendant dix-huit siècles le seul calcul d'aire courbe connu.

Exercice 5 : Encadrement par rectangles et méthode des trapèzes

On cherche à approcher I=121xdxI=\int_{1}^{2}\frac{1}{x}\,dx sans utiliser de primitive. On découpe [1;2][1;2] en quatre sous-intervalles de longueur 0,250{,}25.

On rappelle que la valeur exacte est ln20,693147\ln 2\approx 0{,}693147, ce qui permettra de mesurer la qualité de chaque méthode. Les résultats seront arrondis au millionième.

  • a) Calculez la somme des aires des rectangles construits sur les extrémités gauches des sous-intervalles.
  • b) Calculez la somme des aires des rectangles construits sur les extrémités droites.
  • c) Justifiez que ces deux sommes encadrent II, et vérifiez numériquement l'encadrement.
  • d) Calculez l'approximation par la méthode des trapèzes, puis comparez les trois erreurs commises.
  • e) Montrez que pour une fonction monotone sur [a;b][a;b] découpé en nn parts, l'écart entre les deux sommes de rectangles vaut exactement banf(b)f(a)\frac{b-a}{n}\left|f(b)-f(a)\right|. Combien de sous-intervalles faudrait-il ici pour garantir un encadrement d'amplitude inférieure à 0,0010{,}001 ?
Voir la correction

a) Les extrémités gauches sont 1 ; 1,251{,}25 ; 1,51{,}5 ; 1,751{,}75, où ff vaut respectivement 1 ; 0,80{,}8 ; 0,6666670{,}666667 ; 0,5714290{,}571429. La somme de ces valeurs est 3,0380953{,}038095, et en multipliant par la largeur 0,250{,}25 on obtient Sg0,759524S_{g}\approx 0{,}759524.

b) Les extrémités droites sont 1,251{,}25 ; 1,51{,}5 ; 1,751{,}75 ; 2, où ff vaut 0,80{,}8 ; 0,6666670{,}666667 ; 0,5714290{,}571429 ; 0,50{,}5. La somme vaut 2,5380952{,}538095, d'où Sd0,634524S_{d}\approx 0{,}634524.

c) La fonction inverse est strictement décroissante sur [1;2][1;2]. Sur chaque sous-intervalle, sa valeur en l'extrémité gauche majore donc toutes les autres, et sa valeur en l'extrémité droite les minore : le rectangle de gauche contient la portion d'aire et celui de droite y est contenu. En sommant, SdISgS_{d}\leq I\leq S_{g}, soit 0,6345240,6931470,7595240{,}634524\leq 0{,}693147\leq 0{,}759524, ce qui est bien vérifié.

d) La méthode des trapèzes donne la moyenne des deux sommes : T=0,759524+0,63452420,697024T=\frac{0{,}759524+0{,}634524}{2}\approx 0{,}697024. Les erreurs valent respectivement 0,0663770{,}066377 pour les rectangles à gauche, 0,0586230{,}058623 pour ceux à droite et seulement 0,0038770{,}003877 pour les trapèzes, soit environ dix-sept fois moins. Les deux erreurs de rectangles sont de signes opposés, et c'est précisément pour cela que leur moyenne les compense presque entièrement.

e) Notons h=banh=\frac{b-a}{n}. Les deux sommes portent sur les mêmes valeurs de ff, sauf aux deux bouts : SgS_{g} utilise f(a)f(a) mais pas f(b)f(b), et SdS_{d} l'inverse. Tous les autres termes se télescopent, donc SgSd=h(f(a)f(b))S_{g}-S_{d}=h\left(f(a)-f(b)\right), dont la valeur absolue est banf(b)f(a)\frac{b-a}{n}\left|f(b)-f(a)\right|. Ici 1n×0,51=0,5n\frac{1}{n}\times\left|0{,}5-1\right|=\frac{0{,}5}{n}, et on vérifie avec n=4n=4 : 0,54=0,125=0,7595240,634524\frac{0{,}5}{4}=0{,}125=0{,}759524-0{,}634524. Pour obtenir une amplitude inférieure à 0,0010{,}001 il faut 0,5n<0,001\frac{0{,}5}{n}<0{,}001, soit n>500n>500 : il en faudrait 501. C'est la faiblesse de la méthode des rectangles, dont la précision ne s'améliore que proportionnellement à nn, alors que celle des trapèzes s'améliore comme n2n^{2}.

Partie B : Niveau examen (/50)

Exercice 6 : Lecture graphique d'une quantité cumulée

Le débit d'entrée d'eau dans un bassin, en mètres cubes par heure, est représenté ci-dessous en fonction du temps tt exprimé en heures, sur une durée de huit heures. Le graphe est formé de trois segments : une montée linéaire de 0 à 4 entre t=0t=0 et t=2t=2, un palier à 4 entre t=2t=2 et t=5t=5, puis une descente linéaire jusqu'à 0 entre t=5t=5 et t=8t=8.

On note V(t)V(t) le volume d'eau, en mètres cubes, entré dans le bassin depuis l'instant initial. Toutes les questions se traitent par des aires géométriques, sans aucune primitive.

12345678912345t (heures)débit (m³/h)
  • a) Calculez V(2)V(2), V(5)V(5) et V(8)V(8) en découpant l'aire en figures élémentaires.
  • b) Le bassin a une capacité de 20 mètres cubes. Déborde-t-il ? Si oui, à quel instant ?
  • c) À quel instant la moitié du volume total est-elle entrée ?
  • d) Calculez le débit moyen sur les huit heures, et comparez-le au débit maximal.
  • e) Étudiez la convexité de la fonction VV sur [0;8][0;8] et localisez son point d'inflexion. Justifiez sans calculer VV explicitement.
Voir la correction

a) Entre 0 et 2 la région est un triangle de base 2 et de hauteur 4, donc V(2)=2×42=4V(2)=\frac{2\times 4}{2}=4 mètres cubes. Entre 2 et 5 c'est un rectangle de base 3 et de hauteur 4, d'aire 12, donc V(5)=4+12=16V(5)=4+12=16 mètres cubes. Entre 5 et 8 c'est un triangle de base 3 et de hauteur 4, d'aire 6, donc V(8)=16+6=22V(8)=16+6=22 mètres cubes.

b) Oui, puisque le volume final de 22 mètres cubes dépasse la capacité de 20. Le débordement a lieu pendant la phase de descente, car V(5)=16V(5)=16 et V(8)=22V(8)=22. Il faut donc trouver tt dans [5;8][5;8] tel que l'aire ajoutée depuis t=5t=5 vaille 4. Sur cette phase le débit vaut 4(8t)3\frac{4(8-t)}{3}, et l'aire restante à droite de tt est un triangle d'aire (8t)2×4(8t)3=2(8t)23\frac{(8-t)}{2}\times\frac{4(8-t)}{3}=\frac{2(8-t)^{2}}{3}. L'aire ajoutée entre 5 et tt vaut donc 62(8t)23=46-\frac{2(8-t)^{2}}{3}=4, soit (8t)2=3(8-t)^{2}=3 et t=836,27t=8-\sqrt{3}\approx 6{,}27 heure. Le bassin déborde environ six heures et seize minutes après l'ouverture.

c) La moitié du volume total vaut 11 mètres cubes. Comme V(2)=4V(2)=4 et V(5)=16V(5)=16, l'instant cherché est dans la phase de palier, où le débit est constant à 4 mètres cubes par heure. Il faut y accumuler 114=711-4=7 mètres cubes, ce qui demande 74=1,75\frac{7}{4}=1{,}75 heure. L'instant cherché est donc t=2+1,75=3,75t=2+1{,}75=3{,}75 heure.

d) Le débit moyen vaut 228=2,75\frac{22}{8}=2{,}75 mètres cubes par heure, contre un débit maximal de 4. Le rapport des deux est le même que celui de l'aire réelle à celle du rectangle plein de hauteur 4, ce qui se lit directement sur le graphique : la région occupe un peu moins de sept dixièmes du rectangle.

e) La fonction VV est une primitive du débit, donc VV' est le débit lui-même et VV'' est sa dérivée, c'est-à-dire la pente du graphique. Sur [0;2][0;2] le débit croît, donc V>0V''>0 et VV est convexe. Sur [2;5][2;5] le débit est constant, donc V=0V''=0 et VV est affine, de pente 4. Sur [5;8][5;8] le débit décroît, donc V<0V''<0 et VV est concave. Le changement de convexité s'opère en t=5t=5, qui est donc le point d'inflexion. En t=2t=2 la courbe passe de convexe à affine sans changer de sens de courbure au sens strict, ce n'est pas un point d'inflexion. Ce raisonnement illustre le point clé du chapitre : les variations de VV se lisent sur le SIGNE du graphique, et sa convexité sur sa PENTE.

Exercice 7 : Surplus du consommateur et prix plafond

Sur un marché, le prix que les acheteurs sont prêts à payer pour la qq-ième unité est donné par la fonction de demande D(q)=500,5qD(q)=50-0{,}5q, et le prix minimal auquel les producteurs acceptent de la vendre par la fonction d'offre S(q)=10+0,3qS(q)=10+0{,}3q, les prix étant en dollars.

Le surplus du consommateur est l'aire comprise entre la courbe de demande et le prix effectivement payé ; le surplus du producteur est l'aire comprise entre ce prix et la courbe d'offre.

  • a) Déterminez la quantité et le prix d'équilibre du marché.
  • b) Calculez le surplus du consommateur à l'équilibre, et interprétez-le concrètement.
  • c) Calculez le surplus du producteur, puis le surplus total.
  • d) Retrouvez ces trois résultats par un calcul purement géométrique.
  • e) Les pouvoirs publics imposent un prix plafond de 20 dollars. Calculez la quantité échangée, les deux surplus, et la perte sèche pour la collectivité.
Voir la correction

a) L'équilibre vérifie D(q)=S(q)D(q)=S(q), soit 500,5q=10+0,3q50-0{,}5q=10+0{,}3q, donc 40=0,8q40=0{,}8q et q=50q^{*}=50 unités. Le prix d'équilibre vaut p=D(50)=5025=25p^{*}=D(50)=50-25=25 dollars.

b) Le surplus du consommateur vaut 050(D(q)p)dq=050(250,5q)dq=[25q0,25q2]050=1250625=625\int_{0}^{50}\left(D(q)-p^{*}\right)dq=\int_{0}^{50}\left(25-0{,}5q\right)dq=\left[25q-0{,}25q^{2}\right]_{0}^{50}=1250-625=625 dollars. Concrètement : les premiers acheteurs auraient accepté de payer jusqu'à 50 dollars et n'en paient que 25 ; en cumulant ces économies sur les cinquante unités, les acheteurs gagnent au total 625 dollars par rapport à ce qu'ils étaient prêts à débourser.

c) Le surplus du producteur vaut 050(pS(q))dq=050(150,3q)dq=[15q0,15q2]050=750375=375\int_{0}^{50}\left(p^{*}-S(q)\right)dq=\int_{0}^{50}\left(15-0{,}3q\right)dq=\left[15q-0{,}15q^{2}\right]_{0}^{50}=750-375=375 dollars. Le surplus total est donc 625+375=1000625+375=1000 dollars.

d) Les deux fonctions étant affines, les régions sont des triangles. Pour le consommateur : base 50, hauteur D(0)p=5025=25D(0)-p^{*}=50-25=25, donc aire 50×252=625\frac{50\times 25}{2}=625. Pour le producteur : base 50, hauteur pS(0)=2510=15p^{*}-S(0)=25-10=15, donc aire 50×152=375\frac{50\times 15}{2}=375. Le surplus total est le triangle de hauteur 5010=4050-10=40, d'aire 50×402=1000\frac{50\times 40}{2}=1000. Les trois résultats coïncident, ce qui est le meilleur contrôle possible du calcul intégral.

e) À 20 dollars, les producteurs n'offrent que la quantité vérifiant 10+0,3q=2010+0{,}3q=20, soit q=100333,33q=\frac{100}{3}\approx 33{,}33 unités : c'est elle qui limite les échanges, puisque la demande à ce prix serait de 60 unités. Le surplus du consommateur devient 0100/3(500,5q20)dq=[30q0,25q2]0100/3=100025009722,22\int_{0}^{100/3}\left(50-0{,}5q-20\right)dq=\left[30q-0{,}25q^{2}\right]_{0}^{100/3}=1000-\frac{2500}{9}\approx 722{,}22 dollars, et celui du producteur 0100/3(20100,3q)dq=[10q0,15q2]0100/3=100035003166,67\int_{0}^{100/3}\left(20-10-0{,}3q\right)dq=\left[10q-0{,}15q^{2}\right]_{0}^{100/3}=\frac{1000}{3}-\frac{500}{3}\approx 166{,}67 dollars. Le surplus total tombe à 888,89888{,}89 dollars, soit une perte sèche de 1000888,89111,111000-888{,}89\approx 111{,}11 dollars. On la retrouve géométriquement comme le triangle de base 501003=50350-\frac{100}{3}=\frac{50}{3} et de hauteur D(1003)S(1003)=100320=403D\left(\frac{100}{3}\right)-S\left(\frac{100}{3}\right)=\frac{100}{3}-20=\frac{40}{3}, d'aire 12×503×403=10009111,11\frac{1}{2}\times\frac{50}{3}\times\frac{40}{3}=\frac{1000}{9}\approx 111{,}11. La leçon est que le prix plafond enrichit bien les consommateurs, de 625 à 722 dollars, mais qu'il retire davantage aux producteurs, et surtout que les échanges non réalisés font disparaître une valeur que personne ne récupère.

Exercice 8 : Valeur actualisée d'un flux financier

Un investissement produit un flux de revenu continu de 8000 dollars par an pendant vingt ans. Avec un taux d'actualisation continu de 5 % par an, un dollar reçu à l'instant tt ne vaut aujourd'hui que e0,05t\mathrm{e}^{-0{,}05t} dollar.

La valeur actualisée du flux sur [0;T][0;T] est donc V(T)=0T8000e0,05tdtV(T)=\int_{0}^{T}8000\,\mathrm{e}^{-0{,}05t}\,dt.

  • a) Montrez que V(T)=160000(1e0,05T)V(T)=160\,000\left(1-\mathrm{e}^{-0{,}05T}\right).
  • b) Calculez la valeur actualisée du flux sur vingt ans, arrondie au dollar, et comparez-la au total non actualisé.
  • c) Au bout de combien d'années la moitié de cette valeur actualisée est-elle acquise ? Commentez.
  • d) Si le flux durait indéfiniment, la valeur actualisée serait-elle infinie ? Justifiez en étudiant la limite de V(T)V(T).
  • e) Déduisez du d) la règle financière donnant la valeur d'une rente perpétuelle, et vérifiez-la sur cet exemple.
Voir la correction

a) Une primitive de 8000e0,05t8000\,\mathrm{e}^{-0{,}05t} est 80000,05e0,05t=160000e0,05t\frac{8000}{-0{,}05}\mathrm{e}^{-0{,}05t}=-160\,000\,\mathrm{e}^{-0{,}05t}. Donc V(T)=160000e0,05T+160000=160000(1e0,05T)V(T)=-160\,000\,\mathrm{e}^{-0{,}05T}+160\,000=160\,000\left(1-\mathrm{e}^{-0{,}05T}\right).

b) V(20)=160000(1e1)160000×0,632121101139V(20)=160\,000\left(1-\mathrm{e}^{-1}\right)\approx 160\,000\times 0{,}632121\approx 101\,139 dollars. Le total non actualisé vaut 8000×20=1600008000\times 20=160\,000 dollars : l'actualisation en retire près de 58 861 dollars, soit 37 % du total. Ignorer l'actualisation sur un horizon de vingt ans conduit donc à surévaluer un projet de plus d'un tiers.

c) La moitié vaut environ 5057050\,570 dollars. On résout 160000(1e0,05T)=50570160\,000\left(1-\mathrm{e}^{-0{,}05T}\right)=50\,570, soit e0,05T0,68394\mathrm{e}^{-0{,}05T}\approx 0{,}68394, donc T=ln0,683940,057,6T=\frac{-\ln 0{,}68394}{0{,}05}\approx 7{,}6 ans. La moitié de la valeur est acquise en moins de huit ans sur vingt : les premières années pèsent bien davantage que les dernières, puisque leurs dollars sont moins escomptés. C'est la raison pour laquelle un projet qui rapporte tôt est préféré à un projet qui rapporte autant mais tard.

d) Non. Quand TT tend vers ++\infty, e0,05T\mathrm{e}^{-0{,}05T} tend vers 0, donc V(T)V(T) tend vers 160000160\,000 dollars. Un flux infini a une valeur finie, parce que les termes lointains sont escomptés à une vitesse exponentielle, plus rapide que l'accumulation linéaire des années.

e) La limite vaut 80000,05=160000\frac{8000}{0{,}05}=160\,000 : la valeur d'une rente perpétuelle est le flux annuel divisé par le taux. Sur cet exemple, le flux perpétuel vaut exactement autant que vingt ans de flux non actualisé, ce qui donne une lecture intuitive du taux de 5 % : 10,05=20\frac{1}{0{,}05}=20 années de revenu. C'est la formule utilisée pour valoriser une obligation perpétuelle ou un immeuble de rapport, et elle explique pourquoi une baisse des taux fait mécaniquement bondir la valeur de ces actifs : à 2 %, le même flux vaudrait 80000,02=400000\frac{8000}{0{,}02}=400\,000 dollars, soit deux fois et demie plus.

Exercice 9 : L'aire sous l'hyperbole et la naissance du logarithme

Pour tout réel xx strictement positif, on note A(x)=1x1tdtA(x)=\int_{1}^{x}\frac{1}{t}\,dt. Pour x>1x>1, c'est l'aire comprise entre l'hyperbole, l'axe des abscisses et les droites verticales d'abscisses 1 et xx.

En 1647, Grégoire de Saint-Vincent a remarqué que cette aire possédait une propriété stupéfiante, laquelle a révélé après coup ce qu'était vraiment le logarithme inventé par Napier trente ans plus tôt. Les valeurs seront arrondies au millionième.

1234567890.250.50.7511.251.5y = 1/x
  • a) Calculez A(2)A(2), A(4)A(4) et A(8)A(8).
  • b) Vérifiez que A(4)=2A(2)A(4)=2A(2) et A(8)=3A(2)A(8)=3A(2). Que vaut A(2n)A\left(2^{n}\right) ?
  • c) Sur la figure, les trois régions comprises entre 1 et 2, entre 2 et 4, puis entre 4 et 8 ont donc la même aire, alors que leurs largeurs sont 1, 2 et 4. Expliquez ce paradoxe apparent.
  • d) Admettons plus généralement que A(ab)=A(a)+A(b)A(ab)=A(a)+A(b) pour tous réels strictement positifs aa et bb. Que vaut A(e)A(\mathrm{e}) ? Quelle définition du nombre e\mathrm{e} cela fournit-il ?
  • e) En quoi cette propriété d'aire explique-t-elle que la fonction ainsi définie soit exactement l'outil dont les calculateurs du 17e siècle avaient besoin ? Et pourquoi l'hyperbole plutôt qu'une autre courbe ?
Voir la correction

a) Une primitive de 1t\frac{1}{t} sur ]0;+[]0;+\infty[ est lnt\ln t, donc A(x)=lnxln1=lnxA(x)=\ln x-\ln 1=\ln x. Ainsi A(2)=ln20,693147A(2)=\ln 2\approx 0{,}693147, A(4)=ln41,386294A(4)=\ln 4\approx 1{,}386294 et A(8)=ln82,079442A(8)=\ln 8\approx 2{,}079442.

b) On a bien 1,386294=2×0,6931471{,}386294=2\times 0{,}693147 et 2,079442=3×0,6931472{,}079442=3\times 0{,}693147. Cela tient à ce que 4=224=2^{2} et 8=238=2^{3}, donc A(2n)=ln2n=nln2=nA(2)A\left(2^{n}\right)=\ln 2^{n}=n\ln 2=n\,A(2). L'aire croît comme l'EXPOSANT, pas comme la borne.

c) Il n'y a pas de paradoxe, mais une compensation exacte. Quand on passe de la région [1;2][1;2] à la région [2;4][2;4], la largeur double, mais la hauteur de la courbe est divisée par 2 puisque 12t=12×1t\frac{1}{2t}=\frac{1}{2}\times\frac{1}{t}. Le produit largeur par hauteur, donc l'aire, est inchangé. Plus précisément, la transformation qui multiplie les abscisses par 2 et divise les ordonnées par 2 conserve les aires et envoie exactement la portion d'hyperbole au-dessus de [1;2][1;2] sur celle au-dessus de [2;4][2;4]. C'est cette invariance d'échelle, propre à l'hyperbole, qui produit toute la propriété.

d) En prenant b=1ab=\frac{1}{a} dans la relation, A(1)=A(a)+A(1a)A(1)=A(a)+A\left(\frac{1}{a}\right), et A(1)=0A(1)=0 puisque les bornes sont confondues. La relation est donc bien celle d'un logarithme. Comme A(x)=lnxA(x)=\ln x, on a A(e)=1A(\mathrm{e})=1. Cela fournit une définition du nombre e\mathrm{e} qui ne suppose rien d'autre que la notion d'aire : e\mathrm{e} est l'unique abscisse pour laquelle l'aire sous l'hyperbole, comptée depuis 1, vaut exactement 1.

e) Les calculateurs cherchaient une fonction transformant les produits en sommes, pour remplacer des multiplications pénibles par des additions. Or la relation A(ab)=A(a)+A(b)A(ab)=A(a)+A(b) est précisément cela, et elle sort ici d'un pur argument d'aire, sans aucune table ni aucun calcul. C'est la rencontre inattendue entre un problème de géométrie, la quadrature de l'hyperbole, que les Grecs avaient laissé ouvert, et un problème de calcul pratique posé par l'astronomie et la navigation. Quant au choix de la courbe : la relation vient de ce que la dilatation horizontale d'un facteur aa et la contraction verticale du même facteur laissent la courbe globalement invariante. Seule la fonction t1tt\mapsto\frac{1}{t} a cette propriété, car elle est la seule à vérifier f(at)=1af(t)f(at)=\frac{1}{a}f(t) pour tout aa. Aucune autre puissance de tt ne convient, et c'est bien pourquoi 1t\frac{1}{t} est aussi la seule fonction puissance dont la primitive ne soit pas une puissance.

Exercice 10 : Lecture critique des intégrales

Chacune des cinq affirmations suivantes est fausse. Expliquez précisément pourquoi, en appuyant chaque réponse sur un contre-exemple chiffré.

  • a) « abf(x)dx\int_{a}^{b}f(x)\,dx est toujours l'aire de la région comprise entre la courbe et l'axe des abscisses. »
  • b) « Si 01f(x)dx=0\int_{0}^{1}f(x)\,dx=0, alors ff est la fonction nulle sur [0;1][0;1]. »
  • c) « La valeur moyenne de ff sur [a;b][a;b] est la moyenne de f(a)f(a) et de f(b)f(b). »
  • d) « Si l'on double la longueur de l'intervalle d'intégration, l'intégrale double. »
  • e) « Une primitive d'un produit est le produit des primitives. »
Voir la correction

a) Faux dès que ff change de signe : l'intégrale compte négativement les portions situées sous l'axe. Prenons f(x)=xf(x)=x sur [1;1][-1;1] : l'intégrale vaut [x22]11=1212=0\left[\frac{x^{2}}{2}\right]_{-1}^{1}=\frac{1}{2}-\frac{1}{2}=0, alors que l'aire géométrique des deux triangles vaut 12+12=1\frac{1}{2}+\frac{1}{2}=1. L'énoncé n'est correct que pour une fonction positive ; sinon il faut intégrer f|f| ou découper aux zéros.

b) Faux, la compensation suffit. Prenons f(x)=x12f(x)=x-\frac{1}{2} sur [0;1][0;1] : l'intégrale vaut [x22x2]01=1212=0\left[\frac{x^{2}}{2}-\frac{x}{2}\right]_{0}^{1}=\frac{1}{2}-\frac{1}{2}=0, et pourtant ff ne s'annule qu'en un seul point. Ce qui est vrai, c'est qu'une fonction CONTINUE et POSITIVE d'intégrale nulle est nécessairement nulle : il faut les deux hypothèses supplémentaires.

c) Vrai seulement si ff est affine, faux en général. Prenons f(x)=x2f(x)=x^{2} sur [0;2][0;2] : la valeur moyenne vaut 1202x2dx=12×83=431,33\frac{1}{2}\int_{0}^{2}x^{2}\,dx=\frac{1}{2}\times\frac{8}{3}=\frac{4}{3}\approx 1{,}33, alors que f(0)+f(2)2=0+42=2\frac{f(0)+f(2)}{2}=\frac{0+4}{2}=2. La recette des deux extrémités ne voit que les bornes et ignore tout ce qui se passe entre elles ; elle ne peut donc marcher que si le comportement intermédiaire est entièrement déterminé par les bornes, c'est-à-dire dans le cas affine.

d) Faux sauf si ff est constante. Prenons f(x)=x2f(x)=x^{2} : 01x2dx=13\int_{0}^{1}x^{2}\,dx=\frac{1}{3} tandis que 02x2dx=83\int_{0}^{2}x^{2}\,dx=\frac{8}{3}, soit huit fois plus et non deux. Doubler l'intervalle ajoute une région dont la hauteur est elle aussi plus grande, et les deux effets se multiplient. Le raisonnement ne serait valable que pour un rectangle.

e) Faux. Prenons f(x)=g(x)=xf(x)=g(x)=x sur R\mathbb{R}. Une primitive de leur produit x2x^{2} est x33\frac{x^{3}}{3}, tandis que le produit des primitives vaut x22×x22=x44\frac{x^{2}}{2}\times\frac{x^{2}}{2}=\frac{x^{4}}{4}. Les deux fonctions n'ont même pas le même degré. La dérivation d'un produit fait apparaître deux termes, (uv)=uv+uv\left(uv\right)'=u'v+uv', et c'est cette structure qui interdit toute formule simple en sens inverse : elle donne l'intégration par parties, qui n'est pas au programme de cette option mais dont la nécessité se voit ici clairement.

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