Exercice 1 : Mesure de l'épaisseur d'un film alimentaire
11 points Le dipôle RC : charge, décharge et constante de tempsOndes, Doppler et interférencesMesure, incertitudes et chiffres significatifs
Les films alimentaires étirables sont des films plastiques souples et transparents utilisés principalement pour conserver les aliments. Ils sont fabriqués en polymères tels que le polyéthylène basse densité (PEBD) et parfois le polychlorure de vinyle (PVC). Ces films offrent une barrière contre l'air, l'humidité et les contaminants, aidant ainsi à prolonger la fraîcheur des aliments et à réduire les déchets alimentaires. L'épaisseur du film est un paramètre essentiel des propriétés mécaniques (élasticité, résistance à la traction) des films étirables, ainsi que de leur impact écologique.
L'objectif de cet exercice est d'étudier différentes méthodes de détermination de l'épaisseur d'un film alimentaire.
1. Mesure de l'épaisseur d'un film alimentaire par capacimétrie
Données :
• un condensateur plan est constitué de deux armatures métalliques, parallèles entre elles, chacune de surface , séparées par un matériau isolant (papier, plastique) d'épaisseur ;
• expression littérale de la capacité d'un tel condensateur :
avec : ◦ : permittivité du vide ;
◦ : permittivité relative du matériau isolant ;
• permittivité relative du film alimentaire étudié : ;
• permittivité relative de l'air : ;
• épaisseur de référence du film alimentaire : ;
• pour discuter de l'accord du résultat d'une mesure avec une valeur de référence, on peut utiliser le quotient avec la valeur mesurée, la valeur de référence et l'incertitude-type associée à la valeur mesurée .
On réalise un condensateur plan en intercalant entre deux feuilles de papier aluminium rectangulaires, de dimensions 21 cm × 28 cm, une seule couche du film transparent d'épaisseur . On note sa capacité. La figure 1 ci-dessous présente un schéma de ce dispositif.
- On réalise ensuite le montage, schématisé en figure 2, constitué du condensateur réalisé, d'un conducteur ohmique de résistance , d'un interrupteur et d'un générateur idéal délivrant une tension continue V.
Figure 2. Schéma du montage électrique - On étudie la charge du condensateur à partir de la date , date à laquelle l'interrupteur est fermé. L'évolution temporelle de la tension aux bornes du condensateur est présentée en figure 3.
Figure 3. Évolution de la tension aux bornes du condensateur en fonction du temps - Q1. Établir l'équation différentielle ci-dessous vérifiée par la tension aux bornes du condensateur, où est le temps caractéristique dont on donnera l'expression :
- La solution de cette équation différentielle est : où est une constante.
- Q2. Déterminer l'expression de la constante .
- Q3. Exprimer, en fonction de , la tension aux bornes du condensateur à la date .
- Q4. Exploiter la courbe de la figure 3 et le résultat obtenu à la question Q3 pour déterminer la valeur de la constante de temps du circuit. Expliciter la démarche utilisée.
- Q5. En déduire une valeur expérimentale de la capacité du condensateur.
- Des mesures complémentaires répétées ont permis de déterminer une valeur moyenne de la capacité du condensateur : nF.
- Q6. Déterminer la valeur de l'épaisseur du film alimentaire déduite de cette valeur moyenne.
- Avec cette méthode, l'incertitude-type sur l'épaisseur du film a pour valeur : .
- Q7. Discuter de l'accord du résultat obtenu à la question Q6 avec la valeur de l'épaisseur de référence du film indiquée dans les données.
- Pour expliquer l'écart observé, on peut faire l'hypothèse qu'il existe entre les feuilles d'aluminium, en plus de l'épaisseur du film alimentaire, une fine couche d'air d'épaisseur constante. La situation est alors schématisée sur la figure 4 ci-dessous.
Figure 4. Couche d'air piégée dans le condensateur - On montre que la capacité d'un condensateur, dans le cas où le condensateur comprend une épaisseur d'air et une épaisseur de film , est donnée par la relation :
- Q8. En envisageant deux cas limites au schéma présenté en figure 4, vérifier que l'expression donnée ci-dessus est compatible avec l'expression littérale de la capacité d'un condensateur précisée dans les données.
- Q9. Dans ce modèle, déterminer la valeur d'épaisseur d'air en considérant que l'épaisseur du film alimentaire est celle de référence : . Commenter.
- 2. Mesure de l'épaisseur du film alimentaire par pesée
- Données :
• dimensions du film alimentaire indiquées sur l'emballage : largeur cm et longueur m ;
• masse volumique du polymère constituant le film alimentaire : . - Afin d'estimer un ordre de grandeur de l'épaisseur du film alimentaire, on mesure la masse de film d'un rouleau neuf : g.
- Q10. Calculer l'épaisseur du film alimentaire dans le rouleau.
- 3. Mesure de l'épaisseur du film alimentaire par interférométrie
- Dans le but d'obtenir une mesure plus exacte de l'épaisseur du film alimentaire, on utilise une méthode interférométrique dans laquelle on éclaire le film avec une source lumineuse comme indiqué sur la figure 5 ci-dessous.
- On ne s'intéresse dans cette étude qu'à deux rayons lumineux ① et ② issus d'un même rayon incident, comme représenté sur la figure 5 :
• rayon ① : rayon issu du rayon incident qui est réfléchi sur la surface supérieure du film alimentaire ;
• rayon ② : rayon issu du rayon incident qui est transmis dans le film puis réfléchi par la surface inférieure du film et qui ressort par la surface supérieure du film. - Les rayons ① et ② sont parallèles entre eux. Grâce à une lentille, ils se superposent à l'entrée d'une fibre optique, elle-même reliée à un spectromètre.
Figure 5. Dispositif expérimental - Pour une source monochromatique de longueur d'onde , la superposition des deux ondes associées aux rayons ① et ② donne lieu à des interférences. On note la différence de chemin optique entre les deux ondes.
- Q11. Préciser la relation entre et permettant d'obtenir des interférences constructives.
- L'ordre d'interférence est, dans le cas général, défini comme le rapport . On admet que, dans les conditions de l'expérience, l'ordre d'interférence est donné par la relation suivante : (relation 1)
- où est un paramètre sans dimension dépendant de l'indice de réfraction du film et de l'angle d'incidence de la lumière sur le film.
- Q12. Préciser, en justifiant sans calcul, le phénomène observé lorsque le rapport est un nombre entier.
- Dans l'expérience étudiée, le film est éclairé en lumière blanche et on analyse le spectre de la lumière transportée par la fibre. On donne ci-dessous sur la figure 6a le spectre de la lumière incidente et sur la figure 6b celui de la lumière captée par la fibre optique.
Figure 6a. Spectre de la lumière incidente
Figure 6b. Spectre de la lumière captée par la fibre optique - Q13. Le spectre de la figure 6b présente des maxima d'intensité dont certains sont entourés en pointillés. Expliquer leur origine.
- L'analyse de la figure 6b permet de représenter l'évolution de l'ordre d'interférence en fonction de l'inverse de la longueur d'onde. Les résultats obtenus et leur modélisation sont représentés sur la figure 7.
Figure 7. Représentation graphique de l'ordre d'interférence en fonction de - Q14. Indiquer, en justifiant, si les résultats expérimentaux sont cohérents avec la relation 1.
- Q15. Déduire de ces mesures la valeur de l'épaisseur du film alimentaire, sachant que, dans les conditions de l'expérience, . Commenter.
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Réponses
- Q1 Mailles et : , donc
- Q2
- Q3
- Q4 V atteint à
- Q5 nF
- Q6
- Q7 Quotient : pas en accord
- Q8 ou redonne : compatible
- Q9 , plausible et suffisant pour expliquer l'écart
- Q10
- Q11 , entier
- Q12 : interférences destructives, intensité minimale
- Q13 Interférences constructives () pour certaines longueurs d'onde
- Q14 Droite affine en , ordonnée à l'origine : cohérent
- Q15 , à 2 % de la référence
Q1. Interrupteur fermé, le circuit ne forme qu'une seule maille. Loi des mailles avec les orientations de la figure 2 : . Loi d'Ohm en convention récepteur : . Relation du condensateur : sa charge vaut et l'intensité est la dérivée de la charge, , le courant étant orienté vers l'armature qui porte .
En remplaçant : . On divise par pour retrouver la forme demandée : , donc . Vérification d'homogénéité : est bien un temps (une charge vaut une intensité multipliée par une durée).
Q2. Deux méthodes, au choix. Par l'équation : avec , on a , et l'équation devient , soit . Par le régime permanent : quand , ne varie plus, la dérivée s'annule et l'équation donne ; or l'expression proposée tend vers . Dans les deux cas, et .
Piège : la condition initiale (condensateur déchargé) ne fixe pas , puisque pour toute valeur de . Elle est déjà contenue dans la forme proposée ; c'est l'équation, ou la valeur finale, qui détermine la constante. La figure 3 confirme : la tension se stabilise vers V, la valeur de .
Q3. On remplace par : . Comme , : à la date , le condensateur est chargé à 63 % de sa tension finale.
Q4. Démarche : d'après Q3, est la date à laquelle atteint 63 % de . On calcule cette tension, V. On trace sur la figure 3 l'horizontale V jusqu'à la courbe, puis on descend verticalement jusqu'à l'axe des temps : on lit (une lecture entre 65 et 70 µs est acceptée, l'axe étant gradué tous les 10 µs). La construction est reproduite sous le corrigé.
Vérification par un second point : à , la tension doit valoir V, et la courbe passe bien vers V à cette date. Autre méthode acceptée : la tangente à l'origine coupe l'asymptote à la date , mais elle est moins précise à tracer à la main. Erreur fréquente : lire à la moitié de ( V), ce qui donne , le temps de demi-charge et non la constante de temps.
Q5. D'après Q1, , donc , soit nF, avec deux chiffres significatifs comme la lecture de . C'est une capacité très faible, ce qui est normal : avec une surface de l'ordre de , il faut une épaisseur d'isolant de quelques micromètres pour atteindre quelques dizaines de nanofarads. La valeur moyenne annoncée ensuite, nF, en est à moins de 3 %.
Q6. On isole l'épaisseur dans l'expression des données : donne . La surface des armatures est celle des feuilles : , en mètres carrés.
Application numérique : , soit (17,1 µm avant arrondi). Erreur fréquente : laisser la surface en (), ce qui multiplie le résultat par , ou oublier de convertir les nanofarads ( F).
Q7. On calcule le quotient proposé par les données, avec la valeur non arrondie : .
Ce quotient est très supérieur à 2 : la mesure par capacimétrie n'est pas en accord avec la valeur de référence. L'écart vaut plus de neuf incertitudes-types, ce que les fluctuations aléatoires de la mesure ne peuvent pas expliquer ; il y a donc une erreur systématique, que la suite de l'exercice va identifier. Le résultat est d'ailleurs plus de deux fois trop grand, ce qui signale un défaut du modèle plutôt qu'une maladresse de mesure.
Q8. Premier cas limite, sans couche d'air : . La relation devient : c'est l'expression des données pour un condensateur dont l'isolant est le film seul, d'épaisseur .
Second cas limite, sans film : . On obtient : c'est l'expression des données pour un condensateur dont l'isolant est une lame d'air d'épaisseur . Dans les deux cas limites, la relation retrouve l'expression connue : elle est compatible avec les données.
Q9. On isole dans la relation : , donc . La capacité mesurée, nF, est celle du condensateur réel, avec sa couche d'air.
Calculs intermédiaires : m et m. D'où m, soit .
Commentaire : une couche d'air de 4 µm, un peu plus de la moitié de l'épaisseur du film, suffit à expliquer l'écart de Q7. Elle est plausible, car ni le papier aluminium ni le film ne sont parfaitement plans : plis et rugosité laissent des poches d'air de l'ordre du micromètre. Son effet est amplifié par sa faible permittivité : divisée par au lieu de , une épaisseur d'air pèse plus de deux fois plus qu'une épaisseur égale de film. La capacimétrie est donc très sensible au contact entre les armatures et le film, ce qui la rend peu fiable pour un film aussi mince.
Q10. Le film déroulé est un pavé de longueur , de largeur et d'épaisseur : son volume vaut et sa masse . D'où .
Tout en unités SI : kg, m, m. , soit .
Cette valeur est du même ordre de grandeur que la référence, µm, ce qui est tout ce que la méthode promet : les dimensions de l'emballage sont nominales et la masse volumique est celle d'un polymère type. Erreur fréquente : garder la masse en grammes avec une masse volumique en , ce qui donne une épaisseur mille fois trop grande.
Q11. Les interférences sont constructives quand les deux ondes arrivent en phase, c'est-à-dire quand leur différence de chemin optique est un multiple entier de la longueur d'onde : , avec entier relatif.
Q12. Si est un entier, la relation 1 donne , donc . Les deux ondes sont alors en opposition de phase : les interférences sont destructives, et l'intensité lumineuse reçue par la fibre est minimale (quasi nulle si les deux ondes ont des amplitudes voisines) pour cette longueur d'onde.
Piège : le de la relation 1 inverse la conclusion. Un rapport entier ne donne pas un ordre entier mais demi-entier ; c'est quand est entier que les interférences sont constructives.
Q13. En lumière blanche, chaque longueur d'onde interfère pour son propre compte. La différence de chemin optique est fixée par le film, donc l'ordre varie avec : pour certaines longueurs d'onde, est entier et les interférences sont constructives, l'intensité est renforcée ; pour les longueurs d'onde intermédiaires, est demi-entier et les interférences sont destructives, l'intensité est affaiblie.
Les maxima entourés sur la figure 6b sont donc des interférences constructives pour les longueurs d'onde qui vérifient . La comparaison avec la figure 6a le confirme : le spectre incident est lisse entre 600 et 700 nm, sans ces oscillations ; c'est le film qui les crée. Le spectre capté est la courbe de la source modulée par une alternance de maxima et de minima, qu'on appelle un spectre cannelé.
Q14. La relation 1 s'écrit : elle prévoit que est une fonction affine de , de coefficient directeur et d'ordonnée à l'origine .
Sur la figure 7, les six points expérimentaux sont alignés sur une droite qui ne passe pas par l'origine, modélisée par . L'ordonnée à l'origine mesurée, , est très proche de la valeur prévue. Les résultats expérimentaux sont donc cohérents avec la relation 1.
Q15. Par identification avec la relation 1, le coefficient directeur de la droite vaut nm, puisque est en nanomètres et sans dimension. D'où .
Commentaire : l'écart à la référence µm n'est que de 2 %, bien meilleur que les deux autres méthodes, µm par capacimétrie (faussée par la couche d'air) et µm par pesée (simple ordre de grandeur). L'interférométrie tient ses promesses : elle compare l'épaisseur à la longueur d'onde de la lumière, une règle graduée au dixième de micromètre, et elle ne demande aucun contact avec le film. Erreur fréquente : oublier que est en nanomètres dans la modélisation, et annoncer m ou mm.
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