Calcul différentiel 201-103 • Sciences humaines au cégep à Montréal

Exercices corrigés : exponentielle et logarithme (201-103)

Ces dix exercices corrigés portent sur les deux seules fonctions transcendantes du calcul différentiel des sciences humaines : l'exponentielle, qui décrit tout ce qui se nourrit de soi-même, et le logarithme, qui la renverse et transforme les produits en sommes.

Le fil de la série tient en une phrase : la dérivée d'une exponentielle est PROPORTIONNELLE à la fonction elle-même, donc son taux de variation relatif est constant. Tout le reste, temps de doublement, règle de 70, échelle semi-logarithmique, taux qui s'additionnent, découle de cette seule phrase.

Trois pièges sont désignés nommément : oublier le facteur venu de l'exposant, écrire une propriété du logarithme sur une somme au lieu d'un produit, et appliquer la règle de puissance à une fonction dont la variable est à l'exposant.

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Ce chapitre fait partie de Calcul différentiel 201-103 en sciences humaines : tous les chapitres
Avant de commencer Fiche de révision : les pièges et la méthode de ce chapitre

Avant ce chapitre

Ces notions sont supposées acquises ici. Si le premier exercice résiste, le blocage vient presque toujours de l'une d'elles, pas du chapitre lui-même.

Remonter plus loin : la chaîne complète (11 chapitres) ↓

Le chemin de remédiation, du plus ancien au plus proche. Un élève qui reprend ce chapitre de zéro le reprend dans cet ordre.

  1. 1Calculs algébriquesSecondaire 5 SN5
  2. 2Puissances et exposants fractionnairesSecondaire 5 SN5
  3. 3Calculs exponentiels et logarithmiquesSecondaire 5 SN5
  4. 4Les fonctions exponentiellesSecondaire 5 SN5
  5. 5Les fonctions logarithmiquesSecondaire 5 SN5
  6. 6Les fonctions définies par partiesSecondaire 5 SN5
  7. 7La fonction rationnelle, dite homographiqueSecondaire 5 SN5
  8. 8Les opérations sur les fonctionsSecondaire 5 SN5
  9. 9Les fonctions et leur domaine
  10. 10Les limites et la continuité
  11. 11La dérivée et les règles de dérivation

Rappel de cours

  • (ex)=ex\left(e^{x}\right)'=e^{x} : seule fonction non nulle égale à sa dérivée. (eu)=ueu\left(e^{u}\right)'=u'e^{u}, et le facteur uu' ne s'oublie jamais.
  • (ax)=axlna\left(a^{x}\right)'=a^{x}\ln a. La variable est à l'EXPOSANT, donc ce n'est PAS la règle de puissance nxn1nx^{n-1}.
  • ee est l'unique base dont la pente vaut 1 au point (0;1)(0\,;1), c'est-à-dire l'unique base telle que lna=1\ln a=1.
  • (lnu)=uu\left(\ln u\right)'=\dfrac{u'}{u}, sur le domaine où u>0u>0. Le domaine se détermine AVANT de dériver : la dérivée simplifiée n'en garde aucune trace.
  • log10x=lnxln10\log_{10}x=\dfrac{\ln x}{\ln 10}, donc (log10x)=1xln10\left(\log_{10}x\right)'=\dfrac{1}{x\ln 10}.
  • ln(ab)=lna+lnb\ln(ab)=\ln a+\ln b, lnab=lnalnb\ln\dfrac{a}{b}=\ln a-\ln b, ln(an)=nlna\ln(a^{n})=n\ln a. Rien de simple pour ln(a+b)\ln(a+b).
  • Un modèle P(t)=P0ertP(t)=P_{0}e^{rt} vérifie P=rPP'=rP : le taux relatif vaut rr, CONSTANT, et le paramètre de l'exposant se lit directement en pourcentage.
  • Temps de doublement : T=ln2rT=\dfrac{\ln 2}{r}, indépendant de la valeur initiale. Demi-vie : même formule avec rr pris en valeur absolue.
  • RÈGLE DE 70 : T70taux en pourcentageT\approx\dfrac{70}{\text{taux en pourcentage}}, parce que 100ln269,3100\ln 2\approx 69{,}3. Elle vaut pour les taux faibles et se dégrade au-delà de 10 %.
  • Échelle SEMI-LOGARITHMIQUE : la pente de lnP(t)\ln P(t) vaut PP\dfrac{P'}{P}, donc une droite signifie taux constant. Un modèle linéaire y donne une courbe concave.
  • DÉRIVATION LOGARITHMIQUE : on prend ln\ln des deux côtés, on dérive, et FF\dfrac{F'}{F} apparaît. Indispensable dès trois facteurs.
  • Les taux relatifs s'ADDITIONNENT pour un produit et se SOUSTRAIENT pour un quotient. Le produit intérieur brut par habitant croît de la différence des deux taux.
  • Capitalisation continue : A(t)=A0ertA(t)=A_{0}e^{rt}, avec un taux EFFECTIF annuel de er1e^{r}-1, toujours supérieur au taux nominal rr.

Partie A : les bases (/50)

Exercice 1 : La dérivée de l'exponentielle : ce que la base change

L'exponentielle est la fonction des sciences humaines : intérêt composé, croissance de population, diffusion d'une rumeur, décroissance d'une mémoire. Sa dérivée a une propriété qu'aucune autre fonction ne partage.

On compare exe^{x}, 2x2^{x} et 1,5x1{,}5^{x}.

-1-0.50.511.522.532468101214161820y = exp(x)y = 2 puissance xy = 1,5 puissance xx
  • a) Dérivez f(x)=exf(x)=e^{x}, g(x)=2xg(x)=2^{x} et h(x)=e0,05xh(x)=e^{0{,}05x}.
  • b) Calculez f(0)f'(0) et g(0)g'(0).
  • c) La base ee n'est pas choisie par commodité de notation. Quelle propriété la caractérise ?
  • d) Dérivez k(x)=5×3xk(x)=5\times 3^{x} et calculez k(2)k'(2) au centième.
  • e) Énoncez en une phrase ce que toutes ces dérivées ont en commun.

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a)
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) f=exf'=e^{x}, g=2xln2g'=2^{x}\ln 2, h=0,05e0,05xh'=0{,}05\,e^{0{,}05x}.
  • b) f(0)=1f'(0)=1 et g(0)=ln20,6931g'(0)=\ln 2\approx 0{,}6931.
  • c) ee est l'unique base telle que lna=1\ln a=1, donc de pente 1 en (0;1)(0\,;1).
  • d) k(x)=5×3xln3k'(x)=5\times 3^{x}\ln 3, donc k(2)=45ln349,44k'(2)=45\ln 3\approx 49{,}44.
  • e) Elle est proportionnelle à la fonction elle-même, le coefficient étant le logarithme de la base.

a) f(x)=exf'(x)=e^{x} : l'exponentielle de base ee est sa propre dérivée, et c'est la seule fonction non nulle à l'être. g(x)=2xln2g'(x)=2^{x}\ln 2 : pour une base quelconque a>0a>0, (ax)=axlna\left(a^{x}\right)'=a^{x}\ln a, le facteur lna\ln a étant la trace de la base. h(x)=0,05e0,05xh'(x)=0{,}05\,e^{0{,}05x} par la règle de chaîne, le 0,050{,}05 venant de la dérivée de l'exposant.

b) f(0)=e0=1f'(0)=e^{0}=1. g(0)=20ln2=ln20,6931g'(0)=2^{0}\ln 2=\ln 2\approx 0{,}6931. Les deux courbes passent par le point (0;1)(0\,;1), mais elles n'y ont pas la même pente : celle de exe^{x} vaut exactement 1, celle de 2x2^{x} environ 0,69.

c) ee est l'unique base dont la courbe a une pente de EXACTEMENT 1 au point (0;1)(0\,;1), c'est-à-dire l'unique base aa telle que lna=1\ln a=1. C'est de là que vient tout le reste : puisque le facteur lna\ln a vaut 1, la dérivée de exe^{x} est exe^{x} elle-même. Ce n'est donc pas une convention d'écriture, c'est une propriété géométrique, et c'est pourquoi tous les modèles de croissance s'écrivent en base ee même quand le phénomène double ou décuple.

d) k(x)=5×3xln3k'(x)=5\times 3^{x}\ln 3. En x=2x=2 : k(2)=5×9×ln3=45×1,098649,44k'(2)=5\times 9\times \ln 3=45\times 1{,}098\,6\approx 49{,}44. La constante 5 traverse la dérivation sans changer, alors que la base 3 laisse son logarithme : deux constantes, deux rôles, et les confondre est l'erreur de la question e) de l'exercice 8.

e) Dans tous les cas, la dérivée est PROPORTIONNELLE à la fonction elle-même : f=1ff'=1\cdot f, g=(ln2)gg'=(\ln 2)\,g, h=0,05hh'=0{,}05\,h, k=(ln3)kk'=(\ln 3)\,k. Une exponentielle est exactement une fonction dont la vitesse de croissance est proportionnelle à ce qui est déjà là, et c'est ce qui la rend inévitable dès qu'un phénomène se nourrit de lui-même : un capital qui produit des intérêts, une population qui produit des naissances, une rumeur qui se propage par ceux qui la connaissent déjà.

Exercice 2 : Le logarithme : le domaine avant la dérivée

Le logarithme est la réciproque de l'exponentielle, donc il transforme les produits en sommes et les puissances en produits. Sa dérivée est d'une simplicité trompeuse, parce qu'elle fait oublier de regarder le domaine.

La règle générale : le domaine se détermine AVANT de dériver, jamais après.

  • a) Donnez le domaine de f(x)=ln(3x12)f(x)=\ln(3x-12), puis f(x)f'(x) simplifiée.
  • b) Donnez le domaine de g(x)=ln(x2)g(x)=\ln(x^{2}), puis g(x)g'(x). Comparez avec 2lnx2\ln x.
  • c) Dérivez h(x)=xlnxxh(x)=x\ln x-x.
  • d) Dérivez p(x)=log10xp(x)=\log_{10}x et calculez p(10)p'(10) à quatre décimales.
  • e) Pourquoi l'ordre domaine puis dérivée est-il plus qu'une question de méthode ?

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a)
Domaine de ff ;
b)
c)
d)
e)
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Réponses

  • a) Domaine ]4;+[]4\,;+\infty[ et f(x)=1x4f'(x)=\dfrac{1}{x-4}.
  • b) Domaine R{0}\mathbb{R}\setminus\{0\} et g(x)=2xg'(x)=\dfrac{2}{x} ; 2lnx2\ln x n'existe que sur ]0;+[]0\,;+\infty[.
  • c) h(x)=lnxh'(x)=\ln x.
  • d) p(x)=1xln10p'(x)=\dfrac{1}{x\ln 10}, donc p(10)0,0434p'(10)\approx 0{,}0434.
  • e) Parce que la dérivée simplifiée n'affiche plus la condition : 1x4\dfrac{1}{x-4} se calcule en 0 et n'y veut rien dire.

a) Le logarithme exige 3x12>03x-12>0, donc x>4x>4 : le domaine est ]4;+[]4\,;+\infty[. Par la règle de chaîne, f(x)=33x12f'(x)=\dfrac{3}{3x-12}, qui se simplifie en 1x4\dfrac{1}{x-4}. La simplification est légitime sur le domaine, et elle ne le modifie pas : 1x4\dfrac{1}{x-4} existerait aussi pour x<4x<4, mais la fonction de départ, non.

b) x2>0x^{2}>0 pour tout x0x\ne 0, donc le domaine est R{0}\mathbb{R}\setminus\{0\}. La dérivée vaut g(x)=2xx2=2xg'(x)=\dfrac{2x}{x^{2}}=\dfrac{2}{x}, valable sur tout ce domaine, négatif compris. La fonction 2lnx2\ln x, elle, n'existe que sur ]0;+[]0\,;+\infty[ et sa dérivée 2x\dfrac{2}{x} n'y est valable que là. Les deux expressions coïncident sur les positifs et diffèrent par leur domaine, ce qui est exactement le piège de l'exercice 8 du premier chapitre : ln(x2)=2lnx\ln(x^{2})=2\ln|x|.

c) Règle du produit sur le premier terme : (xlnx)=1×lnx+x×1x=lnx+1\left(x\ln x\right)'=1\times\ln x+x\times\dfrac{1}{x}=\ln x+1. Puis on soustrait la dérivée de xx, qui vaut 1 : h(x)=lnx+11=lnxh'(x)=\ln x+1-1=\ln x. La fonction xlnxxx\ln x-x est donc une primitive du logarithme, résultat qui resservira en calcul intégral, et son obtention ne demande ici que la règle du produit.

d) Tout logarithme se ramène au logarithme naturel : log10x=lnxln10\log_{10}x=\dfrac{\ln x}{\ln 10}, donc p(x)=1xln10p'(x)=\dfrac{1}{x\ln 10}. En x=10x=10 : p(10)=110×2,30260,0434p'(10)=\dfrac{1}{10\times 2{,}302\,6}\approx 0{,}043\,4. Le nombre est petit, et c'est tout l'intérêt d'une échelle logarithmique : multiplier la grandeur par 10 ne fait monter l'indicateur que d'une unité.

e) Parce que la dérivée oublie le domaine. 1x4\dfrac{1}{x-4} ne porte plus aucune trace de la condition x>4x>4, et rien, dans cette expression, n'empêche de l'évaluer en x=0x=0 pour obtenir 0,25-0{,}25, un nombre parfaitement faux. Le même piège vaut pour 2x\dfrac{2}{x} contre ln(x2)\ln(x^{2}). En sciences humaines, la conséquence est concrète : un modèle en ln\ln n'a de sens que sur des valeurs strictement positives, revenus, effectifs, prix, et prolonger le calcul en dessous produit un chiffre que la calculatrice accepte et que la réalité refuse.

Exercice 3 : La règle de chaîne sur les exponentielles et les logarithmes

Aucun modèle réel ne s'écrit exe^{x} tout court : il s'écrit e0,45te^{-0{,}45t}, ln(t2+9)\ln(t^{2}+9), ou une exponentielle divisée par un polynôme. Toute la difficulté est donc dans la chaîne, pas dans les deux dérivées de base.

Un seul geste, répété : dériver la couche extérieure, puis multiplier par la dérivée de l'intérieure.

  • a) Dérivez u(t)=e0,4t2u(t)=e^{-0{,}4t^{2}}.
  • b) Dérivez v(t)=ln(t2+9)v(t)=\ln(t^{2}+9) et donnez son domaine.
  • c) Dérivez w(t)=e0,2tt+5w(t)=\dfrac{e^{0{,}2t}}{t+5} et simplifiez le numérateur.
  • d) Calculez w(5)w'(5) à quatre décimales.
  • e) Où se trouve le seul zéro de ww', et que vaut ww en ce point ?

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c)
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Réponses

  • a) u(t)=0,8te0,4t2u'(t)=-0{,}8t\,e^{-0{,}4t^{2}}, maximum en t=0t=0.
  • b) v(t)=2tt2+9v'(t)=\dfrac{2t}{t^{2}+9}, domaine R\mathbb{R}.
  • c) w(t)=0,2te0,2t(t+5)2w'(t)=\dfrac{0{,}2t\,e^{0{,}2t}}{(t+5)^{2}}.
  • d) w(5)0,0272w'(5)\approx 0{,}0272.
  • e) Zéro en t=0t=0, où w(0)=0,2w(0)=0{,}2 : c'est un minimum.

a) La couche extérieure est l'exponentielle, l'intérieure est 0,4t2-0{,}4t^{2}, dont la dérivée vaut 0,8t-0{,}8t. Donc u(t)=0,8te0,4t2u'(t)=-0{,}8t\,e^{-0{,}4t^{2}}. Le signe suit celui de 0,8t-0{,}8t, puisque l'exponentielle est toujours positive : uu croît pour t<0t<0, décroît pour t>0t>0, et son maximum est en t=0t=0. C'est la courbe en cloche, dont l'exercice 9 du chapitre 7 reparlera.

b) v(t)=2tt2+9v'(t)=\dfrac{2t}{t^{2}+9}. Le domaine est R\mathbb{R} tout entier, puisque t2+99>0t^{2}+9\ge 9>0 pour tout tt : c'est l'un des rares logarithmes dont le domaine ne retire rien. Le vérifier prend trois secondes et évite d'écrire une restriction inexistante, ce qui coûte aussi des points qu'une restriction oubliée.

c) Règle du quotient avec u=e0,2tu=e^{0{,}2t} et v=t+5v=t+5 : w(t)=0,2e0,2t(t+5)e0,2t(t+5)2w'(t)=\dfrac{0{,}2e^{0{,}2t}(t+5)-e^{0{,}2t}}{(t+5)^{2}}. On met e0,2te^{0{,}2t} en évidence : w(t)=e0,2t(0,2(t+5)1)(t+5)2=e0,2t(0,2t+11)(t+5)2=0,2te0,2t(t+5)2w'(t)=\dfrac{e^{0{,}2t}\bigl(0{,}2(t+5)-1\bigr)}{(t+5)^{2}}=\dfrac{e^{0{,}2t}\,(0{,}2t+1-1)}{(t+5)^{2}}=\dfrac{0{,}2t\,e^{0{,}2t}}{(t+5)^{2}}. La mise en évidence de l'exponentielle est le réflexe à prendre : elle ne s'annule jamais, donc c'est TOUJOURS l'autre facteur qui porte les zéros et les signes.

d) w(5)=0,2×5×e1100=2,71831000,0272w'(5)=\dfrac{0{,}2\times 5\times e^{1}}{100}=\dfrac{2{,}718\,3}{100}\approx 0{,}027\,2.

e) L'exponentielle ne s'annulant jamais et le dénominateur étant un carré, le seul zéro de ww' vient du facteur 0,2t0{,}2t, donc t=0t=0. En ce point, w(0)=e05=15=0,2w(0)=\dfrac{e^{0}}{5}=\dfrac{1}{5}=0{,}2. Comme ww' est du signe de tt sur le domaine t>5t>-5, la fonction décroît puis croît : t=0t=0 est un MINIMUM, et non le maximum que l'on attend par réflexe d'une expression contenant une exponentielle croissante.

Exercice 4 : Le taux relatif constant : la signature de l'exponentielle

Au chapitre précédent, un modèle linéaire donnait une croissance absolue constante et un taux relatif décroissant. L'exponentielle fait exactement l'inverse, et c'est sa définition même.

Une municipalité compte P(t)=8000e0,023tP(t)=8\,000\,e^{0{,}023t} habitants, tt années après 2020.

  • a) Calculez P(t)P'(t) et montrez que P(t)=0,023P(t)P'(t)=0{,}023\,P(t).
  • b) Déduisez-en le taux de variation relatif, en pourcentage par année.
  • c) Calculez P(0)P(0) et P(30)P(30) à l'unité.
  • d) Calculez P(0)P'(0) et P(30)P'(30) à l'unité, et comparez.
  • e) Opposez ce comportement à celui du modèle linéaire du chapitre précédent, en une phrase par modèle.

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Réponses

  • a) P(t)=0,023P(t)P'(t)=0{,}023\,P(t).
  • b) 2,32{,}3 % par année, constant.
  • c) P(0)=8000P(0)=8\,000 et P(30)15950P(30)\approx 15\,950 habitants.
  • d) P(0)=184P'(0)=184 et P(30)367P'(30)\approx 367 habitants par année : l'absolu double, le relatif ne bouge pas.
  • e) Linéaire : absolu constant, relatif décroissant. Exponentiel : relatif constant, absolu croissant.

a) Par la règle de chaîne, P(t)=8000×0,023e0,023t=0,023×8000e0,023t=0,023P(t)P'(t)=8\,000\times 0{,}023\,e^{0{,}023t}=0{,}023\times 8\,000\,e^{0{,}023t}=0{,}023\,P(t). La dérivée est donc proportionnelle à la population elle-même, avec le coefficient 0,0230{,}023 qui figurait déjà dans l'exposant. On n'a rien fait d'autre qu'appliquer la chaîne, et l'on obtient l'équation qui définit toute croissance exponentielle.

b) Le taux relatif vaut P(t)P(t)×100=0,023×100=2,3\dfrac{P'(t)}{P(t)}\times 100=0{,}023\times 100=2{,}3 % par année, et ce nombre ne dépend pas de tt : il est CONSTANT. Le paramètre placé dans l'exposant d'un modèle en base ee est donc directement le taux relatif, ce qui explique pourquoi les démographes écrivent leurs modèles sous cette forme plutôt qu'en base 1,023.

c) P(0)=8000P(0)=8\,000 habitants. P(30)=8000e0,69=8000×1,993715950P(30)=8\,000\,e^{0{,}69}=8\,000\times 1{,}993\,7\approx 15\,950 habitants. En trente ans, la population a pratiquement doublé, ce que l'exercice suivant expliquera en une ligne.

d) P(0)=0,023×8000=184P'(0)=0{,}023\times 8\,000=184 habitants par année. P(30)=0,023×15950367P'(30)=0{,}023\times 15\,950\approx 367 habitants par année. Le rythme ABSOLU a doublé en même temps que la population, alors que le rythme RELATIF n'a pas bougé d'un centième. C'est la propriété qui rend l'exponentielle si trompeuse à l'oeil : une croissance qui paraît accélérer n'accélère pas du tout, en proportion.

e) Modèle LINÉAIRE : la croissance absolue est constante, 1 200 habitants par année, et le taux relatif décroît vers zéro parce que la base grossit. Modèle EXPONENTIEL : le taux relatif est constant, 2,3 % par année, et la croissance absolue augmente sans borne parce qu'elle s'applique à une base qui grossit. Le choix entre les deux n'est pas une affaire de goût : on regarde les données, et si les DIFFÉRENCES successives sont à peu près constantes le modèle est linéaire, si ce sont les QUOTIENTS successifs le modèle est exponentiel.

Exercice 5 : Demi-vie, temps de doublement et la règle de 70

Un taux annuel de 2,3 % ne dit rien à personne ; un temps de doublement de trente ans, si. Le passage de l'un à l'autre tient en une ligne de logarithme, et il existe une règle de tête qui l'approche très bien.

Cette règle est celle que les économistes et les démographes utilisent en réunion, sans calculatrice.

  • a) Pour P(t)=8000e0,023tP(t)=8\,000\,e^{0{,}023t}, calculez le temps de doublement au centième d'année.
  • b) La règle de 70 dit : temps de doublement 70taux en pourcentage\approx\dfrac{70}{\text{taux en pourcentage}}. Appliquez-la ici et expliquez d'où sort le nombre 70.
  • c) Une région perd 1,81{,}8 % de sa population par année. Au bout de combien d'années en a-t-elle perdu la moitié ?
  • d) Un placement rapporte 6 % par année en capitalisation continue. Temps de doublement, par le calcul exact puis par la règle.
  • e) Un placement rapporte 20 % par année, composé ANNUELLEMENT. Comparez le calcul exact à la règle de 70 et expliquez l'écart.

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Réponses

  • a) T=ln20,02330,14T=\dfrac{\ln 2}{0{,}023}\approx 30{,}14 années, indépendant de la population initiale.
  • b) 702,330,43\dfrac{70}{2{,}3}\approx 30{,}43 années ; 70 arrondit 100ln269,3100\ln 2\approx 69{,}3.
  • c) ln20,01838,51\dfrac{\ln 2}{0{,}018}\approx 38{,}51 années.
  • d) 11,5511{,}55 année par le calcul, 11,6711{,}67 par la règle.
  • e) ln2ln1,23,80\dfrac{\ln 2}{\ln 1{,}2}\approx 3{,}80 contre 3,53{,}5 : la règle suppose ln(1+r)r\ln(1+r)\approx r, valable aux taux faibles.

a) On cherche TT tel que P(T)=2P(0)P(T)=2P(0), donc e0,023T=2e^{0{,}023T}=2. En prenant le logarithme naturel des deux côtés : 0,023T=ln20{,}023\,T=\ln 2, donc T=ln20,023=0,693150,02330,14T=\dfrac{\ln 2}{0{,}023}=\dfrac{0{,}693\,15}{0{,}023}\approx 30{,}14 années. Il faut noter que TT ne dépend PAS de la population initiale : les 8 000 se simplifient. Un temps de doublement est une propriété du taux, pas de la taille.

b) La règle donne 702,330,43\dfrac{70}{2{,}3}\approx 30{,}43 années, contre 30,14 par le calcul exact, soit une erreur de trois dixièmes d'année sur trente. Le nombre 70 vient de ln20,693\ln 2\approx 0{,}693 : comme T=ln2rT=\dfrac{\ln 2}{r} et que le taux en pourcentage vaut 100r100r, on a T=100ln2100r=69,3taux en pourcentageT=\dfrac{100\ln 2}{100r}=\dfrac{69{,}3}{\text{taux en pourcentage}}. On arrondit 69,3 à 70 parce que 70 se divise de tête par 2, 5, 7, 10 et 14, ce que 69,3 ne fait pas.

c) Le modèle est Q(t)=Q0e0,018tQ(t)=Q_{0}e^{-0{,}018t}, la perte se traduisant par un exposant négatif. On cherche e0,018t=0,5e^{-0{,}018t}=0{,}5, donc 0,018t=ln0,5=ln2-0{,}018t=\ln 0{,}5=-\ln 2, et t=ln20,01838,51t=\dfrac{\ln 2}{0{,}018}\approx 38{,}51 années. La règle de 70 donne 701,838,89\dfrac{70}{1{,}8}\approx 38{,}89, encore très proche. La même formule sert donc au doublement et à la demi-vie : seul le signe de l'exposant change, et il disparaît au moment du quotient.

d) Calcul exact : T=ln20,0611,55T=\dfrac{\ln 2}{0{,}06}\approx 11{,}55 années. Règle de 70 : 70611,67\dfrac{70}{6}\approx 11{,}67 année. L'écart est d'environ une semaine et demie sur onze ans et demi, ce qui est sans importance pour une décision d'épargne.

e) Ici la capitalisation est ANNUELLE, donc le capital vaut C0×1,2tC_{0}\times 1{,}2^{t} et non C0e0,2tC_{0}e^{0{,}2t}. Le doublement exige 1,2t=21{,}2^{t}=2, donc t=ln2ln1,2=0,693150,182323,80t=\dfrac{\ln 2}{\ln 1{,}2}=\dfrac{0{,}693\,15}{0{,}182\,32}\approx 3{,}80 années, alors que la règle annonce 7020=3,5\dfrac{70}{20}=3{,}5 années, soit une erreur de 8 %. Deux causes se superposent. D'abord la règle repose sur l'approximation ln(1+r)r\ln(1+r)\approx r, excellente pour rr petit et médiocre pour r=0,2r=0{,}2ln1,2\ln 1{,}2 ne vaut que 0,182 au lieu de 0,2. Ensuite, un intérêt versé une fois l'an rapporte moins qu'un intérêt versé en continu. La règle de 70 est donc un outil de taux faibles, ce qui couvre l'essentiel de la démographie et de la macroéconomie, et pas les rendements à deux chiffres.

Partie B : problèmes et raisonnement (/50)

Exercice 6 : L'échelle logarithmique : reconnaître une exponentielle à l'oeil

Sur un graphique ordinaire, une exponentielle et un polynôme qui montent vite se ressemblent. Sur un graphique SEMI-LOGARITHMIQUE, où l'on porte le logarithme de la grandeur, l'exponentielle devient une droite et rien d'autre ne le devient.

Deux indices partent de 100 : I(t)=100e0,05tI(t)=100\,e^{0{,}05t} et J(t)=100+12tJ(t)=100+12t, tt en années.

24681012141618204.54.64.74.84.955.15.25.35.45.55.65.75.85.96ln I : une droite de pente 0,05ln J : une courbe concavet, en annees
  • a) Calculez I(t)I(t) pour t=0t=0, 5, 10, 15 et 20, au centième.
  • b) Calculez lnI(t)\ln I(t) pour ces cinq dates et montrez que les écarts successifs sont constants.
  • c) Montrez algébriquement que lnI(t)=ln100+0,05t\ln I(t)=\ln 100+0{,}05t, et identifiez la pente.
  • d) Calculez lnJ(t)\ln J(t) pour t=0t=0, 5, 10 et 20, et dites pourquoi ce n'est pas une droite.
  • e) Démontrez que la pente d'un graphe semi-logarithmique est exactement le taux de variation relatif.

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  • a) 100100 ; 128,40128{,}40 ; 164,87164{,}87 ; 211,70211{,}70 ; 271,83271{,}83.
  • b) 4,60524{,}6052 ; 4,85524{,}8552 ; 5,10525{,}1052 ; 5,35525{,}3552 ; 5,60525{,}6052, d'écart constant 0,250{,}25.
  • c) lnI(t)=ln100+0,05t\ln I(t)=\ln 100+0{,}05t, droite de pente 0,050{,}05, soit 5 % par année.
  • d) 4,60524{,}6052 ; 5,07525{,}0752 ; 5,39365{,}3936 ; 5,82895{,}8289 : les écarts décroissent, la courbe est concave.
  • e) (lnP)=PP\bigl(\ln P\bigr)'=\dfrac{P'}{P} : la pente du semi-log est le taux relatif.

a) I(0)=100I(0)=100. I(5)=100e0,25128,40I(5)=100\,e^{0{,}25}\approx 128{,}40. I(10)=100e0,5164,87I(10)=100\,e^{0{,}5}\approx 164{,}87. I(15)=100e0,75211,70I(15)=100\,e^{0{,}75}\approx 211{,}70. I(20)=100e1271,83I(20)=100\,e^{1}\approx 271{,}83. L'indice a presque triplé en vingt ans.

b) ln1004,6052\ln 100\approx 4{,}6052 ; ln128,404,8552\ln 128{,}40\approx 4{,}8552 ; ln164,875,1052\ln 164{,}87\approx 5{,}1052 ; ln211,705,3552\ln 211{,}70\approx 5{,}3552 ; ln271,835,6052\ln 271{,}83\approx 5{,}6052. Chaque écart vaut exactement 0,250{,}25, alors que les écarts de II lui-même, 28,4028{,}40 puis 36,4736{,}47 puis 46,8346{,}83 puis 60,1360{,}13, ne cessent de grandir. Le logarithme a transformé une croissance qui s'emballe en une progression parfaitement régulière.

c) lnI(t)=ln(100e0,05t)=ln100+ln(e0,05t)=ln100+0,05t\ln I(t)=\ln\left(100\,e^{0{,}05t}\right)=\ln 100+\ln\left(e^{0{,}05t}\right)=\ln 100+0{,}05t, en utilisant ln(ab)=lna+lnb\ln(ab)=\ln a+\ln b puis ln(eu)=u\ln(e^{u})=u. C'est une fonction AFFINE de tt, d'ordonnée à l'origine ln100\ln 100 et de pente 0,050{,}05. Cette pente est le taux relatif de II, soit 5 % par année, et l'on peut donc lire un taux de croissance directement sur la pente d'un graphique semi-log, sans aucun calcul.

d) lnJ(0)=ln1004,6052\ln J(0)=\ln 100\approx 4{,}6052 ; lnJ(5)=ln1605,0752\ln J(5)=\ln 160\approx 5{,}0752 ; lnJ(10)=ln2205,3936\ln J(10)=\ln 220\approx 5{,}3936 ; lnJ(20)=ln3405,8289\ln J(20)=\ln 340\approx 5{,}8289. Les écarts valent 0,4700{,}470 puis 0,3180{,}318 puis, sur dix ans, 0,4350{,}435 soit 0,2180{,}218 par tranche de cinq ans : ils DÉCROISSENT. La courbe est concave vers le bas, donc ce n'est pas une droite. Rien d'étonnant : le taux relatif d'un modèle linéaire décroît, comme le chapitre précédent l'a montré, et la pente du semi-log est ce taux relatif.

e) Soit PP une fonction strictement positive et dérivable. La dérivée de lnP(t)\ln P(t) se calcule par la règle de chaîne : (lnP(t))=P(t)P(t)\bigl(\ln P(t)\bigr)'=\dfrac{P'(t)}{P(t)}. Or la pente du graphe semi-logarithmique en un point est précisément cette dérivée. Donc la pente lue sur un graphique semi-log EST le taux de variation relatif, à lire en pourcentage après multiplication par 100. C'est la raison pour laquelle les séries financières, les cours de bourse et les courbes épidémiques sont publiés en échelle logarithmique : sur ce type de graphique, une droite signifie « taux constant », un redressement signifie « le taux augmente », et un aplatissement se voit à l'oeil nu, ce qu'une échelle ordinaire rend impossible.

Exercice 7 : La dérivation logarithmique et les taux qui s'additionnent

Dériver un produit de trois ou quatre facteurs à la règle du produit est long et se trompe souvent. La dérivation LOGARITHMIQUE remplace ce calcul par une somme, et elle livre au passage le résultat le plus utile de tout le cours en économie.

On étudie F(t)=(2t+1)3(t+4)2(3t+7)5F(t)=\dfrac{(2t+1)^{3}(t+4)^{2}}{(3t+7)^{5}}, pour t0t\ge 0.

  • a) Écrivez lnF(t)\ln F(t) comme une somme et une différence de logarithmes.
  • b) Dérivez les deux côtés et donnez F(t)F(t)\dfrac{F'(t)}{F(t)}.
  • c) Calculez F(1)F(1)\dfrac{F'(1)}{F(1)}, puis F(1)F(1) et F(1)F'(1).
  • d) Énoncez la règle générale sur les taux relatifs d'un produit et d'un quotient.
  • e) Le produit intérieur brut d'un pays croît de 2,4 % par année et sa population de 0,9 %. À quel rythme croît le produit intérieur brut par habitant ?

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  • a) lnF(t)=3ln(2t+1)+2ln(t+4)5ln(3t+7)\ln F(t)=3\ln(2t+1)+2\ln(t+4)-5\ln(3t+7).
  • b) FF=62t+1+2t+4153t+7\dfrac{F'}{F}=\dfrac{6}{2t+1}+\dfrac{2}{t+4}-\dfrac{15}{3t+7}.
  • c) Taux 0,90{,}9 ; F(1)=0,00675F(1)=0{,}006\,75 ; F(1)=0,006075F'(1)=0{,}006\,075.
  • d) Produit : les taux relatifs s'additionnent. Quotient : ils se soustraient. Puissance : le taux est multiplié par l'exposant.
  • e) 2,40,9=1,52{,}4-0{,}9=1{,}5 % par année.

a) Les propriétés du logarithme transforment produit en somme, quotient en différence et puissance en produit : lnF(t)=3ln(2t+1)+2ln(t+4)5ln(3t+7)\ln F(t)=3\ln(2t+1)+2\ln(t+4)-5\ln(3t+7). Chacune des trois pièces est maintenant un logarithme simple, dérivable en une ligne. Cette écriture n'est valable que là où les trois arguments sont strictement positifs, ce qui est acquis pour t0t\ge 0.

b) En dérivant à gauche, (lnF)=FF\bigl(\ln F\bigr)'=\dfrac{F'}{F}. En dérivant à droite, chaque terme donne le quotient de la dérivée intérieure par l'argument : F(t)F(t)=3×22t+1+2×1t+45×33t+7=62t+1+2t+4153t+7\dfrac{F'(t)}{F(t)}=\dfrac{3\times 2}{2t+1}+\dfrac{2\times 1}{t+4}-\dfrac{5\times 3}{3t+7}=\dfrac{6}{2t+1}+\dfrac{2}{t+4}-\dfrac{15}{3t+7}. On obtient directement le taux RELATIF, ce qui est souvent la quantité que l'on cherchait.

c) En t=1t=1 : 63+251510=2+0,41,5=0,9\dfrac{6}{3}+\dfrac{2}{5}-\dfrac{15}{10}=2+0{,}4-1{,}5=0{,}9. Le taux relatif vaut donc 0,90{,}9, soit une croissance de 90 % par unité de temps en ce point. Pour F(1)F(1) : 33×52105=27×25100000=675100000=0,00675\dfrac{3^{3}\times 5^{2}}{10^{5}}=\dfrac{27\times 25}{100\,000}=\dfrac{675}{100\,000}=0{,}006\,75. Donc F(1)=0,9×0,00675=0,006075F'(1)=0{,}9\times 0{,}006\,75=0{,}006\,075. La dérivation logarithmique livre toujours le résultat en deux temps, le taux d'abord, la dérivée ensuite en multipliant par la valeur.

d) Pour un PRODUIT, les taux relatifs s'ADDITIONNENT ; pour un QUOTIENT, ils se SOUSTRAIENT ; une PUISSANCE multiplie le taux par l'exposant. En symboles : (uv)uv=uu+vv\dfrac{(uv)'}{uv}=\dfrac{u'}{u}+\dfrac{v'}{v} et (u/v)u/v=uuvv\dfrac{(u/v)'}{u/v}=\dfrac{u'}{u}-\dfrac{v'}{v}. Ces trois règles sont ce qui rend les pourcentages composables, alors que les valeurs absolues ne le sont pas.

e) Le produit intérieur brut par habitant est le QUOTIENT du produit intérieur brut par la population, donc son taux relatif est la DIFFÉRENCE des deux taux : 2,40,9=1,52{,}4-0{,}9=1{,}5 % par année. C'est le calcul le plus fait et le plus mal fait de toute la macroéconomie, et il explique en une ligne pourquoi un pays dont l'économie croît de 2,4 % peut voir le niveau de vie de ses habitants stagner si la population croît de 2,4 % elle aussi. À noter que le résultat est une APPROXIMATION du premier ordre : le calcul exact donne 1,0241,00911,487\dfrac{1{,}024}{1{,}009}-1\approx 1{,}487 %, et l'écart reste négligeable tant que les taux sont petits, exactement comme pour la règle de 70.

Exercice 8 : Cinq affirmations à corriger

Chacune de ces cinq phrases a été entendue en classe. Dites si elle est vraie ou fausse, et si elle est fausse, écrivez l'énoncé correct.

Une correction qui se contente de dire « faux » ne vaut aucun point : c'est la phrase juste qui est demandée.

  • a) (e2x)=e2x\left(e^{2x}\right)'=e^{2x}.
  • b) ln(a+b)=lna+lnb\ln(a+b)=\ln a+\ln b.
  • c) (lnx)=1x\left(\ln x\right)'=\dfrac{1}{x} pour tout x0x\ne 0.
  • d) Un modèle exponentiel a une croissance absolue constante.
  • e) (2x)=x2x1\left(2^{x}\right)'=x\,2^{x-1}.

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  • a) Faux : (e2x)=2e2x\left(e^{2x}\right)'=2e^{2x}.
  • b) Faux : ln(ab)=lna+lnb\ln(ab)=\ln a+\ln b, rien de simple pour ln(a+b)\ln(a+b).
  • c) Faux : valable pour x>0x>0 ; pour tout x0x\ne 0 c'est (lnx)=1x\left(\ln|x|\right)'=\dfrac{1}{x}.
  • d) Faux : c'est le taux relatif qui est constant, pas la croissance absolue.
  • e) Faux : (2x)=2xln2\left(2^{x}\right)'=2^{x}\ln 2, soit 8ln25,54528\ln 2\approx 5{,}5452 en x=3x=3.

a) FAUX. Seule exe^{x} est sa propre dérivée. Dès qu'un facteur apparaît dans l'exposant, la règle de chaîne le fait ressortir : (e2x)=2e2x\left(e^{2x}\right)'=2e^{2x}. Énoncé correct : (eu)=ueu\left(e^{u}\right)'=u'\,e^{u}. Vérification numérique en x=0x=0 : le taux moyen entre 0,001-0{,}001 et 0,0010{,}001 vaut environ 2, et non 1.

b) FAUX, et c'est l'erreur de logarithme la plus fréquente. La propriété porte sur le PRODUIT : ln(ab)=lna+lnb\ln(ab)=\ln a+\ln b. Il n'existe aucune formule simple pour ln(a+b)\ln(a+b). Contre-exemple : ln(2+8)=ln102,30\ln(2+8)=\ln 10\approx 2{,}30, alors que ln2+ln80,69+2,08=2,77\ln 2+\ln 8\approx 0{,}69+2{,}08=2{,}77. Énoncé correct : le logarithme transforme les produits en sommes, jamais les sommes en sommes.

c) FAUX, et le défaut est dans le domaine. lnx\ln x n'existe que pour x>0x>0, donc sa dérivée aussi. Pour x<0x<0, c'est lnx\ln|x| qui est défini, et l'on a bien (lnx)=1x\left(\ln|x|\right)'=\dfrac{1}{x} sur tout R{0}\mathbb{R}\setminus\{0\}. Énoncé correct : (lnx)=1x\left(\ln x\right)'=\dfrac{1}{x} pour x>0x>0, et (lnx)=1x\left(\ln|x|\right)'=\dfrac{1}{x} pour tout x0x\ne 0.

d) FAUX. C'est le taux RELATIF qui est constant dans un modèle exponentiel ; sa croissance absolue augmente sans borne. L'exercice 4 le chiffre : le rythme passe de 184 à 367 habitants par année alors que le taux reste à 2,3 %. La croissance absolue constante est la signature du modèle LINÉAIRE. Énoncé correct : un modèle exponentiel a un taux de variation relatif constant.

e) FAUX, et c'est une confusion de règles. La règle de puissance (xn)=nxn1\left(x^{n}\right)'=nx^{n-1} s'applique quand la VARIABLE est à la base et la constante à l'exposant. Ici c'est l'inverse : la base est constante et la variable est à l'exposant, donc c'est la règle exponentielle qui s'applique, (ax)=axlna\left(a^{x}\right)'=a^{x}\ln a. Énoncé correct : (2x)=2xln2\left(2^{x}\right)'=2^{x}\ln 2. Le test de reconnaissance tient en une question, où est le xx : à la base, c'est la puissance ; à l'exposant, c'est l'exponentielle.

Exercice 9 : Problème : intérêt composé et capitalisation continue

La capitalisation continue n'est pas une fantaisie de mathématicien : c'est la limite vers laquelle tend un intérêt composé quand on multiplie les périodes, et c'est la convention de tous les calculs financiers un peu sérieux.

Un capital de 10 000 dollars est placé au taux nominal de 4 % par année.

51015202530100001500020000250003000035000capital A(t), en dollarsdoublement vers t = 17,3 anst, en annees
  • a) Écrivez le capital A1(t)A_{1}(t) en composition ANNUELLE et calculez A1(10)A_{1}(10) au cent près.
  • b) Écrivez le capital A12(t)A_{12}(t) en composition MENSUELLE et calculez A12(10)A_{12}(10).
  • c) Écrivez le capital A(t)A(t) en capitalisation CONTINUE et calculez A(10)A(10).
  • d) Calculez le taux effectif annuel de la capitalisation continue, à quatre décimales de pourcentage.
  • e) Montrez que A(t)=0,04A(t)A'(t)=0{,}04\,A(t) et calculez A(10)A'(10). Interprétez.

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  • a) A1(t)=10000(1,04)tA_{1}(t)=10\,000(1{,}04)^{t} et A1(10)=14802,44A_{1}(10)=14\,802{,}44 dollars.
  • b) A12(t)=10000(1+0,0412)12tA_{12}(t)=10\,000\left(1+\dfrac{0{,}04}{12}\right)^{12t} et A12(10)=14908,33A_{12}(10)=14\,908{,}33 dollars.
  • c) A(t)=10000e0,04tA(t)=10\,000\,e^{0{,}04t} et A(10)=14918,25A(10)=14\,918{,}25 dollars.
  • d) e0,0414,0811e^{0{,}04}-1\approx 4{,}0811 %.
  • e) A(t)=0,04A(t)A'(t)=0{,}04\,A(t), donc A(10)596,73A'(10)\approx 596{,}73 dollars par année contre 400 la première année.

a) A1(t)=10000(1,04)tA_{1}(t)=10\,000\,(1{,}04)^{t}. En dix ans : A1(10)=10000×1,480244=14802,44A_{1}(10)=10\,000\times 1{,}480\,244=14\,802{,}44 dollars. Le capital a gagné 4 802,44 dollars, soit nettement plus que les 10000×0,04×10=400010\,000\times 0{,}04\times 10=4\,000 dollars d'un intérêt simple : la différence, 802,44 dollars, est l'intérêt produit par les intérêts.

b) Un taux nominal de 4 % composé mensuellement applique 0,0412\dfrac{0{,}04}{12} douze fois par an : A12(t)=10000(1+0,0412)12tA_{12}(t)=10\,000\left(1+\dfrac{0{,}04}{12}\right)^{12t}. En dix ans, l'exposant vaut 120 et A12(10)=10000×1,49083314908,33A_{12}(10)=10\,000\times 1{,}490\,833\approx 14\,908{,}33 dollars, soit environ 106 dollars de plus qu'en composition annuelle. Le taux nominal est identique, le résultat ne l'est pas, et c'est pourquoi la loi oblige à afficher un taux EFFECTIF.

c) La capitalisation continue est la limite quand le nombre de périodes tend vers l'infini : A(t)=10000e0,04tA(t)=10\,000\,e^{0{,}04t}. En dix ans : A(10)=10000e0,4=10000×1,49182514918,25A(10)=10\,000\,e^{0{,}4}=10\,000\times 1{,}491\,825\approx 14\,918{,}25 dollars. C'est le PLAFOND de ce que la multiplication des périodes peut rapporter : passer de mensuel à continu ne gagne que 9,92 dollars sur dix ans, alors que passer d'annuel à mensuel en gagnait 106.

d) Le taux effectif est la hausse réelle sur une année : A(1)A(0)1=e0,041=1,0408111=0,040811\dfrac{A(1)}{A(0)}-1=e^{0{,}04}-1=1{,}040\,811-1=0{,}040\,811, soit 4,08114{,}0811 %. Un taux nominal de 4 % en capitalisation continue équivaut donc à un taux effectif de 4,0811 % : c'est ce second nombre qu'il faut comparer d'une offre à l'autre, le premier n'étant qu'une convention d'écriture.

e) A(t)=10000×0,04e0,04t=0,04×10000e0,04t=0,04A(t)A'(t)=10\,000\times 0{,}04\,e^{0{,}04t}=0{,}04\times 10\,000\,e^{0{,}04t}=0{,}04\,A(t). En t=10t=10 : A(10)=0,04×14918,25596,73A'(10)=0{,}04\times 14\,918{,}25\approx 596{,}73 dollars par année. Interprétation : au bout de dix ans, le capital s'accroît de près de 597 dollars par année, contre 400 dollars la première année, sans qu'aucune décision n'ait été prise ni aucun versement ajouté. La vitesse d'enrichissement est proportionnelle à ce qui est déjà accumulé, ce qui est la définition même d'un phénomène exponentiel et la raison pour laquelle l'épargne tôt vaut davantage que l'épargne beaucoup.

Exercice 10 : Problème : la courbe de l'oubli

Hermann Ebbinghaus a mesuré sur lui-même, à la fin du XIXe siècle, la part d'une liste apprise qu'il retrouvait après un délai. Sa courbe est la première loi quantitative de la psychologie, et elle est exponentielle.

Un modèle courant de rétention est R(t)=20+80e0,45tR(t)=20+80\,e^{-0{,}45t}, en pourcentage de la matière apprise, tt en jours après l'apprentissage.

12345678910102030405060708090100retention R(t), en pourcentplancher : 20 pourcentt, en jours
  • a) Calculez R(0)R(0), R(1)R(1), R(3)R(3) et R(7)R(7) au dixième.
  • b) Calculez R(t)R'(t), puis R(0)R'(0), R(3)R'(3) et R(7)R'(7) au centième.
  • c) Donnez limt+R(t)\lim_{t\to+\infty}R(t) et interprétez ce plancher.
  • d) Au bout de combien de jours la rétention passe-t-elle sous 50 % ?
  • e) Montrez que R(t)R(t)20\dfrac{R'(t)}{R(t)-20} est constant, et tirez-en une conséquence pour la révision.

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Réponses

  • a) 100100 ; 71,071{,}0 ; 40,740{,}7 ; 23,423{,}4 %.
  • b) R(t)=36e0,45tR'(t)=-36\,e^{-0{,}45t} ; 36-36 ; 9,33-9{,}33 ; 1,54-1{,}54 point par jour.
  • c) 2020 % : un cinquième de la matière ne se perd jamais.
  • d) t=ln0,3750,452,18t=\dfrac{-\ln 0{,}375}{0{,}45}\approx 2{,}18 jours.
  • e) Le quotient vaut 0,45-0{,}45 : c'est la partie oubliable qui décroît à taux constant, d'où la révision précoce.

a) R(0)=20+80=100R(0)=20+80=100 %, tout est su le jour même. R(1)=20+80e0,45=20+80×0,637671,0R(1)=20+80\,e^{-0{,}45}=20+80\times 0{,}637\,6\approx 71{,}0 %. R(3)=20+80e1,35=20+80×0,259240,7R(3)=20+80\,e^{-1{,}35}=20+80\times 0{,}259\,2\approx 40{,}7 %. R(7)=20+80e3,15=20+80×0,042923,4R(7)=20+80\,e^{-3{,}15}=20+80\times 0{,}042\,9\approx 23{,}4 %. En une semaine, il ne reste guère que le noyau.

b) R(t)=80×(0,45)e0,45t=36e0,45tR'(t)=80\times(-0{,}45)\,e^{-0{,}45t}=-36\,e^{-0{,}45t}, en points de pourcentage par jour. Le 20 disparaît, comme toute constante. R(0)=36R'(0)=-36 points par jour ; R(3)=36×0,25929,33R'(3)=-36\times 0{,}259\,2\approx -9{,}33 ; R(7)=36×0,04291,54R'(7)=-36\times 0{,}042\,9\approx -1{,}54. L'oubli est vingt-trois fois plus rapide le premier jour que le septième, ce qui est le résultat le plus exploitable de tout le modèle.

c) Quand t+t\to+\infty, e0,45t0e^{-0{,}45t}\to 0, donc R(t)20R(t)\to 20 %. La droite y=20y=20 est une asymptote horizontale : le modèle prévoit qu'un cinquième de la matière ne se perd jamais. C'est la part qui a été comprise plutôt que mémorisée, ou qui est reliée à des connaissances antérieures ; le modèle ne l'explique pas, il la constate en la posant comme paramètre.

d) On résout 20+80e0,45t=5020+80\,e^{-0{,}45t}=50, donc 80e0,45t=3080\,e^{-0{,}45t}=30 et e0,45t=0,375e^{-0{,}45t}=0{,}375. En prenant le logarithme : 0,45t=ln0,3750,9808-0{,}45t=\ln 0{,}375\approx -0{,}980\,8, donc t2,18t\approx 2{,}18 jours. La moitié de ce qui a été appris a disparu en un peu plus de deux jours, sans aucune révision.

e) R(t)R(t)20=36e0,45t80e0,45t=3680=0,45\dfrac{R'(t)}{R(t)-20}=\dfrac{-36\,e^{-0{,}45t}}{80\,e^{-0{,}45t}}=-\dfrac{36}{80}=-0{,}45, constant. Autrement dit, ce n'est pas la rétention totale qui décroît à taux relatif constant, c'est sa partie OUBLIABLE, celle qui dépasse le plancher de 20 %. Conséquence pratique et immédiate : puisque la perte absolue RR' est proportionnelle à ce qu'il reste à perdre, elle est maximale tout de suite après l'apprentissage. Réviser au premier jour empêche une perte de 36 points par jour ; réviser au septième n'en empêche plus que 1,5. C'est la justification quantitative de la révision espacée, et elle tient dans un seul quotient.

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