Exercice 1 : Probabilités et suites : le phénomène El Niño, loi binomiale puis suite arithmético-géométrique
6 points Loi binomiale et concentrationSuites et récurrenceProbabilités conditionnelles
El Niño est un phénomène océanique à grande échelle du Pacifique équatorial qui affecte le régime des vents, la température de la mer et les précipitations sur l'ensemble du globe. Certaines années, ce phénomène est dit « dominant ». Les scientifiques cherchent à modéliser l'apparition de ce phénomène.
Dans cet exercice, les parties A et B sont indépendantes.
- Partie A : Premier modèle
- À partir d'un échantillon de données, on considère une première modélisation :
• chaque année, la probabilité que le phénomène El Niño soit dominant est égale à ;
• la survenue du phénomène El Niño se fait de façon indépendante d'une année sur l'autre. - On note la variable aléatoire qui, sur une période de 10 ans, associe le nombre d'années où El Niño est dominant.
- A.1. Justifier que suit une loi binomiale et préciser les paramètres de cette loi.
- A.2.a. Calculer la probabilité que, sur une période de 10 ans, le phénomène El Niño soit dominant exactement 2 années.
- A.2.b. Calculer . Que signifie ce résultat dans le contexte de l'exercice ?
- A.3. Calculer . Interpréter ce résultat.
- Partie B : Second modèle
- Après une étude d'un recueil de données plus important sur les 50 dernières années, une autre modélisation apparait plus pertinente :
• si le phénomène El Niño est dominant une année, alors la probabilité qu'il le soit encore l'année suivante est ;
• par contre, si le phénomène El Niño n'est pas dominant une année, alors la probabilité qu'il soit dominant l'année suivante est . - On considère que l'année de référence est 2023.
- On note pour tout entier naturel :
• l'évènement « le phénomène El Niño est dominant l'année » ;
• la probabilité de l'évènement . - En 2023, El Niño n'était pas dominant. On a ainsi .
- B.1. Soit un entier naturel. Recopier et compléter l'arbre pondéré suivant :
- B.2. Justifier que .
- B.3. En vous aidant de l'arbre, montrer que, pour tout entier naturel , on a : .
- On cherche à prévoir l'évolution de l'apparition du phénomène El Niño.
- B.4.a. Conjecturer les variations et la limite éventuelle de la suite .
- B.4.b. Montrer par récurrence que, pour tout entier naturel , on a : .
- B.4.c. Déterminer le sens de variation de la suite .
- B.4.d. En déduire la convergence de la suite .
- On cherche à déterminer la limite de la suite .
- 5. Soit la suite définie par pour tout entier naturel .
- B.5.a. Montrer que la suite est géométrique de raison et préciser son premier terme.
- B.5.b. Montrer que, pour tout entier naturel , on a : .
- B.5.c. Calculer la limite de la suite .
- B.5.d. Interpréter ce résultat dans le contexte de l'exercice.
Voir la correction
Réponses
- A.1 Répétition de épreuves de Bernoulli identiques et indépendantes de succès « El Niño dominant » :
- A.2.a
- A.2.b : environ une chance sur six qu'El Niño soit dominant au plus 2 années sur 10
- A.3 : en moyenne, 4 années dominantes par période de 10 ans
- B.1 , , , ,
- B.2 puisque
- B.3
- B.4.a semble croissante et converger vers
- B.4.b Initialisation ; hérédité
- B.4.c : est croissante
- B.4.d Croissante et majorée par : converge (théorème de convergence monotone)
- B.5.a : géométrique de raison , de premier terme
- B.5.b donc
- B.5.c
- B.5.d À long terme, la probabilité qu'El Niño soit dominant une année donnée se stabilise à , soit
A.1. On reconnaît le schéma de Bernoulli. Chaque année est une épreuve à deux issues : le succès « El Niño est dominant », de probabilité , et l'échec, de probabilité . On observe années, donc on répète fois cette épreuve, de façon identique (la probabilité est la même chaque année) et indépendante (hypothèse de l'énoncé). La variable compte le nombre de succès parmi ces épreuves.
Donc suit la loi binomiale de paramètres et , notée . Le correcteur attend les trois mots : épreuves identiques, indépendantes, et compte les succès. Oublier l'indépendance, c'est oublier la seule hypothèse qui distingue ce modèle du second, celui de la partie B, où l'état d'une année influence l'année suivante.
A.2.a. Formule de la loi binomiale : . Pour : , soit environ au millième.
Le coefficient binomial compte les façons de choisir les 2 années dominantes parmi les 10 : . Erreur fréquente : écrire seulement , qui est la probabilité d'UNE séquence précise (par exemple les deux premières années dominantes, les huit autres non), et non celle de l'événement « exactement 2 années ». La calculatrice donne directement la valeur par la fonction de densité binomiale (binomFdp ou binompdf).
A.2.b. L'événement est la réunion disjointe de , et : , soit environ . La calculatrice le donne d'un coup par la fonction de répartition binomiale (binomFRép ou binomcdf).
Interprétation : selon ce premier modèle, la probabilité que le phénomène El Niño soit dominant au plus 2 années sur une période de 10 ans est d'environ , à peu près une chance sur six. Le piège est de lire « exactement 2 » ou « au moins 2 » : signifie « 0, 1 ou 2 années », c'est-à-dire « au plus 2 ».
A.3. L'espérance d'une loi binomiale vaut .
Interprétation : sur un grand nombre de périodes de 10 ans, le phénomène El Niño est dominant en moyenne 4 années par période. L'espérance est une moyenne sur un grand nombre de répétitions, pas une prédiction : il n'est pas certain qu'il y ait exactement 4 années dominantes dans une décennie donnée, et d'ailleurs seulement.
B.1. Le premier niveau de l'arbre porte , de probabilité , et , de probabilité par l'événement contraire. Les branches du second niveau portent des probabilités CONDITIONNELLES, données par les deux puces de l'énoncé.
Issues de : « si El Niño est dominant une année, la probabilité qu'il le soit encore l'année suivante est » donne , puis . Issues de : , puis .
Les pointillés valent donc, de haut en bas : ; ; ; ; . Contrôle : les branches issues d'un même nœud ont pour somme . L'arbre complété figure en fin de corrigé.
B.2. On applique l'arbre avec . Comme , l'événement est certain : . Par la formule des probabilités totales, avec la partition : .
En langage courant : El Niño n'était pas dominant en 2023, donc la probabilité qu'il le soit en 2024 est celle de la seconde puce, . Le correcteur attend que la phrase cite ; la formule générale de B.3, appliquée en , donne le même résultat, mais on ne peut pas s'en servir ici puisqu'elle n'est démontrée qu'après.
B.3. Les événements et forment une partition de l'univers. Par la formule des probabilités totales : .
Chaque terme se lit sur un chemin de l'arbre : et . Donc , ce qu'il fallait démontrer.
Contrôle avec B.2 : . Erreur fréquente : additionner les probabilités conditionnelles sans les pondérer par et .
B.4.a. On calcule les premiers termes avec la relation de B.3 : , , , , , .
Conjecture : la suite semble croissante et semble converger vers . On peut le relier à la question suivante : , c'est le nombre tel que , soit . Une conjecture n'a pas à être démontrée, mais elle doit s'appuyer sur des valeurs : le tableau de valeurs de la calculatrice suffit.
B.4.b. Raisonnement par récurrence. On note la propriété « ».
Initialisation : , donc est vraie.
Hérédité : soit un entier naturel tel que est vraie, c'est-à-dire . En multipliant par , le sens de l'inégalité est conservé : . En ajoutant : , c'est-à-dire . Donc est vraie.
Conclusion : la propriété est vraie au rang et héréditaire, donc pour tout entier naturel , .
Piège de rédaction : l'hérédité part de « soit tel que est vraie », jamais de « pour tout » (on supposerait ce qu'on veut démontrer). Et le sens de l'inégalité se justifie en disant que est POSITIF ; c'est ce mot que le barème cherche.
B.4.c. On étudie le signe de la différence : .
D'après B.4.b, , donc , et . La suite est croissante. C'est ce que la conjecture de B.4.a annonçait.
Remarque : la majoration de B.4.b n'est pas décorative, c'est elle qui donne le signe. Erreur fréquente : conclure « croissante » parce que , ce qui n'a aucun rapport ; une suite qui partirait de serait décroissante.
B.4.d. La suite est croissante (B.4.c) et majorée par (B.4.b). D'après le théorème de convergence monotone, elle converge.
Le théorème donne l'existence de la limite, pas sa valeur : on sait seulement que cette limite est inférieure ou égale à . Erreur fréquente : écrire « elle converge vers » à ce stade. Un majorant n'est pas forcément la limite ; c'est la partie 5 qui la calcule, comme l'annonce l'énoncé.
B.5.a. Pour tout entier naturel : .
On factorise par : . Donc pour tout : la suite est géométrique de raison . Son premier terme est .
Le geste attendu est de partir de , de le réécrire avec , puis de faire réapparaître . Erreur fréquente : calculer le quotient sans s'assurer que ; ici c'est vrai (), mais la forme évite la question.
B.5.b. Terme général d'une suite géométrique : . Comme : .
Vérification sur les premiers termes : donne ; donne ; donne .
B.5.c. Comme , . Par opérations sur les limites, , donc .
Cohérence : c'est la limite conjecturée en B.4.a, et elle respecte la majoration de B.4.b. Erreur fréquente : écrire par réflexe ; une puissance de raison strictement comprise entre et tend vers .
B.5.d. Interprétation : à long terme, selon ce second modèle, la probabilité que le phénomène El Niño soit dominant une année donnée se rapproche de , soit , quelle que soit la situation initiale de 2023 (le terme , qui seul porte la trace de , s'efface).
La comparaison avec la partie A est naturelle : le second modèle conduit à une probabilité de long terme un peu plus faible que le du premier. L'interprétation doit parler d'une probabilité, pas d'une certitude : « El Niño sera dominant des années » est un abus si l'on ne précise pas que c'est une fréquence à long terme.
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