Exercice 1 : Le cyclotron Arronax
11 points Mouvement dans un champ uniformeLa décroissance radioactive : demi-vie, activité et datationL'effet photoélectrique : photon, seuil et cellule photovoltaïqueRésolution de problème et exploitation de documents
Mis en service en 2008 à Nantes, l'accélérateur de particules Arronax est un cyclotron.
Il permet de produire des radioisotopes utilisés dans les traitements médicaux et pour la recherche en médecine nucléaire.
D'après chu-nantes.fr/le-cyclotron-arronax
L'objectif de cet exercice est d'étudier le fonctionnement général d'un cyclotron pour permettre la production de radioisotopes puis d'étudier leur utilisation lors d'une scintigraphie.
1. Le fonctionnement d'un cyclotron
Un cyclotron est un accélérateur de particules, inventé par M. Lawrence en 1931.
Il est composé de deux cavités métalliques en forme de demi-cylindres éloignées d'une distance notée . Un canon permet de produire les particules chargées introduites dans le dispositif.
Entre les deux cavités, une tension alternative est appliquée. Elle crée un champ électrique . Les particules utilisées sont des ions obtenus à partir d'atomes d'hydrogène. Ils sont donc soumis, entre les deux cavités à une force électrique qui les accélère.
À l'intérieur des deux cavités, un champ magnétique impose un mouvement circulaire uniforme aux particules présentes.
Au bout d'un certain nombre de tours, les ions passent au travers d'un extracteur qui leur enlève leurs deux électrons. À la sortie, les protons formés sont dirigés vers une cible, pour produire les radioisotopes.
Figure 2. Agrandissement de la zone accélératrice lors de la sortie de du canon - Le mouvement de l'ion entre les plaques est étudié dans un référentiel supposé galiléen, associé à l'axe (Ox). L'ion est émis au point O sans vitesse initiale.
- Données :
• Masse de l'ion : kg ;
• Charge de l'ion : C ;
• Distance entre les plaques : mm ;
• Tension appliquée entre les plaques : kV ;
• Valeur du champ électrique : ;
• J ;
• Intensité du champ de pesanteur . - Q.1. Montrer que la valeur de la norme du poids de l'ion est négligeable devant la valeur de la norme de la force électrique qui s'applique sur l'ion.
- Q.2. Reproduire, sur la copie, la figure 2. Compléter ce schéma en faisant apparaitre, sans soucis d'échelle, la force électrique qui s'applique sur l'ion et le champ électrique présent dans tout l'espace entre les plaques.
- Q.3. Exprimer l'accélération de l'ion dans la zone accélératrice en fonction de , , et , en utilisant la deuxième loi de Newton.
- Q.4. Montrer alors que la vitesse et la position de l'ion lors du passage dans la zone accélératrice, sur l'axe , peuvent s'écrire :
- Q.5. Calculer la valeur de la vitesse de l'ion après le premier passage dans la zone accélératrice lorsque .
- Q.6. Vérifier que l'énergie cinétique de l'ion à la sortie de la zone accélératrice vaut J.
- À chaque passage entre les plaques, les particules gagnent une énergie cinétique égale à J. Par contre, les particules n'acquièrent pas d'énergie cinétique dans les cavités.
- En sortie du cyclotron, les particules possèdent une énergie cinétique de 70 MeV.
- Q.7. Calculer le nombre de tours complets que les particules ont effectués avant la sortie du cyclotron.
- Pour cette question, le candidat est invité à prendre des initiatives et à présenter la démarche suivie, même si elle n'a pas abouti. La démarche est évaluée et doit être correctement présentée.
- 2. La production de radioisotope et la scintigraphie
- Données :
• Informations sur quelques éléments chimiques : Nom de l'élément Oxygène Fluor Symbole O F Numéro atomique 8 9 Informations sur quelques éléments chimiques - • L'énergie d'un photon est liée à la longueur d'onde du rayonnement émis par la relation :
avec : , la constante de Planck : ;
, la longueur d'onde du rayonnement ;
, la célérité des ondes électromagnétiques dans l'air et dans le vide, supposée connue.
• J ;
• Domaines des ondes électromagnétiques :
Domaines des ondes électromagnétiques (d'après Wikiversity) - Les protons accélérés par le cyclotron permettent la production de radioisotopes comme le fluor 18. Le fluor 18 radioactif entre dans la composition du fluorodésoxyglucose (FDG), un traceur radioactif qui s'accumule dans les zones cancéreuses. La désintégration de ce traceur émet des photons. Ceux-ci sont captés et analysés grâce à une gamma-caméra, placée autour de la zone à étudier.
- La scintigraphie est réalisée dans un service hospitalier de médecine nucléaire, lors d'un examen en plusieurs étapes :
• injection dans une veine d'une petite quantité du traceur radioactif ;
• attente d'environ 1 h pour la diffusion et la fixation du traceur dans l'organisme ;
• enregistrement et production de clichés de l'organe à étudier puis analyse de ces clichés. Cette étape dure environ 30 minutes ;
• sortie du patient de l'hôpital 2 h après le début de l'examen. - Pour former le fluor 18, les protons (dont la représentation symbolique est ) accélérés par le cyclotron bombardent une cible riche en oxygène 18. Lors de cette réaction, un neutron (noté ) est également produit.
- Q.8. Écrire l'équation de la réaction nucléaire conduisant à la formation du fluor 18.
- Le fluor 18 contenu dans le traceur radioactif se désintègre par radioactivité .
- Q.9. Donner le nom et le symbole de la particule émise lors d'une désintégration radioactive . Écrire l'équation de la transformation nucléaire qui correspond à cette désintégration.
- Cette désintégration est accompagnée de l'émission de photons dont l'énergie moyenne est de 511 keV.
- Q.10. Calculer la longueur d'onde correspondant à l'énergie moyenne transportée par le photon. Justifier alors l'utilisation d'une gamma-caméra pour analyser ce rayonnement.
- Pour la suite, on note le nombre de noyaux de fluor 18 contenu dans le traceur à l'instant s, correspondant au moment de l'injection et on note , le nombre de noyaux de fluor 18 présent dans le corps du patient à la date .
- L'équation différentielle donnant le nombre de noyaux en fonction du temps est de la forme : avec constante de radioactivité.
- Q.11. Montrer que l'expression est bien solution de l'équation différentielle précédente.
- La représentation graphique ci-dessous est la modélisation du pourcentage de noyaux restants () au cours du temps :
- La relation entre la constante radioactive et le temps de demi-vie est : .
- Q.12. Définir puis déterminer graphiquement la valeur du temps de demi-vie du fluor 18.
- Q.13. Calculer la valeur de la constante radioactive correspondant au fluor 18.
- Q.14. Déterminer le pourcentage de traceur radioactif restant dans le corps du patient après l'analyse des clichés.
- Q.15. Calculer la valeur de la durée nécessaire pour qu'il reste moins de 1 % de traceur radioactif dans le corps du patient. Commenter cette valeur.
Voir la correction
Réponses
- Q.1 N, N :
- Q.2 sur l'ion, vers la plaque de droite ; uniforme, de sens opposé ()
- Q.3
- Q.4 Primitives successives avec et
- Q.5
- Q.6 J J
- Q.7 passages, deux par tour : 560 tours
- Q.8
- Q.9 Positon ;
- Q.10 m, domaine des rayons gamma
- Q.11
- Q.12 Durée pour que la moitié des noyaux se désintègrent ; s
- Q.13
- Q.14 À s : %
- Q.15 s, environ 12 h ; le patient sort à 2 h encore radioactif
Q.1. Poids de l'ion : N.
Force électrique : , toutes les grandeurs en unités SI d'abord : V et m, donc et N.
Comparaison par le quotient : . La force électrique est plus de cent mille milliards de fois plus intense que le poids : le poids est négligeable devant (on considère en pratique qu'un rapport supérieur à cent suffit). Erreur fréquente : garder en kilovolts ou en millimètres, ce qui fausse d'un facteur mille ou un million.
Q.2. La force électrique s'écrit avec : et ont la même direction, perpendiculaire aux plaques, mais des sens OPPOSÉS.
La force accélère l'ion dans le sens du mouvement : est dirigée selon l'axe (Ox), vers la plaque de droite, et on la dessine avec son origine sur l'ion. Le champ est donc dirigé dans le sens contraire, de la plaque de droite vers la plaque de gauche. Il est uniforme : on le représente par plusieurs flèches identiques, parallèles à l'axe, réparties dans tout l'espace entre les plaques, comme sur la figure du corrigé. Interprétation : le champ va de la plaque positive vers la plaque négative, donc la plaque de droite est chargée positivement et attire l'ion négatif. Erreur fréquente : dessiner dans le sens du mouvement, réflexe acquis avec une particule positive.
Q.3. Système : l'ion ; référentiel supposé galiléen lié à l'axe (Ox). Bilan des forces : la force électrique seule, le poids étant négligé d'après la question Q.1. Deuxième loi de Newton : .
Projection sur (Ox) : d'après Q.2, , donc et, avec : . Le signe est positif : l'ion accélère dans le sens de l'axe, comme prévu. Ordre de grandeur : , cent mille milliards de fois , ce qui redit le résultat de Q.1.
Q.4. L'accélération est constante : le mouvement est rectiligne uniformément accéléré. La vitesse est une primitive de l'accélération : , et puisque l'ion est émis sans vitesse initiale, donc .
La position est une primitive de la vitesse : , et puisque l'ion part du point O, origine de l'axe. Donc . Les deux constantes d'intégration viennent des conditions initiales : c'est ce que le correcteur veut voir écrit.
Q.5. On cherche d'abord la date de sortie : donne , soit . Puis , expression où a disparu.
Application numérique : , deux chiffres significatifs comme et . La traversée dure s. Vérification : la vitesse vaut environ 1 % de celle de la lumière, donc la mécanique classique de Newton s'applique sans correction. Erreur fréquente : diviser par en millimètres dans puis oublier de le reconvertir.
Q.6. Énergie cinétique : J, soit J avec deux chiffres significatifs, la valeur annoncée.
Vérification plus rapide par le théorème de l'énergie cinétique : la variation d'énergie cinétique entre O et la plaque de droite est égale au travail de la force électrique, J. Autrement dit, l'ion gagne keV à chaque traversée. On calcule avec la vitesse non arrondie, sinon l'arrondi de Q.5 se propage.
Q.7. Démarche. L'énergie de sortie, en joules : J.
Les particules partent du canon pratiquement au repos, ne gagnent d'énergie qu'entre les plaques, et chaque passage leur apporte J. Nombre de passages dans la zone accélératrice : .
Lecture de la figure 1 : à chaque tour complet, la trajectoire traverse DEUX fois la zone entre les plaques, une fois en passant de la cavité de gauche à celle de droite, une fois au retour. C'est pour cela que la tension est alternative : elle change de signe à chaque demi-tour, et la particule est accélérée à chaque traversée au lieu d'être freinée une fois sur deux. Un tour apporte donc , et le nombre de tours complets vaut tours.
Vérification en électronvolts : un tour apporte keV, et tours avec la valeur non arrondie de ; l'énoncé impose J par passage, d'où 560 tours, le même ordre de grandeur, environ cinq cents tours. Erreur fréquente : répondre 1 120 tours en oubliant les deux traversées par tour.
Q.8. Lois de conservation (lois de Soddy) : le nombre de masse et le nombre de charge se conservent. Le proton s'écrit , l'oxygène 18 ( d'après le tableau), le neutron et le fluor ().
Équation : . Vérification : nombres de masse ; nombres de charge . Le neutron emporte une unité de masse : c'est pour cela qu'un proton sur l'oxygène 18 donne du fluor 18 et non du fluor 19.
Q.9. La particule émise lors d'une désintégration est le positon (ou positron), antiparticule de l'électron, de symbole (noté aussi ).
Équation, avec les mêmes lois de conservation : . Nombres de masse : ; nombres de charge : . Le noyau fils a : c'est de l'oxygène 18, d'après le tableau des données. Dans le noyau, un proton s'est transformé en neutron. Erreur fréquente : écrire , qui est l'électron de la radioactivité .
Q.10. Énergie du photon en joules : J. De on tire m, soit pm.
Sur l'échelle des domaines, la frontière entre rayons X et rayons gamma se trouve une décade à droite du repère 1 pm, vers 10 pm : une longueur d'onde de 2,4 pm, comprise entre 1 pm et 10 pm, appartient au domaine des rayons gamma. Il faut donc un détecteur sensible aux photons gamma, d'où la gamma-caméra. Erreur fréquente : oublier le « kilo » de keV, ce qui donne une longueur d'onde mille fois trop grande, dans les rayons X.
Pour aller plus loin : ces photons de 511 keV ne viennent pas directement du noyau. Le positon émis s'annihile avec un électron du milieu, et leur énergie de masse donne deux photons. On le vérifie : J, soit 512 keV, la valeur de l'énoncé à l'arrondi près. Ces deux photons partent en sens opposés : c'est le principe de la tomographie par émission de positons.
Q.11. On dérive l'expression proposée : . L'équation différentielle est vérifiée à toute date , donc en est solution. Elle respecte aussi la condition initiale : .
Q.12. Définition : le temps de demi-vie d'un noyau radioactif est la durée au bout de laquelle la moitié des noyaux initialement présents se sont désintégrés : .
Méthode : sur la courbe, on repère l'ordonnée 50 %, on trace l'horizontale jusqu'à la courbe puis la verticale jusqu'à l'axe des temps. On lit s, entre les graduations 6 000 s et 7 000 s, soit environ 110 minutes. Vérification sur la même courbe : à s, il reste bien 25 % des noyaux.
Q.13. De la relation donnée : , soit avec deux chiffres significatifs. L'unité est l'inverse d'un temps, puisque est sans dimension dans l'exponentielle.
Q.14. Date de la fin de l'analyse : l'injection a lieu à , suivie d'une attente d'environ 1 h puis de 30 min de clichés et d'analyse, donc s. Pourcentage restant : , soit environ 57 % du traceur.
Vérification graphique : à 5 400 s, la courbe passe vers 57 %. Erreur fréquente : prendre la date de sortie du patient, 2 h, qui donnerait 47 %, ou laisser en heures avec en .
Q.15. On cherche tel que , soit . La fonction logarithme népérien est croissante : , puis, en divisant par , ce qui change le sens de l'inégalité, s. Il faut un peu plus de 12 heures (12,2 h). Contrôle : c'est demi-vies, et la règle « sept demi-vies » donne %, du même ordre.
Commentaire : le patient quitte l'hôpital 2 h après l'injection, quand il lui reste encore environ 47 % du traceur ; il demeure faiblement radioactif pendant la journée, d'où les recommandations habituelles (éviter les contacts prolongés avec les femmes enceintes et les jeunes enfants pendant quelques heures, boire pour éliminer). Le lendemain matin, il reste moins de 1 % : la courte demi-vie du fluor 18 protège le patient. Le modèle surestime d'ailleurs cette durée, car l'organisme élimine aussi le traceur par les urines. Contrepartie de cette demi-vie courte : le fluor 18 doit être produit près des services qui l'utilisent, d'où l'intérêt d'un cyclotron médical régional.
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