Exercice 1 : Le Schweppes : un bon antipaludique sans risque pour la santé ?
9 points Avancement et dosagesAcide-base, pKa et titragesChimie organique et synthèseRésolution de problème et exploitation de documents
La quinine a été extraite pour la première fois des écorces du quinquina jaune le 26 juin 1820 par Pelletier et Caventou.
Elle reste un médicament majeur pour le traitement du paludisme qui touche 249 millions de personnes dans le monde en 2022.
Source : d'après Médiachimie et who.int
Sur le site du Collège National de Pharmacologie Médicale, on peut lire :
« La quinine s'utilise par voie orale pour le traitement du paludisme à raison de 3 prises de 8 mg/kg de masse corporelle, espacées de 8 heures, pendant 7 jours ».
Source : pharmacomedicale.org
Sur l'étiquette d'une canette de Schweppes, on peut lire que cette boisson contient de la quinine :
Composition du Schweppes®
Ingrédients : eau gazéifiée avec du dioxyde de carbone, sucre, acidifiants (E330, E331), arôme, quinine, conservateur (E211).
Dans la première partie de cet exercice, pour savoir si cette boisson peut être utilisée comme antipaludique, on dose par étalonnage la quantité de quinine contenue dans le Schweppes® par fluorescence.
Dans la seconde partie, on titre l'acide citrique contenu dans le Schweppes®.
- Données :
- La quinine est une molécule organique dont le nom officiel est :
6-méthoxyquinolin-4-yl(5-vinylquinuclidin-2-yl)-méthanol
Représentation de la molécule de quinine - - Sa masse molaire est : .
- Cette molécule est une dibase notée Q dont les valent 4,4 et 9,0 à 25 °C. Les formes acides de la quinine peuvent être symbolisées par et .
- La fluorescence est l'émission lumineuse provoquée par l'excitation des électrons d'une molécule (ou d'un atome), généralement par absorption d'un photon, immédiatement suivie d'une émission spontanée de lumière.
Source : d'après Wikipédia
- Spectre d'émission de fluorescence d'une solution acidifiée de quinine :
Spectre d'émission de fluorescence d'une solution acidifiée de quinine - Source : d'après BUP n°944
- Sous irradiation UV, les formes et émettent respectivement une fluorescence bleue et violette alors que la forme Q n'est pas fluorescente. - Partie A : Étude de la molécule de quinine et dosage de la quinine contenue dans le Schweppes®
- 1. Étude de la molécule de quinine
- Q.1. Justifier le suffixe « -ol » dans le nom officiel de la quinine.
- Q.2. Justifier, à l'aide de son spectre d'émission, la couleur de la lumière émise par fluorescence par une solution acidifiée de quinine.
- Q.3. Représenter le diagramme de prédominance des différentes formes acido-basiques de la quinine. En déduire les couleurs de fluorescence attendues dans les différents domaines de pH.
- 2. Dosage par étalonnage de la quinine contenue dans le Schweppes®
- Pour déterminer la teneur en quinine du Schweppes®, il est possible de réaliser un dosage par spectrophotométrie de fluorescence.
- Le dosage par fluorescence exploite le fait que l'intensité lumineuse provoquée par fluorescence est proportionnelle à la concentration de l'espèce chimique fluorescente selon l'expression simplifiée suivante : , avec l'intensité de fluorescence (en unité arbitraire notée u.a), une constante (en ), l'intensité de la source lumineuse incidente (en u.a), et la concentration en quantité de matière de l'espèce chimique fluorescente (en ).
- Protocole expérimental :
- Étape 1 : À partir d'une solution mère acidifiée de quinine de concentration , on prépare un volume mL de solutions étalons de différentes concentrations :
S1 S2 S3 S4 S5 (en ) (unité arbitraire, u.a) 728 480 253 219 116 - Étape 2 : On mesure l'intensité de fluorescence à 450 nm de chaque solution étalon et on trace la courbe donnant l'intensité de fluorescence en fonction de la concentration. La courbe obtenue est la suivante :
- Étape 3 : L'intensité de fluorescence mesurée pour une solution de Schweppes® diluée 100 fois est égale à 319 u.a.
- Q.4. Calculer la valeur du volume de solution mère à prélever pour préparer la solution .
- Q.5. Indiquer le protocole à suivre pour préparer cette solution, en précisant la verrerie utilisée.
- Q.6. Justifier l'allure de la courbe obtenue lorsque l'on trace .
- Q.7. Déterminer la valeur de la concentration en quantité de matière en quinine dans le Schweppes®.
- Les boissons « tonic » peuvent contenir jusqu'à de quinine sans inconvénient pour la santé.
- Q.8. Indiquer si le Schweppes® respecte ce critère.
- Q.9. Expliquer si une personne de 50 kg peut utiliser le Schweppes® pour le traitement du paludisme.
- Le candidat est invité à prendre des initiatives et à présenter sa démarche. Toute démarche pertinente, même non aboutie, sera valorisée.
- Partie B : Dosage par titrage de l'acide citrique contenu dans le Schweppes®
- Déjà critiquées pour leur teneur en sucres, en caféine et autres substances pas toujours identifiées, les sodas et les jus de fruits sont des boissons particulièrement acides. Consommées régulièrement dans la journée, elles attaquent les dents qui perdent de l'émail et deviennent plus sensibles.
Source : d'après Doctissimo - La teneur en acide citrique du Schweppes®, peut être mesurée par titrage pH-métrique.
- Protocole expérimental :
- 20,0 mL de Schweppes® sont placés sous agitation pendant quelques heures dans un bécher pour dégazer la boisson. La boisson est alors titrée par une solution d'hydroxyde de sodium de concentration .
- L'acide citrique est un triacide qui réagit avec l'hydroxyde de sodium selon la réaction support du titrage dont l'équation est :
- La courbe du titrage est donnée ci-dessous :
- Données :
- les couples acide/base des espèces carbonatées sont :
• ;
• . - Q.10. Sélectionner parmi les termes suivants, la ou les qualité(s) que doit posséder la réaction support du titrage : lente, rapide, unique, multiple, totale, non-totale.
- Q.11. Justifier la nécessité de dégazer par agitation la boisson avant de réaliser le titrage de l'acide citrique.
- Q.12. Déterminer, en détaillant la démarche suivie, la valeur de la concentration en acide citrique dans la boisson.
- Q.13. Comparer cette valeur à la concentration maximale admissible en acide citrique qui est fixée à .
- Q.14. Indiquer, en justifiant la réponse, si on peut utiliser la quinine contenue dans le Schweppes® comme indicateur coloré dans le cas du dosage colorimétrique sous UV de l'acide citrique.
Voir la correction
Réponses
- Q.1 Groupe hydroxyle porté par un carbone tétraédrique : fonction alcool (secondaire)
- Q.2 Maximum d'émission vers nm : lumière bleue
- Q.3 (bleue) pour ; (violette) entre et ; (aucune) au-delà de
- Q.4 mL
- Q.5 Pipette jaugée de mL, fiole jaugée de mL, compléter au trait de jauge, homogénéiser
- Q.6 Droite passant par l'origine : , proportionnalité
- Q.7 , donc
- Q.8 : critère respecté
- Q.9 mg par prise, soit L de Schweppes par prise et L par jour : impossible
- Q.10 Rapide, unique, totale
- Q.11 Le dissous est un acide titré par : et seraient surestimés
- Q.12 mL,
- Q.13 : conforme, environ fois en dessous
- Q.14 Oui : l'extinction de la fluorescence violette à a lieu dans le saut, vers mL
Q.1. En nomenclature, le suffixe « -ol » signale la fonction ALCOOL : un groupe hydroxyle porté par un atome de carbone tétraédrique, c'est-à-dire lié par quatre liaisons simples. Sur la représentation de la quinine, le groupe est lié à un carbone qui porte aussi un atome d'hydrogène, le cycle quinoléine et le bicycle azoté : ce carbone est bien tétraédrique, et il n'appartient à aucun cycle aromatique (un sur un cycle aromatique serait un phénol). Le nom « ...-méthanol » le dit : la chaîne principale est le méthanol, dont le carbone porte les deux substituants nommés devant, « 6-méthoxyquinolin-4-yl » et « 5-vinylquinuclidin-2-yl ».
Ce carbone étant lié à deux autres atomes de carbone, l'alcool est secondaire. Erreur fréquente : confondre le groupe hydroxyle avec le groupe méthoxy , qui est un éther (préfixe « méthoxy- ») et n'a rien à voir avec le suffixe « -ol ».
Q.2. La couleur perçue d'une lumière émise est celle des radiations qu'elle contient en majorité. Le spectre d'émission de fluorescence s'étend d'environ nm à nm, avec un maximum d'intensité vers nm, et il est faible au-delà de nm. Or le domaine à nm est celui du bleu. La lumière émise par une solution acidifiée de quinine est donc BLEUE.
Vérification avec les données : en milieu acide, la forme qui prédomine est (question suivante), dont l'énoncé dit justement qu'elle émet une fluorescence bleue. Il faut bien parler ici de couleur ÉMISE, lue directement sur le maximum du spectre : la règle de la couleur complémentaire ne s'applique qu'à une espèce qui ABSORBE la lumière blanche.
Q.3. La quinine est une dibase : ses deux couples sont , de , et , de . Pour chaque couple, la relation montre que l'acide prédomine pour et la base pour . L'espèce , base du premier couple et acide du second, prédomine donc entre les deux . Le diagramme de prédominance, sur un axe de pH orienté vers la droite :
prédomine pour ; prédomine pour ; prédomine pour , les frontières étant placées en et .
D'après les données sur la fluorescence sous UV : pour , fluorescence BLEUE (forme ) ; pour , fluorescence VIOLETTE (forme ) ; pour , AUCUNE fluorescence (forme ). Ce sont exactement les trois zones tracées sur la courbe de titrage de la partie B. Erreur fréquente : ranger les espèces dans le mauvais ordre ; la forme la plus chargée positivement, celle qui a capté le plus de protons, est toujours du côté des pH les plus faibles.
Q.4. Lors d'une dilution, la quantité de matière de soluté prélevée dans la solution mère se retrouve entière dans la solution fille : . Pour la solution , , donc mL.
Vérification : le facteur de dilution vaut , et mL. Le volume peut rester en millilitres de bout en bout, puisque les deux concentrations sont dans la même unité.
Q.5. Protocole de dilution : verser un peu de solution mère dans un bécher propre (on ne pipette jamais dans le flacon) ; prélever mL de cette solution avec une pipette jaugée de mL munie d'une propipette ; l'introduire dans une fiole jaugée de mL ; ajouter le solvant (eau distillée acidifiée, pour garder la quinine sous sa forme acide fluorescente comme dans les autres étalons) jusqu'aux deux tiers, boucher et agiter ; compléter jusqu'au trait de jauge, le bas du ménisque sur le trait ; boucher et retourner plusieurs fois pour homogénéiser.
Erreur fréquente : prélever avec une éprouvette graduée ou une pipette graduée et diluer dans un bécher. La verrerie jaugée est celle qui garantit les trois chiffres significatifs des concentrations du tableau.
Q.6. La courbe est une droite qui passe par l'origine : les points expérimentaux sont alignés, aux erreurs de mesure près, sur une droite tracée depuis . C'est ce que prévoit la loi donnée : , avec constante et fixée par la source du spectrofluorimètre, identique pour toutes les mesures. Le produit est donc une constante et est PROPORTIONNELLE à la concentration de l'espèce fluorescente.
Ordre de grandeur du coefficient directeur, lu sur la droite : elle passe par environ u.a. pour , soit , u.a. par . La proportionnalité n'est valable qu'aux faibles concentrations, d'où les étalons de l'ordre de et la dilution du Schweppes à l'étape 3.
Q.7. On exploite la droite d'étalonnage pour la solution diluée : u.a. Par lecture graphique, l'abscisse du point de la droite d'ordonnée u.a. est . Par le calcul, avec le coefficient directeur de la droite : .
Le Schweppes a été dilué fois : sa concentration est fois plus grande que celle de la solution mesurée. . Vérification : u.a. est compris entre les intensités de ( u.a.) et ( u.a.), et est bien compris entre leurs concentrations, et : la mesure est dans la gamme d'étalonnage, ce qui la rend fiable. Erreur fréquente : oublier le facteur de la dilution et répondre , la concentration de la solution diluée et non celle de la boisson.
Q.8. Le critère est une concentration MASSIQUE : il faut convertir. , soit environ (calcul mené avec la valeur non arrondie ).
Comme , le Schweppes respecte le critère des boissons « tonic » : sa teneur en quinine est sans inconvénient pour la santé. Erreur fréquente : comparer directement à , deux grandeurs qui n'ont pas la même unité.
Q.9. Démarche : calculer la masse de quinine qu'exige une prise pour une personne de kg, puis le volume de Schweppes qui l'apporte, et juger si ce volume est buvable.
Masse de quinine par prise : mg. Avec trois prises par jour, mg, soit g de quinine par jour.
Volume de Schweppes qui contient une prise : L. Par jour, L, et sur les sept jours du traitement environ L de boisson.
Conclusion : boire plus de cinq litres et demi de soda trois fois par jour est impossible, sans même compter le sucre, l'acidité qui attaque l'émail des dents (partie B) et le dioxyde de carbone que ces volumes apporteraient. Une personne de kg ne peut donc pas utiliser le Schweppes pour soigner le paludisme. C'est d'ailleurs la raison d'être du plafond de : à cette teneur, une canette apporte une quantité de quinine très inférieure à une dose thérapeutique. Erreur fréquente : oublier la masse corporelle et comparer mg à la teneur par litre, ce qui fait croire qu'un verre suffit.
Q.10. Une réaction support de titrage doit être RAPIDE (l'équilibre est atteint dès chaque ajout, sinon la mesure du pH ne correspond pas à l'état du système), UNIQUE (le réactif titrant ne doit réagir qu'avec l'espèce titrée, sinon le volume versé ne mesure plus la seule quantité d'acide citrique) et TOTALE (le réactif limitant disparaît entièrement, ce qui fonde la relation à l'équivalence). Les termes à retenir sont donc : rapide, unique, totale.
Q.11. Le Schweppes est une eau gazéifiée : il contient du dioxyde de carbone dissous, , qui est l'acide du couple (et l'ion formé est lui-même l'acide du couple suivant). Si on ne le retire pas, il réagit lui aussi avec les ions hydroxyde versés, par exemple .
La réaction de titrage ne serait alors plus unique : une partie de la soude servirait à neutraliser le dioxyde de carbone, le volume équivalent serait trop grand et la concentration en acide citrique SURESTIMÉE. L'agitation prolongée chasse le gaz dissous hors de la solution, ce qui ne laisse à titrer que l'acide citrique, l'acidifiant principal de la boisson (E330).
Q.12. Repérage de l'équivalence par la méthode de la dérivée : le volume équivalent est l'abscisse du maximum de , qui correspond au point d'inflexion du saut de pH. Le pic de la courbe dérivée est unique et se lit à mL ; le pH vaut alors environ . (La méthode des tangentes parallèles donne la même valeur.)
Relation à l'équivalence : les réactifs ont été introduits dans les proportions stœchiométriques de l'équation , soit , donc .
, que la précision de lecture du volume équivalent (à mL près environ) invite à écrire .
Le piège de la question est le facteur : l'acide citrique est un TRIACIDE, une mole d'acide consomme trois moles d'ions hydroxyde. Écrire donnerait , trois fois trop. Les trois acidités sont titrées ensemble : la courbe ne présente qu'un seul saut, parce que les trois de l'acide citrique sont trop proches pour donner trois sauts séparés.
Q.13. est inférieure à la concentration maximale admissible , environ fois plus petite (). La teneur en acide citrique du Schweppes est conforme à la réglementation, même si la boisson reste acide (pH initial voisin de sur la courbe).
Q.14. Un indicateur coloré convient si son changement de couleur se produit dans le saut de pH, au voisinage de l'équivalence. Sous UV, la quinine change de « couleur » deux fois : du bleu au violet à , et du violet à l'extinction de la fluorescence à .
Sur la courbe de titrage, le pH franchit vers mL, loin avant l'équivalence : ce premier changement ne signale rien d'utile, et un opérateur qui s'arrêterait là trouverait un volume deux fois trop petit. En revanche, le saut de pH s'étend d'environ mL à mL, du pH environ au pH , et le pH y est atteint vers mL, à mL de mL : la disparition de la fluorescence violette repère l'équivalence avec un écart relatif de l'ordre de %, comparable à la précision de la lecture.
Conclusion : oui, la quinine déjà présente dans le Schweppes peut servir d'indicateur de fin de titrage sous UV, à condition de guetter la DISPARITION de la fluorescence violette (passage dans la zone 3) et non le passage du bleu au violet. Vérification de la condition d'un indicateur, être en quantité négligeable : la quinine titrée consomme au plus mol d'ions hydroxyde, contre mol pour l'acide citrique, moins de %.
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