Ondes et physique moderne 203-SN3-RE (ancien 203-NYC) • Complément québécois de Terminale et cégep à Montréal

Exercices corrigés : physique nucléaire et radioactivité (203-SN3-RE, ancien 203-NYC)

Voici la série d'exercices corrigés de physique nucléaire du cours 203-SN3-RE (ancien 203-SN3-RE). La partie A construit le noyau et ses désintégrations : sa taille en A1/3A^{1/3} et sa densité proprement inconcevable, le défaut de masse calculé correctement avec les masses atomiques tabulées, les trois radioactivités α\alpha, β\beta^{-} et β+\beta^{+} équilibrées par les lois de conservation, la chaleur de réaction QQ avec le piège des deux masses d'électron du β+\beta^{+}, et la loi de décroissance reliée à l'activité d'une source médicale. La partie B applique tout cela : la datation uranium-plomb d'un zircon et ses hypothèses cachées, la filiation radioactive et l'équilibre séculaire, cinq affirmations à corriger, le bilan d'un réacteur de 1000 mégawatts, et la contamination d'une cave par le radon jusqu'au calcul de dose.

Cette série s'adresse aux étudiants de cégep en Sciences de la nature, aux élèves de Terminale spécialité physique-chimie et aux étudiants de première année en sciences ou en génie. Elle suppose acquis le lien E=mc2E=mc^{2} et la lecture d'une table de masses atomiques, mais rien de plus : chaque équation nucléaire est écrite en entier, et chaque valeur numérique est vérifiée.

Le fil à garder tout du long : en physique nucléaire, on ne pèse jamais un noyau, on pèse une DIFFÉRENCE. L'énergie de liaison, la chaleur d'une désintégration, l'énergie d'une fission sont toutes des écarts de masse de l'ordre du millième d'unité, calculés entre deux nombres à six décimales qui, eux, se ressemblent beaucoup. D'où deux conséquences pratiques. Il faut garder toutes les décimales jusqu'au bout, un arrondi prématuré détruit le résultat. Et il faut savoir si la table donne des masses ATOMIQUES, électrons compris, ou des masses NUCLÉAIRES : la moitié des erreurs de ce chapitre viennent de là, et pas du tout de la physique.

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Ce chapitre fait partie de Ondes et physique moderne 203-SN3-RE (ancien 203-NYC)
Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (7 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1Les fonctions trigonométriquesSecondaire 5 SN5, Mathématiques
  2. 2Les lentilles convergentesSecondaire 5 SN5
  3. 3Travail, énergie et puissanceMécanique 203-SN1-RE (ancien 203-NYA)
  4. 4Optique géométrique et instruments
  5. 5MHS et ondes mécaniques
  6. 6L'optique ondulatoire
  7. 7La physique moderne

Rappel de cours

  • Notation : ZAX^{A}_{Z}\mathrm{X}, où ZZ est le numéro atomique, soit le nombre de protons, et AA le nombre de masse, soit le nombre de nucléons. Le nombre de neutrons vaut N=AZN=A-Z. Deux isotopes ont le même ZZ et des AA différents.
  • Rayon du noyau : R=r0A1/3R=r_{0}A^{1/3} avec r0=1,20r_{0}=1{,}20 fm =1,20×1015=1{,}20\times 10^{-15} m. Comme le volume est proportionnel à AA, la densité nucléaire est la MÊME pour tous les noyaux, environ 2,3×10172{,}3\times 10^{17} kg/m3^{3}.
  • Unité de masse atomique : 11 u =1,66054×1027=1{,}66054\times 10^{-27} kg =931,494=931{,}494 MeV/c2^{2}. Masses utiles : atome d'hydrogène 1,0078251{,}007825 u, neutron 1,0086651{,}008665 u, électron 0,0005490{,}000549 u.
  • Énergie de liaison : B=[Zm(1H)+Nmnm(ZAX)]c2B=[Z\,m(^{1}\mathrm{H})+N\,m_{n}-m(^{A}_{Z}\mathrm{X})]c^{2} SI l'on utilise des masses atomiques, car les ZZ électrons de l'atome sont alors comptés des deux côtés et se simplifient. Avec des masses nucléaires, on écrirait ZmpZ\,m_{p} au lieu de Zm(1H)Z\,m(^{1}\mathrm{H}).
  • La courbe de B/AB/A culmine vers 8,88{,}8 MeV par nucléon autour du fer 56. Tout ce qui est plus léger gagne de l'énergie en fusionnant, tout ce qui est plus lourd en fissionnant : c'est la forme de cette courbe, et elle seule, qui rend les deux procédés exothermiques.
  • Radioactivité α\alpha : ZAXZ2A4Y+24He^{A}_{Z}\mathrm{X}\to\,^{A-4}_{Z-2}\mathrm{Y}+^{4}_{2}\mathrm{He}. Radioactivité β\beta^{-} : un neutron devient proton, ZAXZ+1AY+e+νˉe^{A}_{Z}\mathrm{X}\to\,^{A}_{Z+1}\mathrm{Y}+e^{-}+\bar{\nu}_{e}. Radioactivité β+\beta^{+} : un proton devient neutron, ZAXZ1AY+e++νe^{A}_{Z}\mathrm{X}\to\,^{A}_{Z-1}\mathrm{Y}+e^{+}+\nu_{e}. L'émission γ\gamma ne change ni AA ni ZZ, elle désexcite le noyau fils.
  • Chaleur de réaction avec des masses ATOMIQUES : α\alpha et β\beta^{-} donnent Q=[minitialmfinal]c2Q=[m_{\text{initial}}-m_{\text{final}}]c^{2} directement, les électrons s'équilibrant. Le β+\beta^{+} est l'exception : Q=[mXmY2me]c2Q=[m_{X}-m_{Y}-2m_{e}]c^{2}, il faut RETRANCHER 2mec2=1,0222m_{e}c^{2}=1{,}022 MeV.
  • Loi de décroissance : N(t)=N0eλtN(t)=N_{0}e^{-\lambda t}, avec λ=ln2T1/2\lambda=\dfrac{\ln 2}{T_{1/2}}. Activité : A=λNA=\lambda N, en becquerels (1 Bq = une désintégration par seconde). L'ancienne unité curie vaut 11 Ci =3,7×1010=3{,}7\times 10^{10} Bq.
  • Le temps pour tomber à une fraction ff : t=T1/2ln(1/f)ln2t=T_{1/2}\dfrac{\ln(1/f)}{\ln 2}. Une décroissance à 1 % demande 6,646{,}64 demi-vies, à un millième 9,979{,}97 demi-vies.
  • Équilibre séculaire : si un père de très longue demi-vie alimente un fils de courte demi-vie, les activités s'égalisent au bout de quelques demi-vies du fils, et les nombres d'atomes sont dans le rapport N2N1=T2T1\dfrac{N_{2}}{N_{1}}=\dfrac{T_{2}}{T_{1}}.
  • Fission : un noyau lourd absorbe un neutron, se scinde en deux fragments et libère environ 200200 MeV plus deux ou trois neutrons. Le facteur de multiplication kk est le nombre de fissions de la génération suivante par fission de la génération courante : k<1k<1 sous-critique, k=1k=1 critique, k>1k>1 surcritique.
  • Dosimétrie : la dose absorbée se mesure en grays, 11 Gy =1=1 J/kg. La dose équivalente, en sieverts, la multiplie par un facteur de qualité qui vaut 1 pour β\beta et γ\gamma et 20 pour les α\alpha. L'exposition naturelle moyenne est de l'ordre de 22 à 33 mSv par an.

Partie A : le noyau et ses désintégrations (/50)

Exercice 1 : Le noyau : taille, densité et unité de masse

Le rayon d'un noyau suit la loi empirique R=r0A1/3R=r_{0}A^{1/3} avec r0=1,20r_{0}=1{,}20 fm. On prendra 11 u =1,66054×1027=1{,}66054\times 10^{-27} kg.

  • a) Calculez le rayon du noyau d'aluminium 27 et celui de l'uranium 238. Justifiez la forme de la loi : pourquoi une racine cubique ?
  • b) Calculez la masse volumique de la matière nucléaire, et montrez qu'elle ne dépend pas de AA.
  • c) Le rayon d'un atome est de l'ordre de 1,0×10101{,}0\times 10^{-10} m. Calculez le rapport des rayons pour l'aluminium, puis le rapport des volumes. Que faut-il en conclure sur la structure de la matière ?
  • d) Quelle serait la masse d'une cuillère à café, soit 5,05{,}0 mL, de matière nucléaire pure ? Comparez à un objet familier.

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Réponses

  • a) 3,603{,}60 fm et 7,447{,}44 fm : le volume est proportionnel à AA, les nucléons sont au contact
  • b) ρ2,29×1017\rho\approx 2{,}29\times 10^{17} kg/m³, indépendante de AA
  • c) Rayons dans un rapport 2,8×1042{,}8\times 10^{4}, volumes dans un rapport 2,1×10132{,}1\times 10^{13}
  • d) Environ un milliard de tonnes : la densité d'une étoile à neutrons

a) Aluminium 27 : R=1,20×271/3=1,20×3=3,60R=1{,}20\times 27^{1/3}=1{,}20\times 3=3{,}60 fm, un cas rare où le calcul est exact. Uranium 238 : 2381/3=6,198238^{1/3}=6{,}198, donc R=7,44R=7{,}44 fm. Le noyau le plus lourd n'est donc que deux fois plus gros que celui de l'aluminium, alors qu'il contient neuf fois plus de nucléons. La racine cubique vient de là : le volume du noyau est proportionnel au NOMBRE de nucléons, VAV\propto A, ce qui signifie que les nucléons sont empilés au contact les uns des autres, comme des billes dans un sac, sans jamais se comprimer davantage. C'est la signature d'une force nucléaire à courte portée et saturée : chaque nucléon n'interagit qu'avec ses voisins immédiats, pas avec tout le noyau.

b) Masse : m=A×1,66054×1027m=A\times 1{,}66054\times 10^{-27} kg. Volume : V=43πR3=43πr03AV=\dfrac{4}{3}\pi R^{3}=\dfrac{4}{3}\pi r_{0}^{3}A. Le facteur AA apparaît AU NUMÉRATEUR ET AU DÉNOMINATEUR et disparaît : ρ=1,66054×102743π(1,20×1015)3=1,66054×10277,238×1045=2,29×1017\rho=\dfrac{1{,}66054\times 10^{-27}}{\frac{4}{3}\pi(1{,}20\times 10^{-15})^{3}}=\dfrac{1{,}66054\times 10^{-27}}{7{,}238\times 10^{-45}}=2{,}29\times 10^{17} kg/m3^{3}. Tous les noyaux, de l'hydrogène à l'uranium, ont donc la même densité, à quelques pour cent près. C'est la conséquence directe de la loi en A1/3A^{1/3}, et l'inverse est vrai aussi : c'est en mesurant cette densité constante par diffusion d'électrons qu'on a établi la loi.

c) Rapport des rayons pour l'aluminium : 1,0×10103,60×1015=2,8×104\dfrac{1{,}0\times 10^{-10}}{3{,}60\times 10^{-15}}=2{,}8\times 10^{4}. L'atome est donc environ trente mille fois plus large que son noyau. Rapport des volumes : le cube, soit 2,1×10132{,}1\times 10^{13}, plus de vingt mille milliards. Autrement dit, si le noyau avait la taille d'une bille de 11 cm, le premier électron serait à 280280 mètres, et il n'y aurait rien entre les deux. La matière ordinaire est essentiellement du vide, sa masse est concentrée dans un cent-millième de sa taille, et sa solidité apparente ne vient pas du remplissage de l'espace mais de la répulsion des cortèges électroniques.

d) m=ρV=2,29×1017×5,0×106=1,1×1012m=\rho V=2{,}29\times 10^{17}\times 5{,}0\times 10^{-6}=1{,}1\times 10^{12} kg, soit environ un milliard de tonnes. C'est l'ordre de grandeur de la masse d'une montagne, ou de trois mille fois celle du plus gros paquebot jamais construit, dans le volume d'une cuillère à café. Ce chiffre n'est pas un jeu : c'est exactement la densité d'une étoile à neutrons, qui n'est rien d'autre qu'un noyau atomique de vingt kilomètres de rayon tenu par la gravitation.

Exercice 2 : Le défaut de masse : masses atomiques ou masses nucléaires

On donne les masses ATOMIQUES suivantes, en unités de masse atomique : hélium 4 : 4,0026024{,}002602 ; fer 56 : 55,93493655{,}934936 ; uranium 238 : 238,050788238{,}050788 ; hydrogène 1 : 1,0078251{,}007825 ; neutron : 1,0086651{,}008665 ; électron : 0,0005490{,}000549. La courbe donne l'énergie de liaison par nucléon en fonction de AA.

50100150200250246810He-4Fe-56U-238A (nombre de masse)B/A (MeV)
  • a) Écrivez l'expression de l'énergie de liaison d'un noyau à partir de masses atomiques, et démontrez pourquoi les électrons n'ont pas à y figurer explicitement.
  • b) Calculez l'énergie de liaison totale et l'énergie de liaison par nucléon de l'hélium 4, du fer 56 et de l'uranium 238. Placez ces trois valeurs sur la courbe.
  • c) L'uranium 238 a une énergie de liaison TOTALE près de quatre fois supérieure à celle du fer 56. Pourquoi est-il pourtant le moins stable des deux ?
  • d) Un étudiant a utilisé la masse du PROTON, 1,0072761{,}007276 u, au lieu de celle de l'atome d'hydrogène. De combien se trompe-t-il sur l'énergie de liaison du fer 56, en MeV et en pourcentage ?

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Réponses

  • a) B=[Zm(1H)+Nmnm(ZAX)]c2B=[Z\,m(^{1}\mathrm{H})+N\,m_{n}-m(^{A}_{Z}\mathrm{X})]c^{2} : les ZZ électrons se simplifient
  • b) 28,3028{,}30 MeV (7,0747{,}074), 492,3492{,}3 MeV (8,7908{,}790), 1801,71801{,}7 MeV (7,5707{,}570)
  • c) C'est B/AB/A qui compte : la répulsion coulombienne croît en Z2Z^{2}
  • d) 13,3013{,}30 MeV de trop peu, soit 2,7%2{,}7\,\% : erreur plausible, donc sournoise

a) B=[Zm(1H)+Nmnm(ZAX)]c2B=[Z\,m(^{1}\mathrm{H})+N\,m_{n}-m(^{A}_{Z}\mathrm{X})]c^{2}. La démonstration tient en un décompte d'électrons. Le membre de droite contient ZZ atomes d'hydrogène, donc ZZ protons ET ZZ électrons ; le terme soustrait est l'atome complet, qui contient lui aussi ZZ électrons. Les deux paquets de ZZ électrons se simplifient exactement, et il ne reste que ce qu'on veut, la comparaison entre les nucléons libres et le noyau lié. C'est pour cela que les tables publient des masses atomiques : elles sont ce qu'un spectromètre de masse mesure réellement, et elles s'utilisent telles quelles. La seule approximation est l'énergie de liaison des électrons eux-mêmes, quelques dizaines d'eV, six ordres de grandeur sous ce qu'on calcule.

b) Hélium 4 : 2(1,007825)+2(1,008665)4,002602=0,0303782(1{,}007825)+2(1{,}008665)-4{,}002602=0{,}030378 u, soit B=0,030378×931,494=28,30B=0{,}030378\times 931{,}494=28{,}30 MeV et B/A=7,074B/A=7{,}074 MeV. Fer 56 : 26(1,007825)+30(1,008665)55,934936=0,52846426(1{,}007825)+30(1{,}008665)-55{,}934936=0{,}528464 u, soit B=492,3B=492{,}3 MeV et B/A=8,790B/A=8{,}790 MeV. Uranium 238 : 92(1,007825)+146(1,008665)238,050788=1,93420292(1{,}007825)+146(1{,}008665)-238{,}050788=1{,}934202 u, soit B=1801,7B=1801{,}7 MeV et B/A=7,570B/A=7{,}570 MeV. Les trois points tombent sur la courbe : l'hélium bas à gauche malgré sa réputation de noyau très lié, le fer au sommet, l'uranium redescendu.

c) Parce que la stabilité ne se mesure pas à l'énergie de liaison totale, qui croît trivialement avec la taille du noyau, mais à l'énergie de liaison PAR NUCLÉON, qui dit combien chaque nucléon est retenu. Le fer 56 est à 8,7908{,}790 MeV par nucléon, l'uranium 238 à 7,5707{,}570 : chaque nucléon d'uranium est moins bien accroché que chaque nucléon de fer, d'où une réaction possible et exothermique vers des fragments plus proches du sommet. La cause physique est la répulsion coulombienne, qui croît comme Z2Z^{2} et agit à longue portée sur tout le noyau, alors que la force nucléaire attractive, saturée, ne croît que comme AA. Passé le fer, la répulsion l'emporte progressivement, et c'est toute l'énergétique de la fission.

d) Chaque atome d'hydrogène contient un électron de 0,0005490{,}000549 u. Avec des protons nus, l'étudiant retranche 26×0,000549=0,01427426\times 0{,}000549=0{,}014274 u au premier terme, sans corriger le terme soustrait qui contient toujours les 2626 électrons du fer. Il trouve donc BB trop petit de 0,014274×931,494=13,300{,}014274\times 931{,}494=13{,}30 MeV, soit 479,0479{,}0 MeV au lieu de 492,3492{,}3 : une erreur de 2,72{,}7 %. Elle est sournoise parce qu'elle laisse un résultat plausible, du bon ordre de grandeur, qui passera inaperçu à la relecture. Le seul garde-fou est de se demander avant tout calcul, systématiquement, si la table donne des masses atomiques ou nucléaires ; en pratique elle donne presque toujours des masses atomiques.

Exercice 3 : Les trois radioactivités et les lois de conservation

On rappelle les numéros atomiques utiles : Th 90, Pa 91, U 92, Ra 88, Rn 86, C 6, N 7, Na 11, Ne 10, Co 27, Ni 28, K 19, Ar 18, Ca 20.

  • a) Énoncez les deux lois de conservation qui suffisent à équilibrer toute équation nucléaire, puis complétez : 92238U?+24He^{238}_{92}\mathrm{U}\to\,?+^{4}_{2}\mathrm{He} et 88226Ra?+24He^{226}_{88}\mathrm{Ra}\to\,?+^{4}_{2}\mathrm{He}.
  • b) Écrivez les équations complètes, neutrino compris, de la désintégration β\beta^{-} du carbone 14 et de la désintégration β+\beta^{+} du sodium 22.
  • c) Le potassium 40 est un cas remarquable : il se désintègre en argon 40 comme en calcium 40. Écrivez les deux équations et nommez les deux modes. Que peut-on en déduire sur la position du potassium 40 dans la vallée de stabilité ?
  • d) Le cobalt 60 se désintègre en β\beta^{-} vers un état excité du nickel 60, qui émet ensuite deux photons de 1,171{,}17 MeV et 1,331{,}33 MeV. Écrivez les équations, et expliquez pourquoi l'émission γ\gamma n'est pas une quatrième radioactivité au même titre que les trois autres.
  • e) Expliquez pourquoi le neutrino a été postulé trente ans avant d'être détecté.

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Réponses

  • a) AA et ZZ se conservent : thorium 234 et radon 222
  • b) 14^{14}C donne 14^{14}N + électron + ANTIneutrino ; 22^{22}Na donne 22^{22}Ne + positon + neutrino
  • c) Les deux modes : le potassium 40 est sur la crête de la vallée de stabilité
  • d) 2,502{,}50 MeV au total ; l'émission gamma ne transmute rien
  • e) Le spectre CONTINU des électrons imposait une particule invisible

a) Conservation du nombre de masse AA et conservation de la charge ZZ : la somme des AA et la somme des ZZ sont les mêmes des deux côtés. Ces deux lignes suffisent, il n'y a rien à mémoriser d'autre. 92238U90234Th+24He^{238}_{92}\mathrm{U}\to\,^{234}_{90}\mathrm{Th}+^{4}_{2}\mathrm{He} : 238=234+4238=234+4 et 92=90+292=90+2. 88226Ra86222Rn+24He^{226}_{88}\mathrm{Ra}\to\,^{222}_{86}\mathrm{Rn}+^{4}_{2}\mathrm{He} : le radium donne bien le radon, ce qui explique au passage pourquoi ce gaz apparaît dans les sous-sols des régions granitiques.

b) β\beta^{-} du carbone 14 : 614C714N+e+νˉe^{14}_{6}\mathrm{C}\to\,^{14}_{7}\mathrm{N}+e^{-}+\bar{\nu}_{e}. Un neutron du noyau s'est transformé en proton, ZZ augmente d'une unité, AA ne bouge pas, et c'est un ANTINEUTRINO qui accompagne l'électron. β+\beta^{+} du sodium 22 : 1122Na1022Ne+e++νe^{22}_{11}\mathrm{Na}\to\,^{22}_{10}\mathrm{Ne}+e^{+}+\nu_{e}. Un proton devient neutron, ZZ diminue, et c'est cette fois un neutrino. La règle qui évite l'erreur : la particule légère émise avec l'électron est une ANTIparticule, celle émise avec le positon est une particule, de sorte que le nombre leptonique se conserve lui aussi.

c) 1940K1840Ar+e++νe^{40}_{19}\mathrm{K}\to\,^{40}_{18}\mathrm{Ar}+e^{+}+\nu_{e}, désintégration β+\beta^{+}, qui se produit aussi par capture électronique, le noyau avalant un électron de son cortège. Et 1940K2040Ca+e+νˉe^{40}_{19}\mathrm{K}\to\,^{40}_{20}\mathrm{Ca}+e^{-}+\bar{\nu}_{e}, désintégration β\beta^{-}. Un noyau qui peut partir des DEUX CÔTÉS est perché exactement sur la crête entre les deux versants de la vallée de stabilité : ses voisins de gauche et de droite, l'argon 40 et le calcium 40, sont tous deux plus liés que lui, et il n'a aucun moyen de choisir. Ce double mode est aussi ce qui rend le potassium 40 utilisable pour dater les roches, la branche vers l'argon produisant un gaz qui reste piégé dans le cristal.

d) 2760Co2860Ni+e+νˉe^{60}_{27}\mathrm{Co}\to\,^{60}_{28}\mathrm{Ni}^{*}+e^{-}+\bar{\nu}_{e}, puis 2860Ni2860Ni+γ^{60}_{28}\mathrm{Ni}^{*}\to\,^{60}_{28}\mathrm{Ni}+\gamma deux fois de suite. L'émission γ\gamma ne change ni AA ni ZZ : le noyau reste rigoureusement le même élément et le même isotope, il perd seulement de l'énergie d'excitation, exactement comme un atome qui retombe sur son niveau fondamental en émettant de la lumière, à ceci près que les énergies sont un million de fois plus grandes. Ce n'est donc pas une TRANSMUTATION, alors que α\alpha et β\beta en sont. En pratique, l'émission γ\gamma accompagne presque toujours une autre désintégration, elle en est le solde et non l'événement.

e) Parce que le spectre en énergie des électrons β\beta est CONTINU, alors que la désintégration d'un noyau bien défini vers un autre noyau bien défini doit libérer une énergie fixe. Si l'électron était seul, il devrait toujours emporter la même énergie, et l'expérience montrait au contraire toute une gamme, du zéro jusqu'à un maximum. Pauli a préféré postuler en 1930 une particule invisible qui se partage l'énergie avec l'électron plutôt que d'abandonner la conservation de l'énergie, que Bohr était prêt à sacrifier. Cette particule devait être neutre, de masse quasi nulle et n'interagir que par interaction faible, autant dire indétectable : il a fallu attendre 1956 et un réacteur nucléaire, qui fournit un flux d'antineutrinos colossal, pour en observer directement. C'est le meilleur exemple du chapitre d'une prédiction imposée par une loi de conservation.

Exercice 4 : La chaleur de réaction et les deux masses d'électron

Masses ATOMIQUES en u : 238U^{238}\mathrm{U} : 238,050788238{,}050788 ; 234Th^{234}\mathrm{Th} : 234,043601234{,}043601 ; 4He^{4}\mathrm{He} : 4,0026024{,}002602 ; 14C^{14}\mathrm{C} : 14,00324214{,}003242 ; 14N^{14}\mathrm{N} : 14,00307414{,}003074 ; 22Na^{22}\mathrm{Na} : 21,99443721{,}994437 ; 22Ne^{22}\mathrm{Ne} : 21,99138521{,}991385. Masse de l'électron : 0,0005490{,}000549 u, soit 0,5110{,}511 MeV/c2^{2}. La figure schématise le recul de la question d).

Th-234alphappmeme quantite de mouvement, energies tres inegales
  • a) Calculez la chaleur de réaction QQ de la désintégration α\alpha de l'uranium 238, et vérifiez que les électrons se compensent bien.
  • b) Calculez QQ pour la désintégration β\beta^{-} du carbone 14, et montrez que là encore les masses atomiques s'utilisent directement.
  • c) Calculez QQ pour la désintégration β+\beta^{+} du sodium 22. Démontrez pourquoi il faut cette fois retrancher 2mec22m_{e}c^{2}.
  • d) L'énergie libérée par la désintégration α\alpha de l'uranium 238 se partage entre la particule α\alpha et le noyau de thorium qui recule. Calculez l'énergie cinétique de chacun, en traitant le problème comme non relativiste et justifiez cette approximation.
  • e) Une désintégration β+\beta^{+} est impossible si QQ calculé en c) est négatif. Quelle conséquence cela a-t-il pour un noyau qui aurait un excès de protans de seulement 0,50{,}5 MeV ?

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Q=4,271Q=4{,}271 MeV, les 9292 électrons se compensant de part et d'autre
  • b) Q=156Q=156 keV : l'électron émis EST le septième de l'azote
  • c) Q=1,821Q=1{,}821 MeV, après le péage de 2mec2=1,0222m_{e}c^{2}=1{,}022 MeV
  • d) 4,1994{,}199 MeV pour l'alpha, 71,871{,}8 keV pour le thorium : 98,3%98{,}3\,\% d'un côté
  • e) La CAPTURE ÉLECTRONIQUE reste ouverte, son seuil étant nul

a) Q=[238,050788234,0436014,002602]×931,494=0,004585×931,494=4,271Q=[238{,}050788-234{,}043601-4{,}002602]\times 931{,}494=0{,}004585\times 931{,}494=4{,}271 MeV, valeur tabulée 4,274{,}27 MeV. Vérification du décompte d'électrons : à gauche, l'atome d'uranium en porte 9292 ; à droite, le thorium en porte 9090 et l'hélium 22, soit 9292. Les deux membres en comptent autant, ils se simplifient, et les masses atomiques s'emploient telles quelles. Notez la finesse du calcul : une différence de 0,00460{,}0046 entre des nombres de six chiffres significatifs. Arrondir les masses à quatre décimales détruirait complètement le résultat.

b) Q=[14,00324214,003074]×931,494=0,000168×931,494=0,1565Q=[14{,}003242-14{,}003074]\times 931{,}494=0{,}000168\times 931{,}494=0{,}1565 MeV, soit 156156 keV, valeur tabulée. Décompte : à gauche, l'atome de carbone porte 66 électrons ; à droite, l'atome d'azote en porte 77, mais l'électron β\beta émis est justement le septième. Le total est de 77 des deux côtés, et la comptabilité se boucle sans terme correctif. C'est un accident heureux du β\beta^{-}, et il est trompeur : il fait croire que la règle est générale.

c) Elle ne l'est pas. Décompte pour le β+\beta^{+} : à gauche, l'atome de sodium porte 1111 électrons ; à droite, l'atome de néon n'en porte que 1010, et il faut en plus créer un POSITON. On a donc, en masse, un électron de trop à gauche et un positon de plus à droite, soit un déficit de deux masses d'électron : Q=[mNamNe2me]c2Q=[m_{\text{Na}}-m_{\text{Ne}}-2m_{e}]c^{2}. Numériquement : [21,99443721,991385]×931,494=2,843[21{,}994437-21{,}991385]\times 931{,}494=2{,}843 MeV, moins 1,0221{,}022 MeV, soit Q=1,821Q=1{,}821 MeV. La valeur tabulée est 1,8201{,}820 MeV. Ce 1,0221{,}022 MeV est le péage du chapitre, et l'oublier est l'erreur la plus courante en évaluation.

d) Conservation de la quantité de mouvement, le noyau initial étant au repos : pα=pThp_{\alpha}=p_{\text{Th}}, donc K=p22mK=\dfrac{p^{2}}{2m} se répartit en raison inverse des masses. Kα=QmThmTh+mα=4,271×234238=4,199K_{\alpha}=Q\dfrac{m_{\text{Th}}}{m_{\text{Th}}+m_{\alpha}}=4{,}271\times\dfrac{234}{238}=4{,}199 MeV et KTh=4,271×4238=0,0718K_{\text{Th}}=4{,}271\times\dfrac{4}{238}=0{,}0718 MeV, soit 71,871{,}8 keV. La particule α\alpha emporte 98,398{,}3 % de l'énergie, ce qui est exactement pourquoi on tabule l'énergie des α\alpha comme si elle valait QQ. L'approximation non relativiste se justifie en comparant KαK_{\alpha} à l'énergie de repos de l'hélium, 37273727 MeV : le rapport vaut 1,1×1031{,}1\times 10^{-3}, donc γ1103\gamma-1\approx 10^{-3}, et la correction relativiste est de l'ordre du millième, très en dessous de la précision des masses utilisées.

e) Ce noyau ne peut PAS se désintégrer par β+\beta^{+} : il lui manque 1,0221{,}022 MeV rien que pour payer la création de la paire, et QQ serait négatif. Il n'est pourtant pas stable pour autant, car il lui reste une autre voie, la CAPTURE ÉLECTRONIQUE : le noyau avale un électron de sa propre couche KK, p+en+νep+e^{-}\to n+\nu_{e}, ce qui produit exactement le même noyau fils sans avoir à créer de positon. Le seuil de la capture électronique est donc nul, et c'est le seul mode ouvert dans la fenêtre entre 00 et 1,0221{,}022 MeV. On la repère expérimentalement au rayonnement X caractéristique émis quand un électron des couches supérieures vient combler la lacune.

Exercice 5 : Décroissance, demi-vie et activité d'une source médicale

L'iode 131, utilisé en médecine nucléaire pour la thyroïde, a une demi-vie de 8,028{,}02 jours et une masse molaire de 131131 g/mol. On prépare une source contenant 1,001{,}00 μg d'iode 131 pur. On prendra NA=6,022×1023N_{A}=6{,}022\times 10^{23} mol1^{-1} et 11 Ci =3,7×1010=3{,}7\times 10^{10} Bq. La courbe donne la fraction restante en fonction du nombre de demi-vies écoulées.

123456780.10.20.30.40.50.60.70.80.911.1nombre de demi-viesN / N0
  • a) Calculez le nombre d'atomes de la source, puis la constante radioactive λ\lambda en s1^{-1}.
  • b) Calculez l'activité initiale en becquerels, en gigabecquerels et en millicuries.
  • c) Le patient revient 24,124{,}1 jours plus tard. Quelle est l'activité résiduelle ? Répondez d'abord de tête, puis vérifiez.
  • d) Combien de temps faut-il pour que l'activité tombe à 1,001{,}00 % de sa valeur initiale ? Exprimez d'abord le résultat en demi-vies.
  • e) Le technétium 99m a une demi-vie de 6,06{,}0 heures. Pour une même MASSE de produit, son activité est-elle plus grande ou plus petite que celle de l'iode 131, et dans quel rapport approximatif ? Quel critère guide en pratique le choix d'un isotope médical ?

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) N=4,60×1015N=4{,}60\times 10^{15} atomes et λ=1,00×106\lambda=1{,}00\times 10^{-6} s⁻¹
  • b) A0=4,60A_{0}=4{,}60 GBq, soit 124124 mCi
  • c) Trois demi-vies : activité divisée par huit, soit 0,5730{,}573 GBq
  • d) 6,646{,}64 demi-vies, soit 53,353{,}3 jours
  • e) 3232 fois plus actif à masse égale ; le choix est un compromis de durée

a) N=1,00×106131×6,022×1023=4,60×1015N=\dfrac{1{,}00\times 10^{-6}}{131}\times 6{,}022\times 10^{23}=4{,}60\times 10^{15} atomes. Un microgramme, c'est déjà quatre millions de milliards de noyaux : c'est la raison pour laquelle une source radioactive dangereuse peut être chimiquement indétectable. Constante radioactive : λ=ln2T1/2=0,6938,02×86400=1,00×106\lambda=\dfrac{\ln 2}{T_{1/2}}=\dfrac{0{,}693}{8{,}02\times 86\,400}=1{,}00\times 10^{-6} s1^{-1}. Attention à l'unité de temps : λ\lambda doit être en s1^{-1} pour que l'activité sorte en becquerels, et convertir la demi-vie en secondes est la première chose à faire, avant tout autre calcul.

b) A=λN=1,00×106×4,60×1015=4,60×109A=\lambda N=1{,}00\times 10^{-6}\times 4{,}60\times 10^{15}=4{,}60\times 10^{9} Bq, soit 4,604{,}60 GBq ou encore 4,60×1093,7×107=124\dfrac{4{,}60\times 10^{9}}{3{,}7\times 10^{7}}=124 mCi. Ces deux unités cohabitent encore dans les services de médecine nucléaire, les doses étant souvent prescrites en millicuries et mesurées en mégabecquerels : savoir passer de l'une à l'autre fait partie du chapitre.

c) 24,124{,}1 jours, c'est trois demi-vies à quelques heures près : 24,18,02=3,01\dfrac{24{,}1}{8{,}02}=3{,}01. L'activité est donc divisée par 23=82^{3}=8, ce qui se fait de tête : environ 0,580{,}58 GBq. Vérification : 4,60×23,01=0,5734{,}60\times 2^{-3{,}01}=0{,}573 GBq. Le calcul de tête vaut la peine d'être systématique, parce qu'il détecte immédiatement une erreur d'exponentielle : chaque fois que la durée est un multiple entier de la demi-vie, la réponse doit être une puissance de deux.

d) AA0=2n=0,0100\dfrac{A}{A_{0}}=2^{-n}=0{,}0100 donne n=ln100ln2=6,64n=\dfrac{\ln 100}{\ln 2}=6{,}64 demi-vies. C'est un nombre à retenir, il revient constamment : il faut environ sept demi-vies pour tomber à 1 %, et dix pour tomber à un millième. En jours : t=6,64×8,02=53,3t=6{,}64\times 8{,}02=53{,}3 jours. C'est la durée après laquelle les déchets d'un service d'iode 131 peuvent être traités comme des déchets ordinaires, et elle est fixée par cette arithmétique et rien d'autre.

e) À masse égale, le nombre d'atomes est comparable, à la masse molaire près, mais λ\lambda est inversement proportionnelle à la demi-vie : celle du technétium 99m est 8,02×246,0=32\dfrac{8{,}02\times 24}{6{,}0}=32 fois plus courte, donc son activité massique est environ 3232 fois plus GRANDE. Une demi-vie courte signifie une activité intense pour très peu de matière. Le choix d'un isotope médical est un compromis entre deux exigences opposées : la demi-vie doit être assez longue pour que le produit survive à sa fabrication, à son transport et à son accumulation dans l'organe, et assez courte pour que le patient cesse rapidement d'être irradié une fois l'examen terminé. Quelques heures est l'optimum pour un diagnostic, ce qui explique la domination du technétium 99m ; l'iode 131, plus long et émetteur β\beta, sert surtout à la thérapie, où l'on VEUT que l'irradiation dure.

Partie B : applications, réacteurs et dosimétrie (/50)

Exercice 6 : La datation uranium-plomb d'un zircon

L'uranium 238 se désintègre, au terme d'une longue chaîne dont la première étape est de très loin la plus lente, en plomb 206 stable. Sa demi-vie vaut 4,468×1094{,}468\times 10^{9} ans. Un cristal de zircon extrait d'une roche présente un rapport atomique plomb 206 sur uranium 238 égal à 0,5000{,}500.

  • a) Établissez l'expression du rapport NPbNU\dfrac{N_{\text{Pb}}}{N_{\text{U}}} en fonction du temps, en supposant que tout le plomb 206 présent provient de l'uranium.
  • b) Calculez l'âge du cristal.
  • c) Pourquoi la chaîne complète, qui compte quatorze désintégrations, peut-elle être traitée comme si l'uranium se transformait directement en plomb ?
  • d) Le zircon contient aussi de l'uranium 235, de demi-vie 7,04×1087{,}04\times 10^{8} ans, qui donne du plomb 207. Quel rapport N207N235\dfrac{N_{207}}{N_{235}} doit-on mesurer si l'âge trouvé en b) est correct ? En quoi cette seconde mesure est-elle précieuse ?
  • e) Nommez les deux hypothèses cachées de la méthode et dites, pour chacune, ce qui la rend crédible dans le cas particulier du zircon.

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c)
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Réponses

  • a) NPbNU=eλt1\dfrac{N_{Pb}}{N_{U}}=e^{\lambda t}-1 : la quantité initiale disparaît
  • b) t=2,61t=2{,}61 milliards d'années, un peu moins d'une demi-vie
  • c) La chaîne va au rythme de son maillon le plus lent, le premier
  • d) 12,112{,}1 attendu : deux horloges indépendantes, d'où la concordance
  • e) Le zircon accepte l'uranium, rejette le plomb, et reste clos

a) NU(t)=N0eλtN_{\text{U}}(t)=N_{0}e^{-\lambda t}, et chaque atome d'uranium disparu a produit un atome de plomb, donc NPb(t)=N0N0eλt=N0(1eλt)N_{\text{Pb}}(t)=N_{0}-N_{0}e^{-\lambda t}=N_{0}(1-e^{-\lambda t}). Le rapport vaut NPbNU=1eλteλt=eλt1\dfrac{N_{\text{Pb}}}{N_{\text{U}}}=\dfrac{1-e^{-\lambda t}}{e^{-\lambda t}}=e^{\lambda t}-1. Cette forme est la bonne à retenir : le rapport fils sur père croît EXPONENTIELLEMENT et sans borne, alors que la fraction de père restante décroît. On inverse : t=1λln(1+NPbNU)t=\dfrac{1}{\lambda}\ln\left(1+\dfrac{N_{\text{Pb}}}{N_{\text{U}}}\right). Remarquez que N0N_{0}, la quantité initiale d'uranium, a disparu : c'est ce qui rend la méthode utilisable, car personne ne sait combien d'uranium contenait le cristal à sa formation.

b) λ=ln24,468×109=1,551×1010\lambda=\dfrac{\ln 2}{4{,}468\times 10^{9}}=1{,}551\times 10^{-10} an1^{-1}. Puis t=ln1,5001,551×1010=0,40551,551×1010=2,61×109t=\dfrac{\ln 1{,}500}{1{,}551\times 10^{-10}}=\dfrac{0{,}4055}{1{,}551\times 10^{-10}}=2{,}61\times 10^{9} ans, soit 2,612{,}61 milliards d'années. Contrôle d'ordre de grandeur, à faire avant tout : le rapport 0,5000{,}500 signifie qu'un tiers de l'uranium initial est devenu du plomb, il en reste donc deux tiers, ce qui est un peu plus de la moitié, donc l'âge doit être un peu moins d'une demi-vie. 2,612{,}61 contre 4,474{,}47 milliards : cohérent.

c) Parce que la première étape est de très loin la plus lente, et qu'une chaîne va au rythme de son maillon le plus lent. La demi-vie de l'uranium 238 est de quatre milliards et demi d'années, celles de tous les intermédiaires vont de la fraction de seconde aux 245000245\,000 ans de l'uranium 234, soit au moins quatre ordres de grandeur en dessous. Dès qu'un atome d'uranium 238 se désintègre enfin, sa descendance traverse toute la chaîne en un temps négligeable à l'échelle géologique et se retrouve en plomb 206. À l'échelle du million d'années, la chaîne se comporte donc exactement comme une transformation directe, et aucun des treize intermédiaires n'a besoin d'être suivi.

d) λ235=ln27,04×108=9,845×1010\lambda_{235}=\dfrac{\ln 2}{7{,}04\times 10^{8}}=9{,}845\times 10^{-10} an1^{-1}, donc λ235t=9,845×1010×2,61×109=2,573\lambda_{235}t=9{,}845\times 10^{-10}\times 2{,}61\times 10^{9}=2{,}573 et N207N235=e2,5731=12,1\dfrac{N_{207}}{N_{235}}=e^{2{,}573}-1=12{,}1. Cette seconde mesure est précieuse parce qu'elle est INDÉPENDANTE : deux horloges de constantes très différentes, l'une lente et l'autre six fois plus rapide, tournent dans le même cristal. Si elles donnent le même âge, on dit que la datation est concordante, et il devient extrêmement improbable qu'une perturbation ait faussé les deux exactement de la même façon. Si elles divergent, l'écart lui-même renseigne sur l'événement qui a perturbé le cristal, et c'est le principe de la courbe concordia utilisée par les géochronologues.

e) Première hypothèse : le cristal ne contenait AUCUN plomb 206 à sa formation. Dans le cas du zircon, elle est solide pour une raison chimique et non physique : le réseau cristallin du zircon accepte volontiers l'uranium à la place du zirconium, dont le rayon ionique est proche, et rejette au contraire le plomb. Un zircon naît donc pratiquement sans plomb, et tout celui qu'on y trouve est radiogénique. Seconde hypothèse : le système est resté CLOS, aucun uranium ni aucun plomb n'étant entré ou sorti depuis la formation. Là encore le zircon est exceptionnel : c'est un minéral extrêmement réfractaire et chimiquement inerte, qui survit à l'érosion, au transport et même à un épisode métamorphique. Ce sont ces deux propriétés, et pas une supériorité de la physique, qui font du zircon le minéral de référence de la géochronologie, et qui ont permis de dater à 4,44{,}4 milliards d'années les plus vieux fragments de croûte terrestre connus.

Exercice 7 : La filiation radioactive et l'équilibre séculaire

Dans la chaîne de l'uranium 238 (T1/2=4,468×109T_{1/2}=4{,}468\times 10^{9} ans) figure le radium 226, de demi-vie 16001600 ans, lui-même père du radon 222, de demi-vie 3,823{,}82 jours. La figure schématise les trois maillons avec leurs demi-vies.

U-238Ra-226Rn-2224,47 Ga1600 ans3,82 joursa l'equilibre, les trois activites sont egales
  • a) Expliquez ce qu'est l'équilibre séculaire et à quelle condition sur les demi-vies il s'établit.
  • b) Démontrez qu'à l'équilibre les activités du père et du fils sont égales, puis que N2N1=T2T1\dfrac{N_{2}}{N_{1}}=\dfrac{T_{2}}{T_{1}}.
  • c) Calculez la masse de radium 226 contenue dans une tonne d'uranium naturel supposé pur en uranium 238. Comparez au rendement historique du traitement de la pechblende par Marie Curie.
  • d) Calculez l'activité de cette tonne d'uranium, puis vérifiez qu'elle est bien égale à celle du radium qu'elle contient.
  • e) Au bout de combien de temps le radon 222 d'un échantillon de radium fraîchement purifié atteint-il 99 % de son activité d'équilibre ?

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Réponses

  • a) Il faut T1T2T_{1}\gg T_{2} : ici un facteur trois millions
  • b) λ1N1=λ2N2\lambda_{1}N_{1}=\lambda_{2}N_{2} donne A1=A2A_{1}=A_{2} et N2N1=T2T1\dfrac{N_{2}}{N_{1}}=\dfrac{T_{2}}{T_{1}}
  • c) 0,3400{,}340 g de radium par tonne : le rendement de Marie Curie
  • d) 1,24×10101{,}24\times 10^{10} Bq, par l'uranium comme par le radium
  • e) 6,646{,}64 demi-vies du FILS, soit 25,425{,}4 jours

a) L'équilibre séculaire est l'état où le fils est produit exactement aussi vite qu'il disparaît, de sorte que sa quantité reste constante alors qu'il est instable. Il s'établit à la condition que la demi-vie du père soit TRÈS GRANDE devant celle du fils, T1T2T_{1}\gg T_{2} : le père alimente alors la population de fils à un rythme pratiquement constant sur la durée de vie du fils. Ici le rapport est de 4,474{,}47 milliards d'années contre 16001600 ans, un facteur trois millions : la condition est largement remplie.

b) Le nombre d'atomes du fils obéit à dN2dt=λ1N1λ2N2\dfrac{dN_{2}}{dt}=\lambda_{1}N_{1}-\lambda_{2}N_{2}, la production par le père moins sa propre disparition. À l'équilibre, N2N_{2} ne varie plus, donc dN2dt=0\dfrac{dN_{2}}{dt}=0, ce qui donne immédiatement λ1N1=λ2N2\lambda_{1}N_{1}=\lambda_{2}N_{2}, c'est-à-dire A1=A2A_{1}=A_{2} : les activités sont égales. En remplaçant λ\lambda par ln2T\dfrac{\ln 2}{T}, le ln2\ln 2 se simplifie et il reste N1T1=N2T2\dfrac{N_{1}}{T_{1}}=\dfrac{N_{2}}{T_{2}}, soit N2N1=T2T1\dfrac{N_{2}}{N_{1}}=\dfrac{T_{2}}{T_{1}}. Le résultat mérite d'être lu en français : le fils est présent en quantité d'autant plus faible qu'il est éphémère, dans le rapport exact des demi-vies.

c) NRaNU=16004,468×109=3,58×107\dfrac{N_{\text{Ra}}}{N_{\text{U}}}=\dfrac{1600}{4{,}468\times 10^{9}}=3{,}58\times 10^{-7}. Pour passer aux masses, on multiplie par le rapport des masses molaires : mRa=3,58×107×226238×106m_{\text{Ra}}=3{,}58\times 10^{-7}\times\dfrac{226}{238}\times 10^{6} g =0,340=0{,}340 g par tonne d'uranium. Environ un tiers de gramme de radium par tonne : c'est exactement le rendement que Marie Curie a obtenu, elle qui a traité plusieurs tonnes de résidus de pechblende pour isoler quelques décigrammes de chlorure de radium. Ce chiffre, que la physique nucléaire donne en deux lignes, a coûté quatre ans de travail chimique en 1898, avant qu'on sache qu'une chaîne de filiation en fixe la valeur.

d) Une tonne d'uranium 238 contient N=106238×6,022×1023=2,53×1027N=\dfrac{10^{6}}{238}\times 6{,}022\times 10^{23}=2{,}53\times 10^{27} atomes. λU=ln24,468×109×3,156×107=4,92×1018\lambda_{\text{U}}=\dfrac{\ln 2}{4{,}468\times 10^{9}\times 3{,}156\times 10^{7}}=4{,}92\times 10^{-18} s1^{-1}, en secondes. Activité : A=1,24×1010A=1{,}24\times 10^{10} Bq, soit environ 1212 GBq par tonne. Vérification par le radium : NRa=3,58×107×2,53×1027=9,07×1020N_{\text{Ra}}=3{,}58\times 10^{-7}\times 2{,}53\times 10^{27}=9{,}07\times 10^{20} atomes, λRa=ln21600×3,156×107=1,37×1011\lambda_{\text{Ra}}=\dfrac{\ln 2}{1600\times 3{,}156\times 10^{7}}=1{,}37\times 10^{-11} s1^{-1}, d'où A=1,24×1010A=1{,}24\times 10^{10} Bq. Les deux coïncident, comme la théorie l'impose. Une tonne d'uranium naturel, matériau que l'on manipule couramment, émet donc autant que le tiers de gramme de radium qu'elle contient.

e) La montée vers l'équilibre suit A2(t)=A1(1eλ2t)A_{2}(t)=A_{1}\left(1-e^{-\lambda_{2}t}\right), gouvernée par la constante du FILS et non par celle du père : c'est un point que les étudiants intervertissent régulièrement. On veut 1eλ2t=0,991-e^{-\lambda_{2}t}=0{,}99, soit λ2t=ln100=4,605\lambda_{2}t=\ln 100=4{,}605, donc t=4,605ln2×3,82=6,64×3,82=25,4t=\dfrac{4{,}605}{\ln 2}\times 3{,}82=6{,}64\times 3{,}82=25{,}4 jours. On retrouve les mêmes 6,646{,}64 demi-vies que pour une décroissance à 1 %, ce qui est logique puisque c'est le complément du même exponentiel. Un mois après purification, un échantillon de radium est donc en équilibre avec son radon, et c'est pourquoi une source de radium scellée doit être manipulée comme une source de gaz radioactif.

Exercice 8 : Cinq affirmations à corriger

Chacune des cinq affirmations suivantes est fausse, ou fausse par un détail décisif. Dites ce qui cloche et donnez l'énoncé correct. Deux points chacune.

  • a) « Une source de demi-vie 88 jours est complètement éteinte au bout de 1616 jours, puisque deux fois huit font seize. »
  • b) « L'uranium 238 a une énergie de liaison de 18001800 MeV contre 492492 MeV pour le fer 56 : c'est donc lui le noyau le plus solidement lié des deux. »
  • c) « Dans une désintégration β\beta^{-}, l'électron émis provient du cortège électronique de l'atome, puisque le noyau ne contient pas d'électrons. »
  • d) « Un rayonnement α\alpha est le plus dangereux des trois, puisqu'une feuille de papier suffit à l'arrêter alors qu'il faut du plomb pour le γ\gamma. »
  • e) « L'activité d'un échantillon ne dépend que de sa masse : deux grammes de n'importe quel isotope radioactif ont la même activité. »

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Réponses

  • a) Deux demi-vies laissent 25%25\,\% : une exponentielle n'atteint jamais zéro
  • b) B/AB/A vaut 8,7908{,}790 pour le fer contre 7,5707{,}570 pour l'uranium
  • c) L'électron est créé lors de la transformation np+e+νˉen\to p+e^{-}+\bar{\nu}_{e}
  • d) L'alpha est inoffensif dehors, redoutable dedans : facteur de qualité 2020
  • e) A=λNA=\lambda N : trente-six ordres de grandeur séparent les demi-vies

a) Faux, et l'erreur est de traiter une exponentielle comme une droite. Après deux demi-vies, il reste (12)2=25\left(\tfrac{1}{2}\right)^{2}=25 % de l'activité initiale, pas zéro. La décroissance radioactive n'atteint JAMAIS zéro en un temps fini : c'est un processus multiplicatif, chaque demi-vie divise par deux ce qui reste. Énoncé correct : au bout de 1616 jours il reste un quart de l'activité, et il faut environ sept demi-vies, soit 5353 jours, pour descendre au centième.

b) L'affirmation confond deux grandeurs. L'énergie de liaison TOTALE croît naturellement avec la taille du noyau, un noyau de 238238 nucléons ayant simplement plus de liens à comptabiliser qu'un noyau de 5656. Le bon critère est l'énergie de liaison PAR NUCLÉON : 7,5707{,}570 MeV pour l'uranium contre 8,7908{,}790 MeV pour le fer. Énoncé correct : c'est le fer 56 qui est le mieux lié des deux, et il se trouve d'ailleurs au sommet de la courbe, ce qui fait de lui le point d'arrivée de toute la nucléosynthèse stellaire et le terme au-delà duquel plus aucune fusion ne libère d'énergie.

c) Faux. L'électron β\beta^{-} est CRÉÉ au moment de la désintégration, lors de la transformation d'un neutron en proton, np+e+νˉen\to p+e^{-}+\bar{\nu}_{e} : il n'existait pas avant, ni dans le noyau ni ailleurs. C'est la même chose pour le positon du β+\beta^{+}. L'idée qu'une particule émise devait préexister est un réflexe de mécanique classique, et l'interaction faible n'y obéit pas : elle convertit des particules les unes dans les autres. Énoncé correct : le cortège électronique n'intervient que dans un mode précis, la capture électronique, où le noyau avale au contraire un électron atomique.

d) L'affirmation dit la bonne chose pour la mauvaise raison, et se trompe donc sur ce qui compte. Le faible pouvoir de pénétration de l'α\alpha le rend inoffensif à l'EXTÉRIEUR du corps, où la couche morte de l'épiderme suffit à l'arrêter. Mais il devient de loin le plus dangereux en contamination INTERNE, inhalé ou ingéré, précisément parce qu'il dépose toute son énergie sur quelques dizaines de micromètres, dans un tissu vivant : d'où son facteur de qualité de 2020 contre 11 pour le β\beta et le γ\gamma. Énoncé correct : la dangerosité d'un rayonnement n'a de sens qu'assortie d'un scénario d'exposition, externe ou interne, et le radon inhalé est l'exemple type d'un α\alpha redoutable.

e) Faux. L'activité vaut A=λNA=\lambda N : à masse donnée, elle est inversement proportionnelle à la demi-vie et aussi, plus faiblement, à la masse molaire. Un gramme de technétium 99m, de demi-vie six heures, est des milliards de fois plus actif qu'un gramme d'uranium 238, de demi-vie quatre milliards et demi d'années. Énoncé correct : ce qui distingue les isotopes n'est pas leur masse mais leur λ\lambda, et l'ordre de grandeur des demi-vies rencontrées va de la nanoseconde à 101910^{19} ans, soit trente-six ordres de grandeur. Aucune autre grandeur du programme n'a une telle étendue.

Exercice 9 : Problème : le réacteur, de la fission au mégawatt

Une centrale nucléaire délivre 10001000 MW de puissance électrique avec un rendement thermodynamique de 3333 %. Chaque fission d'un noyau d'uranium 235 libère en moyenne 200200 MeV. On prendra 11 eV =1,602×1019=1{,}602\times 10^{-19} J, M(235U)=235M(^{235}\mathrm{U})=235 g/mol, et un pouvoir calorifique du charbon de 3030 MJ/kg.

  • a) Calculez la puissance thermique du réacteur, puis l'énergie libérée par une fission en joules, puis le nombre de fissions par seconde.
  • b) Calculez la masse d'uranium 235 consommée par jour.
  • c) Calculez la masse de charbon qu'il faudrait brûler par jour pour la même puissance thermique, et donnez le rapport.
  • d) Calculez la masse convertie en énergie par jour, à comparer aux trois kilos de la question b). Que représente cette masse en pourcentage du combustible consommé ?
  • e) Le facteur de multiplication doit valoir exactement k=1k=1 en fonctionnement. Expliquez pourquoi un réacteur serait impilotable si toutes les fissions étaient instantanées, et ce qui rend le pilotage possible en pratique.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Pth=3,03P_{th}=3{,}03 GW, 3,204×10113{,}204\times 10^{-11} J par fission, 9,46×10199{,}46\times 10^{19} fissions/s
  • b) 3,193{,}19 kg d'uranium 235 fissionnés par jour
  • c) 8,73×1068{,}73\times 10^{6} kg de charbon, soit 2,72{,}7 millions de fois plus
  • d) 2,912{,}91 g convertis, environ un millième du combustible : le reste devient déchet
  • e) Les neutrons retardés portent le temps de génération à une dizaine de secondes

a) Puissance thermique : Pth=10000,33=3,03×103P_{\text{th}}=\dfrac{1000}{0{,}33}=3{,}03\times 10^{3} MW =3,03×109=3{,}03\times 10^{9} W. Les deux tiers partent dans le condenseur et la tour de refroidissement, et ce n'est pas un défaut de conception mais la limite de Carnot appliquée aux températures d'un circuit à eau. Énergie d'une fission : 200×106×1,602×1019=3,204×1011200\times 10^{6}\times 1{,}602\times 10^{-19}=3{,}204\times 10^{-11} J. Nombre de fissions par seconde : 3,03×1093,204×1011=9,46×1019\dfrac{3{,}03\times 10^{9}}{3{,}204\times 10^{-11}}=9{,}46\times 10^{19} s1^{-1}. Presque 102010^{20} fissions par seconde, dans un cœur qu'on peut faire tenir dans une pièce.

b) Nombre de fissions par jour : 9,46×1019×86400=8,17×10249{,}46\times 10^{19}\times 86\,400=8{,}17\times 10^{24}. Masse correspondante : 8,17×10246,022×1023×235=3,19×103\dfrac{8{,}17\times 10^{24}}{6{,}022\times 10^{23}}\times 235=3{,}19\times 10^{3} g, soit 3,193{,}19 kg par jour. Un peu plus de trois kilogrammes d'uranium 235 fissionnés par jour pour alimenter une ville : c'est le chiffre qui rend l'énergie nucléaire singulière, et il faut le manier avec honnêteté, la masse de combustible réellement chargée dans le cœur étant bien plus grande, plusieurs dizaines de tonnes, puisque seule une fraction de l'uranium est fissile et fissionnée avant remplacement.

c) 3,03×1093,0×107=101\dfrac{3{,}03\times 10^{9}}{3{,}0\times 10^{7}}=101 kg/s, soit 101×86400=8,73×106101\times 86\,400=8{,}73\times 10^{6} kg par jour, environ 87008700 tonnes de charbon quotidiennes. Le rapport avec les 3,193{,}19 kg d'uranium vaut 2,72{,}7 millions. C'est l'ordre de grandeur qui sépare une énergie chimique, quelques électronvolts par atome, d'une énergie nucléaire, deux cents millions d'électronvolts par noyau : un facteur de l'ordre de 10710^{7} à la source, atténué ici par le fait que tout l'uranium chargé ne fissionne pas. Un train de charbon par jour contre une valise.

d) L'énergie thermique produite en un jour vaut 3,03×109×86400=2,62×10143{,}03\times 10^{9}\times 86\,400=2{,}62\times 10^{14} J. La masse correspondante est m=Ec2=2,62×10149,00×1016=2,91×103m=\dfrac{E}{c^{2}}=\dfrac{2{,}62\times 10^{14}}{9{,}00\times 10^{16}}=2{,}91\times 10^{-3} kg, soit environ 2,92{,}9 grammes. Rapportée aux 3,193{,}19 kg consommés, cela représente 0,0910{,}091 %, à peu près un millième. C'est la lecture concrète de E=mc2E=mc^{2} dans ce chapitre : la fission ne fait pas disparaître le combustible, elle en réarrange les nucléons et n'en convertit qu'un millième en énergie. Les trois kilos de matière fissionnée sont toujours là après coup, sous forme de produits de fission, et c'est exactement le problème des déchets.

e) Si toutes les fissions étaient instantanées, le temps entre deux générations de neutrons serait de l'ordre de 10410^{-4} s, voire 10810^{-8} s pour les neutrons rapides. Un écart de seulement 0,10{,}1 % sur kk ferait alors croître la puissance d'un facteur ee toutes les fractions de seconde : aucune barre de commande, aucun automatisme, aucun opérateur ne pourrait réagir. Ce qui rend le pilotage possible, c'est que 0,650{,}65 % environ des neutrons de fission sont des neutrons RETARDÉS, émis quelques secondes à quelques minutes après la fission par la décroissance de certains produits. On exploite le réacteur dans un régime où la criticité n'est atteinte QU'AVEC la contribution de ces neutrons retardés, ce qui porte le temps de génération effectif à une dizaine de secondes. Toute la commandabilité d'un réacteur tient à ce pour cent de neutrons en retard, et l'accident de réactivité est précisément le franchissement du seuil au-delà duquel le réacteur devient critique sans eux.

Exercice 10 : Problème : le radon d'une cave, de l'activité à la dose

Le radon 222 est un gaz noble radioactif, émetteur α\alpha, de demi-vie 3,823{,}82 jours et de masse molaire 222222 g/mol. Il s'échappe du sol et s'accumule dans les sous-sols mal ventilés. On mesure une concentration d'activité de 400400 Bq/m3^{3} dans une cave de 3,003{,}00 m sur 4,004{,}00 m et 2,502{,}50 m de hauteur. On donne le facteur de conversion en dose : une exposition permanente à 11 Bq/m3^{3} correspond à environ 0,0160{,}016 mSv par an.

  • a) Calculez la constante radioactive du radon, puis le nombre d'atomes de radon par mètre cube et la masse correspondante. Commentez.
  • b) Calculez l'activité totale du radon présent dans la cave.
  • c) La cave est ventilée à raison d'un demi-renouvellement d'air par heure. Comparez la constante de disparition par ventilation à la constante radioactive, et concluez sur le mécanisme qui gouverne réellement la concentration.
  • d) Calculez la dose annuelle reçue par une personne qui y séjournerait en permanence, et comparez à l'exposition naturelle moyenne de 2,42{,}4 mSv par an.
  • e) Le radon est un gaz noble, donc chimiquement inerte, et il est exhalé aussitôt qu'inhalé. D'où vient alors le risque ?

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) 1,90×1081{,}90\times 10^{8} atomes et 7070 femtogrammes par m³ : indétectable chimiquement
  • b) 30,030{,}0 m³ et 1212 kBq au total
  • c) La ventilation évacue 6666 fois plus vite : c'est elle qui fixe tout
  • d) 6,46{,}4 mSv par an, près de trois fois l'exposition naturelle
  • e) La descendance métallique se dépose dans les bronches et y émet en alpha

a) λ=ln23,82×86400=2,10×106\lambda=\dfrac{\ln 2}{3{,}82\times 86\,400}=2{,}10\times 10^{-6} s1^{-1}. De A=λNA=\lambda N on tire N=4002,10×106=1,90×108N=\dfrac{400}{2{,}10\times 10^{-6}}=1{,}90\times 10^{8} atomes par mètre cube. Masse : 1,90×1086,022×1023×222=7,0×1014\dfrac{1{,}90\times 10^{8}}{6{,}022\times 10^{23}}\times 222=7{,}0\times 10^{-14} g par mètre cube, soit 7070 femtogrammes. Le commentaire est l'essentiel de la question : une concentration jugée préoccupante par toutes les agences sanitaires correspond à moins d'un dixième de picogramme par mètre cube. Aucune analyse chimique au monde ne détecterait cela, et c'est bien pourquoi on mesure le radon par son activité et jamais par sa concentration. La radioactivité est, de très loin, la méthode analytique la plus sensible dont dispose la physique.

b) Volume : 3,00×4,00×2,50=30,03{,}00\times 4{,}00\times 2{,}50=30{,}0 m3^{3}. Activité totale : 400×30,0=1,20×104400\times 30{,}0=1{,}20\times 10^{4} Bq, soit 1212 kBq. Douze mille désintégrations α\alpha par seconde dans le volume d'une petite pièce, produites par soixante-dix mille milliardièmes de gramme de gaz.

c) Un demi-renouvellement par heure correspond à une constante de disparition λv=0,503600=1,39×104\lambda_{v}=\dfrac{0{,}50}{3600}=1{,}39\times 10^{-4} s1^{-1}. Le rapport avec la constante radioactive vaut 1,39×1042,10×106=66\dfrac{1{,}39\times 10^{-4}}{2{,}10\times 10^{-6}}=66. La ventilation évacue donc le radon soixante-six fois plus vite que sa propre désintégration : c'est elle, et elle seule, qui fixe la concentration d'équilibre, la décroissance radioactive étant négligeable dans ce bilan. Conséquence pratique immédiate et contre-intuitive : attendre ne sert à rien malgré la demi-vie de quatre jours, alors qu'ouvrir une bouche d'aération divise la concentration dans le rapport des débits. La remédiation du radon est un problème de ventilation, jamais de patience.

d) 400×0,016=6,4400\times 0{,}016=6{,}4 mSv par an, contre 2,42{,}4 mSv d'exposition naturelle moyenne toutes sources confondues. Une personne qui vivrait en permanence dans cette cave recevrait donc près de trois fois l'exposition naturelle, du seul fait du radon. C'est l'ordre de grandeur qui justifie les seuils réglementaires, fixés à 200200 Bq/m3^{3} au Canada et 300300 Bq/m3^{3} dans l'Union européenne : à 400400 Bq/m3^{3}, la cave dépasse les deux.

e) Le risque ne vient presque pas du radon lui-même mais de sa DESCENDANCE. Le radon 222 se désintègre en polonium 218, puis plomb 214, bismuth 214, polonium 214, une cascade de demi-vies courtes, de la minute à la fraction de seconde, dont deux émetteurs α\alpha. Ces descendants sont des MÉTAUX, pas des gaz nobles : ils se fixent sur les poussières et les aérosols de l'air, sont inhalés avec eux et se DÉPOSENT durablement sur l'épithélium bronchique, où ils continuent à émettre. On se retrouve donc avec une source α\alpha collée contre un tissu vivant, dans la configuration exacte où le facteur de qualité de 2020 s'applique, alors que le radon parent, lui, a bien été exhalé. C'est le mécanisme qui fait du radon la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac, et c'est un exemple parfait de la règle du chapitre : un rayonnement α\alpha n'est dangereux qu'en contamination interne, mais il l'est alors énormément.

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