Calcul intégral 201-NYB • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal
Exercices corrigés : les courbes paramétrées (201-NYB)
Une courbe paramétrée n'est pas le graphe d'une fonction : elle a une orientation, elle peut se recouper, elle peut s'arrêter net sur un point de rebroussement, et elle peut passer deux fois au même endroit. C'est exactement ce qui la rend piégeuse en examen, et c'est ce qui est travaillé ici.
Le premier exercice installe la faute la plus fréquente du chapitre : éliminer le paramètre donne une équation cartésienne qui contient la courbe, mais souvent plus que la courbe. L'exercice 3 installe la seconde : la dérivée seconde n'est PAS le quotient des dérivées secondes. Les exercices 6 à 10 reprennent aire, longueur et surface de révolution, cette fois avec un paramètre, et l'exercice 9 montre pourquoi une même courbe parcourue deux fois donne la bonne longueur mais une aire doublée.
Rappel de cours
•Pente : dxdy=dx/dtdy/dt tant que dtdx=0. Tangente horizontale si y′(t)=0 et x′(t)=0 ; verticale si x′(t)=0 et y′(t)=0 ; si les deux s'annulent, il faut étudier la limite de la pente (point singulier, souvent un rebroussement).
•Dérivée seconde : dx2d2y=dx/dtdtd(dxdy). Ce n'est jamais x′′(t)y′′(t).
•Aire : A=∫ydx=∫t0t1y(t)x′(t)dt. Pour une courbe fermée simple parcourue une fois dans le sens antihoraire, A=21∮(xdy−ydx)=21∫t0t1(xy′−yx′)dt.
•Longueur d'arc : L=∫t0t1(x′(t))2+(y′(t))2dt. La quantité ds=x′2+y′2dt est l'élément de longueur.
•Surface de révolution : autour de Ox, S=2π∫∣y∣ds ; autour de Oy, S=2π∫∣x∣ds.
•Cycloïde : x=a(t−sint), y=a(1−cost). Une arche a pour longueur 8a et délimite une aire 3πa2.
•Astroïde : x=acos3t, y=asin3t, soit x2/3+y2/3=a2/3. Longueur totale 6a, aire 83πa2.
Partie A : Paramétrage, tangentes et allure de la courbe (/50)
Exercice 1 : Du paramétrage à l'équation cartésienne, et ce qu'on perd en chemin
Éliminer le paramètre transforme un système de deux équations en une seule équation en x et y. L'opération est légitime, mais elle oublie systématiquement trois choses : l'orientation du parcours, le domaine effectivement atteint, et le nombre de passages.
a) Éliminez t dans x=2t−1, y=t2+3. Quelle courbe obtient-on, et est-elle parcourue en entier ?
b) Éliminez t dans x=3cost, y=2sint avec t∈[0,2π]. Précisez le sens de parcours et le point de départ.
c) Éliminez t dans x=sect, y=tant avec t∈]−2π,2π[. L'équation cartésienne décrit-elle exactement la courbe ?
d) Éliminez t dans x=t2, y=t4. Comparez avec la parabole y=x2 : que manque-t-il ?
e) Énoncez les trois informations que l'élimination du paramètre détruit, et donnez pour chacune un des exemples ci-dessus.
Voir la correction
a) De x=2t−1 on tire t=2x+1, d'où y=(2x+1)2+3=4(x+1)2+3. C'est une parabole de sommet (−1,3). Comme t parcourt R, x=2t−1 parcourt aussi R : la parabole est décrite en entier, de gauche à droite. C'est le seul cas de l'exercice où rien n'est perdu, sauf l'orientation.
b) cost=3x et sint=2y, donc 9x2+4y2=1 : une ellipse de demi-axes 3 et 2. Le point de départ est t=0, c'est-à-dire (3,0). En t=2π on est en (0,2) : le parcours est ANTIHORAIRE, et l'ellipse est décrite exactement une fois.
c) sec2t−tan2t=1 donne x2−y2=1, une hyperbole à deux branches. Mais sur ]−2π,2π[ on a cost>0, donc x=sect≥1 : seule la branche DROITE est parcourue. L'équation cartésienne décrit deux fois trop de courbe. C'est l'erreur classique : x2−y2=1 n'est pas la courbe, c'est une courbe qui la contient.
d) y=t4=(t2)2=x2. Mais x=t2≥0 : la courbe est la DEMI-parabole y=x2 avec x≥0, et de plus chaque point avec x>0 est atteint DEUX fois, pour t et pour −t. On perd ici à la fois le domaine et l'injectivité.
e) L'élimination détruit : (1) l'ORIENTATION, le sens et le point de départ du parcours, illustré en b ; (2) le DOMAINE, l'ensemble des points réellement atteints, illustré en c et d ; (3) le NOMBRE DE PASSAGES, illustré en d où chaque point est atteint deux fois. En pratique : après avoir éliminé t, revenez toujours au paramétrage pour déterminer l'intervalle de variation de x et de y.
Exercice 2 : La pente, les tangentes horizontales et les tangentes verticales
Soit la courbe C définie par x=t2 et y=t3−3t, t∈R. C'est l'archétype du chapitre : elle a une tangente verticale, deux tangentes horizontales, et elle se recoupe.
a) Calculez x′(t), y′(t) et dxdy en fonction de t. Pour quelle valeur de t le quotient n'a-t-il pas de sens ?
b) Déterminez les points où la tangente est horizontale.
c) Déterminez le point où la tangente est verticale, et justifiez qu'il s'agit bien d'une tangente verticale et non d'un point singulier.
d) Écrivez l'équation de la tangente au point de paramètre t=2.
e) La courbe admet-elle un point où x′(t) et y′(t) s'annulent simultanément ? Que peut-on en conclure sur l'allure ?
Voir la correction
a) x′(t)=2t et y′(t)=3t2−3, donc dxdy=2t3t2−3 pour t=0. Le quotient n'a pas de sens en t=0, précisément là où la tangente sera verticale.
b) Tangente horizontale : y′(t)=0 et x′(t)=0. 3t2−3=0 donne t=±1, et x′(±1)=±2=0. Pour t=1 : x=1, y=1−3=−2, point (1,−2). Pour t=−1 : x=1, y=−1+3=2, point (1,2). Deux points distincts au-dessus du même x : c'est impossible pour un graphe de fonction, et parfaitement normal ici.
c) Tangente verticale : x′(t)=0 et y′(t)=0. 2t=0 donne t=0, et y′(0)=−3=0 : le point (0,0) porte une tangente verticale. Ce n'est pas un point singulier parce qu'une seule des deux dérivées s'annule ; la pente 2t3t2−3 tend vers −∞ quand t→0+ et vers +∞ quand t→0−, ce qui est le comportement d'une vraie tangente verticale.
d) En t=2 : x=4, y=8−6=2, et dxdy=412−3=49. La tangente est y−2=49(x−4), soit y=49x−7.
e) x′(t)=2t s'annule seulement en t=0, où y′(0)=−3=0. Les deux dérivées ne s'annulent donc jamais ensemble : la courbe est RÉGULIÈRE partout, elle n'a aucun point de rebroussement. Son allure est celle d'une boucle : la branche t<0 monte, passe par (1,2), redescend vers l'origine, et la branche t>0 repart en miroir. Le point (3,0), atteint pour t=±3, est un point double étudié à l'exercice 4.
Exercice 3 : La dérivée seconde, la concavité et la formule qui n'existe pas
On reste sur C : x=t2, y=t3−3t. Chaque année, une copie sur trois écrit dx2d2y=x′′(t)y′′(t). Cet exercice montre à quel point c'est faux, et pourquoi.
a) Partant de dxdy=23(t−t1), montrez que dx2d2y=4t33(t2+1).
b) Étudiez le signe de dx2d2y et concluez sur la concavité de chaque branche.
c) La courbe admet-elle un point d'inflexion ? Justifiez, et expliquez pourquoi la concavité peut changer sans point d'inflexion.
d) Calculez x′′(t)y′′(t) et comparez sa valeur en t=1 à celle de dx2d2y. Expliquez en une phrase l'origine de l'erreur.
e) Étudiez la courbe x=t2, y=t3 : montrez que t=0 y est un point de rebroussement, et donnez son équation cartésienne.
Voir la correction
a) On dérive la pente par rapport à t : dtd[23(t−t1)]=23(1+t21)=2t23(t2+1). On divise ensuite par x′(t)=2t : dx2d2y=2t23(t2+1)⋅2t1=4t33(t2+1).
b) Le numérateur 3(t2+1) est strictement positif, donc le signe est celui de t3, c'est-à-dire celui de t. Pour t>0 la branche est CONVEXE (concavité vers le haut) ; pour t<0 elle est CONCAVE (concavité vers le bas). Les deux branches se rejoignent à l'origine.
c) dx2d2y ne s'annule JAMAIS : t2+1>0. Il n'y a donc aucun point d'inflexion. La concavité change pourtant en t=0, mais par CHANGEMENT DE SIGNE DU DÉNOMINATEUR, pas du numérateur : t=0 est le point à tangente verticale, où dx2d2y n'est pas définie. Un point d'inflexion exige que la dérivée seconde s'annule EN CHANGEANT DE SIGNE, en un point où elle est définie ; ici elle explose. C'est le même phénomène que y=x1, concave puis convexe de part et d'autre de x=0, sans point d'inflexion.
d) y′′(t)=6t et x′′(t)=2, donc x′′(t)y′′(t)=3t, qui vaut 3 en t=1. La vraie valeur est 43(1+1)=23. Les deux résultats diffèrent du simple au double. L'erreur vient de ce que dxdy est une fonction de t qu'il faut redériver PAR RAPPORT À x, donc rediviser par x′(t) : la règle de chaîne intervient deux fois, et le quotient des dérivées secondes l'ignore.
e) Pour x=t2, y=t3 : x′(t)=2t et y′(t)=3t2 s'annulent TOUTES DEUX en t=0. La pente 2t3t2=23t tend vers 0 des deux côtés : la courbe arrive à l'origine tangentiellement à l'axe Ox, y rebrousse chemin et repart symétriquement. C'est un point de rebroussement de première espèce. Équation cartésienne : t2=x donc y2=t6=x3, la parabole semi-cubique y2=x3.
Exercice 4 : Points doubles, symétries et lecture de l'allure
Une courbe paramétrée peut passer deux fois au même point, avec deux tangentes différentes. Trouver ces points revient à résoudre un système en deux paramètres distincts, ce qui n'a aucun équivalent dans l'étude des graphes de fonctions.
a) Pour la courbe x=t2, y=t3−3t, cherchez deux paramètres distincts t=s donnant le même point. Déduisez-en le point double.
b) Calculez les deux pentes en ce point double, puis l'angle aigu entre les deux tangentes.
c) Soit la courbe de Lissajous x=cost, y=sin2t, t∈[0,2π], tracée ci-dessus. Montrez qu'elle est symétrique par rapport à l'axe Ox et par rapport à l'axe Oy.
d) Trouvez son point double et les deux tangentes en ce point.
e) Déterminez ses tangentes verticales, et vérifiez la cohérence avec la figure.
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a) On cherche t=s avec t2=s2 et t3−3t=s3−3s. La première équation impose s=−t (le cas s=t est exclu). En reportant : t3−3t=−t3+3t, soit 2t3=6t, donc 2t(t2−3)=0. La solution t=0 donnerait s=0, exclue ; il reste t=3 et s=−3. Le point double est (3,0), car x=3 et y=33−33=0.
b) dxdy=2t3t2−3. En t=3 : 239−3=236=3. En t=−3 : −236=−3. L'angle entre les deux tangentes vérifie tanθ=1+3(−3)3−(−3)=−223=3, donc θ=60∘. Les deux tangentes font un angle de 60 degrés : les pentes ±3 correspondent à ±60∘ par rapport à l'horizontale, ce qui confirme le résultat par lecture directe.
c) Remplaçons t par −t : x(−t)=cos(−t)=cost=x(t) et y(−t)=sin(−2t)=−y(t). Le point (x,−y) appartient donc à la courbe dès que (x,y) y appartient : symétrie par rapport à Ox. Remplaçons maintenant t par π−t : x(π−t)=−cost=−x(t) et y(π−t)=sin(2π−2t)=−sin2t=−y(t). On obtient (−x,−y) : symétrie par rapport à l'ORIGINE. Combinée à la symétrie par rapport à Ox, elle entraîne la symétrie par rapport à Oy. La courbe a donc les trois symétries, ce que la figure confirme.
d) Le point double est l'origine : x=cost=0 donne t=2π ou t=23π, et dans les deux cas y=sinπ=0 ou y=sin3π=0. Les pentes : dxdy=−sint2cos2t. En t=2π : −sin2π2cosπ=−1−2=2. En t=23π : −sin23π2cos3π=1−2=−2. Les deux tangentes à l'origine sont y=2x et y=−2x.
e) Tangente verticale : x′(t)=−sint=0 avec y′(t)=2cos2t=0. On obtient t=0 et t=π, avec y′(0)=2 et y′(π)=2cos2π=2, tous deux non nuls. Les points sont (1,0) et (−1,0) : ce sont les deux extrémités gauche et droite du huit, où la courbe rebrousse visuellement en tournant, exactement comme sur la figure. Les tangentes horizontales, elles, viennent de cos2t=0, soit t=4π,43π,45π,47π, donnant les quatre sommets (±22,±1).
Exercice 5 : La cycloïde : le paramétrage dont on ne peut pas sortir
Un point marqué sur le pourtour d'une roue de rayon a qui roule sans glisser sur une droite décrit une cycloïde : x=a(t−sint), y=a(1−cost), où t est l'angle de rotation de la roue. On prend a=1.
a) Montrez que dxdy=1−costsint, puis simplifiez ce quotient à l'aide des formules de l'angle moitié.
b) Que se passe-t-il en t=2kπ ? Nature du point, et limite de la pente de part et d'autre.
c) Calculez la longueur d'une arche, pour t∈[0,2π].
d) Calculez l'aire comprise entre une arche et l'axe Ox.
e) Pourquoi ne peut-on pas éliminer t pour obtenir une équation cartésienne élémentaire ?
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a) x′(t)=1−cost et y′(t)=sint, donc dxdy=1−costsint. Avec sint=2sin2tcos2t et 1−cost=2sin22t, le quotient devient 2sin22t2sin2tcos2t=cot2t. La pente est donc simplement la cotangente du demi-angle de rotation.
b) En t=2kπ : x′=1−cos2kπ=0 ET y′=sin2kπ=0. Les deux dérivées s'annulent : c'est un point SINGULIER. La pente cot2t tend vers +∞ quand t→0+ et vers −∞ quand t→2π− : la courbe arrive verticalement, touche l'axe et repart verticalement. C'est un point de REBROUSSEMENT, physiquement l'instant où le point marqué touche le sol et où sa vitesse est nulle.
c) x′2+y′2=(1−cost)2+sin2t=1−2cost+cos2t+sin2t=2−2cost=4sin22t. Donc ds=2sin2tdt=2sin2tdt sur [0,2π], où sin2t≥0. Alors L=∫02π2sin2tdt=[−4cos2t]02π=−4(−1)+4(1)=8. Une arche mesure 8a, soit huit fois le rayon : un résultat que Wren a obtenu en 1658 et qui est la première rectification exacte d'une courbe transcendante.
d) A=∫ydx=∫02π(1−cost)⋅(1−cost)dt=∫02π(1−2cost+cos2t)dt. Terme à terme : ∫02π1dt=2π, ∫02πcostdt=0, et ∫02πcos2tdt=π. Donc A=2π−0+π=3π, c'est-à-dire 3πa2 : exactement trois fois l'aire du disque roulant. Noter que x est bien croissante sur [0,2π] puisque x′=1−cost≥0, ce qui autorise la lecture de ∫ydx comme une aire.
e) De y=1−cost on tire cost=1−y, donc t=arccos(1−y) et sint=1−(1−y)2=2y−y2. En reportant : x=arccos(1−y)−2y−y2. Le paramètre apparaît à la fois DANS un argument trigonométrique et HORS de lui, dans le terme t isolé : l'élimination ne peut donc pas produire une relation algébrique, seulement une expression avec un arc cosinus, et encore, valable arche par arche. C'est la situation typique où le paramétrage n'est pas un intermédiaire mais la seule description raisonnable de la courbe.
Partie B : Aire, longueur, surface et invariance du paramétrage (/50)
Exercice 6 : L'aire délimitée par une courbe paramétrée
Trois formules donnent la même aire pour une courbe fermée simple parcourue une fois dans le sens antihoraire : A=∮xdy, A=−∮ydx, et la formule symétrique A=21∮(xdy−ydx). Cet exercice les met à l'épreuve.
a) Sur l'ellipse x=3cost, y=2sint, t∈[0,2π], calculez 21∮(xdy−ydx) et retrouvez l'aire de l'ellipse.
b) Recalculez la même aire par −∮ydx. Que se passe-t-il si l'on parcourt l'ellipse dans l'autre sens, avec x=3cost, y=−2sint ?
c) La courbe x=t2, y=t3−3t forme une boucle fermée pour t∈[−3,3]. Montrez que xy′−yx′=t4+3t2.
d) Calculez l'aire de cette boucle.
e) Pourquoi la formule symétrique est-elle la plus sûre en examen ?
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a) x′=−3sint, y′=2cost. Alors xy′−yx′=3cost⋅2cost−2sint⋅(−3sint)=6cos2t+6sin2t=6. L'intégrande est constant : A=21∫02π6dt=21⋅6⋅2π=6π. On retrouve πab=π⋅3⋅2=6π.
b) −∮ydx=−∫02π2sint⋅(−3sint)dt=6∫02πsin2tdt=6π. Même résultat. Avec y=−2sint, le parcours devient HORAIRE et chaque formule change de signe : on trouve −6π. L'aire est la valeur absolue ; le signe encode l'orientation. C'est pour cela qu'on écrit toujours l'intervalle de t et qu'on vérifie le sens en évaluant deux points.
c) x=t2, y=t3−3t, x′=2t, y′=3t2−3. Alors xy′−yx′=t2(3t2−3)−(t3−3t)(2t)=3t4−3t2−2t4+6t2=t4+3t2.
d) A=21∫−33(t4+3t2)dt. L'intégrande est pair, donc A=∫03(t4+3t2)dt=[5t5+t3]03=593+33=5243. Numériquement A≈8,31. Le fait que l'intégrande t4+3t2 soit positif partout confirme que la boucle est parcourue dans le sens antihoraire.
e) Parce qu'elle ne demande pas que x soit monotone. ∫ydx ne se lit comme une aire sous une courbe que si x croît ; dès que la courbe revient en arrière, comme ici où x=t2 décroît puis croît, l'interprétation naïve s'effondre alors que la formule symétrique, elle, reste exacte. Elle est aussi la seule des trois qui traite x et y de la même façon, donc la seule où une erreur de signe se voit immédiatement.
Exercice 7 : La longueur d'arc en paramétrique
L'élément de longueur ds=x′2+y′2dt est la seule formule du chapitre qui ne demande ni monotonie ni orientation : elle additionne des longueurs, toutes positives. Encore faut-il que la racine se simplifie, ce qui n'arrive que dans les cas construits pour.
a) Retrouvez la formule L=∫ab1+(f′(x))2dx comme cas particulier du paramétrage x=t, y=f(t).
b) Calculez la longueur de l'arc x=t2, y=t3 pour t∈[0,1].
c) Calculez la longueur de la spirale x=etcost, y=etsint pour t∈[0,2π].
d) Vérifiez que le cercle unité paramétré par x=cos(t2), y=sin(t2), t∈[0,2π], a bien la longueur 2π.
e) Que devient la longueur si l'on parcourt le cercle unité deux fois, avec t∈[0,4π] ? Comparez au comportement de l'aire, et concluez sur la nature de chaque formule.
Voir la correction
a) Avec x=t et y=f(t) : x′=1 et y′=f′(t), donc ds=1+(f′(t))2dt. Comme t=x, on retrouve exactement L=∫ab1+(f′(x))2dx. La formule cartésienne n'est donc pas une autre formule : c'est le cas où le paramètre est l'abscisse elle-même.
b) x′=2t, y′=3t2, donc x′2+y′2=4t2+9t4=t2(4+9t2) et, pour t≥0, ds=t4+9t2dt. On pose u=4+9t2, du=18tdt : L=181∫413udu=181⋅32[u3/2]413=271313−8≈1,4397.
c) x′=et(cost−sint) et y′=et(sint+cost). En développant, x′2+y′2=e2t[(cost−sint)2+(sint+cost)2]=e2t[2cos2t+2sin2t]=2e2t. Donc ds=2etdt et L=2∫0π/2etdt=2(eπ/2−1)≈5,389. La spirale logarithmique est le cas d'école où la racine se simplifie parfaitement, parce que la vitesse est proportionnelle au rayon.
d) x′=−2tsin(t2) et y′=2tcos(t2), donc x′2+y′2=4t2 et ds=2tdt pour t≥0. Alors L=∫02π2tdt=[t2]02π=2π. Le point court de plus en plus vite, mais la longueur parcourue reste la circonférence : le changement de paramétrage n'a rien changé.
e) Avec t∈[0,4π] et le paramétrage usuel, L=∫04π1dt=4π : la longueur DOUBLE, ce qui est correct, puisqu'on parcourt bien deux fois 2π de chemin. L'aire, elle, donnerait 21∫04π1dt=2π, soit le double de l'aire réelle π : elle est FAUSSE. La différence tient à la nature des deux formules : la longueur mesure le CHEMIN parcouru, elle compte donc légitimement les répétitions ; l'aire prétend mesurer une RÉGION du plan, notion qui n'a de sens que si la courbe est parcourue une fois. Retenir : toute formule d'aire exige un parcours simple, aucune formule de longueur ne l'exige.
Exercice 8 : L'aire d'une surface de révolution
En faisant tourner un arc paramétré autour d'un axe, chaque élément ds engendre un tronc de cône de rayon égal à la distance à l'axe. D'où S=2π∫(distance aˋ l’axe)ds. Tout l'art consiste à ne pas confondre la distance à l'axe avec la coordonnée.
a) Retrouvez l'aire de la sphère de rayon R en faisant tourner x=Rcost, y=Rsint, t∈[0,π], autour de Ox.
b) Soit l'arc x=3t−t3, y=3t2, t∈[0,1]. Montrez que ds=3(1+t2)dt, puis calculez sa longueur.
c) Calculez l'aire de la surface engendrée par cet arc en tournant autour de Ox.
d) Calculez l'aire de la surface engendrée par le même arc en tournant autour de Oy.
e) Pourquoi la formule s'écrit-elle avec ∣y∣ et non avec y ? Donnez un arc où l'oubli de la valeur absolue donne une aire nulle.
Voir la correction
a) x′=−Rsint, y′=Rcost, donc ds=Rdt. La distance à l'axe Ox est ∣y∣=Rsint≥0 sur [0,π]. Alors S=2π∫0πRsint⋅Rdt=2πR2[−cost]0π=2πR2⋅2=4πR2. On retrouve la formule d'Archimède.
b) x′=3−3t2=3(1−t2) et y′=6t. Alors x′2+y′2=9(1−t2)2+36t2=9(1−2t2+t4+4t2)=9(1+t2)2. Comme 1+t2>0, ds=3(1+t2)dt. La longueur vaut L=∫013(1+t2)dt=3(1+31)=4. Le carré parfait sous la racine n'est pas un hasard : la courbe est construite pour cela, comme la cycloïde et l'astroïde.
c) Autour de Ox, la distance à l'axe est y=3t2≥0. S=2π∫013t2⋅3(1+t2)dt=18π∫01(t2+t4)dt=18π(31+51)=18π⋅158=548π≈30,16.
d) Autour de Oy, la distance à l'axe est ∣x∣=3t−t3, positif sur [0,1]. S=2π∫01(3t−t3)⋅3(1+t2)dt=6π∫01(3t+3t3−t3−t5)dt=6π∫01(3t+2t3−t5)dt=6π(23+21−61)=6π⋅611=11π≈34,56.
e) Parce que le rayon d'un tronc de cône est une DISTANCE, donc positif, alors que y peut changer de signe. Prenons l'arc x=t, y=t pour t∈[−1,1] et faisons-le tourner autour de Ox : la surface engendrée est un double cône, d'aire 2π∫−11∣t∣2dt=2π2⋅1=22π. Sans la valeur absolue on obtiendrait 2π2∫−11tdt=0 : une surface d'aire nulle, alors qu'elle est parfaitement visible. Règle pratique : découpez toujours l'intervalle aux zéros de y avant d'intégrer.
Exercice 9 : Reparamétrer : la courbe ne change pas, l'intégrale parfois si
Une même courbe admet une infinité de paramétrages. Certaines quantités n'en dépendent pas, d'autres oui. Savoir lesquelles est ce qui sépare une bonne copie d'une copie qui applique des formules.
a) Soit t=φ(u) un changement de paramètre dérivable et strictement croissant. Montrez que la longueur d'arc calculée dans les deux paramétrages est la même.
b) L'hypothèse de croissance stricte est-elle nécessaire ? Que se passe-t-il si φ est décroissante ?
c) Le cercle unité parcouru une fois donne 21∮(xdy−ydx)=π. Calculez la même expression pour t∈[0,6π] et interprétez.
d) On appelle abscisse curviligne le paramétrage par la longueur elle-même. Vérifiez que x=coss, y=sins est le paramétrage par abscisse curviligne du cercle unité, et dites ce qui le caractérise en général.
e) Sur l'arche de cycloïde, la quantité ∫ydx se lit comme l'aire sous la courbe. Sur la boucle de l'exercice 6, non. Quelle propriété du paramétrage fait la différence ?
Voir la correction
a) Dans le paramétrage en u, la courbe est (x(φ(u)),y(φ(u))) et la règle de chaîne donne dudx=x′(φ(u))φ′(u), de même pour y. Alors (dudx)2+(dudy)2=∣φ′(u)∣x′2+y′2=φ′(u)x′2+y′2 puisque φ′>0. En intégrant et en posant t=φ(u), dt=φ′(u)du, on retombe exactement sur ∫x′2+y′2dt : c'est le théorème du changement de variable, rien de plus.
b) Si φ est décroissante, ∣φ′∣=−φ′ et les bornes s'échangent : les deux signes se compensent et la longueur est encore la même. Ce qui compte est donc la MONOTONIE, pas le sens : la longueur est invariante par tout changement de paramètre monotone. En revanche, si φ n'est pas monotone, la courbe est parcourue plusieurs fois et la longueur augmente.
c) Avec x=cost, y=sint : xy′−yx′=cos2t+sin2t=1, donc 21∫06π1dt=3π. On obtient TROIS fois l'aire du disque, parce que la courbe a été parcourue trois fois. La formule de l'aire compte les tours : elle calcule en réalité l'aire pondérée par le nombre d'enroulements autour de chaque point, et ne coïncide avec l'aire géométrique que pour une courbe fermée SIMPLE.
d) (dsdx)2+(dsdy)2=sin2s+cos2s=1 : la vitesse est constamment égale à 1, donc ∫0s1dσ=s, et le paramètre est bien la longueur parcourue depuis s=0. En général, un paramétrage est par abscisse curviligne si et seulement si x′2+y′2=1 partout, c'est-à-dire si le point se déplace à vitesse unitaire. C'est le paramétrage canonique : il existe pour toute courbe régulière, et c'est celui dans lequel les formules de courbure prennent leur forme la plus simple.
e) La différence est la MONOTONIE DE x(t). Sur l'arche de cycloïde, x′=1−cost≥0 : x croît, chaque abscisse est atteinte une fois, et ∫ydx est bien l'aire sous la courbe au sens usuel. Sur la boucle, x=t2 décroît puis croît : la courbe repasse au-dessus des mêmes abscisses, les contributions de l'aller et du retour se retranchent, et seule la formule fermée 21∮(xdy−ydx) garde un sens. Question à se poser systématiquement avant d'écrire ∫ydx : x est-elle monotone sur l'intervalle ?
Exercice 10 : Problème de synthèse : l'astroïde et son secret
L'astroïde x=acos3t, y=asin3t avec a=2 est la courbe décrite par un point d'un petit cercle de rayon 4a roulant à l'intérieur d'un cercle de rayon a. Elle réunit tout le chapitre : rebroussements, longueur, aire, surface de révolution, et une propriété géométrique remarquable.
a) Donnez l'équation cartésienne de l'astroïde, et localisez ses quatre points de rebroussement en justifiant leur nature.
b) Montrez que ds=3a∣costsint∣dt, puis calculez la longueur totale de la courbe.
c) Calculez l'aire délimitée par l'astroïde.
d) Calculez l'aire de la surface engendrée par rotation de l'astroïde complète autour de Ox.
e) Montrez que la tangente en un point quelconque de paramètre t, avec t non multiple de 2π, découpe sur les axes un segment de longueur CONSTANTE égale à a.
Voir la correction
a) cost=(ax)1/3 et sint=(ay)1/3, donc (ax)2/3+(ay)2/3=1, soit x2/3+y2/3=a2/3. Les dérivées sont x′=−3acos2tsint et y′=3asin2tcost : elles s'annulent SIMULTANÉMENT lorsque cost=0 ou sint=0, c'est-à-dire en t=0,2π,π,23π, donnant les quatre points (±a,0) et (0,±a). Ce sont des points singuliers. La pente dxdy=−3acos2tsint3asin2tcost=−tant tend vers 0 de part et d'autre de t=0 : la courbe arrive horizontalement en (a,0), y rebrousse et repart. Ce sont bien quatre points de rebroussement, visibles comme des pointes sur la figure.
b) x′2+y′2=9a2cos4tsin2t+9a2sin4tcos2t=9a2cos2tsin2t(cos2t+sin2t)=9a2cos2tsin2t. D'où ds=3a∣costsint∣dt. Par symétrie, la longueur totale vaut quatre fois celle du quart correspondant à t∈[0,2π], où costsint≥0 : L=4∫0π/23acostsintdt=12a[2sin2t]0π/2=6a. Avec a=2, L=12. La valeur absolue est indispensable : sans elle, ∫02π3acostsintdt=0.
c) xy′−yx′=acos3t⋅3asin2tcost−asin3t⋅(−3acos2tsint)=3a2cos2tsin2t(cos2t+sin2t)=3a2cos2tsin2t=43a2sin22t. Alors A=21∫02π43a2sin22tdt=83a2∫02πsin22tdt=83a2⋅π=83πa2. Avec a=2, A=23π≈4,71, soit 83 de l'aire du disque de rayon a.
d) On fait tourner la moitié supérieure, t∈[0,π], où y=asin3t≥0. S=2π∫0πasin3t⋅3a∣costsint∣dt=6πa2∫0πsin4t∣cost∣dt. Par symétrie autour de 2π, cela vaut 12πa2∫0π/2sin4tcostdt=12πa2[5sin5t]0π/2=512πa2. Avec a=2 : S=548π≈30,16.
e) La pente en t vaut −tant, et le point de contact est (acos3t,asin3t). La tangente s'écrit y−asin3t=−tant(x−acos3t). Pour y=0 : x=acos3t+tantasin3t=acos3t+asin2tcost=acost(cos2t+sin2t)=acost. Pour x=0 : y=asin3t+acos3ttant=asin3t+asintcos2t=asint. Les deux points d'intersection sont donc (acost,0) et (0,asint), et la longueur du segment vaut a2cos2t+a2sin2t=a, indépendamment de t. Autrement dit, l'astroïde est l'enveloppe des segments de longueur a dont les extrémités glissent sur les deux axes : c'est exactement la trace laissée par une échelle qui glisse le long d'un mur, et c'est la raison pour laquelle cette courbe apparaît dans les problèmes d'optimisation du type de l'échelle qui contourne un couloir.
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